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03.10.2026 à 19:41

La Pride et la gauche radicale, mémoires et perspectives 

Zoé Pebay

Cinquante-six ans après la première Marche des Fiertés, la lutte pour les droits et libertés des personnes LGBTI est encore plus que jamais d'actualité. Cet article propose un retour historique sur l'apparition de la « Pride » et un panorama des enjeux politiques qui l'entourent aujourd'hui.
Texte intégral (8383 mots)

Introduction 

Début juin 2025, une polémique portant sur l’affiche de la Pride de Paris organisée par l’Inter-LGBT aboutit à la suspension totale des aides de la région Île-de-France pour la marche. Sur celle-ci figurait des mots d’ordre simples – « Contre l’internationale réactionnaire, queers de tous les pays, unissons-nous » – et la représentation d’un homme d’extrême-droite étourdi, retenu par la cravate par d’autres personnages participants à la Marche des fiertés. 

Malgré l’actualité, alors brûlante, de l’interdiction de la Pride de Budapest et de Pécs par le président hongrois d’extrême-droite Viktor Orban, cette affiche est jugée comme une incitation à la violence par Valérie Pécresse, qui prive l’inter-LGBT de plus de 50 000 euros de subvention. Cette décision s’inscrit dans une volonté politique croissante d’encadrer le mouvement LGBTI, ses mots d’ordre, ses modes d’action et de visibilité. 

En 2026, les attaques envers les marches des fiertés n’ont pas cessé. En France, des marches locales ont été interdites (Fâches-Thumesnil)[1] ; des parcours sont déviés des centres-villes (Dijon depuis 2024)[2]. Aux États-Unis, les retraits de sponsors des Marches des fiertés se sont accélérés et menacent la tenue de ces événements[3]. Parallèlement, des lois homophobes, lesbophobes et transphobes sont adoptées dans un certain nombre de pays. Cinquante-six ans après la première Marche des fiertés, ces Marches, dites « Pride », continuent de mobiliser aussi bien les militant·es LGBTI que les opposants à leurs droits.  

« Manifestation publique, ponctuelle et extraordinaire de l’existence collective du groupe invisible », pour reprendre les mots de Pierre Bourdieu, la Pride a toujours cristallisé de nombreux enjeux politiques. Au carrefour des luttes contre le patriarcat, le racisme, le colonialisme et le capitalisme, elle trace aujourd’hui un nouveau chemin de luttes, entre mémoires des combats passés et nouvelles batailles à mener.  

I. Histoire(s) de la Pride

Un contexte d’invisibilisation et de répression 

Présente depuis plusieurs siècles et émanant de différentes institutions, la répression des personnes lesbiennes, gays, bisexuel·les, trans et intersexes s’est largement intensifiée au 19e siècle[4]. Parallèlement à un mouvement scientifique de « psychopathologie sexuelle »[5] – c’est-à-dire de pathologisation des sexualités considérées comme déviantes, les États occidentaux ont coordonné des politiques de persécution systématique à l’encontre de celles et ceux qualifié·es de « pervers » et d’« invertis ». Délit d’outrage à la pudeur, condamnations pour pédophilie, détournement de mineur, incitation à la débauche, les États européens et nords-américains finiront même au XXesiècle par faire de l’homosexualité un délit en soi[6]. Parallèlement, par des contrôles incessants, des rafles, des détentions provisoires, des passafes à tabac : la répression policière meurtrit les corps et les vies des personnes identifiées comme homosexuelles ou trans. À cela il faut aussi ajouter des persécutions administratives telles que des « mesures d’éloignement » qui sont en réalité des bannissements administratifs des départements, des expulsions d’homosexuel·les étranger·es etc.   Le sociologue Antoine Idier parle d’un véritable triptyque de répression des personnes LGBTI organisé au XXe siècle à travers le monde : répression pénale, répression policière, répression administrative[7]. Le fait d’être arrêté·e par la police en raison de relations homosexuelles entraîne souvent une profonde dégradation de la situation sociale, en renforçant les mécanismes de stigmatisation et d’exclusion et le lien de cause à effet entre homosexualité et délinquance. C’est à cette même période (XXe siècle) que des communautés de personnes trans et homosexuelles se développent dans plusieurs quartiers en plein essor des grands villes, tels le le Bowery, le Village et Harlem à new York, qui, dès le début du  XXe, deviennent des quartiers homosexuels[8]. À Berlin, le Wissenschaftlich-humanitäre Komitee voit le jour en 1897 et aboutira à la création de plusieurs comités qui oeuvrent pour l’émancipation des personnes homosexuelles dans des villes allemandes, mais aussi néerlandaises, autrichiennes et suédoises[9]. Les travaux du sexologue allemand Magnus Hirschfeld cherchent à introduire un nouveau paradigme : l’homosexualité n’est pas une maladie. La ville verra se développer une véritable sous-culture gay et lesbienne jusqu’à l’arrivée des nazis au pouvoir, qui orchestreront une véritable persécution des homosexuel·les.

La naissance de la Pride aux États-Unis : Stonewall et autres révoltes 

C’est dans ce contexte d’invisibilisation et de répression générale que surviennent les « émeutes de Stonewall » aux États-Unis, considérées comme l’acte fondateur des marches des fiertés.

Dans le New-York des années 1950-1960, les lieux de socialisation queer, homosexuelle et trans font l’objet d’un harcèlement policier permanent. Avant Stonewall, les épisodes de rébellion face à la persécution policière des personnes LGBTI aux États-Unis sont déjà nombreux : dès 1959, émeutes de Cooper’s Donuts (Los Angeles) ; du restaurant Dewey en 1965 (Philadelphie) ; de Compton’s Cafétéria en 1966 (San Francisco)…[10] Souvent oubliés, ces épisodes d’agitations populaires qui précédent Stonewall sont pourtant essentiels dans la construction de la riposte populaire face à la répression. 

Après une énième descente de police au bar new-yorkais Stonewall Inn le 28 juin 1969, lieu de rencontre des personnes homosexuelles mais aussi des autres communautés marginalisées – travesti·es, personnes trans, sans-abris..[11], la riposte s’organise. Dans les jours qui suivent, des mobilisations éclatent dans le quartier. Et c’est en mémoire de la répression féroce de la nuit du 28 juin que l’année suivante les premières marches LGBTI s’organisent dans plusieurs grandes villes étasuniennes : à New-York, elle prend le nom de la Christopher Street Liberation Day March, en référence au nom de la rue du Stonewall[12]. 

Exister 

L’existence même a toujours été un enjeu omniprésent pour les personnes lesbiennes, trans et gays contraint·es à la clandestinité. La manière de légitimer cette existence aux yeux de la société a soulevé de nombreux débats au XIXe et lors de la première partie du XXe au sein de la communauté, notamment au sein des cercles homosexuels. Le « troisième sexe » de Magnus Hirschfeld, les « uranistes » de Karl Heinrich Ulrichs, l’inversion du genre chez Proust, l’inversion du désir chez André Gide…[13] : ces penseurs homosexuels ont tenté de justifier l’existence des homosexuels en tentant d’insérer ce fait social dans les normes – souvent virilistes – de l’époque.  La « Pride » manifeste un véritable bouleversement dans la manière dont le mouvement homosexuel choisit de se représenter. Elle cristallise une transgression inédite des normes et une reprise militante du stigmate.

La diffusion des Prides ailleurs dans le monde

Porté·es par les mouvements états-uniens, quelques années plus tard les militant·es LGBTI européen·nes montent des collectifs et lancent des premières marches de visibilisation. Dès 1972, Londres accueille sa première Pride avec 450 participant·es[14].En France, c’est le Mouvement de libération des femmes (MLF) et le Groupe de libération homosexuelle (GLH), qui organisent la première marche des Fiertés le 25 juin 1977, avec 350 militant·es[15].Les luttes féministes et LGBTI ont donc fondé le mouvement français de la Pride. 

En 1980, 22 pays, 46 organisations et 170 délégué·es dont 45 lesbiennes sont représenté·es lors de la deuxième convention de l’International Gay Association (IGA)[16].Cette première organisation internationale « LGB » s’est très vite structurée, bien qu’elle rencontre de grandes difficultés à établir un contact auprès des organisations et institutions internationales progressistes de l’époque, comme la Cour européenne des droits de l’homme, l’ONU ou encore Amnesty International. Les différentes organisations décident alors de faire du 28 juin la journée internationale de la solidarité homosexuelle et de la semaine qui l’entoure une semaine de fierté homosexuelle[17].Déjà, la fierté homosexuelle n’est plus seulement une marche mais une période de visibilité et de revendication qui s’installe plus durablement.

Le 4 avril 1981, le Comité d’urgence anti-répression homosexuelle (CUARH), coordination de groupes homosexuels et lesbiens qui milite pour l’abrogation de la répression pénale des personnes homosexuelles, organise la première marche d’ampleur en France. 10 000 personnes manifestent à leur appel.[18] Mais la diffusion à l’ensemble de la France est longue, et la Pride reste à l’époque un phénomène surtout cantonnée à Paris. Il faut attendre 1996 pour que la marche des fiertés arrive à Lyon, dans un contexte de tension entre la mairie centrale de Lyon et la communauté gai et lesbienne[19].

Il faut aussi attendre les années 1990 pour que la Pride devienne un événement « de masse », notamment en France. Pendant les années 1980, la Pride ne rassemblait que quelques milliers de manifestants, pas plus. Certain·es militant·es l’expliquent notamment par la conjugaison de quelques avancées de la gauche – notamment la dépénalisation – et de la perte de nombreux militant·es lors des années SIDA. Dans les années 1990, la fréquentation gagne en nombre, avec un pic en 1997 lorsque Paris accueille l’EuroPride. Les associations revendiquent alors 250 000 personnes de l’Europe entière présentes à Paris. 

De la Gay Pride à la Marche des fiertés 

Malgré l’inertie du mouvement de la Pride pour intégrer les autres minorités liées à l’identité – ou modalité – de genre ou à l’orientation sexuelle, celle-ci a progressivement abouti à une représentation plus inclusive de l’ensemble de la communauté LGBTI.

La place des personnes trans et intersexes

En France comme ailleurs dans le monde, la participation des personnes trans à la Pride n’a pas été une priorité pour les mouvements de lutte. La première marche trans a lieu à Paris le 6 décembre 1997. Si à peine 40 participant·es sont recensé·es par les archives militantes, elle continuera à avoir lieu chaque année. Intitulée jusqu’en 2001 « Marche des transsexuels/les et de ceux qui les soutiennent »[20], cette marche prendra ensuite  un nom et des mots d’ordre différents pour devenir l’Existrans, puis l’ExisTransInter en 2019 pour y inclure les personnes intersexes. 

En 2005, l’Existrans rassemble pour la première fois un millier de personnes et bénéficie d’une couverture médiatique inédite (Libération, L’Humanité, Zurban, France 3) : cette croissance dans la mobilisation et sa visibilité marque un tournant dans l’histoire du militantisme trans en France[21]. Bien que des collectifs militants comme le Front homosexuel de libération (FHAR) aient toujours revendiqué la liberté de modalité de genre et participé à ces marches, les personnes trans ont longtemps eu des difficultés à trouver leur place au sein du mouvement LGBTI global. 

Organisée sur cette période (fin des années 1990-début des années 2000) par la société privée SOGIFED sous le nom de la « Lesbian & Gay Pride », la reprise par l’Inter-LGBT de l’organisation de la marche en 2001 commence par un litige. La société SOGIFED ayant déposé des brevets sur le nom de cette marche, celle-ci devient la « marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans ». C’est ainsi que la Gay Pride n’existe officiellement plus sous ce nom. En phase avec l’apparition d’un mouvement LGBTI au niveau de la scène internationale, 2001 est la première année où les personnes trans sont incluses dans le nom de la marche. Cette évolution bienvenue témoigne de l’impératif d’intersectionnalité interne à laquelle le mouvement LGBT continue à être confronté, à raison, par les parties de la communauté les plus marginalisées. 

Un drapeau pour s’unir 

Cette histoire se retrouve aussi derrière l’évolution du drapeau des fiertés. Créé en 1978 sur la commande du conseiller municipal de San Francisco, Harvey Milk, à l’artiste Gilbert Baker, le drapeau arc-en-ciel se veut comme un symbole pour la communauté gay[22]. Il deviendra plus largement le drapeau des personnes LGBTI. Depuis, de nombreux drapeaux sont apparus dans un souci de visibilisation : le drapeau bisexuel en 1998, le drapeau trans conçu par la militante américaine Monica Helmsle, ou le drapeau lesbien (« sunset flag ») créé par la blogueuse Emily Gwen, etc. Dans les années 2010 apparaissent des bandes de couleurs supplémentaires, le noir et le marron, qui représente les personnes racisées. En 2018, l’artiste Daniel Quasar propose un nouveau drapeau avec les couleurs du drapeau trans et une forme de flèche, symbolisant la notion de progrès autour des couleurs. En 2021 enfin, l’association Intersex Equality Rights UK insère dans le creux de cette flèche un triangle jaune et un cercle violet, reprenant ainsi les éléments du drapeau des personnes intersexes. Ce symbole est adopté par la communauté à l’échelle internationale. Brandi lors de la Pride, ce drapeau comprend désormais les couleurs des personnes les plus marginalisées, et que l’extrême droite harcèle continûment : les personnes trans et racisées. 

II. Pourquoi la Pride aujourd’hui ?

Célébrer sa famille choisie face à la persistance des violences

Le 8 avril 2026, l’État du Tennessee a adopté une résolution visant à rebaptiser le « Pride Month » en un « Mois de la famille nucléaire »[23]. Révélatrice de la panique woke initiée par le parti républicain états-unien, cette résolution s’inscrit aussi dans le renouveau d’une bataille culturelle réactionnaire contre les personnes LGBTI, qui fait de la famille nucléaire, blanche et hétérosexuelle la norme absolue. 

Dans ce contexte, et alors que les violences LGBTI-phobes sont encore nombreuses[24], la Pride apparaît comme un espace de revendications de droits, mais aussicelui qui rend possible de « faire communauté » face à l’adversité. L’aspect communautaire a toujours été central dans les parcours LGBTI, souvent caractérisés par une marginalisation touchant de nombreux domaines de la vie. Par exemple, les ruptures familiales sont fréquentes lorsque l’entourage des LGBTI rejette en bloc leur orientation et/ ou leur identité de genre, causant fatalement une surreprésentation des personnes LGBTI parmi les personnes sans-abri[25]. L’accès à la santé est complexifié à cause des discriminations de certains professionnels[26], contraignant les personnes à restreindre leurs choix de soignants à quelques noms connus pour être compétents et acceptant une patientèle LGBTI. En 2024 en France, 27% des crimes ou délits anti-LGBTI sont commis dans l’espace public[27], ce qui contraint ces personnes à l’isolement et limite leurs sorties par crainte d’être à nouveau ciblées.

Dans ce contexte, créer une boucle de messagerie avec des ami·es et des connaissances LGBTI, reprendre contact avec des personnes croisées l’an passé, se retrouver autour d’un verre avant ou après la Pride, occuper l’espace public sans se sentir en danger, se battre pour conserver ses droits et en obtenir de nouveaux, sont des actes concrets qui répondent aux difficultés et aux besoins quotidiens des personnes LGBTI. Ces formes de sociabilité queer peuvent être désignées par le terme de « famille choisie », par contraste à une famille nucléaire qui peut être associée à la violence et au rejet pour les personnes LGBTI. Ces familles choisies répondent aux besoins sociaux et communicationnels des personnes LGBTI, qui ne bénéficient pas systématiquement d’un cadre familial direct propice à l’échange et l’entraide. Elles prennent différentes formes selon l’âge, la classe sociale, le lieu de vie, le genre, et l’orientation sexuelle des personnes LGBTI. Elles permettent aux personnes concernées d’exprimer auprès de leurs pairs leurs doutes, leurs questionnements, leurs expériences positives comme douloureuses. Ainsi les personnes concernées peuvent-elles vivre simplement et pleinement leur quotidien, sans être suspectées ou constamment ramenées à leur orientation sexuelle ou leur modalité de genre.

Ces modes alternatifs de vie, d’amour, d’amitié et de famille queer sont en première ligne des attaques des réactionnaires en raison de leur caractère spontanément transgressif, qui remet en cause le patriarcat et les systèmes de domination de manière générale. 

Pride(s) plurielles et radicales 

Aujourd’hui, en France, la Pride est un mouvement de 120 marches à travers le pays[28].Celles-ci ne se présentent pas comme un ensemble uniforme. La tenue de chaque marche de la Pride revêt des réalités géographiques, socio-économiques et politiques différentes. Si l’inclusion des personnes trans et intersexes a été un premier pas vers l’inclusion des différents pans de la communauté, des critiques persistent quant au manque de représentation de certaines personnes et expériences LGBTI au sein des marches des fiertés traditionnelles. 

Ces critiques sont aujourd’hui portées principalement par « les personnes et les groupes LGBTQI+ vivant en dehors des centralités urbaines les plus visibles, qu’il s’agisse des quartiers populaires, des espaces ruraux, des petites villes, des espaces périurbains ou encore de certains territoires d’outre-mer[29] ».Ces personnes et groupes dits « en marge » ont ainsi investis différemment la Pride pour créer un espace de visibilité propre dans les « territoires délaissés »[30] par la capitale et l’État. 

Prides rurales

C’est dans cette démarche que s’inscrit l’apparition dans plusieurs pays des Pride rurales. Les travaux de la sociologue Francesca Ammaturo identifient leur essor en Italie et au Royaume-Uni depuis plus de quinz ans « dans des espaces de plus en plus variés, ruraux ou de petite taille ». Elle y observe que la « visibilité LGBTQI+ qu’ils produisent s’inscrit ainsi dans des configurations territoriales spécifiques plutôt que dans un cadre universalisable[31] ». Eauze, Die, Saint-Gaudens, Saint-Félicien, Luçon, Mouais : autant de lieux qui ont accueilli la Pride en 2025, année où 40 Pride rurales ont été recensées en France. 

Dans un article, le média Problematik décrit ces événements comme festifs mais également « des lieux de luttes : contre l’extrême droite, contre la disparition des services publics et pour des cultures locales[32] ». Éminemment politiques, les mobilisations queers permettent de combattre la reprise par l’extrême droite des sujets LGBTI et donnent lieu à des luttes locales et radicales. C’est ainsi qu’à Saint-Guilhem-le-Désert, en réponse à l’organisation d’une marche des fiertés occitane par le groupuscule d’extrême-droite « Héros du sud », les habitants se sont regroupés en collectifs et sont venus avec les drapeaux arc-en-ciel changer les mots d’ordre de la manifestation, initialement organisée en hommage à Saint-Guilhem par les identitaires.

Derrière chacune de ces marches, ce sont des associations de lutte pour les droits LGBTI et des collectifs qui permettent d’avancer des revendications de gauche dans des territoires souvent délaissés. Cependant, elles peuvent aussi faire l’objet d’une forme de dépolitisation par certaines municipalités. Ce fut le cas à Chenevelles cette année, lieu choisi par la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations pour présenter son nouveau plan de lutte contre les discriminations anti-LGBTI[33]. Proche des idées et des lobbies transphobes[34] – et éminemment réactionnaire – Aurore Berger est une personnalité politique pourtant décriée par les milieux militants LGBTI. Sa présence à la Pride de Chenevelle, organisée par la municipalité, ne saurait faire oublier son bilan des politiques de lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ qualifié « d’extrêmement décevant » par la CNCDH en mars 2026[35]. Cette action de récupération politique par une ministre de droite témoigne de l’importance des associations et de leur vigilance pour que les Prides demeurent fidèles à la lutte de toutes les personnes LGBTI pour leurs droits.

Prides ultramarines, radicales, des banlieues… 

Au-delà des habitant·es de la ruralité, d’autres groupes marginalisés se sont organisés pour visibiliser leur « fierté » LGBTI. La tenue de la Global Black Pride du 9 au 13 septembre 2026 à Paris a permis de mettre en avant plusieurs associations ultramarines comme le BiFwi Centre LGBT, Trans’Actions Guadeloupe, Kaz’Avenir de Guyane et Pilon de La Réunion. C’était la première fois que la Global Black Pride se tenait en Europe[36]. Le 25 juillet 2026 était également la première tenue de la première Kréyòl Pride en Guadeloupe[37].

« Les personnes noires et LGBT existent en France, ont toujours existé et toujours milité sur ces questions spécifiques, mais sont souvent invisibilisées dans et en dehors du mouvement LGBT. » –  Marame Kane, organisatrice de la Global Black Pride de Paris

Depuis 2021 se tient à Paris la Pride radicale[38] : une marche des fiertés antiraciste, anticapitaliste et anti-impérialiste organisée à l’initiative de personnes queers particulièrement marginalisées. La Pride radicale se tient aussi désormais dans d’autres villes que Paris. En 2022, le mouvement radical de la Pride des banlieues est lancé, trois ans après une première marche ayant eu lieu à Saint-Denis. Ces différents mouvements ont émergé en réaction au manque de place de leurs revendications au sein de l’Inter-LGBT, qui tend parfois à favoriser l’assimilation des personnes LGBTI au sein du reste de la population au détriment de luttes spécifiques, plus politiques, et pourtant essentielles. Les revendications de ces différentes prides radicales reposent davantage sur les priorités que rencontrent les personnes LGBT+ racisées, ou les personnes des classes populaires, confrontées à des précarités exacerbées. Les associations qui participent à l’organisation de ces marches permettent, au-delà des revendications radicales portées, de structurer des rapports de force au sein du mouvement de la Pride. Elles « créent un rapport de force dans le champ militant qui contraint l’Inter-LGBT, dont les positions sont beaucoup plus modérées, à aller elle aussi vers davantage de radicalité », observe la sociologue et historienne Ilana Eloit dans un entretien au Monde[39]. Là où la droite décrit ces marches comme des débordements identitaires[40] ou une instrumentalisation du mal être des personnes LGBTI[41], Ilana Eloit identifie moins « un éparpillement » du mouvement de la Pride qu’un « foisonnement et [un] enrichissement du militantisme LGBT+ ». Il va sans dire que la Pride des banlieues et la Pride radicale ont aussi permis de faire émerger un combat clair au sein des espaces et événements militants LGBTI : celui contre l’extrême-droite et l’extrême droitisation de la société. Elles ont sans aucun doute contribué à l’adoption des mots d’ordre par l’Inter-LGBT pour la Pride parisienne de 2025 : « Contre l’internationale réactionnaire, queers de tous les pays, unissons-nous. »  

Une Pride politique pour combattre l’homonationalisme 

Enfin, la Pride, et avec elle, le mouvement LGBTI contemporain, doivent faire face à la montée des instrumentations homonationalistes de la droite et de l’extrême droite. 

Homonationalisme et impérialisme étasunien 

Le terme « homonationalisme » a a été défini en 2007 par la théoricienne queer américaine Jasbir K. Puar dans son livre Terrorist Assemblages: Homonationalism in Queer Times. À partir de l’exemple des États-Unis post-11 septembre 2001, elle démontre comment des partis, gouvernements et États, pourtant généralement hostiles aux personnes LGBTI, peuvent accepter et feindre un soutien à une partie spécifique de la population queer – principalement les gays et les lesbiennes cis blanc·hes – dans l’objectif de construire un « nous Occidental » versus un « eux Oriental ».

La suprématie blanche repose en effet sur la hiérarchisation des civilisations, où l’Occident (la civilisation « blanche ») serait supérieur aux autres civilisations, notamment moralement. Dans ce cas précis, cela se traduirait par une prétendue plus grande tolérance envers les personnes LGBTI et justifierait donc en partie les guerres de civilisation – notamment au Moyen-Orient – afin d’aider les populations queer qui y seraient persécutées.

Cette idée s’est construite sur plusieurs siècles. Elle puise notamment dans la représentation de l’Orient élaborée dans l’Europe chrétienne médiévale : le concile de Vienne de 1312[42] constitue à cet égard un moment important, en institutionnalisant l’étude des langues et des savoirs orientaux dans une perspective largement marquée par la confrontation avec le monde musulman. Au fil des siècles, cette représentation a contribué à forger une certaine vision de « l’Orient » et des populations arabes et musulmanes, pensées comme extérieures et inférieures à la chrétienté européenne. Elle s’est ensuite articulée à la colonisation et à la traite négrière, qui ont produit et légitimé des hiérarchies raciales : les populations noires ont notamment été décrites comme inférieures, voire animalisées, à partir de critères pseudo-scientifiques élaborés a posteriori pour justifier leur exploitation et leur domination par les européens[43] .

Ces concepts ont évolué à travers les époques et ont fini par se retrouver pour définir et essentialiser ce que devrait être la sexualité des peuples. Jasbir K. Puar résume le procédé comme suit : « En reléguant le queer et l’arabe à des espaces mutuellement exclusifs, [se construit] une facette primaire de l’homonationalisme : celle de la supposée blancheur des corps gays, lesbiens, homosexuels et queers, et de l’hétérosexualité présumée des corps de couleur[44]». Du point de vue homonational, seuls les blancs peuvent être queer, et les arabes sont donc obligatoirement hétérosexuels, et homophobes par essence.


Aux États-Unis, point de départ de l’analyse de Jasbir K. Puar, la volonté d’unir le peuple américain autour de ressorts civilisationnels a été particulièrement forte, résumée par la célèbre phrase de George W. Bush « Either you are with us, or you are with the terrorists (Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes avec les territoristes)[45] ». Dans son analyse, Puar constate une forte acceptation, et même une mise en avant d’une partie de la population LGBTI par les Américains, par exemple au travers de la figure héroïque de Mark Bingham, homme homosexuel, qui faisait partie des passagers du vol United Airlines 93 ayant résisté face aux terroristes du 11 septembre. Cette forme d’acceptation se retrouve aussi par les différents niveaux d’implication d’une très grande partie des communautés queers aux États-Unis dans l’unité nationale et la guerre contre le terrorisme. À cette période, un véritable patriotisme LGBTI a vu le jour, allant du refus de dénoncer l’impérialisme américain à l’adhésion complète aux projets de George W. Bush d’envahir l’Irak, en représailles aux attentats, et au prétexte de libération les populations irakiennes LGBTI. 

L’homonationalisme dans le champ politique français 

Il faut rappeler que l’appartenance à une ou plusieurs minorités ne produit pas automatiquement l’adhésion à des valeurs progressistes et émancipatrices. Un grand nombre de personnes LGBTI soutiennent ainsi des partis conservateurs et d’extrême droite. Un sondage commandé par le magazine Têtu en mars 2026 révèle par exemple que 27% des personnes LGBTI indiquent vouloir voter pour Jordan Bardella en 2027[46].Des chiffres qui peuvent surprendre au regard des positions du RN sur les questions LGBTI : abstention sur l’interdiction des thérapies de conversion[47], propos homophobes d’une partie de leurs candidats et cadres,[48] vote contre l’extension de la peine d’inéligibilité pour les auteurs de violences, dont les violences homophobes,[49] proposition de loi contre la participation des athlètes trans aux compétitions sportives,[50] opposition aux transitions de genre pour les mineurs,[51] etc. 

Marine Le Pen n’hésitait d’ailleurs pas à parler de droit à l’indifférence pour défendre en réalité un projet d’invisibilisation et donc de disparition des queers et de leurs combats. Le militant LGBTI Denis Quinqueton résume dans un article de Mediapart quels types de personnes homosexuelles sont acceptables selon le RN : « C’est l’idée du gay qui n’est pas ostentatoire, qui n’est pas démonstratif, qui ne va pas à la Marche des fiertés et qui ne revendique pas de droits […]. Le droit à l’indifférence est une claire mise en danger. En se faisant discret, on disparaît en même temps que nos problématiques. » Et quand le RN ne peut pas les faire disparaître, ils essayent de les remplacer par des associations qu’ils contrôlent, comme c’est le cas avec la création de l’association « Gays et Lesbiennes du Bassin Minier » dans la ville de Harnes, chapeautée par un maire RN, Anthony Garénaux-Glinkowski.

L’adhésion d’une part conséquente des personnes LGBTI au RN n’est qu’une conséquence de la stratégie homonationalisme du parti, dont les cadres n’hésitent plus à afficher publiquement leur homosexualité malgré leurs projet idéologique profondément anti-LGBTI.[52] Là encore, cela permet de mettre en avant une homosexualité acceptable, bien cachée et rangée, qui se tait et ne demande pas de droits, face à une homosexualité jugée choquante et outrageante, qui s’exprime dans les marches des fiertés notamment. Et de déverser un peu plus leur racisme en continuant d’accuser les populations arabes d’homophobie[53]. C’est exactement la même stratégie que l’on retrouve avec le fémonationalisme[54], qui détournent les combats féministes à des fins conservatrices pour attaquer les minorités, en mettant en avant uniquement les agressions commises par des personnes immigrées en les essentialisant comme agresseurs, et dont le collectif Némésis en France est le porte-étendard[55].

Le fait d’afficher et d’utiliser l’homosexualité de ses cadres n’est pas un élément propre au RN et aux extrêmes-droites. La macronie s’est illustrée plusieurs fois ces dernières années en adoptant une même stratégie. Ainsi, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites en 2023, Olivier Dussopt faisait son coming-out pour tenter de faire diversion[56]. Idem en ce qui concerne Guillaume Kasbarian en décembre 2024, en pleine contestation de sa loi anti-squat.[57] Cette utilisation d’une appartenance à une minorité a souvent été utilisée par le camp présidentiel comme totem de progressisme, par exemple l’élection de Yaël Braun-Pivet comme première femme à la présidence de l’Assemblée nationale, ou Elisabeth Borne, deuxième femme à être nommée Première ministre[58]. Or, on peut y voir une instrumentalisation de la cause LGBTI ou féministe à des fins politiciennes, étant donné que ces personnes défendent et mettent en œuvre des politiques résolument conservatrices, défavorables tant aux droits des femmes que des personnes LGBTI et de toutes les minorités. 

La montée de l’homonationalisme ne signifie pas disparition des violences LGBTIphobes

L’une des raisons les plus évidentes de ces coming-outs de plus en plus fréquents et de la montée de l’homonationalisme réside dans l’évolution des mentalités vers plus de progressisme et de tolérance dans la société, comme l’a montré notamment le sociologue Vincent Tiberj. Ainsi, aujourd’hui en France, l’homosexualité est désormais largement tolérée par presque 9 personnes sur 10[59]. Néanmoins, cette acceptation large ne doit pas nous faire détourner les yeux des violences et des LGBTIphobies encore largement présentes. Dans son rapport annuel, SOS Homophobie alerte sur une augmentation des violences, renforcée par un climat anxiogène.[60] Le meurtre homophobe du jeune Noahm à Metz le 2 juin 2026, alors âgé de 19 ans, en est un rappel terrible[61]. Les personnes trans sont également largement exposées aux violences, qu’elles subissent de manière plus intense et plus fréquente. L’internationale réactionnaire fait aujourd’hui des personnes trans, un bouc émissaire, et cherche à les invisibiliser de l’histoire des personnes LGBTI. On a ainsi vu le gouvernement de Monsieur Trump, en février 2025, réécrire l’histoire de Stonewall. Le site gouvernemental consacré au monument remplaçant le sigle LGBTQ+ par juste LGB, et effaçant toute référence à des personnes trans[62]. Cela est la conséquence directe de l’interdiction faite à leurs agents de la part du gouvernement américain d’utiliser un certain nombre de termes tant sur leurs sites web que dans la recherche scientifique dans son ensemble[63], tel que « genre », « transgenre » ou « LGBT »[64]. Toutes ces attaques se placent dans le plan du Projet 2025 de l’Heritage Foundation[65], qui est mis en application par le gouvernement américain depuis la deuxième élection de Trump du 5 novembre 2024. Leur dernière action en date étant l’assimilation des personnes trans et de toute personne les défendant, à des terroristes[66]. Il suffit de se reporter à la page Wikipedia qui recense les attaques contre les personnes trans par ce gouvernement pour se rendre compte du nombre et de l’intensité[67] de ces attaques. L’homonationalisme n’est donc pas un rempart à la LGBTIphobie, bien au contraire. 

Homonationalisme, pink-washing et impérialisme dans le monde 

Dans le reste du monde, l’homonationalisme a été particulièrement utilisé par le gouvernement israëlien pour justifier les exactions commises durant des décennies en Palestine, et notamment durant le génocide qui se déroule à Gaza. La parfaite illustration arrive en novembre 2023 lorsqu’un soldat israëlien poste une photo de lui dans les ruines de Gaza, tenant à la main un drapeau LGBT qui portait le message « In the name of love » (« Au nom de l’amour »)[68]. Israël mène ainsi une politique active de pinkwashing (ou rainbow-washing), en mettant par exemple en avant Tel-Aviv comme une des villes les plus LGBTIfriendly, tout en taisant les problèmes rencontrés par les populations LGBTI israélienne et palestinienne[69]

L’homonationalisme joue aussi un rôle très concret dans de nombreux pays anciennement colonisés. Une grande partie de ces pays ont hérité de lois coloniales anti-LGBTI, mises en place par les colons dans le but de contrôler la population locale. Or, ces dernières années, les lois LGBTI se sont multipliées dans plusieurs de ces pays, notamment en Afrique, sous la pression des lobbys conservateurs occidentaux – États-Unis en tête, notamment dans le cas de la loi adoptée par le Sénégal en mars 2026 pénalisant de cinqxà dix ans de prison l’homosexualité[70]. On a vu une loi similaire au Niger, en juin 2026[71]. Ces lois s’inscrivent dans la continuité de législations passées en Ouganda en 2023[72] ou au Burkina Faso en 2025[73].

Ces lois sont souvent brandies par ces pays comme une réponse à l’impérialisme occidental. En effet, quand les pays impérialistes occidentaux mettent en avant leur tolérance envers les personnes LGBTI – ou tout du moins une partie – pour justifier des interventions militaires ou politiques dans le Sud global, certains gouvernements conservateurs d’Afrique ou d’Asie s’en servent alors pour dénoncer l’homosexualité comme une valeur qui serait occidentale par nature et une tentative d’ingérence dans les mœurs de leurs pays. C’est en réalité un cercle vicieux doublement gagnant pour les homonationalistes : les lois qu’ils aident à faire passer par leur lobbying réduisent les droits des personnes LGBTI dans le monde. Cela renforce l’homonationalisme qui peut dès lors prétendre que la tolérance envers les personnes gay et bi est une exceptionnalité occidentale et justifier ainsi davantage leur impérialisme. De l’autre côté, les perdants sont toujours les mêmes : les personnes LGBTI et l’ensemble des personnes minorisées et marginalisées par les systèmes de domination actuels – patriarcat, capitalisme, impérialisme. 

Conclusion – La Pride et les luttes à venir

La Pride ne constitue pas une simple fête. C’est d’abord un temps de souvenir des luttes passées, des souffrances vécues ; un temps de visibilité d’autant plus nécessaire dans une période de montée des extrêmes droites et de tentatives de réappropriation de nos luttes. Cette visibilité est une question vitale pour les personnes LGBTI – les invisibles – car c’est elle qui rend possible l’expression des revendications et la mise en lumière des difficultés rencontrées. Aujourd’hui, les personnes trans sont par exemple complètement invisibilisées dans nos données statistiques, ce qui a pour conséquence l’incapacité à penser et à planifier des politiques publiques adaptées et structurées autour de leurs besoins.

Mais les Prides sont aussi et surtout un vecteur de luttes, aussi bien au sein de la communauté que face à une société capitaliste, patriarcale et raciste. Si de nombreux combats ont été gagnés pour et par la communauté ces dernières décennies, de nombreuses luttes restent à mener. Les personnes trans souffrent toujours du manque d’un grand nombre de droits, notamment celui de changer sa mention de sexe à l’État civil, de manière libre et gratuite, directement en mairie. Si les conditions se sont améliorées avec la loi de modernisation de la justice en 2016 qui n’impose plus de stérilisation et de diagnostic psychiatrique pour faire un changement de genre[74], celui-ci est toujours soumis à l’appréciation d’un juge, qui peuvent exiger des preuves médicales à l’encontre même de la loi. De même, la PMA reste inaccessible aux personnes trans[75] et nécessite d’être réalisé dans des pays étrangers tel que l’Espagne, ce qui représente des coûts importants. Les transitions elles-mêmes, médicamenteuses et/ou chirurgicales, peuvent représenter des coûts importants qui ne sont pas toujours prises entièrement en charge par la Sécurité sociale. Les enfants intersexes sont eux aussi toujours victimes de violences aujourd’hui, la France n’interdisant toujours pas les opérations de « corrections » visant à « normaliser » les enfants selon la norme binaire hétéronormée. Et ce, malgré de nombreuses condamnations par des instances internationales, tel que l’ONU.[76]

La situation en France ne doit pas éclipser non plus la lutte internationale. Les droits des personnes LGBTI à travers le monde sont régulièrement menacés par de nouvelles lois homophobes tandis que l’international fasciste continue de progresser à travers le monde, s’attaquant de manière plus ou moins frontale aux droits des personnes LGBTI. Si l’exemple le plus impressionnant est la politique menée par Trump contre les personnes trans étatsuniennes, d’autres dirigeants et pays se sont aussi illustrés en la matière. Quelques mois après être arrivée au pouvoir en Italie, en janvier 2023, Giorgia Meloni fait retirer tout droit parental aux femmes dans un couple lesbien n’ayant pas porté l’enfant durant une PMA[77]. En Argentine, Javier Milei tient des positions LGBTIphobes assumées, comparant par exemple l’homosexualité à la pédophilie[78] ou interdisant les transitions de genre pour les mineurs[79]. L’ancien premier ministre hongrois, Viktor Orbán, s’est illustré par tout une série de loi anti-LGBTI durant ses mandats, allant de l’interdiction de l’adoption pour les couples homosexuels[80] à l’interdiction des représentations LGBTI sur tout support public[81]. La société hongroise lui a opposé une résistance exemplaire, notamment en rassemblant 200 000 personnes à la Pride de Budapest de 2025 malgré son interdiction[82].

L’année 2027 sera décisive aussi s’agissant des droits et libertés des personnes LGBTI en France. Si le Rassemblement national continue d’avancer masqué et tente de séduire l’électorat LGBTI en France[83], et tente même de retourner les accusations de LGBTIphobie qui le cible vers la France insoumise sous des prétextes et associations racistes[84], il ne faut jamais oublier d’où le RN vient, ni qui sont ses alliés. Le voyage en Pologne de Jordan Bardella les 18 et 19 juin 2026[85], en plein mois des fiertés, invité et reçu par le fasciste anti-LGBT assumé Jaroslaw Kaczynski[86], est un rappel des positions réelles du parti. Si ce parti accédait au pouvoir, il ne fait aucun doute que des législations LGBTIphobes comparables à celles existant dans le reste du monde seraient adoptées en France. 

Face à ces perspectives, l’heure est à la lutte résolue pour les droits des personnes LGBTI et pour l’émancipation de toutes et tous. Comprendre l’histoire, le rôle et les enjeux éminemment politiques qui entourent la « Pride » est une première étape essentielle de cette bataille. 

Lexique

· Cis/cisgenre : Désigne une personne dont le genre actuel correspond au genre qui lui a été attribué à la naissance, qui n’a pas fait de transition de genre, en opposition aux personnes trans.
· Coming-out : Action par laquelle une personne révèle publiquement son orientation sexuelle et/ou de genre. Ne pas confondre avec l’outing.

· Invertis : Terme désuet, venant de la sexologie. Désigne les personnes pratiquant l’inversion sexuelle, donc les homosexuels (par rapport à la norme de l’hétérosexualité dans nos sociétés).

· LGBTQI+ : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe. Le + indique d’autres identités potentielles non nécessairement regroupées sous ces lettres là (Asexuel, Pansexuel, Non-binaire, Genderfluid, etc.)

· LGBTIphobie : Terme générique désignant l’ensemble des discriminations à l’encontre de personnes à propos de leur identité de genre et/ou leur orientation sexuelle, réelle ou supposée.
· Outing : Agression par laquelle une personne révèle publiquement sans son consentement l’orientation sexuelle et/ou de genre d’une autre personne.

· Pinkwashing : Dérivé de l’homonationalisme. Désigne l’utilisation de codes, noms et/ou imageries associés à la communauté queer pour se donner une image de tolérance, sans réelle politique ou engagement LGBTI.

· Queer : Terme anglais signifiant « étrange ». Utilisé tout d’abord péjorativement pour désigner les personnes de la communauté LGBTI dans les pays anglophones, il a été réapproprié à la fin des années 1980 par la communauté pour se décrire et analyser les rapports de pouvoirs dans la société.


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02.10.2026 à 16:59

L’État et la révolution citoyenne : la tournée de présentation de notre nouveau livre partout en France !

Zoé Pebay

L’Institut La Boétie publie le 4 septembre 2026 son cinquième ouvrage, « L’État et la révolution citoyenne », aux éditions La Dispute.  Ce nouvel ouvrage collectif est coordonné par la philosophe Isabelle Garo et réunit 22 auteurs et autrices, intellectuel·les, chercheur·ses en sciences sociales.
Lire + (442 mots)

L’Institut La Boétie a publié le 4 septembre 2026 son cinquième ouvrage, L’État et la révolution citoyenne, aux éditions La Dispute. 

Coordonné par la philosophe Isabelle Garo, il réunit 22 intellectuel·les français·es et internationaux pour analyser l’État et comment le transformer pour le mettre au service de la révolution citoyenne.

Avec une postface exceptionnelle de Jean-Luc Mélenchon « Principes pour une refondation démocratique de l’État français ».

À moins d’un an de l’élection présidentielle, un livre à mettre entre toutes les mains pour comprendre comment rendre le pouvoir au peuple et construire un autre modèle de société !

Listes des auteur·rices : Simon Arambourou, Ludivine Bantigny, Hannah Bensussan, Laurent Bonelli, Francesco Brancaccio, Hadrien Clouet, Alexis Cukier, Fanny Gallot, Álvaro García Linera, Isabelle Garo, Franck Gaudichaud, Julie Gervais, Bob Jessop, Stathis Kouvélakis, Claire Lemercier, Benjamin Lemoine, Jean-Luc Mélenchon, Vincent Ortiz, Stefano Palombarini, Franck Poupeau, Marlène Rosano-Grange, Claude Serfati. 

Depuis sa sortie, l’Institut La Boétie organise une tournée de présentations publique partout dans le pays !

Découvrez la liste ici :

Et beaucoup d’autres à venir !

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04.08.2026 à 19:12

L’État et la révolution citoyenne : le nouveau livre de l’Institut La Boétie !

Zoé Pebay

L’Institut La Boétie publie le 4 septembre 2026 son cinquième ouvrage, « L’État et la révolution citoyenne », aux éditions La Dispute.  Ce nouvel ouvrage collectif est coordonné par la philosophe Isabelle Garo et réunit 22 auteurs et autrices, intellectuel·les, chercheur·ses en sciences sociales.
Texte intégral (537 mots)

L’Institut La Boétie publie le 4 septembre 2026 son cinquième ouvrage, L’État et la révolution citoyenne, aux éditions La Dispute. 

Ce nouvel ouvrage collectif est coordonné par la philosophe Isabelle Garo et réunit 22 auteurs et autrices, intellectuel·les, chercheur·ses en sciences sociales. Il s’ouvre par une préface d’Álvaro García Linera, ancien vice-président de la Bolivie, et se clôt par une postface exceptionnelle de Jean-Luc Mélenchon, co-président de l’Institut La Boétie et candidat à l’élection présidentielle de 2027 : « Principes pour une refondation démocratique de l’État français ».

À moins d’un an d’une élection présidentielle déterminante pour l’avenir de la France, cet ouvrage se penche sur les enjeux liés à la transformation de l’État du point de vue de la gauche de rupture. 

Il cherche d’abord à décrire comment le néolibéralisme a transformé la structure de l’État ces dernières décennies : relation avec le marché, la finance, transformation de l’administration publique, etc. 

Il explore ensuite plusieurs grandes questions : Si la gauche arrive au pouvoir demain, comment pourra-t-elle transformer profondément la société ? Quelles leçons tirer des expériences du passé comme celle du Front populaire de 1936, du Chili d’Allende, ou de la défaite de Syriza en Grèce ? Quelles nouvelles institutions devra-t-elle inventer pour répondre aux grands défis de demain – planification écologique, services publics ou sécurité sociale… – ? 

L’Institut La Boétie poursuit ainsi son travail consistant à irriguer de contributions d’universitaires les grands débats théoriques et stratégiques pour la gauche après Extrême droite : la résistible ascension (2024) et Nouveau peuple, nouvelle gauche (2025).

Listes des auteur·rices : Simon Arambourou, Ludivine Bantigny, Hannah Bensussan, Laurent Bonelli, Francesco Brancaccio, Hadrien Clouet, Alexis Cukier, Fanny Gallot, Álvaro García Linera, Isabelle Garo, Franck Gaudichaud, Julie Gervais, Bob Jessop, Stathis Kouvélakis, Claire Lemercier, Benjamin Lemoine, Jean-Luc Mélenchon, Vincent Ortiz, Stefano Palombarini, Franck Poupeau, Marlène Rosano-Grange, Claude Serfati. 

Découvrez : 

Commandez dès maintenant L’État et la révolution citoyenne !

Plusieurs rencontres publiques avec les auteur·rices seront organisées partout dans le pays dès septembre. Retrouvez la liste sur notre site.

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