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25.06.2026 à 11:07

Corse : journée des dupes à l’Assemblée

Roger Martelli

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.
Texte intégral (921 mots)

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.

Pour ce qui est de la Corse, l’exigence d’une autonomie élargie, permettant de rompre franchement avec deux siècles de centralisation bonapartiste, est en chemin depuis longtemps. Et il est vrai que les électeurs corses ont manifesté cette attente de façon nette, en mettant à deux reprises des élus nationalistes à la tête de la collectivité de Corse. Mais la demande d’un nouvel élan pour la décentralisation, qui est au cœur du pari de l’autonomie, existe ailleurs, sous des formes diverses.

C’est dire que le parti pris décentralisateur devrait valoir pour l’ensemble du maillage territorial et pas seulement pour la Corse. Dès lors, l’urgence se déplace. Quel que soit le lieu, il ne suffit plus de proclamer l’autonomie, mais d’en préciser les modalités et les acteurs et, plus encore, de dire s’il faut ou non combiner l’autonomie régionale et la solidarité nationale et comment on peut procéder pour y parvenir.

Installer l’autonomie en principe constitutif de la République pourrait être un chantier de portée constitutionnelle, d’autant plus urgent que l’architecture globale de nos institutions est obsolète et qu’elle contredit de façon absolue la mise en place d’une décentralisation effective, en Corse comme ailleurs. Jusqu’à ce jour, on a accumulé dans la Constitution des statuts particuliers, sans effets positifs significatifs pour les populations concernées.

Si l’on veut vraiment donner à l’autonomie corse toute son ampleur, il faut de toute urgence redéfinir le cadre global qui lui donnera force. C’est bien une refondation constitutionnelle qui s’impose, mais qui ne relève pas d’un simple tête-à-tête entre la Collectivité de Corse et l’État. Si l’objectif était de prolonger en l’améliorant le dispositif existant pour la Corse, le recours à la loi précisant les modalités de l’autonomie pouvait suffire. Or, dans ce qui est décidé aujourd’hui, il n’y a ni la logique globale assurant l’effectivité de l’autonomie, ni les bases d’une loi organique pour la Corse dont l’avenir est laissé dans le plus grand flou.

Pourquoi donc cet étonnant tour de passe-passe ? Parce qu’il fallait donner aux nationalistes des satisfactions symboliques après la flambés de colère qui a suivi l’assassinat d’Yvan Colonna. On a donc choisi le recours magique à la Constitution. Mais, ce faisant, on dissocie l’indissociable, à savoir l’autonomie et la solidarité. On disserte du particulier, sans l’adosser à une vision solide du commun.

De plus, pour satisfaire les courants nationalistes, on introduit dans le texte constitutionnel ce qui ne devrait surtout pas y être : la « communauté » et le « lien à la terre ». On légitime ainsi des formes d’appartenance qui risquent de supplanter le principe historique de l’égalité des individus devant la loi. Derrière les mots retenus, se profilent ceux que l’on ne devrait pas entendre. Ce pourrait très bien être celui de la préférence, au profit seul de celui qui appartient à la « communauté ». Pourquoi alors s’arrêter en chemin ? Derrière la petite musique de la préférence corse, c’est la symphonie de la préférence nationale qui commence à se faire entendre. Les mots d’apparence anodine (communauté, lien à la terre) pourraient ainsi n’être que les chevaux de Troie de l’extrême droite et de son obsession de l’identité.

Le RN l’a parfaitement compris, en affirmant tranquillement que la préférence corse serait la conséquence logique du nouveau paragraphe constitutionnel. C’est là que commencent les jeux de dupes. La macronie nationale, le noyau nationaliste corse qui s’y rattache et la majorité des socialistes comptent sur la satisfaction symbolique pour obtenir la paix civile dans l’île. La France insoumise, en votant le texte, espère prendre jusqu’à l’Assemblée de Corse la place qui a été enlevée à la gauche en 2017. Les autres forces se divisent, ne pouvant récuser l’autonomie, mais pressentant les risques des termes introduits. Quant au Rassemblement national, il joue sur les deux tableaux : il a obtenu l’insertion constitutionnelle de notions qui légitiment ses choix d’exclusion et il affiche sa posture d’opposant numéro un, à Paris comme en Corse. 

Son objectif est clair : rafler la mise, en raccordant les flux des votes régionaux (aujourd’hui en faveur des nationalistes) et ceux des votes nationaux (la Corse est une des régions de France où le vote RN est le plus fort). D’ores et déjà, il a réussi à prendre langue avec une partie active du mouvement nationaliste (Mossa Palatina). Il ne lui reste plus qu’à attendre patiemment son heure. En Corse comme sur le continent, l’air du temps roule pour lui. Partie de dupes, disions-nous. Craignons que le RN soit le seul à en bénéficier…

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25.06.2026 à 09:50

Soleil de plomb, besoin de pognon

Catherine Tricot

La canicule révèle le retard considérable de notre pays face au dérèglement climatique. Les besoins se comptent en milliers de milliards : comment les financer ? Le débat ne peut être éludé.
Texte intégral (1199 mots)

La canicule révèle le retard considérable de notre pays face au dérèglement climatique. Les besoins se comptent en milliers de milliards : comment les financer ? Le débat ne peut être éludé.

Ce mercredi devrait être la journée la plus chaude de notre deuxième canicule de l’année. Météo France anticipe déjà que cet épisode pourrait se prolonger jusqu’à mi-juillet. Une sorte d’angoisse étreint les parents d’enfants en bas âge, les travailleurs en extérieur, les usagers et les agents des transports en commun, les personnes âgées, les malades dans les hôpitaux ou en traitement…  Même ceux qui bénéficient d’une climatisation chez eux ou sur leur lieu de travail savent que cette vie n’est pas possible, surtout si elle devient la norme.


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Après l’opposition caricaturale entre « pro » et « anti » clim, le débat prend un tour plus politique. L’inaction ou la défaillance de l’État est chaque jour dénoncée. Il est vrai que les conseils paternalistes appelant à faire attention, à se protéger et à boire sont sérieusement agaçants. D’autant qu’ils viennent de ceux qui sont au pouvoir depuis dix ans et qui, tout en sachant fort bien, n’ont quasiment rien fait. 

Les premières estimations tombent sur le coût de cet épisode. On rappelle les 15 000 morts de la canicule de 2003. On évalue son impact sur le système de santé : près de 10 milliards d’euros. On commence à approcher les effets économiques liés à la baisse de la production et aux pertes de productivité : autour de 1% du PIB, soit 30 milliards – à quelques milliards près. Des oreilles jusque-là sourdes aux alertes, se dressent enfin. L’adaptation devient une urgence ressentie par chacun et même par ceux qui vivent avec l’obsession étroite de la rentabilité.

Les calculettes chauffent. Dans la newsletter de vendredi, nous avancions le chiffre de 1000 milliards pour la rénovation thermique des 40 millions de logements. On peut doubler la somme si on veut estimer les besoins pour les équipements publics et ajouter quelques centaines de milliards pour adapter nos infrastructures et nos villes (essentiellement les désimperméabiliser et les planter massivement). Exemple pour se fixer un ordre d’idée : la France compte 15 000 km de voies de chemin de fer électrifiées (le réseau ferré fait 28 000 km). La mise à niveau pour 40°C (pas 50…) de chaque kilomètre de voie (caténaire, rail, ballast) coûte environ 1 million d’euros. Total : 15 milliards. Jean Castex, le nouveau patron de la SNCF, est un plaisantin quand il annonce fièrement que la SNCF passe à la vitesse supérieure et va remplacer 275 km de caténaire. A ce rythme, dans 60 ans, on y sera à peine. Sachant que l’entretien des voies a été délaissé depuis des années pour faire des économies, engendrant de nombreuses pannes.  

L’esquiver est une arnaque : l’adaptation au dérèglement climatique est un projet pharaonique par ses besoins en travail et en capitaux. Elle doit se programmer, se hiérarchiser et l’on doit dire comment la France mobilisera cet argent. Sachant qu’évidemment d’autres besoins vont se maintenir : services publics (école, justice, police, santé…), retraites, défense, IA… Tout projet présidentiel ne pourra contourner cet enjeu de l’argent.  

Les libéraux ont déjà leur angle d’attaque : la France est un pays appauvri, voire pauvre, qui n’a plus les moyens de ses ambitions ; notre système de protection sociale est trop coûteux et doit être revu, c’est-à-dire pour eux, démantelé. Pour preuve, la prolifération des propositions à base de retraite par capitalisation. Les arguments pour maintenir et moderniser le système redistributif français vont devoir monter en qualité : il va falloir le justifier au-delà du seul registre de la justice. Au fond, le débat porte sur l’endroit où se produit la richesse. On peut défendre avec force que des personnes formées, informées, cultivées, en bonne santé et assurées de leur avenir sont les ressorts les plus puissants dont nous disposons pour développer notre pays. 

On peut dès lors arguer que notre avenir passe par notre système social et par les investissements nécessaires. Plusieurs milliers de milliards. OK, avec quel argent ? La mobilisation de l’épargne des Français : 2000 milliards. Investis dans des assurances-vie, elle alimente essentiellement les circuits financiers et les fonds de pension. On doit penser des mécanismes de bonification pour flécher autrement cette épargne. La mobilisation de l’ensemble de la société et des épargnants est possible : la campagne présidentielle doit en être l’occasion. 

L’emprunt ensuite : le métro parisien a été construit par un emprunt sur 75 ans dont nous sommes sortis dans les années 70. On vient de réemprunter sur 70 ans pour financer le doublement en cours du métro parisien. 70 ans, voilà une échelle de temps correcte pour ce travail structurel qui nous attend. La mobilisation de l’argent des banques, enfin. Parmi celles-ci, la BCE avec, à sa tête, Christine Lagarde qui va quitter prochainement ses fonctions. Elle vient d’expliquer qu’elle considérait que la transition écologique devait faire partie des missions de la banque centrale européenne. Elle s’est vu opposer le veto de l’Allemagne qui a une vision étroite de la fonction de la BCE, celle de la stabilité monétaire. Elle déplore l’absence d’appui de la France. Elle doit être entendue et la BCE doit changer. 

Dernier point : tout ce travail doit être hiérarchisé, planifié. Dans l’année qui vient, il faut avancer. Les plantations dans les cours d’école doivent intervenir en octobre ; sinon, ça sera pour l’année suivante : rythme de la nature oblige. La création de préau rafraîchi dans chaque école peut être mise en œuvre avant l’été prochain. La priorité absolue et immédiate doit être de pouvoir occulter les façades vitrées au sud et à l’ouest : volets et stores extérieurs, please. La mise en place de pompes à chaleur (PAC) réversibles doit être privilégiée. 

Le débat doit être sérieux. Il faut parler argent et anticiper le temps. Sinon, désormais on sait dans notre chair ce qui nous attend.

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24.06.2026 à 15:47

TRIBUNE. Union de la gauche et des écologistes : l’heure est au sursaut des responsables politiques

Remi Boussemart

Dans une tribune, le président des Jeunes socialistes Rémi Boussemart alerte sur le risque d’un nouvel échec du camp progressiste si ses responsables persistent dans les divisions, les ambitions personnelles et l’absence de débouché politique pour la jeunesse.
Texte intégral (1326 mots)

Le président des Jeunes socialistes Rémi Boussemart alerte sur le risque d’un nouvel échec du camp progressiste si ses responsables persistent dans les divisions, les ambitions personnelles et l’absence de débouché politique pour la jeunesse.

Nous vivons un temps suspendu, un entre-deux historique que certaines générations sont conduites à connaître lorsque la société est dans l’obligation de se réinventer. On a souvent tendance à présenter la jeunesse comme l’âge de tous les possibles. L’âge où les horizons s’élargissent, l’âge où l’on s’émancipe, l’âge des premiers choix. Pourtant, nous étouffons dans un monde qui nous refuse, au sein d’une société qui n’a plus de place ni d’intérêt pour nous.

Regardons l’époque en face : 69% des 18-34 ans ont aujourd’hui la conviction que leur existence sera plus âpre que celle de leurs parents1. Et qui pourrait leur donner tort ? Entre l’angoisse du réchauffement climatique dont nous portons déjà la brûlure dans nos corps et le poids d’une dette publique qui hypothèque chaque parcelle de notre avenir, le constat est sans appel. L’espoir d’un changement politique positif s’efface progressivement sous le poids de la fatalité.

Le désir de rupture et l’espoir, pourtant, demeurent et s’expriment. En 2024, le Nouveau Front Populaire était placé en tête des suffrages par les jeunes, qui votaient à près de 50% pour ses candidats2. La gauche constitue le débouché politique naturel du désir de rupture traversant les jeunes. Née des combats contre l’exploitation, elle a toujours refusé l’état de fait pour imaginer de nouveaux horizons. Sa tâche, aujourd’hui, alors que le vieux monde agonise et que le nouveau tarde à naître — laissant le champ libre aux monstres ainsi que les nommaient Antonio Gramsci — est plus que déterminante : elle est existentielle.

Pourtant, à moins d’un an d’une élection présidentielle qui scellera notre destin, la gauche n’est pas à la hauteur de l’histoire. 

D’un côté, Jean-Luc Mélenchon préfère, comme il l’a toujours fait, l’aventure individuelle et personnifiée, qui ne pourra conduire à réunir une majorité autour de ses outrances. Sa candidature fait peser un risque inédit : condamner la gauche à la défaite en l’enchaînant à un homme rejeté par les Français, incapable de rassembler son propre camp et, dès lors, impuissant à rassembler la France.

De l’autre, les tenants du social-libéralisme pensent leur heure (re)venue, guettant les orphelins du macronisme déclinant. Grisés par des mirages sondagiers, ils ne voient pas que les nouvelles générations se détournent massivement de leur logiciel dépassé. Car on ne prépare pas l’avenir en embaumant le passé. 

Au sein du Parti socialiste, les querelles internes ont trop longtemps éclipsé l’impératif de la conquête du pouvoir. Chez certains, se déclarant à coups de « moi je » sur les plateaux de télévision ou de radio, les ambitions d’appareil ont remplacé l’ambition de changer la vie. C’est avec un sentiment d’accablement que la jeunesse socialiste subit ce spectacle affligeant, qui ne fait que nourrir le poison de l’impuissance et de la défiance. Pourtant, c’est bien au sein de ce parti que se trouve la solution, la clé pour faire gagner la gauche et les écologistes. C’est en son sein que se battent des femmes et des hommes déterminés, fidèles à l’idéal qui les avait poussés à s’engager. Il est donc grand temps de se réunir et de se ressaisir. 

Car malgré ce terreau fertile à la résignation, la fatalité n’atteint pas notre génération. Si 7 jeunes sur 10 se déclarent méfiants envers les responsables politiques, ce n’est pas par désintérêt pour la cité. C’est au contraire par besoin viscéral de vérité. C’est par rejet radical de la politique spectacle et des promesses sans lendemain. 

Nous sommes une majorité dans notre génération à rester convaincus que nous avons le pouvoir de changer la politique par nos actions ou notre engagement. Le monde associatif demeure un terrain d’action fort pour la cause écologique, ou encore la lutte contre les discriminations. Notre désir profond de mettre du sens dans nos études et notre vie professionnelle en témoigne également.

Déjouer la victoire annoncée de l’extrême droite et porter la rupture pour que, enfin, les Français puissent vivre mieux : voilà le mandat historique de la gauche et des écologistes. Mais en continuant comme nous le faisons depuis quelques mois, nous allons dans le mur. Ce ne sont pas des accords d’appareil négociés à quelques-uns dans une salle sombre qui créeront l’élan populaire nécessaire à la victoire. 

Nous avons besoin d’un processus démocratique et citoyen, grand, ouvert à l’ensemble des partisans du camp du progrès social, au sein du Parti socialiste et au-delà : une primaire. C’est la seule méthode pour faire émerger une candidature incontestable, capable de franchir le premier tour et de terrasser les forces de la réaction. Ce rassemblement doit se faire sur une ligne de rupture et un programme ambitieux de transformation sociale, fidèle au projet socialiste pour le 21ème siècle coordonné par Chloé Ridel.

Quatre-vingt-dix ans après le Front Populaire de 1936, nous exigeons que nos partis sachent surmonter les égos et les divisions pour réinventer l’espoir. Ce n’est qu’ainsi que nous surmonterons la défiance généralisée envers les responsables politiques. Il ne s’agit pas de balayer les partis politiques ; les dérives récentes ont assez prouvé le danger des structures gazeuses, hyper-verticales et captives d’un seul homme. Mais les partis de gauche doivent accepter de s’ouvrir à un élan plus large afin de poser les conditions du rassemblement. Refuser d’entendre l’appel de la jeunesse à la responsabilité signerait la défaite de celles et ceux qui prennent aujourd’hui les décisions pour les générations qui viennent.

  1.  Étude Odoxa/Nexity, « 6 jeunes sur 10 ont du mal à se loger », 2026. ↩
  2.  Étude Ipsos Talan pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat, 2024. ↩
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