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07.04.2026 à 13:08

Villepin, le meilleur d’entre (pas) nous

Catherine Tricot

Dominique de Villepin multiplie les longs entretiens à la radio, à la télé : l’actualité internationale lui offre une place de choix. Mais le 27 mars à la Sorbonne, il a déroulé un projet et un programme sur le « moment France » et, assurément, installé sa candidature à la présidence de la République.
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Dominique de Villepin multiplie les longs entretiens à la radio, à la télé : l’actualité internationale lui offre une place de choix. Mais le 27 mars à la Sorbonne, il a déroulé un projet et un programme sur le « moment France » et, assurément, installé sa candidature à la présidence de la République.

Ce vendredi, Dominique de Villepin quitte la question internationale pour se concentrer sur la France. Dans le grand amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, Dominique de Villepin a livré un discours fleuve d’1h30. Le cadre lui convient. Devant une foule étudiante dense, il peut faire chanter la langue française, convoquer les références littéraires et intellectuelles – Nerval et Michelet –, évoquer la grande histoire de France, appeler les figures longilignes de Giacometti. L’homme est heureux se présente en authentique héritier du gaullisme. Il n’hésite pas à parler de ses erreurs (le CPE, les révoltes en banlieue) ou de sa traversée du désert : il reprend les figures obligées du candidat qui, forcément, a souffert et a tout surmonté. Villepin inscrit ses pas dans ceux « des grands chênes » de la République, aujourd’hui « abattus » : Richelieu, Clemenceau, Blum, de Gaulle, Mitterrand, Chirac. Il y a de la gauche et il y a de la droite, mêlées dans le service de l’État et de la France. Pour la grandiloquence on est rassasié. C’est son style et comme chacun sait, le style, c’est l’homme.


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Il est « venu [nous]parler de la France, pas de la nouvelle France, je n’y crois pas ; pas de la France de souche. Non, de la France tout court. Universelle et humaniste. Que nous voulons défendre et protéger ». Il se veut « fidèle aux mémoires et ouvert à l’avenir ». Pour Dominique de Villepin, c’est le sens de son engagement mais, il le croit, c’est surtout ce que les Français attendent. Pour lui, ce qui compte et comptera, ce qui nous unit, c’est la France, son passé et son avenir. À la toute fin seulement de son intervention, il consentira à parler un peu du « concret » tout en moquant cette exigence de journalistes qui en « oublient l’essentiel ».

Mais avant, Villepin aura dépeint une France qui « s’efface chaque jour un peu plus ». Il évoque dans une litanie de petits riens, cet essentiel qui s’est perdu, « le bonheur commun », celui qui s’inscrivait dans « le premier article, de la première constitution de la première république ». L’ancien premier ministre identifie ce qui, selon lui, constitue les principaux enjeux du temps : le réchauffement climatique, « la guerre qui s’étend parce que la force supplante le droit », le populisme identitaire, l’emprise sur les esprits des réseaux sociaux et de l’IA. Il est grave : « Si la France laïque et républicaine tombe, c’est une idée universelle qui recule ». Dans ces alertes, on retrouve le Villepin de 2003.

Dominique de Villepin fait de la politique. Il est rosse avec ses adversaires. Il étrille Gabriel Attal au sujet du droit international ; il récuse Bruno Retailleau et son dénigrement de l’État de droit ; il renvoie Édouard Philippe, jamais nommé mais bien visé, au bilan du macronisme.

Il se découvre quand il énonce les « nœuds gordiens » qu’il faut couper pour affronter les défis : stagnation économique, refus de réformer vraiment (ce qui, faute de précision, sonne très à droite), stagnation de l’État. Il dit : « L’État est partout dans les procédures et de moins en moins dans la vie réelle ». Il nous voit prisonniers de fantômes, du passé colonial qui pèse dans le regard porté sur la jeunesse. Il veut sortir de « la société des colères » et son cortège de ceux qui pensent ne pouvoir être entendus que dans la violence. Enfin, il évoque le défi des déficits.

Pour Dominique de Villepin, notre histoire est celle « d’un blocage social lié à l’effondrement du droit, de la sécurité sociale, de l’école », les piliers de notre République. Son action, il pense l’organiser autour de la dignité (comme Hollande), de l’unité et de la souveraineté. Il les décline avec dextérité et imagination. Mais il reste très évasif dans les mises en œuvre. Par exemple, il revient sur les retraites en parlant de la nécessité de construire un consensus mais, plus loin, au sujet des moyens de sa politique, il évoque la création d’un fonds de pension souverain. On peut en déduire qu’il propose de revenir sur la retraite par capitalisation. À ce stade, rien n’est précisé. C’est en sortant de l’ambiguïté que Villepin s’exposera.

Dominique de Villepin fait de la politique. Il est rosse avec ses adversaires. Il étrille Gabriel Attal au sujet du droit international ; il récuse Bruno Retailleau et son dénigrement de l’État de droit ; il renvoie Édouard Philippe, jamais nommé mais bien visé, au bilan du macronisme qui subit les plus terribles saillies : « Échec de la ruse, du dogmatisme et du paternalisme ; échec de la gesticulation en politique étrangère ». Il ne faut pas en douter, Villepin se situe à droite et c’est à ce camp qu’il s’adresse en premier. Une droite qu’on avait oubliée, celle d’avant sa sortie progressive de la République, d’avant Sarkozy – son ennemi de toujours Son discours peut porter au-delà de la droite. Il fait un pari, celui de parler depuis les hauteurs à un peuple démoralisé. Il entend lui redonner confiance en évoquant son lointain et proche passé. Dominique de Villepin a du talent et cette fois il se sent prêt. Jean-Luc Mélenchon n’est plus seul à pouvoir parler grand – quand il le veut.

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07.04.2026 à 12:04

🔴 PÉTITION DU JOUR

Loïc Le Clerc

500 000 signatures contre la loi Yadan… Depuis 2020, la pétition s’est institutionnalisée : l’objectif est désormais d’atteindre au plus vite les 100 000 signatures pour que la pétition soit mise en Une du site de l’Assemblée et qu’un rapporteur soit nommé. Le bingo étant le seuil des 500 000 signatures, forçant la conférence des présidents de l’Assemblée…
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500 000 signatures contre la loi Yadan…

Depuis 2020, la pétition s’est institutionnalisée : l’objectif est désormais d’atteindre au plus vite les 100 000 signatures pour que la pétition soit mise en Une du site de l’Assemblée et qu’un rapporteur soit nommé. Le bingo étant le seuil des 500 000 signatures, forçant la conférence des présidents de l’Assemblée à discuter d’un éventuel débat dans l’hémicycle. On s’attend donc à ce que la très décriée « loi Yadan », qui vise à criminaliser l’antisionisme et la contestation de la politique d’Israël, subisse cette forme de pression populaire. La pétition est ici et elle a déjà dépassé, en moins de deux mois, les 400 000 signatures. En 2023, la pétition demandant la dissolution de la BRAV-M (263 000 pétitionnaires) n’a abouti à rien ; en 2025, celle contre la loi Duplomb (2 millions de signatures !) n’a en rien empêché la promulgation de la loi. Si les manifestations ne servent à rien, que les élections ne sont pas suivies d’effets et les pétitions balayées, que dire de notre démocratie ?

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06.04.2026 à 11:41

Le festival de Pâques

Catherine Tricot

Tout le monde n’est pas mobilisé par la chasse aux œufs. Les leaders des partis savent que le compte à rebours pour 2027 est lancé. Ils s’attachent à définir le périmètre de leur candidature.
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Tout le monde n’est pas mobilisé par la chasse aux œufs. Les leaders des partis savent que le compte à rebours pour 2027 est lancé. Ils s’attachent à définir le périmètre de leur candidature.

Après les municipales, nous serions donc entrés dans « la séquence présidentielle ». Première étape : construire le périmètre politique des candidatures. Les promoteurs d’une fédération sociale-démocrate et écologiste s’activent pour construire une nouvelle frontière qui passerait à l’intérieur de la gauche et fracturerait les écologistes. Autour de Raphaël Glucksmann, on tente de faire converger Place Publique, le PS de Nicolas Mayer-Rossignol et Boris Vallaud, les copains de Bernard Cazeneuve et une part des écologistes emmenés par Yannick Jadot et Dominique Voynet. À défaut de savoir sur quel projet ces hommes et ces femmes nourrissent l’ambition de porter une candidature pour 2027, on sait que le contour de leur union est d’une part la détestation de LFI, d’autre part le mutisme prudent au sujet du bilan de François Hollande. Raphaël Glucksmann qui bénéficie d’une identification sur l’Europe et qui a son idée sur la guerre, pourrait marquer l’espace public. Pourtant, il se fait discret et reporte encore et encore les contours d’un projet annoncé pour septembre 2025, autour du travail et de l’école. Il s’occupe d’autre chose.

À l’autre bout du spectre de la gauche, Manuel Bompard vient de lancer un appel aux écologistes et aux communistes pour un candidat commun à la présidentielle de 2027 et des candidatures uniques pour les sénatoriales de septembre prochain et les législatives du printemps 2027. « Nous proposons à ceux qui sont restés fidèles au programme du NFP de constituer une nouvelle alliance populaire : faisons de notre candidature à l’élection présidentielle une candidature commune », a déclaré Manuel Bompard au Parisien. Pour qu’aucun doute ne subsiste, il présente Jean-Luc Mélenchon comme la personnalité remplissant le mieux les qualités de candidat à la présidentielle. Il lie sa proposition à un accord sur le programme et à la mise en place d’un « conseil politique pour mener en cohérence ces deux élections ». Nouveauté : l’unité ne serait pas de dernière minute mais anticipée ; elle ne résulterait pas d’un rapport de force écrasant issu des urnes mais serait discutée.

Après avoir identifié le porteur du brassard, l’enjeu de chaque équipe est donc de définir au plus large le périmètre du terrain. À l’issue d’élections municipales particulièrement agressives à l’égard du reste de la gauche, LFI a désormais les yeux de Chimène pour le milieu de terrain, ceux qui n’ont pas choisi de se ranger dans l’un ou l’autre camp mais ne sont pas de taille, seuls, à faire vaciller les deux leaders. Devant ces OPA, Marine Tondelier tente de préserver l’unité de son parti : « La seule raison pour laquelle Les Écologistes se rangeraient derrière une autre candidature qu’Écologiste à la présidentielle serait parce que cette personne aurait gagné la primaire ». Fabien Roussel a, lui aussi, promptement récusé l’offre de LFI qui serait de la « tambouille électorale » et propose, à l’inverse, comme chaque fois, de s’unir sur un enjeu concret immédiat : aujourd’hui le prix de l’essence. Décadence de la pensée communiste. 

Tout ça est vraiment passionnant… pour qui aime le jeu d’échecs. Les tours prennent position et les cavaliers défendent leur camp ; les fous tentent des percées chez l’adversaire. Mais si on pense que la politique est beaucoup plus que de la tactique, si on ne pense pas que les « séquences politiques » s’enchaînent, on peut attendre des uns comme des autres un retour sur les fragilités des accords passés, sur les causes structurelles de la faiblesse de la gauche prise globalement. On peut aussi espérer un regard prospectif sur les dangers du monde et espérer quelques propositions. 

La gauche est en grande difficulté du fait de ses guerres impitoyables mais pitoyables, du fait aussi de la volonté d’hégémonie qui domine de part et d’autre ou du repli sur la défense de partis en grandes fragilités. Sa diversité d’expériences, d’histoires, d’idéologies n’est jamais mobilisée pour refonder une vision progressiste, repenser en démocrate la pluralité des approches et renouveler les cohérences des différents projets. On peut toujours se dire qu’il reste 9 mois. 

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