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10.07.2026 à 12:29

La gauche, au secours !

Catherine Tricot

En votant hier, les socialistes ont mis un dernier clou dans le cercueil de la convergence des gauches et des écologistes. Un plongeon dans la mer ou la piscine devrait rafraîchir tout ce beau monde et le ramener à la raison.
Texte intégral (678 mots)

En votant hier, les socialistes ont mis un dernier clou dans le cercueil de la convergence des gauches et des écologistes. Un plongeon dans la mer ou la piscine devrait rafraîchir tout ce beau monde et le ramener à la raison.

Pour une part, les socialistes ont de la chance. Le vote des militants d’hier soir est passé totalement inaperçu à côté des buts de Mbappé et Dembélé. On va davantage commenter le penalty raté du capitaine des Bleus que ce triste résultat. Dans un genre de référendum « pour ou contre la primaire de toutes les gauches hors LFI et hors PCF » (les deux partis sont déjà lancés avec leurs héros en tête), ils ont dit non à 55% et choisi la voie proposée par Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol, soit l’option la plus resserrée d’une « désignation d’un candidat par les militants du Parti socialiste et des organisations politiques se reconnaissant comme faisant partie du pôle socialiste ».


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Pour une autre part, les socialistes n’ont pas de chance. Ils viennent de faire ce choix deux jours après l’entrée en campagne de Marine Le Pen. Leur vote jette une lumière crue et sévère sur le délire qui s’est emparé de la gauche. Le niveau d’irresponsabilité général est stupéfiant. Passons pudiquement sur le nombre de votants : à peine 13 000. On retiendra surtout, qu’alors que les urgences imposent un large rassemblement, ce sont des logiques identitaires qui gagnent partout. « Le peuple de gauche» n’est plus dans les partis, mais il est laissée à la porte des « grandes décisions ». Le voilà spectateur désolé et angoissé mais impuissant devant le désastre qui s’avance.

Cette gauche est désespérante ; la question n’est pas seulement de savoir qui est le plus fort, mais comment empêcher le pire alors que tout menace. Qui finira troisième, qui finira second ? On s’en fout, comme dirait l’autre. 

Faute d’avoir tiré les leçons des historiques défaites de la social-démocratie et du communisme du 20ème siècle, la « gauche classique » se prépare une déroute mémorable. Mais cette fois ce sera pour laisser place à l’extrême droite. Et la « nouvelle gauche » plus jeune et plus radicale ne gagnera pas seule et encore moins contre le reste de la gauche.

En bref, franchement, cette gauche est désespérante ; la question n’est pas seulement de savoir qui a les faveurs des uns et des autres, qui est le plus fort, mais comment empêcher le pire alors que tout menace. Qui finira troisième, qui finira second ? On s’en fout, comme dirait l’autre. 

On va laisser tous nos super-chefs de gauche partir en vacances, refroidir leurs esprits bouillonnants. On leur donne l’automne pour réfléchir. Réfléchir au fait que la gauche a toujours été en désaccord avec elle-même mais qu’il n’y a aucune raison qu’aujourd’hui elle rassemble moins de diversité politique, sociologique, de générations, de régions, de propositions… que le RN. On lui donne jusqu’en janvier, mais pas plus. En janvier, on attend une solution, une vraie, c’est-à-dire à gauche, ouverte, rassembleuse, imaginative. 

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10.07.2026 à 11:57

🔴 DÉRIVE DU JOUR

Loïc Le Clerc

Le gouvernement, la présomption de légitime défense des flics et « l’extrême gauche » Non content d’avoir voté le permis de tuer pour les policiers et gendarmes, l’exécutif se défend que sa loi soit un cadeau à l’extrême droite. Ce 9 juillet, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, a dénoncé « une instrumentalisation politique outrancière et scandaleuse de…
Lire + (338 mots)

Le gouvernement, la présomption de légitime défense des flics et « l’extrême gauche »

Non content d’avoir voté le permis de tuer pour les policiers et gendarmes, l’exécutif se défend que sa loi soit un cadeau à l’extrême droite. Ce 9 juillet, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, a dénoncé « une instrumentalisation politique outrancière et scandaleuse de l’extrême gauche qui nous a habitués, depuis plusieurs années maintenant, à cibler les forces de l’ordre avec une forme de constance. ».

L’extrême gauche ?

  • Claire Hédon, Défenseure des droits : « Une telle présomption est de nature à porter atteinte aux garanties attachées au droit fondamental à la vie, à l’accès au juge, à la manifestation de la vérité et à l’effectivité des voies de recours ».
  • La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui affirme qu’il appartient bien à l’État de prouver que le recours à la force est nécessaire… et non aux victimes. Cette proposition de loi est contraire aux décisions de la CEDH.
  • En 2024, la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe et le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale dénonçaient la France pour son « usage excessif de la force ».
  • En 2025, le Comité des Nations Unies contre la torture a relevé l’usage excessif de la force par la police française.

Du point de vue de la Macronie, tout est d’extrême gauche… et leurs lois ne sont pas d’extrême droite.

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10.07.2026 à 11:46

Plaidoyer à gauche, avant désastre — par Roger Martelli

Roger Martelli

Ainsi parlait Roger...
Texte intégral (821 mots)

Ainsi parlait Roger…

Je n’appartiens à aucune formation de la gauche française. Je veux être un communiste, indécrottablement, mais sans être « encarté » en quelque lieu partisan que ce soit. Chaque fois qu’une porte s’est entrouverte, vers une gauche bien à gauche et rassemblée, je m’y suis engagé, lucide sur ses limites mais déterminé. J’ai participé ainsi à l’aventure des collectifs antilibéraux, puis au Front de gauche. Je me suis réjoui des opportunités fragiles de la Nupes, puis du Nouveau Front populaire. Aujourd’hui, je suis inquiet avant tout.

Je ne suis pas pour autant désespéré. Je ne crois pas que la France, pas plus que l’Europe ou le monde, ait basculé à droite, tout d’un bloc. Mais ce qui donne le ton, dans le champ politique organisé, est dominé par la dynamique d’une droite profondément droitisée. Bien que le phénomène déborde nos frontières nationales, il ne relève d’aucune fatalité. Il n’est que le fruit d’un vide, celui qu’ont laissé les échecs de l’État-providence, du soviétisme et du tiers-mondisme d’hier. Ce vide commence à être rempli. Pas là où on l’espérait.

L’air du temps va vers la droite extrême, parce que la droite dite de gouvernement ne sait plus ce qu’elle est et parce que la gauche n’a pas trouvé les substituts des grandes espérances qui ont fait sa force. L’extrême droite a un projet, quand la droite s’accroche à ses souvenirs de la Cinquième République naissante et tandis que la gauche ne sait que régler ses comptes internes ou, au mieux, fait semblant d’être unie et n’en pense pas moins.

Du coup, à partir de 2017, la gauche est à son niveau le plus bas depuis au moins la Libération : un petit tiers à peine de celles et ceux qui votent. On fait de belles promesses, on imprime de beaux programmes, infiniment plus fournis que les maigres pages de 1936 ou que l’épais volume du programme commun de 1972. On assure qu’on ira vers des lendemains qui chantent. En réalité, l’enjeu est au mieux de savoir qui sera en tête d’une gauche ultra-minoritaire.

On nous rejoue l’air des gauches irréconciliables, des radicaux et des réalistes, de ceux qui ne lâcheront jamais et des pleutres en puissance. Et il est vrai que la gauche est diverse et même qu’elle peut être polarisée, entre ceux qui pensent que l’égalité pleine n’est pas possible dans un système qui la nie, tandis que d’autres plaident pour grignoter le plus de conquêtes possibles. Il y a sans doute deux pôles et il n’est jamais indifférent de savoir qui des deux donne le ton à la gauche tout entière. Mais, s’il y a deux pôles, ils ne sont pas séparés par une muraille de Chine.

De plus, il ne faut pas faire comme si l’on était encore au temps où, comme entre 1977 et 1981, les gauches pouvaient se jeter à la tête des noms d’oiseaux. La dispute, aujourd’hui, n’est pas entre une gauche plus ou moins à gauche et une droite toujours républicaine : elle est entre une gauche minorée et une droite radicalisée sur sa droite. Le risque n’est pas seulement une aggravation de l’existant, mais une rupture avec plus de deux siècles d’histoire démocratique. S’il y a de la « radicalité », elle profite au « toujours plus à droite ».

Si la gauche considère que l’essentiel est de savoir qui va récupérer la plus grande part du petit magot qui est le sien, elle accepte la possibilité qu’une partie de la gauche, par « réalisme », se porte dès le premier tour vers la droite jugée la mieux placée pour faire face au Rassemblement national. Raisonnement erroné, parce que cette droite « molle » risque fort de ne pas résister au dynamisme du vote d’extrême droite ? Sans doute. Mais c’est une probabilité que les sondages se mettent déjà à dessiner.

Redisons donc – une ultime fois ? – ce qui devrait couler d’évidence. Si la gauche veut enfin retrouver le second tour et redevenir majoritaire pour stopper l’élan mortifère du Rassemblement national, il faut qu’elle soit combative, bien à gauche, rassemblée et fermée à tout esprit d’exclusive. Pas l’un ou l’autre de ces traits, mais les quatre enfin réunis. Les quatre, sinon rien…

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