
20.04.2026 à 13:47
Catherine Tricot
La gauche est un écosystème qui dépasse de loin la simple forme du parti. Or, les partis et leurs élus semblent l’avoir oublié. La présidentielle est mal engagée si cela persiste.
La gauche politique se replie sur ses élus. De part et d’autre, elle tend à rabattre la politique sur les politiques publiques, les lois et leur mise en œuvre. Dans cette conception, c’est donc naturellement à eux, élus, qu’il reviendrait de porter les projets politiques, de les incarner et les défendre. Ce serait aussi à eux, nos élus, de dégager une solution pour 2027. Pardon de douter.
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À LFI, c’est au cercle des « grands élus », députés et maires, que revient la responsabilité – à défaut du suspens – de proposer un nom pour 2027 à la ratification d’au moins 150 000 insoumis. Ce sont ces mêmes députés qui, le plus souvent, ont conduit les batailles municipales et qui sont mis en avant dans les batailles politiques. La centralité du groupe parlementaire dans la vie du mouvement insoumis contredit pourtant l’objectif proclamé d’une république plus démocratique avec une participation élargie du peuple aux affaires du pays.
Sur l’autre bord du spectre de gauche, une cinquantaine d’élus – dont Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot, Boris Vallaud – déclarent ce week-end que, eux, ils ne renoncent pas. Ils écrivent : « Des pans entiers de nos élites se résignent et se préparent à la bascule annoncée de la France dans le camp trumpiste et poutiniste. Pas nous. » How dare you ? Ne voient-ils pas dans cette prétention à faire partie de la bonne « élite » une des causes du décrochage politique de la gauche ? Ils offrent leur texte à signatures. Elles affluent mais très lentement : à peine plus de 5500, ce lundi. Un résultat qui peut rendre ces initiateurs modestes et inquiets.
La gauche a toujours été faite de militants, d’associations et de syndicats, d’intellectuels, de maisons d’édition et de journaux. Mais ces millions d’engagés sont négligés dans les stratégies politiques. La réduction des cercles dirigeants autour des élus et de leurs assistants est très préoccupante.
Comment en est-on arrivés à un tel dessèchement des partis, un tel repliement ? Pourtant, les uns et les autres connaissent leur histoire de la gauche. Ils savent que la gauche n’a jamais été seulement celle des partis et encore moins celle des seuls élus. La gauche a toujours été faite de militants, d’associations et de syndicats, d’intellectuels, de maisons d’édition et de journaux. Mais ces millions d’engagés sont négligés dans les stratégies politiques. La réduction des cercles dirigeants autour des élus et de leurs assistants est très préoccupante.
Ce diagnostic n’est pas original. Tous savent.
Tous ont vécu le Nouveau Front populaire à l’été 2024, cet élan qui a réussi ce qui paraissait inatteignable. C’est bien toute la gauche qui est parvenue, mobilisée de mille et une manières, à empêcher la prise du pouvoir par l’extrême droite. Mais, une fois le danger écarté, on ne nous a plus rien demandé. Pour de bonnes et de mauvaises raisons, tous s’en sont retournés s’engueuler avec leurs voisins de banc à l’Assemblée nationale.
Tous savent aussi que ce sont les larges mobilisations contre les pesticides, contre le recul de l’âge de la retraite, contre les attaques au droit ou à l’histoire sociale qui ont tenu en respect le gouvernement. Les victoires ne sont pas totales, pas toujours éclatantes, mais elles sont. Et tous députés qu’ils sont, ils ne l’auraient pas fait sans nous tous.
Nous, cet impensé de la gauche politique.
20.04.2026 à 12:46
Loïc Le Clerc
Dans sa chronique au Monde, Stéphane Foucart dit les termes : « Non seulement le quinquennat aura contribué à placer l’extrême droite au seuil du pouvoir, mais il aura peu à peu normalisé, sur la question environnementale, tout ce qu’on peut craindre d’une telle perspective. » Macron II se traduit par des baisses de dotation aux agences publiques (-60% pour le budget de l’Agence Bio en 2025), des démantèlements (Santé publique France) mais aussi par une chasse aux sorcières. Laure Verdeau, directrice générale de l’Agence Bio : licenciée. La cheffe de la division Eau à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Bretagne : mutée contre son gré. Et Anne Le Strat, directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité : visée par une enquête administrative. Que des femmes, qui font leur boulot. Ces agences existent pour défendre le bio, l’écologie, la planète, de façon indépendante de l’exécutif. Alors, l’État détricote, licencie, supprime. Quand le RN sera aux manettes, tout le travail aura été pré-mâché. Merci qui ?
20.04.2026 à 10:41
Bernard Marx
Ce week-end à Barcelone, c’est tout le gratin social-démocrate mondial qui se réunissait pour organiser la « défense de la démocratie ». Le message est clair : face à l’extrême droite, ils seront là pour faire front.
Deux grands rassemblements se sont tenus à Barcelone ce week-end. D’une part, la quatrième « Réunion en défense de la démocratie ». Créée en 2024 comme rendez-vous entre Pedro Sánchez et les chefs d’État de la gauche latino-américaine, elle s’est élargie au reste du monde avec la participation d’une quinzaine de dirigeants de tous les continents.
D’autre part, la « Global Progressive Mobilisation » a tenu sa première réunion, organisée à l’initiative du Parti socialiste européen, de l’Internationale socialiste et de l’Alliance progressiste. À quoi il faut ajouter un sommet bilatéral entre l’Espagne et le Brésil, et l’appel commun des gouvernements du Brésil, du Mexique et de l’Espagne s’élevant contre l’attaque américaine de Cuba.
De quoi confirmer la montée en initiatives et en puissance de Pedro Sánchez comme chef de file de la résistance. Et de la construction d’une alternative à la vague réactionnaire et d’extrême droite qui entraîne le monde dans les guerres, l’autoritarisme, la domination des oligarques, les dégradations sociales, écologiques et culturelles. Mais qui connaît aussi de premiers revers.
Plus de 5000 personnes ont participé à la réunion de la Global Progressive Mobilisation – dont les Français Olivier Faure, Aurore Lalucq et la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon – et une centaine d’autres intervenants à de multiples tables rondes. Et notamment, lors de la séance plénière terminale : Lula, Pedro Sánchez, le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa, l’ancien premier ministre de Palestine Mohammad Shtayyeh, le vice-président du Botswana Ndaba Gaolathe, la première ministre de la Barbade Mia Mottley, les américains Chris Murphy, Tim Walz, Hillary Clinton, Bernie Sanders, Zohran Mamdani, la présidente du Parti démocrate italien, le vice-premier ministre Allemand SPD du gouvernement Merz, celui de l’Autriche, la présidente du groupe Socialistes et Démocrates au Parlement européen, la vice-présidente espagnole de la Commission européenne, la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, les économistes Mariana Mazzucato et Gabriel Zucman…
Des paroles fortes ont été prononcées sur l’internationalisme qui doit revivre, sur les inégalités qui minent la démocratie, sur la fierté qui doit renaître dans le camp progressiste et la honte qui doit changer de camp. Des ambitions de paix, de multilatéralisme rénové, de mieux vivre, d’égalité, de justice ont été réaffirmées. Ainsi que des objectifs prioritaires de réformes : l’ONU, les institutions financières internationales, la taxation des milliardaires…
Les syndicalistes présents à Barcelone ont tenu leur réunion propre et adopté une déclaration spécifique : « Les travailleurs ont besoin d’un projet porteur d’espoir. Cela signifie des améliorations concrètes dont les gens puissent bénéficier dès maintenant : pouvoir s’offrir un logement, gagner un salaire décent et bénéficier d’une sécurité de l’emploi. Cela signifie également construire un avenir auquel les gens puissent croire. Lorsque les travailleurs ont véritablement leur mot à dire sur leur lieu de travail et bénéficient d’une part équitable de la prospérité, la confiance dans la démocratie s’en trouve renforcée. C’est ainsi que nous luttons contre les divisions et que nous contrerons la montée de l’extrême droite. »
L’économiste Mariana Mazuccato et le ministre espagnol de l’économie Carlos Cuerto ont annoncé la création d’un Conseil mondial pour une économie du bien commun. Il s’agira de pousser la critique des dogmes économiques qui n’ont pas su offrir à la majorité des citoyens des perspectives d’avenir, la sécurité et la dignité – et de mieux définir des principes économiques renouvelés ayant des implications concrètes pour la conception des politiques, les pratiques institutionnelles et la réforme multilatérale.
Alors nouveau départ ? Journée historique ? Signal que la social-démocratie sort de tant d’années d’inertie et de déclin ? Et qu’elle va contribuer à des débats, des actions et à une large union à travers le monde pour faire bifurquer le cours de l’histoire ?
Il est évidemment beaucoup trop tôt pour le dire. Il ne suffira pas de belles paroles. Surtout si elles ne génèrent pas de véritables remises en cause, comme on a pu aussi ne pas les entendre à Barcelone. Les actions préconisées, leur cohérence, leur capacité à construire une nouvelle politique seront décisives.
Durant son intervention, Lula a justement alerté sur la responsabilité de ceux qui ont succombé à l’orthodoxie et à la pensée économique dominante et des gouvernements de gauche qui ont pratiqué l’austérité. « On est devenu le système », a déclaré le président brésilien. La rupture est-elle vraiment consommée ?