
02.07.2026 à 11:52
Hugo Partouche
Les députés envisagent d’octroyer une « présomption de légalité » aux tirs des forces de l’ordre. Hugo Partouche, membre du syndicat des avocats de France, dénonce une atteinte sans précédent au droit de connaître les causes de la mort d’un proche et un renforcement injustifiable de la protection accordée aux policiers.
Le 7 juillet, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi qui instaurerait une présomption de légalité des tirs des forces de l’ordre. Présentée comme une protection des policiers, elle constituerait en réalité un recul majeur pour l’État de droit et une mise en danger immédiate de la vie et de l’intégrité physique des personnes.
Derrière la volonté d’instauration d’une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre se cache une rupture profonde : lorsque des policiers feront usage de leur arme, leur tir sera présumé légal. Il ne reviendra plus à la justice de vérifier d’abord si cet usage était nécessaire et proportionné ; il appartiendra au procureur, et souvent aux familles des victimes, de démontrer qu’il ne l’était pas.
Cette inversion de la charge de la preuve n’est pas un détail de procédure. Elle modifie le rapport entre la puissance publique et les citoyens. Dans un État de droit, le recours à la force létale constitue l’ultime recours. Parce qu’un tir peut tuer, il doit être entouré des garanties les plus strictes. La proposition de loi fait exactement l’inverse : elle accorde à l’État le bénéfice du doute lorsqu’il ôte la vie.
Cette évolution intervient alors que les effets de la loi Cazeneuve de 2017 sont désormais connus : en élargissant les possibilités d’ouverture du feu, notamment contre les occupants de véhicules, elle a entraîné une hausse spectaculaire des tirs mortels. Depuis son adoption, au moins trente-cinq personnes ont été tuées dans ce cadre. Plus largement, les décès lors d’interventions des forces de l’ordre ont fortement augmenté ces dernières années. En 2025, quarante-neuf personnes sont mortes au cours d’une intervention policière, dont dix-neuf par arme à feu.
Le droit à la vie ne se résume pas à limiter l’usage des armes. Il impose aussi qu’en cas de décès provoqué par un agent de l’État, une enquête rapide, indépendante et approfondie soit menée. Cette obligation découle de la Convention européenne des droits de l’homme. Plus encore, en la matière, si les preuves ne sont pas réunies immédiatement, aucun espoir de vérité n’est permis.
En présumant la légalité du tir, la proposition de loi risque au contraire de fragiliser les investigations dès leurs premières heures. L’agent ayant fait usage de son arme ne pourrait notamment plus être placé en garde à vue, les vidéos de surveillance ne seraient pas conservées, alors que ces premiers actes sont souvent décisifs pour établir les faits.
Dans une époque où chacun·e aura compris les enjeux pour la vie de la qualité des enquêtes et de l’exemplarité de celles et ceux qui y participent, on aura également compris que ce contrôle ne menace pas la police : il la protège, en garantissant que lorsqu’elle donne la mort, elle doive dire pourquoi.
Aujourd’hui, il suffit qu’elle le dise et on la croit. Demain, on ne lui demandera même plus.
Il faut non seulement rejeter ce projet de loi issu de l’esprit malade du Front national et repris aujourd’hui par le gouvernement Lecornu mais encore, urgemment, abroger la loi Cazeneuve, réformer l’IGPN et IPPN, allouer des moyens spectaculairement plus importants à la police judiciaire.
Les familles endeuillées ne doivent pas avoir à porter elle-même le poids de faire réaliser des actes d’enquête dans les premières heures après le décès d’un proche. L’heure est à la mobilisation demain vendredi 3 juillet et lundi 6 juillet : signez et faites signez la pétition contre le texte, contactez vos élus, informez vos proches. Si c’était vous la victime d’un tir, ils voudraient savoir ce qui l’a justifié. L’État nous doit cette information.
02.07.2026 à 11:50
Bernard Marx
Comme quoi, il ne suffit pas d’avoir un Nobel d’économie pour énoncer une politique économique pertinente.
Ce mardi 30 juin, notre prix Nobel d’économie Philippe Aghion était l’invité de la matinale de France Inter. Il est intervenu entre deux canicules en lanceur d’idées pour la présidentielle, pas pour le RN, ni pour LFI, mais pour les autres… Reste que les questions posées sont bien réelles.
Philippe Aghion a affirmé des choses assez éloignées de son statut revendiqué de scientifique. C’est-à-dire prenant des libertés avec les faits. Selon lui, le bilan de la politique de l’offre était tout à fait positif y compris en matière budgétaire, sauf le « quoiqu’il en coûte » qu’il aurait fallu stopper plus tôt. En réalité, il est établi que c’est la baisse des recettes liées à la politique de l’offre qui a aggravé le déficit et la dette.
En matière d’imposition sur les milliardaires, la taxe de son ami « nobélisable » Gabriel Zucman ne va pas. Parce que la France est un des pays où la taxation est déjà la plus importante – c’est faux pour les milliardaires – et réduit de 1 à 3 les inégalités (???). Et parce que ce serait empêcher les innovateurs français de l’IA, genre Arthur Mensch de Mistral dont la fortune a explosé avant même que cette entreprise dégage de la rentabilité. Un cas d’exception, lui-même très critiquable, pris comme cas général. La bonne solution selon Aghion, est d’inciter fortement à du mécénat dans des fondations d’intérêt public au moment de la succession de ces bienfaiteurs de l’innovation. Genre les Barons voleurs du début de siècle aux États-Unis… Ou le don de 50 millions d’euros de Bernard Arnault pour créer un nouvel institut de mathématiques à Polytechnique. De son vivant, pas même une succession. Trop fort !
Combien rapporterait l’incitation Aghion au lieu de la taxe Zucman ? La question n’a pas été posée.
L’innovation est LA réponse au réchauffement climatique. Pour Philippe Aghion l’innovation est toujours LA réponse. Il y a des innovations pour ralentir le réchauffement climatique : trouver des nouvelles sources d’énergie, la fusion nucléaire, l’hydrogène. Il y a les innovations pour l’adaptation : des digues face à la montée de la mer et de l’air conditionné, avec là aussi de l’innovation pour consommer moins d’énergie.
Le bilan historique des innovations successives depuis deux siècles en matière de réchauffement climatique et de biodiversité est justement le point où nous en sommes. Et la grande innovation actuelle, c’est l’IA. Une innovation systémique qui est tout sauf un ralentisseur de réchauffement climatique ou de consommation d’eau. Sans même parler de son risque d’inhumanité. La question n’a pas été posée.
Autre sujet, selon Philippe Aghion, nous sommes effectivement « face à un mur d’investissements indispensables ». Comment concilier cela avec la si mauvaise situation des finances publiques ? Réponse : « On n’est pas dans une situation dramatique […] Ce qu’il faut, c’est faire augmenter notre dépense publique moins vite que notre PIB. » À court terme, il faut remettre en cause les niches fiscales abusives, les dispositifs d’aides aux entreprises « qui ne marchent pas tout à fait très bien » comme le Crédit Impôt Recherche dont bénéficient les banques et la grande distribution, ou rétablir la taxe d’habitation. Sur le moyen terme, il faut augmenter le taux d’emploi des moins de 28 ans et des plus de 60 ans. Pour les moins de 60 ans, l’économiste privilégie « les métiers manuels » et le recyclage de la trappe à bas salaires des exonérations de cotisations. Vive l’innovation ! Et pour les plus de 60 ans, il fait comme les autres : miser sur la durée des cotisations retraite. Et sur le temps long et la productivité, « il y a l’innovation » – voir ci-dessus : l’IA sous la conduite des Musk, Thiel, Bezos et compagnie, ça fait quel genre de productivité ?
Bref, on n’est pas tout à fait sur du Gabriel Attal ou du Édouard Philippe, mais pas loin quand même. Reste que la question posée du mur d’investissements est l’un des éléphants dans le couloir de l’élection présidentielle.
Enfin, pour Philippe Aghion, la politique industrielle est une question centrale. Pour faire de l’innovation, il faut une politique industrielle : « C’est ce que font les Chinois. C’est ce que font les Américains. […] En Europe, on s’en est privé. Au nom de la concurrence on interdisait la politique industrielle. L’aide a été interdite. L’Europe est un géant réglementaire et un nain budgétaire. » On a besoin d’une politique industrielle.
La référence de Philippe Aghion en la matière est Mario Draghi. Et en réalité, celui-ci mise principalement sur l’extension du marché unique à la finance. Et l’indispensable politique industrielle ne doit pas se jouer au seul niveau européen, avec pour modèle l’articulation public/privé des États-Unis et même de la Chine. Elle doit revivre aussi à partir des territoires et de la démocratisation de l’économie.
Philippe Aghion a fustigé les « extrêmes populistes » et mis le RN et LFI dans ce même sac. Au prétexte que les uns et les autres ne traitent pas comme il conviendrait l’enjeu européen, notamment celui d’avoir une politique industrielle à la chinoise ou à l’américaine. Mais ils ne sont pas les seuls. Ni en France, ni en Allemagne. Ni à la Commission européenne qui identifie la politique industrielle à la déréglementation.
Oui, la France a besoin que l’Europe construise une politique industrielle européenne. Mais laquelle et avec qui ?
01.07.2026 à 16:31
Catherine Tricot
Ce mardi soir, les dirigeants socialistes ont procrastiné. Une nouvelle fois, ils reportent aux calendes grecques leur participation à une primaire de toute la gauche. Ils referment la seule voie pour une candidature commune.
Comme prévu, la direction du Parti socialiste n’est pas parvenue à se mettre d’accord sur un mode de désignation du candidat qui aura leur soutien. Jour après jour, la crise s’aggrave dans le parti à la rose. Un an après les rencontres de Bagneux qui devaient initier une candidature format Nouveau Front populaire, toute la gauche hors La France insoumise, est dans les choux.
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L’échec vient de loin. Le 2 juillet 2025, les unitaires réunis autour de Lucie Castet étaient pleins d’allant. Ils croyaient encore possible de rallier Jean-Luc Mélenchon à leur proposition. Le péril d’extrême droite devait obliger toute la gauche à s’unir. Depuis le 3 mai, et sa déclaration au journal de TF1, on sait définitivement que les Insoumis feront cavalier seul et n’entendent en aucune façon se trouver compromis dans ce « marigot ». Chez eux, c’est carré et c’est Jean-Luc. On reviendra prochainement sur ce qu’il reste d’incertitudes voire de contradictions dans leur stratégie. Mais en attendant ils tracent leur route.
Est-ce que LFI peut sans discussion représenter ou rassembler toute la gauche ? La vérité du rapport de force fait qu’ils ont la possibilité de réitérer la dynamique des précédents scrutins. Ils parient à raison sur le fait qu’il existe un électorat de gauche qui voudra peser et accéder au second tour. La montée des enjeux va certainement marquer les différents camps politiques. Climat, retraite, IA, migration, dette, défense : la netteté des oppositions entre les candidats va croître. Cela joue pour le regroupement des trois pôles autour d’un candidat aux propositions lisibles.
Est-ce que seule la France insoumise a une cohérence solide et de gauche à proposer ? Non. Mais à ce jour elle est la seule à pouvoir claquer la porte au nez de tous les autres et partir seule, sabre au clair. La tenue d’une primaire était la solution pour rassembler les autres forces de gauche, dans leur diversité, et donner au candidat désigné poids et crédibilité. En la jetant aux orties méthodiquement depuis des mois par leurs atermoiements et leurs renoncements, les socialistes ont enterré cette solution. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient ne pas pouvoir la gagner. Le positionnement du PS n’est pas au cœur de la gauche. Certains sont plus à gauche que d’autres mais collectivement ils n’ont pas remis à jour leur logiciel. Chloé Ridel a porté un projet approuvé par les militants socialistes à 83% qui se veut d’une « gauche radicale de gouvernement ». Le positionnement de son parti et de ses dirigeants en est très loin.
Cela ne change rien aux idées que se font les électeurs de gauche. Ils ne veulent plus de la politique de l’offre qui a mis notre pays dans le mur. Elle est le cœur de la pensée macronienne ; elle a été initiée sous François Hollande, président, et inscrite dans la logique des statuts du PS en 2007 sous François Hollande, premier secrétaire.
Cette volonté d’une proposition clairement à gauche se lit dans les études et enquêtes non publiées qui montrent qu’en cas de primaire François Ruffin l’aurait surement emporté. Les socialistes n’ont pas la culture du vieux PCF qui par deux fois en 1965 et en 1974 s’effaça au profit d’un candidat certes loin des communistes mais en position de porter la gauche, François Mitterrand. Ils pensent comme toujours, qu’il vaut mieux une bérézina qu’un soutien à une candidature plus à gauche qu’eux. Ils auront la bérézina et le ressentiment de tous ceux qui veulent une gauche rassemblée face aux dangers multiples.
Tout le reste n’est que littérature. Primaire ouverte ou restreinte pour désigner le candidat social-démocrate, qu’il s’appelle Hollande, Glucksmann, Guedj ou Bouamrane, ne changera rien. On sait déjà qu’aucun d’eux ne correspond à la gauche d’aujourd’hui. Le centre visé par ces candidatures socialistes est déjà suroccupé par Attal et Philippe. Et ceux-là font si peur que la gauche va se mobiliser pour les empêcher de continuer leur méchante œuvre.
PS : Juste avant la réunion de leur conseil national, l’Après, Génération.s, Debout et Les Écologistes se sont adressés ensemble au PS. Ils écrivent la vérité du choix que les socialistes ont à faire pour 2027 : « Soit vous tourner vers votre gauche, soit retourner à l’hollando-macronisme (…) soit avec nous, soit sans nous. »