
22.04.2026 à 18:30
Pablo Pillaud-Vivien
6 milliards de coupes budgétaires ont été annoncées hier par le gouvernement. 4 dans le budget de l’État et 2 dans celui de la sécurité sociale. Malgré des annonces d’aides ciblées, une vieille antienne se réinstalle : la France est trop endettée – et c’est vrai – et il faut raboter les dépenses sociales. À un an de la présidentielle, les macronistes marquent le terrain. C’est reparti mon kiki.
Il y a, dans cette lettre d’une page envoyée par Sébastien Lecornu à ses ministres, ce que l’époque produit de plus médiocre : une politique économique à courte vue, arrimée aux crises internationales, et incapable de penser autre chose que la réduction des dépenses d’égalité comme horizon.
Six milliards d’euros seraient le prix de la guerre au Moyen-Orient pour les finances publiques françaises. La mécanique bien huilée des petites économies sans stratégie se met en route. Avec une question soigneusement éludée : mais où donc vont-ils ratiboiser ?
Derrière cette annonce se cache un angle mort : on nous explique que la crise est extérieure, qu’elle s’impose à nous, qu’elle contraint nos marges de manœuvre. Admettons. Mais pourquoi, dans ce cas, la réponse est-elle toujours la même ? Pourquoi ce sont systématiquement les dépenses publiques, les services, la protection sociale qui doivent encaisser le choc ?
Parmi les décideurs, qui interroge les choix stratégiques des gouvernements successifs, leur volonté constante de protéger les grands groupes français, au premier rang desquels TotalEnergies ? L’idée selon laquelle cette multinationale incarnerait les intérêts de la France, et qu’il faudrait donc la préserver – la libérer même – de toute contrainte, n’a rien d’une évidence. Elle est même profondément discutable. TotalEnergies était, il y a 35 ans encore, une entreprise publique, un outil de la politique énergétique. Mais « on » (notamment Édouard Balladur) a cru bon de la privatiser. Bonne idée vu son niveau de bénéfices ! Au moment où se pose de manière pressante le passage accéléré à l’électrification, rien n’interdit de rouvrir le débat sur la taxation de ces marges dont nous avons besoin pour aider les Français au bon niveau pour cette transition énergétique.
Pour l’instant, ces 6 milliards d’euros restent une abstraction. On sait qu’il faudra « faire des économies », mais on ne sait ni où, ni comment. Quels services seront amputés ? Quelles prestations réduites ? Quels investissements reportés ? Cette opacité est en elle-même un problème démocratique.
On ne peut pas continuer à naviguer à vue, à couper dans telle ou telle « dépense » en fonction de ce que l’on estime être les urgences du moment. Ce pilotage à l’aveugle traduit l’incapacité de penser les crises non pas comme des accidents, mais comme des manifestations structurelles de notre modèle économique. Crises énergétiques, géopolitiques, climatiques : elles ne sont plus exceptionnelles, elles sont devenues la norme. Agir au coup par coup, sans horizon, traduit un malaise grandissant et un manque de profondeur politique.
Le gouvernement tente d’amortir le choc à coups de dispositifs ciblés : aides annoncées pour près de 3 millions de travailleurs modestes dépendants de leur véhicule, accompagnement des « grands rouleurs », renforcement des soutiens pour les pêcheurs et les agriculteurs. Des mesures qui répondront sans doute à des urgences bien réelles mais qui posent une question : que valent des aides temporaires quand les coupes budgétaires, elles, s’annoncent durables ?
Face aux derniers sursauts de notre monde en crise, la réponse ne peut se limiter à amortir le choc. Bloquer les prix, par exemple, peut être une mesure d’urgence, nécessaire, mais insuffisante si l’on refuse de s’attaquer aux racines du problème. Les milliards captés par les grands groupes et les logiques de rente doivent être repris. Le véritable enjeu est de les réorienter vers la transition écologique, vers des infrastructures soutenables, vers une transformation profonde de notre système productif.
En somme, la question n’est pas seulement de savoir comment combler un trou de 6 milliards. Elle est de savoir si l’on se donne enfin les moyens de reprendre la main sur notre économie, finance comprise.
22.04.2026 à 18:24
la Rédaction
Les « Verts populaires » se sont lancés hier ! Ce micro-parti, fondé par des dissidents écologistes, affiche fièrement sa proximité avec LFI. C’était d’ailleurs l’une des raisons premières de leur éloignement des Écologistes pendant la campagne des municipales. Cette création acte la fracture stratégique qui traverse le parti écolo, fracture d’autant plus vive depuis les mauvais résultats des Verts aux municipales : entre ceux qui voient un horizon pour l’écologie politique en alliance avec La France insoumise et ceux qui, à l’image de Yannick Jadot, veulent une alliance avec Raphaël Glucksmann. Prise dans cet étau, la secrétaire nationale Marine Tondelier tente de préserver l’unité en misant sur sa candidature à la présidentielle – pour l’instant dans le cadre d’une primaire, mais potentiellement aussi en autonome si celle-ci échoue – au risque de ne faire que repousser une clarification devenue inévitable.
21.04.2026 à 11:25
Catherine Tricot
Un an après avoir été élu par 70 000 adhérents des LR, Bruno Retailleau trace sa route et est désigné candidat à l’élection présidentielle par 30 000 militants. Dans le maintien de ce noyau de soutiens comme dans son étiolement, ce sont les dilemmes de la droite qui se lisent.
Cette consultation interne n’a pas fait grand bruit. Au soir des résultats, aucun triomphe au siège des LR. Avec ce maigre résultat, Bruno Retailleau ne parviendra pas à casser son isolement. Tous les barons du parti peinent à soutenir ce pari d’un candidat LR. De Jean-François Copé à Xavier Bertrand, de Valérie Pécresse à Michel Barnier, tous sont pour trouver un chemin qui conduit à la désignation d’un seul candidat de la droite et du centre (alias les macronistes). Ils disent redouter une élimination de leur camp en 2027, au bénéfice de Jean-Luc Mélenchon. De tout côté, l’insoumis sert d’épouvantail pour forcer les récalcitrants à se ranger.
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Chez LR, seul Laurent Wauquiez se démarque et prône une alliance « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo » (Knafo, le nom « sympa » pour ne pas dire Zemmour). Il a pour lui la cohérence de n’avoir jamais frayé avec les macronistes. Au fond, les deux meilleurs ennemis font le même pari : celui de la rupture avec la Macronie et de la radicalité droitière des propos et des propositions. Ils peuvent arguer des sondages qui disent tous que les Français attendent beaucoup de 2027 et qu’ils veulent des choix clairs après ces quinquennats de rien. Laurent Wauquiez comme Bruno Retailleau sont confortés dans leurs analyses par la progression ininterrompue du vote RN jusque parmi leurs électeurs, leurs élus. Ils peuvent, l’un et l’autre, faire valoir qu’en matière d’ultra-droitisation, ils ont cotisé très tôt, l’un au côté de Philippe de Villiers, l’autre alors ministre sarkozyste, initiant une rupture avec les idéaux républicains en parlant de « cancer de l’assistanat ». Ni égalité, ni fraternité.
Quand on veut de la radicalité à droite, on est déjà servi : ça s’appelle le RN. Sur ce chemin, LR est en voie d’absorption. Éric Ciotti a été mangé ; les militants désertent. La seule ligne qui convient pour LR est de tenir une digue infranchissable. Ils sont peu nombreux à le faire.
Mais ils ont deux cailloux dans leurs chaussures. Le premier est que, même à droite, la demande de protection et de réconciliation n’a pas disparu. Toute la droite n’est pas radicalisée. Et au-delà, dans les enquêtes, une bonne part des Français le disent aussi. Comme un ras-le-bol des clivages et des divisions qui ne font pas sens. Les coups de menton de Bruno Retailleau contre l’Algérie et aujourd’hui contre l’Espagne font souvent pitié. Son dénigrement de l’écologie et des immigrés peut repousser par ses outrances. Sa course de vitesse contre les protections sociales et les droits sociaux lui vaudront de l’hostilité. Bruno Retailleau devrait se souvenir ; il était au première loge pour mesurer l’effet sur son mentor d’alors, François Fillon, quand il proposa de dérembourser les maladies courantes. Bing, décrochage dans les sondages. L’heure n’est vraiment pas au libéralisme débridé.
L’autre caillou, qui est de la taille d’un rocher, est l’installation du RN. Ils ont beau raconter que le RN est socialiste et Marine Le Pen communiste, chacun sait bien que le RN est d’extrême droite. Donc quand on veut de la radicalité à droite, on est déjà servi. Sur ce chemin, LR est en voie d’absorption. Éric Ciotti a été mangé ; les militants désertent. La seule ligne qui convient pour LR est de tenir une digue infranchissable. Ils sont peu nombreux à le faire.
Évidemment, rien n’est figé chez LR, même après ce vote. Chacun sait que nous en sommes encore au tour de chauffe. On ne sait nullement qui sera sur la ligne de départ en janvier ou février 2027, le moment des décisions ultimes. D’ici là, le monde politique s’agite. Mais rares sont ceux qui utilisent ce temps intermédiaire pour déployer une proposition politique. Tout le monde se jauge, s’ausculte. Même le chouchou des sondages du printemps 2026, Édouard Philippe, a décidé de reporter son entrée en campagne et l’exposition de ses grandes lignes politiques.
Après la destruction des partis et des repères politiques, 2027 se prépare dans un capharnaüm sans nom.