LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
La revue des révolutions féministes

▸ Les 10 dernières parutions

25.06.2026 à 16:37

Canicule : lutter aux côtés des plus fragiles

La Déferlante

Le climat se détraque et les épisodes d’extrême chaleur se multiplient, provoquant des morts et venant accentuer les inégalités. D’un côté des enfants, confinés dans des salles de classe à […]
Texte intégral (2216 mots)

Le climat se détraque et les épisodes d’extrême chaleur se multiplient, provoquant des morts et venant accentuer les inégalités. D’un côté des enfants, confinés dans des salles de classe à 32 °C,

des mères de famille en télétravail ou en congé forcé dans des intérieurs suffocants, des jeunes de quartiers populaires bétonnés vivant dans des passoires thermiques, des ouvriers du bâtiment travaillant au soleil par plus de 35 °C, des personnes exilées à la rue.

De l’autre, des dirigeant·es politiques dans des bureaux climatisés qui nous rappellent de nous hydrater régulièrement. D’anciens ministres de l’Éducation nationale en campagne présidentielle qui fustigent la mauvaise isolation des écoles, des figures de l’extrême droite qui brandissent les rapports du Giec sur l’air de « on vous avait prévenu·es » après avoir répété maintes fois que leurs rapports étaient bien trop alarmistes.

Les climatologues alertent depuis trente ans sur l’accélération des épisodes météorologiques extrêmes. Malgré les feux de forêt qui ont dévasté l’Ouest étasunien en 2020 et 2021, malgré les inondations qui ont englouti le Pakistan en 2022, malgré la succession des canicules en Europe, nos dirigeant⋅es ont continué de regarder ailleurs. En France, dès 2023, un rapport officiel sur le bâti scolaire pointait pourtant la « mauvaise performance thermique » des établissements qui « n’offre pas des conditions favorables au bien-être de la communauté éducative et à l’apprentissage des élèves, d’autant plus que les périodes caniculaires sont en augmentation ». Mais rénover coûte cher et ce n’est pas une priorité pour nos dirigeant⋅es

Quelles sont nos possibilités d’action ? Dans l’immédiat, comme le proposent certaines militantes féministes, on peut interpeller nos élu⋅es. Ou bien faire la grève. Et puis d’ici quelques mois, en 2027, il s’agira, en campagne puis dans les urnes, de faire le choix d’un projet politique durable, respectueux des écosystèmes et conscient des inégalités que la crise climatique ne cesse de creuser.

En attendant, on vous propose, dans cette newsletter, une sélection d’articles, de livres, de podcasts pour comprendre les enjeux politiques de cette canicule. Des recommandations à lire à l’ombre… si vous en trouvez !

🗞
Revue de presse

Climat et violences de genre

Chaque augmentation de 1 °C de la température mondiale est associée à une hausse de 4,7 % des violences conjugales dans le monde. C’est ce que révélait une enquête publiée par les Nations unies en 2025, faisant écho à trente ans de travaux scientifiques. L’article précise tout de même que si les crises climatiques sont des amplificateurs de violences, elles n’en sont jamais la cause unique.

🌡 À lire dans Reporterre

Les banlieues brûlent

Cofondatrice de l’association Getth’up qui s’engage pour la justice sociale auprès des jeunes des quartiers populaires, Inès Seddiki revient sur les conditions de logement de nombreuses familles des quartiers populaires. Construits à la va-vite et jamais rénovés, ces ensembles, situés dans des quartiers sans végétation, sont particulièrement exposés aux aléas climatiques. Par temps de canicule, explique-t-elle, « nos jeunes étouffent physiquement et psychologiquement, parce qu’ils ne trouvent de répit nulle par

🔥 Un entretien à lire dans Le Monde

Service minimum

Présenté mercredi en conseil des ministres, le projet de loi de relance du logement, très attendu en cette période de chaleurs extrêmes, fait totalement l’impasse sur la question des « logements fournaises ». Pourtant, les climatologues prédisent des canicules à 50 °C dans plusieurs grandes villes dès 2050.

🥵 Une analyse à lire dans Mediapart

🎧
Un podcast

Survivre au chaos

Des écosystèmes épuisés, des humain⋅es en burn out : la suroptimisation de nos organisations voulue par le système capitaliste a plongé la planète dans une crise qui risque de durer plusieurs siècles. Biologiste et chercheur à l’Institut de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (ENS Lyon), Olivier Hamant déroule, dans ce podcast, la thèse qu’il développe depuis plusieurs années : nous ne pourrons survivre dans ce monde fluctuant si à tous les niveaux (organisation du travail, exploitation agricole, marchés financiers, etc.) nous ne réduisons pas les performances pour atteindre une forme de souplesse et d’adaptabilité, inspirée des organismes vivants, qu’il appelle « la robustesse ».

📚
Un essai

Pour une écologie pirate

« C’est parce que nous ne sommes pas libres que le monde brûle. Et le monde n’arrêtera de brûler que si nous nous libérons. » C’est avec cette punchline qui caractérise si bien son franc-parler que Fatima Ouassak, militante écoféministe et antiraciste, pose les enjeux de cet essai, paru en 2023 (La Découverte) : rappeler qu’une écologie digne de ce nom doit être pensée depuis les quartiers populaires, depuis les vécus racisés, pauvres et colonisés. À l’heure où (presque) toute la France étouffe, que les inégalités face à la canicule se font criantes, il semble utile de relire ce texte qui propose de penser une écologie décoloniale et populaire qui serait collective et qui garantirait « toutes les libertés, dont celle de circulation et d’installation pour tous sans distinction ».

📖 Fatima Ouassak, Pour une écologie pirate. Et nous serons libres, La Découverte, 2023, 17 euros. Également disponible en format poche dans la collection Points féminismes, 7,90 euros.

💭
Une bande dessinée

Environnement toxique

Dans ce long roman graphique qui a cartonné outre-Atlantique (il a remporté deux Eisner Awards, les oscars de la BD) et en France (avec le prix BD Fnac et le prix Les Inrocks 2023), l’autrice canadienne Kate Beaton raconte comment, en 2005, pour solder son prêt étudiant, elle a quitté sa région natale direction l’Alberta et l’industrie très masculine des sables bitumineux, qui fournissent du pétrole. Un récit intime poignant où la jeune femme, isolée, est victime des violences sexistes et sexuelles de ses collègues. Elle y raconte aussi la brutalité d’un milieu professionnel qui détruit ses travailleurs et travailleuses, bousille l’environnement et usurpe les terres des peuples autochtones des Premières Nations d’Alberta.

🏭 Environnement toxique, de Kate Beaton, trad. Alice Marchand, Casterman 2023. 29,95 euros.

📖
Un roman

Le temps d’après

Après Dans la forêt, qui relatait l’expérience de survie de deux sœurs dans un monde postapocalyptique, Le Temps d’après s’intéresse à la reconstruction, quinze ans après l’effondrement. Eva, Nell et leur fils Burl vivent de chasse et de cueillette dans un écrin de nature sauvage. Mais alors qu’une longue période de canicule et de sécheresse menace leur subsistance, Burl, avide de contacts et de rencontres, part à la recherche d’autres collectifs humains. Dans ce roman, l’écrivaine étasunienne Jean Hegland, elle-même victime des grands incendies de forêt de 2020, en Californie, poursuit sa réflexion sur les ravages humains infligés à la planète. En complément de cet ouvrage, on peut (re)lire son portrait, publié dans La Déferlante en 2022.

🌳 Le temps d’après de Jean Hegland, traduit par Josette Chichesportiche, Gallmeister poche, 2026. 11,90 euros.

💡
Glossaire

Alors que l’actualité montre à quel point la guerre culturelle qui fait rage est aussi une bataille sémantique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des définitions de concepts clés pour appréhender l’époque dans une perspective féministe intersectionnelle. Antispécisme, écofascisme, ou encore écoféminisme : toutes les définitions sont en accès libre sur notre site internet, alimenté au fil des numéros pour faciliter la compréhension des concepts mobilisés dans chaque dossier.

☝🏼 Consulter notre glossaire

PDF

17.06.2026 à 13:09

Affaire Lyhanna : il faut questionner la figure médiatique du monstre

Sarah Boucault

Rétablissement de la peine de mort, castration chimique, peines à perpétuité. Ces derniers jours, la droite et l’extrême droite ont poussé très loin la surenchère sécuritaire autour du meurtre de […]
Texte intégral (1486 mots)

Rétablissement de la peine de mort, castration chimique, peines à perpétuité. Ces derniers jours, la droite et l’extrême droite ont poussé très loin la surenchère sécuritaire autour du meurtre de Lyhanna, 11 ans, et des violences sexuelles pédocriminelles que Jérôme Barella est soupçonné de lui avoir infligées. Alors que l’enquête est toujours en cours, plus d’un millier de femmes manifestaient à nouveau, lundi 15 juin, devant les tribunaux partout en France pour réclamer le vote d’une loi intégrale

sur le modèle espagnol.

Pourtant, dans les rangs féministes, certaines voix s’élèvent pour interroger l’efficacité d’un nouveau dispositif législatif, aussi ambitieux soit-il contre les violences sexuelles, s’il n’est pas accompagné de mesures de prévention à l’égard des agresseur·euses. Sarah Boucault, journaliste et autrice d’un livre enquête intitulé De l’autre côté de l’inceste. À la rencontre des enfants agresseurs est l’une d’entre elles. Dans cet ouvrage paru début 2026 à La Déferlante Éditions, elle s’intéresse aux lacunes de la prise en charge des enfants auteurs d’inceste.

Dans notre newsletter, elle appelle cette fois à interroger la figure médiatique du monstre et à repenser de manière radicale la violence qui nous traverse en tant qu’individus et en tant que société.

« Quelque chose m’étonne depuis que mon livre sur les enfants incesteurs est sorti. Quasiment personne ne me parle de la page 103. Les rares lecteur⋅ices qui osent le faire attendent de se retrouver seul⋅es avec moi. Leur embarras transpire, elles et ils chuchotent, me confient combien ce passage est un choc, mais aussi à quel point il fait du bien.

Sur cette page de mon livre, je raconte une agression sexuelle que j’ai commise.
J’ai agressé quelqu’un sexuellement et je le raconte à la page 103 de mon livre.

Je suppose que, dans la tête des gens, évoquer cette agression reviendrait à poser sur mon front une étiquette : « monstre ». À me déclarer infréquentable. Ce serait gênant, puisque, comme je le raconte également dans le livre, je suis victime d’inceste, et je suis féministe. Cherchez l’erreur.

Je pense qu’il n’y a pas d’erreur. Je peux être agresseuse, victime, les deux à la fois. Mais également témoin d’agressions. Pourtant, cette position assez banale est impossible à penser dans un monde où dominent les récits binaires dans lesquels être une victime exclut nécessairement qu’on puisse agresser. Et inversement.

Je sais aussi que cette position de victime recouvre de multiples réalités et de ressentis. Pour ma part, je suis fatiguée. Fatiguée d’entendre les encouragements à « libérer la parole », à se déclarer, à témoigner, à décrire les faits. Comme si agglomérer nos histoires allait empêcher les agresseur⋅euses d’agresser et réveiller celles et ceux qui estiment que ces violences n’existent pas. Bien sûr cette parole est nécessaire. Mais c’est aux psychologues, aux psychiatres, aux policier·es, aux gendarmes et aux professionnel·les de la justice de l’accueillir. D’écouter, de croire, de soigner, de nous aider à remettre le monde à l’endroit, de donner des clés pour apprendre à faire non pas « comme avant » mais « comme après ».

Moi, je suis du bon côté 

D’un point de vue politique, les témoignages de victimes m’accablent. Je sens mon dos se courber sous leur poids cumulé, mon horizon se réduire, mon esprit d’analyse se ratatiner. J’ai le sentiment que la masse de ces histoires mutile ma réflexion, limite mon champ d’action. À l’inverse, m’intéresser aux raisons pour lesquelles nous protégeons collectivement les agresseur⋅euses sexuel⋅les me stimule en tant que féministe et me donne de l’espoir.

Généralement, lorsque nous avons connaissance qu’une personne a commis des violences, deux attitudes socialement acceptables s’offrent à nous : 1/ le déni, 2/ la stigmatisation.

Le déni est souvent le choix par défaut, mais quand les faits débordent du cercle intime, qu’ils sont publiquement révélés, alors il est confortable d’en appeler à la caricature. C’est ce qui s’est passé lors du procès de Dominique Pelicot et des 51 violeurs de Mazan, fin 2024. C’est ce qui se passe à nouveau depuis quelques jours au sujet de Jérôme Barella, le violeur et assassin présumé de Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé le 5 juin dernier, près du village de Puycasquier, dans le Gers.

Brandir la figure du monstre et réclamer toujours plus de sanctions a pour effet pernicieux de neutraliser nos réactions vis-à-vis des violences sexuelles. Comme l’explique très bien Camille Kouchner, cela « empêche les enfants de parler. Parce que c’est terrorisant, que ça [leur] fait porter […] une responsabilité qu’ils ne devraient pas porter ».


« Ouvrir la porte à l’humanité d’un⋅e agresseur⋅euse, ce n’est pas justifier ses actes. C’est instaurer un dialogue pour assainir les liens » 


Affirmer que les pédocriminel·les appartiennent à une catégorie différente d’humain⋅es, qu’ils et elles sont irrécupérables, nous sert aussi à dire : Moi, je suis du bon côté. Il ne faut aucun courage pour demander le rétablissement de la peine de mort mais il en faut énormément pour reconnaître sa propre violence ou pour demander à son voisin, à son père, à sa meilleure amie, s’ils ou elles ont déjà agressé.

En matière d’inceste, l’anthropologue Dorothée Dussy (Le Berceau des dominations. Anthropologie de l’inceste, 2013) le martèle : « Le […] silence sur l’inceste [est] plus [fort] que l’amour et la protection de ses propres enfants. » Cette inertie ne se retrouve pas seulement au sein des familles : elle imprègne toute la société. Prendre la parole pour recadrer un adulte qui maltraite un enfant (ou un autre adulte) ne fait pas partie de nos aptitudes culturelles. Je ressens le poids de cette résistance jusqu’au plus profond de moi-même, aussi fort que la gravité me cloue au sol. J’ai plus de facilité à me montrer loyale vis-à-vis des adultes, qu’à prendre le parti des enfants à qui on inflige des violences. Nous formons une sorte de club d’adultes, sur le modèle des boys’ club. La solidarité des dominant·es.

Déjà contaminé⋅es

Victimes et agresseur⋅euses sont les deux faces d’une même pièce et doivent être pareillement pris en compte. Nous nous enivrons au récit des victimes pour oublier que les agresseur⋅euses sont des êtres humains. Ils et elles mangent, dorment, vont au cinéma, se promènent dans des parcs, passent du temps avec des ami⋅es au café. Ils et elles existent, sont souvent bien plus proches de nous qu’on l’imagine. Souvent même très proches.

Tant qu’on ne reconnaîtra pas la place ordinaire qu’ils et elles occupent dans la société, il n’y a aucune chance qu’ils et elles se responsabilisent et cessent de transmettre cette violence. Ouvrir la porte à l’humanité d’un⋅e agresseur⋅euse, ce n’est pas justifier ses actes ni se trahir soi-même. Encore moins risquer d’être contaminé·e puisque nous le sommes déjà. Au contraire, c’est instaurer un dialogue pour assainir les liens. C’est se demander : Qu’est-ce qui nous arrive ? Nous sommes responsables de la société que nous construisons, des imaginaires et des habitudes qu’elle véhicule. Nous avons donc le pouvoir de la transformer.

Alors, même si la réponse nous terrifie, au lieu de seulement demander à nos proches : Es-tu victime ?, pourquoi ne pas leur demander aussi : As-tu agressé ?  »

PDF

12.06.2026 à 09:54

« Les Congolais⋅es ont l’impression d’avoir servi de cobayes »

Solène Cahon Challa

La 17e épidémie d’Ebola en Afrique, jugée « extrêmement grave et particulièrement difficile à gérer » par l’Organisation mondiale de la santé, aurait déjà causé, selon l’Agence sanitaire de l’Union africaine, près de […]
Texte intégral (1344 mots)

La 17e épidémie d’Ebola en Afrique, jugée « extrêmement grave et particulièrement difficile à gérer » par l’Organisation mondiale de la santé, aurait déjà causé, selon l’Agence sanitaire de l’Union africaine, près de 114 décès.

Découvert en 1976, le virus, qui tue en moyenne une personne infectée sur deux, touche particulièrement la République démocratique du Congo (RDC). Révélateur des inégalités à l’échelle mondiale, Ebola – tout comme le fut le Covid-19 durant la pandémie de 2020 – est également un amplificateur des fractures sociales et de genre. Interviewée par La Déferlante, Nana Mimbu, épidémiologiste congolaise, analyse le cercle vicieux dont le pays peine à sortir : les difficultés socio-économiques aggravent la propagation d’Ebola, puis les épidémies mal contrôlées viennent exacerber la précarité socio-économique et sanitaire. Nana Mimbu a été coordinatrice de Médecins sans frontières et de son ONG satellite Épicentre lors de la 11e épidémie d’Ebola en RDC (2020), mais elle s’exprime aujourd’hui en son nom propre.



Pourquoi Ebola fait-il autant de ravages en République démocratique du Congo ?

Ebola est un virus qui provient des animaux. Or, dans le bassin du Congo, les activités minières [des compagnies internationales, de l’État congolais et d’exploitants artisanaux] entraînent une déforestation massive qui pousse la faune sauvage à se rapprocher des zones habitées. C’est à ce moment-là que les contaminations explosent.

La propagation du virus est ensuite facilitée par la grande fragilité des infrastructures sanitaires. De nombreuses zones rurales de la RDC manquent de laboratoires, d’unités d’isolement, de personnel de santé, de gants, de désinfectant, de tests efficaces, de courant électrique… Sans compter les difficultés d’accès à certaines zones, qui requièrent la mise en place d’une logistique de transports complexe, voire impossible.

Surtout, le problème est que, en RDC, les épidémies d’Ebola ne sont pas anticipées par les autorités. Elles ne deviennent une priorité qu’une fois la crise enclenchée. L’argent de l’aide internationale d’urgence arrive seulement après l’annonce des mort⋅es à la télévision. Pourtant, il permet de financer la prévention et la riposte : les traitements, le matériel de protection, la construction des centres de traitement Ebola, les campagnes d’information dans les villages…

Bien sûr, lorsque Ebola a menacé l’Europe et les États-Unis en 2014, les essais cliniques de vaccins ont été considérablement accélérés. Cela prouve que les laboratoires avaient les moyens. Les Congolais⋅es ont eu l’impression que leurs vies comptaient moins que celles des habitant⋅es des pays riches. Ce manque de financements est exacerbé depuis le début de 2025 par la suppression des aides étasuniennes, décidée par Donald Trump. On assiste à un échec collectif de la solidarité mondiale.


« Les mères sont celles qui soignent et s’occupent du foyer, multipliant ainsi les contacts directs avec les malades »


En quoi Ebola fragilise-t-il des populations ?

Cette crise sanitaire est le symbole d’un effondrement du bouclier étatique qui est supposé protéger les populations locales. Pour certain⋅es malades, accepter l’hospitalisation est synonyme de faillite économique*. Lorsqu’un chef de famille attrape le virus, il sait que le centre de santé lui imposera vingt et un jours d’isolement. Il préférera cacher ses symptômes pour continuer à travailler et éviter que sa famille bascule dans la famine.

Il faut ajouter que les conflits armés, qui ont cours dans l’est de la RDC depuis trente ans, ont entraîné des déplacements massifs de population et la création de nombreux camps de réfugié⋅es, dans lesquels la promiscuité extrême facilite grandement la dispersion du virus. Parmi ces populations, les femmes et les jeunes enfants sont les plus exposé·es au virus. Les mères sont, par exemple, celles qui soignent et s’occupent du foyer, multipliant ainsi les contacts directs avec les malades. Ce qui les expose à un risque très élevé de contamination, avec un risque fort de transmission à leurs enfants. Pourtant, les Congolaises sont moins intégrées à la riposte sanitaire que leurs homologues masculins. Quand les autorités ou certaines ONG organisent des réunions de sensibilisation auprès des relais communautaires, ce sont les hommes qu’on invite : les pères, les chefs de village.

Lors de l’épidémie de 2018, de nombreuses Congolaises ont été victimes de violences sexuelles. Quel impact cela a‑t-il aujourd’hui sur la prise en charge des malades d’Ebola ?

Entre 2018 et 2020, des agents humanitaires prédateurs proposaient aux femmes un vaccin, des équipements de protection ou même un emploi contre des faveurs sexuelles. Nombre d’entre elles, parfois mineures, ont aussi été violées. Encore aujourd’hui, certaines femmes à qui on propose une visite à l’hôpital suspectent un piège. La confiance est détruite, et la reconstruire prend énormément de temps.


En réalité, [à l’échelle de la population congolaise] la méfiance tue plus que le virus lui-même. Elle est le fruit d’un choc social : à chaque nouvelle épidémie, les habitant⋅es voient débarquer dans leurs localités des soignant⋅es venue⋅es de Kinshasa et du personnel humanitaire étranger avec des grosses voitures et des moyens financiers importants. Quand le virus reflue, tout ce beau monde repart, et le village reste tel qu’il était auparavant : sans routes, sans école, sans eau. Les gens ont l’impression d’être instrumentalisés, d’avoir servi de cobayes à une sorte d’« Ebola business ». Leur colère est d’autant plus forte que de nombreuses personnes voient leurs moyens de subsistance brutalement entravés par la riposte sanitaire, que cela soit les taxis-motos ou les vendeuses sur les marchés. Pour ces travailleur⋅euses, Ebola est synonyme de ruine.

La défiance est encore accentuée par le manque d’éducation et les difficultés d’accès à l’école, qui participent à la propagation de la désinformation. Beaucoup de gens n’ont pas les outils pour démêler le vrai du faux. Ils sont nombreux à croire qu’Ebola est un complot des Blancs ou du gouvernement.
Les rites funéraires, par exemple, sont au cœur de ces tensions. Les dépouilles des victimes du virus restent très contagieuses et doivent être enterrées avec un niveau de sécurité maximal. Sauf que les traditions locales impliquent d’accompagner et de toucher à de multiples reprises l’être aimé. Les familles qui sont mal informées sur la maladie refusent ces restrictions et vont jusqu’à enterrer clandestinement les corps des malades non déclarés ou attaquer les centres de soin [comme en mai 2026 à Rwampara et Mongbwalu, deux municipalités de l’est du pays]. Sans s’en rendre compte, ces personnes s’exposent, ainsi que leur communauté, à des risques sanitaires accrus.

*Selon la Banque mondiale, trois quarts des Congolais⋅es vivent avec moins de 2,15 dollars par jour, soit le seuil international d’extrême pauvreté.

PDF
3 / 10
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
April - Libre à lire
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓