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12.07.2024 à 09:48

 « On ne peut pas laisser notre ville dans les tréfonds du racisme »

Marion Pillas

Dessinatrice, musicienne et réalisatrice, Loup Blaster est également conseillère municipale d’opposition à Calais et combat, depuis 2021, la politique mise en place par la maire Natacha Bouchart (Les Républicains). Dans sa circonscription, le candidat du RN, Marc de Fleurian, a été élu député avec 53,7 % des voix. « Je suis née en 1992, j’ai […]
Texte intégral (1137 mots)

Dessinatrice, musicienne et réalisatrice, Loup Blaster est également conseillère municipale d’opposition à Calais et combat, depuis 2021, la politique mise en place par la maire Natacha Bouchart (Les Républicains). Dans sa circonscription, le candidat du RN, Marc de Fleurian, a été élu député avec 53,7 % des voix.

« Je suis née en 1992, j’ai grandi à Calais dans un environnement artistique et engagé. Mon père est luthier, ma mère psychologue. Ils militaient chez Les Verts et nous emmenaient souvent en réunion. À la maison, il y avait toujours Libération sur la table. C’était facile de parler politique.

Ma mère a beaucoup ramé : c’est elle qui gagnait l’argent du foyer et portait l’organisation de la maison. Mon père, lui, est une encyclopédie vivante. Il connaît tout sur tout et a tendance à donner des leçons. Moi, j’ai voulu être dans l’expérience, pas dans la théorie.

Mes souvenirs d’enfant à Calais, c’est une vie artistique très riche, du spectacle vivant partout. Avec mes trois sœurs, on faisait de la musique, du solfège, du cirque… Après le collège, je suis partie à Roubaix, près de Lille, pour suivre une filière arts appliqués, puis j’ai fait trois ans d’études en cinéma d’animation. J’ai ensuite vécu à Londres pendant un an. À chaque fois que je revenais par le ferry, je voyais de nouveaux murs et de nouvelles barrières construites pour empêcher les personnes exilées de traverser la Manche. Et à chaque fois, de plus en plus de policier·es.

Je suis rentrée définitivement en 2016, au moment où 10 000 personnes vivaient dans la « grande jungle ». J’avais beaucoup à faire à Calais. C’est en me faisant des copains exilés dans les campements que j’ai réalisé le gouffre entre le récit médiatique sur la crise migratoire et la réalité. La préfecture démantelait des camps en prétendant que les gens avaient la gale, mais c’était faux. Il y a eu des incendies et les autorités ont accusé les migrant⸱es en disant que c’était « une pratique rituelle » d’incendier leur village ! J’ai commencé à dessiner pour rendre visible cette réalité. Si on ne fait pas de bruit, les choses n’existent pas. Il y a une chape de plomb sur cette ville qui nous empêche d’exprimer notre antiracisme. Moi, je résiste à l’extrême droite par l’expression artistique, sans argent, ni subvention.

Porter la voix des exilé·es

En 2017, j’ai été candidate suppléante aux législatives sur une liste écolo [Europe Écologie Les Verts] mais on a perdu. En 2020, la liste citoyenne sur laquelle j’étais inscrite a remporté six sièges au conseil municipal. J’étais 7e, et c’est à la suite d’un désistement l’année suivante que j’ai commencé à siéger face à la majorité de Natacha Bouchart. Depuis trois ans, j’essaye de porter la voix des exilé⸱es et des associations qui les aident. La politique ne ressemble pas assez aux gens : on devrait avoir des élu⸱es chômeurs et chômeuses, réfugié⸱es, jeunes femmes…

Dans cette enceinte municipale, mon corps de femme dérange. Il y a quelques mois, avec un copain, on a fait une séance photo improvisée dans la salle d’apparat de la mairie de Calais. J’ai posé en minijupe, les pieds sur la table, et posté les photos sur Instagram. Mon but, c’était de me moquer du pouvoir, du patriarcat, du père qui rentre du boulot, met les pieds sous la table et attend que « Bobonne » lui apporte à manger. Mes opposant·es ont trouvé que ces photos étaient « indignes d’une élue ».

 


Il va falloir être visible partout dans l’espace public : coller des affiches, organiser des évènements.


 

L’art est important pour réaffirmer nos valeurs, notre solidarité, nos identités queers face à l’extrême droite qui gagne du terrain. Dimanche dernier, c’est le candidat du Rassemblement national, Marc de Fleurian, qui a remporté les législatives dans notre circonscription. La gauche est arrivée troisième au premier tour et s’est désistée. Nos idées ont perdu : la pente à remonter est énorme. Tout le nord de la France est tombé aux mains de l’extrême droite. Partout, la situation migratoire à Calais est utilisée afin de justifier les politiques racistes. Maintenant, il va nous falloir proposer un projet de gauche suffisamment puissant pour reprendre du terrain et faire reculer les idées xénophobes. Il va nous falloir être visibles partout dans l’espace public, coller des affiches, organiser des évènements. Il faut aussi recréer de la convivialité autour de la nourriture, de l’art, faire de l’éducation populaire finalement.

Je me suis souvent considérée comme un électron libre et souvent questionnée sur mon utilité. Mais depuis cette campagne dans laquelle se sont agrégé⸱es plein de citoyen⸱nes et de militant⸱es, je veux continuer à lutter en collectif. On est tous et toutes complémentaires. Moi, par exemple, je ne me considère pas comme une experte, j’ai plutôt une expérience de terrain. Mais je veux bien porter la parole de celles et ceux qui ne veulent pas s’exposer.

Un de mes rêves, ce serait qu’avec d’autres militant⸱es, on prenne la mairie de Calais dans deux ans. On ne peut pas laisser notre ville dans les tréfonds du racisme. On est une cité ouvrière, avec du savoir-faire manuel, mais on a perdu notre identité. Le RN nous fait croire que c’est à cause des exilé⸱es que la ville s’est effondrée, alors que c’est à cause du capitalisme, qui provoque la fermeture des usines. Si les gens comprennent ça, ça va leur donner de la puissance. Je ne sais pas si on gagnera, mais on va essayer. »

Propos recueillis par téléphone le 8 juillet 2024, par Marion Pillas.


→ Retrouvez les recommandations ainsi que l’agenda de la rédaction juste ici.

05.07.2024 à 12:25

Sur le terrain, résistances féministes et queers s’organisent avant le second tour

Marie-Agnès Laffougère

« Tours et bourgs, même combat ! », scandent ce mercredi 3 juillet une cinquantaine de mères du collectif Kune : accompagnées de leurs enfants, elles défilent depuis Villejean, l’un des quartiers populaires de Rennes (Ille-et-Vilaine) jusqu’à la commune de Châteaubriant à une cinquantaine de kilomètres de là. Derrière ce « grand déplacement », Juliette Rousseau et Régine Komokoli, deux militantes féministes, s’organisent […]
Texte intégral (1350 mots)

« Tours et bourgs, même combat ! », scandent ce mercredi 3 juillet une cinquantaine de mères du collectif Kune : accompagnées de leurs enfants, elles défilent depuis Villejean, l’un des quartiers populaires de Rennes (Ille-et-Vilaine) jusqu’à la commune de Châteaubriant à une cinquantaine de kilomètres de là.

Derrière ce « grand déplacement », Juliette Rousseau et Régine Komokoli, deux militantes féministes, s’organisent depuis la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron le 9 juin dernier. La première, militante de gauche depuis une vingtaine d’années, habite dans un hameau, en zone rurale. La seconde vit dans un quartier prioritaire de Rennes où elle a créé, en 2019, un collectif de femmes contre les violences conjugales. « Face à la panique, la tristesse et l’angoisse du projet fasciste, nous avons organisé cette marche, explique Régine Komokoli. Toutes les femmes du quartier avaient déjà été victimes d’agressions racistes, alors nous avions peur de nous rendre visibles, mais, foutu pour foutu, nous devions le faire pour nos enfants. » Quant à Juliette Rousseau, elle avait « envie de lancer un message concret contre la fatalité », pour sortir du « militantisme de gauche très urbain et très tourné vers les réseaux sociaux ».

C’est cette même nécessité d’action qui a fait renouer Caroline De Haas avec le militantisme de gauche, après les deux ans d’abstinence qui ont suivi l’échec de la Nouvelle union écologique et sociale (Nupes) aux élections législatives de 2022. Fin mai, la fondatrice de #NousToutes se retrouvait chez la députée Marie-Charlotte Garin (EELV) avec un groupe de militant·es pour discuter proposition de loi sur le consentement et grève féministe. La discussion s’est poursuivie les jours suivants sur un groupe WhatsApp. Au lendemain de l’annonce présidentielle, le groupe change d’objectif : la victoire contre l’extrême droite devient la priorité. Pour l’historienne du féminisme Bibia Pavard : « Oui, il y a eu priorisation des luttes ; mais même si la résistance face à l’extrême droite prime sur tout le reste, les féministes ont su se faire entendre dans cette campagne, en s’opposant notamment à la candidature d’hommes condamnés pour des violences sexuelles, ou encore en essayant d’imposer une femme [Marine Tondelier] dans le débat de l’entre-deux-tours. »

En réaction, Caroline de Haas crée avec Marylie Breuil, une autre ancienne du collectif #NousToutes, un canal Telegram très vite rejoint par près de 30 000 personnes. « On propose des actions concrètes : distribution de tracts, interpellations des candidat·es arrivé·es troisièmes au premier tour, porte-à-porte dans les circonscriptions pivots… », détaille la militante, qui a aussi créé le site Cette fois on gagne avec l’activiste écologiste et féministe Camille Étienne. Dans chacune de ces actions, les femmes sont les premières à s’impliquer : « À la dernière distribution de tracts à Montparnasse, sur les douze personnes présentes, dix étaient des femmes. »

Cibler « les pédés de droite »

La présence des féministes dans les mobilisations contre l’extrême droite n’est pas une nouveauté. « Au début des années 1930, alors qu’elles n’avaient pas encore le droit de vote, les femmes étaient très engagées dans la lutte contre le fascisme, rappelle l’historienne Bibia Pavard. Ensuite, elles ont soutenu, autant que les hommes, le Front populaire puis les républicain·es lors de la guerre d’Espagne en 1936. »

En 2024, le front féministe et LGBT+ se reforme. Léonce*, du collectif Les Inverti.e.s (réunissant « TrÅñ$ p€d€ G0UiñEs Cocommunist·e·s »), raconte : « Tous les soirs, nous tractons dans le Marais [quartier historiquement gay de Paris] pour cibler les pédés de droite. » Consciente de la bulle sociale dans laquelle elle se trouve, Apolline Bazin, cofondatrice du média culturel Manifesto XXI, développe : « L’urgence, c’est, dans un temps record, de ne pas prêcher qu’à des convaincu⸱es et d’aller au front. » Lundi et mercredi soir, elle était à Meaux, en Seine-et-Marne, pour soutenir la candidate du Nouveau Front populaire, Amal Bentounsi, face à une candidate du Rassemblement national.


« L’urgence, c’est de ne pas prêcher qu’à des convaincu⸱es et d’aller au front. »


Pour l’activiste et autrice Blanche Sabbah, « l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite serait une catastrophe généralisée : pour les femmes, les personnes minoritaires et l’écologie. » Depuis le 9 juin, l’engagement de cette militante au sein du mouvement Action Justice Climat a donc pris un tournant : « La nouveauté, c’est de faire campagne pour un parti politique alors que je suis loin des appareils institutionnels. » Sandra*, membre du Collectif Féministe Calais, décrit elle aussi « une campagne avec beaucoup de personnes qui, comme moi, n’étaient encartées dans aucun parti politique auparavant. » Ce regain militant ne vaut pas que pour les partis traditionnels : il est perceptible dans l’ensemble des mouvements militants. Léonce, du collectif Les Inverti·es, abonde : « Ces trois dernières semaines, cinquante personnes ont rejoint nos rangs. »

À gauche tous·tes

Sur le terrain et les réseaux sociaux, les modes d’organisation reprennent des actions traditionnellement féministes. Tandis qu’à Paris les collages contre le Rassemblement national (RN) fleurissent sur les murs, à Tourcoing (Nord), ce sont les pochoirs qui habillent désormais les trottoirs, à l’initiative de la Brigade du respect. Ce collectif, originaire de Lille, lutte depuis 2019 contre le harcèlement de rue, mais « face à l’urgence de la situation, on se devait de s’exprimer, raconte Salomé*, avant de préciser : Je suis dans un tel niveau de nerfs que je suis incapable de tracter et de me retrouver face à une personne raciste. Avec la Brigade, on agit la nuit, sans personne autour. Ce n’est que le lendemain matin que les personnes voient nos messages. » Non loin, à Calais, au lieu de coller des feuilles blanches recouvertes de lettres noires contre le patriarcat comme elle le fait d’habitude, Céline* appose sur les murs les affiches du candidat Nouveau Front populaire.

En trois semaines de campagne, féministes, antiracistes et queers ont convergé dans une lutte commune à gauche contre l’extrême droite. Calais a accueilli une déambulation politique et citoyenne en défense des personnes exilées, queers et palestiniennes. Pour Léonce, des Inverti·es, « le consensus se crée plus facilement, nous n’avons plus le temps de débattre ».

« À gauche tous·tes »« No pasarán » ou « Président du chaos, joue pas avec nos vies », peut-on lire depuis le 9 juin sur les trottoirs de Tourcoing et Lille. Salomé, de la Brigade du respect, soutient : « Nos pochoirs sont faits avec de la bombe de peinture qui dure six mois au sol. Nous resterons présentes après les résultats de dimanche. » Tous et toutes l’affirment : quelle que soit l’issue du scrutin dimanche soir, la résistance féministe, queer, antiraciste n’en est qu’à ses débuts.

* Ces personnes n’ont pas souhaité mentionner leur nom de famille.

28.06.2024 à 18:00

Résistons en féministes !

La Déferlante

C’était il y a un an. Un enfant arabe de 17 ans était tué d’une balle dans le thorax par un policier. « Justice pour Nahel ! », ont crié pendant des jours celles et ceux qui n’en peuvent plus de vivre dans un pays où le racisme d’État tue. « Les féministes ont leur mot à dire, leur part […]
Texte intégral (1077 mots)

C’était il y a un an. Un enfant arabe de 17 ans était tué d’une balle dans le thorax par un policier. « Justice pour Nahel ! », ont crié pendant des jours celles et ceux qui n’en peuvent plus de vivre dans un pays où le racisme d’État tue.

« Les féministes ont leur mot à dire, leur part à faire, pour empêcher qu’on exécute des enfants impunément, au nom de l’État », écrit dans les pages de notre prochain numéro la porte-parole du collectif Front de mères, Fatima Ouassak. « Je pense même, ajoute-t-elle, que le camp féministe peut être à l’avant-garde dans la lutte antiraciste contre l’extrême droite. »

C’est dans cet esprit qu’en juillet 2023, quelques semaines après la mort de Nahel Merzouk, nous avons commencé à travailler à un numéro spécial de La Déferlante. C’est un exemplaire entier de 144 pages depuis les chroniques jusqu’à la grande rencontre, en passant par la bande dessinée, le portfolio, les analyses, les reportages… – pour parler des extrêmes droites au prisme des questions de genre et LGBT+, en faisant de l’intersectionnalité un prérequis de la lutte.

Pour élaborer ce numéro, outre notre traditionnel comité éditorial qui s’est récemment élargi et compte désormais une vingtaine d’universitaires, journalistes et militant·es, nous avons travaillé avec un format plus réduit de conseillères éditoriales qui nous ont aidées à structurer le sommaire : Sarah Benichou, journaliste indépendante, membre de l’Association des journalistes antiracistes et racisé·es (Ajar) ; Manel Ben Boubaker, enseignante en Seine-Saint-Denis, syndicaliste, qui a récemment coordonné le manuel Entrer en pédagogie antiraciste (Shed, 2023), et Elisa Bellè, universitaire italienne, dont les recherches en sociologie portent sur les partis de la droite radicale populiste et les mouvements anti-genre.

À la rencontre de celles qui luttent

Le résultat est un numéro qui mêle les voix militantes – dont Assa Traoré du collectif Vérité pour Adama, Maud Royer, présidente de l’association Toutes des femmes, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, ou Sihame Assbague, journaliste et militante antiraciste – à celles des universitaires – la sociologue Kaoutar Harchi, la politiste Nonna Mayer, la socio-historienne Magali Della Sudda ou Maboula Soumahoro, maîtresse de conférences en civilisation américaine.

À Calais, sur le littoral de la Manche, à Buenos Aires en Argentine, en Corée du Sud ou encore en Bretagne, nous sommes allées à la rencontre de celles et ceux qui luttent chaque jour contre les politiques mortifères des extrêmes droites. Nous avons aussi enquêté sur l’influence des mouvements réactionnaires dans les établissements scolaires, sur le rôle joué par les leadeuses d’extrême droite en Europe et sur les influenceurs masculinistes qui propagent, sur internet, des idées misogynes, racistes et anti-LGBT+.
Parce que l’analyse de ces idées, aussi laides soient-elles, ne doit pas empêcher la réalisation d’un beau numéro, nous avons, comme pour nos précédentes publications, fait appel à de nombreuses illustratrices et photographes pour illustrer ces articles.

Enfin, cette Déferlante spéciale a aussi été pensée pour vous fournir des outils : des chiffres, un glossaire, des références d’ouvrages, de films et de podcasts, comme un guide de survie en milieu hostile. Parce que, aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de ces outils pour lutter.

 

Soutenir La Déferlante

En tout, ce sont plus d’une cinquantaine de personnes – illustratrices, auteur·ices, journalistes, photographes, correctrices, graphistes, etc. – qui ont travaillé à ce numéro qui sera envoyé à l’imprimerie fin juillet. Si nous précisons tout cela, c’est pour que vous, nos lecteur·ices, ayez conscience du nombre de personnes impliquées dans la fabrication d’un tel numéro et de l’investissement que nous y mettons. Son coût : environ 150 000 euros, contre 80 000 euros pour un numéro habituel de la revue. Un budget exceptionnel qui s’explique par le temps de travail que nous lui avons consacré, mais aussi par tout ce que nous allons mettre en place pour l’accompagner : le grand événement que nous organiserons en septembre pour sa sortie, les newsletters sur les résistances féministes que vous pourrez lire cet été et les vidéos que nous diffuserons sur nos réseaux sociaux. Pour nous aider à financer sa réalisation, nous lançons dès aujourd’hui une campagne de dons, qui vous permettra, dans la mesure de vos moyens, de participer à ce numéro spécial et de soutenir un média indépendant, dirigé par des femmes, qui ont à cœur de faire travailler et de donner la parole à des personnes non blanches et LGBT+.

Un an de travail donc, pour arriver au numéro que vous aurez entre les mains fin août – dès mi-août, pour les abonné·es. La Déferlante prend le temps de l’analyse et des reportages au long cours. Si l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, le 9 juin dernier, et la perspective de l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir dans quelques semaines ont percuté cette temporalité, elles ont aussi conforté le rôle clef joué par les mouvements féministes et antiracistes, à l’avant-garde de ce combat. Dans les cortèges, « siamo tutte antifasciste » résonne avec une nouvelle force. Comme l’écrit Costanza Spina, qui signe dans notre numéro un article sur l’histoire de ce cri de ralliement : « Il est urgent de nous réapproprier ce slogan et de créer un front antifasciste queer et féministe ». Quoi qu’il arrive, La Déferlante en fera partie.

 


→ Retrouvez les recommandations ainsi que l’agenda de la rédaction juste ici.

14.06.2024 à 10:30

Entrer dans la bataille

La Déferlante

En prenant la décision de dissoudre l’Assemblée nationale après la victoire de l’extrême droite à l’élection européenne du 9 juin, le président de la République, Emmanuel Macron nous a jeté·es sous les roues d’un train lancé à pleine vitesse. Depuis dimanche soir, l’arrivée du Rassemblement national (RN) à la tête de l’exécutif en France n’est plus […]
Texte intégral (1151 mots)

En prenant la décision de dissoudre l’Assemblée nationale après la victoire de l’extrême droite à l’élection européenne du 9 juin, le président de la République, Emmanuel Macron nous a jeté·es sous les roues d’un train lancé à pleine vitesse. Depuis dimanche soir, l’arrivée du Rassemblement national (RN) à la tête de l’exécutif en France n’est plus un danger hypothétique. C’est une menace imminente qui nous oblige à entrer dans la bataille politique et à nous ranger, sans tergiverser, derrière le front uni de la gauche.

Pour nous qui travaillons chaque jour à la fabrication d’un média engagé dans la lutte contre les oppressions systémiques, il est impératif de réaffirmer quel projet de société nous voulons : féministe, social, antiraciste, écologiste. Il est aussi capital de défendre notre indépendance ainsi que celle de nos consœurs et confrères journalistes face à la concentration des médias et de l’édition au sein de groupes sur lesquels la droite conservatrice – incarnée notamment par Vincent Bolloré – a commencé à faire main basse. Avec les conséquences que l’on connaît désormais : Jordan Bardella, président du RN et grand vainqueur des élections européennes, est le candidat le plus cité, tous médias confondus, en mai 2024.

Il nous reste à peine plus de deux semaines pour éviter à notre pays de suivre l’exemple de la Hongrie, de l’Italie ou plus récemment des Pays-Bas. Des États dans lesquels l’extrême droite, arrivée au pouvoir ces dernières années, détruit consciencieusement les droits des personnes minorisées en même temps qu’elle revoit à la baisse les aides et les minima sociaux.

Nous avons un peu plus de deux semaines pour définir collectivement les contours d’un projet politique désirable qui se trouve, quoi qu’on en dise, à portée de main : un pays qui réinvestit dans la protection sociale, dans l’hôpital public, dans l’éducation pour toutes et tous. Une communauté politique dans laquelle les droits des plus précarisé·es (personnes racisées, trans, sans-papiers, porteuses de handicap, enfants victimes de violences, femmes…) sont garantis. Une société qui affronte sans fard, pour mieux les combattre, tous les racismes, dont l’antisémitisme et l’islamophobie, ainsi que le lot de discriminations et de violences qu’ils charrient.

Pour atteindre ce but, nous devons encourager et soutenir l’alliance des partis et des forces sociales de gauche, quitte à mettre provisoirement nos désaccords sous le tapis, et voter pour les candidates et les candidats que ce « nouveau Front populaire » présentera dans toutes les circonscriptions. Nous le redisons : oui, il existe des divergences, parfois capitales, entre ces mouvements de gauche. Oui, il nous faudra les prendre à bras-le-corps dès le 8 juillet. Mais à l’heure où nous parlons, un danger bien plus grand se profile à un horizon extrêmement proche : le basculement de l’Assemblée nationale à l’extrême droite et la nomination de Jordan Bardella à Matignon.

Cette séquence politique est aussi l’occasion, pour beaucoup parmi nous, d’entrer ou de revenir dans les mobilisations. Partout en France, des citoyen·nes, des militant·es entrent en campagne pour appeler à faire barrage à cette extrême droite qui n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Partout, dans la rue, sur les réseaux sociaux, elles et ils diffusent des argumentaires, organisent des manifestations, des rassemblements de quartier ou proposent de prendre les procurations des personnes qui ne pourront pas voter. Prenons part sans délai à cette campagne en tant que média indépendant de gauche.

Jusqu’au 8 juillet, sur nos les réseaux sociaux et sur une page dédiée du site de La Déferlante, nous relaierons ces appels à mobilisation partout en France. En parallèle, nous finaliserons un numéro spécial intitulé « Résister en féministes » qui sortira le 30 août. Tout l’été, dans cette newsletter, vous pourrez également lire les parcours de militantes qui, partout en France et dans le monde, luttent contre l’extrême droite.

En mettant en lumière celles et ceux qui combattent, nous souhaitons renverser le récit qui voudrait que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite soit inéluctable. Imaginer des lendemains heureux, c’est sortir de la résignation et se donner des chances supplémentaires de voir notre projet de société advenir. Nous savons que leurs avancées sont faites de nos reculs.

Nous pensons aussi au 8 juillet, nos tâches vont être immenses : plus nous serons nombreux et nombreuses à nous engager dès maintenant, plus nous serons fort·es pour nous y atteler.

Dimanche dernier, l’extrême droite suédoise, qui depuis son succès électoral de 2022 gouverne le pays avec la droite conservatrice, a été stoppée net dans son élan par les électrices et les électeurs. Crédité par les instituts de sondage de plus de 20 % des votes, le parti xénophobe des Démocrates de Suède (SD) est arrivé en quatrième position, derrière les formations progressistes. « Une lueur d’espoir » déclarait, dimanche soir, Jonas Sjöstedt, la tête de liste du Parti de gauche.


→ Retrouvez les recommandations ainsi que l’agenda de la rédaction juste ici.

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Vous êtes déjà abonné⸱e ? Nous vous en remercions. Si vous souhaitez nous soutenir encore un peu plus, vous pouvez faire vous pouvez faire un don défiscalisé à La Déferlante.

Vos dons nous permettront de mener à bien nos nombreux projets à venir. En août sortira un numéro spécial consacré aux résistances à l’extrême droite. En fin d’année, La Déferlante Éditions publiera un conte écoféministe, son premier album jeunesse.

 

13.06.2024 à 14:25

Les ressources contre l’extrême droite

La Déferlante

En prenant la décision de dissoudre l’Assemblée nationale après la victoire de l’extrême droite à l’élection européenne du 9 juin, le président de la République, Emmanuel Macron nous a jeté·es sous les roues d’un train lancé à pleine vitesse. Depuis dimanche soir, l’arrivée du Rassemblement national (RN) à la tête de l’exécutif en France n’est […]
Texte intégral (794 mots)

En prenant la décision de dissoudre l’Assemblée nationale après la victoire de l’extrême droite à l’élection européenne du 9 juin, le président de la République, Emmanuel Macron nous a jeté·es sous les roues d’un train lancé à pleine vitesse. Depuis dimanche soir, l’arrivée du Rassemblement national (RN) à la tête de l’exécutif en France n’est plus un danger hypothétique. C’est une menace imminente qui nous oblige à entrer dans la bataille politique et à nous ranger, sans tergiverser, derrière le front uni de la gauche.

Pour nous qui travaillons chaque jour à la fabrication d’un média engagé dans la lutte contre les oppressions systémiques, il est impératif de réaffirmer quel projet de société nous défendons : féministe, social, antiraciste, écologiste. […]

Jusqu’au 8 juillet, La Déferlante relaiera sur cette page et sur ses réseaux sociaux les appels à mobilisation partout en France. En parallèle, nous finalisons un numéro spécial intitulé « Résister en féministe » qui sortira le 30 août.

Nous mettons à disposition de nos lecteur·ices deux cartes :

Et pour tout savoir sur comment voter et comment se mobiliser, vous pouvez consulter le site indivisibles.fr/5jourspourgagner créé par des militantes féministes qui donne des conseils concrets et des ressources pratiques. Ainsi que ce site qui permet d’interpeller les candidat·es arrivé·es en troisième position à se désister.

Sélection d’articles

 

Depuis sa création, il y a trois ans, La Déferlante n’a cessé de documenter les menaces que font peser les mouvements d’extrême droite sur les droits des personnes racisées, des femmes et des minorités de genre. Nous vous proposons une sélection d’articles pour alimenter la réflexion, le débat et les mobilisations. Comme le dit la sociologue Aurore Koechlin dans une de nos newsletters publiée en 2022 : « La meilleure réponse à l’extrême-droite, c’est bien le mouvement féministe ! »

Enquête complotisme et transphobie : l'alliance des haines

31.05.2024 à 09:44

« Le combat féministe fédère un réseau puissant contre l’extrême droite »

Sarah Bos

Juriste et cofondatrice de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, Mathilde Viot est l’une des coordinatrices – avec l’élue et militante féministe Alice Coffin – de la campagne Ma Voix, mon choix. Cette initiative citoyenne née en Slovénie veut porter jusqu’au Parlement européen une discussion sur la prise en charge des 20 millions d’Européen·nes encore […]
Texte intégral (1183 mots)

Juriste et cofondatrice de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, Mathilde Viot est l’une des coordinatrices – avec l’élue et militante féministe Alice Coffin – de la campagne Ma Voix, mon choix. Cette initiative citoyenne née en Slovénie veut porter jusqu’au Parlement européen une discussion sur la prise en charge des 20 millions d’Européen·nes encore privé·es d’accès à l’avortement. Pour cela, les militantes féministes doivent rassembler 1 million de signatures à l’échelle de l’Union.

Hénin-Beaumont – où Steeve Briois (RN) a été réélu dès le premier tour en 2020 – était, vendredi dernier, l’une des étapes de leur campagne pour l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

 

Quel lien faites-vous entre le combat pour l’accès à l’avortement et la lutte contre l’extrême droite ? 

Dans les discours de l’extrême droite, la question de l’avortement est très présente. Et quand elle accède au pouvoir, on observe, partout, des remises en cause de ce droit : dans l’Italie de Giorgia Meloni [première ministre, présidente du parti Fratelli d’Italia], les anti-choix peuvent désormais accéder aux cliniques qui pratiquent l’avortement. La présidence de Donald Trump s’est soldée, de son côté, par l’abrogation de l’arrêt historique Roe vs Wade, qui garantissait le droit à l’IVG à l’échelle fédérale.

Il y a urgence à agir, notamment dans le contexte des élections européennes. Les droits des femmes n’ont quasiment pas été évoqués par les partis politiques pendant la campagne : il est fondamental que les politiques se réveillent sur ces enjeux-là. Notre initiative citoyenne destinée à ce que l’Union européenne prenne en charge les IVG des personnes qui ne peuvent bénéficier de ce droit dans leurs pays, ne sera débattue au Parlement européen que si l’on obtient un million de signatures. Par ailleurs, pour qu’une discussion ait réellement lieu entre les député·es européen·nes, il est nécessaire que l’extrême droite ait le moins de poids possible au Parlement.

Est-ce le rôle des organisations féministes de prendre parti contre l’extrême droite ?

La première obsession de l’extrême droite, c’est de s’attaquer aux femmes et aux personnes minorisées, donc il est important que la lutte vienne des premières visées. Mais si ce sont ces personnes qui organisent la contre-offensive, c’est aussi parce que les autres ne le font pas, ou le font mollement. Les formations politiques appellent à faire barrage, et c’est tout. Or elles ont de l’argent, des locaux, et pourraient avoir des moyens de résister. Mais aucune n’agit réellement.

Au contre-meeting que nous avons organisé à Hénin-Beaumont, les porte-parole de la CGT, de La France insoumise (LFI), d’Europe Écologie les Verts (EELV), de Place publique et du Parti socialiste étaient présent·es. On a réussi à rassembler des gens que les partis ont échoué à mettre ensemble car ils sont trop divisés entre eux. Il est donc nécessaire de mettre sur pied une force indépendante qui puisse les rassembler autour des enjeux féministes.

Comment se manifeste l’influence de l’extrême droite sur le terrain ?

Dans le cadre de la campagne Mon droit, mon choix, nous nous sommes déplacées dans des villes françaises dirigées par l’extrême droite. Le but de cette tournée, c’est de montrer aux personnes présentes dans ces villes qu’on ne les oublie pas. À Fréjus, les gérants de salle étaient effrayés à l’idée de nous recevoir, et on a dû louer un endroit en périphérie de la ville pour se réunir. La veille de notre venue à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, le maire RN a fait fermer le lieu qui nous accueillait pour « des raisons de sécurité ». Les habitant·es nous ont parlé de l’écrasement culturel et politique qu’elles et ils subissent dans ces villes : les locaux associatifs qui ferment, les compagnies de théâtre qui jettent l’éponge… Ce sont des témoignages très frappants.

On sent de plus en plus une montée des tendances réactionnaires et racistes partout. C’est aussi pour cela qu’on a voulu constituer un réseau massif d’associations partout en Europe : ça nous permet d’être en lien, de fédérer. On a constaté que l’extrême droite est très réactive et solidaire à travers l’Europe : en 2012–2013, au moment des mobilisations contre le mariage pour toustes, par exemple, on retrouvait des panneaux de La Manif pour tous jusqu’en Bosnie ! Ils ont une capacité à s’organiser importante : il faut donc qu’on arrive à constituer une riposte de même ampleur.

La lutte pour le droit à l’avortement se place à l’intersection des luttes féministes, sociales, mais aussi antiracistes. Comment intégrez-vous toutes ces dimensions à votre campagne ? 

Nous essayons de prendre conscience de nos lacunes et de sortir du récit centré uniquement sur les femmes blanches qui veulent recourir à l’avortement. Nous avons animé des webinaires sur les biais racistes dans les pratiques de l’avortement et mis en lumière les récits de femmes racisées qui peuvent être mal prises en charge par le milieu médical.

Nous avons également consacré des conférences en ligne aux problématiques des personnes trans qui n’ont pas forcément accès à l’avortement, ou à celles des personnes handies qui peuvent subir des stérilisations forcées. On s’intéresse aussi aux personnes qui vivent en zone rurale et subissent la détérioration actuelle du système de santé. Nous voulons profiter de cette campagne citoyenne pour parler de ces questions de manière intersectionnelle. Et pour rappeler qu’en France, nous avons encore des problèmes d’accès à l’avortement : avec la fermeture des maternités, les personnes doivent se déplacer de plus en plus loin pour recourir à l’IVG. Les plannings familiaux sont, dans le même temps, de moins en moins financés. En ce sens, la constitutionnalisation du « droit » à l’avortement est une avancée, mais elle ne suffit pas dans le contexte français.

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