
22.10.2026 à 12:49
Pablo Pillaud-Vivien
À trois jours du second tour de la présidentielle brésilienne, Lula joue sa dernière carte face à Flávio Bolsonaro, le fils de l’ancien président d’extrême droite. Distancé au premier tour avec 45 % des voix contre 47 %, le président sortant espère l’emporter en remobilisant les classes populaires, en reconquérant une partie de l’électorat féminin et en réduisant son retard auprès des évangéliques, qui ont massivement voté pour son adversaire. L’inflation et la hausse des prix alimentaires fragilisent son bilan social. Alors que les sondages annoncent un scrutin serré, le débat télévisé de vendredi (le premier avait viré au pugilat) pourrait constituer une ultime occasion pour le président de gauche de renverser la tendance et d’empêcher le retour au pouvoir de la dynastie Bolsonaro.
NB : à 18h30 ce jeudi, une soirée pour la démocratie au Brésil et contre l’extrême droite est organisée à la mairie de Montreuil. Soyons nombreux – Regards y sera ! Pour s’inscrire, c’est par ici !
21.10.2026 à 13:30
Loïc Le Clerc
Près de 12 000 interpellations, 1000 policiers et gendarmes blessés, des centaines de lycéens blessés, des mains et des mâchoires arrachées par des grenades, des yeux rendus aveugles par des tirs en pleine tête et deux manifestants morts. Voilà le bilan provisoire d’un mois de mobilisation.
Quel est ce pays ? Est-ce ainsi qu’une démocratie protège le droit constitutionnel de manifestations ? On se pose des questions.
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Utilise-t-on des armes de guerre contre des lycéens et des manifestants ?
Oui. LBD, pistolet à impulsions électriques, grenade assourdissante, lacrymogène ou de désencerclement… Les forces de l’ordre sont équipées d’armes dites « intermédiaires », que l’on qualifie de « non-létales ». Mais ce sont des armes de guerre. Selon le sociologue spécialiste du maintien de l’ordre Sébastian Roché, « ce sont techniquement des armes à feu dites sublétales. C’est-à-dire qu’elles ne tuent pas à chaque fois. C’est pour ça qu’elles sont considérées comme armes de guerre et qu’il y a des restrictions à l’exportation. » De fait, ces armes sont classées catégorie A2, soit du matériel de guerre.
Le LBD envoie un projectile de 40mm en caoutchouc jusqu’à 40 mètres. Les grenades, lacrymogènes ou de désencerclement peuvent être projetées jusqu’à 200m, avant d’exploser. Rien qu’à Marseille, la journée du 17 octobre, 4000 grenades lacrymogènes ont été tirées. En 2023, le ministère de l’intérieur a dépensé 78 millions d’euros pour l’achat de grenades.
En théorie, ces munitions ne sont pas mortelles tant qu’elles ne sont pas tirées de façon tendue. Mais combien de flash-balls et de grenades ont été propulsés en pleine tête ? Combien ont été envoyés dans les jambes de lycéens, de manifestants, au risque de les mutiler ? Quand ces grenades explosent, par erreur, dans les jambes de CRS, pourtant équipés de protections, l’explosion les fait chuter et les blesse gravement. Les grenades de désencerclement sont interdites dans tous les pays d’Europe. L’usage des LBD par les forces de l’ordre y est très encadré, voire carrément interdit chez la plupart de nos voisins européens.
Pour comprendre les violences policières, il faut aussi se pencher sur la formation des policiers. Certaines recrues ont obtenu 7/20 au concours avant de suivre une formation théorique de 12 mois. Pour être boulanger, il faut obtenir au minimum 10/20 au CAP et la formation dure trois ans. Le prérequis pour manipuler de la farine est plus exigeant que pour manipuler des armes de guerre.
Est-il plus difficile d’obtenir le concours de boulanger que de policier ?
Pour comprendre les violences policières, il faut aussi se pencher sur la formation des policiers. Les gouvernements successifs recrutent à tout va. Au début des années 2000, le ministre de l’intérieur, puis président, Nicolas Sarkozy, a nettement diminué les effectifs, notamment en supprimant la police de proximité. Depuis 2015, après les vagues d’attentats, on s’est mis à recruter en urgence : durée de la formation et exigences pour le recrutement ont été abaissées. Certaines recrues ont obtenu 7/20 au concours avant de suivre une formation théorique de 12 mois. Pour être boulanger, il faut obtenir au minimum 10/20 au CAP et la formation dure trois ans. Le prérequis pour manipuler de la farine est plus exigeant que pour manipuler des armes de guerre.
Le résultat est net : ces policiers maîtrisent mal le Code de procédure pénale. Et au terme d’une formation minimale, ils sont lâchés dans des rues qu’ils ne connaissent pas, au contact d’une population qu’ils ne connaissent pas, avec des armes dangereuses qu’ils ne maîtrisent pas.
Comment a évolué la doctrine de « maintien de l’ordre » depuis les années 90?
Dans les années 90, et plus précisément après la mort de Malik Oussekine sous les coups des « voltigeurs » – policiers en moto équipés de matraque –, la France change radicalement de doctrine. Il convient désormais d’éviter à tout prix le contact physique avec les manifestants et d’appliquer une strict proportionnalité dans le recours à la force, quitte à laisser quelques vitrines se faire briser. C’était le « maintien de l’ordre à la française ». Quarante ans plus tard, cette doctrine porte toujours le même nom, mais elle a bien changé. À partir de 2005 et la révolte des banlieues, de nouvelles armes sont utilisées par la police, comme le flash-ball. À partir de 2016 et la loi Travail, la police systématise la pratique de la « nasse » associée aux gaz lacrymogènes. À partir de 2019 et des gilets jaunes, retour des « voltigeurs » – désormais nommés Brav-M – et introduction de véhicules blindés – les Centaures de la gendarmerie. Ces nouvelles pratiques policières inspirent désormais des pays autoritaires : Hong Kong, Bahreïn, Tunisie, Birmanie, etc.
C’est ainsi que la police française est devenue la plus meurtrière d’Europe : trois morts chaque mois en France entre 2020 et 2022, selon la recension de Basta.
Au 20ème siècle, les polices anglaises et allemandes souffraient d’une sale réputation. Elles sont aujourd’hui citées en exemple. Là-bas, les forces de l’ordre sont très peu armées. Lors des manifestations, elles sont quasiment invisibles, postées dans les rues parallèles, prêtes à intervenir de façon ciblée et rapide, sans lacrymogène ni même matraque ! L’objectif tient en un mot : la « désescalade ».
La France est passée de modèle démocratique à modèle autoritaire. Ces pratiques sont dénoncées régulièrement par de nombreuses instances nationales et internationales, du Défenseur des droits au Conseil de l’Europe jusqu’aux experts de l’ONU. La honte.
21.10.2026 à 13:26
Loïc Le Clerc
Pour le Medef, l’austérité promise par le gouvernement ne va pas assez loin. Le patronat explique que « le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 impose plus de 11 milliards d’euros de surcoût du travail aux entreprises », ce qui rendrait impossible pour lui d’envisager d’augmenter les salaires. Ça, c’est pour la carotte. Et pour le bâton : « Ces mesures risquent d’importer des tensions sociales dans les entreprises qui demeuraient jusqu’à présent l’un des derniers collectifs apaisés de la société française ». Comme si les budgets du gouvernement n’allaient déjà pas dans le sens du patronat. Qui peut croire que l’objectif du Medef est d’augmenter les salaires ? Le salaire médian n’a augmenté que de 22,8% quand l’inflation est de 23,4% depuis 2017. Ajoutez à cela des inégalités qui se creusent et vous comprendrez peut-être que le Medef ne travaille pas pour « augmenter les salaires » ! Quant à l’idée que l’entreprise serait le « dernier collectif apaisé de la société », on en reparle d’ici le 5 novembre !