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03.02.2026 à 17:54

“Bleus, blancs, rouges” de Benjamin Dierstein, le retour du frisson politique néo-polar

L'Autre Quotidien
Pour tous ceux qui ne connaissent ni Prudhon, ni Manchette, qui ont zappé Daennincks, Vilar et Fajardie, voici une chance de comprendre l’importance du néo-polar de la fin 70, début 80 avec la nouvelle trilogie de Benjamin Dierstein : Bleus, blancs, rouges qui s’occupe de la décennie 74/ 84. Soient, pour le premier tome 794 pages bien serrées et aussi haletante que crispantes, pour redonner le ton des années de plomb.
Texte intégral (1199 mots)

Pour tous ceux qui ne connaissent ni Prudhon, ni Manchette, qui ont zappé Daennincks, Vilar et Fajardie, voici une chance de comprendre l’importance du néo-polar de la fin 70, début 80 avec la nouvelle trilogie de Benjamin Dierstein : Bleus, blancs, rouges qui s’occupe de la décennie 74/ 84. Soient, pour le premier tome 794 pages bien serrées et aussi haletante que crispantes, pour redonner le ton des années de plomb.

Benjamin Dierstein est l'une des voix fortes du roman noir politique. Il a le souffle, l'audace et la transgression d'un grand écrivain. L'auteur de La Défaite des idoles s'attaque à des chantiers ambitieux, monumentaux. Dans Bleus, Blancs, Rouges, sorti mercredi 19 février 2025 chez Flammarion, Benjamin Dierstein autopsie avec une rare minutie la France giscardienne. Il raconte les barbouzes, les proxénètes, les flics, les héros et les salauds. Il narre les coups bas, les coups tordus, les coups fourrés de la République, les excès de la Françafrique, le Paris mondain, le Paris de la pègre des Frères Zemour.

Dans ce premier tome survitaminé d'une nouvelle trilogie, Benjamin Dierstein adopte un rythme infernal qui prend le lecteur en haleine pour ne plus jamais le lâcher. Dans ce thriller politique, il use d'un style percutant et d'une écriture enfiévrée. Le langage cru, parfois malaisant, de certains de ses personnages contribue à rendre l'ambiance étouffante de ces années-là. ( Mohamed Berkani pour France Info)

On va oublier l’écriture soi-disant “malaisante” qui parle vrai, et privilégier le comment très bien développé des années de plomb, avec la fin programmée en 1974 de la Gauche Prolétarienne ( mao) pour ne pas céder à la lutte armée et qui va plonger certains à créer Action Directe, sur le modèle de la RAF allemande et des Brigades Rouges transalpines, pour faire vraiment flipper le bourgeois. Mais ce qui est bien montré ici, c’est le vrai flip gouvernemental d’un rapprochement de l’ennemi numéro 1 , Jacques Mesrine avec l’extrême-gauche et les discours des cadors de la police d’alors, les Otavioli, Broussard et Prouteau du GIGN, certains de faire leur devoir, sans prendre de gants, ni observer de très près la loi… 

Et c’est là qu’on retrouve le néo à la Manchette ou à la Fajardie d’alors, comme moyen de parler vrai dans un monde de faux-semblants délivrés par des médias aux ordres. Si vous ne voyez pas le rapprochement avec les cris d’orfraie du syndicat de police (d’extrême-droite) Alliance qui poursuite l’œuvre du SAC avec des voyous aux ordres, alors vous ne. comprenez l’emprise à laquelle les média de Bolloré vous soumettent.

Qu’ajouter ? Que le néo-polar annonçait l’arrivée de la gauche au pouvoir- pour trop de diamants offerts à Giscard par son vassal Bokassa en Centre-Afrique, et que le polar qui parle calmement de toutes les embrouilles éclaire sincèrement sur celles de la macronie au pouvoir depuis trop longtemps. Réfléchissez, tout devient soudain transparent… On vous parlera des deux autres tomes après lecture. En attendant, en route pour 794 pages à fond la caisse.

Jean-Pierre Simard, le 4/02/2026
Benjamin Diertstein - Bleus, blancs, rouges - Folio Noir

03.02.2026 à 15:03

Les étranges récits symboliques de Michael McGrath

L'Autre Quotidien
Des têtes, des yeux et des mains désincarnés côtoient des arbres grêles, des libellules et des fleurs éclatantes dans les œuvres inspirées de l'art populaire de Michael McGrath.
Texte intégral (1414 mots)

Des têtes, des yeux et des mains désincarnés côtoient des arbres grêles, des libellules et des fleurs éclatantes dans les œuvres inspirées de l'art populaire de Michael McGrath.

“Evening float, Panther Mountain,” acrylic and oil on canvas, 40 x 30 inches

“Evening float, Moonrise”

Basé à Rhinebeck, dans l'État de New York, McGrath mélange divers médias — la plupart de ses œuvres combinent graphite, encre, huile et peinture acrylique — pour créer des compositions dynamiques empreintes de mystère. Les symboles et les objets récurrents se prêtent à un langage visuel distinctif qui capture à la fois le merveilleux et l'énigmatique.

“Late migration, No. 3,” colored pencil and graphite on panel, 10 x 8 inches

“Intro to ceremonial lighting cycles,” colored pencil, wax pastel and acrylic on panel, 14 x 11 inches

McGrath prépare actuellement des expositions individuelles à Saugerties, dans l'État de New York, et à Kent, dans le Connecticut, qui auront lieu plus tard cette année, ainsi que quelques expositions collectives. Suivez son travail sur Instagram

Wild Oak Bill avec Colossal Mag, le 4/02/2026
Les étranges récits symboliques de Michael McGrath

03.02.2026 à 14:37

Dessiner l’indicible : "La tête sur mes épaules" de Bénédicte Muller

L'Autre Quotidien
Avec un dispositif très graphique, la dessinatrice aborde l’inceste et les violences sexuelles dans le cadre familial. Un livre pour représenter le poids du silence et de la culpabilité qui pèse sur l’enfant abusé mais aussi la difficulté à identifier, comprendre ou en parler au sein de la famille qui voit la personne abusive sous un autre angle.
Texte intégral (1883 mots)

Avec un dispositif très graphique, la dessinatrice aborde l’inceste et les violences sexuelles dans le cadre familial. Un livre pour représenter le poids du silence et de la culpabilité qui pèse sur l’enfant abusé mais aussi la difficulté à identifier, comprendre ou en parler au sein de la famille qui voit la personne abusive sous un autre angle.

Bénédicte Muller a reçu le prix “Toute première fois” 2025 remis par le festival BD Colomiers pour son album La tête sur mes épaules, un prix qui récompense la jeune création à travers une célébration d’un premier livre. Bénédicte Muller succède à Camille Potte [découvrir notre coup de coeur sur son album lauréat : Ballades]

Dans une famille où règne un joyeux bordel, où courent les huit enfants, les adultes, mais aussi la grand-mère ; la plus grande Martha raconte ce qu’elle a vécu avec « la Grosse Tête ». Dans cette maison dont la déco et l’énergie se rapprochent de celles des Dubouchon dans Tomtom & Nana, les personnages perdent parfois la tête, surtout les adultes, et la dessinatrice joue sur les allégories et métaphores possibles de cette situation. 

Si les plus jeunes s’en amusent et voient ces têtes qui déraillent comme des jeux et des occasions de rire illustrant au pied de la lettre les métaphores et les expressions ; de son côté, Martha les voit autrement. Entre la grand-mère qui perd seulement la tête, le poids des responsabilités, du silence, les corps abîmés… l’illustratrice joue sur la taille, les perspectives et les différences visuelles pour symboliser le passage à l’âge adulte et ce glissement du regard de Martha et de « la Grosse Tête » qui se rapproche d’elle. Des mécanismes d’emprise décrits à hauteur d’enfant à travers des images et des chemins détournés, jusqu’à l’abus sexuel où la jeune fille quitte le monde de l’enfance, ne voit plus les jeux ni le décalage. 

Inversion des rôles

En 2019, Bénédicte Muller a publié un album jeunesse, La minuscule maman, où les rapports parents-enfants étaient inversés, car une fillette devait prendre en charge sa mère devenue minuscule face à une tristesse infinie. La jeune fille apprend à être forte pour la famille, à grandir trop vite, c’est un peu le cas de Martha ici. La dessinatrice creuse une veine bien à elle dans ces deux livres et explore les possibilités du dessin pour exprimer des sentiments ou situations complexes. 

Quand les mots ne suffisent plus, ne peuvent pas être convoqués, le corps parle et la dessinatrice joue sur ces interprétations. Le langage de « la Grosse Tête » est d’ailleurs plastique, symbolique lui aussi. En parallèle, une scène où toute la bande est devant la télé et regarde La Belle et la Bête de Jean Cocteau prend une dimension particulière avec les scènes du film qui s’impriment dans les corps détournés, donnant un éclairage particulier à ce film qui parle de sexualité et secrets. Ou encore le conte aztèque raconté par la grand-mère, les armoires qui renferment les secrets de famille… Ce ne sont que quelques exemples tant cet album est riche d’inventivité. 

Les jeux graphiques laisseront place au langage lorsque la narratrice se décidera à partager son lourd fardeau. À la moitié du livre, les révélations, les morceaux brisés viendront briser ce silence et nous emporter dans un tourbillon de sentiments. Le dessin aux traits fins, aux textures proches de l’aquarelle ou des pastels prolongent ces métaphores ou symboles et nous immergent dans cette époque de l’enfance où tout est possible. Des sourires inquiétants de « la Grosse Tête » où une ligne tremblotante devient effrayante ou des cases encapsulées dans une bombe, la dessinatrice perfectionne son art de l’allégorie visuelle déjà très présente dans ses travaux d’illustration pour de nombreux journaux. 

Dans cet album, elle joue avec le découpage, où les pleines pages, doubles planches alternent avec un enchaînement de cases sans contours, où le blanc du papier prend parfois toute la place pour symboliser l’étouffement, l’indiscible, le poids. On est emporté par cette apnée qui dit toute la solitude de Martha et qui fait contrepoint au joyeux bordel de la maisonnée présenté au début. 

Sur plus de 200 pages Bénédicte Muller explore avec beaucoup de talent les gammes qu’offre le médium pour dire l’indicible et s’attaquer à ce sujet complexe sans tomber dans le voyeurisme. La tête sur mes épaules est un très beau livre que je vous conseille de lire et de relire surtout pour en apprécier toutes les subtilités. 

Thomas Mourier, le 4/02/2026

Bénédicte Muller - La tête sur mes épaules - Atrabile

Toutes les images sont © Bénédicte Muller / Atrabile

-> les liens renvoient sur le site Bubble où vous pouvez vous procurer les ouvrages évoqués ici

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