31.03.2025 à 19:33
Lettre ouverte à ceux qui attaquent le chercheur du CNRS François Burgat
Texte intégral (3834 mots)
Lettre ouverte à ceux qui attaquent le chercheur du CNRS François Burgat
Christophe Oberlin 26 mars 2025
Alors qu’un génocide est en cours en Palestine occupée, les appuis occidentaux de l’Etat d’Israël font feux de tout bois.
En France, pays clé, l’existence de lobbys est légale, ce qui est normal. Ce qui l’est moins, c’est que la Justice s’en trouve parfois encombrée voire instrumentalisée. Le comble serait que les chercheuses et chercheurs les plus compétents soient entravés dans leur recherche, voire condamnés personnellement.
J’ai été victime, moi-même, il y a treize ans, d’une tentative d’intimidation utilisant le chantage à l’antisémitisme. La tentative s’est soldée par l’échec du lobby qui m’attaquait, assorti d’une jurisprudence allant à l’encontre du Conseil de l’Ordre des médecins qui s’était laissé instrumentaliser. Mais la force d’un lobby, tant qu’il est alimenté, est de ne pas se décourager.
Aujourd’hui, dix ans plus tard, le chantage classique à l’antisémitisme a pris une autre forme. Il s’appuie sur un nouvel Esprit des lois, inquiétant. On prétend combattre « l’atteinte aux valeurs de la République », « l’incitation à la haine », « l’apologie de terrorisme ». Avec un champ d’application tout trouvé : l’une des valeurs de la République française serait de soutenir notre allié Israël, de promouvoir son amour pour cet Etat, et de considérer toute déclaration contraire comme une apologie de terrorisme. C’est exactement ce dont se plaint une association lobbyiste européenne à l’encontre de François Burgat, éminent chercheur aux travaux de notoriété internationale. L’allégation est proprement ridicule, mais le lobby par définition n’a pas peur du ridicule, c’est aussi à cela qu’on le reconnait. Ce qui est troublant, c’est que la plainte ait été estimée recevable par un parquet.
Alors, penseront certains, ce n’est pas si grave car, dans notre pays, l’Université et la Recherche, sont solides et indépendantes du pouvoir. Ce ne fut pas toujours le cas : on se souvient avec horreur de l’appui apporté par le monde académique à la colonisation, par le biais de travaux « scientifiques » sur l’inégalité des races humaines, l’instrumentalisation du génial Darwin à travers un « darwinisme social » meurtrier, celle moins connue du visionnaire français Alfred Binet, apôtre du dépistage et du traitement de la dyslexie des enfants, honteusement transformé aux États-Unis en « QI ».
Alors aujourd’hui, pas d’instrumentalisation politique de la science ? Eh bien si. Avec une cible toute trouvée : les Arabes, les musulmans, l’islam. Avec quels moyens ?
Certains Instituts flagorneurs, certaines thèses de sciences sociales amalgamant de soi-disant « prescriptions religieuses » pour tuer avec certains territoires supposés perdus. Peu importe que de telles thèses aient été scientifiquement démontées[1], l’allégeance « académique » de certains.nes au pouvoir actuel suffit à conseiller les ministres, à justifier l’usage de l’outil judiciaire. Les meilleurs chercheurs sont vulgairement attaqués, tandis que leurs publications sont ignorées. Car le lobby est ignorant, c’est aussi à cela qu’on le reconnait.
Pour ceux qu’un peu plus de lecture n’effraie pas, qu’ils trouvent ici la relation de mon audience, en appel, devant la chambre nationale du Conseil de l’Ordre des médecins, le 11 octobre 2016.
Lorsque j’ai été mis en cause par le Conseil de l’Ordre, en première instance et avec mon avocate, nous avons pensé que l’Ordre avait commis une grosse faute en me trainant devant sa juridiction disciplinaire. Et nous avons parlé en droit pour permettre à la Chambre de s’en tirer avec les honneurs. La première instance n’était pas politique. Nous nous sommes évertués à expliquer au jury que les positions politiques sur le sujet israélo palestinien n’avaient pas à être discutées devant une instance ordinale. Et en particulier n’avaient pas à faire l’objet d’une plainte initiée par le Conseil de l’Ordre à la suite du « signalement » d’un lobby. Quand je discute la légitimité d’un Etat juif à majorité juive, il s‘agit d’une opinion personnelle que le Conseil de l’Ordre n’a pas à contester. C’est une opinion exprimée en dehors de mes fonctions[2]. Quand le Conseil de l’Ordre porte plainte contre moi, et que l’avocat du Conseil de l’Ordre, qui est en même temps l’avocat du CRIF, choix peu adroit de la part du Conseil de l’Ordre, s’offusque que « le Dr Oberlin conteste la nature juive de l’Etat d’Israël », cela voudrait dire que l’Ordre aurait derrière lui les 200 000 médecins français : c’est tout à fait excessif.
Nous pensions que dans sa sagesse la première instance sous la présidence d’un juge issu des tribunaux administratifs, allait faire comme le Défenseur des droits[3] et classer l’affaire. Or ce n’est pas le cas, donc nous sommes contraints aujourd’hui de parler politique.
Je voudrais vous lire quelques textes, qui ne sont pas des pièces ajoutées au dossier, mais simplement des textes écrits par certaine personnalités et qui reflètent fidèlement mes convictions. Vous pouvez me les attribuer.
« Je sais qu’il y a des gens qui, sans me connaitre, me haïssent. Le pire c’est que certains sont de bonne foi. Car ce qu’ils savent de moi, ce sont des propos déformés et non mes positions réelles. J’ai eu la tentation face à un tel tir de barrage de ne plus m’exprimer sur le sujet. Certains amis me l’ont conseillé pour me protéger. Après avoir longuement hésité, j’ai décidé de ne pas me taire car il n’y a aucune raison qu’on ne puisse pas traiter, avec des désaccords mais librement et sereinement ce sujet. Le débat sur le Proche-Orient ne doit pas être dramatisé, doit être sorti de l’ornière, des insultes, des menaces, de la diabolisation, pour revenir dans un cadre démocratique et il est capital de ne pas céder au chantage visant à l’étouffer [4]».
Le mot est prononcé, le mot chantage. Comme l’a rappelé maitre Devers, je vais trois fois par an depuis quinze ans en Palestine.
Je ne vais d’ailleurs pas faire de la chirurgie humanitaire « qu’en Palestine », comme cette question un peu vicieuse m’est posée régulièrement.
Et j’observe qu’Israël est un bateau qui fait eau de toutes parts. Avec une population à l’intérieur de frontières de 1967 qui est dépressive, des soldats et des soldates qui n’en peuvent plus de passer trois ans à faire leur service militaire. J’étais à Gaza la semaine dernière, j’ai encore passé deux heures à la sortie par Tel Aviv à être fouillé par des jeunes gens de 20 ans qui m’ont demandé de baisser mon pantalon, tout comme à une infirmière de bloc opératoire qui était avec moi et qui est âgée de quatre-vingt ans. L’état psychologique de ces jeunes m’inquiète.
Pour la situation internationale d’Israël au niveau de l’ONU, ce n’est guère mieux. Imaginez une association de pêcheurs à la ligne dont un membre indélicat pêcherait à la dynamite. On lui délivrerait un blâme, et s’il récidivait on l’exclurait. Voici un Etat, Israël, qui n’a respecté aucune des dizaines de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant ses exactions.
Protestation du jury qui m’oblige à hausser le ton pour continuer.
Excusez-moi Mme la présidente, je suis un enseignant, je sais parler en public, je vais faire vite, mais si vous m’interrompez cela va rallonger un peu ma présentation.
Autrement dit que reste-il comme outil aujourd’hui en France[5] pour soutenir Israël ? Il nous reste le chantage à l’antisémitisme.
« Prétendre que cet antisémitisme est en montée ne représente aucunement une situation réelle mais une opération de stigmatisation. Cette opération est un fusil à deux coups. Elle vise d’une part la jeunesse noire et arabe et de l’autre ceux qui la soutiennent et se trouvent presque tous hostiles à la politique des gouvernements israéliens successifs. Il est essentiel d’empêcher ces gens-là de nuire car ils écrivent parfois des livres et peuvent de temps à autre faire entendre leur voix. Pour tenter de les réduire au silence on va les accuser eux aussi d’antisémitisme et peu importe si cette accusation est totalement absurde[6] ».
Interruption par la présidente.
Je vais continuer et vous parler du Conseil de l’Ordre, de ceux qui m’ont jugé en première instance, des personnes qui sont censées me donner des leçons de morale.
Il ne s’agit pas de leçon de morale dit la présidente.
Réponse : Si, la déontologie c’est de la morale.
La présidente : Nous n’allons pas statuer sur ce que vous allez dire.
Réponse : Je le sais très bien mais aujourd’hui vous m’avez contraint à parler de ces choses-là.
« Tous ces procédés, si tirés par les cheveux qu’ils soient, finissent par former une rhétorique d’intimidation » – c’est ce que vous êtes en train de faire – « dont le seul but est de coller à l’adversaire l’étiquette antisémite avec l’idée qu’une fois appliquée, on ne pourra plus s’en défaire comme le capitaine Hadock avec son célèbre sparadrap. » Alain Badiou a même de l’humour.
« Hormis l’hypothétique désir de défendre les juifs, on peut se poser la question de ce qui pousse certains intellectuels à user de la très grave accusation d’antisémitisme. Ces raisons sont diverses, on peut en dégager le fond commun : soutien à l’ordre existant, collusion avec le pouvoir en place, anticommunisme historique, conviction que l’armée américaine est le dernier rempart des libertés, défense de l’Etat d’Israël, sans compter un bien compréhensible souci d’autopromotion ».
« Alors il faut comme toujours tenir bon. Et rendre coup pour coup, disent Alain Badiou et Éric Hazan, rien n’est plus important que d’avoir notre propre idée de ce qui dans les dispositions et les combats du monde contemporain a valeur universelle. Si nous sommes sur ce point de vue invulnérables dans la pensée, les inquisiteurs sauront que nous nous sentons entièrement libres de tenir leurs vaticinations non comme un péril pour nous mais comme un symptôme supplémentaire de leur indignité ».
Or les exemples d’indignité ne manquent pas dans notre affaire. Je vais vous en citer quelques-uns.
Cette fameuse enquête administrative qui a été annoncée dans la presse[7], qui a fait que pour la première fois on a cité mon nom dans tous les journaux nationaux et toutes les télévisions, de manière globalement hostile[8]. Un an après que cette enquête ait été initiée, j’ai interrogé le président de l’université Vincent Berger[9], le doyen Benoit Schlemmer, l’administration : ils m’ont dit « on ne sait pas » ! Ils ne m’ont pas dit qu’il y avait eu un non-lieu, ils m’ont dit « on ne sait pas » ! Je suis allé au siège de l’université, j’ai ouvert mon dossier administratif : pas une trace !
Quand je suis allé à Gaza on m’a pEh bien oui, ils étaient 86 sur 90 ont bien rosé la seule question vraiment intelligente « les étudiants ont-ils bien répondu ? » épondu. Ils ont donné les définitions des crimes de guerre relevant de la Cour Pénale Internationale, avec les arguments pour appuyer chaque crime et notamment la nécessité d’une investigation indépendante pour juger du caractère intentionnel. Les copies d’examen, je pense qu’elles sont conservées par l’université, vous pouvez les consulter.
Tout ça n’est pas très glorieux pour Vincent Berger qui était le président de l’université qui a écrit dans la presse que c’était « une atteinte à la laïcité ». Benoit Schlemmer qui a affiché un communiqué me condamnant dans la cour de la faculté[10], apporté immédiatement par les étudiants.
Le professeur Robert Haiat est quelqu’un pour lequel j’ai beaucoup de respect en tant que cardiologue, j’ai utilisé ses très bonnes questions quand je préparais l’internat. Mais l’Association des Médecins Israélites de France[11] qu’il préside se prétend « apolitique », alors que son site précise qu’elle invite à débattre « les personnalités les plus prestigieuses du monde politique », que l’association est « présente sur tous les fronts de l’action en faveur d’Israël ». Le Pr Haiat n’a jamais été convoqué pour enfreinte à la déontologie ! Le changement de qualification entre « plainte » et « doléance » évite au professeur Haiat de se confronter avec moi [12]pour discuter d’égal à égal, tranquillement, argumenter, pas plus que madame C[13].
Mme Kahn Bensaude : j’ai été effaré d’apprendre le passé de cette dame qui a été vice-présidente puis présidente de la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins.[14]
Tentative d’interruption par la présidente. Le rapporteur se lève outré…
Je suis désolé je vais en parler car il était absolument inadmissible que quelqu’un ait couvert pendant des années et mis sous le coude des plaintes de femmes agressées sexuellement en consultation par un médecin le Dr Hazout. Des plaintes relatant des faits commis dès les années 1980. En 2014 le Dr Hazout a été jugé aux assises comme c’est normal quand on a commis un crime, et le viol est un crime. Aujourd’hui le Dr Hazout est en prison. Et Mme Kahn Bensaude ose, au nom du Conseil de l’Ordre, porter plainte contre moi[15] pour des entorses à la morale ! le Conseil de l’Ordre en 2012 a été condamné dans cette affaire. Mme Bensaude aurait dû démissionner au minimum.
Tentative d’interruption.
J’entends terminer mon intervention comme je l’entends.
Donc ce n’est pas acceptable de se faire donner des leçons de morale par des personnes qui ont commis des actes d’une gravité extrême, qui ont été complices de recel de crimes, car le viol aujourd’hui en France est un crime.
Ariel Tolédano[16]. C’est amusant de se faire donner des leçons de morale par quelqu’un qui fait de la phlébologie esthétique avenue des Champs Elysées…
Tentative d’interruption
Son site internet comporte une rubrique « titres universitaires » alors qu’il n’en a pas. Un médecin qui se fait de la publicité médicale, interdite à ma connaissance par la déontologie. Et il fait même de la publicité, dans le cadre du traitement des jambes lourdes, pour l’application de boues de la Mer morte !
Tentative d’interruption
C’est assez amusant et je dois dire que cette histoire prêterait à rire s’il ne s’agissait pas en réalité d’un conflit extrêmement meurtrier. J’ai vu encore lors de mon séjour récent à Gaza des gens qui vivent dans des maisons en carton, gorgées d’humidité et de cafards.
J’y ai vu des handicapés mentaux enchainés parce qu’ils habitent en bordure de la frontière et s’ils s’en rapprochent errants ils vont se faire mitrailler. Ceci est une affaire extrêmement grave.
Mais au milieu il y a un peu d’humour et je remercie Mr Tolédano de nous donner l’occasion de rire un peu.
Par ailleurs Mr Tolédano, c’est tout à fait intéressant, …
Tentative d’interruption
… m’avait posé la seule et unique question en provenance du jury ce jour-là : « Auriez-vous posé une question sur les crimes commis par le Hamas ? » Je lui ai répondu par l’affirmative, mais lui-même m’aurait-il trainé devant une juridiction si j’avais posé une question mettant en cause la Somalie, le Soudan ou le Hamas ?
Il y a ici effectivement, nous en sommes conscients, un outil qui est utilisé qui est le chantage à l’antisémitisme. Avec des attaques non pas sur les idées, car aucun opposant ne veut venir débattre, mais des attaques contre les personnes. C’est quelque chose qui existe, j’en suis conscient, je ne suis pas un héros, ma carrière est derrière moi. Mais j’assume complètement ce que je viens de vous dire, et je prétends même continuer.
J’ai été interdit de parole à l’université de Freiburg en Allemagne. La personne qui m’avait invité, un médecin, a porté plainte. Lors de l’audience au tribunal, le président de l’université a cru bon de faire venir comme témoins deux vieux professeurs juifs de l’université. Et ces professeurs ont parlé du génocide. L’effet a été très mauvais sur le jury, car ce n’était pas le sujet, et l’université de Freiburg a été condamnée. Un an après j’ai pu donner ma conférence dans les locaux de l’université de Freiburg.
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[1] Margot Dazey, Enquêter sur des mouvements islamistes. Enjeux conceptuels, méthodologiques et épistémologiques d’une approche centrée sur l’idéologie, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 155 (1/2024) | 2024, mis en ligne le 04 décembre 2023, consulté le 20 décembre 2024. URL : http://journals.openedition.org/remmm/20611 ; DOI : https://doi.org/10.4000/remmm.20611
[2] Témoignage étudiant.
[3] Plainte du Conseil de l’Ordre classée sans suite le 28 mai 2014.
[4] Est-il permis de critiquer Israël ? Pascal Boniface, Robert Laffont Paris 2003, p 224.
[5] La France dispose du droit de veto au Conseil de sécurité.
[6] L’antisémitisme partout – Aujourd’hui en France, Alain Badiou et Eric Hazan, la Fabrique, Paris 2011
[7] Le 14 juin 2012
[8] La presse étrangère a été unanimement favorable, curieux ?
[9] Qui n’a pas répondu
[10] Il « partage l’émotion légitime » suscitée par une question de droit humanitaire tirée du Rapport Goldstone sur la guerre de Gaza 2008-2009. Voir https://www.youtube.com/watch?v=xQbcd8Zar8U
[11] Membre du CRIF, elle y dispose de trois délégués au sein de l’Assemblée générale, et d’un représentant au Comité directeur
[12] Ce qui est la règle lorsqu’un médecin porte plainte contre un confrère. Ici c’est la Conseil de l’Ordre qui a repris à son compte la plainte.
[13] Plainte anonyme ou anonymisée ?
[14] Enquête sur les mandarins de la médecine – Le Conseil de l’Ordre : protections, affaires et gaspillages, René Chiche, Editions du Moment, Paris 2013
[15] Comme elle a fait condamner pour diffamation un médecin qui s’était plaint à l’Ordre du viol de sa femme par le Dr Hazout !
[16] L’un des juges en première instance
26.03.2025 à 09:33
Sommes-nous vraiment tous des terroristes ?
Texte intégral (1606 mots)
“Islamiste ou pas, bon ou méchant,
si on transige sur l’Etat de droit pour les autres on le paye soi-même ou des proches un jour“
Si les erreurs judiciaires ne correspondaient pas aux errements de l’opinion publique, elles seraient vite réparées.
Mais les raisonnements, contraires à tous les principes fondamentaux en démocratie, qui ont conduit Abdelhakim Sefrioui à être placé quatre ans à l’isolement, au titre de sa complicité présumée avec l’assassinat de Samuel Paty, avant d’être condamné à 15 ans d’incarcération, sont malheureusement très partagés en France.
Quels sont les faits exacts qui lui sont reprochés ? Il ne connaissait pas l’assassin de Samuel Paty, et celui-ci n’a vu aucune de ses vidéos. Il n’y a donc pas eu la moindre association entre eux.
“Rappelle-moi vite, un malade a assassiné le professeur”, s’est-il exclamé en apprenant le crime, sans savoir que son téléphone était sur écoute. Et, en garde à vue, ses premiers mots ont été : “ Si j’avais pu donner ma vie pour protéger le professeur (…) j’aurais donné ma vie ”.
Abdelhakim Sefrioui est militant contre l’islamophobie. Comme tous les militants, il a appliqué un principe simple : croire celle qui s’adressait à lui en se disant victime et la défendre avec toute sa force de conviction.
On peut naturellement critiquer cette démarche qui fonde le combat de tous les activistes, musulmans ou non. Mais elle est commune et rarement reprochée à d’autres acteurs du débat public : lorsqu’il n’y a pas si longtemps, toute la classe politique et médiatique s’émut pour une jeune fille qui se disait victime d’une grave agression antisémite dans le RER (1), laquelle se révéla fausse, beaucoup de ceux qui applaudissent aujourd’hui la condamnation d’Abdelhakim Sefrioui ne s’excusèrent pas d’avoir défendu cette jeune fille et tiré d’immédiates conclusions politiques. Et ils avaient des raisons de prendre son parti, car en matière antiraciste et antisexiste, toutes les statistiques montrent que les mensonges sont excessivement rares. La foi dans la parole de la victime, réelle ou supposée, est donc bien légitime. Évidemment, les conclusions politiques précises qu’on tire de cette parole sont autre chose.
Dans l’affaire du RER D, de nombreux acteurs aujourd’hui très actifs contre les musulmans ont immédiatement crié à la validation de leur thèse islamophobe sur le « nouvel antisémitisme ».
Abdelhakim Sefrioui, lui, a simplement demandé des sanctions administratives et légales contre un enseignant dont il s’inquiétait des pratiques pédagogiques qui lui avaient été rapportées et dont le comportement avait déjà été signalé à l’inspection : d’une part, ce qui semblait être une volonté non pas de critiquer des croyances religieuses, mais d’insulter spécifiquement la religion musulmane à travers exclusivement des caricatures du prophète de l’islam ; d’autre part, et de façon plus caractérisée encore, l’exclusion d’élèves musulmans en tant que musulmans.
Voilà donc condamné non pas un bourreau mais un critique ; non pas un homme qui a assassiné, mais un homme qui s’est indigné et mobilisé pour que soit prise une mesure légale face à ce qu’il estimait être une injustice. Et voilà que, dans une confusion que ne renieraient pas les régimes les moins démocratiques, l’un devient synonyme de l’autre : l’indigné devient l’assassin, la critique, une mise à mort. Imagine-t-on un instant ce genre d’équivalence appliqué à un contexte où les personnes incriminées ne seraient pas musulmanes ? Les syndicalistes qui pourfendaient nominativement et régulièrement “les grands patrons”, les anti-militaristes qui dénonçaient “les généraux” n’ont jamais – et c’est heureux – été tenus pour responsables des assassinats dont ceux-ci ont été victimes de la part de groupes comme Action Directe.
Nous tous qui avons condamné, y compris avec virulence, les pratiques islamophobes de Charlie Hebdo, sommes-nous donc tous des “terroristes” ? Il semble que oui, a cru pouvoir dire la Cour d’assises spéciale de Paris.
Car nous sommes en 2025. Le simple fait de comparer un militant musulman contre l’islamophobie à un activiste contre l’antisémitisme ou à un syndicaliste non-musulman génère des cris d’indignation et prend valeur de scandale.
L’atmosphère surchauffée par une extrême-droite aux portes du pouvoir a, en effet, érigé en norme la déshumanisation et la mise au ban systématiques d’une catégorie de droits humains : ceux des musulmans.
Pour condamner Abdelhakim Sefrioui, au prétoire comme dans l’opinion publique, un seul argument semble suffir : Samuel Paty a été assassiné de manière atroce… par un musulman. Fin du débat.
Mais si l’on défend l’universalisme des principes, et les règles de base de l’Etat de droit, force est de constater que la violence et le crime d’un homme ne sauraient justifier la condamnation à l’identique d’individus parfaitement étrangers à ce crime… excepté si le criminel est musulman.
Le tueur du marché de Noël de Magdebourg était un islamophobe convaincu, abonné aux comptes de nombreuses personnalités d’extrême-droite françaises et allemandes. Il interagissait de longue date dans cette sphère virtuelle. Personne, pour autant, n’y sera poursuivi pour association de malfaiteurs terroristes.
En remontant un peu plus loin, il est établi que Brenton Tarrant, l’assassin de masse de la mosquée de Christchurch ( 51 morts et 49 blessés ), avait voyagé en France, contacté et fait des dons au Bloc Identitaire et se déclarait inspiré par cette mouvance. De même, l’assaillant de la mosquée de Bayonne qui fit deux blessés graves en 2019 commentait sur Riposte Laïque et avait été candidat du RN. Riposte Laïque n’a pour autant jamais été poursuivie, quand bien même trouve-t-on sur le site des apologies explicites des tueurs suprémacistes comme Tarrant. Tout juste le site fait-il parfois l’actu lorsqu’il en vient à menacer les juges et les avocats dans l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement National.
Mais, en droit, le crime des tueurs suprémacistes blancs reste leur crime. Et pas celui de ceux qui ont pourtant été en contact soit simplement politique et indirect, soit même direct avec eux.
C’est heureux ! Quand bien même on a la plus profonde répugnance politique pour l’extrême-droite, quand bien même on la combat de toutes ses forces dans le débat démocratique. En démocratie justement, l’on est coupable seulement de ses actes.
Les sept semaines de procès d’Abdelhakim Sefrioui ont démontré, qu’à aucun moment, il n’avait agi ou inter-agi avec l’homme qui a assassiné Samuel Paty. Il doit donc être acquitté en appel.
L’ensemble des acteurs des droits humains, l’ensemble des défenseurs de la démocratie doivent aujourd’hui se mobiliser pour un procès juste et non dicté par la rumeur, l’émotion et le ressentiment.
Cela va nécessiter d’affronter la meute fasciste. Ce n’est pas simple.
Mais…“Islamiste ou pas, bon ou méchant, si on transige sur l’Etat de droit pour les autres, on le paye soi-même ou des proches un jour”. (Alex Robin, LDH PACA, répondant à Sam Abramovitch)
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(1) En jullet 2004, une jeune femme, Marie Leblanc affirme avoir été agressée avec sa fille de 13 mois par des arabes et des noirs dans le RER D , en présence d’une vingtaine de passagers. Des croix gammées auraient été taggées sur son ventre sans susciter aucune réaction.
De la présidence de la République aux députés socialistes, en passant par des chercheurs comme Pierre André Taguieff, tout le monde dénonce ce “nouvel antisémitisme”. Mais la police établit en 48 heures que la jeune femme a inventé cette histoire.
On trouvera ici un article de Mogniss Abdallah où figurent beaucoup de citations de l’époque, attestant de la virulence qui se manifesta. Cette affaire est celle qui permit aux défenseurs de la théorie du “nouvel antisémitisme” de percer dans l’espace médiatique.
Après la révélation du caractère mensonger des propos de la jeune femme en détresse psychologique aigue qui voulait attirer l’attention de son compagnon et pas de la France entière, Jacques Chirac affirma “ne pas regretter sa réaction “.Dominique Strauss Kahn, député ” Un coup monté ? Cela ne changerait rien au fait que c’est la 10ème ou 20ème aggression de ce genre”.
Alain Jacubowicz , avocat, président de la LICRA, ex-président du CRIF Rhône Alpes eut ces mots forts justes “Il est préférable de s’indigner à tort, et de bonne foi , plutôt que se taire”
28.02.2025 à 17:09
L’Indigène, le beau geste et les saluts génocidaires
Texte intégral (1225 mots)
Quand la musulmane fait un beau geste, en France, on l’accusera de faire un salut nazi. Il vaut mieux le savoir et ne pas perdre de temps.
Travaillant sur le neo-nazisme néo-nazisme, je me suis demandé pourquoi Houria Bouteldja était allée chercher Otto Strasser, référence underground de l’internationale suprémaciste blanche de l’après-guerre et pendant des décennies, pour le citer dans une intervention publique qui “fait polémique” comme dit la presse islamophobe quand elle fait destruction politique .
On ne joue pas avec le feu sans maîtriser le feu et peu de gens, en France, ont pris le temps de s’intéresser aux manifestes laissés pas les tueurs de masse héritiers du néo-nazisme, de Breivik aux réplicants de Brenton Tarrant.
Quand on le fait, on éprouve cette terreur intime : ceux qui sont passés à l’acte définitif ont exactement les mêmes théories générales que l’extrême-droite mainstream, désormais hégémonique et au pouvoir. Mais avant d’engager leur vie en semant la mort, beaucoup font aussi ce que le haineux des réseaux sociaux ne fait pas, sauf si on fait un beau geste, lui envoyer un MP. Je suis très barbare parfois, j’ai ce geste-là, écrire au soit-disant beauf à 30 abonnés pour le traiter en grand militant.
Alors vient l’expression de la détresse existentielle. Celle que dit Tarrant, lorsque, déçu par le voyage initiatique en France, il oppose la solennité des cimetières de la guerre de 14-18 et le parking du supermarché. Le supermarché : lieu d’une tuerie de masse raciste à El Paso commise par un jeune homme qui a écrit des pages troublantes sur la dévastation des paysages américains et le non-sens de la production capitaliste et de la vie professionnelle qu’on lui avait promise comme Eldorado.
Houria Bouteldja cite Strasser exactement au bon moment, exactement à propos de cette détresse, et chacun peut le vérifier dans son texte. Une phrase “Vous commettez l’erreur fondamentale de nier l’âme et l’esprit, de vous en moquer et de ne pas comprendre que ce sont eux qui animent toute chose“.
À qui parle Strasser le nazi ?
Aux communistes de son époque, dont la majorité a déjà commencé à sombrer dans ce qui sera le stalinisme mondial, son rêve de fer, mais aussi sa proposition de militantisme aliéné. Il parle aux communistes sans âme, effectivement, à ceux qui ne savent plus rêver des grands soirs, à ceux qui ont remplacé le messianisme originel propre à l’existentialisme révolutionnaire du 19ᵉ siècle par le pseudo-réalisme tactique.
À vrai dire, Strasser parle aussi à son frère Gregor, engagé dans le réalisme nazi, celui qui fera alliance avec la droite conservatrice et les grands patrons pour prendre le pouvoir et assassiner les ordures nazies, mais révolutionnaires : la SA.
Donc Strasser dit une banalité, mais de taille. Et Houria Bouteldja fait le travail antifasciste, elle va chercher comment les nazis ont conquis les masses au lieu de les regarder de haut comme le fait la gauche qui perd d’aujourd’hui.
Cette gauche qui a ri pendant au moins dix jours d’un nazi déguisé en buffle, quand les nazis ont réussi à monter à l’assaut du Capitole avec Donald Trump. Apparemment le ridicule n’a pas tué Trump, l’insoutenable légèreté de l’être antifasciste social-démocrate n’a pas détruit les nazis.
Comme nous sommes désormais dans le monde où ils ont provisoirement gagné, cette même gauche lâche, impuissante et désormais soumise, va attaquer Houria Bouteldja et pas les nazis. De la même façon qu’elle attaque aussi des colloques sur l’histoire de l’extermination des Juifs d’Europe en prétendant lutter contre le négationnisme. C’est la même mécanique du geste, et pour preuve, l’attaque contre le colloque de Tsedek a été justifiée notamment par le fait qu’il était enregistré par des musulmans et des arabes.
Théorème du moment : “À chaque beau geste du musulman, le musulman, dans la France d’extrême droite, sera accusé de faire un salut nazi et frappé.”
À cela, il y a beaucoup de réponses possibles. Pour ma part, je n’en ai pas de française. Pas pour le moment. Pour le moment, mon âme collective est liée à celle des masses musulmanes mondiales. L’islam est universaliste et naturellement pour les convertis de fraiche date, la profondeur de la foi s’accompagne de la joie immense de faire partie d’un tout. Joie naïve, mais la naïveté est une arme face au fascisme. Je pense mondial et que nous, petite communauté mais extrêmement brillante et courageuse, ne pouvons penser notre sort indépendamment de celui des autres.
“La libération des Palestiniens est notre libération” a répondu Perspectives Musulmanes à Otto Strasser.
Évidemment, Houria Bouteldja le dit aussi toute la journée et son organisation le dit en actes. C’est la raison pour laquelle des génocidaires idéologiques, qui s’allient dans la rue aux patriotes macronistes français, qui votent Glucksmann attaché à acheter des avions de guerre avec les sous des prolétaires, viennent faire des cirques invraisemblables et prétendre que les décoloniaux sont l’aile avancée du trumpisme. Évidemment, c’est le QG décolonial qui va animer le parc d’attraction américain à Gaza.
Dans ce contexte hallucinatoire qui n’a qu’un seul but, la mort fantasmée des musulmans et musulmanes, dans ce contexte où nous n’avons pas le temps de tout faire, je n’ai pas le temps de ne pas être d’accord sur telle ou telle stratégie communautaire. Et j’ajouterai : Honte à ceux qui prennent le temps, lorsque justement la foudre islamophobe tombe sur certains d’entre nous.
Ceux-là ont bien peu d’âme. Les Frères Strasser n’en avaient pas non plus, à vrai dire, ils n’avaient que l’Esprit du Mal, celui qui anime notre moment historique terrible, un génocide sur une planète qu’on épuise.
Les musulmans rêvent quand même. Ça énerve beaucoup la partie de la gauche qui ne rêve plus, c’est pour cela qu’il est aussi reproché à Houria Bouteldja de dire bismillah devant un public non musulman dans des textes sur la Sorcière.
Le beau geste ne nous est jamais pardonné.
On s’en fiche, je crois, on Rêve et voilà. Beaucoup de Rêves, beaucoup d’avant-gardes et à la fin, les Lignes de Crêtes font une surface, un Pays imaginaire, notre Destin français.
28.02.2025 à 15:47
Marco Koskas, ami des génocidaires là-bas, incitateur au meurtre de gauchistes ici.
Texte intégral (2505 mots)
De l’extrême-droite israélienne à l’extrême-droite française, de la haine des musulmans à l’adhésion au génocide des palestiniens, de la plume à la balle, plongée dans l’univers idéologique de Marcos Koskas, celui qui appelle à tuer tout mélenchoniste.
Marco Koskas est un écrivain franco-israélien installé à Tel-Aviv depuis 2012. Il déteste les palestiniens et il le dit sans détour dans Tribune Juive, journal pro-Netanyahou auquel il contribue régulièrement : « Ils déambulent dans nos rues et sur nos plages, sans la moindre inquiétude, les femmes couvertes de la tête au pied comme des momies dans un film gore, et les hommes ventre à l’air, bedonnant et transpirant. »[1]. Au-delà des palestiniens, il hait tous les musulmans « des va-nu-pieds armés de pétoires » vivant dans des « pays pauvres et arriérés ». Pour lui, de la Palestine jusqu’en Afghanistan, ils seraient tous mus par une cruauté intrinsèque et fédérés par une seule chose : « leur xénophobie tribale »[2].
Si son islamophobie s’ancre intellectuellement dans la lecture de Bernard-Henri Lévy, Georges Benssoussan, Houellebeq et Onfray[3], politiquement, Marco Koskas est aussi proche de Netanyahou que de Zemmour. Bien sûr, il reproche à ce dernier d’avoir « dit des conneries sur Pétain » et d’avoir cité Maurras et Barrès. Mais il ajoute aussitôt qu’il ne faut pas le fuir comme la peste. Et surtout il étrille les juifs bien-pensants et bien lotis qui seraient contre Zemmour et ne diraient rien contre « Méluche l’Embrouille », ce pourfendeur des juifs pour plaire aux musulmans. Pour lui, mieux vaut un « juif habité par la culture française » (les « conneries sur Petain et Maurras » seraient donc de la culture française), plutôt que Mélenchon le « démagogue islamo compatible »[4].
Dans une interview pour le journal d’extrême-droite Causeur[5], il va un cran plus loin dans son adhésion aux thèses zemmouriennes, mêlant la théorie du grand remplacement et celle de l’antisémitisme culturel musulman : « Je suis plutôt convaincu que la plupart des juifs devront quitter l’Europe tôt ou tard car le changement de population mènera à la dépénalisation de l’antisémitisme ». Chez lui, sionisme et islamophobie ne font qu’un : « (les juifs) ont quitté les pays arabes pour la France, puis la France pour Israël. Est-ce à dire que la France est devenue un pays arabe ? Faut se poser la question »[6].
Marco Koskas dit « nous » lorsqu’il parle de Netanyahou et de son gouvernement. Et il défend Israël comme une forteresse contre l’ensemble des dirigeants de la planète, de Jean-Luc Mélenchon à Joe Biden en passant par Antonio Gutteres (affublé du qualificatif « vicelard »), seul Trump trouve grâce à ses yeux[7]. Et depuis sa forteresse assiégée, il se raconte parfois une invasion arabe imaginaire – « s’il n’y avait pas la supériorité militaire israëlienne » – « qui ferait disparaître toute la beauté d’Israël, liberté et mixité, égalité et sensualité »[8]. Parce que pour lui, Israël est un havre de paix et de bonheur. Un modèle de liberté et d’égalité. Un paradis à défendre contre « les criminels d’à côté », comme il désigne ses voisins palestiniens. Quand il ne les appelle pas les « nazis de Gaza »[9].
Il pense que « le sionisme est la seule utopie du XIXè siècle qui ait abouti à une société démocratique ». Et lorsqu’on l’interroge sur la réforme judiciaire souhaitée par Netanyahou et qualifiée d’anti-démocratique par ses opposants, il balaie les critiques d’un revers de la main : « cette réforme n’est pas essentielle, elle nous a déchirés inutilement. Le gros problème interne du pays c’est la spéculation immobilière »[10].
Le sionisme de Marco Koskas n’est pas religieux mais suprémaciste. Lui se dit ultra-laïque, et lorsqu’il parle de la « sensualité » d’Israël, on comprend que son alya a plus rapport avec « les appels sexuels permanents de Tel-Aviv »[11], qu’avec l’appel d’une terre promise. Dans un de ses ouvrages, Bande de français, il va jusqu’à endosser le costume d’un hardeur à la retraite, qui ne peut aborder une femme sans l’agresser (en plus du reste, il manie le « connasse » et « pétasse » à la perfection…), bien loin des préoccupations religieuses. En revanche, comme tout suprémaciste islamophobe se revendiquant de la laïcité, il n’a aucun problème à imaginer les ultra-orthodoxes au pouvoir. Parce qu’il partage avec eux la conviction d’une infériorité civilisationnelle et humaine des musulmans.
D’ailleurs, dans l’œuvre de Marco Koskas, les palestiniens sont soit invisibilisés, soit terroristes. Et c’est là, sans doute, que naît sa complaisance génocidaire : organiser l’oubli de la réalité de l’autre et sa déshumanisation, en s’appuyant pour cela sur le concept de guerre contre la terreur. Maniant le négationnisme avec la facilité des intellectuels d’extrême-droite, il s’emploie à faire disparaître le peuple palestinien dans l’Histoire comme dans ses récits : il s’interroge publiquement sur l’existence de la Nakba (l’exode palestinien de 1948), en regrettant l’absence d’iconographie pour étayer la réalité de son histoire[12].
Cette négation absolue de l’autre, il la revendique jusqu’à remettre en cause le droit des palestiniens d’exister en tant qu’Etat, en tant que peuple, et en tant qu’êtres humains. La reconnaissance d’un État et d’un peuple palestinien ? « Bla-bla palestiniste qui abuse le monde depuis 1948 ». La solution à deux États ? Un projet « suicidaire ». Pas surprenant, alors, de lire sous sa plume son admiration pour Trump et sa solution de vider Gaza de tout gazaoui. Par un procédé rhétorique rappelant les pires heures de l’histoire, cette épuration ethnique qu’il appelle de ses vœux est présentée comme une œuvre de salut pour débarrasser le monde des gazaouis. « Gaza est un enfer où aucun être humain ne peut vouloir vivre sa vie. (…) Gaza ne sera donc plus habité jusqu’à muter en autre chose, puisque les Etats-Unis vont en prendre le contrôle et faire de cet enfer un monde enfin vivable »[13]. Traduire : les gazaouis souhaitant rester à Gaza ne sont pas des êtres humains, ils méritent d’être traités comme tels, et débarrassée des gazaouis, cette terre redeviendra vivable.
Par plus surprenant de lire dans les billets de Marco Koskas que « Tsahal a fait des prodiges depuis le 7 octobre ». Et parmi ces prodiges, motif de grande fierté et de grande réjouissance pour lui, « la population (palestinienne qui) erre sans feu ni lieu, sans avenir et sans toit, du bord de mer au bord de mer sous des pluies battantes »[14].
Dans sa guerre totale contre les arabes, toute critique adressée au gouvernement israëlien est qualifiée d’« israëlophobie », et de « tête de gondole du terrorisme ». L’activisme pacifique de Tahed Tamini, jeune palestinienne engagée contre l’occupation israëlienne, est considéré au même titre que les attentats de Nice. Et s’il se trouve un compatriote israëlien pour raconter l’histoire de cette jeune femme (cf. « Le Genou d’Ahed » de Nadav Lapid[15]), il sera qualifié de « Kapo », ou de « Judenrat de l’Allemagne nazie ». Et son œuvre de « réflexe de survie qui (consiste) à dénoncer les siens pour sauver sa peau »[16].
Marco Koskas est écrivain mais il aurait certainement rêvé d’être général de Tsahal. Dans un article au titre éloquent « Otage ou soldat, Mourir c’est toujours mourir », il appelle purement et simplement à sacrifier les otages. « Nous ne venons pas à bout du Hamas à cause des otages (…) tous les jours des jeunes gens tombent pour rien. C’est pourquoi il faut maintenant du courage pour reconnaître que cet objectif (la libération des otages) n’a pas été atteint et priver ainsi le Hamas de la dernière arme qui lui reste. Quel qu’en soit le prix. »[17]. Cet appel porte un nom : la directive Hannibal, consigne militaire israélienne datant des années 1980 visant à empêcher la capture de soldats, quitte à sacrifier leur vie s’ils sont pris en otage. Pour la première fois, le 7 octobre 2023, l’Etat d’Israël a élargi cette doctrine au-delà des soldats et engagé son armée pour tuer des civils israéliens et des soldats capturés, dans plusieurs bases militaires, notamment à Erez, Réim et Nahal Oz, ainsi que dans le kibboutz de Beeri, où des civils étaient présents[18]. Révélée par une enquête d’Haaretz, la mise en application de cette doctrine n’a pas été reconnue par le gouvernement israëlien qui a tout fait pour entraver une enquête de justice indépendante. Tsahal et le gouvernement Netanyahou peuvent toutefois compter sur Marco Koskas pour préparer l’opinion israëlienne à la légitimité du meurtre par Israël de ses concitoyens.
Alors comme il ne porte pas l’uniforme, Marco Koskas transforme sa plume en arme de haine. La haine d’un génocidaire islamophobe qui déshumanise les musulmans pour mieux légitimer leur éradication. La haine d’un « super-sioniste », comme il se désigne lui-même, qui veut anéantir jusqu’à la mémoire du peuple palestinien. La haine d’un petit penseur d’extrême-droite qui appelle à « foutre une balle dans la tête de Mme Sourdais, Monsieur Coquerel et toute la mélenchonie. », dont le seul regret est qu’il n’aura « jamais assez de balles pour dézinguer tous ces affreux. »[19]
[1] « Le Billet de Marco Koskas. Invasion annuelle. », Tribune Juive, 22 juillet 2021.
[2] « Le Billet de Marco Koskas. Tribalisme triomphant. Ou le Primat du Primitif », Tribune Juive, 19 août 2021.
[3] Nahum, Maya. « Marco Koskas, plus sioniste qu’un Israélien. », Causeur, 4 octobre 2024.
[4] “Marco Koskas. Fracture ouverte chez les juifs de France”, Tribune Juive, 17 février 2022
[5] Nahum, Maya. « Marco Koskas, plus sioniste qu’un Israélien. », Causeur, 4 octobre 2024.
[6] Gendron, Guillaume. “Dur des lamentations”, Libération, 1er octobre 2018.
[7] “Simple Minded Revolution. Par Marco Koskas”, Tribune Juive, 5 février 2025.
[8] « Le Billet de Marco Koskas. Invasion annuelle. », Tribune Juive, 22 juillet 2021.
[9] Marco Koskas, « Comment résiser ? », Tribune Juive, 20 février 2025 (article depuis retiré du site par la réadaction).
[10] Nahum, Maya. « Marco Koskas, plus sioniste qu’un Israélien », Causeur, 4 octobre 2024.
[11] Gendron, Guillaume. “Dur des lamentations”, Libération, 1er octobre 2018.
[12] Nahum, Maya. « Marco Koskas, plus sioniste qu’un Israélien », Causeur, 4 octobre 2024.
[13] Marco Koskas. « Simple Minded Revolution », Tribune Juive, 5 février 2025.
[14] Marco Koskas. « Se réjouir, insatisfaits », Tribune Juive, 28 novembre 2024.
[15] Causse, Jacques. “Cannes 2021 : Le Genou d’Ahed de Nadav Lapid, ou l’autoportrait au vitriol d’un réalisateur divisé.” Télérama, 7 juillet 2021. Disponible sur : https://www.telerama.fr/festival-de-cannes/cannes-2021-le-genou-dahed-de-nadav-lapid-ou-lautoportrait-au-vitriol-dun-realisateur-divise-6923229.php.
[16] « Le Billet de Marco Koskas. Paillettes et Gauchisme gâteux », Tribune Juive, 18 juillet 2021.
[17] « Otage ou soldar, Mourir c’est toujours mourir», Tribune Juive, 15 janvier 2025.
[18] Le Monde. “En Israël, l’enquête impossible sur le fiasco sécuritaire.” Le Monde, 6 octobre 2024, https://www.lemonde.fr/international/article/2024/10/06/en-israel-l-enquete-impossible-sur-le-fiasco-securitaire_6344892_3210.html.
[19] Marco Koskas, « Comment résiser ? », Tribune Juive, 20 février 2025 (article depuis retiré du site par la réadaction).
10.02.2025 à 10:32
La France n’est pas de droite, ce sont les partis qui ne voient plus la gauche !
Texte intégral (2610 mots)
Le coup de force politique qui a consisté à confier le gouvernement aux deux partis perdants des dernières élections législatives françaises est largement légitimé par une idée simple : la France serait de droite, et donc pas question qu’elle soit gouvernée à gauche. Cette idée est désormais partagée par une partie de la gauche politique, qui renonce à revendiquer un gouvernement issu des urnes en ne censurant pas le gouvernement Bayrou. Et pourtant, cette idée simple est fausse. La France n’est pas de droite. Qu’est-ce que ça change ? Tout ! Pour les stratégies d’alliances ou de compromission (selon) de la gauche politique, et pour la gauche de combat.
Les résultats électoraux : une France en trompe l’œil
Lorsque l’on déduit des résultats des élections que la France est à droite, on se fourvoie dans les grandes largeurs. Les élections ne sont que la photographie de la frange de la population qui vote, de moins en moins nombreuse et peut-être bientôt minoritaire. Et c’est cette frange de la population qui est à droite, pas la France.
Les travaux du chercheur Vincent Tiberj[1] montrent que sur le long terme, le rejet de l’immigration a diminué en France. Le soutien au droit de vote des étrangers est passé de 34% de la population en 1984 à 58% en 2022. 44% des Français considéraient que l’immigration est une source d’enrichissement culturel en 1992, et c’est 76% en 2022. L’idée qu’il y a trop d’immigrés en France est passée de 69% en 1988 à 53% en 2022.
Le chercheur avance deux explications à cette évolution positive.
- L’éducation, qui réduit les préjugés et inculque des valeurs : 20% de titulaires du bac en 1970 et 80% aujourd’hui, ça change la donne.
- La culture et la socialisation des nouvelles générations, nourries à netflix, à la K-pop, et aux réseaux sociaux, qui font d’eux des citoyens plus ouverts culturellement que leurs parents.
Et si les citoyens rejettent de moins en moins l’immigration alors que les électeurs votent de plus en plus RN, c’est à cause de deux raisons :
- D’abord, parce que l’immigration est aujourd’hui mise au centre du débat politique, et que c’est devenu un motif de vote. En 1981, les électeurs, majoritairement xénophobes, n’avaient pas voté en fonction de leurs opinions sur les étrangers, sinon Mitterrand ne serait jamais passé.
- Et ensuite en raison de l’abstention massive des jeunes. 59% des plus de 60 ans disent ne pas se sentir chez eux contre 34% des moins de 35 ans. Et le taux d’abstention des moins de 35 ans était à plus de 60% aux dernières élections européennes, contre 29% pour les plus de 70 ans.
Autrement dit, s’il y a vote contre l’immigration, c’est parce qu’on politise l’immigration en en faisant un objet obsessionnel. Et ces résultats électoraux ne sont pas le reflet des Français. es dans leur ensemble, mais juste l’image de la vieille France raciste qui vote.
Evolution de l’électorat : une droitisation par le haut
Pour aller plus loin dans l’analyse de ce « on » qui a fait de l’immigration une obsession politique, la thèse de Tiberj est que face à la montée des valeurs de gauche chez les citoyen .es, il y a une « droitisation » par le haut.
- Cette droitisation par le haut, c’est d’abord un « conservatisme d’atmosphère » dont les « intellectuels » de plateau et les médias nous abreuvent à longueur de journée.
- Et c’est ensuite la responsabilité propre des partis politiques. A la fin du XXè siècle, il y avait un consensus politique favorable à une société multiculturelle, au début du XXIè siècle, les partis se focalisent sur l’immigration. Et en prétendant le faire pour « entendre le sentiment de submersion », ils ne font que donner un porte-voix à une minorité raciste.
On retrouve la même déconnexion de ces vecteurs de droitisation par le haut concernant notre modèle social. Les citoyens rejettent de plus en plus massivement l’ultra-capitalisme et demandent de plus en plus de protection sociale et de redistribution des richesses. Et les partis politiques, y compris de gauche, sont de moins en moins favorables à réguler le libéralisme. Ici aussi, on retrouve une mobilisation électorale dépendante de sa classe sociale. L’abstention des cadres aux législatives de 2024 est de 35%, quand celle des ouvriers est de 46%[2].
Il n’y a donc pas une France de plus en plus de droite, mais une majorité électorale devenue une minorité sociale, photographie des boomers racistes et petits bourgeois.
Et en face, des partis de gauche qui droitisent leur programme parce qu’ils ne s’intéressent qu’aux électeurs, qui eux rejettent l’immigration et sont attachés au système capitaliste. Des partis qui oublient les autres, qui ne votent pas ou qui s’abstiendraient davantage : les jeunes, les catégories populaires et les populations opprimées, qui sont plus ouverts sur le monde et qui rejettent le système économique actuel. Et cela nourrit la déconnexion entre les citoyens de gauche et les partis censés les représenter.
Déconnexion d’autant plus vivace que les valeurs de gauche auraient tendance, toujours selon Tiberj, à produire des « citoyens critiques ». C’est-à-dire des citoyens qui, faute d’une offre politique leur correspondant, se détournent de la démocratie électorale pour s’engager dans une démocratie de protestation, en attendant une démocratie délibérative ou directe.
La portée de cette recherche est importante pour analyser le moment politique dans lequel nous sommes et pour inventer la suite.
Sortir du mauvais diagnostic et des remèdes délétères
La séquence politique des dernières élections et de leurs suites aura donné une parfaite illustration de la diffusion des idées de droite par la sphère politico-médiatique d’extrême-droite et de droite, et jusqu’au PS et à la social-démocratie.
- La place de Bolloré dans la percée des idées de Zemmour et les places de Drahi (BFM, RMC, L’Express), Arnault (Le Parisien) et Niel (L’Obs) dans l’avènement du courant laïcard islamophobe ne sont plus à démontrer. Elles jouent un rôle d’influence de premier plan sur l’agenda politique.
- La banalisation par le PS du racisme avec qui il peut tranquillement négocier un budget, et avec le nationalisme qu’il tutoie volontiers (« le débat sur l’identité nationale n’est pas tabou », selon Olivier Faure sur X[3]), montre que la priorité socialiste est d’abord de flatter ceux qui votent, fussent-ils de droite. Jospin sera allé jusqu’à considérer publiquement Retailleau comme respectable, avant de dire son impatience aux résultats de sa politique migratoire[4].
- En matière de luttes sociales et contre les effets du capitalisme, le constat est identique. Entre « donner un budget à la France », et « respecter les engagements du NFP », le PS n’aura pas eu de difficulté à arbitrer. On aura entendu Olivier Faure justifier sur les ondes son soutien à Bayrou par le besoin de stabilité économique des entreprises et des agriculteurs[5]. CQFD.
- Le PS n’ayant pas le monopole de la droitisation, on pourrait aussi, entre autres, parler de la « valeur travail contre la gauche des allocations »[6] de Fabien Roussel ou de ses œillades virilistes à la gloire du barbecue et de la viande rouge[7].
Dans ce contexte, les « unionistes », attachés à l’union coûte-que-coûte au sein du NFP, assènent depuis la victoire du gouvernement Bayrou à ceux qui à gauche critiquent la nème trahison du PS que « la France étant à droite, on a besoin de toutes les gauches, y compris du PS ». Qu’il faudrait surtout ne pas en ternir rigueur aux socialistes, et que la priorité serait de ne pas « se » diviser, c’est-à-dire ne pas opposer les partis entre eux. Faire consensus, être raisonnable, et accepter la dérive droitière d’une composante du NFP.
Cette injonction, basée sur le faux diagnostic d’une France qui serait irrémédiablement de droite, conduit mécaniquement à un faux remède. Non, la victoire des valeurs de gauche ne sera jamais le point d’arrivée d’une course effrénée à un vieil électorat raciste et petit bourgeois qui se droitise sans cesse.
En sus des travaux de Tiberj, nous avons même aujourd’hui l’appui scientifique pour démontrer que le remède proposé est pire que le mal. Parce que c’est justement ce processus d’adaptation des programmes des partis de gauche aux attentes d’un électorat droitisé qui contribue à la droitisation par le haut de la France. Et qui éloigne inexorablement ces partis du vote des citoyens critiques qui sont l’avenir de la gauche.
Quelles perspectives pour la gauche de combat ?
Si l’on retourne la carte dans l’autre sens, et que l’on prend en compte cet autre diagnostic d’une France de plus en plus à gauche, alors les perspectives sont tout autres. Tout d’abord, et c’est un motif d’espoir, cela signifie que si l’on parvenait à ramener aux valeurs des citoyens leurs représentants politiques, alors on ne serait plus condamnés à vie au macro-lepénisme.
Cette grille de lecture nouvelle devrait indiquer une autre voie aux partis de gauche : courir après les électeurs est une impasse ; ce sont les citoyens critiques qu’ils devront reconquérir. Le PS ne sera ni une bouée ni un salut, mais un obstacle et une impasse. Soyons présents à chaque rencontre de la gauche politique pour porter cette perspective, travaux scientifiques à l’appui, et demander à être enfin pris en compte !
Et pour nous qui nous mobilisons sur le terrain des luttes, dans la rue, dans les syndicats, dans les mouvements sociaux et dans les collectifs et les associations, nous avons aussi à nous interroger sur nous-mêmes.
On peut bien sûr faire le pari électoral des deux prochaines générations, et attendre sagement que les boomers laissent la place aux millenials, dans les urnes et dans les structures de pouvoir. Mais en deux générations du pouvoir actuel, que sera-t-il advenu des solidarités, des libertés et des droits fondamentaux ? Et quels seront les effets de la prise de pouvoir par l’extrême-droite pour les minorités opprimées et pour la société dans son ensemble ?
Le poids d’un système économique qui exploite l’humain et détruit la planète et d’une République autoritaire en roue libre pour le défendre est devenu insupportable à bien trop d’entre nous. Il nous faut activer tous les leviers pour accélérer l’avènement d’un nouveau monde.
Notre impératif premier est d’accompagner la démocratie de protestation pour remettre les perspectives citoyennes au cœur de l’agenda politique. Et comme c’est dans la mobilisation collective que l’on transforme la société par en bas, nous chercherons toutes les voies possibles pour relier la démocratie de protestation à d’autres formes de démocraties, délibératives et directes. Dans nos mouvements, dans nos organisations, dans nos entreprises, dans nos collectivités locales. Et à chacun de ces échelons, nous devrons avoir la préoccupation chevillée aux luttes d’accélérer la prise de pouvoir par les citoyens critiques, par les exclus du système. En mettant de côté les réflexes paternalistes, très ancrés dans nos rangs, de ceux qui savent ce qui est bon pour les autres.
Oui, nous avons cette responsabilité ne nous mobiliser aux côtés des jeunes, des classes populaires et des populations sorties de la démocratie électorale. Et comme nous savons que la mobilisation et la lutte renforcent la conscience du levier collectif et du pouvoir citoyen, c’est comme cela que nous relierons la démocratie protestataire et la démocratie électorale. Et c’est parce que nous aurons ramené les valeurs de gauche dans la majorité électorale que nous stopperons la droitisation par en haut, et que nous soumettrons les partis de gauche à la représentation politique qu’ils nous doivent.
Restera alors la bataille culturelle contre le poids du conservatisme d’atmosphère. Contre ces médias poubelles détenus par quelques-uns à la solde de la haine et du profit, qui font l’agenda politique et les majorités électorales à l’extrême-droite. Face à eux, nous sommes la multitude de gauche, et chacun de nous est désormais un média citoyen. Usons de ce pouvoir sur les réseaux sociaux et ailleurs. Que chacun aiguise sa conscience politique, écrive et diffuse ses propres analyses !
Dans tous ces combats, Lignes de Crètes continuera de prendre sa part !
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- [1] Vincent Tiberj, La droitisation française. Mythe et réalités, Puf
Pour une recension de l’ouvrage, voire : https://laviedesidees.fr/Vincent-Tiberj-La-droitisation-francaise - [2] https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2024-06/ipsos-talan-sociologie-electorats-legislatives-30-juin-rapport-complet.pdf
- [3]https://x.com/faureolivier/status/1887837831717847449?s=46&fbclid=IwY2xjawIUaYZleHRuA2FlbQIxMAABHR0baOhqtzH-DHRyEjT2rMFB-x7im44Vm1c_mFf84jyVLDelzZH0oKynWA_aem_VPwTCyE_a9eJd7KbaA1a1g
- [4] https://www.youtube.com/watch?v=fsSYxblXaUA
- [5] https://www.youtube.com/watch?v=hX8v7ASVivA
- [6] https://www.youtube.com/watch?v=G3HxvP0VgKA
- [7] https://www.youtube.com/watch?v=TzAs-HrplJc