31.07.2026 à 10:15
Transiscope, au-delà de la carte
Texte intégral (6201 mots)
Résultat d’une écriture collective, Transiscope : Cartographier pour coopérer est un livre issu du projet Des Livres en Commun et dont la sortie est prévue le 8 septembre 2026. Il retrace une décennie d’expérimentations techniques et humaines visant à rendre visibles les alternatives sociales et écologiques, rôle que s’est donné Transiscope depuis sa création. Ce récit d’exploration analyse la construction d’un commun numérique conçu pour résister à la logique des plateformes prédatrices. Loin de se limiter à une présentation fonctionnelle d’un outil d’agrégation de données, ce livre documente les processus de coopération, les arbitrages éthiques face aux infrastructures matérielles et les défis organisationnels d’un collectif. Cet ouvrage dépasse la simple rétrospective pour devenir une ressource opérationnelle et politique, offerte en partage à celles et ceux qui aspirent à structurer leurs propres solidarités.
Dans cet entretien qui tient lieu de teasing 😜, les auteurs reviennent sur les fondements politiques de leur démarche et sur la nécessité de structurer des solidarités techniques. Ils montrent comment la technique ne sert plus à capturer l’attention, mais à soutenir un archipel de résistances concrètes.
Cet ouvrage est issu de l’appel à publication 2024. Pour rappel, Des Livres en Communs (DLeC) est un projet éditorial qui vise à soutenir l’écriture même d’un livre, son processus de création autant que sa structuration, afin d’un faire un commun. Transiscope : Cartographier pour coopérer s’inscrit dans la logique éditoriale de DLeC : transformer un retour d’expérience singulier en un outil de transmission capable d’irriguer d’autres luttes. En documentant dix ans de trajectoire du collectif Transiscope, ce livre répond à l’exigence de DLeC de produire des écrits qui servent de communs à d’autres communautés. Il dépasse la simple logique d’auteur pour devenir un outil de transmission de savoir-faire organisationnels et politiques.
Genèse et contexte politique
Framasoft – Au début de l’ouvrage, vous situez l’émergence de Transiscope dans le sillage des mouvements horizontaux des années 2010 (Nuit Debout, Occupy). En quoi ce projet technique d’agrégation de données est-il une réponse politique à ce que vous appelez la « brutalisation » des rapports sociaux et la marchandisation du monde associatif ?
Jean-Baptiste – Oui tout à fait, avant d’être un projet techniquement très ingénieux basé sur des outils numériques « libres », le Transiscope est d’abord un projet politique à contre-courant. Il se fonde sur des logiques de coopérations, de réciprocités et de solidarités là où le système économique dominant est basé, lui, sur la rivalité et une compétition sans fin avec une concurrence de tous contre chacun induisant des logiques de prédation.
En tant que fondateur de l’OCMA (Observatoire Citoyen de la Marchandisation des Associations), nous sommes évidemment très sensibles à tout cela au Collectif des Associations Citoyennes (CAC). Pour deux raisons. La première est que nous cherchons à documenter ce processus qui dénature les associations en les poussant vers la recherche de productivité, de performance, de rentabilité, bref de lucrativité bien éloignée, théoriquement, de leur ADN fondateur fait de non-lucrativité et de désintéressement… La seconde raison, c’est que nous tâchons d’expliquer que cette tendance n’est pas une fatalité ! En effet, tous les jours, partout en France, des actions très pragmatiques, qui produisent beaucoup d’effets dans la vie de nos co-citoyens, se basent sur des valeurs différentes de celles de la rentabilité, de l’extractivisme et du productivisme, bref en marge du système dominant de l’économie de marché… mais quelle marge considérable ! D’une certaine manière, cela prouve que, décidément oui, « un autre monde est possible » puisqu’il y a un foisonnement de « déjà-là » d’alternatives. Grâce à cette carte du Transiscope, il apparaît sous nos yeux à travers ce maillage qu’on voit se développer sur les territoires. Et, au passage, quel plaisir de donner tort à la chantre du néo-libéralisme Margaret Thatcher et de tout ceux qui, à sa suite, reprennent son emblématique TINA (pour There Is No Alternative).
Le drame étant bien sûr que tout cela passe très largement sous les radars (il suffit de voir les problèmes posés par les indicateurs qui sont censés mesurés la « richesse » du pays ou tout simplement la façon dont la comptabilité est conçue de telle manière qu’on ne parvient pas à rendre compte de ce qui compte vraiment…) et c’est là qu’on apprécie l’apport d’un outil comme le Transiscope : dans sa capacité à documenter, cartographier, rendre visible et évident, faire connaître et mettre en avant et en lumière un formidable tissu d’actions collectives sans lesquelles notre société serait tout simplement invivable ! Ce n’est pas rien tout de même, ça compte et ça conte (au sens où ça raconte beaucoup de choses sur les initiatives sur lesquelles s’appuyer pour ne pas sombrer dans le pessimisme et la désespérance qui peuvent nous guetter parfois). Ça doit nous donner de l’allant et de l’élan, de l’ardeur à la tâche et du cœur à l’ouvrage !
Julien – Le projet Transiscope s’inscrit en opposition à la logique de concurrence qui régit l’ensemble de la société jusqu’au secteur associatif, il propose d’organiser matériellement (et donc techniquement) la solidarité entre des assos et des collectifs de luttes en partageant de l’information, des enjeux et des ressources. Très concrètement cela signifie que la logique organisationnelle du Transiscope est celle des communs, il s’agit de mettre en commun nos moyens (argent, temps de travail, locaux, réseaux etc.), de régir collectivement ces ressources et de les mettre au service de celleux qui luttent partout pour construire des alternatives à cette société brutale.
La « tragédie du LSD »
Framasoft – Vous évoquez avec une pointe d’humour l’idée d’une « tragédie du LSD », Libristes, Solidaristes, Durabilistes, pour désigner le travail en silo de ces mouvements. Comment Transiscope a-t-il réussi — ou tente-t-il encore — à faire de la technique un terrain de convergence plutôt qu’un facteur supplémentaire de fragmentation ?
Pierre-Alain – Transiscope est né du travail de nombreux milieux autour des enjeux de la coopération ouverte autour d’un concept ni trop fumeux, ni trop sérieux : le LSD.
À la fin d’une soirée sans doute arrosée (de pluie) à Brest en 2012, entre Laurent Marseault et Jean-Michel Cornu est née la tragédie du LSD. Ces drogués de la coopération ont su rendre accessible et léger un impensé de nos milieux militants pourtant féru de vivre ensemble et de coopération. Le LSD pour Libre, Solidaire et Durable. Nous sommes tous issus de parcours, d’histoires, de tempéraments différents. Nous utilisons du vocabulaire spécifique, et nous baignons dans des cultures différentes. Ce sont les premiers freins de notre impuissance !
Transiscope est né de cette nécessité d’une coopération plus ouverte pour dépasser les silos et les réflexes « identitaires ». Pour concevoir et agréger d’autres cartos, il a fallu concrètement se mettre à travailler ensemble. Transiscope a été un des plus puissants terrains d’expérience commune entre le monde du libre, celui des solidaires et celui des durables. Bien sûr, ces trois « familles » peuvent se croiser et se préciser. Nous avons tous en nous quelque chose de libre, de solidaire et de durable ! Mais un archétype permet aussi de cartographier les acteurs, les réseaux et de se concentrer sur l’essentiel : leurs liens et les énergies qu’il faut mettre en œuvre pour les initier et les nourrir.
Les libristes ont permis de concevoir l’architecture de la carte et de la faire évoluer sur un temps long. Leurs qualités sont essentielles : expertise technique, force d’une communauté capable de travailler à distance sans se connaître, réflexe de tout documenter et de protéger les ressources en Commun. Certes, nous avons eu la chance de travailler avec des libristes qui pouvaient parler sans code html ou markdown !
Les durables, ou durabilistes, ou bien encore les écolos, et même des écolos-bobos dans certaines grandes agglomérations ! Ce monde se croise dans des « bases », dans des jardins, à vélo ou dans les colloques sur l’énergie. Ils apportent la nécessité de la relation au vivant et au temps long. Ils nourrissent nos échanges par leur capacité d’incarner et de rendre accessible les savoirs experts des scientifiques. Et puis, depuis quelques années, ils commencent à croiser des habitants des quartiers populaires organisés autour de la reconnaissance d’une écologie populaire, trop souvent invisibilisée. Solidaires et durables ont permis de rendre puissante l’alliance entre écologie et social.
Les solidaires sont les plus anciens militants, souvent acteurs de luttes historiques et dans des champs très différents. Ils ont permis de rendre lisible sur Transiscope des milliers de points d’intérêts, lieux d’actions concrètes ancrées dans des territoires. Ils ont pu amener aussi une vision nourrie par l’histoire et la pensée politique. Ils portent les enjeux d’une société civile engagée dans la transformation politique.
Nous le savons toutes et tous, notre enjeu est dépasser le LSD pour retrouver les espaces naturelles de la relation. Avancer, chacun à une place qu’il lui semble utile, vers des d’alliances qui construisent notre puissance collective. C’est pourquoi coopérer est d’abord une question de posture. Savoir travailler avec d’autres personnes commence par savoir accueillir leurs qualités et complémentarités pour faire avancer le projet. C’est aussi avoir la curiosité de mieux connaître ce qui peut être un frein et un levier. C’est enfin la nécessité de lâcher prise, lâcher et faire confiance et donc accepter de se planter ! Planter des graines est aussi une posture modeste qui nous permet de rester sur Terre et essaimer est notre grande ambition.
Transiscope, en ce sens, a été un projet exemplaire et il l’est encore. Bien plus qu’un outil, il est un espace, un tiers espace, qui nous permet d’avancer, pas à pas, lors des rencontres en présentiel comme à distance vers des transformations utiles à toutes nos communautés.
Politisation de la technique
Framasoft – Vous affirmez qu’au sein de Transiscope, « la technique est politique ». Comment cette posture se traduit-elle concrètement dans le choix de soutenir le développement d’outils (comme le Bus sémantique ou Gogocarto) plutôt que de s’appuyer sur des solutions existantes. Une simple question de performance ?
Julie – Dès les prémices de Transiscope, les questions techniques ont été l’objet de délibérations politiques. En effet, il y avait dans le collectif des organisations comme l’Assemblée Virtuelle ou le mouvement des Colibris et des individu·es qui développaient un argumentaire solide autour de l’importance d’utiliser des outils libres et décentralisés, afin de ne pas dépendre des outils numériques capitalistes, alors même que nous nous battions pour proposer un autre chemin que celui des modèles économiques dominants. Nous faisons attention à ce que ces sujets soient discutés dans les instances stratégiques, afin d’éviter une répartition inégalitaire du pouvoir, où une sorte d’élite éclairée, possédant les compétences techniques, décide pour le reste du collectif.
Les arguments qui étaient alors mis en avant relevaient soit de la cohérence éthique (avoir des outils conformes à nos valeurs), soit du pragmatisme (avoir des outils dont nous avons la maîtrise). Parfois, il est arrivé que les outils existants ne suffisent pas à répondre à nos besoins : cela a été le cas pour le Bus Sémantique et pour GoGocarto. Le travail des deux développeurs en lien avec des organisations de la Transition ont permis de développer des outils correspondant aux besoins de terrain. Alors que le comité de pilotage de la Plateforme Web des Alternatives (qui deviendra par la suite Transiscope) devait décider des outils sur lesquels s’appuyer pour la cartographie, il est apparu que ces deux outils pouvaient couvrir les besoins mais qu’il était nécessaire que les deux développeurs s’entendent pour adopter des choix technologiques compatibles, ce qui a été permis par une discussion entre les deux.
Ces choix, même s’ils s’appuient sur un argumentaire partagé par l’ensemble du collectif, ne sauraient cacher qu’elles s’appuient avant tout sur le travail gratuit d’un nombre très réduit de personnes. Le jour où cette personne ou ces quelques individus partent ou s’épuisent, que se passe-t-il ?
Le mythe de l’immatérialité
Framasoft – Vous nous invitez à sortir du « mythe de l’immatérialité » du numérique pour affronter la réalité extractiviste de ce monde numérique. Comment Transiscope, pourtant intrinsèquement lié au Web, négocie-t-il cette contradiction entre l’ambition de transition écologique et la matérialité parfois insoutenable des infrastructures numériques ?
Florine – Nous nous invitons aussi nous-mêmes à sortir du mythe de l’immatérialité. Tout l’enjeu est de regarder cette contradiction en face : on veut montrer que le monde que nous projetons s’incarne déjà, et pour cela nous ne nous appuyons pas sur les outils des GAFAMS mais sur des outils libres. En cela, nous essayons de lever une contradiction : l’usage d’outils capitalistes accaparants des données personnelles par des acteurices en résistance contre le capitalisme. Reste que nos outils libres s’inscrivent dans ce que José Halloy appelle des technologies zombies, c’est à dire mortes à l’aune de la durabilité – puisqu’elles épuisent les ressources matérielles nécessaires et reposent sur l’utilisation d’énergie non renouvelable – mais envahissant le monde au détriment des humain·es et de la biosphère. En outre, ces technologies « numériques » reposent sur l’exploitation d’humain·es, en particulier du Sud global. Dans ce contexte, parler de « commun numérique » peut paraître aberrant, puisque sa matérialité repose sur l’exploitation des Autres.
Nous avons donc fait un bout du chemin en dégafamisant nos usages numériques et en construisant des outils libres, mais du chemin reste à faire pour construire un autre numérique au moment où l’IA vient peser encore davantage sur sa matérialité.
Julien – Comme beaucoup, nous n’échappons pas aux paradoxes des luttes écologistes, car nos moyens d’action et de coordination reposent sur des infrastructures matérielles qui accélèrent les dérèglements climatiques et l’exploitation Nord-Sud. Le projet Transiscope s’est construit sur un paradoxe central, avec d’un côté l’idée d’outiller efficacement les alternatives et de l’autre l’ambition de faire réellement advenir ces alternatives et donc de construire un autre rapport au monde (y compris numérique). Si pendant longtemps la première dimension a pu dominer la réalisation du projet, après tout ce chemin parcouru, il nous semble aujourd’hui nécessaire d’affronter plus directement cette contradiction en faisant davantage de place à la seconde ambition qui implique de penser et d’appliquer concrètement la décroissance minérale, la solidarité internationale et la dénumérisation.
Négocier nos contradictions ça ne veut pas dire nécessairement les dépasser grâce à une solution magique (numérique éthique) mais d’y faire face, en s’attelant à ce que le syndicalisme révolutionnaire appelait la « double besogne » (Charte d’Amiens, 1906). Stratégie qui vise autant à grappiller des améliorations concrètes pour les travailleurs (réduction du temps de travail et augmentation des salaires) qu’à préparer l’émancipation intégrale qui ne pourra se réaliser qu’avec l’expropriation capitaliste. Pour nous, cette double besogne, s’incarnerait donc autant par la contribution à des infrastructures numériques libres, adaptées spécifiquement aux contextes et aux besoins de leurs utilisateurices et contrôler directement par elleux, que par l’implication dans une politisation collective de la technique et la mise sous contrôle démocratique du développement numérique, y compris jusqu’à l’expropriation des BigTech et le démantèlement de leurs infrastructures.
Archipel
Framasoft – Vous empruntez à Édouard Glissant la notion d’archipel pour définir votre mode d’organisation. Comment ce modèle permet-il de maintenir un « centre vide » au service des relations, sans tomber dans les pièges de la hiérarchie ou, à l’inverse, de l’inefficacité organisationnelle ?
Bruno – Une organisation et une gouvernance en « Archipel » est une communauté de partage. Elle implique donc un changement de posture tant individuel que collectif afin de passer de la concurrence et de la subordination à la coopération, du « pouvoir sur » au « pouvoir d’agir ». Le respect de chacun, l’entraide, la qualité d’écoute et la recherche du consentement sont les déterminants fondamentaux des relations dans toutes les différentes instances de l’Archipel.
L’objet de Transiscope était de créer un commun en reliant des organisations et des groupes de personnes (les îles) pour faire vivre ensemble un projet commun en coopération. Chaque organisation participe à ce projet commun en coopération tout en cultivant son identité-racine, en pleine autonomie. Dés l’origine du projet nous avons confié à une instance communautaire (le copil) le pouvoir d’agir au service du projet commun. Chaque île de l’Archipel est représentée au sein de cette instance communautaire qui acte la politique de l’Archipel, sa stratégie et la feuille de route de ses actions. Le copil est un espace d’animation et de coordination, les actions, elles sont menés en constituant des groupes-projet validés par l’instance communautaire. Ces groupes-projets ont un objet défini qui détermine une durée limitée. Ils décident de leur mode de fonctionnement et la manière de réaliser leurs actions, et rendent compte de leur action aux autres instances de l’Archipel à travers le copil.
« Le pouvoir de son centre est vide » : ce pouvoir d’agir, de service et de création, est non appropriable ; au sein du copil il n’y a pas de hiérarchisation de pouvoir, les décisions sont prises ensemble et par consentement. Des le démarrage du projet nous avons décidé de faire appel a un facilitateur pour animer le copil, ce facilitateur n’est pas membre du copil, il ne représente pas une organisation et n’est pas impliqué dans les actions, son unique rôle et de faciliter le fonctionnement et l’animation du Copil, il n’a donc pas d’enjeu de pouvoir personnel ou organisationnelle. Nous avons également décidé de ne pas créer de statut juridique afin de ne pas institutionnaliser le projet et de le maintenir dans une démarche de coopération. Pour permettre de développer et de gérer les aspects juridiques et financiers de l’Archipel nous avons fait le choix de créer une entité-support ayant une personnalité légale : l’association de soutien au Transiscope, qui n’avait vis-à-vis de l’Archipel qu’une fonction de gestion de moyens au service de celui-ci.
Ce mode d’organisation a démontré au fil du temps sa pertinence et ses limites. Sa pertinence c’est qu’il n’y a jamais eu de conflit de pouvoir au sein de Transiscope, le projet a su se développer dans une véritable culture de coopération de démocratie et de respect mutuel. Par contre la limite de ce système repose sur la capacité de mobilisation des îles au sein de l’archipel, pour avancer le projet a besoin d’une mobilisation permanente des membres dans les différentes instances (groupe projet, copil, …) et de temps d’animation régulier pour assurer une bonne coordination et une intelligence collective.
Le « Putain de Facteur Humain » (PFH)
Framasoft – Le lecteur peut être parfois surpris par votre récit car vous ne cachez pas les frictions et les doutes au sein du collectif. Pourquoi était-il essentiel pour vous de livrer un récit sincère du cheminement humain, loin d’un storytelling lissé qu’on rencontre souvent ?
Audrey – Un collectif traverse de nombreuses phases, souvent peu visibles aux membres qui en sont parties prenantes. Un des rôles de la personne qui facilite le projet est de rendre visible ce qui se joue entre les membres et les organisations, de créer des espaces de discussion, d’analyse, de prise de décisions et de faire en sorte que le groupe trouve des solutions par lui-même. La neutralité de la facilitation n’existe pas réellement car le choix même des outils utilisés implique déjà une vision du monde et de la coopération. Mais la fonction du tiers extérieur est précieuse.
Dans le milieu de l’Économie Sociale et Solidaire, il me semble qu’on fantasme souvent des collectifs assez lisses, où tout le monde s’entend bien, sans friction. Or, non seulement c’est illusoire, mais c’est aussi contre productif. Le collectif avance parce qu’il y a débats, dissensus, et parfois conflits. Un groupe devient mature en apprenant à se connaître et en surmontant les blocages. Par contre, cela demande de la confiance entre les membres, et dans le cadre commun, le pacte construit ensemble. Nous avons toutes et tous évolués dans notre manière de faire collectif avec Transiscope, car nous avons appris de la vision du monde, des imaginaires et des façons de faire. Cela est passé par le fait de « baisser les masques » et de se raconter réellement qui était autour de la table. Ce qui ne peut se faire que sur du temps long.
Julien – Pour nous il était clair que ce livre ne pourrait avoir un intérêt que si nous parvenions à ne pas édulcorer notre histoire, en proposant une version lisse d’une « belle aventure/réussite ». Trop souvent nous sommes amenés à raconter nos histoires collectives comme on pitch un projet pour espérer décrocher un financement, or de cela il ne peut émerger qu’un pur discours de communication décorrélé de la complexité de nos réalités. Pour offrir une ressource opérationnelle et politique à celles et ceux qui aspirent à structurer leurs propres solidarités, cela impliquait d’aborder le plus honnêtement possible les difficultés, les impasses et les échecs rencontrés, parce que nous sommes bien conscients que si celles-ci disent quelque chose de nous, elles disent surtout beaucoup de notre époque et des changements du secteur associatif en général.
Ce que nous avons construit ensemble c’est un drôle d’attelage qui a fonctionné dans la durée parce que nous avons appris à faire de la place à chacun.e d’entre nous et par conséquent, accepter d’osciller constamment entre l’avancée d’un projet et sa remise en cause. Pour nous l’expérimentation n’est pas un horizon lointain mais une pratique concrète qui implique de renoncer à liquider le « putain de facteur humain » au nom d’une efficacité fantasmée. Chaque projet, qu’il soit technique ou non, repose sur celleux qui le font vivre et c’est cette vie collective qu’il faut apprendre à voir comme une dimension intrinsèquement politique et en perpétuelle construction. Ce que nous espérons livrer dans cette contribution collective, ce n’est ni une recette pratique pour coopérer, ni une ligne à suivre, mais une histoire particulière faite de tentatives pour construire un commun, en espérant que celle-ci résonnera avec d’autres.
La propriété des données
Framasoft – Transiscope agrège des données qu’il ne possède pas. Dans un monde où la donnée est le nouvel or noir des « Ogres » numériques, vous prenez soin des sources et tentez de protéger ce commun. Les licences sont-elles libres ? pourquoi ces choix ?
Simon – Les licences sont libres mais nous avons tenté d’acculturer les sources au concept des licences et au caractère politique que revêt le choix d’une licence. Nous avons présenté dans un document et en webinaire le choix politique que nous privilégions, à savoir l’autorisation de l’usage commercial et la non-viralité, car c’est ce que nous estimons être le meilleur choix pour créer des communs. Les sources des données que nous agrégeons sont libres d’avoir une lecture différente du monde et des communs et Transiscope accueille cette pluralité comme elle accueille la diversité des technologies des sources. Comme pour les alternatives qui doivent respecter une charte, la licence doit cependant respecter une « ligne rouge » : elle doit être copyleft. C’est le plus petit dénominateur commun nécessaire à construire ce commun numérique et cela a permis d’annoncer rapidement à toutes les potentielles sources cette condition et d’en écarter certaines, et a permis de clarifier le périmètre idéologique du projet et de le construire avec les sources qui le partagent.
L’IA
Framasoft – Il faut bien en parler puisque c’est le grand sujet du moment. Le livre relate un débat au sein du comité de pilotage sur l’usage de l’intelligence artificielle pour la catégorisation des événements. Comment avez-vous arbitré entre le gain de temps (facteur de survie pour les bénévoles) et les problèmes éthiques posés par ces outils ?
Julie – Comme nous l’avons expliqué ci-dessus, pour politiser les choix techniques, il est indispensables qu’ils soient discutés dans une instance stratégique et pas réservés à des personnes ayant des pré-requis techniques. Cela implique donc un travail collectif d’acculturation à la technique, pour permettre à chacun·e de participer en ayant un avis éclairé.
Un des membres de Transiscope a proposé d’avoir recours à l’intelligence artificielle pour automatiser la catégorisation des événements et ainsi gagner du temps, alors même que l’énergie bénévole est extrêmement rare au sein de Transiscope. Cette discussion, qui a eu lieu en comité de pilotage, a débuté par une explication technique de ce qu’il y avait derrière l’intelligence artificielle proposée et une discussion sur les données, le choix du modèle et son impact. Au final, nous avons décidé de tester cette automatisation à titre expérimental, mais la discussion n’est pas si évidente car elle est tiraillée entre d’une part le soin de l’énergie bénévole et d’autre part des enjeux éthiques : personne n’a envie de choisir entre les deux !
Un processus ou un outil
Framasoft – Citons une phrase du livre : « Transiscope est moins un produit à finir qu’un processus à habiter ». Est-ce à dire que l’utilité finale de la carte est secondaire par rapport à la culture de coopération qu’elle a générée entre vos organisations ?
Julien – L’ambition de Transiscope était de fournir un outil qui facilite la coopération entre alternatives. Cartographier des alternatives c’est montrer qu’il existe plusieurs mondes dans le monde, que d’autres horizons se dessinent et qu’ils méritent que l’on se batte pour eux. Si nous continuons à croire dans l’intérêt de ce projet, nous avons constaté que la construction d’un outil n’a que peu à voir avec le travail politique de coopération inter-collectif. Obtenir de l’information et la mette en visibilité ne présage aucunement de la façon dont celle-ci servira de prétexte à des rencontres concrètes et à des échanges organisationnels. Pour faciliter cette étape, nous avons choisis d’organiser régulièrement des rencontres avec d’autres acteurices sur différents territoires pour faire se rencontrer des alternatives, mais là encore ces tentatives se sont avérées limitées parce que la construction d’une coopération implique d’abord du temps pour faire naître de la confiance et une culture partagée. C’est précisément cet aspect que nous avons réussi à construire au sein du collectif Transiscope mais pas à sa marge avec celleux que nous mettions en visibilité sur notre cartographie. Peut-être qu’après tout ce travail est de toute façon démesuré pour un petit collectif comme le nôtre, mais il nous semble toujours primordial parce que si nous souhaitons construire des solidarités fortes, ce patient travail de fédération est indispensable.
Aujourd’hui la question de la visibilité se pose autrement : est-ce que ce dont nous avons besoin c’est d’être visibles sur Internet ou d’être en lien les un.es avec les autres concrètement à travers des réseaux de solidarité matériels et politiques ? Cette question est décisive et vertigineuse parce que la réponse que nous déciderons de lui donner implique de repenser une grande partie de notre stratégie d’action et de nos moyens d’organisation. Apprendre à collaborer c’est faire de la place à une autre logique que celle qui consiste à mener à bien un projet, sans dire que ces deux logiques sont irréductibles l’une à l’autre, elles sont bien souvent contradictoires et c’est bien dans cette contradiction que réside à la fois la richesse et l’immense complexité des communs.
Florine – Dans le contexte politique actuel, une question se pose : faut-il continuer à rendre visibles les alternatives ? Autrement dit, comment s’identifier et se renforcer entre alliés, tout en ne facilitant pas, par cette visibilisation, l’attaque de nos collectifs par des adversaires politiques, voire par un régime autoritaire ?
L’avenir des luttes
Framasoft – Face à l’épuisement de la « stratégie du colibri », vous plaidez pour une « stratégie de pompiers », coordonnée et robuste. Pour le mot de la fin : c’est quoi le message ?
Bruno – Face à une société de plus en plus organisée autour d’un pouvoir financier prédateur qui nous individualise pour mieux nous contraindre, le développement des alternatives citoyennes, bien que nécessaire, n’est plus suffisant. Nous devons relier toutes ces initiatives pour faire système et, plus encore, nous devons travailler à la convergence de tous ceux qui luttent pour qu’un autre monde soit possible.
La stratégie de pompiers devient une nécessité face à l’urgence, il ne s’agit plus de laisser à chacun le soin d’inventer ses solutions mais de construire ensemble une alternative crédible et désirable pour la majorité qui subi. Cela nous oblige à nous compter, à nous relier, à nous écouter pour trouver nos points de convergence, à changer nos méthodes pour être capable de coopérer au service d’un projet commun. Transiscope est un commun coopératif et numérique qui, tant par sa nature coopérative que par ses développements numériques, contribue à ce paradigme, nous ne pouvons que souhaiter que les acteurs de la transformation sociétale s’en saisissent.
27.07.2026 à 07:42
Khrys’presso du lundi 27 juillet 2026
Texte intégral (9959 mots)
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Brave New World
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the EU governments re-enacted the suspicionless mass scanning of private communications […] without the approval of the European Parliament (a majority of voting MEPs had voted against the regulation). As a result, US providers like Meta or Google are once again permitted to conduct the controversial, warrantless mass scans of private chats and messages until 3 April 2028.
- The EU is about to sell our most sensitive data to the US for visa-free travel (edri.org)
The European Commission is currently finalising negotiations with the Trump administration to conclude an “Enhanced Border Security Partnership” (EBSP) Framework Agreement allowing border control authorities to screen travellers against biometric databases and profile them for security concerns. The leaked draft text suggests that the Commission significantly caved in to US’s excessive demands for unfettered information access, exacerbating travel surveillance and putting our fundamental rights at risk.
- Anger explodes in Bologna after police killing (freedomnews.org.uk)
A mass demonstration in central Bologna, Italy led to riots late on Monday, following the death of a man at the hands of police.
- Spanish government ‘quietly bans use of Palantir’ in critical state systems over fears of national security leaks (lbc.co.uk)
- More than 220,000 evacuated in France and Spain due to wildfires (bbc.co.uk)

- L’Espagne face à un autre incendie, qui ravage plus de 13 000 hectares au nord de Madrid (huffingtonpost.fr)
Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées en raison des flammes. La forêt touchée abrite des espèces menacées d’aigles, de loups et de papillons.
- « Les feux sont sur le point de fusionner » : la région de Madrid sous « état d’urgence » et cernée par des incendies incontrôlables (humanite.fr)
- Deux fois plus d’hectares ont brûlé en Europe depuis le 1er janvier par rapport à la moyenne des 20 dernières années (legrandcontinent.eu)
Au mercredi 22 juillet, 275 000 hectares ont brûlé en Europe depuis le début de l’année, dont plus de la moitié en Espagne et en France.
- Feux, déni climatique et gouvernements pyromanes : alerte rouge partout dans le monde (basta.media)
- Sécheresse : les Britanniques n’ont plus le droit d’arroser leur jardin, et ils ne sont pas contents du tout (slate.fr)
Confrontée à une importante crise de l’eau, l’Angleterre a renforcé les restrictions concernant la consommation d’eau. Résultats : le nombre de conflits de voisinage a explosé, pour se transformer en une véritable bataille politique.
- Donald Trump annonce des droits de douane de 100 % sur les médicaments génériques dès 2028 (france24.com)
À partir d’août 2028, les États-Unis imposeront des droits de douane de 100 % sur les médicaments génériques, a annoncé le président Donald Trump mardi. Objectif : relocaliser la production des produits pharmaceutiques sur le territoire américain.
- Researchers used electric stoves to treat asthma. It worked. (climatecoloredgoggles.com)
There’s already lots of research showing that gas stoves fill our homes with nasty air pollution, including cancer-causing chemicals and toxins that increase the risk of kids getting asthma.
- Emails show how Virginia regulators downplayed data center health concerns (politico.com)
- Expulsions massives, prisons privées : les États-Unis de Trump se transforment en État policier (basta.media)
Meurtres policiers, détention de masse, surveillance généralisée : guidé par la discrimination raciale, Trump redessine jour après jour les contours de l’appareil policier états-unien. Une politique qui bénéficie de puissants relais publics comme privés.

- US government targets Cop City protester over phone operating system (theguardian.com)
Concern over US effort to prosecute Sam Tunick, accused by authorities of wiping his phone using GrapheneOS
- Hackers stole ‘significant’ amount of data from tech firm relied on by thousands of US hospitals and pharmacies (techcrunch.com)
- Hackers are exploiting recently patched WordPress bugs, putting millions of websites at risk (techcrunch.com)
- The Hidden CCS2 Attack Surface on EV Chargers (saiflow.com)
An EV charger’s charging port is a network port. We found SSH and Telnet services exposed on XCharge C6 chargers with default root:root credentials. A threat actor with a malicious EV can gain immediate full control access on the charger and perform energy theft or potentially cause physical damage.
- Peter Thiel and other tech billionaires are publicly shielding their children from the products that made them rich (fortune.com)
Despite building an increasingly screen-focused world, billionaire tech leaders are keeping their own children away from the tech they helped create.
- For Taylor Swift, Madison Square Garden’s Controversial Cameras Briefly Went Dark (wired.com)
MSG’s sprawling surveillance system can monitor guests down to the second. Its owners made an exception for the pop star’s rehearsal dinner.
- La météorite tombée dans le salon de ce couple américain abrite un trésor inestimable, affirment les chercheureuses (slate.fr)
- Robot snakes searched for Venezuela earthquake survivors in collapsed buildings (arstechnica.com)
- Chili : une violente tempête fait dix morts et laisse 100 000 personnes isolées (rfi.fr)
Les scientifiques avertissent que l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes à l’échelle du globe augmenteront à mesure que la planète continue de se réchauffer en raison des émissions de combustibles fossiles.
Spécial IA
- New Zealand : Greens call for one-year pause on AI data centres (stuff.co.nz)
The party, which is holding its annual general meeting in Auckland on Sunday, announced a policy of pausing any data centre consents for a year. It comes after the Labor-led Government in Australia tightened the rules for these developments. “Right now, AI data centres can be consented behind closed doors, with no community input”
- AI Kill Switch Act would let Trump admin order shutdown of rogue AI systems (arstechnica.com)
the bill would let the Trump administration and future administrations decide when an AI company must block user access, disable or restrict a particular capability, or shut an entire AI system down completely. The bill would require AI makers to deploy technical capabilities allowing them to throttle or shut down the systems when ordered to do so
- OpenAI says its AI technology acted on its own in an ‘unprecedented’ hack of another company (apnews.com)
- AI chatbots are at risk of spreading government restrictions on online speech, a new study says (apnews.com)
major AI systems, including those built in the U.S., are more likely to refuse to criticize restrictive leaders or governments. It raises concerns that the large language models powering chatbots and AI agents could be regurgitating and spreading government influence over online speech as the technology is increasingly adopted worldwide.
ClaudeAnthropic peut désormais apprendre votre façon de travailler… en regardant votre écran (clubic.com)- Scientists Warn Wildlife Photographers’ AI-Enhanced Bird Photos Could Threaten Research (petapixel.com)
- AI Companies Are Buying Tons of Old Books Because They’re Free of AI Slop (news.slashdot.org)
ISBNdb advertises that it can keep the identity of AI companies secret. […] ISBNdb notes that AI companies may not want to be caught destroying printed books during the scanning process. “The optics problem is real,” ISBNdb’s site says. “‘AI company destroys two million books’ is not a headline that generates sympathy.”
- Google a-t-il assené un coup fatal au Web ouvert ? (next.ink)
Alors que les médias français s s’inquiètent des conséquence du lancement récent des Aperçus IA sur leur audience, plusieurs grands éditeurs états-uniens envisagent très sérieusement de couper les ponts avec Google, ce qui signerait symboliquement la fin du Web ouvert tel qu’on le connait depuis plus de vingt ans.

- Google just had its first negative cash flow quarter due to massive AI spending (arstechnica.com)
- IA : Microsoft signe un accord avec Mistral pour utiliser ses infrastructures en Europe (france24.com)
Microsoft a accepté d’investir des milliards de dollars dans l’infrastructure informatique de Mistral en Europe
- Linux kernel team publishes 432 CVEs in two days (theregister.com)
Sunday-to-Monday onslaught fuels speculation over AI-assisted bug reportsIf you’re responsible for Linux security, someone just dumped a pile of work onto your desk : 432 Linux kernel CVEs were published across Sunday and Monday this week. Linux watchers at nixCraft pointed out the volume on Monday morning, and it didn’t take long for seasoned sysadmins to start expressing concerns.
- Protecting our FLOSS commons from LLMs (blog.codeberg.org)
Two motions regarding “artificial intelligence” and Large Language Models (LLMs) were voted on among Codeberg e. V. members and passed. We are promising to not use any of your data to train LLM and explain what the planned Terms of Use change mean for ‘vibe-coded’ projects. We believe that LLMs endanger the free/libre software ecosystem as a whole.
Voir aussi L’anti-GitHub européen dit non au code écrit par Claude et Codex (clubic.com)
Pendant que GitHub continue d’intégrer Copilot à chaque recoin de sa plateforme, son concurrent européen a pris la direction exactement inverse. Le 22 juillet 2026, la communauté de Codeberg a voté à 71 % l’interdiction des dépôts majoritairement générés par IA, avec Claude et OpenAI Codex nommément dans le viseur. Une prise de position qui traduit autant un choix éthique qu’une contrainte économique très concrète.

- Amsterdam activists throw acid at Microsoft datacenter project (theregister.com)
Extinction Rebellion claims responsibility for chemical-filled balloon attack targeting concrete and steel
- Combien d’énergie consomme vraiment l’IA ? La réponse en infographies (reporterre.net)
Spécial Israël
- ‘Drop Project Nimbus !’ : Protester of Amazon Genocide Complicity Put in Chokehold at ‘AI for Good’ Summit (commondreams.org)
A protester was violently removed from the United Nations AI for Good Global Summit in Geneva on Wednesday after Palestine defenders disrupted a presentation by a senior Amazon executive to denounce Big Tech’s complicity in Israel’s genocidal war on Gaza.
- Scottish pro-Palestine activist arrested ‘for reading poem about Gaza’ (thenational.scot)
Bill Williamson, 74, who lives in Ardentinny, said he had been at a weekly Palestine vigil outside Dunoon Burgh Hall on July 4 when he was approached by a pair of police officers while he was reading out Don’t Mention The Children by the Jewish writer Michael Rosen through a megaphone.[…] “Initially I thought, just let this die a death. But then I thought, people are not hearing about this gradual erosion of our civil liberties.“I thought, this is intimidation. The more people that know about it, I think the better.”
- UNESCO adds West Bank site and Lebanese castles to World Heritage List despite Israeli objections (apnews.com)
- Reclaiming stolen childhoods : swimming classes resume in Gaza after three years of war (theguardian.com)
In sea pools built with sandbags and rubble, Amjed Tantesh gives traumatised children brief respite from their daily lives
- « 45 °C sous les tentes » : Israël restreint l’accès des Palestinien·nes à l’eau et à la fraîcheur en pleine canicule (reporterre.net)
- L’armée israélienne bombarde des appartements à Gaza et tue 11 personnes dont 3 enfants (humanite.fr)
Onze personnes ont été tuées samedi 18 juillet par l’armée israélienne, après un bombardement sur un immeuble. 1 144 Palestinien·nes ont été tué·es à Gaza depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu ».

- Bande de Gaza : L’ONU dénonce « l’intensification » récente des frappes israéliennes sur le territoire palestinien (lemonde.fr)
- Why Israel needs to continue its genocidal war on Gaza (mondoweiss.net)
Amid an alleged ceasefire, Israel continues massacring Palestinians and stealing land in Gaza. The ongoing violence is not accidental : it is a political necessity for any Israeli government in power.
- Israeli shelling, incursions continue in southern Lebanon as army deployment enters 2nd day (middleeastmonitor.com)
- Cultiver la vie dans les cendres : écologies de survie au Liban-Sud (terrestres.org)
L’invasion israélienne du Liban-Sud ne détruit pas seulement des vies, des champs et des vergers : elle annihile les habitats et fait tout pour rendre le retour impossible. Parmi celles et ceux qui ont choisi de rester malgré le danger, des femmes s’attachent à cultiver la terre.
Spécial Barbara Butch
- En soutien à Barbara Butch, Alain Chabat et plus de 300 artistes signent une tribune (huffingtonpost.fr)
« Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine. »

Voir aussi La DJ Barbara Butch va porter plainte contre LFI pour provocation à la haine et à la violence (huffingtonpost.fr)Plusieurs plaintes vont être déposées « ce jour » et viser notamment le mouvement de La France Insoumise, certains de ses élus et représentants locaux, ainsi que le média d’extrême droite OMERTA et l’essayiste Alain Soral
- Après l’affaire Barbara Butch, le responsable LFI à Grenoble Allan Brunon porte plainte pour menaces de mort (liberation.fr)
- La solidarité avec le peuple palestinien n’est pas un crime (politis.fr)
- Derrière l’affaire Barbara Butch : l’histoire d’un « progressisme » à géométrie variable au PS (problematik-media.com)
Spécial femmes dans le monde
- Sex work or starve : Aid workers in Nepal left jobless by USAID cuts turn to sex work to survive (independent.co.uk)
After the United States slashed its foreign aid funding last year, more than 280,000 aid workers worldwide lost their jobs
- « Il se prenait pour le gardien de la morale » : l’entourage de l’ex-élu UDC accusé de viol témoigne (blick.ch)
- Women’s Tennis Association implements compulsory gene testing (sportresolutions.com)
The Women’s Tennis Association (WTA) Tour has aligned itself with the International Olympic Committee, World Athletics and World Boxing and has made it mandatory for its players to undergo a “one-time screening process for the SRY gene” to secure their eligibility in the women’s category.
- Les applis dédiées au suivi des règles partagent vos données et c’est un problème (slate.fr)
Pour une app libre et respectueuse des données des utilisateurices (et donc disponible sur F-Droid) : Drip.
RIP
- Mort de Jennifer Finch, L7 et le rock féministe perdent une de leurs pionnières (telerama.fr)
La bassiste, figure de la scène underground de Los Angeles, a succombé à un cancer du cerveau. Sa formation a marqué le rock alternatif des années 1990 par son énergie punk et son engagement féministe.
Spécial France
- Dans le camp de Tsoundzou, à Mayotte, les oublié·es de la route migratoire de l’océan Indien (theconversation.com)
- Dépendances numériques : le plan de la commission d’enquête parlementaire pour émanciper la France des Big techs étasuniennes (synthmedia.fr)
- IA agentique et données personnelles : la CNIL et le Conseil de l’IA et du Numérique publient une note exploratoire (cnil.fr)
- “Améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle” : pourquoi le projet de recherche de Doctolib suscite la controverse (usine-digitale.fr) – Lien vers le formulaire pour s’opposer à la réutilisation de ses données (doctolib.fr)
- Tour Montparnasse : le chantier titanesque de rénovation a débuté, dans l’incertitude sur la suite du projet (liberation.fr)
La première phase des travaux comprend le désamiantage et le retrait du bas de la façade de l’édifice. Mais l’envolée des coûts, désormais estimés à 800 millions d’euros, partage les copropriétaires sur l’ampleur de la restructuration.
- Incinération dans le 94 : comment Paris pollue sa banlieue (blogs.mediapart.fr)
Hier au Conseil de Paris, s’est tenue une délibération relative à l’achat par la Ville de Paris d’un terrain dans le quartier des Ardoines à Vitry-sur-Seine. Cet achat est la première étape du projet contesté « Thermo-sur-Seine », construction d’une usine d’incinération de déchets industriels dans le 94, destinée à produire du chauffage pour… Paris.
- En manque de piscines, la Seine-Saint-Denis ouvre ses rivières (reporterre.net)
- D’abord mis en pause, le projet Rive Droite définitivement abandonné par la Métropole de Lyon (lyoncapitale.fr)
- 5 764 décès en excès en France durant la période de canicule du 17 juin au 2 juillet (santepubliquefrance.fr) – voir aussi ‘Unprecedented’ : France records 5,764 excess deaths during June-July heatwave period (france24.com)

- Canicule : près de 700 000 poules pondeuses sont mortes en France (reporterre.net)
- « J’ai cru que ma vie allait partir en fumée » : les grimpeureuses pleurent la forêt de Fontainebleau (reporterre.net)
« L’idée de regrimper là-bas, c’est juste impensable. Ça n’a plus de sens »
- La forêt et ses animaux « sacrifiés » : après l’incendie, la Drôme pleure son patrimoine naturel (reporterre.net)
L’incendie qui a ravagé 4 400 ha de forêt dans la Drôme a mis près d’un mois à être fixé. Faute de moyens, les pompiers ont priorisé les personnes et les biens et laissé brûler la forêt, avec des dommages encore inconnus sur les espèces locales.
- Incendie à Nantes : quand l’inaction climatique rencontre l’inaction sociale (nantes.indymedia.org)
Lundi 20 juillet, un incendie a ravagé près de 10 hectares au chemin du Moulin-des-Marais à l’est de Nantes. 20 à 30 caravanes ont brûlé. Une soixantaine de familles ont tout perdu : leurs habitations, leurs affaires, leurs médicaments, leurs souvenirs de famille… Ce sont des familles roms, installées depuis des années dans cette agglomération.
- Débordés par les feux, les sapeurs-pompiers crient leur mal-être : « Les corps sont mis à rude épreuve » (huffingtonpost.fr)
Confrontés à une violente saison des feux, les volontaires comme les professionnels sont poussés dans leurs retranchements. Les syndicats réclament plus de moyens.
Voir aussi Incendies : les pompiers alertent sur leur épuisement après trois décès en deux semaines (sudouest.fr)
- “C’est scandaleux” d’avoir cinq Canadair disponibles sur 12 pour lutter contre les incendies, déplore un commandant de bord de Canadair (franceinfo.fr)
“À chaque fois qu’il y a un feu, il faut diviser nos forces par le nombre de feux” […] ce manque d’avions rend “pratiquement totalement inefficace” l’action des Canadair. Sur un feu, il faudrait au moins quatre Canadair, quand ils se sont que deux actuellement.
- Avec les incendies en Gironde et dans les Landes, le gouvernement se retrouve sous pression (huffingtonpost.fr)
L’ampleur des feux dans le Sud-Ouest renvoie Laurent Nuñez à la promesse d’un projet de loi dédié à la sécurité civile et jamais concrétisé. Sans oublier le « nerf de la guerre » : le financement.
- Incendie en Gironde : la presqu’île du Cap-Ferret évacuée, Macron appelle l’Europe en renfort (huffingtonpost.fr)
- Fumées, cendres et sidération : Bordeaux suffoque sous l’incendie de Gironde (reporterre.net)
Le changement de direction du vent a plongé Bordeaux sous un dôme de fumée vendredi soir
- Contre les incendies, l’A400M d’Airbus sera bientôt mobilisé pour épauler les pompiers (huffingtonpost.fr)
L’appareil en question est un A400M d’Airbus, utilisé d’ordinaire par l’armée pour le transport militaire. Il sert à véhiculer des soldats, du matériel, de gros équipements comme des hélicoptères et des véhicules blindés.
Voir aussi Face aux incendies en Gironde, l’A400M va être déployé pour la première fois dès ce samedi (huffingtonpost.fr)
- Incendie en Gironde : l’auteur de cette photo virale d’un couple à la plage raconte ce qu’il faut vraiment y voir (huffingtonpost.fr)

- Ce qu’est un orage de feu, phénomène inédit qui a conduit à des évacuations près de Bordeaux (huffingtonpost.fr)
Plusieurs communes voisines de Bordeaux ont été évacuées dans la nuit de vendredi après l’apparition d’un pyrocumulonimbus, phénomène jamais observé en France.
- Au cœur d’un été cataclysmique, TotalEnergies annonce 9,8 milliards d’euros de profits (reporterre.net)
- Bénéfice net de 4,3 milliards d’euros : que cache le « modèle diversifié » vanté par BNP Paribas ? (humanite.fr)
Outre TotalEnergies et ses gains glanés sur le dos de la guerre au Moyen-Orient, BNP Paribas a dévoilé, jeudi 23 juillet, un bénéfice net au deuxième trimestre de 4,3 milliards d’euros, soit une hausse de 33,4 % sur un an. Malgré cela, aucune taxation de ces bénéfices n’est à ce jour prévue. […] le « modèle diversifié » de la BNP Paribas à tout l’air d’une formule pour adoucir le réel : des profits en partie générés sur des crimes de guerre. Cinq ONG, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont déposé, mercredi, un recours en excès de pouvoir assorti de demandes d’injonction auprès du Conseil d’État afin que la France stoppe les activités de ses entreprises en Cisjordanie.
Spécial femmes en France
- L’Assemblée adopte la perpétuité pour les viols en série sur mineur·e, avec le projet de loi sur la protection de l’enfance (huffingtonpost.fr)
Le gouvernement avait réclamé un nouveau vote sur cette disposition du projet de loi, après un premier rejet dû à l’opposition des groupes de gauche.
- Une enquête ouverte contre le réseau Wyylde, utilisé dans une affaire de viols collectifs filmés en Gironde (humanite.fr)
Le principal mis en cause, Christophe B., est accusé d’avoir recruté des hommes afin de violer collectivement et face caméra plusieurs de ses compagnes successives.[…]Dix-neuf hommes sont désormais mis en examen, pour viols collectifs filmés, accompagnés d’« actes de barbarie » et de « crimes sexuels avec torture »
RIP
- Mort de Marie Paule Belle, la chanteuse du tube féministe « La Parisienne », à 80 ans (huffingtonpost.fr)
Spécial médias et pouvoir
- « Si on peut utiliser les moyens des médias Bolloré pour diffuser nos idées… » Le livre d’un député LFI publié dans la maison d’édition d’extrême droite Fayard de Vincent Bolloré (streetpress.com)
- Hugo Clément, et le jeu dangereux de l’écologie « dépolitisée » (reporterre.net) – voir aussi « Vakita », un média financé par des milliardaires et des partenariats (reporterre.net)
Si « Vakita », le média du journaliste Hugo Clément, s’affiche comme « 100 % indépendant », il a en réalité été financé par plusieurs milliardaires. Il bénéficie aussi des retombées de partenariats avec des marques, quitte à brouiller son activité journalistique.
- L’épuration qui vient, ou comment l’écologie est devenue une cible (blogs.mediapart.fr)
Chaque semaine charrie son lot de violences à l’encontre de celles et ceux qui, d’une façon ou d’une autre, se définissent comme « écologistes » ou sont identifié·es comme tel·les.
- Makassar en faillite : sauvons l’édition indépendante (bibliolingus.fr)
Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)
- Inégalité fiscale : ces 133 000 riches qui échappent à l’impôt (alternatives-economiques.fr)
- « Les fonctionnaires sont là pour servir le collectif, dans un monde ultra-individualiste, mais n’ont plus les moyens de le faire » (basta.media)
- Nouvelle ponction de l’État sur l’Assurance chômage : « L’Etat pique l’argent qui sont des cotisations salariales », dénonce le sénateur Olivier Henno (publicsenat.fr)
Alors que le gouvernement compte pratiquer une nouvelle ponction dans les comptes de l’Unedic, plaçant l’organisme dans le rouge, les sénateurs de droite comme de gauche dénoncent la pratique, qui dure depuis trois ans. « C’est scandaleux, ce qu’il s’est passé entre 2023 et 2026 de façon insidieuse », pointe la sénatrice LR Frédérique Puissat.
- Le gouvernement va doubler le plafond annuel des franchises médicales sur les consultations et les médicaments, de 100 à 200 euros (franceinfo.fr)

- Malgré la réintroduction dérogatoire de pesticides, la loi d’urgence agricole adoptée par l’Assemblée nationale (huffingtonpost.fr)
Clivant jusqu’au sein du bloc central, le projet de loi agricole a été voté par l’Assemblée nationale, avant un dernier passage au Sénat dans quelques heures.
Voir aussi Adoption de la loi d’urgence agricole : quels députés ont voté pour réintroduire des pesticides dangereux (basta.media)
Le gouvernement et les député·es du « bloc central », de droite et de l’extrême-droite viennent de voter en faveur de la loi d’urgence agricole qui réintroduit des pesticides interdits et fragilise les ressources en eau. Voici le détail des votes.
Et Loi d’urgence agricole adoptée à l’Assemblée : le gouvernement divise jusque dans ses rangs et couronne l’agrobusiness (humanite.fr)
- À la demande de Macron, la ministre de la Transition écologique reste à son poste (reporterre.net)

- La loi Montagne favorisera « une colonisation par les résidences secondaires » (reporterre.net)
- Financements, start-up d’État… ce que prévoit le gouvernement pour reconstruire les forêts (ledauphine.com)
- « C’est sérieux ? » : ce message du gouvernement sur l’éco-anxiété est étrillé sur Instagram (huffingtonpost.fr)
« Démissionnez déjà, ça diminuera un peu notre éco-anxiété »
Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…
- France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrôle (laquadrature.net)
Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volonté de France Travail de massifier les contrôles via l’utilisation d’outils numériques. Nous appelons à la mobilisation contre cet algorithme illégal et à son abandon par la direction de France Travail.
- France : vers une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une première en Europe (france24.com) – voir aussi France becomes first EU country to ban social media access for under-15s (theguardian.com)
- Contre la présomption de légitime défense : la pétition aux plus de 730 000 signatures classée sans suite (index.ngo) – voir aussi Pétition contre la loi sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre : classement décidé par la commission des lois (projetarcadie.com) et Le RN, la droite et les Macronistes enterrent la pétition contre la présomption de légitime défense, malgré 730 000 signatures (basta.media)

- Jeunes verbalisés à répétition : « Le policier exerce une fonction de justice dans la rue, sans le regard du juge » (basta.media)
Contrôlés et verbalisés à répétition, de nombreux jeunes racisés subissent dès l’enfance un harcèlement policier dans l’espace public
- “On le traitait de sale bougnoule, de sale arabe” : en Isère, Joris Laurencin, 21 ans, s’est suicidé après avoir subi un harcèlement raciste (histoirescrepues.fr)
- Nomination de François-Noël Buffet : Emmanuel Macron, meilleur défenseur des droites (basta.media)
Sur proposition d’Emmanuel Macron, le sénateur LR François-Noël Buffet est devenu, ce 21 juillet, le nouveau Défenseur des droits, après un avis favorable rendu par les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat. Un nouveau cadeau fait par le président de la République aux droites les plus réactionnaires.

- Présidentielle 2027 : le RN sans solution de prêt, le gouvernement et les banques planchent sur le financement de la campagne (liberation.fr)
- Culture, associations, travail attaqués : le bilan en carte des 100 jours des maires d’extrême droite (basta.media)
Spécial résistances
- Loi pour interdire le commerce avec les colonies israéliennes : les député-e-s doivent soutenir (ldh-france.org)
- “Je ne considère pas du tout que je stigmatise une communauté”, cette ville interdit le burkini dans sa piscine municipale, la décision retoquée par le tribunal (france3-regions.franceinfo.fr)
Léguevin près de Toulouse (Haute-Garonne) a décidé d’interdire le port du burkini dans sa piscine municipale. La Ligue des Droits de l’Homme a déposé un recours devant le tribunal administratif pour discrimination. Le juge des référés lui a donné raison.
- Relay dans les gares : la SNCF sommée de rompre avec le système Bolloré (actualitte.com)
Alternatiba, SUD-Rail, le SNJ-CGT, Greenpeace, la Ligue des auteurs professionnels, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et une vingtaine d’organisations demandent à la SNCF de revoir son partenariat avec Relay pour la vente de livres et de journaux en gare. Leur mobilisation s’appuie sur une enquête accusant l’enseigne de favoriser certains titres conservateurs ou d’extrême droite.
- À Rouen, les artistes font plier la mairie : l’IA ne remplacera plus les illustrateurices sur les affiches municipales (lareleveetlapeste.fr)
Cette mobilisation pose une question simple : l’argent public doit-il servir à économiser une commande ou à faire vivre les créateurs d’un territoire ? Les systèmes d’IA générative sont entraînés sur d’immenses corpus pouvant contenir des œuvres protégées. Le ministère de la Culture reconnaît lui-même que les mécanismes actuels ne garantissent pas suffisamment l’autorisation et la rémunération des auteurices.
- VICTOIRE ! Chartes pesticides : le Conseil d’État rejette le pourvoi du ministère de l’Agriculture et confirme l’illégalité de cinq chartes dites de « bon voisinage » (generations-futures.fr)
- “On détruit le climatiseur naturel qu’est la forêt” : après une nouvelle coupe rase, des manifestant·es mettent les engins des forestiers à l’arrêt (france3-regions.franceinfo.fr)
Spécial outils de résistance
- Organising, Technology, and Developing Collective Practice (rosalux.de)
This is a practical, hands-on brochure for movements and parties on the Left as they refine their approaches to organising and technology and take the next steps in their work.
Spécial MAGAM et cie
- Google adds selfie video as a log-in option (engadget.com)
- 890 millions d’euros d’amende : Google sanctionné deux fois par Bruxelles (next.ink) – voir aussi EU fines Google €890m for competition breaches over search and apps (theguardian.com)
- Airbus takes flight from AWS. What happens next is critical (theregister.com)
Airbus has named French cloud services provider Scaleway as the destination for some 900 applications, with an initial 70 getting priority onboarding, as it seeks to put critical systems and data under European control.
- Facebook Verified : Meta Now Wants a Video Selfie of Your Face (reclaimthenet.org)
- Data centers : Meta renonce discrètement à son engagement pour des énergies propres (challenges.fr)
Dix ans après sa promesse d’utiliser des énergies propres pour ses activités, le géant Meta vient d’y renoncer ce vendredi. Le groupe investit notamment dans des centrales au gaz pour alimenter ses data centers.
- Le découpage technologique, la tactique vaine d’Apple pour esquiver la régulation (theconversation.com)
Apple a contesté tomber sous le coup du Digital Market Act (DMA) en faisant valoir que sa boutique d’application n’en était pas une, mais cinq plus petites dédiées à leurs différents produits. Cet argument n’a pas convaincu le Tribunal de l’Union européenne. Quant à son iOS, il ne connaît pas un meilleur sort et est aussi désigné comme tombant sous la régulation du DMA.
- How Microsoft’s “Little Workaround” Created a Major Pentagon Threat (propublica.org)
- Comment un simple branchement d’écran illustre un vieux problème de Windows (next.ink)
Des propriétaires de moniteurs LG ont constaté qu’après un simple branchement de l’écran, Windows installe silencieusement une application nommée LG Monitor App Installer. Sa seule mission semble être de proposer un essai de l’antivirus McAfee.
- Migrer vers le logiciel libre ne suffira pas : le format de fichier reste le vrai verrou de Microsoft (lesnumeriques.com)
- Pour Bruxelles, TikTok ne protège pas assez les comptes des mineurs (next.ink)
- Big Tech accused of stonewalling European social media researchers (arstechnica.com)
Researchers say TikTok, X, and Meta aren’t providing data they’re legally required to.
Les autres lectures de la semaine
- La France et le changement climatique, ce sujet trop grand pour un beau discours politique (courrierinternational.com)
- La seconde vie méconnue des pesticides dans l’atmosphère (theconversation.com)
On a longtemps pensé que les pesticides évaporés après l’épandage ne restaient que peu de temps dans l’atmosphère. On sait désormais qu’ils peuvent voyager sur des milliers de kilomètres. Une étude inédite nous permet d’en savoir plus sur la façon dont ces substances se déplacent dans l’air.
- Une punaise‑vampire dans nos jardins : le tigre du platane préférera‑t‑il bientôt le sang à la sève ? (theconversation.com)
- Sécheresse, pénurie : le capitalisme nous enlève l’eau de la bouche (frustrationmagazine.fr)
- The Assault On Science Funding Continues (science.org)
The Trump administration hates academic science funding, full stop. They hate where that money goes, and they hate who it goes to. They want to keep all that money for themselves, to hand out to favored cronies who can help them get elected and to steer yet more money and more power back into their hands.
- L’Alliance française : 140 ans de “soft power” colonial (frustrationmagazine.fr)
l’Alliance française est une institution fondée dans les colonies, entretenue par la Françafrique, et dont le modèle social repose aujourd’hui sur la précarité de ceux qu’elle prétend servir. Petite rétrospective sur 140 ans de “mission civilisatrice” dont on se serait bien passés.
- Réhabilitation du passé colonial français, racismes et islamophobie : « Il est indigne de ne pas s’indigner » ! (realites.com.tn)
- Solène Brun : « Est-ce que les Blanc·hes peuvent renoncer à leurs privilèges » ? (revueladeferlante.fr)
- Cornel West ou la démocratie existentielle (contretemps.eu)
- Féminicide d’Hélène Rytmann-Legotien : comment Louis Althusser a tué sa femme et “inventé” le masculinisme (voxeurop.eu)
- Why Misogynists Make Great Informants (theanarchistlibrary.org)
To save our movements, we need to come to terms with the connections between gender violence, male privilege, and the strategies that informants (and people who just act like them) use to destabilize radical movements. Time and again heterosexual men in radical movements have been allowed to assert their privilege and subordinate others. […] Misogyny and homophobia are central to the reproduction of violence in radical activist communities. Scratch a misogynist and you’ll find a homophobe. Scratch a little deeper and you might find the makings of a future informant (or someone who just destabilizes movements like informants do).
- What makes a woman a witch ? Financial independence (theguardian.com)
- Pourquoi les hommes mangent ils plus de viande que les femmes ? (theconversation.com)
Réduire notre consommation de viande est l’un des leviers les plus efficaces pour limiter l’impact environnemental de notre alimentation. Pourtant, les hommes restent nettement plus réticents que les femmes à adopter des régimes végétariens ou végétaliens – et même à consommer des substituts de viande. Une résistance qui a peut-être moins à voir avec le goût qu’avec la masculinité.
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Les idées antisémites sont aujourd’hui présentes au sein des courants masculinistes. Or l’histoire nous montre que masculinité dominante et antisémitisme sont associés depuis des siècles. Les hommes juifs ont souvent été décrits comme féminins et fragiles, et fondamentalement différents.
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Après le naufrage du « Titanic » en avril 1912, la fille du capitaine du navire hérite d’une identité publique raccourcie qu’elle n’a pas choisie. Pionnière de l’aviation et passionnée d’automobile, elle montre par son parcours comment les récits historiques peuvent enfermer des vies complexes dans des histoires de fatalité.
Les BDs/graphiques/photos de la semaine
- Heureusement
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Les vidéos/podcasts de la semaine
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320 000, c’est le nombre d’étudiant·es laissé·es sur le carreau en 2025 par la plateforme parcoursup. Une sélection à l’entrée de l’université voulue par les macronistes et appliquée avec zèle par certaines universités.
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- Because songs have more protection than women (tube.fdn.fr)
- Headshot (tube.fdn.fr)
Les trucs chouettes de la semaine
- “The first accessible guitar ever made” : Blind guitarist didn’t realize fret markers were a thing – until he was given a game-changing guitar with a tactile ‘navigation neck’ (guitarworld.com)
“You realize this is the first accessible guitar ever made in the world ? This is amazing. I can feel where I’m at on the fretboard without having to look for the harmonics.”
- Humans Can Learn to Echolocate in Just 10 Weeks, And It Rewires The Brain (sciencealert.com)
- An island in Chile covered its waters with floating solar panels and soon, thousands of salmon had turned them into their home (ecoportal.net)
- A hidden infrastructure (a-hidden-infrastructure.spun.earth)
Arbuscular mycorrhizal fungi have shaped life on land for over 450 million years by forming symbiotic networks that move carbon and nutrients between plants and soils. These networks are made of tubular cells called hyphae, through which carbon can flow from plants into the soil. We were motivated by a simple question : what would it look like if we could see the hidden fungal networks beneath our feet ?
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26.07.2026 à 10:00
L’IA, un nouvel internet… sans condition
Texte intégral (5402 mots)
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 10 juillet 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
Le web va-t-il être remplacé par l’IA ? C’est en tout cas la perspective à laquelle travaille les grands acteurs de la tech.
Tous les grands acteurs des technologies ont entamé leur mue. Tous se mettent à intégrer l’IA à leurs outils et plateformes, massivement. Les Big Tech se transforment en IA Tech. Et l’histoire du web, telle qu’on l’a connue, touche à sa fin, prédit Thomas Germain pour la BBC. Nous entrons dans « le web des machines », le web synthétique, le web artificiel où tous les contenus sont appelés à être générés en permanence, à la volée, en s’appuyant sur l’ensemble des contenus disponibles, sans que ceux-ci soient encore disponibles voire accessibles. Un second web vient se superposer au premier, le recouvrir… avec le risque de faire disparaître le web que nous avons connu, construit, façonné.
Jusqu’à présent, le web reposait sur un marché simple, rappelle Germain. Les sites laissaient les moteurs de recherche indexer leurs contenus et les moteurs de recherche redirigeaient les internautes vers les sites web référencés. « On estime que 68 % de l’activité Internet commence sur les moteurs de recherche et qu’environ 90 % des recherches se font sur Google. Si Internet est un jardin, Google est le soleil qui fait pousser les fleurs ».
Ce système a été celui que nous avons connu depuis les origines du web. L’intégration de l’IA, pour le meilleur ou pour le pire, promet néanmoins de transformer radicalement cette expérience. Confronté à une nette dégradation des résultats de la recherche, notamment due à l’affiliation publicitaire et au spam, le PDG de Google, Sundar Pichai, a promis une « réinvention totale de la recherche » en lançant son nouveau « mode IA ». Contrairement aux aperçus IA disponibles jusqu’à présent, le mode IA va remplacer complètement les résultats de recherche traditionnels. Désormais, un chatbot va créer un article pour répondre aux questions. En cours de déploiement et facultatif pour l’instant, à terme, il sera « l’avenir de la recherche Google ».
Un détournement massif de trafic
Les critiques ont montré que, les aperçus IA généraient déjà beaucoup moins de trafic vers le reste d’internet (de 30 % à 70 %, selon le type de recherche. Des analyses ont également révélé qu’environ 60 % des recherches Google depuis le lancement des aperçus sont désormais « zéros clic », se terminant sans que l’utilisateur ne clique sur un seul lien – voir les études respectives de SeerInteractive, Semrush, Bain et Sparktoro), et beaucoup craignent que le mode IA ne renforce encore cette tendance. Si cela se concrétise, cela pourrait anéantir le modèle économique du web tel que nous le connaissons. Google estime que ces inquiétudes sont exagérées, affirmant que le mode IA « rendra le web plus sain et plus utile ». L’IA dirigerait les utilisateurs vers « une plus grande diversité de sites web » et le trafic serait de « meilleure qualité » car les utilisateurs passent plus de temps sur les liens sur lesquels ils cliquent. Mais l’entreprise n’a fourni aucune donnée pour étayer ces affirmations.
Google et ses détracteurs s’accordent cependant sur un point : internet est sur le point de prendre une toute autre tournure. C’est le principe même du web qui est menacé, celui où chacun peut créer un site librement accessible et référencé.
L’article de la BBC remarque, très pertinemment, que cette menace de la mort du web a déjà été faite. En 2010, Wired annonçait « la mort du web ». À l’époque, l’essor des smartphones, des applications et des réseaux sociaux avaient déjà suscité des prédictions apocalyptiques qui ne se sont pas réalisées. Cela n’empêche pas les experts d’être soucieux face aux transformations qui s’annoncent. Pour les critiques, certes, les aperçus IA et le mode IA incluent tous deux des liens vers des sources, mais comme l’IA vous donne la réponse que vous cherchez, cliquer sur ceux-ci devient superflu. C’est comme demander un livre à un bibliothécaire et qu’il vous en parle plutôt que de vous le fournir, compare un expert.
La chute du nombre de visiteurs annoncée pourrait faire la différence entre une entreprise d’édition viable… et la faillite. Pour beaucoup d’éditeurs, ce changement sera dramatique. Nombre d’entreprises constatent que Google affiche leurs liens plus souvent, mais que ceux-ci sont moins cliqués. Selon le cabinet d’analyse de données BrightEdge, les aperçus IA ont entraîné une augmentation de 49 % des impressions sur le web, mais les clics ont chuté de 30 %, car les utilisateurs obtiennent leurs réponses directement de l’IA. « Google a écrit les règles, créé le jeu et récompensé les joueurs », explique l’une des expertes interrogée par la BBC. « Maintenant, ils se retournent et disent : « C’est mon infrastructure, et le web se trouve juste dedans ». »
Demis Hassabis, directeur de Google DeepMind, le laboratoire de recherche en IA de l’entreprise, a déclaré qu’il pensait que demain, les éditeurs alimenteraient directement les modèles d’IA avec leurs contenus, sans plus avoir à se donner la peine de publier des informations sur des sites web accessibles aux humains. Mais, pour Matthew Prince, directeur général de Cloudflare, le problème dans ce web automatisé, c’est que « les robots ne cliquent pas sur les publicités ». « Si l’IA devient l’audience, comment les créateurs seront-ils rémunérés ? » La rémunération directe existe déjà, comme le montrent les licences de contenus que les plus grands éditeurs de presse négocient avec des systèmes d’IA pour qu’elles s’entraînent et exploitent leurs contenus, mais ces revenus-là ne compenseront pas la chute d’audience à venir. Et ce modèle ne passera certainement pas l’échelle d’une rétribution généralisée.
Si gagner de l’argent sur le web devient plus difficile, il est probable que nombre d’acteurs se tournent vers les réseaux sociaux pour tenter de compenser les pertes de revenus. Mais là aussi, les caprices algorithmiques et le développement de l’IA générative risquent de ne pas suffire à compenser les pertes.
Un nouvel internet sans condition
Pour Google, les réactions aux aperçus IA laissent présager que le mode IA sera extrêmement populaire. « À mesure que les utilisateurs utilisent AI Overviews, nous constatons qu’ils sont plus satisfaits de leurs résultats et effectuent des recherches plus souvent », a déclaré Pichai lors de la conférence des développeurs de Google. Autrement dit, Google affirme que cela améliore la recherche et que c’est ce que veulent les utilisateurs. Mais pour Danielle Coffey, présidente de News/Media Alliance, un groupement professionnel représentant plus de 2 200 journalistes et médias, les réponses de l’IA vont remplacer les produits originaux : « les acteurs comme Google vont gagner de l’argent grâce à notre contenu et nous ne recevons rien en retour ». Le problème, c’est que Google n’a pas laissé beaucoup de choix aux éditeurs, comme le pointait Bloomberg. Soit Google vous indexe pour la recherche et peut utiliser les contenus pour ses IA, soit vous êtes désindexé des deux. La recherche est bien souvent l’une des premières utilisations d’outils d’IA. Les inquiétudes sur les hallucinations, sur le renforcement des chambres d’échos dans les réponses que vont produire ces outils sont fortes (on parle même de « chambre de chat » pour évoquer la réverbération des mêmes idées et liens dans ces outils). Pour Cory Doctorow, « Google s’apprête à faire quelque chose qui va vraiment mettre les gens en colère »… et appelle les acteurs à capitaliser sur cette colère à venir. Matthew Prince de Cloudflare prône, lui, une intervention directe. Son projet est de faire en sorte que Cloudflare et un consortium d’éditeurs de toutes tailles bloquent collectivement les robots d’indexation IA, à moins que les entreprises technologiques ne paient pour le contenu. Il s’agit d’une tentative pour forcer la Silicon Valley à négocier. « Ma version très optimiste », explique Prince, « est celle où les humains obtiennent du contenu gratuitement et où les robots doivent payer une fortune pour l’obtenir ». Tim O’Reilly avait proposé l’année dernière quelque chose d’assez similaire : expliquant que les droits dérivés liés à l’exploitation des contenus par l’IA devraient donner lieu à rétribution – mais à nouveau, une rétribution qui restera par nature insuffisante, comme l’expliquait Frédéric Fillioux.
Même constat pour le Washington Post, qui s’inquiète de l’effondrement de l’audience des sites d’actualité avec le déploiement des outils d’IA. « Le trafic de recherche organique vers ses sites web a diminué de 55 % entre avril 2022 et avril 2025, selon les données de Similarweb ». Dans la presse américaine, l’audience est en berne et les licenciements continuent.
Les erreurs seront dans la réponse
Pour la Technology Review, c’est la fin de la recherche par mots-clés et du tri des liens proposés. « Nous entrons dans l’ère de la recherche conversationnelle » dont la fonction même vise à « ignorer les liens », comme l’affirme Perplexity dans sa FAQ. La TR rappelle l’histoire de la recherche en ligne pour montrer que des annuaires aux moteurs de recherche, celle-ci a toujours proposé des améliorations, pour la rendre plus pertinente. Depuis 25 ans, Google domine la recherche en ligne et n’a cessé de s’améliorer pour fournir de meilleures réponses. Mais ce qui s’apprête à changer avec l’intégration de l’IA, c’est que les sources ne sont plus nécessairement accessibles et que les réponses sont générées à la volée, aucune n’étant identique à une autre.
L’intégration de l’IA pose également la question de la fiabilité des réponses. L’IA de Google a par exemple expliqué que la Technology Review avait été mise en ligne en 2022… ce qui est bien sûr totalement faux, mais qu’en saurait une personne qui ne le sait pas ? Mais surtout, cet avenir génératif promet avant tout de fabriquer des réponses à la demande. Mat Honan de la TR donne un exemple : « Imaginons que je veuille voir une vidéo expliquant comment réparer un élément de mon vélo. La vidéo n’existe pas, mais l’information, elle, existe. La recherche générative assistée par l’IA pourrait théoriquement trouver cette information en ligne – dans un manuel d’utilisation caché sur le site web d’une entreprise, par exemple – et créer une vidéo pour me montrer exactement comment faire ce que je veux, tout comme elle pourrait me l’expliquer avec des mots aujourd’hui » – voire très mal nous l’expliquer. L’exemple permet de comprendre comment ce nouvel internet génératif pourrait se composer à la demande, quelles que soient ses défaillances.
Mêmes constats pour Matteo Wrong dans The Atlantic : avec la généralisation de l’IA, nous retournons dans un internet en mode bêta. Les services et produits numériques n’ont jamais été parfaits, rappelle-t-il, mais la généralisation de l’IA risque surtout d’amplifier les problèmes. Les chatbots sont très efficaces pour produire des textes convaincants, mais ils ne prennent pas de décisions en fonction de l’exactitude factuelle. Les erreurs sont en passe de devenir « une des caractéristiques de l’internet ». « La Silicon Valley mise l’avenir du web sur une technologie capable de dérailler de manière inattendue, de s’effondrer à la moindre tâche et d’être mal utilisée avec un minimum de frictions ». Les quelques réussites de l’IA n’ont que peu de rapport avec la façon dont de nombreuses personnes et entreprises comprennent et utilisent cette technologie, rappelle-t-il. Plutôt que des utilisations ciblées et prudentes, nombreux sont ceux qui utilisent l’IA générative pour toutes les tâches imaginables, encouragés par les géants de la tech. « Tout le monde utilise l’IA pour tout », titrait le New York Times. « C’est là que réside le problème : l’IA générative est une technologie suffisamment performante pour que les utilisateurs en deviennent dépendants, mais pas suffisamment fiable pour être véritablement fiable ». Nous allons vers un internet où chaque recherche, itinéraire, recommandation de restaurant, résumé d’événement, résumé de messagerie vocale et e-mail sera plus suspect qu’il n’est aujourd’hui. « Les erreurs d’aujourd’hui pourraient bien, demain, devenir la norme », rendant ses utilisateurs incapables de vérifier ses fonctionnements. Bienvenue dans « l’âge de la paranoïa », clame Wired.
Vers la publicité générative et au-delà !
Mais il n’y a pas que les « contenus » qui vont se recomposer, la publicité également. C’est ainsi qu’il faut entendre les déclarations de Mark Zuckerberg pour automatiser la création publicitaire, explique le Wall Street Journal. « La plateforme publicitaire de Meta propose déjà des outils d’IA capables de générer des variantes de publicités existantes et d’y apporter des modifications mineures avant de les diffuser aux utilisateurs sur Facebook et Instagram. L’entreprise souhaite désormais aider les marques à créer des concepts publicitaires de A à Z ». La publicité représente 97 % du chiffre d’affaires de Meta, rappelle le journal (qui s’élève en 2024 à 164 milliards de dollars). Chez Meta les contenus génératifs produisent déjà ce qu’on attend d’eux. Meta a annoncé une augmentation de 8 % du temps passé sur Facebook et de 6 % du temps passé sur Instagram grâce aux contenus génératifs. 15 millions de publicités par mois sur les plateformes de Meta sont déjà générées automatiquement. « Grâce aux outils publicitaires développés par Meta, une marque pourrait demain fournir une image du produit qu’elle souhaite promouvoir, accompagnée d’un objectif budgétaire. L’IA créerait alors l’intégralité de la publicité, y compris les images, la vidéo et le texte. Le système déciderait ensuite quels utilisateurs Instagram et Facebook cibler et proposerait des suggestions en fonction du budget ». Selon la géolocalisation des utilisateurs, la publicité pourrait s’adapter en contexte, créant l’image d’une voiture circulant dans la neige ou sur une plage s’ils vivent en montagne ou au bord de la mer. « Dans un avenir proche, nous souhaitons que chaque entreprise puisse nous indiquer son objectif, comme vendre quelque chose ou acquérir un nouveau client, le montant qu’elle est prête à payer pour chaque résultat, et connecter son compte bancaire ; nous nous occuperons du reste », a déclaré Zuckerberg lors de l’assemblée générale annuelle des actionnaires de l’entreprise.
Nilay Patel, le rédac chef de The Verge, parle de « créativité infinie ». C’est d’ailleurs la même idée que l’on retrouve dans les propos de Jensen Huang, le PDG de Nvidia, quand il promet de fabriquer les « usines à IA » qui généreront le web demain. Si toutes les grandes entreprises et les agences de publicité ne sont pas ravies de la proposition – qui leur est fondamentalement hostile, puisqu’elle vient directement les concurrencer -, d’autres s’y engouffrent déjà, à l’image d’Unilever qui explique sur Adweek que l’IA divise par deux ses budgets publicitaires grâce à son partenariat avec Nvidia. « Unilever a déclaré avoir réalisé jusqu’à 55 % d’économies sur ses campagnes IA, d’avoir réduit les délais de production de 65 % tout en doublant le taux de clic et en retenant l’attention des consommateurs trois fois plus longtemps ».
L’idée finalement très partagée par tous les géants de l’IA, c’est bien d’annoncer le remplacement du web que l’on connaît par un autre. Une sous-couche générative qu’ils maîtriseraient, capable de produire un web à leur profit, qu’ils auraient avalé et digéré.
Vers des revenus génératifs ?
Nilay Patel était l’année dernière l’invité du podcast d’Ezra Klein pour le New York Times qui se demandait si cette transformation du web allait le détruire ou le sauver. Dans cette discussion parfois un peu décousue, Klein rappelle que l’IA se développe d’abord là où les produits n’ont pas besoin d’être très performants. Des tâches de codage de bas niveau aux devoirs des étudiants, il est également très utilisé pour la diffusion de contenus médiocres sur l’internet. Beaucoup des contenus d’internet ne sont pas très performants, rappelle-t-il. Du spam au marketing en passant par les outils de recommandations des réseaux sociaux, internet est surtout un ensemble de contenus à indexer pour délivrer de la publicité elle-même bien peu performante. Et pour remplir cet « internet de vide », l’IA est assez efficace. Les plateformes sont désormais inondées de contenus sans intérêts, de spams, de slops, de contenus de remplissage à la recherche de revenus. Et Klein de se demander que se passera-t-il lorsque ces flots de contenu IA s’amélioreront ? Que se passera-t-il lorsque nous ne saurons plus s’il y a quelqu’un à l’autre bout du fil de ce que nous voyons, lisons ou entendons ? Y aura-t-il encore quelqu’un d’ailleurs, où n’aurons-nous accès plus qu’à des contenus génératifs ?
Pour Patel, pour l’instant, l’IA inonde le web de contenus qui le détruisent. En augmentant à l’infini l’offre de contenu, le système s’apprête à s’effondrer sur lui-même : « Les algorithmes de recommandation s’effondrent, notre capacité à distinguer le vrai du faux s’effondre également, et, plus important encore, les modèles économiques d’Internet s’effondrent complètement ». Les contenus n’arrivent plus à trouver leurs publics, et inversement. L’exemple éclairant pour illustrer cela, c’est celui d’Amazon. Face à l’afflux de livres générés par l’IA, la seule réponse d’Amazon a été de limiter le nombre de livres déposables sur la plateforme à trois par jour. C’est une réponse parfaitement absurde qui montre que nos systèmes ne sont plus conçus pour organiser leurs publics et leur adresser les bons contenus. C’est à peine s’ils savent restreindre le flot
Avec l’IA générative, l’offre ne va pas cesser d’augmenter. Elle dépasse déjà ce que nous sommes capables d’absorber individuellement. Pas étonnant alors que toutes les plateformes se transforment de la même manière en devenant des plateformes de téléachats ne proposant plus rien d’autre que de courtes vidéos.
« Toutes les plateformes tendent vers le même objectif, puisqu’elles sont soumises aux mêmes pressions économiques ». Le produit des plateformes c’est la pub. Elles-mêmes ne vendent rien. Ce sont des régies publicitaires que l’IA promet d’optimiser depuis les données personnelles collectées. Et demain, nos boîtes mails seront submergées de propositions marketing générées par l’IA… Pour Patel, les géants du net ont arrêté de faire leur travail. Aucun d’entre eux ne nous signale plus que les contenus qu’ils nous proposent sont des publicités. Google Actualités référence des articles écrits par des IA sans que cela ne soit un critère discriminant pour les référenceurs de Google, expliquait 404 Media (voir également l’enquête de Next sur ce sujet qui montre que les sites générés par IA se démultiplient, « pour faire du fric »). Pour toute la chaîne, les revenus semblent être devenus le seul objectif.
Et Klein de suggérer que ces contenus vont certainement s’améliorer, comme la génération d’image et de texte n’a cessé de s’améliorer. Il est probable que l’article moyen d’ici trois ans sera meilleur que le contenu moyen produit par un humain aujourd’hui. « Je me suis vraiment rendu compte que je ne savais pas comment répondre à la question : est-ce un meilleur ou un pire internet qui s’annonce ? Pour répondre presque avec le point de vue de Google, est-ce important finalement que le contenu soit généré par un humain ou une IA, ou est-ce une sorte de sentimentalisme nostalgique de ma part ? »
Il y en a certainement, répond Patel. Il n’y a certainement pas besoin d’aller sur une page web pour savoir combien de temps il faut pour cuire un œuf, l’IA de Google peut vous le dire… Mais, c’est oublier que cette IA générative ne sera pas plus neutre que les résultats de Google aujourd’hui. Elle sera elle aussi façonnée par la publicité. L’enjeu demain ne sera plus d’être dans les 3 premiers résultats d’une page de recherche, mais d’être citée par les réponses construites par les modèles de langages. « Votre client le plus important, désormais, c’est l’IA ! », explique le journaliste Scott Mulligan pour la Technology Review. « L’objectif ultime n’est pas seulement de comprendre comment votre marque est perçue par l’IA, mais de modifier cette perception ». Or, les biais marketing des LLM sont déjà nombreux. Une étude montre que les marques internationales sont souvent perçues comme étant de meilleures qualités que les marques locales. Si vous demandez à un chatbot de recommander des cadeaux aux personnes vivant dans des pays à revenu élevé, il suggérera des articles de marque de luxe, tandis que si vous lui demandez quoi offrir aux personnes vivant dans des pays à faible revenu, il recommandera des marques plus cheap.
L’IA s’annonce comme un nouveau public des marques, à dompter. Et la perception d’une marque par les IA aura certainement des impacts sur leurs résultats financiers. Le marketing a assurément trouvé un nouveau produit à vendre ! Les entreprises vont adorer !
Pour Klein, l’internet actuel est certes très affaibli, pollué de spams et de contenus sans intérêts. Google, Meta et Amazon n’ont pas créé un internet que les gens apprécient, mais bien plus un internet que les gens utilisent à leur profit. L’IA propose certainement non pas un internet que les gens vont plus apprécier, bien au contraire, mais un internet qui profite aux grands acteurs plutôt qu’aux utilisateurs. Pour Patel, il est possible qu’un internet sans IA subsiste, pour autant qu’il parvienne à se financer.
Pourra-t-on encore défendre le web que nous voulons ?
Les acteurs oligopolistiques du numérique devenus les acteurs oligopolistiques de l’IA semblent s’aligner pour transformer le web à leur seul profit, et c’est assurément la puissance (et surtout la puissance financière) qu’ils ont acquis qui le leur permet. La transformation du web en « web des machines » est assurément la conséquence de « notre longue dépossession », qu’évoquait Ben Tarnoff dans son livre, Internet for the People.
La promesse du web synthétique est là pour rester. Et la perspective qui se dessine, c’est que nous avons à nous y adapter, sans discussion. Ce n’est pas une situation très stimulante, bien au contraire. A mesure que les géants de l’IA conquièrent le numérique, c’est nos marges de manœuvres qui se réduisent. Ce sont elles que la régulation devrait chercher à ré-ouvrir, dès à présent. Par exemple en mobilisant très tôt le droit à la concurrence et à l’interopérabilité, pour forcer les acteurs à proposer aux utilisateurs d’utiliser les IA de leurs choix ou en leur permettant, très facilement, de refuser leurs implémentations dans les outils qu’ils utilisent, que ce soit leurs OS comme les services qu’ils utilisent. Bref, mobiliser le droit à la concurrence et à l’interopérabilité au plus tôt. Afin que défendre le web que nous voulons ne s’avère pas plus difficile demain qu’il n’était aujourd’hui.
Hubert Guillaud
Cet édito a été originellement publié dans la première lettre d’information de CaféIA le 27 juin 2025.








