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05.10.2026 à 18:36

La France et l’Allemagne veulent donner à l’Union le pouvoir de fermer son marché

Marin Saillofest

Voilà pourquoi ce serait une petite révolution

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Texte intégral (965 mots)

Aujourd’hui, le 5 octobre, le président français et le chancelier allemand ont adressé à la présidente de la Commission une lettre d’une page accompagnée d’un non-paper franco-allemand de trois pages. 

  • Ce format, qui n’engage formellement personne, est l’instrument habituel par lequel les deux capitales contribuent à fixer l’ordre du jour de la Commission. 
  • Il prolonge les discussions du Conseil européen des 18 et 19 juin, ainsi que celles du Conseil des ministres franco-allemand du 17 juillet, en vue du Conseil européen d’octobre.

Ces deux documents apportent plusieurs éléments nouveaux, alors que Paris et Berlin décrivent un « choc industriel massif » qui frappe des secteurs au cœur du modèle européen, de la pharmacie à l’automobile, en passant par l’aérospatiale, la machine-outil et la chimie.

  • Paris et Berlin demandent la mise en place d’un mécanisme de réponse systémique visant à réglementer l’accès au marché unique et à envisager un « blocage immédiat » à l’encontre de tout pays tiers qui tenterait d’entraver le rétablissement de conditions de concurrence équitables. Explicitement « country agnostic », ce mécanisme viserait à lutter contre toute forme de distorsion, « d’un produit isolé à un secteur entier, des subventions à la manipulation des devises ».
  • Son activation ne dépendrait pas d’un vote favorable des États membres, mais d’une majorité qualifiée inversée. La proposition de la Commission serait adoptée à moins qu’une majorité qualifiée ne s’y oppose pour que l’inertie joue en faveur de l’action, plutôt que contre celle-ci.
  • Sans attendre la mise en place de ce nouvel outil, les deux capitales appellent à une utilisation bien plus proactive des moyens existants. Elles souhaitent que la Commission lance davantage d’enquêtes de sa propre initiative, afin de veiller à ce que les États membres ayant déposé une plainte ne soient pas les seuls à subir le poids des représailles, qu’elle examine des secteurs entiers plutôt que des « catégories de produits restreintes » et enfin qu’elle déroge à la règle de la norme juridique la plus faible lorsque les intérêts de l’Union le justifient.
  • Le texte prévoit également que les niveaux sans précédent de non-conformité aux normes européennes, notamment en raison des « flux massifs de petits colis », entraînent des restrictions d’accès au marché unique. Une « loi sur l’accélération industrielle » et une « préférence européenne » ciblée dans les secteurs stratégiques devraient être adoptées d’ici fin 2026.
  • Paris et Berlin appellent enfin l’Eurogroupe, la BCE et la Commission à reprendre le dialogue avec les « autorités compétentes » sur les taux de change, un dialogue qui est au point mort depuis des années.

Aucun des deux textes ne nomme explicitement la Chine, mais le diagnostic désigne implicitement son économie en parlant de « surcapacités structurelles à l’échelle mondiale », de « subventions excessives et généralisées », de « manipulation monétaire », ou « flux massifs de petits colis » non conformes aux normes européennes.

  • Comme le fait remarquer Pascal Lamy, l’Union européenne a enregistré en 2025 un déficit commercial d’un milliard d’euros par jour avec la Chine. Les entreprises chinoises reçoivent trois à huit fois plus de soutien public que leurs concurrentes des pays de l’OCDE. À cela s’ajoute un yuan sous-évalué de 16 à 30 %, ainsi qu’une demande intérieure atrophiée, la consommation privée ne représentant que 40 % du PIB chinois, contre 53 % dans l’Union et 68 % aux États-Unis.

Le 8 octobre, le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, coprésidera le groupe de travail « Commerce et Investissement » à Pékin avec son homologue Wang Wentao. Il a déclaré déclaré espérer revenir avec une « preuve de concept » abordant trois sujets : les hausses soudaines des exportations chinoises dans des secteurs industriels clefs, des moyens concrets d’accroître les exportations de produits européens vers la Chine, et une vision claire à long terme concernant les restrictions chinoises à l’exportation de matières premières, en particulier les terres rares.

  • La Commission a averti qu’en l’absence de « résultats tangibles », elle mettrait en œuvre ses instruments de défense commerciale. 
  • Les discussions qui auront lieu à Pékin cette semaine seront présentées au Conseil européen qui se réunira les 15 et 16 octobre.

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05.10.2026 à 17:37

Au sein de l’AfD, on rêve d’annexer les Sudètes, une partie de l’Italie et l’Alsace-Lorraine

Marin Saillofest

Nous cartographions les frontières révisionnistes de la « Grande Allemagne »

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Texte intégral (1078 mots)

Des membres de l’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite allemand, multiplient les « signaux irrédentistes » envers des régions ayant appartenu à l’espace germanophone, aujourd’hui situées dans d’autres pays européens. La démarche n’émane pas nécessairement de la direction du parti, mais aucune de ces prises de parole n’a pour autant fait l’objet de procédures disciplinaires à notre connaissance.

  • En 2018, le groupe AfD au Bundestag a interrogé le gouvernement sur le travail de la « référente culturelle pour la Prusse-Occidentale, la Posnanie, la Pologne centrale, la Volhynie et la Galicie », dans une série de questions où il réclame un financement institutionnel pour les associations d’expulsés.
  • En novembre 2019, Stephan Protschka, député de l’AfD au Bundestag, a participé au financement d’une stèle à Bytom rendant « hommage aux soldats allemands tombés pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, aux combattants des corps d’autodéfense et des corps francs, et aux Allemands de l’Est opprimés et assassinés ».
  • En 2024, Alice Weidel avait déclaré avoir toujours refusé d’utiliser le nom polonais, Głubczyce, de Leobschütz, la ville d’origine de la famille de son père, dans l’actuelle voïvodie d’Opole.

On remarque une accélération des provocations verbales en lien avec des « territoires perdus » depuis le début de l’année.

  • Après que l’État russe a classé en mai la Landsmannschaft Ostpreußen, une association culturelle des expulsés de Prusse-Orientale, comme « organisation indésirable », l’AfD a dénoncé cette décision et a demandé au gouvernement allemand s’il en avait discuté avec Moscou.
  • Le même mois, des élus de l’AfD en Bavière ont réclamé l’abrogation des décrets Beneš de 1945, qui ont servi de base légale à l’expulsion des Allemands des Sudètes de l’État tchécoslovaque reconstitué après sa dissolution par l’Allemagne nazie en 1938-1939. À l’occasion du congrès des Allemands des Sudètes, qui se tenait pour la première fois en Tchéquie, des membres de l’AfD ont défendu l’organisation de la manifestation malgré l’hostilité du parti tchèque d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD), avec lequel l’AfD siège pourtant au Parlement européen dans le groupe Europe des nations souveraines (ESN).
  • Le 12 septembre, à Termeno, lors du congrès du mouvement de jeunesse du parti Süd-Tiroler Freiheit fondé par Eva Klotz, Jean-Pascal Hohm, le chef de l’organisation de jeunesse de l’AfD (Generation Deutschland), a repris le slogan du parti en déclarant : « Le Sud-Tyrol n’est pas l’Italie ».

L’Alsace, dont le territoire faisait partie du Saint-Empire romain germanique avant d’être rattaché à la France au XVIIe siècle, et qui a été annexée à deux reprises par l’Allemagne (en 1871 puis en 1940), a aussi fait l’objet de revendications.

  • Un jeune militant de Generation Deutschland, la jeunesse de l’AfD, Marco Eggebrecht, a publié sur X le 9 mai une photo de lui accompagnée de la phrase : « Comment je te regarde quand j’entends : l’Alsace-Lorraine doit redevenir une possession allemande ».
  • Trois jours plus tard, le député européen Tomasz Froelich, un membre de l’AfD élu en 2024, a attaqué la France et dénoncé « sa politique agressive d’assimilation linguistique », ainsi que « l’hypocrisie » de l’Union en raison de sa critique de la politique chinoise vis-à-vis des populations ouïghoures.

Le 3 octobre, Jour de l’unité allemande, un dirigeant de Generation Deutschland, Luca Maurice Strauf, a décrit sur X la réunification comme « une victoire d’étape », en commentant une image qui inclut entre autres l’Alsace-Lorraine, le Luxembourg, l’Autriche mais pas la Silésie, la Poméranie et la Prusse-Orientale.

Il a depuis supprimé sa publication.

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05.10.2026 à 11:11

La Russie fait-elle face à une épidémie de peste ?

Marin Saillofest

Ce que l’on sait sur le décès d’une femme le 2 octobre dans la région d’Irkoutsk

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Texte intégral (1135 mots)

Daria Chipilova, une technicienne de laboratoire russe de 28 ans, est morte dans la nuit du 1er au 2 octobre d’une pneumonie foudroyante dans la région sibérienne d’Irkoutsk. Elle travaillait à l’Institut « anti-peste » d’Irkoutsk, et les mesures de quarantaine prises depuis laissent penser que les autorités locales craignent un pathogène particulièrement contagieux.

  • Tout part de cet institut de recherche situé à Irkoutsk, qui est placé sous la tutelle du Rospotrebnadzor, le service fédéral de surveillance sanitaire.
  • Selon les médias locaux, Chipilova aurait brisé le 25 septembre une éprouvette contenant ce qui pourrait être l’agent de la peste pulmonaire. 
  • Il convient ainsi de rester prudent sur la piste de la peste. Le terme russe « protivochoumny » (« anti-peste ») vient de l’histoire de ce réseau d’instituts, qui étudie l’ensemble des « infections particulièrement dangereuses », et pas seulement la peste.

L’institut d’Irkoutsk disposerait d’un laboratoire dit « P3 », c’est-à-dire de niveau de biosécurité 3 sur une échelle de 4, dédié à l’étude des pathogènes dangereux. Un laboratoire P4 étant très coûteux, beaucoup d’instituts n’ont pas les moyens d’en construire un, même lorsque la nature des souches qu’ils manipulent le justifierait.

  • Alors que le protocole lui imposait de signaler l’incident, Chipilova n’en aurait parlé à personne et serait rentrée chez elle, laissant potentiellement au pathogène le temps de se propager.
  • Près de 200 personnes ont depuis été placées en quarantaine. Plusieurs hôpitaux de l’oblast ont pris des mesures préventives, tout comme l’usine d’aluminium de Chelekhov, principal employeur de la ville, qui a imposé le port du masque.
  • Si Chipilova avait donné l’alerte, elle aurait été immédiatement isolée et placée sous antibiotiques à titre préventif, ce qui aurait très probablement suffi à enrayer l’infection et à empêcher toute contamination.
  • Les instituts de recherche qui travaillent sur des pathogènes dangereux appliquent des procédures strictes, car les accidents arrivent. Mais l’immense majorité d’entre eux est rapidement prise en charge, et n’a que des conséquences limitées.

La souche à l’origine de la mort de Chipilova semble particulièrement virulente, et il est donc possible que la « fenêtre de tir » pour administrer un antibiotique ait été très resserrée. Qu’elle soit morte malgré son hospitalisation dès le 29 septembre ne signifie pas pour autant que la souche résiste aux antibiotiques. Or tout dépend de ce point : si la souche est sensible, les personnes placées en quarantaine pourront être traitées préventivement.

Mais si cette souche résiste à de nombreux antibiotiques et s’avère difficile à traiter, les autorités seront contraintes d’étendre leurs mesures de précaution et de quarantaine.

  • Chipilova elle-même, une fois hospitalisée, à avoué avoir brisé la fiole et a potentiellement livré bien plus de détails sur la fiole et sur l’incident aux autorités 
  • Les autorités sanitaires ont en principe pu effectuer des prélèvements sur Chipilova et séquencer la bactérie responsable de l’infection. Elles connaissent donc probablement déjà le profil exact de la souche à l’origine de sa mort.
  • Ce séquençage donne de fortes indications sur sa virulence et sur la présence éventuelle de gènes de résistance aux antibiotiques. Cette résistance peut ensuite être confirmée en mettant en culture les bactéries prélevées pour tester directement sur elles l’ensemble des antibiotiques.
  • Il est donc fort probable que les autorités russes en sachent déjà bien davantage que ce qui circule dans les médias.

Sous l’URSS, les instituts de recherche sur les maladies infectieuses étaient chargés d’étudier les pathogènes naturels et d’apprendre à les combattre, mais aussi, le cas échéant, de transmettre au programme Biopreparat toute souche naturelle jugée particulièrement « intéressante ». Quand bien même l’institut d’Irkoutsk n’aurait plus aucun lien avec un programme d’armes biologiques, on ignore quelles souches y sont conservées, et il n’est pas exclu qu’il ait gardé des souches issues de ce programme soviétique.

Un point crucial reste flou à ce stade : la nature exacte du pathogène.

  • Daria Chipilova ayant tout dit de l’incident une fois hospitalisée, elle aurait donc potentiellement informé les autorités de la nature de la bactérie en cause mais aussi de ses déplacements depuis le 25 septembre.
  • À partir de là, deux données sont essentielles pour les autorités sanitaires : la vitesse à laquelle l’infection peut se propager, et la sensibilité de cette souche aux antibiotiques.
  • Aucun autre cas n’est confirmé à ce stade, mais si une chaîne de transmission s’est installée, elle peut très vite devenir impossible à contenir, le nombre de personnes à placer en quarantaine croissant alors de façon exponentielle.

L’autre donnée essentielle est de savoir si cette souche est sensible aux antibiotiques, et le cas échéant auxquels. C’est ici que le spectre d’une vieille souche d’arme biologique soviétique prendrait toute sa gravité.

  • Une arme biologique peut avoir été rendue insensible aux antibiotiques courants, à l’exception d’un ou deux que l’URSS pensait être seule à détenir.
  • Il paraît en revanche peu probable qu’on cherche à créer un agent contre lequel il n’existerait aucun remède, précisément parce que ce type d’accident arrive.
  • Même en écartant l’hypothèse de la souche soviétique, qu’aucun élément n’étaye à ce stade mais que l’histoire de cet institut oblige à considérer, il reste un nombre croissant de souches parfaitement naturelles et de plus en plus résistantes aux antibiotiques.
  • La montée de l’antibiorésistance est devenue un enjeu majeur de santé publique.

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