24.03.2026 à 13:12
Déclaration des groupes de résistance populaire et d'action sociale au Liban

Ce texte a été rédigé le 9 mars 2026 par un collectif d'associations et d'organisations civiles et politiques au Liban. Les signataires rappellent que la résistance contre la domination coloniale est un droit fondamental. Ils condamnent l'orientation du gouvernement libanais qui criminalise la Résistance menée par le Hezbollah, et appellent les peuples du monde à la solidarité avec le Liban dans la lutte contre la guerre d'agression et l'expansionnisme israéliens.
Tiré du site de la revue Contretemps.
Nous approchons du trentième mois de la guerre génocidaire menée au Liban et en Palestine par l'entité sioniste sous le patronage des États-Unis et avec le soutien inconditionnel d'une communauté internationale complice de notre mise à mort et de la tentative de nous anéantir. En Palestine, en Syrie et au Liban, nous assistons, sous les yeux du monde entier, à l'expansion de l'occupation sous toutes ses formes, tandis que les États, y compris nos propres gouvernements, s'entendent pour criminaliser le droit des peuples à résister et à déterminer leur propre destin, au lieu de s'unir pour demander des comptes à l'occupant et le désarmer afin de renverser et d'éradiquer son système expansionniste et colonialiste. Ces pratiques ne se limitent pas au Machreq ; elles constituent plutôt un modèle despotique par lequel l'Empire hégémonique tente de criminaliser la résistance et les mouvements de libération politique qui s'opposent au génocide et défendent la terre.
Au cours de la période faussement qualifiée de « cessez-le-feu » – un accord unilatéral qui a jeté les bases de l'expansion de l'occupation –, l'entité sioniste a lancé plus de 15 000 attaques aériennes, terrestres et maritimes contre nous au Liban, faisant 397 martyrs et plus de 1 102 blessés. Pendant ce temps, sous les diktats des États-Unis, les priorités du gouvernement libanais consistaient à attaquer les familles des combattants de la Résistance, tenter de les désarmer et déployer des efforts pour imposer des lois qui priveraient le peuple de ses ressources, de son patrimoine et de ses données personnelles, ouvrant ainsi la voie aux multinationales, instrument clé de l'occupation.
Avant l'escalade actuelle, les attaques israéliennes avaient déjà fait plus de 4 000 martyrs, dont 316 enfants et 790 femmes. Les femmes et les enfants représentaient plus d'un quart des victimes, dont 51 % étaient des enfants et adolescents. Ces attaques ont également visé directement 11 journalistes. 222 travailleurs de la santé ont été tués et 330 autres blessés, 158 ambulances et 57 camions de pompiers ont été bombardés, et quelque 90 076 installations ont été endommagées, dont 23 489 ont été détruites. Des postes de l'armée libanaise, des bâtiments municipaux et des hôpitaux ont été pris pour cible (8 hôpitaux ont été fermés de force et 38 autres ont été endommagés). Le personnel de la défense civile et des municipalités a été pris pour cible, en particulier au centre de défense civile de Baalbek (13 morts), ainsi que les employés municipaux et les bâtiments municipaux. Le nombre de détenus libanais est estimé à 22 (dont 11 ont été arrêtés lors de l'invasion terrestre de 2024).
La semaine dernière [semaine du 2 mars], au début de la guerre actuelle, Israël a tué 268 martyrs et causé bien d'autres dégâts supplémentaires. Plus de 500 000 personnes ont été déplacées du Sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth. Elles ont un besoin urgent d'abris, de nourriture, d'eau et d'autres services, compte tenu de la réticence de l'État à dépenser des fonds pour aider la population.
Parallèlement à l'extermination des populations et à la destruction de leurs moyens de subsistance, la destruction systématique de l'environnement a entraîné l'incendie d'environ 10 800 hectares (108 millions de mètres carrés) en raison des obus au phosphore et des frappes aériennes dévastatrices. En outre, plus de 47 000 oliviers centenaires ont été détruits, brûlés ou volés, et 134 hectares d'oliveraies, 48 hectares d'agrumeraies et 44 hectares de bananeraies ont été endommagés. Vingt-six stations publiques de pompage d'eau ont été détruites, et les stations d'al-Wazzani et de Maysat ont été mises hors service, privant 150 000 personnes d'eau. Les pertes dans le secteur de l'eau et de l'irrigation sont estimées entre 171 et 356 millions de dollars.
Durant cette période, l'ennemi a détruit 18 millions de mètres carrés de forêts et de bois (chênes, chênes verts, etc.) et a contaminé les terres avec divers polluants toxiques et mortels en pulvérisant des herbicides et d'autres substances chimiques et biologiques inconnues. Ces polluants détruisent l'écosystème et rendent les sols impropres à l'agriculture pendant de nombreuses années.
Comme d'habitude, des initiatives populaires et collectives ont émergé pour apporter de l'aide et manifester leur solidarité. Cette approche humanitaire est d'une importance capitale ; elle contraste aussi fortement avec le confessionnalisme qui a déformé la société libanaise.
Par ailleurs, il est impossible d'ignorer le fait que la position actuelle du gouvernement libanais non seulement aligne son discours sur les diktats des puissances coloniales passées et présentes, mais s'y conforme également sans remise en question ni considération pour l'intérêt national et le droit des citoyens libanais à repousser ces attaques israéliennes continues. Cela est essentiel pour préserver leur vie et celle de leurs proches, ainsi que pour défendre leur droit de vivre sans crainte d'un ennemi brutal qui commet des atrocités en toute impunité.
Aujourd'hui, l'ennemi se prépare à occuper le Liban, en commençant par le Sud, la vallée de la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth, qui sont les plus touchés par les destructions et les massacres quotidiens. Cette opération s'inscrit dans le contexte d'une guerre féroce menée contre l'Iran et son peuple par l'ennemi sioniste, en alliance avec les États-Unis, dont l'administration fasciste déclare quotidiennement son intention de contrôler le monde et d'utiliser une violence excessive contre quiconque n'adhère pas à son leadership et sa supériorité raciste. Elle s'apparente de surcroît à un retour aux pires époques du colonialisme et de l'oppression.
Cette guerre se déroule parallèlement à des tentatives de restructuration de l'économie politique du pays qui ne font qu'aggraver la dépendance et les inégalités. La crise économique et la destruction continue sont utilisées pour accélérer la restructuration néolibérale, la privatisation des ressources publiques et le transfert des richesses entre les mains des élites nationales et des multinationales.
Au cours de sa première année, le gouvernement libanais, qui a été ouvertement nommé par les ambassades et les émissaires occidentaux, a commencé à proposer une série de lois visant à piller les ressources et le patrimoine agricole et à endommager l'équilibre écologique du pays au profit des multinationales responsables de l'effondrement des systèmes alimentaires dans le monde. Il a adopté une politique de punition collective à l'encontre des populations des zones ciblées par l'occupation, les privant des ressources nécessaires à la reprise et à la reconstruction. Sa soumission aux puissances coloniales se poursuit avec la récente décision visant à criminaliser la Résistance, et à criminaliser le droit du peuple à se défendre face aux institutions de l'État, y compris l'armée, qui manquent à leurs devoirs sur ordre officiel des autorités.
Cette criminalisation s'accompagne d'une guerre médiatique organisée qui fait écho à la propagande israélo-étatsunienne contre le droit à l'autodéfense et à l'autodétermination, employant une rhétorique raciste, confessionnelle, classiste, discriminatoire et de division de la société [libanaise] inacceptable.
Comme lors des crises précédentes, les travailleurs, les petits agriculteurs, les communautés déplacées et les marginalisés des zones urbaines du Liban supportent le coût écrasant de la guerre, des déplacements et de la reconstruction, tandis que les élites politiques et les acteurs financiers cherchent à réorganiser l'économie de manière à préserver leur pouvoir ou à le céder à l'occupant.
Dans ce contexte, et sur la base de notre ferme conviction dans les droits inhérents des peuples, y compris le droit à l'autodétermination et le droit à la résistance, et au regard des tentatives externes et internes visant à forcer la société à se rendre et à accepter l'hégémonie sioniste sur la région, nous, les groupes de résistance populaire et d'action sociale au Liban, affirmons les principes suivants :
– Le droit des peuples à résister et à défendre leur terre et leur souveraineté, en tant que droit humain inhérent et fondamental, est consacré et garanti par les pactes et traités internationaux, au premier rang desquels figurent la Charte des Nations unies et les accords relatifs aux droits des peuples à l'autodétermination. L'exercice de ce droit est l'incarnation de ces principes juridiques qui ne peuvent être interprétés ou abrogés par quiconque.
– Notre rejet catégorique des politiques et des pressions actuelles exercées par le régime libanais qui visent à restreindre ou à contourner ce droit légitime. La protection de la souveraineté nationale ne s'obtient pas par le recul, mais plutôt par le respect des droits historiques et légaux.
C'est pourquoi nous lançons un appel collectif et urgent au peuple de ce pays, à tous les habitants du Liban et à tous les peuples épris de liberté à travers le monde, à agir immédiatement en soutien à cette position de principe en s'opposant au projet du gouvernement, de l'Empire et de l'occupation. Nous devons documenter les violations et résister au black-out médiatique et aux campagnes de désinformation dont est victime le peuple de ce pays alors qu'il résiste et défend sa terre et ses droits légitimes.
Mobilisons-nous à travers le monde pour rejeter la mécanisation des systèmes génocidaires, en nous unissant où que nous soyons pour démanteler le système expansionniste et colonialiste qui cherche à dominer notre planète. Pour ce faire, nous pouvons organiser des manifestations et des sit-in devant les ambassades de la puissance occupante et des États complices afin d'amplifier la voix de la résistance populaire, lancer des campagnes de pétitions à grande échelle pour affirmer le soutien populaire au droit de défendre la terre, nous solidariser avec nos populations déplacées et nous opposer à l'offensive impérialiste par tous les moyens nécessaires.
Nous rejetons tout compromis sur notre droit à l'autodétermination et nous affirmons notre engagement à poursuivre cette lutte, y compris en nous appuyant sur la conscience et la solidarité des peuples pour protéger ce qui reste de notre souveraineté et de notre dignité nationales. Il est temps que les peuples du monde soient libérés de l'Empire et que la souveraineté soit restaurée pour tous les peuples de la terre !
Beyrouth, le 9 mars 2026.
Signataires
Agricultural Movement in Lebanon
Socio-Economic Action Collective (SEAC)
Arab Network for Food Sovereignty
Cartography of Darkness
Seed In A Box
Free Palestine Front
Tafkik
Sikka Saida
Development Movement
Deyer Men Dar
Arab Network for Food Sovereignty
Siyada Network : for a popular sovereignty over food systems and resources
Aatma
Agricultural Committee in Bakhoun Municipality – Al-Miniyeh-Diniya District
Bladi Khadra
Cultural Club of The South – American University of Beirut (AUB)
Mouvement du peuple
***
Illustration : « Inhad », 1982. Tableau du peintre égyptien Hamed Abdalla.
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24.03.2026 à 13:10
Une plateforme électorale Solidaire courte, lisible mais affreusement frileuse

Rendons à César ce qui lui revient. La proposition de plateforme électorale (PPÉ) de la direction de Québec solidaire n'est pas indigeste. Elle pourrait même être jugée lisible par une bonne partie de l'électorat et non seulement par la militance férue de politique. C'est à souligner. Si on l'analyse en termes d'engagements précis qu'on serait capable d'évaluer précisément à la fin du mandat, on peut en compter une cinquantaine. Un bon tiers des engagements concrets concerne la thématique ajoutée Démocratie et droit du travail dont l'abolition de plusieurs lois scélérates et liberticides de la CAQ sans compter le rétablissement du « Programme de l'expérience québécoise (PEQ) et [l'accélération] la réunification familiale ». Plusieurs concernent l'ajout de temps libre rémunéré. Ces engagements démarquent clairement les Solidaires des autres partis susceptibles d'être présents à la prochaine Assemblée nationale. En termes de stratégie électorale ressort l'engagement traditionnel Solidaire d'« une démarche d'assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution du nouveau pays du Québec indépendant au cours de son premier mandat. Cette proposition de Constitution d'un Québec-pays sera ensuite soumise à la population par voie référendaire pour en confirmer l'adoption démocratique, qui mènera à la Déclaration d'indépendance.
Accompagnant cet engagement stratégique fort, quand même refoulé à la fin de la PPÉ, on trouve des engagements signalant un Québec inclusif et solidaire envers les peuples du monde. On affirme que « le projet d'indépendance » sera fondé « sur les principes de justice, de décolonisation et d'autodétermination des peuples » mais il n'est pas précisé que ces principes eu regard aux peuples autochtones et inuit signifient le droit de se séparer du Québec. Il est fort à propos de déclarer qu'« [a]u lendemain d'un référendum gagnant, un gouvernement solidaire offrira un accès accéléré, volontaire et gratuit au processus de citoyenneté québécoise à toutes les personnes résidentes permanentes ». Pourquoi ne pas avoir plus simplement affirmer que ‘le lendemain d'un référendum gagnant, toutes les personnes résidentes permanentes pourront sans exception devenir citoyennes'.
La formulation choisie laisse planer un doute sur l'aboutissement de la démarche ce qui immanquablement sèmera le doute auprès des personnes racisées concernées. Certains des engagements de francisation sont clairs et testables : l'application de « la loi 101 à l'ensemble des entreprises de dix personnes employées et plus, tout en faisant reposer le fardeau sur les entreprises pour la formation de son personnel. » Qu'en est-il, au-delà des énoncés sans engagements concrets et vérifiables, des autres personnes concernées par la francisation ? À souligner « la politique de lutte au racisme systémique […] et la reconnaissance de l'État palestinien par l'Assemblée nationale et [la fermeture du] bureau du Québec à Tel-Aviv. » N'aurait-il pas fallu aussi reconnaître le génocide sioniste et le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, et dénoncer les guerres et menaces d'invasion de toutes les puissances impérialistes ?
En renonçant à un tournant Mamdani, la plateforme se cramponne au centre-gauche
N'eut été du coup de point stratégique de la démarche indépendantiste, la PPÉ reste une plateforme typique de centre-gauche à des années-lumière de celle plus radicale, en fait conséquemment social-démocrate, du Démocrate de gauche Mamdani membre des Democrat Socialists of America (DSA). Mamdani s'est engagé à hausser « le salaire minimum de NYC à 30 $US/heure d'ici 2030 » contre 20 $CDN pour la PPE. Pendant queMamdani s'est engagé à « mettr[e] en place une garde d'enfants gratuite pour tous les New-Yorkais âgés de 6 semaines à 5 ans », la PPÉ reste silencieuse à propos de la gratuité des garderies. Pendant que Mamdani s'engage à « créer un réseau d'épiceries municipales », la PPÉ ne créera qu'« un projet pilote d'épiceries sans but lucratif ». Pendant que Mamdani s'engage à « éliminer définitivement le tarif sur chaque bus de la ville – et les rendr[e] plus rapides en construisant rapidement des voies prioritaires », la PPÉ ne s'engage qu'à « réduir[e] significativement le prix des titres de transport ». Il n'est plus question de gratuité sur 10 ans comme en 2018 ou à terme comme en 2022. Quant aux voies prioritaires ni vu ni connu.
La PPÉ veut « réformer la fiscalité des grandes entreprises et des grands patrimoines […] instaurer une taxe progressive [combien ?] sur la part des grandes fortunes excédant 25 millions de dollars » soit à peine plus que le dixième d'un pour cent des ménages et, enfin un peu de précision, « imposer également la totalité des gains en capital et des dividendes ». « Le plan de revenus de Zohran augmentera le taux d'imposition des sociétés pour l'aligner sur les 11,5% du New Jersey, générant ainsi 5 milliards de dollars. Et il imposera aux 1% des New-Yorkais les plus riches — ceux gagnant plus de 1 million de dollars annuellement — un impôt fixe de 2% (actuellement, les taux d'imposition sur le revenu de la ville sont essentiellement les mêmes que vous gagniez 50 000 ou 50 millions de dollars). » Les ordres de grandeur paraissent semblables, plutôt modestes. Mais l'administration Mamdani dirige une ville au pouvoir de taxation limité qui compte sur des revenus supplémentaires de l'état… qui ne viendront peut-être pas à moins de pression populaire.
Pendant que Mamdani « gèlera immédiatement le loyer » pour deux millions de locataires, la PPÉ propose bien le gel universel des loyers mais seulement après avoir refilé l'inflation aux locataires ! Pourquoi ne pas faire la promotion, tant qu'à y être, du profit juste si ce n'est injuste étant donné qu'implicitement la PPÉ ne remet pas en question le gonflement postpandémie des loyers. La PPÉ reste fidèle à la revendication du FRAPRU de « 50 000 logements sociaux et communautaires dans un premier mandat » soit 10 000 par année alors que Mamdani, pour une population un peu inférieure à celle du Québec, s'est engagé à construire 20 000 logements à loyer régulé chaque année. Ne tombe-t-il pas sous le sens qu'avec la crise du logement qui s'est gravement empirée depuis la pandémie il ne suffit plus de proposer que seulement environ 20% de la nouvelle construction au Québec soit sociale ? Cet effort ne ferait que répondre à très très petit feu au fait qu'« un locataire sur cinq a eu de la difficulté à payer son loyer au cours de la dernière année [soit à] l'échelle du Québec […] plus de 700 000 personnes. » c'est-à-dire environ 320 000 ménages. En revanche, la PPÉ favorise le soutien à la propriété privée de son logement. Étonnante préoccupation pour un parti de gauche.
L'enjeu de la lutte climatique, enjeu fondamental du XXIe siècle, sombre dans l'insignifiance
Là où le bât blesse et pas à peu près c'est pour la thématique de la lutte climatique baptisée platement « Environnement, transition socioécologique et transports ». Cette thématique qui aborde la grande contradiction du XXIe siècle pour ne pas que l'humanité sombre dans la terreétuve chapotait les plateformes de 2018 et 2022. Ce n'est plus le cas. On se dit que la PPÉ a voulu l'intégrer aux thématiques de 2026 qui retiennent plus l'attention soit le coût de la vie et le logement. Nenni. La plateforme 2022 exigeait « 50 000 logements sociaux écoénergétiques ». On se serait attendu que la PPÉ reprenne la caractérisation « écoénergétique », il est vrai fort peu présente dans le discours Solidaire. La PPÉ aurait pu la concrétiser en spécifiant que ces logements sociaux devraient être à la fine pointe de la technologie de l'isolation thermique sans compter l'ajout de toits verts ou de panneaux solaires. On cherche en vain dans la PPÉ pour une politique de mise à niveau écoénergétique de tous les bâtiments récupérables du Québec à commencer, d'ici 2030, par tous ceux chauffés aux énergies fossiles, en particulier le gaz naturel, en plus de les convertir au chauffage électrique. Une telle politique facile et évidente est pourtant le b-a-ba de toute politique de lutte climatique sans compter un code du bâtiment en conséquence applicable à toutes les constructions neuves. Une mesure plus audacieuse mais indispensable pour en finir avec l'énergivore étalement urbain serait l'interdiction de la construction des maisons individuelles et en rangées par définition ouvertes aux quatre vents. Ce serait la meilleure façon de « favoriser une vision de l'urbanisme ayant à cœur le transport durable, l'accessibilité et la proximité des services. »
Cette déception se conjugue à celle sur le transport en commun dont on a constaté la reculade tant vis-à-vis la gratuité que les voies exclusives pour autobus et tramways dans la trame urbaine. Cette démission signifie la capitulation du parti vis-à-vis l'électrique auto solo, de plus en plus le VUS solo, laquelle par défaut, par la seule force du marché devrait-on dire, se substitue à l'auto solo à essence même si le trumpisme ambiant ralentit le rythme de remplacement. Il faut prendre toute la mesure de cette démission laquelle tient pour acquis le passage de l'extractivisme trumpien des énergies fossiles à l'extractivisme bourgeois bienpensant du tout-électrique. Celui-ci parsème la planète de polluantes et énergivores mines à ciel ouvert et de leurs ribambelles de fonderies et usines de recyclage tout aussi polluantes et énergivores. C'est là d'aller d'un Scylla bien connu et dénoncé à un Charybde qu'on apprend à connaître et dont on prend conscience. Faut-il se surprendre que la PPÉ reste coite face au Plan d'action d'Hydro-Québec qui prévoit des investissements de 200 milliards $ pour hausser de 50% la production électrique de moins en moins en faveur de la filière batterie en chute libre et de plus en plus en faveur des centres de données pour l'intelligence artificielle et l'industrie de guerre. Ce sera le peuple québécois qui paiera ces gargantuesques investissements qui saccageront les bassins versants et chambouleront les forêts soit par la hausse des tarifs d'électricité soit par la baisse des dividendes d'Hydro-Québec à l'État. La plateforme de 2018 qui avait présidé à la percée Solidaire proposait au moins de « [r]apatrier la production hydroélectrique des alumineries et des petits barrages privés ». Quant à l'expropriation du secteur privé de l'éolien dont il était question dans la plateforme 2008, la PPÉ n'en parle plus. Pourtant cette propriété privée explose par la vertu du plan d'expansion d'Hydro-Québec.
Où est la société du soin et du lien qui est au cœur de la justice climatique et sociale ?
Une société québécoise alternative arrêtant net la débandade climatique ne se contente pas d'œuvrer à la nécessaire décroissance matérielle en attaquant frontalement ces deux piliers que sont l'auto solo et la « villa campagnarde » pour le plus grand soulagement du budget des ménages populaires et le plus grand malheur des banques dont l'endettement des ménages est le coussin de leurs profits mirobolants. On s'attendrait à ce que la PPÉ propose une société du soin et du lien en faisant des services publics la base de son économie et non pas les grandes entreprises manufacturières contrôlées par une poignée de transnationales dont les GAFAM sont le fer de lance. La PPÉ ne prend nullement à bras-le-corps cette seconde tâche stratégique.
Il n'est plus question comme dans la plateforme 2018 d'ouvrir les CLSC « 24 heures sur 24 » ou comme dans celle de 2022 d'avoir « un réseau de CLSC ouverts 24h sur 24, sept jours sur sept ». Côté lutte contre la privatisation, il n'est plus question comme en 2018 d'« [i]ntégrer les cliniques réseaux et les GMF aux CLSC » ou en 2022 de « nationalis[er] les CHSLD privés » mais seulement de mettre fin à la dérive de la privatisation sans questionner les acquis du secteur privé sauf à mettre « graduellement fin au financement des cliniques privées » sans préciser d'échéance et sans réclamer leur nationalisation et leur intégration dans le secteur public. La PPÉ met de l'avant la mise à niveau des infrastructures du secteur de la santé qui tombent en ruine et l'embauche de personnel supplémentaire mais ne précise aucune cible, aucun montant et aucune échéance. Idem pour le système scolaire. La PPÉ veut bien réduire le coût des médicaments par la magie d'un futur Pharma-Québec mais elle ne prône pas leur gratuité. Toutefois les soins dentaires seront gratuits… pour les 18 ans et moins. On ne parle plus d'« assurance dentaire publique et universelle » comme en 2018 ou « une assurance dentaire publique, universelle et gratuite » comme en 2022.
La PPÉ dénonce l'école à trois vitesses et prône l'école commune. Comme mesure concrète pour y arriver, elle met de l'avant « l'accès aux programmes particuliers non conditionnel aux résultats scolaires ou à des frais ». Cette mesure inclut-elle l'école privée ou seulement ces programmes au sein de l'école publique ? On ne sait trop. Il n'est pas clair non plus que concerne l'école privée la « gratuité scolaire complète du primaire à l'université » à être implantée que « graduellement » sans fixer d'échéance. En tout cas, on ne parle nulle part de réduire ou supprimer les subventions à l'école privée encore moins de la supprimer. « Le programme de lunchs universel […] valorisant les aliments sains issus de l'agriculture locale » ne fait pas appel aux aliments biologiques. Idem pour les incitations (lesquelles ?) aux épiceries pour favoriser l'achat local. Nulle part dans la PPÉ est-il question d'agriculture biologique et encore moins d'alimentation carnée. Elles sont pourtant l'assise de la transformation de l'agro-industrie vers une agriculture écologique absolument nécessaire pour abaisser les gaz à effet de serre (GES) et améliorer la santé publique alors que pourtant la PPÉ met de l'avant la prévention. Où est le paragraphe sur l'agriculture biologique dans la plateforme 2018 et la référence de 2022 ?
On comprendra qu'avec un si piteux plan d'action pour entreprendre la vitale lutte écologique tant pour le climat que pour la biodiversité, la PPÉ renonce à la cible 2030 de réduction des GES de 55% qui était la sienne dans la plateforme de 2022. Pire, le parti se rallie à la cible gouvernementale de 37.5% que les écologistes bien au fait des rapports du GIEC ont toujours déclaré comme totalement insuffisante. De dire le Front commun pour la transition énergétique dans sa feuille de route Québec Zen, « cette cible n'est pas assez ambitieuse pour permettre au Québec de faire sa juste part dans l'effort planétaire vers la carboneutralité. » Même pour la redistribution de la richesse indispensable non seulement pour la justice sociale mais aussi pour s'attaquer à l'énergivore consommation effarante des riches de ce monde comme l'ont démonté maints rapports d'Oxfam, le compte de la PPÉ n'y est pas. Et encore plus pour contrôler la propriété et canaliser les profits qui en découlent vers cette construction de la société du soin et du lien. Cette société réduit la production matérielle au strictement nécessaire besoins vitaux contemporains et au bon fonctionnement des services publics radicalement approfondis et étendus. Financer ce tournant social majeur mais surtout bloquer les grands projets inutiles et ruineux tels centres de données, filière batterie, industrie de guerre, métros, trains aériens (REM), barrages, champs éoliens exige l'essentielle gestion bancaire publique de l'épargne nationale. Il n'est nullement question dans la PPÉ. Ne pas le faire conduit à « l'austoritarisme » permanent du seul fait de l'inévitable riposte populaire à cette accumulation capitaliste grassement soutenue par l'État et aux dépens des services publics et des programmes sociaux.
Une base sociale Solidaire en dissonance avec le discours ‘travailleuse et travailleur' ?
Étant donné le succès électoral de la radicalité social-démocrate, dite « socialiste » dans le contexte étatsunien, de Zohran Mamdani élu comme maire de New-York, on est éberlué que la direction de Québec solidaire ne suive pas cette voie elle qui n'en a que pour la voie électorale. La leçon politique de l'élection de Mamdani n'est-elle pas que la polarisation socio-économique de la société en est rendue au point qu'elle entraîne sa polarisation politique, en un mot que les centres gauche et droit se vident de leurs électorats. L'évolution du monde est témoin. C'est dire à quel point la direction Solidaire, et une bonne partie de sa base semble-t-il, se conforte au centre-gauche quitte à donner raison aux sondages défavorables. Comment expliquer ce mystère ? Est-ce la composition de la base sociale militante du parti particulièrement celle en haut de la pyramide ? Serait-elle moins travailleuse et travailleur que petite-bourgeoise (et col blanc sécurisé) pas riche mais instruite de ce savoir académique ou administratif qui raffermit le réformisme modéré et rend allergique à la radicalité et aux ruptures ?
L'embêtant est que cette fraction de classe, base du parti, est au Québec tendanciellement indépendantiste, ce qui est une rupture non banale soit celle d'un relativement important pays impérialiste membre du G-7. Il y a une forte contradiction entre le caractère centre-gauche de la PPÉ et son engagement indépendantiste car la réalisation de la PPÉ centre-gauche ne requiert nullement l'indépendance. Une attitude prudente, pour ne pas dire centriste, pour un parti de centre-gauche serait d'ignorer cette tendance ou pour le moins de l'édulcorer dans un discours ronflant mais édenté. C'est peut-être ce que tentera de faire Québec solidaire durant la campagne électorale, malgré sa plateforme, si on en juge par son discours politique actuel quasi silencieux sur cet enjeu. Après tout, une bonne partie de l'électorat Solidaire, à distinguer de sa base, est composé de progressistes non indépendantistes. Sans compter que le trumpisme guerrier raffermit les hésitations de l'électorat sur cet enjeu. Le problème c'est la compétition avec le PQ qui convoite en partie la même base indépendantiste après avoir failli disparaître pour avoir marginalisé l'indépendance. Pourtant, dans la conjoncture actuelle, le PQ pourrait se casser les dents en la prônant. À bon escient, les Solidaires opposeront l'inclusivité à l'identitarisme du PQ. Mais ça ne sera pas suffisant pour que l'électorat embarquer dans un tel projet risqué. Surtout si l'indépendantisme devient la question de l'urne, la navigation à vue du PQ et Solidaire sur une mer turbulente profiteront aux Libéraux et peut-être à la CAQ.
Pour une plateforme de rupture socio-écologique en diapason avec celle indépendantiste
La seule façon de s'en tirer, hors opportunisme qui accorde l'indépendance au trumpisme, serait de faire de la PPÉ une plateforme de rupture écologique et socio-économique en diapason avec celle indépendantiste. Cet indépendantisme de gauche rejette celui vengeur du PQ s'en prenant aux personnes racisées par des allusions mesquines et trompeuses au sujet de l'immigration. Serait en mesure d'accéder à une économie du soin et du lien en décroissance matérielle un Québec inclusif débarrassé du poids mortuaire de l'extractivisme pétrogazier et tout-électrique soutenu par la finance privée de Toronto et celle publique d'Ottawa auxquelles participent les sous-fifres québécois. Le Québec se délesterait de l'auto solo en faveur d'un système de transport en commun mur à mur et d'un complément d'autopartage communautaire. La production nationale de bois, d'aluminium et d'acier sera embrigadée dans une corvéehabitation de mise à niveau écoénergétique du déjà bâti et de construction très majoritaire de logements sociaux à consommation d'énergie quasi zéro. Puisant dans le gisement de « négawatts » des bâtiments rénovés et rejetant les énergivores centres de données pour le nuagique qui accapare les données personnelles et pour l'aliénante intelligence artificielle, il ne sera pas nécessaire d'augmenter de 50 % la production électrique à un coût faramineux sauf marginalement celle solaire couvrant les bâtiments. Ainsi, l'économie du Québec ne sera plus soumise au chantage des affairistes étatsuniens et canadiens. Quant à l'alimentation, soulagée pour l'essentiel de la production carnée et laitière, l'agriculture biologique québécoise sera en mesure de nourrir son monde pour l'essentiel. D'amicaux rapports internationaux avec les pays non impérialistes, surtout du Sud, permettront d'y exporter pour importer ce qui manque.
Marc Bonhomme, 21 mars 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
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24.03.2026 à 13:09
Blocage du détroit d'Ormuz et inflation : à quoi s'attendre ici ?

Depuis le 28 février 2026, Israël et les États-Unis bombardent l'Iran. Le régime iranien y répond par ses missiles et ses drônes. La pression est vive sur les installations militaires et économiques dans le golfe Persique et plus particulièrement dans le détroit d'Ormuz où l'armée iranienne paralyse le transport maritime. Des dizaines de cargos ont été attaqués forçant plusieurs armateurs à mettre leurs navires à l'arrêt.
Le détroit d'Ormuz est un passage commercial névralgique pour le commerce mondial. C'est 20% du pétrole, 20% du gaz naturel liquéfié, 1 tiers des fertilisants et 1 tiers de l'hélium, « gaz critique pour les fabricants de puces électroniques » (1), qui transitent par le détroit. Cela impacte également plusieurs autres produits comme l'aluminium.
« Plus importante perturbation de l'offre de toute l'histoire »
Dans son rapport du 12 mars 2026, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) soutient que « la guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation de l'offre de toute l'histoire du marché pétrolier mondial » (2). Pour tenter d'équilibrer l'offre sur le marché, plusieurs pays se départissent d'une partie de leurs réserves stratégiques pour tenter d'artificiellement maintenir l'offre et éviter la flambée des prix du baril. Cette manœuvre a sans doute ralenti la hausse, mais ne l'empêche pas.
L'impact au Canada se fait déjà ressentir, non seulement par l'augmentation du prix du litre d'essence, mais également sur le prix des engrais. Deux facteurs qui touchent durement les agriculteurs.trices et vont fortement contribuer à alimenter l'inflation alimentaire.
Dans une étude de Desjardins (3), ne tenant pas compte de la guerre en Iran, publiée le 5 mars 2026, l'inflation alimentaire allait rester à la hausse au moins jusqu'à la fin de 2026. Avec la guerre, la poursuite et l'accentuation de l'inflation alimentaire est une certitude.
L'augmentation du prix du pétrole va entraîner à la hausse l'ensemble des prix, mais il est difficile d'en déterminer son ampleur. Lors de la dernière poussée inflationniste, il y avait deux causes majeures : le bouleversement du commerce international dû aux fermetures pendant la pandémie et la guerre en Ukraine forçant une complète réorganisation des chaînes d'approvisionnements pour plusieurs produits clés. Les autorités politiques et économiques avaient été lentes à réagir, endormies par des décennies d'inflation stable.
Cela est différent cette fois-ci et, dès les premiers jours du conflit, les dangers d'une reprise de l'inflation étaient sur toutes les lèvres.
Selon le communiqué de laBanque du Canadadu 18 mars 2026 (4), la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada nuit à la croissance. En février, l'IPC est de 1,8% et est en voie de stabilisation depuis plusieurs mois. Sans le blocage du détroit d'Ormuz causé par la guerre, elle aurait probablement baissé son taux directeur pour stimuler l'économie canadienne. Sa décision de maintenir son taux directeur aujourd'hui s'explique par une crainte de stagflation. C'est-à- dire un ralentissement économique créant du chômage jumelé à une augmentation des prix.
Dans l'histoire récente, toutes les poussées inflationnistes ont été causées par une crise pétrolière (1973, 1979, 2022). Tous les experts s'attendent à voir une poussée inflationniste dans les prochains mois. Le débat ne porte pas sur son arrivée, mais sur sa durée et son ampleur.
Est-ce que le conflit va durer des mois, voire plus ? Combien de temps faudra-il pour sécuriser le détroit après le conflit (les mines) ? Considérant les retards de livraison, combien de temps faudra-t-il pour rattraper le temps perdu ? Les dégâts causés aux installations pétrolières du golfe Persique (incluant en Iran) vont-ils avoir un impact important sur le prix du baril ? Même si la République islamique d'Iran s'écroule rapidement, va–t-il rester des poches de résistance suffisamment organisées pour continuer de menacer les cargos et les installations pétrolières ?
Toutes ces incertitudes, et plusieurs autres, sont en soi inflationnistes. Pour garantir le maintien de leurs marges de profits, les compagnies vont refiler toutes les hausses des intrants réels ou prévisibles sur les prix et d'autres vont, comme en 2022, profiter de la pagaille pour également monter leurs prix pour augmenter leurs profits.
Sans volonté politique ferme pour contrôler les prix, il faut s'attendre à des phénomènes de greedflation, réduflation et de déqualiflation.
« Trump fait des conneries et moi j'en subis les conséquences » (5)
Nous commencions à reprendre notre souffle depuis la dernière poussée inflationniste qu'une autre s'en vient. Cela n'empêche nullement Donald Trump de dormir.
Il a affirmé jeudi le 12 mars que « Les États-Unis sont de loin le plus grand producteur de pétrole au monde, donc lorsque les prix du pétrole augmentent, nous gagnons beaucoup d'argent ». De quel « nous » parle-t-il ? De la classe ouvrière qui va voir, encore, son pouvoir d'achat s'éroder pour une opération militaire, non seulement illégale, mais complètement bâclée, ou les pétrolières américaines et la classe des milliardaires ?
Pour préserver les profits de la bourgeoisie, c'est la classe ouvrière qui doit payer ? Tout cela est normal, il n'y a rien à dire ?
Que faire ?
Certains poussent pour l'abolition de certaines taxes, comme la taxe carbone. Ces taxes sont effectivement plus durement ressenties par la classe ouvrière, mais c'est un couteau à double tranchant.
La classe ouvrière est dépendante des services publics pour survivre. Réduire les revenus de l'État en période de crise limite son action. Le débat doit davantage porter sur une meilleure utilisation de l'argent disponible ou sur la façon d'aller chercher l'argent ailleurs que dans les poches de la classe ouvrière.
Une abolition de taxe a comme effet de permettre aux entreprises de subtilement augmenter leurs prix, comme elles l'ont fait dans le passé (6). De plus, pourquoi l'État devrait-il sacrifier ses revenus pour une crise causée par la bourgeoisie ? C'est de sa faute, c'est elle qui doit payer.
La meilleure campagne à ce sujet en ce moment est la campagne de Québec solidaire pour « faire baisser le prix de l'épicerie », mais sa dernière revendication (« Étudier la possibilité de plafonner les marges de profit des grandes marques d'épicerie ») doit s'harmoniser avec les campagnes des autres partis de gauche dans le monde, tels queLa France insoumise (LFI) et le Parti du Travail de Belgique (PTB), qui demandent aujourd'hui le blocage des prix du carburant. Il faut étendre cette logique et mettre de l'avant une politique de contrôle des prix comme durant la Deuxième Guerre mondiale.
Dans la dernière entente du Front commun du secteur public, une clause d'indexation a été intégrée. Nous allons probablement en avoir besoin cette fois-ci. Belle occasion pour organiser une large mobilisation intersyndicale pour se préparer à faire respecter cette clause, ancrer solidement cette demande chez les membres pour la maintenir en vie lors de la prochaine négociation et populariser cette revendication dans l'ensemble de la classe ouvrière.
Depuis la pandémie, la question environnementale a été reléguée très loin dans les priorités. La hausse des prix du pétrole est une opportunité à saisir pour la remettre à l'avant-plan avec un programme de revendications pour mettre fin à notre dépendance au pétrole par le déploiement d'initiatives visant l'autonomie énergétique et l'électrification du transport de marchandises. Investissements plus positifs pour l'avenir de l'humanité que de s'embarquer dans une hausse de nos dépenses militaires comme c'est le cas en ce moment.
Bruno-Pierre Guillette, 19 mars 2026.
Sources :
1) Le Monde, « Guerre au Moyen-Orient : les fabricants de semi-conducteurs s'inquiètent pour leur approvisionnement en hélium », 12 mars 2026.
2) International Energy Agency (IEA), « Oil Market Report - March 2026 », 12 mars 2026.
3) Desjardins, « L'inflation alimentaire redescendra-t-elle en 2026 ? », 5 mars 2026.
4) Banque du Canada, « La Banque du Canada maintient le taux directeur à 2¼ % », 18 mars 2026.
5) Opinion d'un chauffeur Uber en entrevue avec le Journal de Montréal, « Répercussions de la guerre : en route vers 2$ le litre d'essence », 16 mars 2026.
6) La Presse, « Congé de TPS : la pire fausse bonne idée de l'année », 28 novembre 2024.
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