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24.03.2026 à 11:40

Pays basque : bilan de la grève générale du 17 mars

Joxe Iriarte Bikila

Le bilan quantitatif de la grève a été clair et sans équivoque : plus de 105 000 manifestant.es dans les capitales des quatre provinces le matin, puis une deuxième vague l'après-midi dans presque tous les villages et villes d'Euskal Herria, impossible à quantifier. Quant aux arrêts de travail, ils ont touché la majeure partie de l'industrie et, de manière inégale, les autres secteurs.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Présentation succinte des organisations mentionnées (P. V.)

Anticapitalistas, section espagnole de la IVe internationale.

CC OO : Commissions Ouvrières, principal syndicat espagnol, à l'origine combatif et construit dans l'illégalité, aujourd'hui syndicat d'accompagnement plutôt proche du Parti communiste et de Podemos.

CGT : syndicat libertaire plus « souple » que la CNT.

CNT : syndicat anarchosyndicaliste
EH Bildu : Coalition de gauche indépendantiste basque abertzale (nationaliste basque).

EHKS : (Euskal Herriko Kontseilu Sozialista) et sa branche jeune.

GKS : Scission « communiste », dynamique et sectaire de la gauche indépendantiste EH Bildu

PNV : Parti Nationaliste Basque, parti de la bourgeoisie basque, autonomiste, qui domine la vie politique basque.

PSE : branche basque du PSOE souvent allié au PNV.

UGT : Union Générale des Travailleurs, traditionnellement réformiste et proche du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).

Sumar : Coalition de la gauche gouvernementale.

*****

Le résultat qualitatif est impressionnant. La question du salaire minimum interprofessionnel s'est définitivement imposée dans l'agenda social.

La question du salaire minimum a été le facteur fédérateur, mais les autres revendications (logement, soins, retraites, etc.) n'ont pas été oubliées, elles étaient présentes dans toutes les manifestations. Les revendications des travailleuses du secteur domestique et des services de soins, avec leur dimension racialisée et décoloniale, ont eu un impact important.

Des actions contre la guerre ont eu lieu à Bilbao.

Fait curieux, à Pampelune, l'EHKS-GKS [voir la présentation des organisations ci-dessus.], la CNT (qui ailleurs a participé aux appels à la mobilisation unitaire), la CGT et Anticapitalistas ont choisi de ne pas participer aux manifestations unitaires au nom de l'unité de la classe ouvrière autour d'un ensemble de revendications plus larges. Il convient de noter que le GKS a été très actif dans la grève, mais avec des piquets de grève et des mobilisations en marge du reste du mouvement syndical.

Les attitudes de l'UGT, des CC OO et de Sumar sont grotesques : elles s'opposent à la revendication d'un salaire minimum pour l'Euskal Herria, la considérant comme une revendication non solidaire avec le reste des travailleurs de l'État.

Cette grève a été possible parce qu'il existe en Euskal Herria une majorité syndicale qui comprend que la négociation n'est viable et possible que par la confrontation. Cette attitude la distingue des CC OO et de l'UGT, qui ne savent négocier qu'à la baisse. En effet, le patronat de Confebask a systématiquement refusé de discuter de la question du salaire minimum à 1 500 euros. Et au Parlement basque, le PNV et le PSE ont refusé ne serait-ce que d'inscrire cette question à l'ordre du jour, malgré le soutien social majoritaire dont bénéficiait l'initiative législative populaire présentée par la majorité syndicale (tout comme ils l'ont fait avec le mouvement des retraités et sa demande d'une pension minimale égale au salaire minimum interprofessionnel). Auparavant, ils avaient exigé du gouvernement basque qu'il soumette au Parlement espagnol la proposition visant à ce que le Statut des travailleurs permette aux communautés autonomes, et pas seulement à la communauté basque et à celle de Navarre, d'avoir le pouvoir de fixer le salaire minimum interprofessionnel.

Il convient de mentionner tout particulièrement l'attitude du PNV et du gouvernement basque face à la grève, qui ont privilégié la voie de la négociation plutôt que celle de la confrontation, alors qu'il est de notoriété publique que (tout comme le patronat) ils ont refusé de débattre au sein des institutions des questions relatives au salaire et à la pension minimale. Nous verrons bien ce qu'ils feront lorsque ces questions seront portées devant le Parlement espagnol.

Cette grève a été précédée par l'impressionnante commémoration du 3 mars, anniversaire du massacre de Gasteiz, et du 8 mars, tout aussi impressionnante. Ces trois événements étaient étroitement liés

Il a été important de garder pendant 40 ans dans notre mémoire collective ce qui s'est passé le 3 mars 1976. À cette époque, le mouvement ouvrier a dû faire face à deux problèmes : défendre ses revendications et répondre à la dictature fasciste. Aujourd'hui, nous devons faire face à un problème similaire : lutter pour nos droits, notamment pour garantir un salaire minimum interprofessionnel décent, et répondre aux héritiers du franquisme qui frappent à la porte. Et il n'y a qu'une seule voie : constituer un front unique du mouvement ouvrier et, en même temps, organiser la majorité sociale de ce peuple.

Ceux d'entre nous qui avons participé aux comités de grève et aux vastes initiatives de mobilisation lors de la grève du 30 janvier 2020 ont pu constater l'efficacité et le caractère transversal de son organisation, ainsi que l'importance de la mener non seulement sur les lieux de travail, mais aussi dans l'espace social et au sein des communautés.

Cette fois-ci, nous avons reproduit la même formule. Syndicalistes, salarié.e.s précaires, étudiant.e.s et retraité.e.s, militant.es sociaux de tous horizons, féministes, citoyens et citoyennes engagé.es dans la grève, ainsi que les travailleurs et travailleuses du commerce et de l'hôtellerie, militant.e.s de différents partis politiques (il faut toutefois souligner la contribution active d'EH Bildu, présent dans la plupart des comités de grève et des mobilisations avec ses figures les plus connues pour soutenir la grève générale, au grand dam du PNV)… toutes et tous ensemble, nous avons organisé la grève, élaboré nos arguments, intégré nos revendications propres, tissé des liens de solidarité : en un mot, nous avons fades provinces it peuple. Il faut souligner la participation massive et très active de la jeunesse étudiante à toutes les mobilisations. Une expérience merveilleuse.

Hier comme aujourd'hui, nous pouvons affirmer que ni les libertés politiques ni les améliorations économiques n'ont été des concessions des classes dominantes, mais des conquêtes obtenues au prix de dures luttes.

Cependant, ces acquis ne sont jamais garantis. Ce qui a été obtenu au prix de grands efforts peut être perdu par des contre-réformes et des contre-révolutions si les classes dominantes estiment avoir suffisamment de force pour faire pencher la balance en leur faveur. C'est ce qui s'est produit au cours des vingt dernières années et s'est intensifié après la crise de 2008. C'est ainsi que les portes du tsunami néolibéral se sont grandes ouvertes, emportant comme un torrent bon nombre des acquis sociaux antérieurs.

Nous savons tous et toutes que le pouvoir de la bourgeoisie réside dans la propriété de l'argent et dans le contrôle de l'État. En revanche, les travailleur.es, les syndicats et la gauche sociale et politique ne doivent pas oublier que la véritable source de leur pouvoir réside, fondamentalement, dans la capacité de mobilisation sur les lieux de travail et dans la rue. Et la grève générale est, malgré ses limites, l'un des outils les plus efficaces. À condition, bien sûr, qu'elle ne soit pas considérée comme une action isolée et qu'après la journée de grève, les syndicats ne retournent pas dans leurs quartiers d'hiver ou à leur routine habituelle.

Depuis le début de la crise, nous avons insisté sur le même mot d'ordre et nous n'y renoncerons pas : le capitalisme et ses institutions économiques et politiques ont pris l'initiative et nous ont déclaré la guerre, une guerre sociale, une guerre des classes. Et les partis de gauche, les syndicats et les mouvements sociaux concernés doivent y répondre au même niveau.

La crise, avec ses hauts et ses bas, sera longue, et si elle se résout, ce sera le rapport de forces qui se dispute dans tous les territoires et tous les coins de la planète qui déterminera son issue. Nous ne sortirons pas indemnes de cette situation si nous ne reléguons pas au rebut de l'histoire le système qui a conduit l'être humain et la nature à une situation limite, et si, dans le même temps, nous ne faisons pas des pas déterminés vers la construction d'un autre modèle de société. La lutte — unitaire et large — est, en outre, la manière la plus efficace de faire face au climat de guerre et au fascisme.

La grève générale du 17 mars a été la répétition de ce que nous avons réussi à faire il y a 50 ans à Gasteiz : un mouvement ouvrier (aux côtés du mouvement féministe) affrontant hier le franquisme et aujourd'hui ses successeurs.

Joxe Iriarte, Bikila
Joxe Iriarte, Bikila, est membre d'Alternatiba
Source – Viento sur, 19 mars 2026 :
https://vientosur.info/un-balance-de-la-huelga-general-del-17-de-marzo/
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78381

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24.03.2026 à 11:39

8 mars 2026 :L'autonomie des femmes afghanes et le défi du droit international

Dr Amna Mehmood

La Journée internationale des droits des femmes est souvent présentée comme une fête. En réalité, le 8 mars nous rappelle que les droits ne sont jamais garantis de manière définitive. Ils sont défendus de génération en génération, et peuvent être démantelés décret après décret.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/16/femmes-afghanes-quelques-textes/

En 2026, aucun pays n'illustre cela de manière plus frappante que l'Afghanistan.

L'Afghanistan reste le seul État au monde où les filles sont officiellement exclues de l'enseignement secondaire à l'échelle nationale et où les femmes sont systématiquement exclues des universités, de la plupart des emplois publics et de la vie civique par décret d'État. Il ne s'agit pas d'une régression progressive. Il s'agit d'un effacement structuré.

Depuis août 2021, les autorités afghanes ont mis en place un système dans lequel le genre détermine l'accès à l'éducation, au travail, à la mobilité et à la parole. Les écoles secondaires restent fermées aux filles. Les universités sont interdites aux femmes. Les femmes ont été écartées de la plupart des postes du secteur public. Les organisations de la société civile dirigées par des femmes ont été restreintes. L'UNESCO confirme que l'Afghanistan est le seul pays au monde à appliquer une interdiction nationale de l'enseignement secondaire pour les filles. Le PNUD continue de documenter l'effondrement de la participation des femmes au marché du travail, parallèlement à une grave contraction économique et à une vulnérabilité croissante des ménages.

Prises ensemble, ces mesures font plus que restreindre les opportunités. Elles réorganisent la société autour de l'exclusion. Elles redéfinissent la citoyenneté elle-même.

C'est pour cette raison que le terme « apartheid de genre » est passé du langage militant à celui de l'analyse juridique structurée. En 2023, le Tribunal populaire sur l'apartheid de genre s'est réuni à La Haye pour examiner les politiques de l'Afghanistan. La Dre Rashida Manjoo, ancienne rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence à l'égard des femmes, a présidé le tribunal et rendu son verdict en décembre 2025. Le Tribunal a déterminé que le traitement réservé aux femmes par les talibans constituait une persécution systématique, intentionnelle et imposée par l'État sur la base du genre, équivalant à des crimes contre l'humanité. Il a en outre estimé que la situation présentait les caractéristiques structurelles d'un régime de type apartheid marqué par une ségrégation et une domination institutionnalisées, tout en reconnaissant que l'« apartheid de genre » n'était pas encore codifié comme un crime distinct en vertu du droit international existant. Pour cette raison, il ne peut actuellement faire l'objet de poursuites sous cette appellation sans une évolution juridique.

Le Tribunal a donc appelé à une clarification ou à une modification du droit international afin de reconnaître explicitement l'apartheid de genre et a exhorté les Nations unies, la Cour pénale internationale, les États et la société civile à agir de manière décisive. Il a surtout souligné que les femmes afghanes doivent être reconnues non seulement comme des victimes, mais aussi comme des titulaires de droits et des dirigeantes dans les processus de responsabilisation.

Le fondement juridique existe déjà en partie. L'article 7 du Statut de Rome définit la persécution fondée sur le genre, lorsqu'elle est généralisée ou systématique, comme un crime contre l'humanité, et décrit l'apartheid comme une domination institutionnalisée exercée sur un groupe. L'Afghanistan est un État partie prenante au Statut de Rome. Le cadre est en place. Les preuves d'une privation systématique sont manifestes. La question est de savoir si l'interprétation sera à la hauteur de la réalité.

Le 8 mars nous rappelle également que les Afghanes portent depuis longtemps le flambeau de la réforme et des droits au sein même de leur société et qu'elles l'ont transmis de génération en génération. La reine Soraya Tarzi s'est faite la championne de l'éducation des filles dans les années 1920, insistant sur le fait que le progrès national passait par l'alphabétisation et la participation des femmes. Des décennies plus tard, la Dre Anahita Ratebzad, l'une des premières femmes médecins d'Afghanistan et figure de proue du mouvement réformiste et militant pour les droits des femmes, a publiquement fait valoir que l'égalité d'accès des femmes à l'éducation, à l'emploi et aux services de santé était essentielle au développement national. Dans un article publié en 1978 dans le New Kabul Times, elle écrivait que ces droits n'étaient pas des privilèges mais des nécessités pour bâtir une société saine et moderne, rappelant ainsi que les revendications en faveur de l'égalité avaient été formulées par les Afghanes bien avant les débats contemporains. Après 2001, la Dre Sima Samar s'est employée à ancrer les droits des femmes au sein des institutions nationales et des cadres de responsabilité.

Ce flambeau ne s'est pas éteint en 2021. Il a changé de mains. À la suite des récents décrets, des militantes telles que Tamana Zaryab Paryani ont protesté publiquement contre les interdictions malgré les détentions et les intimidations. Au-delà des noms connus, d'innombrables femmes en Afghanistan et à travers la diaspora ont choisi de ne pas se réfugier dans le silence. Des enseignantes donnant des cours clandestins, des étudiantes poursuivant leurs études en secret, des avocates documentant les abus, des scientifiques et des écrivaines s'exprimant depuis l'exil : beaucoup auraient pu choisir la sécurité, la discrétion ou la distance. Au lieu de cela, elles utilisent toutes les tribunes et tous les privilèges dont elles disposent pour affirmer que l'exclusion ne définira pas leur avenir.

Ce combat n'a jamais appartenu à une seule génération. Il progresse chaque fois qu'une femme décide que le silence n'est pas une option.

La lutte pour les droits des femmes en Afghanistan n'a jamais été importée. Elle a été menée, articulée et défendue par les Afghanes elles-mêmes. Le système d'exclusion actuel n'est pas une tradition ; c'est une rupture avec un siècle de réformes menées de l'intérieur.

Les interdictions d'accès à l'éducation brisent la continuité du savoir entre les générations. Les interdictions universitaires excluent les femmes de la vie scientifique et professionnelle. L'exclusion de l'emploi affaiblit la résilience économique et renforce la dépendance. Lorsque la moitié de la population est systématiquement effacée de la vie publique, la gouvernance elle-même s'en trouve transformée. Les institutions se rétrécissent. Le pluralisme se contracte.

La Journée internationale des droits des femmes de 2026 n'est donc pas seulement commémorative. C'est un diagnostique.

Lorsque l'exclusion devient loi et que la domination devient politique, le droit international est mis à l'épreuve. La question n'est pas de savoir si les femmes afghanes continueront à résister, elles le font depuis des générations. La question est de savoir si l'ordre juridique mondial reconnaîtra la structure de leur exclusion avec la clarté qu'elle exige. Lorsque l'exclusion des femmes devient une politique d'État, elle ne viole pas seulement les droits ; elle démantèle l'ordre juridique, affaiblit les institutions nationales et fracture la continuité du savoir lui-même.

Dre Amna Mehmood, 8 mars 2026
La Dre Amna Mehmood est une scientifique de haut niveau et une enseignante en sciences dont les travaux portent sur le maintien de l'enseignement des STIM et de l'identité scientifique chez les femmes afghanes dans des conditions d'exclusion éducative. La Dre Amna Mehmood est biologiste moléculaire et scientifique de haut niveau à l'université Martin Luther de Halle-Wittenberg, en Allemagne.
https://zantimes.com/2026/03/08/march-8-2026-afghan-womens-agency-and-the-test-of-international-law/
Traduit par DE

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24.03.2026 à 11:38

De la maison au système de soutien : comment le patriarcat façonne la violence et les réactions face à celle-ci

worecnepal.org

Ayusha Magar a été étranglée avec un lacet de chaussure, assassinée, puis son corps a été abandonné à Balaju par Surya Thapa Magar à la suite d'un différend portant sur seulement 500 roupies [1]. Son corps n'a été découvert qu'au bout de 10 jours. Meena Sherpa (37 ans) a été tuée par son mari Prem Dorchi Sherpa à la suite d'une dispute domestique, puis enterrée dans son champ de cardamome [2].

Tiré de Entre les lignes et les mots

Dans une autre affaire à Nuwakot, une dispute domestique a conduit le mari de Sabina à l'attaquer avec un khukuri [un couteau népalais, lourd et courbe – NdT] et à la tuer [3]. Une mère et ses deux filles auraient été tuées par l'ex-mari de la femme à l'aide d'armes domestiques à Butwal [4].

Des cas de féminicide font désormais la une des journaux tous les deux jours. Selon la fiche d'information annuelle sur la violence sexiste (2081/82) [suivant calendrier officiel (Bikram Sambat) – NdT] publiée par la police népalaise, 73,17% des victimes de meurtres liés à la violence domestique sont des femmes, les auteurs étant le plus souvent leur mari ou des personnes ayant un lien familial étroit avec elles. De même, Anbesi 2082, lancé par WOREC, a enregistré 921 cas de violence à l'égard des femmes, dont 8 meurtres et 2 tentatives de meurtre.

Selon les données de l'INSEC pour Karnali, au cours de l'exercice 20280/81, neuf femmes ont été tuées par leur mari, tandis qu'en 2081/82, quatre cas de ce type ont été enregistrés. L'annuaire des droits humains 2025 de l'INSEC recense 27 cas d'homicide, les femmes constituant la majorité des victimes. Ces incidents sont brutaux et dépassent toutes les limites de l'humanité.

De même, un rapport publié par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime et ONU Femmes à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, basé sur des données provenant de 117 pays, indique que 137 femmes par jour, soit environ une femme toutes les dix minutes, sont victimes de féminicide [5]. Avec la publication du rapport et les événements de sensibilisation et de plaidoyer en cours, cela s'est poursuivi même pendant la campagne de 16 jours pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, au cours de laquelle deux femmes, Roshni Jha et Paro Devi, ont été tuées dans des circonstances suspectes [6].

Ces cas ne sont pas des incidents isolés, mais révèlent un schéma profondément ancré de violence à l'égard des femmes, soutenu par le pouvoir, le contrôle et l'impunité systémique. Dans un cas à Suvakalika, quartier n°4, un mari a tué sa femme en la brûlant vive après lui avoir infligé de graves violences physiques. Après avoir commis son crime, il a avoué à sa famille, qui a décidé collectivement de garder le silence. Son frère l'a ensuite aidé à se débarrasser du corps en le jetant dans un ravin. Cet incident n'a été relayé par aucun média et personne ne l'a signalé à la police. Cela montre à quel point la violence et même la mort des femmes sont normalisées dans la société. Les femmes sont considérées comme de simples ressources : une main-d'œuvre gratuite, des reproductrices et des objets de satisfaction masculine. Lorsqu'une femme disparaît, une autre peut la remplacer.

Bien que le féminicide ne soit pas explicitement défini dans la loi, le « Muliki Ain » traite du meurtre, des agressions, du viol et d'autres formes de violence. Cependant, les croyances patriarcales profondément ancrées et la misogynie, fondées sur l'idée que seuls les hommes sont les héritiers de la tradition, ont réduit la société au silence et ont souvent empêché la confrontation ouverte de ces crimes.

Tout aussi préoccupante est la culture du blâme des victimes et l'insensibilité institutionnelle auxquelles les femmes sont confrontées lorsqu'elles cherchent à obtenir justice. Le langage inapproprié, les remarques suggestives et les attitudes dédaigneuses des prestataires de services découragent souvent les survivantes de s'adresser à la police ou aux services d'aide, ainsi que de parler ouvertement de leur expérience.

Dans un incident survenu dans l'est du Népal, un avocat du gouvernement a déclaré : « Vous êtes si belle ! », une remarque qui a mis la victime mal à l'aise et elle a hésité à partager son témoignage. De même, lors de l'examen des preuves photographiques présentées pour prouver un chantage, un policier, après avoir regardé la photo de la survivante, a déclaré : « Vous venez ici depuis tant de jours, mais je n'avais pas réalisé que vous étiez si belle. Pouvez-vous retirer votre masque, s'il vous plaît ? ». De telles remarques peuvent traumatiser à nouveau les survivantes. Dans une autre affaire de viol collectif à Morang, un policier chargé de l'affaire a déclaré à la survivante : « Ce garçon a l'air bien, vous feriez mieux de l'épouser. »

Ce ne sont là que quelques exemples d'incidents qui mettent en évidence une tendance inquiétante à l'insensibilité et à la normalisation de la violence par les prestataires de services, qui porte atteinte à la dignité, à la sécurité et à l'accès à la justice des survivantes, et renforce les structures qui permettent à la violence sexiste de persister. Lorsque les prestataires de services normalisent la violence, la justice devient inaccessible pour les survivantes. La question n'est plus de savoir où les survivantes doivent aller, mais quand nous allons nettoyer nos propres lunettes à travers lesquelles nous les voyons, car des lunettes sales ne peuvent jamais offrir une vision centrée sur les survivantes.

Bien que l'article 38 de la Constitution népalaise stipule les droits des femmes garantissant leur inclusion à long terme et leur protection contre la violence et l'exploitation, la longueur et la complexité des procédures judiciaires obligent souvent les survivantes à retirer leur plainte ou à accepter des accords hostiles, ce qui entraîne un nouveau traumatisme plutôt que la justice. Les membres de l'équipe WOREC travaillant dans les districts, qui sont directement impliqués dans la gestion des cas centrée sur les survivantes, ont régulièrement fait état d'expériences similaires dans plusieurs endroits. Bien que nous ayons toujours été à l'avant-garde de la lutte contre les obstacles systémiques depuis plus de trois décennies, en menant des actions de sensibilisation dans les rues et au sein des parlements, nous avons été constamment freinées par les préjugés sexistes. Ces préjugés sont parfois inconscients et souvent délibérés, et continuent de marginaliser les femmes.

Les récentes manifestations de la génération Z ont encore accru les risques pour la sécurité des survivantes, des défenseuses des droits humains et des organisations qui fournissent des services juridiques et de protection aux survivantes. La destruction des infrastructures des services publics a perturbé les services essentiels, et les budgets initialement alloués à l'aide aux survivantes sont détournés vers la reconstruction des infrastructures. En conséquence, lorsque les survivantes cherchent de l'aide, elles sont souvent rejetées. Dans l'un de nos projets de mise en œuvre, Palika, des représentant·es élu·es et des employé·es municipaux auraient déclaré aux membres de l'équipe WOREC : « Faites ce que vous pouvez, nous fermons nos portes et ne pouvons plus fournir de services. Allez voir Gen Z pour obtenir de l'aide. » Le refuge municipal de Dang n'a accueilli aucune survivante en raison des contraintes budgétaires résultant du mouvement Gen Z.

Pour aggraver ces difficultés, le « Nyayik Samiti (comité judiciaire) » reste inactif dans de nombreuses palikas [division administrative – NdT], affaiblissant encore davantage un mécanisme de soutien local déjà fragile. En cas de violence, les survivantes sont souvent censées s'adresser à leur représentant·e élu·e pour obtenir de l'aide, une approche qui porte atteinte à la confidentialité et à la sécurité des survivants. Bien que nous soutenions les survivantes grâce à une approche globale, allant de l'aide d'urgence, à commencer par un hébergement sûr, à l'aide juridique et à la réintégration, en passant par un plaidoyer plus large visant à démanteler ces préjugés, les conséquences du mouvement Gen Z ont eu un impact direct sur le système de soutien.

De plus, la destruction et la perte de preuves et de documents juridiques essentiels ont rendu extrêmement difficile pour les survivantes d'obtenir justice. Dans un cas à Madhesh, une survivante n'a pas pu obtenir son certificat de citoyenneté parce que le bureau de Palika a été touché par le mouvement, ce qui l'a empêchée d'accéder à des recours juridiques et à des services essentiels. De telles situations soulignent la nécessité urgente pour le gouvernement de mettre en place un mécanisme alternatif et d'urgence d'aide juridique afin d'assurer la continuité des services aux survivantes pendant les crises.

Plus alarmant encore, 13 500 prisonniers se seraient échappés de différentes prisons à travers le pays [7]. Bien que certains d'entre eux aient été repris, 12 533 sont toujours en fuite [8]. De même, les évasions survenues dans les prisons de Saptari, Mahottrari, Gaur et Jaleshowr [9] ont accru le risque pour les survivantes dans toute la province de Madhesh. Aucune donnée spécifique sur la recapture des détenus n'est disponible, ce qui crée une incertitude quant à l'ampleur du risque et du danger potentiels.

Bishnu Regmi – « J'ai été contraint de quitter ma ville natale parce que j'ai soutenu une victime de viol pendant son combat juridique, qui a abouti à l'emprisonnement des auteurs du crime. Lorsque j'entends parler de criminels qui s'évadent de prison, j'ai peur, surtout en ce moment, car il y a eu beaucoup d'évasions de ce type. Ma peur s'est intensifiée lorsque j'ai appris que les auteurs impliqués dans l'affaire Rajpur s'étaient également évadés. Ils avaient été emprisonnés pour des faits liés à une affaire de sorcellerie et m'avaient déjà menacé, disant qu'ils s'en prendraient à moi une fois libérés. Maintenant qu'ils se sont évadés, certains d'entre eux ont même contacté mes proches dans mon village pour leur demander où je me trouvais. Je reçois également des appels de victimes, qui ont encore plus peur que moi. »

Un CDO [Care and Development Organization] du district de l'ouest du Népal : « Tout a été détruit. Les personnes nous demandent de les protéger, mais nous-mêmes vivons dans la peur et l'insécurité. Il devient de plus en plus difficile d'assurer la protection de la société civile dans ces conditions. »

Ces événements ont considérablement accru le risque de violence, en particulier pour les femmes, les enfants et les personnes issues de groupes marginalisés et vulnérables. Ils ont également entraîné l'effondrement du mécanisme de sécurité local et mis à rude épreuve la capacité des refuges existants, limitant l'accès à la protection d'urgence et au soutien en matière de sécurité au moment où cela est le plus nécessaire.

Dans l'ensemble, les preuves présentées ici reflètent une image profondément préoccupante de la violence sexiste au Népal, marquée non seulement par la fréquence alarmante des féminicides, mais aussi par des défaillances systémiques en matière de prévention, de protection et de justice.

Alors que les données fournies par la police, les hôpitaux et les organisations de défense des droits humains confirment l'ampleur de la violence subie par les femmes, les survivantes continuent d'être re-traumatisées par des services insensibles, des procédures judiciaires interminables, des mécanismes judiciaires locaux inactifs et l'effondrement du soutien institutionnel en période de troubles. Ces défaillances croisées mettent en danger les femmes, les enfants et les personnes issues de groupes marginalisés, renforçant ainsi le cycle de l'impunité et du silence. Il est impossible de faire entendre la voix des survivantes qui ont été réduites au silence par le patriarcat et les structures de la société à soi seul. Nous, groupes et organisations féministes, continuons à résister et à poursuivre notre lutte pour démanteler le patriarcat. Pour faire face à cette crise, il est nécessaire de prendre des mesures urgentes et coordonnées afin de rétablir des services centrés sur les survivantes et de garantir la responsabilité de tous les prestataires de services.

https://worecnepal.org/from-home-to-support-system-how-patriarchy-shapes-violence-and-response/
Traduction DE

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