24.03.2026 à 13:22
Résistance contre l'extrême droite et le fascisme

avec Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise (LFI)
et d'autres invité·es
31 mars, 19 h
Salle Pierre-Mercure, 300 Boul. de Maisonneuve E., Montréal
Partout sur la planète, avec une ferveur renouvelée, l'extrême droite avance, piétine les droits les plus fondamentaux en introduisant des politiques qui marginalisent, excluent et nourrissent la peur et le mépris des minorités et des personnes migrantes et immigrantes. Comme les dernières convulsions d'un monde en perdition, les crises se multiplient et se conjuguent, les tensions impérialistes s'intensifient et le droit international continue de s'effriter.
Depuis le début du génocide à Gaza en 2023, les mouvements pour les droits du peuple palestinien ont été au cœur de la mobilisation citoyenne internationale contre le fascisme, donnant lieu à de nouvelles formes de résistances qui s'inscrivent dans une histoire plus large d'inégalités, de colonialisme et d'impérialisme.
Lors de cette conférence animée par Nimâ Machouf, Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise, discutera de l'importance de la convergence des luttes et de la solidarité internationale pour contrecarrer le fascisme, en insistant sur le rôle central que jouent les mouvements pour la libération de la Palestine.
Femme politique et juriste française née dans le camp de réfugié·es palestiniens de Neirab en Syrie, Rima Hassan a fondé, en 2019, l'Observatoire des camps de réfugiés, une organisation non gouvernementale consacrée à la protection des camps de réfugiés dans le monde. En août dernier, elle participait à la flottille chargée d'aide humanitaire partie de Barcelone en direction de Gaza (Global Sumud Flotilla) qui a été interceptée par les forces israéliennes d'occupation.
24.03.2026 à 13:21
Le refus de condamner la guerre illégale américano-israélienne contre l'Iran met à nu l'hypocrisie du premier ministre canadien, pourtant chantre de « l'ordre fondé sur des règles »

Les paroles percutantes de Mark Carney à Davos sonnent désormais creux alors qu'il ne parvient pas à tenir tête aux États-Unis et à Israël après leur attaque illégale contre l'Iran.
16 mars 2026 | Photo : À Minab (Iran), le 5 mars. L'école primaire de filles a été touchée le 28 février par des frappes aériennes. Stringer / Anadolu via AFP
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/refusal-to-condemn-us-israeli-illegal-war-on-iran-shows-the-hypocrisy-of-canadas-rules-based-pm/
Dans le jugement final du Tribunal militaire international de Nuremberg en 1946, les puissances alliées ont rendu un verdict qui résonne encore comme le socle du droit international moderne : « Déclencher une guerre d'agression… n'est pas seulement un crime international ; c'est le crime international suprême, qui ne diffère des autres crimes de guerre qu'en ce qu'il contient en lui-même le mal accumulé de l'ensemble. »
Ce crime international suprême est commis en ce moment même, en temps réel, par les États-Unis et Israël. Le 28 février, ces deux puissances hors-la-loi ont lancé une attaque non provoquée et injustifiée contre le territoire souverain de l'Iran. Alors que les missiles et les bombes s'abattaient, l'une des cibles touchées dès le premier jour fut une école primaire de filles à Minab, massacrant au moins 165 écolières innocentes. Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a également été assassiné, ainsi que plusieurs hauts responsables du régime. Les infrastructures civiles, notamment les dépôts pétroliers, ont été réduites en cendres ; plus de 1 300 personnes ont été tuées à ce jour et plus de 17 000 ont été blessées. Il ne s'agissait pas d'un acte de légitime défense, mais bien d'une agression caractérisée — le crime même que le Tribunal de Nuremberg avait qualifié de mal suprême.
L'histoire du régime iranien actuel n'est pas reluisante. Oui, il a été brutal : il écrase les manifestants, opprime les femmes, emprisonne et torture les dissidents. Cela mérite une condamnation sans équivoque. Mais la brutalité intérieure de l'Iran n'autorise pas d'autres nations à bombarder un État souverain pour le soumettre. L'État de droit n'est pas un buffet. On ne peut pas choisir à la carte quand il s'applique selon le régime que l'on n'aime pas.
C'est pourtant exactement ce que fait Mark Carney. Le premier ministre du Canada a refusé — catégoriquement — d'appeler cette agression par son nom. Il a lancé de tièdes appels à la « retenue » tout en se gardant soigneusement de condamner les deux nations qui ont allumé cet incendie. Il a même exprimé son soutien aux frappes, les présentant comme nécessaires pour empêcher l'Iran d'acquérir des armes nucléaires. La réalité, confirmée par des sources anonymes du renseignement américain, l'Agence internationale de l'énergie atomique et des experts indépendants, est que l'Iran n'était nullement proche d'une arme nucléaire opérationnelle. Aucune menace imminente n'existait. La diplomatie progressait. Les négociations étaient constructives. Puis vinrent les missiles.
Quelques semaines seulement avant l'attaque, Carney s'était rendu au Forum économique mondialde Davos pour y prononcer un discours grandiloquent sur la nécessité pour les « petites nations » de s'unir afin de défendre le droit international, la souveraineté et l'ordre fondé sur des règles. Il avait plaidé avec passion pour que les puissances moyennes défendent l'intégrité territoriale et rejettent la loi de la jungle. À quoi servait donc ce discours s'il cautionner aujourd'hui la chose même qu'il dénonçait ? N'était-ce que de la rhétorique creuse destinée à épater les élites de Davos, tandis qu'il soutenait discrètement les violations mêmes qu'il prétendait combattre en janvier ?
Si le Canada croit véritablement au droit international, pourquoi ce silence lâche quand les acteurs les plus puissants du monde le mettent à feu et à sang ? La question exige une réponse. Carney n'est-il intéressé à défendre le droit international que lorsque cela sert le Canada et ses alliés ? Ou est-il attaché à la souveraineté territoriale de toutes les nations — alliées comme adversaires ?
La réaction initiale de Carney à cette nouvelle guerre crie à l'application sélective. Le Canada était parmi les voix les plus fortes pour condamner l'invasion russe de l'Ukraine comme une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Des sanctions furent imposées au milieu de discours empreints d'indignation. L'« ordre fondé sur des règles » devint un mantra. Pourtant, lorsque les États-Unis et Israël lancent une guerre d'agression illégale contre l'Iran — bombardant des sites civils, assassinant des dirigeants et embrasant une région entière — le Canada offre, au mieux, un soutien « avec regrets », et au pire, une volte-face. Aucune exigence de responsabilité, seulement des platitudes sur la diplomatie pendant que des innocents meurent.
Des experts internationaux dénoncent ce double standard grotesque. Le Rapporteur spécial de l'ONU, Ben Saul, a déclaré sans ambages que les frappes américano-israéliennes « semblent enfreindre l'interdiction d'agression prévue par la Charte des Nations Unies » et sont dépourvues de toute justification juridique valable.
Yusra Suedi, professeure adjointe de droit international à l'Université de Manchester, avertit que les attaques constituent un crime d'agression et exposent la « fragilité qui se désagrège » du droit international — précisément la même fragilité que l'Occident avait soulignée lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, mais qu'il ignore commodément lorsqu'il s'agit de ses propres alliés.
Un article d'Al Jazeera a caractérisé les attaques en ces termes : « Le recours à la force militaire aveugle a contribué à un sentiment d'impunité pour les États puissants et a dégradé le système du droit international. »
Le Centre mondial pour la responsabilité de protéger a documenté la tendance — une condamnation rapide et unanime des actions de la Russie en Ukraine, contrastant avec des excuses, un silence ou un soutien ouvert à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, Gaza, le Liban et au-delà.
Les principaux bénéficiaires du mépris de Washington pour la Charte des Nations Unies sont précisément les acteurs que l'Occident prétend combattre — la Russie, désormais enhardi en Ukraine, et la Chine, qui attend son heure à propos de Taïwan. Le message adressé au monde est clair : le droit international est une arme à brandir contre les adversaires, jamais contre nous-mêmes.
Au lieu de faire preuve d'un leadership de principe, Carney a affiché une hypocrisie éhontée qui déshonore la réputation internationale du Canada. Cela n'est pas surprenant compte tenu du refus de son gouvernement de reconnaître les actions d'Israël à Gaza comme un génocide, malgré les preuves accablantes et les conclusions explicites d'Amnesty International, Human Rights Watch, B'Tselem, Médecins Sans Frontières, l'Association internationale des chercheurs sur le génocide, l'ONU et de nombreuses autres organisations internationales respectées. Au lieu de cela, le Canada continue de s'allier à des nations commettant les crimes internationaux les plus graves et de les protéger politiquement, tandis que l'Iran brûle et que son peuple souffre.
En soutenant — ou au moins en refusant de condamner — cette guerre d'agression, Carney a aligné le Canada sur les forces mêmes qu'il critiquait à Davos, celles qui ignorent l'État de droit, sèment le chaos et la souffrance, pendant que leurs victimes enterrent leurs morts. Nous étions censés avoir laissé cette ère derrière nous après 1945. Et pourtant, nous voici de retour à la loi de la jungle.
Les frappes ont été lancées alors que les négociations sur le programme nucléaire iranien progressaient, selon des informations concordantes. L'accord nucléaire de 2015 avec l'Iran— négocié sous Barack Obama — fonctionnait jusqu'à ce que Trump le déchire à la demande de Netanyahu. Carney le sait, et pourtant il appelle à la « retenue » maintenant que le génie est sorti de la bouteille. Il condamne les représailles iraniennes mais refuse de nommer les agresseurs originels. Pourquoi ?
Parce que la cohérence exigerait que le Canada prenne position par principe contre de puissants alliés. Parce qu'admettre que l'attaque contre l'Iran viole la Charte des Nations Unies exposerait l'hypocrisie. Parce que la vision tant vantée de Carney à Davos est un théâtre de pose, non destiné à s'appliquer aux crimes des alliés.
Le Canada ne peut prétendre à une autorité morale quand notre premier ministre se dérobe à l'évidence — l'assaut américano-israélien contre l'Iran est illégal, dangereux et constitue une violation directe de la Charte des Nations Unies et de la souveraineté territoriale d'un État membre. Le refus de Carney de le condamner révèle exactement où se situent ses véritables engagements — du côté du pouvoir et des alliances, plutôt que des principes.
Le monde observe. Les petites nations — celles-là mêmes que Carney prétendait défendre à Davos — en prennent note. Si le Canada ne défend pas les règles quand cela compte le plus, face aux violations des plus puissants, alors les paroles de Carney ne valaient rien. Le droit international s'applique à tous, ou il ne s'applique à personne. La honte lui appartient — et à chaque Canadien qui croit encore que son gouvernement représente quelque chose de plus que de l'hypocrisie sélective.
La voie vers l'avenir est l'anarchie à moins que des dirigeants comme Carney ne trouvent le courage de dire la vérité aux puissants — en commençant par nommer le crime suprême pour ce qu'il est. D'ici là, son discours de Davos restera comme un monument à la rhétorique creuse et à la faillite morale.
Note de la rédaction, 17 mars 2026 : Cet article a été corrigé pour indiquer qu'une citation attribuée à Rebecca Inger était en réalité tirée d'un article d'Al Jazeera.
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24.03.2026 à 13:20
Budget 2026 : le Québec s'engage de plain-pied dans l'austérité

Le ministre des Finances Eric Girard présentait aujourd'hui son budget pour 2026-2027 dans un contexte marqué par l'incertitude économique à l'échelle internationale et la tenue prochaine d'élections. Un contexte préélectoral qui donne lieu à une pléthore de petites mesures qui laissent croire que le gouvernement est à l'écoute des préoccupations de la population québécoise. Elles illustrent toutefois son incapacité à remédier aux crises que traverse le Québec, faute d'une approche structurante et d'un renforcement des missions sociales de l'État.
18 mars 2026 | tiré de la lettre de l'IRIS
Le gouvernement se vante d'avoir remis de l'argent dans les poches des Québécoises et des Québécois, mais les montants dont il se prive en raison de la baisse d'impôt de 2023-2024 et de l'uniformisation de la taxe scolaire depuis 2018-2019 privent le gouvernement de 3,0G$ en 2026-2027 seulement. Un manque à gagner qui fragilise davantage les services publics dont dépend la qualité de vie de la population québécoise.
Cadre budgétaire
Il y a un an, lors de la présentation du plan de retour à l'équilibre budgétaire, plusieurs observateurs étaient frappés de voir la diminution drastique des dépenses qu'il faudrait concrétiser pour atteindre l'objectif d'une résorption du déficit pour l'année 2029-2030. Or, cette année, malgré l'approche de l'échéance électorale et le saupoudrage de mesures, le gouvernement suit bel et bien le plan qu'il avait annoncé et s'engage dans une phase de coupes budgétaires importantes.
Certes, le budget de la santé et des services sociaux (+4,1 %) est tout juste suffisant pour couvrir l'augmentation des coûts du système (estimée par l'IRIS à 4 %). Mais la hausse de 2,4% des dépenses en éducation est insuffisante puisque l'augmentation requise était de 3,8 %.
De façon beaucoup plus drastique, le budget de tous les autres portefeuilles (hors santé et éducation) diminuera de 1,2 % alors qu'il aurait fallu l'augmenter de 2,3 % pour couvrir les coûts du système. En somme, les dépenses de programme du gouvernement québécois augmenteront de 1,6 % alors qu'on aurait eu besoin de 3,2 % pour absorber les coûts du système. Le manque à gagner qui correspond à la différence entre les deux chiffres s'élève à 2,6 G$. Le Québec est en austérité.
Le graphique suivant, qui apparaît à la page F.67 du plan budgétaire, montre la réduction drastique des dépenses que concrétise le gouvernement québécois dans l'exercice budgétaire qui s'amorcera le 1er avril.
Non seulement le gouvernement québécois s'engage à tête baissée dans l'austérité, il le fait même si les finances publiques ont bénéficié d'une embellie considérable au terme de l'exercice budgétaire qui se termine. En effet, lors du dépôt du précédent budget il y a un an, le gouvernement prévoyait enregistrer un déficit comptable de 11,4 G$ en 2025-2026 (1,8 % du PIB). Les chiffres révisés annoncent plutôt un déficit de 7,7 G$ (1,2 % du PIB).
Pour l'exercice 2026-2027, le gouvernement québécois prévoit des revenus de 166 492M$ et des dépenses de 170 757M$, ce à quoi il ajoute une « provision pour éventualités » (une marge de manœuvre en cas d'imprévu) de 2 G$ pour un déficit de 6,3 G$ (0,9 % du PIB). En somme, le déficit se résorbe rapidement, mais cela se fait au prix de coupes drastiques dans les services.
On trouve une petite consolation en constatant à quel point le gouvernement met désormais l'accent sur le déficit comptable plutôt que le déficit après les versements aux Fonds des générations, un indicateur qui biaise l'ampleur du déficit en le gonflant inutilement. Reste à voir si cette évolution positive sera reprise par les médias et, qui sait, le grand public.
Nouvelles dépenses
Le gouvernement annonce 2,1G$ en nouvelles dépenses comparativement à 2,8G$ dans le budget de l'année dernière. Ces nouvelles mesures se déclinent en trois grandes catégories : (1) l'accélération de la transformation économique du Québec, (2) le soutien des grandes missions de l'État et (3) l'appui aux Québécois et aux communautés avec des « gestes ciblés ».
Appuyer les grandes missions de l'État
Santé
Le soutien aux grandes missions s'élève à 910M$ pour 2026-2027. De ce montant, la santé recevra 400M$, dont 162M$ pour une mystérieuse « consolidation de l'offre de soins et services » en santé et services sociaux, 150M$ pour améliorer l'accès aux médicaments à travers une offre accrue de traitements et 40M$ pour réduire les listes d'attente en chirurgie. Toujours en santé, le gouvernement prévoit 10M$ (une somme qui grimpera ensuite à 20 M$ par année) pour accroître l'offre de service par les pharmaciens, 5M$ (qui passera ensuite à 10 M$ par année) pour mettre en œuvre le nouveau mode de rémunération des médecins ainsi qu'un autre 10M$ par année pendant trois ans pour « soutenir la coordination des actions gouvernementales en première ligne ».
Éducation et enseignement supérieur
Le budget prévoit également 165M$ en éducation, dont 50M$ pour aménager des salles modulaires pour combler les besoins urgents d'espace, ce qui, comme le déficit d'entretien, montre la planification déficiente dans ce domaine. Le gouvernement cherchera par ailleurs à réduire la pénurie de main-d'œuvre en favorisant le retour de personnes retraitées (37M$), mais aussi en rendant les postes temporaires moins précaires (15M$). À propos de cette dernière mesure, l'IRIS formulait une proposition de réduction de la précarité du personnel scolaire qui coûterait 300M$ par année, ce qui montre l'aspect pratiquement symbolique de l'approche gouvernementale.
Enfin, en enseignement supérieur et en formation, le budget annonce 105M$ de dépenses en 2026-2027, dont quelques millions en recherche pour le CIRANO, la Chaire en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke, le Centre sur la productivité et prospérité des HEC et pour l'Institut du Québec… mais rien pour l'IRIS malheureusement. Blague à part, le budget annonce le prolongement de l'allocation d'aide à l'emploi (48M$) qui permet aux personnes en recherche d'emploi de « bénéficier d'une aide financière durant leur participation à certaines mesures d'intégration en emploi » (p. C.30). Il annonce aussi 30 M$ pour la formation de diplômés dans les secteurs « stratégiques » aux yeux du gouvernement caquiste : la défense, l'IA, la cybersécurité et les minéraux critiques.
Sécurité
Enfin, en ce qui a trait aux grandes missions de l'État, il est notable que l'un des plus grands montants annoncés (150M$) pour l'année à venir concerne « les activités de prévention et d'intervention en matière de sécurité », ce qui inclut les dépenses causées par les changements climatiques. Il faut s'attendre à ce que ce chiffre augmente de plus en plus rapidement avec les événements climatiques extrêmes causés par la crise environnementale dont le gouvernement fait peu de cas.
Appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés
Le budget prévoit des mesures pour « appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés », qui totalisent 742,3M$ pour 2026-2027.
Services de garde
À cet égard, deux mesures qui coûteront ensemble 89,4M$ en 2026-2027 retiennent l'attention.
Premièrement, l'extension du réseau subventionné des services de garde éducatifs à l'enfance par la conversion de 5000 places non subventionnées, une mesure qui coûtera 22,4M$ cette année. Le financement de places en services de garde vise notamment les régions plus défavorisées, mais ne créant pas de nouvelles places, cette mesure ne pourra combler les besoins pour les parents toujours en attente d'une place ni renforcer le réseau des centres de la petite enfance, qui pâtit depuis des années de la préférence des gouvernements pour le réseau privé. Avec 34 000 nouvelles places créées au 31 janvier 2026, le gouvernement est sous l'objectif d'environ 46 000 qu'il s'était donné en 2021 (p. D8).
Mentionnons également que dans le Plan québécois des infrastructures, on constate une réduction de 33,6% du financement des services de garde éducatifs à l'enfance. Concrètement, cela annonce une réduction des investissements pour rénover les garderies existantes et en construire de nouvelles, alors qu'il y a déjà un manque criant de places pour les enfants. Rappelons que les sommes attribuées à ce secteur avaient été réduites de 18,4% l'année dernière.
Deuxièmement, le maintien du plafonnement de la croissance de la taxe scolaire à 3 % représente une dépense de 67M$ en 2026-2027. Cette mesure bénéficiera aux propriétaires, tout en continuant de priver l'État de revenus provenant d'une des deux seules mesures d'imposition du patrimoine au Québec avec la taxe foncière. En additionnant l'effet de l'uniformisation de la taxe scolaire cette année, c'est 1,2G$ en moins cette année dans les coffres de l'État (p. D9).
Populations vulnérables
Le budget prévoit 60,8M$ en mesures pour l'itinérance et les problèmes de santé mentale. Parmi celles-ci, 5,1M$ permettront en 2026-2027 d'accorder 1 000 nouvelles unités du Programme de supplément au loyer d'urgence en prévision du 1er juillet (et environ 8M$ par année pour les deux années suivantes). Cette mesure doit éviter que des personnes se retrouvent à la rue, mais elle ne permet ni de créer des logements à l'abri de la spéculation et des hausses de loyer, ni aucun nouveau logement social, la seule catégorie de logement réellement abordable.
Le gouvernement Legault continue de faire des efforts pour lutter contre les violences conjugale et sexuelle, en consacrant cette année 55,8M$ à cet objectif. Il est à craindre que les 12,0M$ qui visent à « rehausser le soutien aux maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence » ne seront cependant pas à la hauteur des besoins de ces organismes communautaires qui peinent à offrir de nouvelles places et à améliorer les conditions de travail de leur personnel (p. D15).
Logement
Le budget prévoit 292,3M$ pour soutenir l'accès au logement. De ce montant, 46,1M$ permettront de construire 1000 logements dits abordables dans le cadre du Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ). Par contre, on ne retrouve aucune mention d'une préférence pour les organismes à but non lucratif, qui rencontrent des difficultés pour mener à bien des projets à travers le PHAQ depuis sa création.
Les 52,7M$ prévus pour financer le déficit d'exploitation de logements ainsi que le montant de 118,5M$ pour rénover le parc d'habitations à loyer modique sont les bienvenus, bien qu'ils nous rappellent l'absence de sommes pour créer de nouveaux logements sociaux, ce qui est pratiquement une constante depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018.
Organismes communautaires
80,8M$ sont prévus pour renforcer les services aux personnes vulnérables, dont 45,6M$ pour appuyer les organismes communautaires (notamment en soutenant leur mission globale) et 21,0M$ pour l'organisme Les banques alimentaires du Québec. Comme les mesures prévues pour le logement, l'itinérance ou les femmes victimes de violence conjugale, ces sommes montrent que le gouvernement reconnaît l'existence des multiples crises sociales que traverse le Québec, mais échoue à mettre l'effort nécessaire pour y remédier. Le gouvernement se « vante » au contraire de se priver notamment d'un montant de 1,8G$ en 2026-2027 en raison des baisses d'impôt consenties depuis 2018-2019.
Soutien aux communautés
Les 130,9M$ en 2026-2027 pour assurer la résilience des communautés sont répartis entre plusieurs petites mesures qui visent à aider les municipalités et des institutions à entretenir leurs infrastructures, ainsi qu'améliorer certains services comme le transport aérien interrégional, puis, de manière plus marginale, à protéger ou restaurer des écosystèmes, à soutenir les communautés autochtones et à encourager la pratique de sports et loisirs. Le soutien à l'adaptation et à la lutte contre les changements climatiques se voit accorder une somme de 49,2M$ en 2026-2027, essentiellement pour des mesures d'aide à la rénovation et d'efficacité énergétique dans le secteur résidentiel. Bref, des mesures intéressantes, mais d'une ampleur dérisoire en comparaison avec celle de la crise écologique en cours.
Culture
Les mesures pour faire rayonner la culture et le patrimoine culturel québécois totalisent cette année un maigre 32,3M$. Ce maigre engagement, qui comprend notamment 13,0M$ pour maintenir le financement de la culture à l'école et des sorties scolaires en milieu culturel, montre là encore que le gouvernement est au courant des préoccupations de la population québécoise. Il témoigne cependant d'une incapacité à agir de manière structurante dans un contexte où le milieu culturel a formulé de nombreux avertissements au sujet de la précarité des artistes, des travailleurs et travailleuses culturelles ainsi que des organismes et institutions culturels et artistiques.
Accélérer la transformation économique du Québec
Politiques économiques et aide aux entreprises
Sous prétexte « d'accélérer la transformation économique du Québec », le gouvernement annonce une panoplie de mesures pour aider les entreprises. Il s'agit dans la plupart des cas de crédits d'impôt et de fonds additionnels dans des programmes visant à favoriser « l'innovation », les « secteurs d'avenir » et les « technologies de pointe ». Les secteurs dont il est question incluent notamment l'intelligence artificielle et la défense.
En misant sur ces secteurs, le gouvernement semble jouer à la roulette russe avec l'argent des Québécoises et des Québécois. En effet, dans le premier cas, des rapports récents ont montré que l'intelligence artificielle avait peu contribué à l'amélioration de la compétitivité des entreprises, alors que plusieurs analystes craignent l'éclatement de la bulle de l'IA et que les conséquences environnementales de ce secteur sont bien documentées. Dans le second cas, des études montrent que l'industrie militaire contribue moins à l'économie et à l'emploi que d'autres secteurs plus structurants comme la santé ou la recherche scientifique, tout en ayant des impacts écologiques plus grands.
De manière générale, les mesures d'aide aux entreprises présentées dans ce budget montrent que le gouvernement n'a pas intégré la question écologique à sa conception de l'économie. À titre d'exemple, pour protéger l'industrie forestière menacée par les tarifs américains, le gouvernement se contente de réduire les redevances des entreprises pour « améliorer leur compétitivité ». Il passe ainsi à côté d'une occasion de proposer des mesures pour favoriser la transformation locale et l'aménagement forestier durable.
Transport en commun
En matière de transport, les investissements prévus au Plan québécois des infrastructures sont essentiellement les mêmes que ceux qui avaient été annoncés l'année dernière. On constate donc un déséquilibre persistant entre le réseau routier et le transport collectif, à la faveur du premier. Le réseau routier reçoit en effet 73,6% des investissements en transport, contre 26,4% pour le transport collectif. Rappelons qu'entre 2020 et 2025, les investissements dans le réseau routier ont connu une augmentation 10 fois plus élevée que celle du transport en commun (9G$ contre 900M$). En refusant de soutenir davantage le transport en commun, le gouvernement maintient l'hégémonie de l'automobile. Dans le contexte d'incertitude actuel, la dépendance au pétrole expose pourtant le Québec à des risques économiques.
Article mis à jour le 19 mars 2026 à 13h00.
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