LePartisan - 1570 vues
MEDIAS REVUES BLOGS
URL du flux RSS

▸ les 97 dernières parutions

24.03.2026 à 13:20

Budget 2026 : le Québec s'engage de plain-pied dans l'austérité

Guillaume Hébert, Guillaume Tremblay-Boily, Julia Posca

Le ministre des Finances Eric Girard présentait aujourd'hui son budget pour 2026-2027 dans un contexte marqué par l'incertitude économique à l'échelle internationale et la tenue prochaine d'élections. Un contexte préélectoral qui donne lieu à une pléthore de petites mesures qui laissent croire que le gouvernement est à l'écoute des préoccupations de la population québécoise. Elles illustrent toutefois son incapacité à remédier aux crises que traverse le Québec, faute d'une approche structurante et d'un renforcement des missions sociales de l'État.

18 mars 2026 | tiré de la lettre de l'IRIS

Le gouvernement se vante d'avoir remis de l'argent dans les poches des Québécoises et des Québécois, mais les montants dont il se prive en raison de la baisse d'impôt de 2023-2024 et de l'uniformisation de la taxe scolaire depuis 2018-2019 privent le gouvernement de 3,0G$ en 2026-2027 seulement. Un manque à gagner qui fragilise davantage les services publics dont dépend la qualité de vie de la population québécoise.

Cadre budgétaire

Il y a un an, lors de la présentation du plan de retour à l'équilibre budgétaire, plusieurs observateurs étaient frappés de voir la diminution drastique des dépenses qu'il faudrait concrétiser pour atteindre l'objectif d'une résorption du déficit pour l'année 2029-2030. Or, cette année, malgré l'approche de l'échéance électorale et le saupoudrage de mesures, le gouvernement suit bel et bien le plan qu'il avait annoncé et s'engage dans une phase de coupes budgétaires importantes.

Certes, le budget de la santé et des services sociaux (+4,1 %) est tout juste suffisant pour couvrir l'augmentation des coûts du système (estimée par l'IRIS à 4 %). Mais la hausse de 2,4% des dépenses en éducation est insuffisante puisque l'augmentation requise était de 3,8 %.

De façon beaucoup plus drastique, le budget de tous les autres portefeuilles (hors santé et éducation) diminuera de 1,2 % alors qu'il aurait fallu l'augmenter de 2,3 % pour couvrir les coûts du système. En somme, les dépenses de programme du gouvernement québécois augmenteront de 1,6 % alors qu'on aurait eu besoin de 3,2 % pour absorber les coûts du système. Le manque à gagner qui correspond à la différence entre les deux chiffres s'élève à 2,6 G$. Le Québec est en austérité.

Le graphique suivant, qui apparaît à la page F.67 du plan budgétaire, montre la réduction drastique des dépenses que concrétise le gouvernement québécois dans l'exercice budgétaire qui s'amorcera le 1er avril.

Non seulement le gouvernement québécois s'engage à tête baissée dans l'austérité, il le fait même si les finances publiques ont bénéficié d'une embellie considérable au terme de l'exercice budgétaire qui se termine. En effet, lors du dépôt du précédent budget il y a un an, le gouvernement prévoyait enregistrer un déficit comptable de 11,4 G$ en 2025-2026 (1,8 % du PIB). Les chiffres révisés annoncent plutôt un déficit de 7,7 G$ (1,2 % du PIB).

Pour l'exercice 2026-2027, le gouvernement québécois prévoit des revenus de 166 492M$ et des dépenses de 170 757M$, ce à quoi il ajoute une « provision pour éventualités » (une marge de manœuvre en cas d'imprévu) de 2 G$ pour un déficit de 6,3 G$ (0,9 % du PIB). En somme, le déficit se résorbe rapidement, mais cela se fait au prix de coupes drastiques dans les services.

On trouve une petite consolation en constatant à quel point le gouvernement met désormais l'accent sur le déficit comptable plutôt que le déficit après les versements aux Fonds des générations, un indicateur qui biaise l'ampleur du déficit en le gonflant inutilement. Reste à voir si cette évolution positive sera reprise par les médias et, qui sait, le grand public.

Nouvelles dépenses

Le gouvernement annonce 2,1G$ en nouvelles dépenses comparativement à 2,8G$ dans le budget de l'année dernière. Ces nouvelles mesures se déclinent en trois grandes catégories : (1) l'accélération de la transformation économique du Québec, (2) le soutien des grandes missions de l'État et (3) l'appui aux Québécois et aux communautés avec des « gestes ciblés ».

Appuyer les grandes missions de l'État

Santé

Le soutien aux grandes missions s'élève à 910M$ pour 2026-2027. De ce montant, la santé recevra 400M$, dont 162M$ pour une mystérieuse « consolidation de l'offre de soins et services » en santé et services sociaux, 150M$ pour améliorer l'accès aux médicaments à travers une offre accrue de traitements et 40M$ pour réduire les listes d'attente en chirurgie. Toujours en santé, le gouvernement prévoit 10M$ (une somme qui grimpera ensuite à 20 M$ par année) pour accroître l'offre de service par les pharmaciens, 5M$ (qui passera ensuite à 10 M$ par année) pour mettre en œuvre le nouveau mode de rémunération des médecins ainsi qu'un autre 10M$ par année pendant trois ans pour « soutenir la coordination des actions gouvernementales en première ligne ».

Éducation et enseignement supérieur

Le budget prévoit également 165M$ en éducation, dont 50M$ pour aménager des salles modulaires pour combler les besoins urgents d'espace, ce qui, comme le déficit d'entretien, montre la planification déficiente dans ce domaine. Le gouvernement cherchera par ailleurs à réduire la pénurie de main-d'œuvre en favorisant le retour de personnes retraitées (37M$), mais aussi en rendant les postes temporaires moins précaires (15M$). À propos de cette dernière mesure, l'IRIS formulait une proposition de réduction de la précarité du personnel scolaire qui coûterait 300M$ par année, ce qui montre l'aspect pratiquement symbolique de l'approche gouvernementale.

Enfin, en enseignement supérieur et en formation, le budget annonce 105M$ de dépenses en 2026-2027, dont quelques millions en recherche pour le CIRANO, la Chaire en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke, le Centre sur la productivité et prospérité des HEC et pour l'Institut du Québec… mais rien pour l'IRIS malheureusement. Blague à part, le budget annonce le prolongement de l'allocation d'aide à l'emploi (48M$) qui permet aux personnes en recherche d'emploi de « bénéficier d'une aide financière durant leur participation à certaines mesures d'intégration en emploi » (p. C.30). Il annonce aussi 30 M$ pour la formation de diplômés dans les secteurs « stratégiques » aux yeux du gouvernement caquiste : la défense, l'IA, la cybersécurité et les minéraux critiques.

Sécurité

Enfin, en ce qui a trait aux grandes missions de l'État, il est notable que l'un des plus grands montants annoncés (150M$) pour l'année à venir concerne « les activités de prévention et d'intervention en matière de sécurité », ce qui inclut les dépenses causées par les changements climatiques. Il faut s'attendre à ce que ce chiffre augmente de plus en plus rapidement avec les événements climatiques extrêmes causés par la crise environnementale dont le gouvernement fait peu de cas.

Appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés

Le budget prévoit des mesures pour « appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés », qui totalisent 742,3M$ pour 2026-2027.

Services de garde

À cet égard, deux mesures qui coûteront ensemble 89,4M$ en 2026-2027 retiennent l'attention.
Premièrement, l'extension du réseau subventionné des services de garde éducatifs à l'enfance par la conversion de 5000 places non subventionnées, une mesure qui coûtera 22,4M$ cette année. Le financement de places en services de garde vise notamment les régions plus défavorisées, mais ne créant pas de nouvelles places, cette mesure ne pourra combler les besoins pour les parents toujours en attente d'une place ni renforcer le réseau des centres de la petite enfance, qui pâtit depuis des années de la préférence des gouvernements pour le réseau privé. Avec 34 000 nouvelles places créées au 31 janvier 2026, le gouvernement est sous l'objectif d'environ 46 000 qu'il s'était donné en 2021 (p. D8).

Mentionnons également que dans le Plan québécois des infrastructures, on constate une réduction de 33,6% du financement des services de garde éducatifs à l'enfance. Concrètement, cela annonce une réduction des investissements pour rénover les garderies existantes et en construire de nouvelles, alors qu'il y a déjà un manque criant de places pour les enfants. Rappelons que les sommes attribuées à ce secteur avaient été réduites de 18,4% l'année dernière.

Deuxièmement, le maintien du plafonnement de la croissance de la taxe scolaire à 3 % représente une dépense de 67M$ en 2026-2027. Cette mesure bénéficiera aux propriétaires, tout en continuant de priver l'État de revenus provenant d'une des deux seules mesures d'imposition du patrimoine au Québec avec la taxe foncière. En additionnant l'effet de l'uniformisation de la taxe scolaire cette année, c'est 1,2G$ en moins cette année dans les coffres de l'État (p. D9).

Populations vulnérables

Le budget prévoit 60,8M$ en mesures pour l'itinérance et les problèmes de santé mentale. Parmi celles-ci, 5,1M$ permettront en 2026-2027 d'accorder 1 000 nouvelles unités du Programme de supplément au loyer d'urgence en prévision du 1er juillet (et environ 8M$ par année pour les deux années suivantes). Cette mesure doit éviter que des personnes se retrouvent à la rue, mais elle ne permet ni de créer des logements à l'abri de la spéculation et des hausses de loyer, ni aucun nouveau logement social, la seule catégorie de logement réellement abordable.

Le gouvernement Legault continue de faire des efforts pour lutter contre les violences conjugale et sexuelle, en consacrant cette année 55,8M$ à cet objectif. Il est à craindre que les 12,0M$ qui visent à « rehausser le soutien aux maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence » ne seront cependant pas à la hauteur des besoins de ces organismes communautaires qui peinent à offrir de nouvelles places et à améliorer les conditions de travail de leur personnel (p. D15).

Logement

Le budget prévoit 292,3M$ pour soutenir l'accès au logement. De ce montant, 46,1M$ permettront de construire 1000 logements dits abordables dans le cadre du Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ). Par contre, on ne retrouve aucune mention d'une préférence pour les organismes à but non lucratif, qui rencontrent des difficultés pour mener à bien des projets à travers le PHAQ depuis sa création.

Les 52,7M$ prévus pour financer le déficit d'exploitation de logements ainsi que le montant de 118,5M$ pour rénover le parc d'habitations à loyer modique sont les bienvenus, bien qu'ils nous rappellent l'absence de sommes pour créer de nouveaux logements sociaux, ce qui est pratiquement une constante depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018.

Organismes communautaires

80,8M$ sont prévus pour renforcer les services aux personnes vulnérables, dont 45,6M$ pour appuyer les organismes communautaires (notamment en soutenant leur mission globale) et 21,0M$ pour l'organisme Les banques alimentaires du Québec. Comme les mesures prévues pour le logement, l'itinérance ou les femmes victimes de violence conjugale, ces sommes montrent que le gouvernement reconnaît l'existence des multiples crises sociales que traverse le Québec, mais échoue à mettre l'effort nécessaire pour y remédier. Le gouvernement se « vante » au contraire de se priver notamment d'un montant de 1,8G$ en 2026-2027 en raison des baisses d'impôt consenties depuis 2018-2019.

Soutien aux communautés

Les 130,9M$ en 2026-2027 pour assurer la résilience des communautés sont répartis entre plusieurs petites mesures qui visent à aider les municipalités et des institutions à entretenir leurs infrastructures, ainsi qu'améliorer certains services comme le transport aérien interrégional, puis, de manière plus marginale, à protéger ou restaurer des écosystèmes, à soutenir les communautés autochtones et à encourager la pratique de sports et loisirs. Le soutien à l'adaptation et à la lutte contre les changements climatiques se voit accorder une somme de 49,2M$ en 2026-2027, essentiellement pour des mesures d'aide à la rénovation et d'efficacité énergétique dans le secteur résidentiel. Bref, des mesures intéressantes, mais d'une ampleur dérisoire en comparaison avec celle de la crise écologique en cours.

Culture

Les mesures pour faire rayonner la culture et le patrimoine culturel québécois totalisent cette année un maigre 32,3M$. Ce maigre engagement, qui comprend notamment 13,0M$ pour maintenir le financement de la culture à l'école et des sorties scolaires en milieu culturel, montre là encore que le gouvernement est au courant des préoccupations de la population québécoise. Il témoigne cependant d'une incapacité à agir de manière structurante dans un contexte où le milieu culturel a formulé de nombreux avertissements au sujet de la précarité des artistes, des travailleurs et travailleuses culturelles ainsi que des organismes et institutions culturels et artistiques.

Accélérer la transformation économique du Québec

Politiques économiques et aide aux entreprises

Sous prétexte « d'accélérer la transformation économique du Québec », le gouvernement annonce une panoplie de mesures pour aider les entreprises. Il s'agit dans la plupart des cas de crédits d'impôt et de fonds additionnels dans des programmes visant à favoriser « l'innovation », les « secteurs d'avenir » et les « technologies de pointe ». Les secteurs dont il est question incluent notamment l'intelligence artificielle et la défense.

En misant sur ces secteurs, le gouvernement semble jouer à la roulette russe avec l'argent des Québécoises et des Québécois. En effet, dans le premier cas, des rapports récents ont montré que l'intelligence artificielle avait peu contribué à l'amélioration de la compétitivité des entreprises, alors que plusieurs analystes craignent l'éclatement de la bulle de l'IA et que les conséquences environnementales de ce secteur sont bien documentées. Dans le second cas, des études montrent que l'industrie militaire contribue moins à l'économie et à l'emploi que d'autres secteurs plus structurants comme la santé ou la recherche scientifique, tout en ayant des impacts écologiques plus grands.

De manière générale, les mesures d'aide aux entreprises présentées dans ce budget montrent que le gouvernement n'a pas intégré la question écologique à sa conception de l'économie. À titre d'exemple, pour protéger l'industrie forestière menacée par les tarifs américains, le gouvernement se contente de réduire les redevances des entreprises pour « améliorer leur compétitivité ». Il passe ainsi à côté d'une occasion de proposer des mesures pour favoriser la transformation locale et l'aménagement forestier durable.

Transport en commun

En matière de transport, les investissements prévus au Plan québécois des infrastructures sont essentiellement les mêmes que ceux qui avaient été annoncés l'année dernière. On constate donc un déséquilibre persistant entre le réseau routier et le transport collectif, à la faveur du premier. Le réseau routier reçoit en effet 73,6% des investissements en transport, contre 26,4% pour le transport collectif. Rappelons qu'entre 2020 et 2025, les investissements dans le réseau routier ont connu une augmentation 10 fois plus élevée que celle du transport en commun (9G$ contre 900M$). En refusant de soutenir davantage le transport en commun, le gouvernement maintient l'hégémonie de l'automobile. Dans le contexte d'incertitude actuel, la dépendance au pétrole expose pourtant le Québec à des risques économiques.

Article mis à jour le 19 mars 2026 à 13h00.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

24.03.2026 à 13:20

Les minéraux stratégiques et critiques, un enjeu militaire

Marc Nantel

Depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, une tempête géopolitique mondiale se dessine dans laquelle les minéraux stratégiques et critiques deviennent un enjeu militaire

16 mars 2026 | tiré de L'Aut'journal

Trump impose son agenda

En réaction à la hausse des tarifs, le gouvernement Carney fait voter en catastrophe « La Loi sur l'unité de l'économie canadienne ». Cette loi vise à accélérer les grands projets d'infrastructure et d'énergie qui sont d'intérêt national (en l'occurrence les mines).

Pour s'arrimer avec le fédéral, le Québec dépose en 2025 le projet de loi 5 « Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale ». Le gouvernement Legault vise à accélérer la construction d'infrastructures majeures en permettant de contourner certaines lois environnementales et de réduire les consultations publiques.

La pression exercée par le président Trump sur les alliés de l'OTAN pour qu'ils augmentent leurs dépenses allouées à la défense, exigeant désormais 5 % de leur PIB, incite Mark Carney à répondre positivement. Le pays consacrera désormais 5 % de son produit intérieur brut à la défense d'ici 2035.

Objets de convoitise

Finalement, la guerre ouverte de Donald Trump sur différents territoires, comme les frappes sur l'Iran, l'enlèvement de Maduro et les menaces sur d'autres pays, comme Cuba, provoque la croissance de l'industrie militaire américaine et mondiale. Afin de l'alimenter, les minéraux critiques et stratégiques du Canada et du Québec deviennent la convoitise de nos voisins.

Dans ce contexte, l'industrie minière voit une opportunité d'accélérer tous les projets miniers, et non seulement les projets d'intérêt national, en prétextant le besoin d'alimenter les complexes industrialo-militaires au niveau international. Leur nouvelle campagne de marketing devient : il faut répondre rapidement aux besoins afin d'accroitre les capacités de défense, de renforcer la souveraineté technologique et d'augmenter la production de munitions.

Ce sentiment d'urgence et la réduction des exigences légales auront un impact sur la qualité de l'environnement et mettront à mal le droit des autochtones sur leurs territoires non cédés. Malgré tout, le premier ministre Carney cherche à placer le Canada en tête de liste des pays qui vont alimenter l'industrie militaire.

Nos cibles environnementales vont s'effacer sous l'appât du gain et sous le soi-disant pragmatisme assumé de nos élus.

Étude sur les liens entre la défense nationale, la sécurité nationale et le secteur des minéraux critiques du Canada

Le 9 mars 2026, lors d'une consultation fédérale concernant la défense nationale, Me Rodrigue Turgeon, co-porte-parole de MiningWatch Canada, a présenté un mémoire [1] à différents partenaires de la scène internationale sur les enjeux provoqués par une ouverture à l'exploitation de nos minéraux critiques dans un contexte de guerre.

Voici quelques extraits du rapport :

Par souci de cohérence, le gouvernement du Canada – comme ceux des provinces et des territoires – devrait faire preuve de transparence et communiquer plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement.

Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada.

(…)

Chose certaine, davantage de dommages à l'environnement et aux droits des peuples autochtones et populations locales sont attendus si le Canada pousse pour une augmentation de la production minière à des fins militaires, de sécurité nationale ou de défense nationale. En aucun cas nous ne pouvons concevoir que les impacts miniers seront réduits dans un contexte d'expansion de l'industrie minière…

(…)

L'urgence climatique est un danger réel et présent à la sécurité nationale, pas seulement une vague menace géopolitique. Nous ne pouvons pas négocier la paix avec la Nature.

Liste des recommandations déposée par MiningWatch

Recommandation #1 : Que chaque projet de loi déposé devant les différentes assemblées législatives concernant le secteur minier devrait accorder aux autorités de meilleurs leviers sur l'accès et le contrôle des ressources minérales ;

Recommandation #2 : Que le gouvernement du Canada, ainsi que ceux des provinces et territoires, fasse preuve de transparence et communique plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement. Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada ;

Recommandation #3 : Que le gouvernement du Canada s'assure et démontre que ses décisions et plans d'action en matière de défense nationale permettent une diminution de ses émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'une diminution des impacts sur la nature en lien avec les minéraux dits critiques ;

Recommandation #4 : Concentrer les investissements, ressources et efforts dans l'atteinte d'une sobriété minérale, tous domaines confondus, y compris dans le secteur de la défense nationale ;

Recommandation #5 : Que la réutilisation et le recyclage des minéraux dits critiques soient privilégiés dans les investissements des gouvernements, à condition que ces mesures ne mettent pas en danger la santé publique ni l'environnement ;

Recommandation #6 : Que le gouvernement du Canada prenne des engagements fermes et mette en place un système transparent et crédible de traçabilité de ses minéraux dits critiques pour assurer la population que ceux-ci ne servent pas à la création ni à la prolifération d'armes utilisées en infraction au droit international, incluant dans des génocides, que ces armes soient employées par le Canada ou un État tiers ;

Recommandation #7 : Que les projets de loi déposés à tous les paliers de gouvernement ne permettent pas d'accélérer la délivrance d'autorisations à des compagnies minières soutenues par toute entité étrangère hostile envers la sécurité nationale du Canada ;

Recommandation #8 : Que les mesures visant à accélérer les projets miniers n'affaiblissent ni ne réduisent les normes environnementales ;

Recommandation #9 : Qu'un bannissement complet des activités minières dans les fonds marins soit mis en œuvre au Canada comme à l'international, en spécifiant que le secteur de la défense nationale n'y fasse pas exception ;

Recommandation #10 : Retirer l'uranium des listes de minéraux dits critiques et éviter d'étendre l'utilisation et la dépendance à l'énergie nucléaire au pays ;

Recommandation #11 : Éviter et minimiser toute activité minière susceptible de causer des atteintes à l'eau douce et à l'air pur ;

Recommandation #12 : Mettre fin au free mining. Mettre pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne le consentement libre, préalable et éclairé, y compris le droit de dire non aux projets miniers ;

À l'évidence, le mouvement environnementaliste a perdu du terrain dans le débat politique. Nous sommes en présence de gouvernements qui sont plus soucieux de l'aspect économique du pays que de la protection de notre environnement.

[1] https://miningwatch.ca/sites/default/files/2026-03-06%20MWC%20-%20Memoire%20au%20Comite%20permanent%20de%20la%20defense%20nationale%20-%20Etude%20sur%20les%20mineeraux%20dit%20s%20critiques.pdf

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

24.03.2026 à 13:19

Le Monde selon Gaza

Chris Hedges

Gaza n'est que le début. Le nouvel ordre mondial est celui où les faibles sont anéantis par les forts, où l'état de droit n'existe pas, où le génocide est un instrument de contrôle et où la barbarie triomphe. La guerre contre l'Iran et l'anéantissement de Gaza ne sont qu'un commencement. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial. L'ère de la barbarie technologiquement avancée. Il n'y a aucune règle pour les forts, seulement pour les faibles. Si vous vous opposez aux forts, si vous refusez de vous incliner devant leurs exigences capricieuses, vous serez plongés sous une pluie de missiles et de bombes.

19 mars 2026 | tiré de Canadian dimension

Les hôpitaux, les écoles primaires, les universités et les immeubles d'habitation sont réduits en ruines. Des médecins, des étudiants, des journalistes, des poètes, des écrivains, des scientifiques, des artistes et des dirigeants politiques — y compris les chefs des équipes de négociation — sont assassinés par dizaines de milliers par des missiles et des drones tueurs.

Les ressources — comme le savent les Vénézuéliens — sont ouvertement volées. La nourriture, l'eau et les médicaments, comme en Palestine, sont transformés en armes.

Qu'ils mangent de la terre.

Les organisations internationales telles que les Nations Unies sont une pantomime, des appendices inutiles d'une autre ère. Le caractère sacré des droits individuels, l'ouverture des frontières et le droit international ont disparu. Les dirigeants les plus dépravés de l'histoire humaine, ceux qui ont réduit des villes en cendres, regroupé des populations captives pour les mener à des sites d'exécution et jonché les terres qu'ils occupaient de charniers et de cadavres, sont de retour avec une force décuplée.

Ils déversent les mêmes tropes hyper-masculins. Ils déversent le même discours vil et raciste. Ils déversent la même vision manichéenne du bien et du mal, du blanc et du noir. Ils déversent le même langage infantile de domination totale et de violence débridée.

Des clowns tueurs. Des bouffons. Des idiots. Ils ont saisi les leviers du pouvoir pour réaliser leurs visions cinglées et caricaturales tout en pillant l'État pour leur propre enrichissement.

« Après avoir été témoin d'un massacre sauvage pendant plusieurs mois, en sachant qu'il avait été conçu, exécuté et cautionné par des gens semblables à eux, qui le présentaient comme une nécessité collective, légitime et même humaine, des millions de personnes se sentent aujourd'hui moins à l'aise dans le monde », écrit Pankaj Mishra dans « Le Monde après Gaza ». « Le choc de cette nouvelle exposition à un mal particulièrement moderne — le mal accompli à l'ère prémoderne uniquement par des individus psychopathes et déchaîné au siècle dernier par les dirigeants et les citoyens de sociétés riches et prétendument civilisées — ne saurait être surestimé. Pas plus que l'abîme moral auquel nous sommes confrontés. »

Les subjugués sont autant d'objets, des marchandises à exploiter pour le profit ou le plaisir. Les dossiers Epstein exposent la maladie et la cruauté de la classe dirigeante. Libéraux. Conservateurs. Présidents d'université. Universitaires. Philanthropes. Titans de Wall Street. Célébrités. Démocrates. Républicains.

Ils se vautrent dans un hédonisme débridé. Ils fréquentent des écoles privées et bénéficient d'une assurance maladie privée. Ils vivent dans des bulles auto-référentielles,entourés par des flagorneurs, des attachés de presse, des conseillers financiers, des avocats, des domestiques, des chauffeurs, des gourous du développement personnel, des chirurgiens plastiques et des coachs sportifs personnels. Ils résident dans des domaines fortement gardés et passent leurs vacances sur des îles privées. Ils voyagent en jets privés et sur de colossaux yachts. Ils existent dans une autre réalité, ce que le journaliste du Wall Street Journal Robert Frank appelle le monde du « Richistan », un monde de Xanadus privés où ils tiennent des bacchanales dignes de Néron, concluent leurs marchés perfides, accumulent leurs milliards et rejettent ceux dont ils se servent, y compris des enfants, comme s'ils étaient des déchets. Personne dans ce cercle magique n'est responsable de quoi que ce soit. Aucun péché n'est trop dépravé. Ce sont des parasites humains. Ils éventrent l'État pour leur profit personnel. Ils terrorisent les « races inférieures de la terre ». Ils éradiquent les dernières et chétives traces de notre société ouverte.

« Il n'y aura ni curiosité, ni jouissance du processus de la vie », écrit George Orwell dans « 1984 ». « Tous les plaisirs concurrents seront détruits. Mais toujours — n'oubliez pas cela, Winston — il y aura toujours l'ivresse du pouvoir, constamment croissante et constamment plus subtile. Toujours, à chaque instant, il y aura le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant. Si vous voulez une image de l'avenir, imaginez une botte écrasant un visage humain — pour toujours. »

La loi, malgré quelques courageux efforts d'une poignée de juges — qui seront bientôt purgés — est un instrument de répression. Le système judiciaire existe pour mettre en scène des procès pour l'exemple. J'ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux londoniens à couvrir la farce dickensienne de la persécution de Julian Assange. Un Loubianka-sur-la-Tamise. Nos tribunaux ne valent pas mieux. Notre ministère de la Justice est une machine à vengeance.

Des individus masqués et armés envahissent les rues des États-Unis et assassinent des civils, y compris des citoyens américains. Les mandarins au pouvoir dépensent des milliards pour convertir des entrepôts en centres de détention et en camps de concentration. Ils affirment qu'ils n'y hébergeront que les sans-papiers, les criminels, mais notre classe dirigeante mondiale ment comme elle respire. À leurs yeux, nous sommes de la vermine, soit aveuglément et inconditionnellement obéissants, soit des criminels. Il n'y a rien entre les deux.

Ces camps de concentration, où il n'y a aucune procédure régulière et où les gens disparaissent, sont conçus pour nous. Et par « nous », j'entends les citoyens de cette république morte. Pourtant, nous regardons, stupéfaits, incrédules, attendant passivement notre propre asservissement.
Ce ne sera plus long.

La sauvagerie en Iran, au Liban et à Gaza est la même sauvagerie à laquelle nous sommes confrontés chez nous. Ceux qui perpètrent le génocide, le massacre de masse et la guerre non provoquée contre l'Iran sont les mêmes personnes qui démantèlent nos institutions démocratiques.

L'anthropologue social Arjun Appadurai qualifie ce qui se passe de « vaste correction malthusienne mondiale », « conçue pour préparer le monde aux gagnants de la mondialisation, sans le bruit gênant de ses perdants ».

Mais non, disent les critiques, ne soyez pas si sombre. Ne soyez pas si négatif. Où est l'espoir ? Vraiment, ce n'est pas aussi grave que ça.

Si vous croyez cela, vous faites partie du problème, un rouage involontaire dans la machinerie de notre État fasciste en rapide consolidation.

La réalité finira par faire exploser ces fantasmes « optimistes », mais il sera alors trop tard.

Le vrai désespoir n'est pas le résultat d'une lecture précise de la réalité. Le vrai désespoir vient de la capitulation, que ce soit par le biais du fantasme ou de l'apathie, face à un pouvoir malveillant. Le vrai désespoir, c'est l'impuissance. Et la résistance, une résistance authentique, même si elle est presque certainement vouée à l'échec, est une source d'émancipation. Elle confère l'estime de soi. Elle confère la dignité. Elle confère de l'autonomie. C'est la seule action qui nous permette d'utiliser le mot espoir.

Les Iraniens, les Libanais et les Palestiniens savent qu'il n'est pas possible d'apaiser ces monstres. Les élites mondiales ne croient en rien. Elles ne ressentent rien. On ne peut leur faire confiance. Elles présentent les traits fondamentaux de tous les psychopathes — charme superficiel, grandiosité et importance d'elle-mêmes, besoin d'une stimulation constante, penchant pour le mensonge, la tromperie, la manipulation et l'incapacité à ressentir des remords ou de la culpabilité. Elles dédaignent comme de la faiblesse les vertus de l'empathie, de l'honnêteté, de la compassion et du sacrifice. Elles vivent selon le credo du Moi. Moi. Moi.

« Le fait que des millions de personnes partagent les mêmes vices ne fait pas de ces vices des vertus, le fait qu'ils partagent tant d'erreurs ne fait pas de ces erreurs des vérités, et le fait que des millions de personnes partagent les mêmes formes de pathologie mentale ne rend pas ces personnes saines d'esprit », écrit Eric Fromm dans « Société aliénée et société saine ».

Nous sommes témoins du mal à Gaza depuis presque trois ans. Nous l'observons maintenant au Liban et en Iran. Nous voyons comment dirigeants politiques et médias masquent ou excusent ce mal.

Le New York Times, s'inspirant de la novlangue orwellienne, a envoyé un mémo interne demandant aux reporters et aux rédacteurs d'éviter les termes « camps de réfugiés », « territoire occupé », « nettoyage ethnique » et, bien sûr, « génocide » lorsqu'ils écrivent sur Gaza. Ceux qui nomment et dénoncent ce mal sont calomniés, mis sur liste noire et purgés des campus universitaires et de la sphère publique. Ils sont arrêtés et expulsés. Un silence assourdissant descend sur nous, le silence de tous les États autoritaires. Si vous manquez à votre devoir, si vous manquez d'encourager la guerre contre l'Iran, votre licence de radiodiffusion sera révoquée, selon la proposition du président de la Commission fédérale des communications, Brendan Carr.

Nous avons des ennemis. Ils ne sont pas en Palestine. Ils ne sont pas au Liban. Ils ne sont pas en Iran. Ils sont ici. Parmi nous. Ils dictent nos vies. Ils sont des traîtres à nos idéaux. Ils sont des traîtres à notre pays. Ils envisagent un monde d'esclaves et de maîtres. Gaza n'est que le début. Il n'existe aucun mécanisme interne de réforme. Nous pouvons faire obstruction ou nous rendre.

Ce sont les seuls choix qui restent.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Voir en ligne : Presse-toi à gauche !
21 / 97

 

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌞