24.03.2026 à 11:22
Flambée des prix du pétrole et du gaz : « La vraie question, c'est : est-ce qu'on a besoin d'autant d'énergie ?

Malgré le conflit du Moyen-Orient et la hausse des prix de l'énergie, le gouvernement rechigne à intégrer la sobriété aux leviers de souveraineté énergétique. Ce mutisme désespère des associations écologistes.
13 mars 2026 | tiré de reporterre.net
« Sobriété ». Alors que le conflit au Moyen-Orient met brutalement en lumière la vulnérabilité de notre système énergétique, et sa dépendance à des chaînes de valeur sur lesquelles nous n'avons aucune prise, on pourrait s'attendre à ce que ce mot soit sur toutes les bouches. Voilà près de deux semaines — depuis le 28 février — que l'Iran bloque, en représailles des attaques israéliennes et étasuniennes, le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. Par ricochet, le prix du baril a fortement augmenté, dépassant les 100 dollars (87 euros) jeudi 12 mars — du jamais vu depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en 2022. Dans les stations-service françaises, les prix de l'essence et du gazole avoisinent les 2 euros.
Lire aussi : Accro aux engrais chimiques, l'agriculture française chamboulée par la guerre au Moyen-Orient
Globalement, en dix jours de guerre, les prix du gaz ont augmenté de 50 %, et ceux du pétrole de 27 % — soit l'équivalent de 3 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour les contribuables européens, notait le 11 mars la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Cette nouvelle explosion des prix de l'énergie, quatre ans à peine après les secousses générées par la guerre en Ukraine, pourrait nous interroger sur notre consommation effrénée de produits fossiles importés de l'étranger. Mais non. Sur ce thème, les responsables politiques restent étonnamment muets.
Aucun plan de sobriété énergétique
Parmi les mesures évoquées pour faire face à l'augmentation des prix du carburant — sujet très inflammable politiquement —, le gouvernement a promis de renforcer les contrôles dans les stations-service afin d'éviter les « hausses abusives » des prix. Matignon étudierait également la possibilité d'encadrer provisoirement les marges des distributeurs. Pas question, en revanche, de mettre en place un « bouclier tarifaire » similaire à celui instauré en 2022… ni de relancer un plan de sobriété énergétique, tel que l'avait fait le gouvernement d'Élisabeth Borne en 2022 et 2023.
Limitation du chauffage des bâtiments publics, incitations à réduire sa vitesse sur la route, extinction nocturne des publicités lumineuses… Quoique « peu ambitieuse » et focalisée sur les gestes individuels, cette campagne visant à réduire notre consommation d'énergie à la source avait au moins eu le mérite d'exister, estime Yves Marignac, chef du pôle Énergies nucléaire et fossiles de l'association Négawatt. Le mutisme actuel du gouvernement sur ces enjeux est selon lui « absurde » : « La sobriété a complètement disparu de l'équation, alors même que les évolutions géopolitiques depuis le début de la guerre en Ukraine n'ont fait que renforcer la pertinence de cette option. »
« La sobriété a complètement disparu de l'équation »
« La leçon à tirer des quelques années qui viennent de s'écouler, en particulier du bouleversement géopolitique imposé par Donald Trump, c'est que nous entrons dans un monde où de grandes puissances imposent la loi du plus fort en s'appuyant sur la captation de ressources essentielles », poursuit Yves Marignac. Il est selon lui « assez évident » que l'Europe et la France, peu dotées en ressources géologiques, auront du mal à tirer leur épingle de ce jeu. « Leur voie de salut serait d'inventer un nouveau modèle de souveraineté et de prospérité, basée sur une économie circulaire et sobre en ressources ».
La France dépendante des importations
Nous en sommes loin. La France ne produit quasiment pas de gaz et de pétrole sur son territoire. Pourtant, 60 % de l'énergie qu'elle consomme est d'origine fossile, relève le Réseau Action Climat dans un récent rapport. Son approvisionnement en gaz dépend d'une demi-douzaine de fournisseurs, avec lesquels elle entretient parfois des relations tendues (comme l'Algérie).
Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, les États-Unis se sont imposés comme l'un de ses principaux partenaires. Ils lui fournissent environ un quart de son gaz, ce qui constitue un levier de pression puissant pour l'administration Trump. L'approvisionnement en pétrole de la France dépend d'un nombre plus important d'acteurs, mais la volatilité des prix de l'or noir est susceptible — comme c'est le cas en ce moment — de faire chanceler le pays.
L'Union européenne est tout aussi vulnérable : 75 % du pétrole et 55 % du gaz qu'elle utilise sont produits hors du continent. En cas de rupture d'approvisionnement, ses stocks ne lui permettraient pas d'être autonome plus de trois mois. Autrement dit, les énergies fossiles sont le « talon d'Achille » de la France et de l'Union européenne, note Bastien Cuq, responsable Énergie au Réseau Action Climat. Les éliminer « rapidement » est une nécessité non seulement climatique, mais aussi géostratégique, insiste-t-il. « La sobriété est un levier de souveraineté. »
À court terme, le gouvernement pourrait selon lui soulager le pays grâce à des mesures simples. En limitant à 110 km/h la vitesse sur les autoroutes, en poussant au covoiturage (notamment avec des incitations financières) et en favorisant le télétravail, tel que le recommandait Négawatt dans une note de 2022, la France pourrait éviter l'importation de 800 millions d'euros par an de pétrole brut, selon les calculs du Réseau Action Climat.
Cars express et lignes de covoiturage
Pour être plus « résilient » face aux crises pétrolières « qui ne manqueront pas de se reproduire », l'ONG Transport & Environment recommande de créer un nouveau système de transport en commun sur les axes denses, composé de cars express et de lignes de covoiturage. Elle suggère également de massifier les dispositifs de leasing social pour les véhicules électriques. À plus long terme, avec la mise en place de plans de sobriété « structurels », axés notamment sur la réduction de nos déplacements et le recours à des modes de transport actifs, « le potentiel d'économies d'énergie serait de l'ordre de 20 % environ », estime Yves Marignac.
Ces 20 % de souveraineté « gagnée » pourraient encore grossir grâce au développement de l'électrification, via des énergies renouvelables, « qui sera d'autant plus rapide qu'elle sera associée à de la sobriété », poursuit-il. Certes, le fonctionnement des éoliennes et des panneaux photovoltaïques repose, lui aussi, sur des matériaux produits hors de nos frontières (notamment en Chine). « Tous les systèmes énergétiques ont leurs problèmes de souveraineté, on ne pourra jamais être 100 % indépendants », reconnaît Bastien Cuq.
Les systèmes axés sur le nucléaire, le gaz et le pétrole seraient néanmoins plus vulnérables, selon lui : « Ils supposent de recommencer à extraire des matériaux du sol dès que l'on a fini de les faire brûler ou exploser. » À l'inverse, « une fois posés, une éolienne ou un panneau solaire peuvent produire de l'électricité sans importation pendant au moins vingt ans, puis être recyclés ».
Le nucléaire présenté comme un facteur d'indépendance
« La vraie question à se poser, c'est : est-ce qu'on a besoin d'autant d'énergie ?, estime Bruno Villalba, professeur de science politique à AgroParisTech et auteur, notamment, de Politiques de sobriété (Le Pommier, 2023). Ivan Illich l'a expliqué dès le premier choc pétrolier, au début des années 1970 : il n'y a pas une crise de l'énergie, il y a une crise du besoin d'énergie. »
Pour l'heure, cette voie n'est pas celle privilégiée par les pouvoirs publics. Plutôt qu'un modèle sobre reposant majoritairement sur les renouvelables, Emmanuel Macron a défendu, le 10 mars, le développement du nucléaire civil, présenté comme un facteur « d'indépendance » — en 2024, 47 % de l'uranium naturel importé en France depuis le Kazakhstan et l'Ouzbékistan transitait pourtant par la Russie, pointe le Réseau Action Climat dans son rapport.
« Est-ce qu'on a besoin d'autant d'énergie ? »
Comment expliquer que la piste des économies d'énergie ne soit même pas évoquée ? « L'idée de la sobriété comme une forme de renoncement programmé, négocié pour s'ajuster aux limites planétaires, est un discours assez compliqué à produire. Surtout dans un espace social anxiogène, marqué par la guerre et des inégalités sociales plus que préoccupantes », analyse Bruno Villalba.
Plus globalement, « l'imaginaire dominant reste celui de l'absence de limites, regrette Yves Marignac. Les forces économiques et politiques s'accrochent à l'idée que la croissance infinie est possible, que les ressources resteront abondantes, que des solutions technologiques seront toujours trouvées... » Les implications de ce « déni collectif » sont selon lui « très lourdes » : « Elles nous détournent de politiques de sobriété devenues quasi vitales pour le pays. »
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24.03.2026 à 11:20
Donald Trump et Minneapolis : les mots du fascisme et ceux de l'émancipation

Le chemin vers la barbarie fasciste est d'abord tracé dans les mots qui banalisent la violence extrême et la haine, raciste et machiste. Cependant, et c'est le fait le plus important, Minneapolis indique le dur chemin à suivre pour réinventer l'espérance d'émancipation.
19 mars 2026 |Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78366
« Pendant 47 ans ils ont tué des gens partout dans le monde et moi, le 47e Président des USA, JE LES TUE, c'est un grand honneur de le faire ».
« Nous avons tout détruit sur l'île de Kharg (terminal pétrolier iranien, DT) mais nous pourrions continuer, juste pour le plaisir » (JUST FOR THE FUN)
« JE PEUX LA PRENDRE (Cuba), JE PEUX TOUT FAIRE ».
(citations récentes de Donald Trump)
Le chemin vers la barbarie fasciste est d'abord tracé dans les mots qui banalisent la violence extrême et la haine, raciste et machiste. C'est ce qu'illustre le parcours de Trump, des paroles aux actes. Deux exemples.
La carrière politique de Trump débuta en 1989. Il s'offrit une pleine page de pub dans un journal new-yorkais pour appeler à l'exécution de cinq jeunes Noirs accusés du viol et du meurtre d'une joggeuse à Central Park. Le criminel – blanc – se dénonça des années plus tard. Les jeunes condamnés injustement firent des années de taule. Trump n'exprima jamais le moindre regret.
Aucun regret non plus pour sa célèbre apologie du viol : « je les attrape par la chatte, quand tu es une star tu peux tout faire ». Notez l'analogie avec la phrase sur Cuba (« je peux la prendre, je peux tout faire »), c'est exactement le même modèle. Le lien entre légitimation de la violence masculine et légitimation de la violence impérialiste apparaît en pleine lumière. Trump veut pouvoir poser ses hôtels sur les belles plages de Cuba, comme il veut pouvoir poser ses sales pattes sur les femmes (ou s'approprier le pétrole du Venezuela). Impunément et par la force.
Aucun regret non plus pour les 165 élèves d'une école de filles en Iran, pulvérisées par un missile Tomahawk. Trump a d'abord prétendu que le missile avait été tiré par l'armée des mollahs. Le mensonge a été démasqué : il s'agissait d'une erreur US due à l'intelligence artificielle qui choisit automatiquement les cibles... « Dans la guerre, il y a des morts », n'est-ce pas ? Même les 7 soldats étasuniens qui ont payé de leur vie la guerre criminelle contre l'Iran n'ont pas inspiré la moindre réaction empathique à Trump. C'est un sociopathe. Lors de la réception des cercueils, sa plus grande préoccupation était d'empêcher le vent de dévoiler l'état réel de son crâne octogénaire. D'où la fameuse casquette...
La citation « je les prends par la chatte » date de 2005. Elle a fait surface deux mois avant l'élection de 2016. Le fait qu'elle n'ait pas empêché Trump d'accéder à la présidence est tragiquement révélateur. Cela témoigne de l'ampleur de la banalisation sociale de la violence. Cette violence est certainement intrinsèque à l'exploitation capitaliste et elle s'appuie toujours, en dernière instance, sur la violence patriarcale contre les femmes. En même temps, ces phénomènes morbides sont spectaculairement amplifiés par les décennies de violence des politiques néolibérales (appliquées par les deux partis dominants aux USA... et par la social-démocratie en Europe), ainsi que par l'absence d'alternative crédible à la lutte individualiste de toustes contre toustes. C'est dans ce fumier d'injustices cruelles, d'abus systématiques et de désespoir que le fascisme plonge ses racines. Il les plonge d'abord par ses mots. L'antifascisme aussi doit réfléchir aux mots.
Un commentateur étasunien, sur DailyBeast, a comparé le déni par Trump du meurtre des 165 fillettes iraniennes au déni par son administration des meurtres de Renée Good et d'Alex Pretti tués par les nervis de ICE, à Minneapolis, et à résumé la chose en un mot : « fascism ». C'est exactement ça. Les mots du fascisme, les mensonges du fascisme dans les luttes intérieures préparent les crimes du fascisme à l'extérieur, et doivent être combattus en tant que tels. L'antifascisme peut faire des erreurs, mais considérer l'antifascisme comme un fascisme – la petite chanson perverse à la mode ! – est en soi une banalisation immonde, qui prépare le fascisme.
Ceci dit, il faut voir que l'affaire de Minneapolis est aussi porteuse d'espoir. Trump est un fasciste, oui. Il envie le régime néofasciste de son ami mafieux Poutine (et les dictatures en général). Mais LE fascisme n'a pas triomphé aux USA. Le projet néofasciste de Trump se porte même plutôt mal aujourd'hui. Il a subi à Minneapolis une défaite remarquable. Sa ministre Kristi Noem, symbole à la fois de la cruauté, de l'arrogance et de l'avidité trumpiennes, a dû être sacrifiée. Elle en avait fait trop. C'est le problème du projet fasciste : en faire trop, trop vite, peut causer un backlash.
La guerre criminelle contre l'Iran est une fuite en avant pour échapper à Minneapolis, à l'affaire Epstein, à la décision de justice sur les tarifs, et à d'autres soucis. L'échec politique énorme de cette aventure guerrière pourrait amplifier la défaite que le trumpisme a subie à Minneapolis (défaite à laquelle Trump – attention aux illusions électorales sur les Midterms – pourrait réagir par une tentative de coup !). On verra.
En attendant, le fait le plus important est que Minneapolis indique le dur chemin à suivre pour réinventer l'espérance d'émancipation. Certes, les partis de gauche portent la responsabilité de s'unir autour d'un programme de rupture. Mais cette unité même ne tombera pas du ciel. Fondamentalement, l'espoir réside dans la lutte solidaire à la base, démocratiquement organisée pour la défense de nos voisins humains, nos frères et nos sœurs exploité.e.s et opprimé.e.s. Dans le refus des stigmatisations et des campagnes de haine qui frappent en particulier les migrant.e.s, les racisé.e.s, les transgenres et les femmes. Dans la dénonciation de toutes les guerres d'agression, de toutes les occupations, de toutes les cruautés. Commises par tous les régimes.
Dans cette lutte, dans ce refus, dans cette dénonciation, les MOTS sont importants. Solidarité, Justice, Éthique, Générosité, Partage, Respect (des humains et de la nature dont ils font partie) sont des mots porteurs de valeurs et ces valeurs ont plus que jamais le potentiel de soulever le monde.
C'est le sens profond de la phrase célèbre de Guevara : « la solidarité est la TENDRESSE des peuples ». Ce sens profond est trop souvent ignoré par une gauche qui s'en va répétant que « la religion est l'opium du peuple »... Cette gauche oublie que Marx écrit ensuite : « elle est le soupir des peuples martyrisés ». Etre révolutionnaire, ce n'est pas dénoncer les martyrs parce qu'iels soupirent, mais les inciter à l'action commune pour l'émancipation collective par la concrétisation sur Terre des valeurs auxquelles iels aspirent. La tendresse n'a pas dit son dernier mot, ça reste une idée neuve. Il n'est pas « minuit dans le siècle ». L'avenir reste ouvert.
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Daniel Tanuro
24.03.2026 à 11:20
Don Trump et le style mafieux en politique mondiale

Il n'y a jamais eu à la Maison-Blanche avant Don Trump un président qui ait autant correspondu au modèle mafieux. Richard Nixon était presque un enfant de chœur en comparaison.
Tiré du blogue de l'auteur.
Par une coïncidence historique remarquable, le nom de l'actuel président américain peut intuitivement être abrégé en Don, équivalent de Sire, historiquement utilisé en Sicile pour désigner de puissants propriétaires terriens et plus tard appliqué aux chefs de la Mafia. Cette appellation est devenue largement connue aux États-Unis et dans le monde entier grâce à la série de films Le Parrain de Francis Ford Coppola, avec Marlon Brando et Robert De Niro dans le rôle de Don Corleone.
Le fait est que le style de Donald Trump en politique mondiale ressemble beaucoup à un comportement mafieux. Voici quelques-unes des méthodes mafieuses utilisées par Don Trump sur la scène mondiale :
1. Extorsion et racket : C'est la méthode la plus courante pratiquée par la Mafia.
L'utilisation des tarifs douaniers par Don Trump est l'équivalent exact de la pratique mafieuse du racket. Il a tordu le bras à plusieurs pays pour les forcer à s'engager à augmenter leurs importations des États-Unis, ainsi que leurs investissements dans ce pays et autres concessions. Il utilise constamment et systématiquement la menace de tarifs douaniers envers divers pays dans le but de leur imposer sa volonté, que ce soit à des fins commerciales ou même politiques, comme lorsqu'il tenta d'éviter l'emprisonnement de son camarade néofasciste, l'ex-président brésilien Jair Bolsonaro. Les tarifs douaniers étant payés par le consommateur américain en dernière instance, l'utilisation des droits de douane par Don Trump est aussi un moyen d'extorquer de l'argent au peuple américain – une sorte d'impôt régressif – afin de financer le déficit considérable résultant de la combinaison de ses énormes dons fiscaux aux riches avec des dépenses militaires toujours croissantes.
Un autre aspect du racket est l'extorsion comme prix pour la protection. C'est très typiquement la manière dont les États-Unis ont profité des monarchies pétrolières du Golfe, en en tirant toutes sortes de bénéfices en échange de la protection militaire qu'ils leur fournissent contre l'Iran voisin et ses alliés régionaux, comme les Houthis du Nord-Yémen. L'agression en cours de Don Trump contre l'Iran est l'aboutissement du rôle des États-Unis en tant que protecteurs des monarchies du Golfe, en commençant par la plus riche d'entre elles, le royaume saoudien.
2. Violence, intimidation et sous-traitance :
La pratique de l'extorsion par Don Trump ne se limite certes pas à la coercition économique. Il a aussi pleinement utilisé la menace d'un recours à la violence pour exercer des pressions sur divers pays – y compris des alliés des États-Unis tels que le Danemark, membre de l'OTAN, qu'il a tenté d'intimider pour le forcer à lui remettre le contrôle du Groenland. Mais surtout, Don Trump a effectivement eu recours à la violence pour imposer la volonté de Washington à d'autres États.
Contrairement aux présidents américains précédents, il ne prétend pas promouvoir la démocratie dans le monde entier : cela n'appartient certainement pas à la vision mafieuse du monde. Il cherche plutôt à contraindre les régimes réfractaires tels qu'ils sont à se soumettre à la volonté et aux intérêts de Washington. C'est ce qu'il a fait au Venezuela, en faisant enlever le président du pays à la manière typique des mafiosi et en forçant son gouvernement à collaborer avec les États-Unis aux conditions de Washington. Il étrangle Cuba en cherchant à forcer l'île à renoncer à son indépendance politique. Don Trump est actuellement occupé à bombarder l'Iran pour tenter de contraindre le régime de ce pays à se conformer à sa volonté. L'assaut actuel a commencé par un « baiser de la mort » du Don, marquant le Guide suprême iranien pour exécution. Dans la coutume typique de la Mafia, il a confié cet assassinat à un groupe criminel sous-traitant, la mafia gouvernementale israélienne dirigée par Benjamin Netanyahou, qu'il a associée comme auxiliaire dans sa guerre.
3. Familles ou clans hiérarchiques : Don Trump règne sur tout un ensemble de sottocapi (sous-patrons) et de consiglieri (conseillers).
Au sommet, la famille Trump est l'équivalent du clan Corleone dirigé par le Don comme parrain. Ses fils dirigent la Trump Organization, dont le nom sied bien aux pratiques mafieuses. Ils profitent massivement des méthodes extorsionnaires du Don – concluant des affaires juteuses avec des mafias étrangères, les monarchies pétrolières du Golfe en particulier – et se sont engagés, tout comme le Don lui-même, dans les jeux d'argent, une autre activité typique de la Mafia – notamment dans le domaine des cryptomonnaies.
Il est bien connu que Don Trump était très investi dans le secteur des jeux d'argent entre les années 1980 et les années 2000, à travers le développement, la propriété et l'exploitation de plusieurs casinos à Atlantic City et ailleurs. Ses entreprises de jeu ont été caractérisées par une propriété très médiatisée, une dette immense et de multiples faillites, tandis qu'il se cantonnait à des postes de direction. Malgré l'échec de ses activités dans le domaine des jeux d'argent à générer des bénéfices, Trump en a tiré profit grâce des obligations spéculatives à haut rendement, des avances en argent liquide pour les coûts de construction, des honoraires de gestion, et l'utilisation des fonds de l'entreprise pour des dépenses personnelles comme l'acquisition de son yacht (le Trump Princess).
Les Kushner et les Witkoff sont les familles des sous-patrons les plus en vue, profitant pleinement des méthodes mafieuses du Don. Il y a aussi les Dons des Mafias de la Tech, qui ont soutenu Don Trump – en particulier les deux Dons de l'ancienne Mafia PayPal, Peter Thiel et Elon Musk. Leur alliance avec Don Trump est incarnée par JD Vance, qui a été formé par Thiel et fortement recommandé à Trump comme vice-président, afin qu'il devienne le prochain candidat MAGA à la Maison-Blanche. Quant aux consiglieri de Don Trump, ils sont nombreux, mais le plus sinistre d'entre eux, de loin, est sans aucun doute Stephen Miller.
***
En somme, il n'y a jamais eu à la Maison-Blanche avant Don Trump un président qui ait autant correspondu au modèle mafieux. Richard Nixon était presque un enfant de chœur en comparaison. Don Trump représente le triomphe du style mafieux dans la politique américaine et mondiale. Et comme dans le célèbre livre qui a inspiré le titre de cet article, le style de Trump est profondément paranoïaque, avec une tendance typiquement irrationnelle dans le discours politique caractérisée par des exagérations extravagantes, des théories du complot et des accusations fabriquées contre tous ses rivaux – une forme de paranoïa qui convient parfaitement à un parrain de la mafia.
Traduit de ma dernière entrée de blog en langue anglaise, publiée le 18 mars : Don Trump and the Mafioso Style in World Politics. Version portugaise : Don Trump e o estilo mafioso na política mundial (esquerda.net). Vous pouvez librement reproduire cet article en indiquant la source avec le lien correspondant.
Dernier ouvrage paru Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l'histoire mondiale (La Dispute, 2025).
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