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24.03.2026 à 11:17

Guerre en Iran. L'Irak pris entre deux feux

Héloïse Wiart

Pris en étau entre Téhéran et Washington, le grand voisin irakien révèle ses fractures internes. Des milices pro‑iraniennes lancent drones et roquettes contre la présence militaire étatsunienne, entraînant des ripostes contre leurs positions. Parallèlement, la République islamique s'en prend aux groupes kurdes iraniens exilés, soupçonnés de préparer une action armée dans le Kurdistan oriental. Reportage.

Tiré d'Orient XXI.

Depuis le 28 février, date du début de l'offensive israélo-étatsunienne contre l'Iran, plus de 300 drones et missiles ont touché la région autonome du Kurdistan irakien, dont 247 uniquement sur la province d'Erbil. Les bombardements ont fait au moins six morts et 35 blessés civils et militaires parmi les peshmergas — les combattants kurdes — et les forces de sécurité, dont des soldats français engagés dans une mission de formation et de soutien. Chaque jour, les téléphones vibrent sous une pluie de notifications : « Attaque de drones », « Tu as entendu le boum ? », « Ça a frappé près de chez toi ? ». Rien n'est à l'abri des frappes ou de leurs retombées. Initialement centrées autour de l'aéroport d'Erbil, où se trouvent les bases militaires étatsuniennes, ainsi que sur les camps des groupes armés kurdes iraniens, les attaques se sont étendues aux infrastructures civiles, hôtels et quartiers résidentiels fréquentés par des étrangers, comme l'hôtel Arjaan Rotana, qui abrite souvent Étatsuniens et diplomates étrangers. Diyar*, qui habite à proximité, est lucide : « Chacun de nos repas peut être le dernier ».

À Ankawa, le quartier chrétien voisin de l'aéroport, la peur est plus intense que lors des crises précédentes. L'électricité, désormais dépendante des générateurs après la fermeture préventive des centrales susceptibles d'être prises pour cible, et la hausse des prix des produits importés, affectés par les perturbations dans le détroit d'Ormuz, accentuent le sentiment d'insécurité. Youssef Al-Shaya, jeune assyro-chaldéen, confie : « Ces derniers jours ont été les plus stressants de ma vie. On essaie de maintenir une routine normale, mais tout le monde a peur, personne ne sait ce qui va se passer. Le plus inquiétant, c'est que les attaques sont maintenant complètement aléatoires. »

 L'air ici est chargé de poudre à canon et de désespoir

Chaque soir, le quartier vibre au son des sirènes anti-aériennes. Certains lieux chers aux habitants n'ont pas été épargnés, à l'image de l'Église chaldéenne Saint Pierre Saint Paul et du complexe résidentiel affilié à l'archidiocèse chaldéen d'Erbil, dont la chapelle porte encore fièrement sa croix au milieu du chaos. La famille d'Aso* avait fui vers Ourmia, en Iran, après les violentes campagnes de Saddam Hussein contre les Kurdes dans les années 1970 et jusqu'au début des années 1980, avant de revenir en Irak. Il lâche : « L'air ici est chargé de poudre à canon et de désespoir. »

Aux abords de la citadelle, un drone s'est écrasé sur le toit d'une maison habitée par des réfugiés syriens. Le jeune fils a été brûlé lorsque sa couverture a pris feu. Trop effrayée pour remonter à l'étage, la famille reste désormais au salon du rez-de-chaussée. D'autres habitants fuient vers des zones jugées plus sûres, comme le cousin de Youssef parti à Kirkouk, à une centaine de kilomètres au sud d'Erbil, ou vers la Turquie. « Nous devons accepter d'être pris dans une guerre qui n'est pas la nôtre », ajoute-t-il.

Plus à l'ouest, dans la plaine de Ninive, la présence du Hachd Al-Chaabi, une coalition de milices chiites pro-iraniennes soutenues par Téhéran, créées dans le cadre de la guerre contre l'organisation de l'État islamique (OEI) et intégrées à l'armée irakienne, rend la zone très instable. Depuis leurs positions, des drones visent Erbil et ses environs, y compris l'aéroport où sont stationnées des forces étatsuniennes. En riposte, les frappes du 4 mars, probablement israéliennes, ont touché les bases des divisions 30 et 13 du Hachd, à Bartella et Shekhan, près de Mossoul. Les habitants, marqués par les violences passées de l'OEI et les déplacements successifs des minorités chrétiennes, shabaks et yézidis, vivent dans l'angoisse. « J'ai peur qu'un missile tombe sur notre maison », confie Elias*, chrétien originaire de Qaraqosh (Bakhdida), la voix étouffée par les pleurs de son enfant.

Bagdad sous tension

À Bagdad, le gouvernement irakien et les partis chiites doivent composer avec une situation délicate : la ville est coincée entre l'influence iranienne et sa dépendance économique et militaire aux États-Unis, qui contrôlent l'accès aux revenus pétroliers et peuvent imposer sanctions et restrictions.

Autour de la Zone verte (1) et de l'aéroport international, de petites manifestations pro-Iran ont d'abord émergé après l'annonce de la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Pas plus de 200 à 300 personnes, et quelques heures à peine. Les participants, armés de bâtons, de cocktails Molotov, et de quelques armes à feu, brandissaient drapeaux et portraits de leurs chefs, scandant des slogans en faveur de l'« axe de la résistance ». Certains se sont aventurés jusqu'au périmètre ultra-sécurisé de l'ambassade étatsunienne, lançant pierres et projectiles. Cependant, leur exposition est restée limitée, car ils sont conscients qu'un geste trop visible pourrait provoquer des frappes étatsuniennes ou israéliennes et mettre en danger leurs réseaux économiques et politiques. De nombreux affiliés suivent les milices davantage par nécessité matérielle que par conviction idéologique.

Mais la tension est montée d'un cran ces derniers jours, alors que les environs de l'aéroport et de la prison d'Al-Karkh, qui héberge des détenus jihadistes à haut risque, ont été visés par des bombardements répétés de factions pro-iraniennes. Ces attaques ont été suivies de ripostes multiples, dont l'une a frappé la maison d'Abou Ali Al‑Amiri dans le quartier d'Arasat, entraînant la mort du leader de la milice chiite Kataeb Hezbollah et le risque de nouvelles représailles. Le gouvernement autonome du Kurdistan a condamné ces attaques de milices pro-iraniennes, critiquant l'inaction du gouvernement fédéral pour désarmer les groupes armés et protéger les partenaires internationaux.

Mahmoud*, chiite résidant à Al-Yarmouk, au sud-ouest de la capitale, confie son anxiété : « Ici, critiquer Téhéran ou exprimer une opinion différente peut coûter cher. » Il raconte que certains sont interpellés par la police pour des publications sur les réseaux sociaux célébrant la mort de l'Ayatollah, exposés en ligne et humiliés publiquement.

Une unité kurde fragile

Pour les factions kurdes iraniennes établies au Kurdistan irakien, la période actuelle constitue une occasion rare de mobilisation. Les attaques et pressions militaires contre les Kurdes du Rojava, au nord-est de la Syrie, rappellent la vulnérabilité des communautés kurdes dans toute la région. Pour la première fois, plusieurs partis kurdes d'opposition se sont rassemblés au sein de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien (CPFIK). Cette alliance réunit Komala, le parti kurde iranien historique, scindé en trois branches, avec deux de ses factions, aux côtés des partis majeurs du Rojhelat (2), dont le Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI), le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) et l'Organisation de lutte du Kurdistan d'Iran (Khabat).

L'alliance, officialisée le 22 février, marque un tournant symbolique salué tant par les Kurdes d'Irak que par les Kurdes iraniens réfugiés dans le pays après des décennies de désaccords et rivalités internes. Dans la soirée du mardi 3 mars, alors que des frappes sur la colline de Riaaya, à Suleymaniyeh, à 200 km d'Erbil, interrompaient brutalement notre échange, Kako Aliyar, membre du bureau politique de la branche Komala dirigée par Abdullah Mohtadi (3) est revenu sur la mise à l'écart temporaire du parti après son soutien à Reza Pahlavi, fils aîné du dernier chah d'Iran, lors des manifestations pour Mahsa Amini. Ce choix avait suscité une vague de critiques au sein des autres partis kurdes du Rojhelat, Pahlavi étant perçu comme le symbole d'un courant monarchiste, centralisateur et répressif vis-à-vis des Kurdes. Selon Aliyar, ce rapprochement avait été envisagé dans un contexte exceptionnel et Komala s'en est depuis distancié. Pahlavi, de son côté, a récemment dénoncé l'alliance kurde comme une menace à l'intégrité territoriale de l'Iran et a évoqué un possible rôle de l'armée contre ce qu'il qualifie de « mouvements séparatistes ».

Au-delà de ce soutien et d'autres désaccords relatifs au rôle des Peshmergas et à la gouvernance éventuelle pendant la transition au Rojhelat, tous les partis kurdes majeurs sont désormais rassemblés au sein de l'alliance, à l'exception de la branche Komala — Organisation du Parti communiste d'Iran (Komala CPI). Dastan*, Kurde originaire de Qandil, bastion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), aujourd'hui à Erbil, ne cache pas son excitation : « Enfin les partis se sont unis pour le Kurdistan ! »

Le Rojhelat au centre des aspirations kurdes

Au début de l'offensive, les bombardements américano-israéliens visaient principalement la capitale. Ceux contre les centres de décision à Téhéran ont provoqué la mort du guide suprême Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables militaires et du renseignement, dont Hossein Jabal Amelian (Corps des Gardiens de la révolution islamique, IRGC), Mohammad Chirazi (chef du bureau militaire du Guide suprême), Ali Chamkhani (conseiller du Guide) et Amir Nasirzadeh (ministre de la défense). Progressivement, les attaques se sont étendues au Rojhelat (Kurdistan iranien), un développement que les partis kurdes n'ont pas critiqué, malgré l'impact sur la population civile. Cette absence de réaction s'explique par leur volonté de profiter indirectement de la désorganisation des forces iraniennes, tout en évitant de compromettre de futures négociations ou alliances avec des alliés potentiels comme les États-Unis et Israël.

Plus d'une centaine de bases et de postes-frontières ont été touchés, principalement dans des villes kurdes stratégiques qui concentrent les structures administratives et sécuritaires de l'État iranien dans l'ouest du pays, ainsi que les axes menant au Kurdistan irakien, comme Sanandaj, Kermanshah, Ourmia, Marivan ou Saqqez. À Marivan, par exemple, les bombardements ont provoqué l'évacuation des forces de sécurité — bases militaires CGRI, postes de police et installations de renseignement — et la fuite des détenus de la prison centrale de la ville, qu'il s'agisse de prisonniers politiques ou de droit commun (4). Selon nos sources sur place, partout dans la région, les forces iraniennes ont été contraintes de reléguer leurs postes fixes à des positions temporaires, souvent dans des villages ou des mosquées au pied des montagnes.

Ces attaques visent à affaiblir le contrôle de l'État sur cette zone historiquement marquée par la dissidence kurde, à neutraliser les postes de commandement et les lignes logistiques susceptibles de soutenir les unités loyalistes, et à réduire l'influence des forces de sécurité et des Gardiens de la révolution sur la population locale.

L'ombre d'un soutien étatsunien

Cette dynamique relance le débat sur un éventuel soutien étatsunien aux partis kurdes, après l'appel médiatisé du président Donald Trump à Massoud Barzani, à la tête du Parti démocratique du Kurdistan irakien (PDK), et à Bafel Talabani, leader de l'Union patriotique du Kurdistan (PUK). Ce geste, accueilli avec enthousiasme par les Kurdes en Irak, est perçu par beaucoup comme une opportunité stratégique inédite depuis plusieurs décennies. « Ce n'est pas tout noir ou tout blanc. Les États-Unis et Israël sont l'ennemi des autres, mais pas le nôtre. C'est notre seule option », résume Dastan, un militant kurde.

Durant notre conversation, Amir Karimi, co-commandant du PJAK, émanation du PKK, le parti kurde historique en Turquie, insiste sur la nécessité de garanties concrètes avant tout soutien extérieur. « Nous avons une mémoire des trahisons passées », rappelle-t-il. Dans les années 1970, les Kurdes d'Irak, soutenus par les États‑Unis et l'Iran du Shah contre Saddam Hussein, furent abandonnés après les accords d'Alger de 1975, conduisant à une répression conduite par l'armée irakienne (5). Ce fut à nouveau le cas en 1991, après que les États-Unis ont obligé Saddam Hussein à se retirer du Koweït et encouragé les Kurdes à se rebeller contre Bagdad. Abandonnés, ils furent durement réprimés, à nouveau, par le pouvoir central.

Si nous agissons maintenant, nous serons anéantis

Les Kurdes de Syrie ont également mis en garde leurs homologues iraniens contre toute alliance avec les États-Unis, à l'aune des dernières évolutions dans le nord-est de la Syrie. En janvier 2026, l'armée syrienne régulière a repris la majorité de leurs territoires dans une offensive éclair. L'opération a eu des conséquences sur l'ensemble de la communauté kurde, combattants et civils, notamment sur les militantes des Unités de protection du peuple (YPG), qui avaient joué un rôle décisif à Kobané en 2014 contre l'OEI. L'abandon progressif des Étatsuniens qui ont transféré la mission de lutter contre l'OEI à Ahmed Al-Charaa les a laissés vulnérables, contraints de se replier ou de se rallier à l'armée syrienne pour survivre. Cette expérience dramatique nourrit aujourd'hui leur crainte que les Kurdes iraniens ne subissent le même sort.

Karimi souligne aussi que même un appui logistique ou aérien des États-Unis ne suffirait pas à inverser l'asymétrie du rapport de force. Les partis kurdes, armés principalement de fusils d'assaut légers de type AK47, dépourvus d'artillerie lourde et de systèmes de défense aérienne, restent limités militairement et ne pourraient soutenir un affrontement prolongé contre l'armée iranienne, forte d'environ 610 000 militaires actifs, répartis entre l'armée régulière et les Gardiens de la révolution, auxquels s'ajoutent des centaines de milliers de réservistes mobilisables en cas de conflit majeur. Un autre militant résume ce constat : « Si nous agissons maintenant, nous serons anéantis. »

Pour Amir Karimi, les Kurdes doivent agir sur trois fronts : affaiblir le régime iranien, soutenir un soulèvement populaire à l'intérieur du pays et anticiper ce qui viendra après son effondrement. « La guerre sera longue et l'Iran n'est pas faible. Pour que le soulèvement réussisse, il faut s'attaquer au cœur du système militaire et sécuritaire qui opprime le peuple », explique-t-il.

Au centre de cette stratégie, l'organisation locale reste déterminante : coordination des comités civils, préparation des populations et maintien des réseaux déjà implantés. « Les bombardements aériens seuls ne suffisent pas. Ce qui compte, c'est l'unité et l'organisation. Nos forces ne dépendent pas seulement d'un soutien extérieur », insiste Karimi. Il souligne également que la chute du régime ne garantit rien, et qu'il faudra ensuite construire un système pluraliste et démocratique. Quoi qu'il advienne dans les prochains jours, la guerre accélère la recomposition d'un Proche-Orient fracturé. Pour les Kurdes iraniens, elle a déjà produit un effet politique majeur avec l'émergence d'une unité longtemps improbable.

Notes

1- La zone verte, enclave au cœur de Bagdad instituée en avril 2003, après la fin de la guerre d'Irak, abrite le siège du gouvernement irakien, du Parlement, de l'ambassade des États-Unis et d'autres institutions internationales, comme les Nations unies.

2- Nom kurde donné au Kurdistan iranien. La région est aussi peuplée d'autres communautés : les Azéris, la plus importante minorité ethnique d'Iran (environ 16 à 25 % de la population du pays), qui sont minoritaires dans cette zone, ainsi que des groupes plus petits comme les Assyriens, les Arméniens et les yézidis, qui eux aussi font face à des limitations de leurs droits culturels et politiques dans le contexte d'un pouvoir centralisé à Téhéran.

3- Le parti Komala s'organise en trois branches : le Parti communiste Komala, historiquement le plus important et héritier politique de Sanandaj — aujourd'hui dirigé par Mohtadi ; le Parti Komala Zahmatkeshan, centré sur les droits des travailleurs ; et le Parti Komala Shorshgeran, axé sur l'action politique et militaire.

4- « Plus de 125 cibles frappées au Rojhilat », Kurdistan au féminin, 5 mars 2026.

5- Les accords d'Alger du 6 mars 1975 sont un traité signé entre l'Irak et l'Iran concernant la démarcation de la frontière sur la rivière Chatt Al-Arab. L'autre point clé des accords était l'arrêt du soutien iranien aux Kurdes luttant contre le régime irakien.

Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

24.03.2026 à 11:16

La torture à double-emploi en contexte de génocide : le nouveau rapport de la rapporteure à l'ONU Francesca Albanese

Agence Média Palestine

L'agence Média Palestine a consulté le nouveau rapport “Torture et génocide” de Francesca Albanese, qui sera présenté la semaine prochaine au palais des nations à Genève.

Tiré d'Agence média Palestine.

Paru il y a près d'un mois,le dernier rapport de Francesca Albanese a été largement passé sous silence dans les médias français, qui s'employaient plutôt à commenter les polémiques mensongères lancées par le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot à l'encontre de la rapporteure spéciale à l'ONU.

C'est pourtant un document important en ce qu'il démontre, avec méthode et précision, le rôle de la torture dans le génocide, autant que celui du génocide comme forme de torture. Il sera présenté la semaine prochaine par son autrice au Palais des Nations.

Torture dans et hors de la prison

L'une des particularités de ce rapport est d'examiner le recours systématique à la torture par Israël à l'encontre des Palestiniens par des pratiques exercées en détention mais aussi hors détention, prenant donc en compte les pratiques abusives imposées aux détenu-es dans les prisons israéliennes autant que le blocus, les déplacements forcés, la famine, la destruction des hôpitaux et des habitations à Gaza et dans les territoires occupés.

Ces formes “hors prison” de torture imposent “un régime de terreur psychologique continu et omniprésent sur le territoire conçu pour briser les corps, priver un peuple de sa dignité et le chasser de ses terres”, dénonce le rapport. “Il ne s'agit pas de violence accidentelle. C'est l'architecture du colonialisme de peuplement, bâtie sur des fondations de déshumanisation et maintenue par une politique de cruauté et de torture collective”.

Albanese y pointe que depuis les débuts de la construction de l'État d'Israël et tout au long de décennies d'occupation, Israël a recouru à la violence coercitive et l'a tolérée, celle-ci constituant un élément structurel de son appareil de domination, et pointe une accélération de ces pratiques depuis le 7 octobre 2023.

Le rapport dénonce une politique encouragée par un appareil législatif, judiciaire et médiatique qui ont permis et accéléré la déshumanisation des Palestinien-nes et légitimé le recours à la torture à leur encontre, soulignant une rhétorique reprise par l'ensemble de la société israélienne, affirmant que “la torture est ainsi devenue une entreprise collective”.

Le rapport énumère également les cas de torture systématiques observés dans les prisons israéliennes, passages à tabac, privation de sommeil, famine, déshydratation, exposition au froid, humiliations, violences sexuelles, refus de soins, un ensemble de pratiques destinées à briser les corps et les esprits.

Cette violence est permise, défendue et encouragée, comme a pu le démontrer l'Agence Média Palestine dans cet article sur l'abandon des charges pour viol à l'encontre de soldats israélien, ou celui-ci sur une visite proposée comme “safari” d'une prison israélienne.

La torture à double-emploi en contexte de génocide

Francesca Albanese démontre, dans son rapport, que la torture peut s'entendre comme un outil à double emploi, dans le contexte du génocide actuellement mené par ISraël à l'encotre des Palestinien-nes : la torture comme outil de génocide, et le génocide comme forme de torture.

“En effaçant le statut fondamental de la victime en tant qu'être humain, la torture agit comme un archétype d'exclusion de la communauté humaine et anéantit le sujet”, explique Albanese, qui décrit la bande de Gaza transformée par l'agression israélienne en un “vaste camp de torture” sans possibilité de mise à l'abri.

Outre les meurtres et les déplacements forcés à grande échelle, la rapporteure des droits pointe l'impact psychologique de ces pratiques sur l'ensemble de la population palestinienne, et la pratique israélienne d'effacement culturel comme une forme de torture, une attaque au sentiment d'identité, d'appartenance et de continuité.

“La force des rapports de Francesca Albanese”, commente Johann Soufi sur son compte X, “est de relier toutes les pièces du puzzle : meurtres, torture, famine, destructions massives, violences sexuelles, terreur permanente. Pris ensemble, ces actes confirment l'intention génocidaire déjà relevée dans ses précédents rapports.”

C'est en effet l'analyse cumulative des éléments cités qui permet de contrer une approche fragmentée qui a historiquement favorisé l'impunité. En considérant le génocide comme “envirronnement de torture”, Albanese décrit une structure cohérente de punition collective, où les Palestinien-nes sont collectivement soumis-es à des souffrances physiques et psychiques massives, plutôt que des excès isolés ou des défaillances en matière de sécurité.

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24.03.2026 à 11:16

L'expansion des colonies israéliennes provoque des déplacements massifs en Cisjordanie – Rapport de l'ONU

Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme

GENÈVE – Le gouvernement israélien a accéléré l'expansion illégale des colonies et l'annexion de vastes portions de la Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, provoquant le déplacement forcé de plus de 36 000 Palestiniens dans un contexte de recrudescence de la violence de la part des forces de sécurité israéliennes et des colons, selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.

Tiré de France-Palestine Solidarité.

>> Lire le rapport complet « Colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et dans le Golan syrien occupé » (en anglais)

Ce rapport, qui couvre la période de 12 mois allant jusqu'au 31 octobre 2025, recense 1 732 incidents de violence commis par des colons ayant entraîné des blessés ou des dégâts matériels, contre 1 400 au cours de la période précédente. Cela inclut le harcèlement incessant, l'intimidation et la destruction de maisons et de terres agricoles.

« La violence des colons s'est poursuivie de manière coordonnée, stratégique et largement impunie, les autorités israéliennes jouant un rôle central dans la direction, la participation ou la facilitation de ces agissements », indique le rapport, rendant difficile la distinction entre la violence de l'État et celle des colons. L'impunité persistante et généralisée « facilite et encourage la violence et le harcèlement à l'encontre des Palestiniens », ajoute-t-il.

En octobre dernier, au moment de la récolte des olives, le rapport a recensé 42 attaques de colons ayant blessé 131 Palestiniens, dont 14 femmes et un garçon, soit le nombre le plus élevé enregistré en un seul mois depuis 2006. Les attaques quotidiennes menées par des colons armés, des soldats et des « colons-soldats » – dont beaucoup ont été armés, équipés et formés par les autorités de l'État –, ainsi que la fermeture de nouvelles terres aux propriétaires fonciers et aux récoltants palestiniens, ont fait de la saison 2025 la pire depuis des décennies.

Dans certains cas, le rapport a constaté que des actes de violence sexiste ont été le déclencheur final du déplacement. D'autres attaques ont entraîné la séparation des familles, les femmes et les enfants étant contraints de partir, tandis que les membres masculins de la famille restaient sur place pour tenter de conserver la possession des terres et des biens.

« Les déplacements en Cisjordanie occupée, qui coïncident avec les déplacements massifs de Palestiniens à Gaza, perpétrés par l'armée israélienne, semblent indiquer une politique israélienne concertée de transfert forcé de masse sur l'ensemble du territoire occupé, visant à un déplacement permanent, ce qui soulève des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique », indique le rapport.

Il a souligné le risque accru de déplacement auquel sont confrontés des milliers de Palestiniens issus des communautés bédouines situées au nord-est de Jérusalem-Est en raison de l'avancement des plans de colonisation, ajoutant que le transfert illégal de personnes protégées constitue un crime de guerre au sens de la quatrième Convention de Genève. Le rapport note que de tels actes peuvent engager la responsabilité pénale individuelle des fonctionnaires qui y participent et, dans certaines circonstances, peuvent également constituer un crime contre l'humanité.

Le rapport conclut également que le transfert de pouvoir de l'armée israélienne aux autorités civiles, les mesures visant à confisquer des terres palestiniennes pour l'expansion des colonies, ainsi que d'autres politiques et pratiques discriminatoires « ont constitué un régime institutionnalisé de discrimination, d'oppression et de violence systématiques de la part d'Israël à l'encontre des Palestiniens », violant l'interdiction de la ségrégation raciale et de l'apartheid prévue par le droit international.

Le rapport souligne la promotion ou l'approbation par les autorités israéliennes de 36 973 logements dans les colonies de Jérusalem-Est occupée et d'environ 27 200 dans le reste de la Cisjordanie. Un nombre sans précédent de 84 nouvelles avant-postes a également été établi au cours de la période couverte par le rapport. Le rapport note également l'expansion de l'activité de colonisation dans la zone B de la Cisjordanie occupée, qui relève de la juridiction de l'Autorité palestinienne conformément aux accords d'Oslo.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, appelle Israël à cesser immédiatement et complètement la création et l'expansion des colonies, à évacuer tous les colons et à mettre fin à l'occupation du territoire palestinien. Israël doit également permettre le retour des Palestiniens déplacés et mettre fin à toutes les pratiques de confiscation de terres, d'expulsions forcées et de démolitions de maisons.

Traduction : AFPS

Photo : Les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ont été établies et sont maintenues en violation du droit international © Nations Unies Genève

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