26.02.2026 à 15:32
Violences scolaires : « Avec 28 élèves par classe, on ne peut pas détecter les enfants qui vont mal »
Texte intégral (1203 mots)
Dans son courrier aux parents, le ministre de l’Éducation nationale dit observer une « banalisation de la violence, extrême, qui plus est ». Partagez-vous ce constat ?
On ne peut pas nier la survenue d’un certain nombre d’actes violents à l’école depuis le début de l’année 2025. Mais ces actes ne sont pas uniquement le fait des enfants, loin de là. Je pense par exemple au suicide, en septembre 2025, de Caroline Grandjean, cette professeure des écoles qui a subi du harcèlement lesbophobe venu des adultes.
La démarche de ce courrier s’inscrit dans une vision ancienne de l’école et témoigne d’un comportement paternaliste vis-à-vis des parents de la part d’un ministre qui se pose en autorité. Il est plus facile de pointer du doigt la manière dont les parents élèvent leurs enfants que d’interroger notre responsabilité collective dans la survenue des violences scolaires.
Il insiste en revanche sur le rôle joué par « les centaines de milliers de personnels »des écoles, envers lesquels les élèves et parents d’élèves seraient, selon lui, « redevables ». Que vous inspire cet argument ?
J’aimerais rappeler que l’école manque cruellement de personnels médico-sociaux : tous niveaux et tous établissements confondus, on compte actuellement 700 médecins et 8 000 infirmier·es, pour 12 millions d’élèves. Les recrutements prévus par le budget 2026 sont en deçà des besoins. Qui plus est, ces postes ne seront peut-être pas tous pourvus dans les années à venir du fait du manque d’attractivité de l’Éducation nationale, notamment en raison des faibles salaires proposés. Si on ouvre des postes mais qu’on ne donne pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions, cette campagne de recrutement est un jeu de dupes.
Parallèlement, 4 000 postes d’enseignant·es vont être supprimés à la rentrée prochaine. Ces choix comptables ont des conséquences indirectes sur la santé mentale des enfants. Avec 28 élèves par classe, on ne peut ni détecter les situations de violence ni celles de mal-être.
Les violences commises par les adultes sur les enfants ne sont nulle part abordées dans la lettre. Qu’est-ce que cela révèle ?
Le ministre occulte la violence de l’institution pour se concentrer sur celle des élèves, dont les parents seraient les premiers responsables. Sa lettre évoque bien le harcèlement dont sont victimes les enfants, mais elle en occulte la dimension intersectionnelle. À travers le harcèlement, on voit des enfants subir des violences racistes, LGBTphobes et sexistes, un angle invisibilisé par l’institution. Les violences commises sur les enfants par les adultes ont cours depuis très longtemps et sont enracinées dans des rapports sociaux, comme l’a révélé l’affaire de l’institution Notre-Dame-de-Bétharram qui a émergé médiatiquement fin 2023.
« Alors qu’elle porte une mission de protection de l’enfance, l’école génère elle-même de la violence en son sein. »
Par ailleurs, le fait qu’il ne s’adresse qu’aux parents et non aux personnes concernées – les enfants – entretient les rapports de domination au sein de l’institution scolaire. Les enfants sont considéré·es comme des problèmes. Déjà en 2004, la loi interdisant les signes religieux à l’école – elle visait en particulier le voile – a renforcé cette perception à l’égard des jeunes filles musulmanes. Dans leurs rappels à l’ordre et à l’autorité, les établissements ont tendance à créer des distinctions entre les enfants, en fonction notamment de leur religion réelle ou supposée. Alors qu’elle porte une mission de protection de l’enfance contre les dangers venant de l’extérieur, l’école génère elle-même de la violence en son sein.
Cette question de la violence institutionnelle en milieu scolaire est au cœur de la proposition de loi déposée le 28 janvier par Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise), issue de leurs travaux d’enquête parlementaire (lire notre encadré). Ne tient-on pas, avec ce texte, un début de solution ?
Leur méthode de travail doit être saluée : il et elle ont impliqué de nombreux acteurs et actrices concerné·es, entre autres des associations de victimes. Cette proposition, si elle est adoptée, aura un effet symbolique de reconnaissance de la violence institutionnelle. Mais elle va se heurter à la réalité de l’Éducation nationale : une énorme machine qui a des besoins importants en matière de formation, de prévention et de protection des enfants contre les violences. On peut produire beaucoup de lois, mais elles ne peuvent pas être appliquées sans argent. Or, le budget de l’État n’est pas au beau fixe et le projet du gouvernement n’est pas d’investir des millions dans la lutte contre les violences. On en a eu la démonstration avec la promulgation du programme d’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (Évars) à la rentrée 2025. C’est une victoire de longue haleine pour les syndicats et les associations. Mais dans les établissements, les moyens pour le mettre en œuvre – formation des enseignant·es en tête – sont toujours absents.
Une proposition de loi contre les violences en milieu scolaire
Déposée le 28 janvier 2026 devant l’Assemblée nationale, la proposition de loi des député·es Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise) est l’aboutissement de cinq mois d’enquête et d’auditions parlementaires organisées début 2025. Après un premier article reconnaissant les violences subies par les enfants dans le milieu scolaire et l’omerta qui a contribué à les faire perdurer, le texte transpartisan propose la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes. Il suggère aussi d’étendre l’obligation de présenter un « certificat d’honorabilité » pour toutes les personnes intervenant en milieu scolaire. La proposition de loi renforce aussi les sanctions contre les auteur·ices de violences et modifie les conditions de la prescription. Elle n’a pas encore été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
19.02.2026 à 14:54
🧯Continuer à combattre les fascismes
Texte intégral (2875 mots)
L’étudiant de 23 ans, membre de plusieurs organisations d’extrême droite lyonnaises a succombé à ses blessures samedi 14 février. Il avait été pris dans un affrontement de rue, deux jours auparavant, dans des circonstances que l’enquête de police en cours devra élucider.
Dans les jours qui ont suivi, une offensive politique de grande ampleur s’est abattue sur La France insoumise (LFI). Accusée d’abriter dans ses rangs des proches des meurtriers du jeune homme, la formation est désormais désignée par la droite, l’extrême droite et une partie de la gauche comme la seule responsable du climat de violence politique actuel. Mercredi 18 février, ses locaux parisiens ont été évacués à la suite d’une alerte à la bombe.
La veille, l’Assemblée nationale observait une minute de silence en hommage à l’étudiant proche des milieux néofascistes. Les victimes tuées par des militants d’extrême droite, ces dernières années, n’ont pas reçu les mêmes honneurs. Pourtant, « si on fait un bilan sinistre des décès causés par les radicaux depuis 1986, affirme l’historien Nicolas Lebourg, la gauche a tué 6 personnes, la droite 59. »
Dans une gigantesque manœuvre d’inversion des responsabilités et des valeurs, la droite au pouvoir franchit ainsi une nouvelle étape dans la banalisation de l’extrême droite et du fascisme. Cette tentative d’éjecter de l’arc républicain la seule formation politique qui se positionne encore clairement dans le camp de l’antifascisme a tout pour nous inquiéter.
Dans un contexte où rumeurs et fake news se propagent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux, il nous a semblé important de partager avec vous, lectrices et lecteurs, des ressources fiables sur le mouvement antifasciste mais également sur la violence fasciste telle qu’elle se manifeste en France. Car, comme l’écrit un de nos confrères dans Politis, « condamner la mort de Quentin Deranque n’implique en rien de renoncer à combattre l’extrême droite ».

Lyon, bastion de l’ultradroite
Dans un article publié deux jours après la mort de l’étudiant d’extrême droite Quentin Deranque, Libération revient sur l’histoire politique récente de la ville de Lyon. Théâtre d’une « violence politique débridée », elle voit s’affronter physiquement, depuis plusieurs années, groupes néonazis et collectifs antifascistes.
À Lyon, le média local Rue89 Lyon a recensé 102 attaques commises par les groupuscules d’extrême droite dans la ville depuis le début des années 2000 – 70 % d’entre elles sont restées impunies.
Le procès dit « des sept antifas », qui s’est tenu à Lyon en novembre 2021, est une bonne illustration du deux poids, deux mesures avec lequel les autorités traitent la question des violences politiques. Dans un épisode du podcast Les Pieds sur terre (France Culture) diffusé pour la première fois en 2021, deux militants antifascistes poursuivis par la justice racontent la répression ciblée dont ils ont été victimes. « On a véritablement le sentiment d’une différence de traitement suivant qu’on soit sur des mouvements antifascistes ou des mouvements qui se revendiquent eux-mêmes d’extrême droite », décrypte leur avocate, qui dénonce « un traitement d’enquête très partial ».


Une question de genre ?
Quentin Deranque est désigné comme proche du collectif de femmes d’extrême droite Némésis. Il aurait été appelé en renfort pour protéger ses membres de possibles attaques alors qu’elles manifestaient devant Sciences Po Lyon contre la venue de Rima Hassan. Dans un entretien donné en 2024 à L’Humanité, la politiste Magali Della Sudda explique que le projet politique de ce groupe fémonationaliste est « l’instrumentalisation de la cause des femmes » dans le but d’exprimer des idées racistes. Elle rappelle dans cette interview que les ligues de femmes nationalistes sont un phénomène ancien. Elle raconte cette histoire dans un long article publié dans le numéro 15 de La Déferlante (août 2024).
Le média Les Jours a publié en 2022 une série d’articles très fouillés sur le mouvement antifa, notamment sur les femmes, de plus en plus nombreuses dans ses rangs. Pourtant, elles sont invisibilisées dans les discours politiques et médiatiques, traduisant, selon l’une d’elles, « une volonté de la part de l’État […] d’alimenter une image masculine des antifas pour les mettre sur un pied d’égalité avec les fafs ».

À propos de violence
Dans le dernier épisode de l’émission « À l’air libre », produite par Mediapart, Sébastien Bourdon, journaliste et auteur de Drapeau noir, jeunesses blanches. Enquête sur le renouveau de l’extrême-droite radicale (Le Seuil, 2025), Ugo Palheta, sociologue et auteur de Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen (La Découverte, 2025), et Isabelle Sommier, sociologue et co-autrice de Violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presse de Sciences Po, 2021), décryptent le mécanisme d’instrumentalisation du drame survenu la semaine dernière à Lyon. Cette dernière voit dans la mort de Quentin Deranque « l’illustration d’une polarisation grandissante de tensions sociales considérables dans notre pays depuis 2017 » et rappelle que 70 % des agressions politiques sont le fait « d’activistes de droite », qui s’en prennent à des personnes racisées (70 %) ou à des adversaires idéologiques (30 %).

Depuis quelques jours, les éditions Libertalia proposent la consultation en libre accès d’un ouvrage signé du collectif La Horde publié en 2023 et intitulé Dix Questions sur l’antifascisme. Dans ce livre court et très abordable, militants et militantes traitent de la question de la violence et de ses usages dans les mouvements antifas, rappelant que dans cette culture politique – contrairement à celle de l’extrême droite – elle n’est pas considérée comme une fin en soi, mais comme un moyen de se défendre et de faire reculer le fascisme. Citant la chercheuse Marie-Anne Matard-Bonucci, La Horde rappelle à toutes fins utiles que « nulle famille politique n’a cherché autant que le fascisme à formuler, plus ou moins explicitement, une acceptation politique de la violence ».


On y sera
Lancement du numéro 21 de la revue,
« Les féministes à l’assaut de la justice »
Jeu 26 Fév, 18 heures
Maison des Métallos, Paris 11e
Trois invitées se succèderont sur la scène de la Maison des métallos pour parler de justice. Chirinne Ardakani, avocate et cofondatrice de l’association Iran Justice, reviendra sur l’urgence de mobiliser le droit international pour lutter contre la montée des fascismes. L’avocate Claude Vincent s’exprimera sur l’impact des luttes féministes sur la justice française. Enfin, la journaliste et autrice Sarah Boucault autrice de De l’autre côté de l’inceste (La Déferlante Éditions), reviendra sur la difficile prise en charge des mineurs auteurs d’inceste. Ces discussions seront suivies d’un concert de Gildaa.
Comme chaque trimestre, vous retrouverez, dans le hall, un forum des associations, ainsi qu’un stand de La Déferlante, avec nos revues, nos livres et nos goodies. Sarah Boucault y dédicacera son livre.
→ Infos et billetterie par ici
Les 5 ans de La Déferlante à Strasbourg
Mer 4 Mars, 19 heures
Librairie Quai des brumes, Strasbourg
À l’occasion des 5 ans de La Déferlante, Marion Pillas, cofondatrice et corédactrice en chef de la revue, reviendra sur sa création, celle de la maison d’édition et échangera avec les lecteur·ices autour des projets en cours.
Le rire est-il féministe ?
Sam 7 Mars, 10 h 30
B!B, Dunkerque (Nord)
Dans le cadre de l’exposition La Marrade, Marion Pillas, corédactrice en chef de La Déferlante, animera une discussion sur la place du rire et de la joie dans les luttes pour les droits des femmes, avec Hanna Alkema et Camille Paulhan, co-commissaires de l’exposition, et Charlotte Bienaimé, journaliste et militante féministe.
→ Toutes les informations sur ce lien
Veille de manifestation
Sam 7 Mars, 15–19 heures
La Communale, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
Le 7 mars, veille de la Journée internationale des droits des femmes, La Déferlante tiendra un stand au village associatif de la Communale (Saint-Ouen). Vous pourrez y retrouver revues, livres, goodies et discuter avec les membres de l’équipe présentes sur place. L’entrée est libre, sans réservation.
→ Plus d’informations à venir sur notre site
12.02.2026 à 10:43
Mieux comprendre l’affaire Epstein
Texte intégral (2365 mots)
Par ailleurs, parce qu’il déverse dans l’espace public une quantité sans précédent de documents bruts et parfois illisibles, prenant de court journalistes et chercheur·euses, le ministère de la Justice étasunien contribue à nourrir les récits complotistes et à faire grandir la défiance des opinions mondiales vis-à-vis de leurs dirigeants.
Plus grave, le brouhaha médiatique généré par la déclassification des « Epstein files » a également eu pour effet immédiat de rendre inaudible la parole des victimes. Plus d’un millier de femmes, recrutées entre les années 1990 et 2017, alors qu’elles n’étaient souvent que des adolescentes, ont servi d’exutoire sexuel et de monnaie d’échange au sein du système pédocriminel monté de toutes pièces par Jeffrey Epstein et ses complices.
Dans cette newsletter, nous vous proposons une sélection d’articles, de vidéos et de podcasts pour comprendre les mécanismes de domination de classe, de race et de genre à l’œuvre dans cette affaire tentaculaire, mais également en quoi elle constitue aujourd’hui un enjeu important dans la lutte contre la désinformation et pour la sauvegarde de la démocratie mondiale.

Affaire Epstein : de quoi parle-t-on ?
En guise d’introduction au sujet, L’Humanité propose une synthèse efficace de l’affaire Epstein : chronologie des faits, protagonistes principaux. L’essentiel de ce scandale tentaculaire en quelques lignes, à lire par ici.
Pour comprendre plus en détail l’enchaînement des faits jusqu’en janvier 2024, on conseille également Les derniers mystères de l’affaire Epstein, le reportage d’investigation réalisé par Virginie Vilar pour « Complément d’enquête » (France 2), en 2025. Il a le mérite de faire témoigner les victimes sur le modus operandi de Jeffrey Epstein et de sa compagne et complice Ghislaine Maxwell. Il est visible en replay jusqu’en juillet 2027.

Ce passionnant épisode de La fabrique de l’info (France Culture) s’intéresse, pour sa part, à la chronologie médiatique de l’affaire. Depuis la première inculpation de Jeffrey Epstein en 2007 jusqu’à la publication des « Epstein Files » il y a quelques jours, il revient notamment sur l’enquête du Miami Herald (en anglais), qui, en 2018, a dévoilé l’étendue du scandale en donnant, pour la première fois, la parole aux victimes.
Alors que ces dernières semaines, les témoignages de ces femmes se font plus rares dans les médias, il est utile de relire dans Le Monde ce portrait de Virginia Giuffre, l’une des principales accusatrices de Jeffrey Epstein, enrôlée dans le réseau pédocriminel de Palm Beach alors qu’elle n’avait que 17 ans. Réfugiée en Australie d’où elle militait pour qu’on donne publiquement la parole aux victimes, elle s’est suicidée il y a un peu moins d’un an, le 25 avril 2025.

Un monde de puissants
Cet article de Libération rappelle qu’au-delà du personnage de Jeffrey Epstein, mort en détention en 2019, l’affaire implique un grand nombre de personnalités du monde politique, culturel et financier. Sans forcément avoir toutes trempé dans son réseau pédocriminel, elles ont continué à le fréquenter malgré les enquêtes qui le visaient dès 2006. « Jeffrey Epstein fut un prédateur, écrit le quotidien, mais aussi un miroir : celui d’un système où l’extrême richesse engendre le pouvoir, le pouvoir l’impunité, et l’impunité le crime ».
Détail aussi insolite que glaçant, les échanges de mails de Jeffrey Epstein mis en ligne fin janvier révèlent que le pédocriminel était fréquemment sollicité pour ses conseils dans des affaires de violences sexuelles : « Tellement d’hommes pris dans le raz de marée #MeToo me contactent. Ils me demandent quand cette folie va s’arrêter » écrivait le milliardaire dans un courriel de 2018 consulté par The Guardian. L’article (en anglais) est à lire ici.

Complotisme, antisémitisme et culture du viol
Dans une de ses dernières newsletters, l’autrice féministe et militante Valérie Rey-Robert appelle malgré tout à nuancer notre lecture classiste du scandale Epstein. Si la richesse, notamment aux État-Unis, a bien permis aux criminels sexuels d’organiser leur impunité, elle rappelle qu’on retrouve des réseaux pédocriminels dans tous les milieux et toutes les classes sociales. L’ignorer revenant, selon elle, à alimenter la culture du viol.
L’émission C ce soir sur France 5 s’intéresse, elle aussi, aux discours complotistes autour de l’affaire Epstein. Largement inspirée des tropes antisémites en circulation depuis le XIXe siècle, la croyance selon laquelle de très riches pédocriminels juifs s’adonneraient à des orgies secrètes vient cette fois se cogner à la réalité : « Que faire quand on lutte contre un narratif et qu’une histoire vraie vient le confirmer ? », s’interroge l’historienne Marie Peltier, qui encourage universitaires et journalistes engagé·es à proposer d’urgence un « contre-discours » sur l’affaire Epstein, sans toutefois minimiser les faits.

Dans les archives du journal Le Monde, un article paru en 2023 propose un intéressant pas de côté à ce débat. Il analyse la manière dont les discours complotistes qui ont infiltré la lutte contre la pédocriminalité viennent gêner le travail des collectifs et associations qui luttent contre les violences faites aux enfants.

On y sera
Rencontre avec Sarah Boucault
Jeu 19 Fév, 19 heures
Librairie Divergences, Quimperlé (Finistère)
L’autrice de l’essai De l’autre côté de l’inceste (La Déferlante Éditions, 2026) sera présente à la librairie Divergences, à Quimperlé, pour répondre aux questions des lecteurs et lectrices autour de son livre.
→ Plus d’informations par ici
Lancement « Les féministes à l’assaut de la justice »
Jeu 26 Fév, 18 heures
Maison des Métallos, Paris 11e
Trois invitées se succèderont sur la scène de la Maison des métallos pour parler de justice. La journaliste et autrice Sarah Boucault reviendra sur la difficile prise en charge des mineurs auteurs d’inceste. L’avocate Claude Vincent s’exprimera sur l’impact des luttes féministes sur l’institution judiciaire. Enfin, Chirinne Ardakani, également avocate et cofondatrice de l’association Iran justice, nous parlera des révolutions iraniennes et du droit international. Ces discussions seront suivies d’un concert de Gildaa. Et comme chaque trimestre, vous retrouverez, dans le hall, un forum des associations, ainsi qu’un stand de La Déferlante, avec nos revues, nos livres et nos goodies. Sarah Boucault y dédicacera également son essai.
→ Infos et billetterie par ici
Les 5 ans de La Déferlante à Strasbourg
Mer 4 Mars, 19 heures
Librairie Quai des brumes, Strasbourg
À l’occasion des 5 ans de La Déferlante, Marion Pillas, cofondatrice et rédactrice en chef de la revue, reviendra sur sa création, celle de la maison d’édition et échangera avec les lectrices autour des projets en cours.
→ Plus d’informations sur notre site
05.02.2026 à 17:43
Lutte contre l’excision : « Une loi nourrie de préjugés racistes »
Texte intégral (1020 mots)
Des appels à l’aide de mères désemparées, Ramata Kapo, présidente de l’association Excision, parlons-en ! en reçoit à la pelle depuis 2015.
À l’instar d’Isabelle Gillette-Faye, présidente de la Fédération Gams (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles, des mariages forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants), les militant·es qui luttent contre l’excision comme celles qui viennent en aide aux réfugié·es en sont convaincues : « Cette mesure de réexamen est nourrie de préjugés racistes : par exemple l’idée que ces parents prétendraient protéger leur fille pour obtenir des papiers avant de la faire exciser. » Elle se souvient que, lors des débats qui avaient eu lieu en 2015 au sein des ministères concernés par la loi, « des médecins ont évoqué des soupçons de fraude aux papiers ». Ramata Kapo dénonce, elle aussi, la stigmatisation des mères demandeuses d’asile qui fait oublier « les risques pris par ces femmes, souvent elles-mêmes excisées, qui fuient leur pays avec des enfants, pour venir en France ». Un pays dont elles savent qu’il punit cette pratique de peines allant jusqu’à vingt ans de détention.
Violence institutionnelle
Cette obligation – passée sous les radars des médias et de l’opinion publique – illustre « un mécanisme récurrent de violence institutionnelle qui s’est renforcé à partir des années 2000, en parallèle d’un mouvement de restriction des droits des immigré·es », analyse Lisa Carayon, maîtresse de conférences en droit à l’université Sorbonne-Paris-Nord. Elle s’inscrit aujourd’hui dans une politique nationale de chasse aux étranger·es en situation irrégulière, notamment portée par Bruno Retailleau après sa nomination au ministère de l’Intérieur, en septembre 2024.
Non contente de faire peser sur les enfants la responsabilité du maintien de la demande d’asile de leur famille, cette mesure peut, selon les associations, se révéler traumatisante pour des fillettes et adolescentes dont « la vulve va être auscultée tous les cinq ans jusqu’à leurs 18 ans », s’indigne Ramata Kapo.
Cette loi illustre un mécanisme de violence institutionnelle qui s’est renforcé à partir des années 2000 »
Lisa Carayon, juriste
Dès 2015, les unités médico-judiciaires (UMJ), qui ont longtemps été les seules habilitées à pratiquer ces examens gynécologiques, « ont peiné à absorber l’afflux de patientes. D’où des files d’attente interminables, notamment à l’UMJ de l’Hôtel-Dieu de Paris », rappelle Lisa Carayon. En Bretagne, certaines familles devaient parcourir de longues distances pour se rendre dans l’unité la plus proche, située à l’autre bout du département. En 2024, un arrêté ministériel a élargi cette compétence aux maisons des femmes et aux maisons de santé. Pourtant, « l’État n’ayant pas financé cette mesure, on ne compte encore parfois qu’un seul médecin volontaire et bénévole par département. Ce qui est clairement insuffisant », déplore Isabelle Gillette-Faye.
Autant de contraintes pour quel résultat ? Rien n’indique que cette loi, en vigueur depuis plus de dix ans, ait eu un impact significatif sur la quantité – difficile à estimer – d’excisions pratiquées sur des enfants résidant en France : « Nous n’avons pas noté de hausse du nombre de filles qui auraient subi cette mutilation, même si des cas ont pu nous échapper. Rien qui ne justifie une telle mesure », conclut Isabelle Gillette-Faye. D’ailleurs, aucun parent protégé par le statut de réfugié ne s’est vu retirer son statut ni n’a été poursuivi pour avoir fait exciser sa fille. Et ce, depuis 2015.
L’excision : une pratique très répandue
Selon l’Unicef, à l’échelle de la planète, 230 millions de filles et de femmes en vie aujourd’hui ont subi des mutilations génitales, dont l’excision. Si le continent africain est le plus largement représenté, les associations rappellent que l’excision est une pratique présente dans de nombreuses cultures et religions ailleurs dans le monde. Elle est recensée dans une trentaine de pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, mais aussi chez certains peuples d’Amérique du Sud, par exemple. Elle concerne des fillettes d’ethnies et de religions variées. Les motivations des familles ont pour origine des coutumes religieuses, des pressions familiales ou des normes sociales.