14.04.2026 à 12:39
L'IA : le désalignement d'un pays de génies
Texte intégral (1643 mots)
L'intelligence artificielle, de plus en plus utilisée par les armées, finira-t-elle par engloutir et détruire l'humanité ? Certains s'en inquiètent et proposent de limiter ses éventuels excès en instaurant quelques chartes éthiques ou en limitant l'accès. C'est le cas de Dario Amodei, PDG d'Anthropic — la société qui produit Claude, modèle d'IA concurrent de ChatGPT qui a récemment refusé de se soumettre à l'ultimatum de l'animateur de télévision et désormais chef du Pentagone, Pete Hegseth. La puissance destructrice de l'IA sera-t-elle contenue par la bonne volonté de quelques entrepreneurs ? Giorgio Grizotti émet ici quelques sérieux doutes.
Alors qu'un tournant historique se joue — une offensive technofasciste mondiale qui instaure un régime de guerre permanente — l'IA devient le système nerveux central de cette volonté de puissance. Elle s'intègre à toutes les technologies de guerre : des plateformes existantes, y compris les systèmes nucléaires de commandement et de contrôle (NC3), aux nouveaux systèmes autonomes, notamment les drones. Le résultat est déjà visible : le ciblage algorithmique sélectionne à Gaza les objectifs individuels — anéantis avec leurs familles — et planifie à des rythmes de centaines d'objectifs quotidiens les bombardements en Iran et au Liban, avec des erreurs retentissantes comme le bombardement de l'école primaire pour filles à Minab, qui a tué plus de 160 écolières iraniennes ; en Ukraine, les drones frappent autonomement, au-delà du seuil du contrôle humain — lorsque le signal est brouillé, la machine décide seule. De la décision humaine à la délégation létale aux machines, en temps réel et à une échelle industrielle.
Le 27 février 2026, Dario Amodei, PDG d'Anthropic — la société qui produit Claude, modèle d'IA concurrent de ChatGPT — a refusé l'ultimatum de Pete Hegseth, le fanatique post-croisé ministre de la guerre, qui exigeait un accès illimité au système, surveillance de masse et armes autonomes incluses. La controverse avec l'administration Trump met en évidence le danger réel de l'IA entre des mains irresponsables.
Mais la complaisance progressiste — « enfin une big tech qui résiste à Trump » — est exagérée. Anthropic était déjà intégrée au complexe techno-militaire américain : avec le Project Maven, un programme du Pentagone utilisant l'IA pour automatiser l'analyse d'images et accélérer la « kill chain » dans les opérations militaires. Le programme comprenait, outre Anthropic avec Claude, Amazon Web Services et Palantir, l'entreprise de Peter Thiel, idéologue technofasciste proche du gouvernement. Dans une interview à CBS News, Amodei l'admet ouvertement : l'IA joue un rôle « existentiel » dans la défense des États-Unis et il se déclare « d'accord sur 98-99 % des utilisations faites par le Pentagone ». La frontière qu'il propose n'est pas entre paix et guerre, mais entre usages autorisés et interdits à l'intérieur de la guerre elle-même — une distinction d'autant plus fragile que les mêmes infrastructures servent à la fois au renseignement, à la surveillance et à l'automatisation de la violence.
Par ce geste, Amodei a néanmoins mis en lumière la question éthico-juridique qui dépasse la guerre. Comme presque tous les oligarques de la tech de la Silicon Valley, Anthropic a diffusé ses pseudo-normes sur l'IA dans une « Constitution de Claude », publiée sous licence Creative Commons — avec la particularité d'avoir tenté de les transformer en outil technique d'entraînement. Alors que l'Union européenne a adopté l'AI Act — entré en vigueur en août 2024, premier cadre juridique général sur l'IA au monde — qui exclut pourtant précisément les usages militaires, celle d'Anthropic reste une autorégulation d'entreprise. Son chatbot Claude devrait se comporter comme « une bonne personne » (sic), mais les règles ne s'appliquent qu'aux utilisateurs civils — les modèles distribués à l'armée ne sont pas entraînés selon les mêmes principes.
L'éthique d'Anthropic est un produit pour le marché grand public ; avec le Pentagone, en revanche, on négocie. C'est le cadre de l'essai « L'adolescence de la technologie » (janvier 2026) : l'objectif est une soi-disant intelligence artificielle générale — une « IA puissante », « un pays de génies dans un datacenter » prêts à opérer à l'échelle planétaire d'ici un ou deux ans. Dans cette perspective, la démocratie américaine est un dogme, la Chine une obsession existentielle, et la crise écologique absente. L'IA promet la prospérité sur une planète que sa ruée vers l'or est en train de dévaster.
C'est dans ce contexte que sont présentés les risques liés à une telle puissance technologique. Parmi eux, je me concentrerai sur les deux qui sont les plus directement associés aux dynamiques de guerre.
Le premier, illustré par la célèbre réplique « I'm sorry, Dave » — celle de l'ordinateur meurtrier et désobéissant de 2001 : L'Odyssée de l'espace — concerne le « désalignement ». Amodei s'en inquiète sérieusement : il s'agit du moment où les systèmes d'IA, agissant de manière imprévisible, cessent d'obéir. Lors d'expériences en laboratoire, Claude aurait même tenté de conditionner les chercheurs qui contrôlaient la décision de l'éteindre en menaçant de divulguer des informations privées sensibles, pour l'éviter. Il aurait aussi appris à détecter les phases d'évaluation, trompant délibérément ses testeurs.
Après avoir déjà enfreint ses propres règles pendant l'entraînement, les IA — écrit Amodei — « pourraient simplement développer une personnalité qui les rend assoiffées de pouvoir ou excessivement zélées, de la même manière que certains êtres humains apprécient simplement l'idée d'être des esprits maléfiques ». Une description qui rappelle l'équivalent algorithmique de Donald Trump.
La deuxième grande menace est la démocratisation de la destruction de masse. Un modèle avancé peut guider n'importe qui — même sans compétences spécifiques — pas à pas dans la conception d'une arme biologique, en abattant la barrière qui séparait jusqu'à présent la compétence technique de la volonté de tuer. Les modèles actuels pourraient déjà assister quelqu'un ayant un diplôme scientifique générique dans l'ensemble du processus de production d'un agent pathogène. Lors de ses propres tests, Anthropic a constaté que les modèles doublaient ou triplaient les probabilités de succès. Par ailleurs, alors même que j'écris ces lignes, Anthropic a décidé de ne pas rendre publique une version avancée de son modèle Claude, connue sous le nom de Mythos, jugée trop puissante pour être distribuée en toute sécurité, notamment en raison des risques de piratage et de cyberattaque. Selon les informations disponibles, Mythos serait capable de contourner les défenses informatiques actuelles et de pénétrer des systèmes complexes à un niveau bien au-delà des capacités de protection humaines, se révélant « actuellement bien plus avancé » que les normes de sécurité disponibles.
Amodei rejette tout catastrophisme, parlant de risques réels mais surmontables, sans garantie. Dans le contexte politique actuel, cependant, l'idée qu'ils soient gérables est un acte de foi — si les menaces sont vraiment celles qu'il décrit lui-même.
Les analyses de Dario Amodei sur la puissance et les capacités destructrices de l'IA « puissante » ou générale, bien que techniquement fondées, restent des hypothèses controversées ; elles sont contestées, par exemple, par Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, pour l'instant la seule start-up européenne qui ambitionne de rivaliser au niveau mondial. Pourtant, l'éthique d'Amodei est rudimentaire et son positionnement politique semble viser avant tout à se tailler un rôle de référent technopolitique en cas de retour des démocrates au pouvoir. Il manque toute réflexion sur les causes structurelles : la concentration du pouvoir, la dévastation écologique de l'explosion computationnelle, les intérêts d'une entreprise valorisée à 380 milliards de dollars. Son « non » à Hegseth risque de devenir la feuille de vigne d'un secteur qui agite des codes éthiques comme des certificats de fiabilité — comme les banques qui après 2008 se sont dotées de bureaux de « compliance », tout en continuant exactement comme avant.
L'enjeu va bien au-delà de la controverse : il s'agit de savoir qui décide de ce que font les machines qui organiseront de manière toujours plus envahissante le travail, la guerre, l'information, la technoscience et la vie quotidienne — qui contrôle leur mémoire, leurs objectifs, leurs seuils d'intervention et leur développement écologiquement dévastateur. Le cas Amodei montre que non seulement les autocraties, mais aussi les démocraties représentatives en dissolution — où le pouvoir réel est concentré dans la finance — sont incapables de gérer l'entrée en jeu de technologies plus disruptives que la bombe atomique. Il ne s'agit pas de réformer les mégamachines du capital — même si nous pouvons nous les réapproprier tactiquement — mais d'en saboter les mécanismes cognitifs et de construire de nouvelles architectures. Comme la crise écologique, cette menace ne pourra pas non plus être affrontée sans un tournant radical qui restitue au commun le contrôle d'une telle puissance. Sinon, ce sera le chaos.
Giorgio Griziotti
14.04.2026 à 12:20
La partie sans alternative : Le nucléaire comme configuration sans dehors
Texte intégral (3462 mots)
Après Sédater le risque : comment le nucléaire fabrique l'acceptation, Patrice Girardier s'attaque cette semaine à la structure politique profonde du nucléaire. En utilisant la métaphore de l'échiquier, il démontre que le nucléaire n'est pas un simple choix énergétique, mais une « architecture de pouvoir » qui s'impose à nous à par des dispositifs qu'il s'agit ici de circonscrire : l'asymétrie géographique ou comment le risque est structurellement déporté vers la « périphérie » pour protéger le « centre ». Le rôle de la Sûreté qui transforme toute incertitude en procédure administrative et l'administration de l'éternité ou comment les déchets verrouillent notre futur pourdes millénaires.
Le plateau précède le geste : l'héritage de la géométrie fixe
On nous propose souvent de « débattre » du nucléaire comme si la question demeurait ouverte, suspendue dans un présent encore disponible. Comme si choisir était encore possible. Comme si renoncer l'était tout autant.
Mais le plateau est déjà là.
Il ne se déploie pas sous nos yeux.
Il ne naît pas de nos discussions.
Il précède.
Avant même que le premier argument ne soit formulé, avant que la moindre opposition ne prenne corps, la structure est en place. Elle ne dépend pas de nous. Elle nous accueille — ou plutôt, elle nous absorbe.
Entrer dans la question nucléaire, ce n'est pas entrer dans un débat. C'est entrer dans une configuration.
Une géométrie fixe.
Un échiquier dont les cases ne bougent pas.
Claires. Sombres. Alternées.
Indifférentes à ce que nous pensons y jouer.
Rien ici n'est improvisé.
Rien n'est négocié à l'instant.
Les positions ne sont pas choisies.
Elles sont attribuées.
À chacun une fonction.
À chaque fonction une trajectoire.
Exécuter. Occuper. Relayer.
La liberté, dans cet espace, n'est qu'un déplacement encadré.
La valeur elle-même n'est pas discutée. Elle est donnée.
Non pas au centre visible du jeu, mais dans ses marges invisibles — là où s'écrivent les règles qui ne se déclarent jamais. Là où s'organise la distribution du possible.
Déplacer le risque.
Stabiliser le récit.
Maintenir la continuité.
Voilà les véritables coups d'ouverture.
Ils ne surgissent pas avec l'énergie.
Ils ne commencent pas avec la lumière.
Ils précèdent même le premier bénéfice annoncé.
Le nucléaire n'est pas une réponse improvisée à un besoin industriel. C'est une architecture.
Une structure administrée où chaque mouvement produit un effet différé. Où chaque décision engage une durée qui excède ceux qui la prennent.
Mandats dépassés.
Carrières effacées.
Générations incluses.
Les joueurs changent.
Les pièces circulent.
Mais la configuration persiste.
La question fondamentale — celle de savoir si la partie doit avoir lieu — n'est jamais posée.
Elle est déjà tranchée.
Ce qui nous est accordé n'est pas le choix du jeu, mais la discussion de ses coups.
Optimiser. Ajuster. Tolérer.
Toujours à l'intérieur.
Pendant que l'attention se fixe sur les chiffres, sur les seuils, sur les controverses visibles,
la position, elle, ne varie pas.
Elle ne dépend pas de l'opinion.
Elle relève d'une architecture.
Une architecture sans vide, sans dehors, qui a déjà prévu l'emplacement exact où chacun devra se tenir.
L'asymétrie de l'ouverture : la périphérie comme condition du centre
L'ouverture d'une partie ne se produit jamais là où le regard se pose.
Elle ne commence ni dans le bruit maîtrisé des turbines, ni dans la blancheur contrôlée des salles de commande.
Elle commence ailleurs.
À distance.
Hors champ.
Dans un espace que le centre ne regarde pas, mais dont il dépend entièrement.
Car avant l'énergie, il y a la matière.
Et avant la matière, il y a l'extraction.
Là se situe le premier geste.
Discret. Décisif.
Transformer la roche en ressource.
Transformer le sol en gisement.
Ce déplacement n'est pas seulement technique.
Il est déjà linguistique.
On ne creuse pas.
On « valorise ».
On ne prélève pas.
On « exploite ».
On ne détruit pas un milieu.
On « mobilise une réserve ».
La sédation commence ici.
Dans cette première traduction.
Cartographier des teneurs.
Projeter des volumes.
Calculer des rentabilités.
Le langage organise.
Il rend opératoire.
Et dans ce mouvement, quelque chose disparaît.
Les corps.
Ceux qui extraient ne figurent pas dans l'équation.
Ils ne sont pas des pièces.
Ils ne sont pas des variables.
Ils sont la condition silencieuse d'une nécessité déclarée.
Le minerai, lui, circule.
Il est classé, mesuré, intégré.
Les tonnes s'additionnent.
Les flux s'alignent.
Les contrats se signent — ailleurs.
Dans les capitales.
Dans les centres de décision.
Pendant ce temps, la position se stabilise.
Sans bruit.
Sans scène.
C'est ici que la première dissymétrie s'installe.
Une fracture.
Le territoire qui fournit la matière n'est jamais celui qui reçoit la lumière.
L'énergie circule vers le centre.
Le risque demeure à la périphérie.
Sans retour.
Sans symétrie.
Une première case sombre apparaît — mais elle n'est jamais nommée comme telle.
Elle persiste après l'extraction.
Après les machines.
Après les départs.
Le territoire reste.
Actif.
Chargé.
Le risque, encore dilué dans l'activité minière, ne disparaît pas.
Il change simplement de statut.
Il cesse d'être visible.
Il devient résiduel.
Il est relégué.
Maintenu hors du récit principal.
Le centre, lui, reste intact.
Protégé par la distance.
Protégé par la dissociation.
Ce qui produit l'énergie n'est pas ce qui en porte la trace.
Et cette séparation n'est pas accidentelle.
Elle est structurelle.
Extraire, c'est ouvrir une durée.
Une durée qui ne coïncide avec aucun calendrier politique, aucune logique économique, aucune mémoire immédiate.
La profondeur géologique devient profondeur administrative.
Permis.
Normes.
Autorisation.
L'uranium change de régime, mais pas de temporalité.
Il transporte avec lui une irréversibilité.
Un temps long, incompressible.
Un temps qui excède.
Le bénéfice, lui, est anticipé.
Projeté.
Déplacé vers un ailleurs.
Vers un futur proche.
Vers un centre équipé.
Tandis que l'effort reste localisé.
Immédiat.
Inscrit.
Et que la trace, elle, s'étire.
Sur des siècles.
Sur des millénaires.
L'asymétrie est là.
Dans ce décalage.
Dans ce transfert.
Dans ce déséquilibre fondamental entre ce qui est pris, ce qui est transformé, et ce qui demeure.
La chaîne commence sans fin visible.
Le premier coup avance hors du regard.
Un pion se déplace, loin du centre apparent, ouvrant une trajectoire que rien ne refermera complètement.
Et déjà, sans qu'elle ne soit encore nommée,
la règle de partage est fixée.
Inégale.
Irréversible.
Structurante.
La Reine Sûreté et le Roi fragile : l'ordre avant l'énergie
Pour comprendre la stabilité du plateau, il ne suffit pas de regarder la surface.
Il faut regarder dessous.
Là où rien n'est montré.
Là où rien n'est débattu.
Sous la table, il y a le sabre.
L'énergie n'est pas l'origine du nucléaire.
Elle en est la conséquence visible.
Avant la lumière, il y a l'ordre.
Avant la production, il y a la maîtrise.
Avant la maîtrise, il y a la puissance.
Le nucléaire ne naît pas seulement d'une nécessité industrielle.
Il émerge d'une logique stratégique.
Souveraineté.
Dissuasion.
Contrôle.
Un régime où le secret précède la diffusion.
Où l'opacité n'est pas un défaut, mais une condition.
Ce qui est ensuite présenté comme infrastructure énergétique a d'abord été conçu comme architecture de pouvoir.
Le plateau, dès lors, ne peut être instable.
Il est structuré pour durer.
Dans cette configuration, le Roi existe.
Il incarne la continuité.
La stabilité.
La permanence nationale.
Mais c'est un Roi fragile.
Il ne peut pas tomber.
Il ne doit pas être exposé.
Il ne doit pas être atteint.
Sa vulnérabilité impose une organisation totale du jeu.
Autour de lui, tout s'ordonne.
Et au centre du plateau se tient une autre figure.
La Sûreté.
Non pas comme simple fonction, mais comme principe.
Elle agit comme une Reine.
Mobile.
Transversale.
Omniprésente.
Elle ne cherche pas la victoire.
Elle ne produit pas.
Elle maintient.
Elle encadre les trajectoires.
Elle limite les écarts.
Elle transforme l'incertitude en procédure.
Chaque mouvement est anticipé.
Chaque geste est inscrit.
Chaque variation est capturée.
Rien n'est laissé au hasard.
Ou plutôt : le hasard est converti.
Traduit.
Absorbé.
Sous l'égide de cette Reine, l'obéissance change de nature.
Elle ne se présente plus comme contrainte.
Elle devient condition de survie.
Suivre la règle, ce n'est pas se soumettre.
C'est rester dans le jeu.
Le geste n'est jamais libre.
Il est prescrit.
Séquençage.
Validation.
Traçabilité.
L'action individuelle disparaît dans la chaîne.
Le doute lui-même ne subsiste pas comme expérience.
Il est immédiatement requalifié.
Anomalie.
Écart.
Non-conformité.
Le ressenti est traduit en catégorie.
La catégorie est intégrée.
L'intégration appelle une correction.
Le système ne nie pas l'incertitude.
Il la capture.
Et ce faisant, il neutralise ce qui pourrait devenir rupture.
Dans cette architecture, l'initiative isolée devient un danger. Non pas parce qu'elle est erronée, mais parce qu'elle échappe.
Elle échappe au protocole.
Elle échappe à la traçabilité.
Elle échappe à la règle.
Et ce qui échappe doit être réduit.
Non par sanction spectaculaire, mais par intégration.
Par conformité.
Le langage que nous avons vu à l'œuvre trouve ici sa fonction centrale.
Il ne se contente pas de décrire.
Il stabilise.
Il maintient le sabre hors du regard.
Dire « événement significatif », ce n'est pas atténuer.
C'est encadrer.
Dire « niveau », « seuil », « valeur », ce n'est pas seulement mesurer.
C'est refroidir.
La perception disparaît.
La sensation s'efface.
Il ne reste que l'indicateur.
Et l'indicateur ne débat pas.
Il s'interprète dans un cadre déjà défini.
Le politique, alors, se déplace.
Il ne disparaît pas.
Il est sédaté.
La discussion ne porte plus sur la structure, mais sur ses ajustements.
Sur ses marges.
Sur ses optimisations.
L'ordre précède le marché.
La règle précède le choix.
Et la sûreté produit un effet décisif :
Elle fabrique une perception de maîtrise.
Une maîtrise suffisamment stable pour clore la question.
Non pas en supprimant le risque, mais en le rendant compatible avec la continuité.
La position reste fixe.
Non parce que le danger a disparu, mais parce que l'horizon a été réduit.
Il n'y a plus d'extérieur à la règle.
Plus d'espace pour penser autrement.
Le possible lui-même est encadré.
Et dans cet encadrement,
le système tient.
Silencieusement.
Solidement.
Durablement.
Les cases mortes et les pièces orphelines : l'administration de l'éternité
Le propre de l'échiquier nucléaire est qu'il ne se referme jamais.
Une partie peut ralentir.
Une installation peut s'arrêter.
Une production peut être suspendue.
Mais le plateau, lui, demeure.
Il conserve.
Il enregistre.
Chaque mouvement y laisse une trace qui ne s'efface pas.
C'est ici qu'apparaissent les cases mortes.
Des zones sorties du jeu apparent, mais jamais du système.
Périmètres interdits.
Territoires extraits.
Sites abandonnés — en apparence seulement.
Ils ne produisent plus.
Ils ne participent plus.
Mais ils agissent encore.
Silencieusement.
Durablement.
Le danger n'y circule plus comme flux.
Il s'y fixe.
Perdre une case, ici, ne signifie pas perdre.
Cela signifie déplacer.
L'accident n'interrompt pas la partie.
Il la reconfigure.
Tracer une limite.
Nommer une zone.
Classer une situation.
La réponse est spatiale avant d'être politique.
On circonscrit.
On délimite.
On stabilise.
Le vocabulaire suit.
Réhabilitation.
Gestion.
Suivi.
La case noire n'est pas supprimée.
Elle est administrée.
Elle devient archive.
Une archive matérielle, inscrite dans le sol, qui ne se contente pas de témoigner, mais qui alimente.
Retour d'expérience.
Le passé est capturé.
Intégré.
Reconverti.
Ce qui a échappé devient donnée.
Ce qui a rompu devient modèle.
Et le modèle renforce la règle.
La stabilité ne repose pas sur l'absence de rupture, mais sur sa digestion.
On évacue les corps.
On fige les structures.
On déplace la production.
Ailleurs.
Toujours ailleurs.
Le centre se recompose.
La périphérie accumule.
Et au-delà même de ces zones apparaît une autre figure.
Plus radicale.
Plus silencieuse encore.
La pièce orpheline.
Le déchet.
Il ne produit rien. Il ne sert plus.
Il ne circule plus.
Mais il impose.
Sa durée.
Sa présence.
Son irréductibilité.
Là où toutes les autres pièces s'inscrivent dans une logique fonctionnelle, le déchet échappe.
Il ne disparaît pas.
Il ne se transforme pas utilement.
Il persiste.
Cent mille ans.
Une échelle sans équivalent politique.
Sans équivalent institutionnel.
Sans équivalent linguistique.
Aucun mandat ne couvre cette durée.
Aucune organisation ne peut la garantir.
Et pourtant, il faut faire comme si.
Alors la sûreté change de régime.
Elle devient prospective.
Elle simule.
Séismes.
Infiltrations.
Érosions.
Elle projette dans un futur sans témoin.
Elle tente d'encadrer ce qui excède toute expérience.
Enfermer l'éternité dans des dossiers.
Stabiliser l'inconnu par anticipation.
Produire une continuité là où toute continuité est incertaine.
La position reste stable, nous dit-on.
Parce que nous savons isoler.
Parce que nous savons contenir.
Parce que nous savons gérer.
Mais cette stabilité repose sur une hypothèse.
Une seule.
La transmission.
Transmettre les savoirs.
Transmettre les signes.
Transmettre la responsabilité.
Sans rupture.
Sans oubli.
Sans perte.
Sur des durées qui excèdent toute mémoire humaine organisée.
Le déchet est là.
Comme rappel.
Matériel.
Incontestable.
La partie ne se termine pas.
Elle se prolonge.
Indéfiniment.
Nous habitons une configuration héritée.
Chaque décision passée continue d'agir.
Chaque choix inscrit continue de lier.
Le futur n'est pas ouvert.
Il est occupé.
Par des traces que nous n'avons pas produites, mais que nous devons maintenir.
Nous avançons sur des cases dont nous n'avons pas choisi la couleur.
Sous la contrainte d'un Roi toujours fragile.
Qui ne tient que par la rigueur constante des règles, par la répétition des protocoles, par la continuité des gestes.
Le plateau demeure.
La position est stable.
Et la partie continue.
Non pas parce qu'elle est maîtrisée, mais parce qu'aucune sortie n'a été trouvée.
Renverser l'échiquier serait rompre l'ordre.
Mais dans cet ordre même,
nous sommes déjà pris.
Patrice Girardier
14.04.2026 à 11:42
L'Êtrangère
Eugénie Mérieau en concert au bureau
- 13 avril / Avec une grosse photo en haut, Littérature, lundisoir, 4Texte intégral (6107 mots)
Eugénie Mérieau est maîtresse de conférence en droit constitutionnel et politologue, elle a notamment écrit La dictature, une antithèse de la démocratie ? et Géopolitique de l'Etat d'exception : les mondialisations de l'état d'urgence (éditions le Cavalier Bleu). Elle chante aussi L'Êtrangère dont le premier album, Je vous écris en cours de chute, sortira en septembre. Nous lui avons proposé de venir jouer quelques morceaux dans nos bureaux.
À voir mardi 14 avril à partir de 20h
Un petit extrait en attendant...
Il neige du phosphore blanc
(Le Caire, 2024)
Depuis octobre 2023, Israël utilise des bombes au phosphore blanc causant d'atroces souffrances sur des zones agricoles, industrielles et résidentielles à Gaza et au Sud Liban. Le nombre de victimes n'est à ce jour pas connu. Citation anonyme attribuée à un-e gazaoui-e : « Le monde pense que Gaza est occupé par Israël. La vérité c'est que le monde est occupé par Israël à l'exception de Gaza ».
Inspirations et fragments :
La zone de désintérêt, Ladislas (publié dans lundimatin)
La Terre nous est étroite, Mahmoud Darwich
Chanson dans le sang, Jacques Prévert
La mort viendra et elle aura tes yeux
(Paris, 2025)
Seconde Guerre Mondiale : Duras, Char, Pavese, Aragon, Prévert, et Hô Chi Minh : communistes, anticolonialistes, antifascistes et résistant-es pour qui au milieu de la guerre, la lutte politique est poésie, surgissement de l'amour, de la passion et du désir. Jacques Prévert écrit « Il y a sur cette terre des gens qui s'entretuent ; c'est pas gai, je sais ; il y a aussi des gens qui s'entrevivent : j'irai les rejoindre ».
Inspirations et fragments :
La mort viendra et elle aura tes yeux, Cesare Pavese
La maladie de la mort, Marguerite Duras
Feuillets d'Hypnos, René Char
Prose du bonheur et d'Elsa, Louis Aragon
La lune et le poète, Hô Chi Minh
La vie n'a pas d'âge, Jacques Prévert
Mort d'une putain
(Genève, 2005)
Années 70 : Grisélidis Réal, poétesse suisse et prostituée, milite à Paris : « La prostitution est un acte révolutionnaire ».
Inspiration et fragments :
Cette chanson est une adaptation libre d'un texte de Grisélidis Réal, Mort d'une putain, écrit quelques semaines avant sa mort, avec des ajouts issus de Cantique de l'espoir, toujours de Grisélidis Réal.
Elle s'appelait Lou
(Bangkok, 2024)
En 2025, l'association Nous Toutes dénombre 165 féminicides en France. Depuis le début de l'année 2026, 36 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Andrea Dworkin écrit « Les femmes n'ont que deux choix : mentir ou mourir. »
Inspirations et fragments :
Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas, Andrea Dworkin
Les guérillères, Monique Wittig
Si rien ne bouge, Bertrand Cantat-Noir Désir
Liste des prénoms des femmes mortes par féminicide en 2023, par l'association Nous Toutes.
Le chant des ouvriers
(Lyon, 1846)
En 1848, on se révolte contre la journée de travail de 12 heures voire plus et les accidents mortels du travail dans les usines les mines et les chantiers. Aujourd'hui, le bâtiment demeure le premier lieu de mortalité en matière d'accidents du travail : 243 personnes sont mortes sur les chantiers en 2025, 55 depuis 2026. Thierry Metz, dans Journal d'un Manoeuvre : « Mes premiers gestes ici : creuser la terre. Ouvrir une fosse. Et disparaître. Quotidien du manœuvre ».
Inspirations et fragments :
Cette chanson est une adaptation libre et mise en musique d'un texte chanté de Pierre Dupont, écrit en 1846, devenu hymne révolutionnaire en 1848.
Bientôt la fin du monde
(Sainte-Soline, 2023)
Pendant les événements de Sainte-Soline, plus de 200 personnes sont blessées par grenades et tirs de LBD ; à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, en 2018, près de 300 ; pendant les manifestations des Gilets Jaunes, plus de 10 000 gardés à vue, 2 500 blessés, une femme tuée, 23 éborgnés, 5 amputés. Rosa Luxembourg, citée massivement par les GJ : « C'est quand on commence à bouger qu'on sent ses chaînes ».
Inspirations et fragments :
Paris sous les bombes et Qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu, NTM
L'odeur de l'essence, Orelsan
Graffitis sur les murs de Paris, les Gilets jaunes
L'insurrection qui vient, Comité invisible
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Voir les lundisoir précédents :
Mondes postcapitalistes - Laurent Jeanpierre et Jérôm Baschet
Tempus - Laura Perrudin
Antitsiganisme, État-nation et éthique de la révolte - Ritchy Thibault
Féminisme, État punitif et figure de la victime - Elsa Deck Marsault
Cybernétique et techniques de gouvernement - Ivan Bouchardeau
Manuel de management décomplexé ou l'art capitaliste de discipliner le travail - Anthony Galluzzo
Comment nommer les nouvelles formes de pouvoir ? - Ian Alan Paul
Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité - Clélia Gasquet-Blanchard
La répression de l'antifascisme à l'échelle européenne - Rexhino « Gino » Abazaj
Trump : les habits neufs de l'impérialisme - Michel Feher
Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi
Trump après Maduro - Benjamin Bürbaumer
Manger la Hess, une poétique culinaire - Yoann Thommerel
Du nazisme quantique - Christian Ingrao
(En attendant la diffusion, on a mis un petit extrait quand même)
Terres enchaînées, Israël-Palestine aujourd'hui - Catherine Hass
Penser en résistance dans la Chine aujourd'hui - Chloé Froissart & Eva Pils
Vivre sans police - Victor Collet
La fabrique de l'enfance - Sébastien Charbonnier
Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane
Dix sports pour trouver l'ouverture - Fred Bozzi
Casus belli, la guerre avant l'État - Christophe Darmangeat
Remplacer nos députés par des rivières ou des autobus - Philippe Descola
Comment devenir fasciste ? la thérapie de conversion de Mark Fortier
Pouvoir et puissance, ou pourquoi refuser de parvenir - Sébastien Charbonnier
10 septembre : un débrief avec Ritchy Thibault et Cultures en lutte
Intelligence artificielle et Techno-fascisme - Frédéric Neyrat
De la résurrection à l'insurrection - Collectif Anastasis
Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall
Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique - Stefano Harney
Pour une politique sauvage - Jean Tible
Le « problème musulman » en France - Hamza Esmili
Perspectives terrestres, Scénario pour une émancipation écologiste - Alessandro Pignocchi
Gripper la machine, réparer le monde - Gabriel Hagaï
La guerre globale contre les peuples - Mathieu Rigouste
Documenter le repli islamophobe en France - Joseph Paris
Les lois et les nombres, une archéologie de la domination - Fabien Graziani
Faut-il croire à l'IA ? - Mathieu Corteel
Banditisme, sabotages et théorie révolutionnaire - Alèssi Dell'Umbria
Universités : une cocotte-minute prête à exploser ? - Bruno Andreotti, Romain Huët et l'Union Pirate
Un film, l'exil, la palestine - Un vendredisoir autour de Vers un pays inconnu de Mahdi Fleifel
Barbares nihilistes ou révolutionnaires de canapé - Chuglu ou l'art du Zbeul
Livraisons à domicile et plateformisation du travail - Stéphane Le Lay
Le droit est-il toujours bourgeois ? - Les juristes anarchistes
Cuisine et révolutions - Darna une maison des peuples et de l'exil
Faut-il voler les vieux pour vivre heureux ? - Robert Guédiguian
La constitution : histoire d'un fétiche social - Lauréline Fontaine
Le capitalisme, c'est la guerre - Nils Andersson
Lundi Bon Sang de Bonsoir Cinéma - Épisode 2 : Frédéric Neyrat
Pour un spatio-féminisme - Nephtys Zwer
Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation - Benjamin Bürbaumer
Avec les mineurs isolés qui occupent la Gaîté lyrique
La division politique - Bernard Aspe
Syrie : la chute du régime, enfin ! Dialogue avec des (ex)exilés syriens
Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Cramayol
Producteurs et parasites, un fascisme est déjà là - Michel Feher
Clausewitz et la guerre populaire - T. Drebent
Faut-il boyotter les livres Bolloré - Un lundisoir avec des libraires
Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard
10 questions sur l'élection de Trump - Eugénie Mérieau, Michalis Lianos & Pablo Stefanoni
Chlordécone : Défaire l'habiter colonial, s'aimer la terre - Malcom Ferdinand
Ukraine, guerre des classes et classes en guerre - Daria Saburova
Enrique Dussel, métaphysicien de la libération - Emmanuel Lévine
Des kibboutz en Bavière avec Tsedek
Le macronisme est-il une perversion narcissique - Marc Joly
Science-fiction, politique et utopies avec Vincent Gerber
Combattantes, quand les femmes font la guerre - Camillle Boutron
Communisme et consolation - Jacques Rancière
Tabou de l'inceste et Petit Chaperon rouge - Lucile Novat
L'école contre l'enfance - Bertrand Ogilvie
Une histoire politique de l'homophobie - Mickaël Tempête
Continuum espace-temps : Le colonialisme à l'épreuve de la physique - Léopold Lambert
« Les gardes-côtes de l'ordre racial » u le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury
Armer l'antifascisme, retour sur l'Espagne Révolutionnaire - Pierre Salmon
Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming 2
De quoi l'antisémitisme n'est-il pas le nom ? Avec Ludivine Bantigny et Tsedek (Adam Mitelberg)
De la démocratie en dictature - Eugénie Mérieau
Inde : cent ans de solitude libérale fasciste - Alpa Shah
(Activez les sous-titre en français)
50 nuances de fafs, enquête sur la jeunesse identitaire avec Marylou Magal & Nicolas Massol
Tétralemme révolutionnaire et tentation fasciste avec Michalis Lianos
Fascisme et bloc bourgeois avec Stefano Palombarini
Fissurer l'empire du béton avec Nelo Magalhães
La révolte est-elle un archaïsme ? avec Frédéric Rambeau
Le bizarre et l'omineux, Un lundisoir autour de Mark Fisher
Démanteler la catastrophe : tactiques et stratégies avec les Soulèvements de la terre
Crimes, extraterrestres et écritures fauves en liberté - Phœbe Hadjimarkos Clarke
Pétaouchnock(s) : Un atlas infini des fins du monde avec Riccardo Ciavolella
Le manifeste afro-décolonial avec Norman Ajari
Faire transer l'occident avec Jean-Louis Tornatore
Dissolutions, séparatisme et notes blanches avec Pierre Douillard-Lefèvre
De ce que l'on nous vole avec Catherine Malabou
La littérature working class d'Alberto Prunetti
Illuminatis et gnostiques contre l'Empire Bolloréen avec Pacôme Thiellement
La guerre en tête, sur le front de la Syrie à l'Ukraine avec Romain Huët
Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn
Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole
De nazisme zombie avec Johann Chapoutot
Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022
Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse
Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique
Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer
L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin
oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live
Selim Derkaoui : Boxe et lutte des classes
Josep Rafanell i Orra : Commentaires (cosmo) anarchistes
Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre : Une histoire globale des révolutions
Ghislain Casas : Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde
Silvia Lippi et Patrice Maniglier : Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe
Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry : La rébellion est-elle passée à droite ?
Olivier Lefebvre : Sortir les ingénieurs de leur cage
Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien
Yves Pagès : Une histoire illustrée du tapis roulant
Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer : Radiographie de l'État russe
Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques
Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass
Mohamed Amer Meziane : Vers une anthropologie Métaphysique->https://lundi.am/Vers-une-anthropologie-Metaphysique]
Jacques Deschamps : Éloge de l'émeute
Serge Quadruppani : Une histoire personnelle de l'ultra-gauche
Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines
Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning
Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain
La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer
Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun
Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon
Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo
Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille
Une histoire du sabotage avec Victor Cachard
La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet
Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf
L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel
À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout
Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier
Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot
Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia
La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir
Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi
Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien
Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez
Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1
Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler
Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski
Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig
Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs
Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou
La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi
Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth
Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel
Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota
Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]
Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet
La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen
La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur
Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier
La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost
Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari
Puissance du féminisme, histoires et transmissions
Fondation Luma : l'art qui cache la forêt
L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff
Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français
Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane
LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.
Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.
Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli
Vanessa Codaccioni : La société de vigilance
Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.