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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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10.06.2026 à 06:00

RD Congo : Recrutement forcé et détention de milliers de personnes par le Rwanda et le M23

Human Rights Watch

Click to expand Image Un combattant du M23 monte la garde pendant que des personnes montent à bord d’un camion lors du recrutement de civils, de policiers, et d’anciens soldats de l’armée congolaise à Goma, en République démocratique du Congo, le 23 février 2025.  © 2025 Michel Lunanga/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les forces militaires rwandaises et le groupe armé M23 ont mené une campagne de recrutement forcé et de détention abusive de milliers de combattants capturés et de civils dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Le rapport de 87 pages, intitulé « “La mort était partout” : Détention arbitraire, meurtres et recrutement forcé commis par le M23 et les Forces rwandaises de défense », documente les rafles de grande ampleur et arrestations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dans l’est de la RD Congo, ainsi que de graves abus commis contre des détenus dans les camps de formation militaire de Rumangabo et de Tshanzu dans la province du Nord-Kivu, entre mi-2024 et décembre 2025. Les combattants du M23, soutenus par le personnel militaire rwandais, ont commis des meurtres, des actes de torture, des châtiments corporels et ont eu recours au travail forcé et à des enfants soldats. Ces abus constituent des crimes de guerre, et devraient faire l’objet d’enquêtes en tant que possibles crimes contre l’humanité.

« Le M23, soutenu par le Rwanda, gère des soi-disant camps de formation militaire dans l’est de la RD Congo, où les recrues ont été soumises à des mauvais traitements et à des actes de tortures, aux effets parfois mortels », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient faire pression sur les autorités rwandaises pour qu’elles mettent fin à ces graves abus, et veillent à ce que les responsables répondent de leurs actes. »

10 juin 2026 « La mort était partout »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 102 anciens détenus qui se sont échappés des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ont été déployés avec le M23 ou se sont rendus plus tard à l’armée congolaise, ainsi qu’avec des témoins d’abus et diverses sources au sein des Nations Unies, du M23, des services militaires et de renseignement, des médias et des services diplomatiques. Human Rights Watch a mené des entretiens avec les anciens détenus en personne en Ouganda et dans plusieurs villes en RD Congo, et par téléphone dans les zones contrôlées par le M23. Le rapport s’appuie également sur des vidéos et des photographies géolocalisées et vérifiées, des images satellite des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ainsi qu’une reconstruction 3D pour estimer le nombre de personnes transportées dans des camions.

Selon les recherches de Human Rights Watch, le M23 procède à des campagnes de recrutement forcé parmi les civils et les combattants capturés depuis 2024. Ces efforts se sont intensifiés dans les zones sous le contrôle du groupe armé après qu’il s’est emparé de vastes pans de territoire et des principales villes de l’est de la RD Congo en 2025. Des milliers de soldats congolais, de miliciens Wazalendo alliés aux forces nationales, de policiers et de civils – y compris des enfants âgés d’à peine 12 ans – ont été recrutés, parfois volontairement, mais souvent de force.

Les combattants du M23 ont tendu des embuscades et mis en place des points de contrôle sur les routes, appréhendé des personnes dans des hôpitaux, des églises et des écoles, et convoqué des habitants sous de faux prétextes ou sous la menace avant de les transporter vers les deux camps dans des camions.

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Dans les camps, les personnes ont été battues et privées de nourriture, d’eau, de médicaments et de soins médicaux adéquats. D’anciens détenus ont décrit les exécutions sommaires et les passages à tabac de personnes qui tentaient de s’évader des centres de formation militaire ou qui buvaient de l’eau, mangeaient de la nourriture ou se soulageaient sans autorisation. « Si nous étions surpris en train d’essayer de boire dans des flaques d’eau par terre […] les gardes nous battaient sévèrement », a relaté un civil détenu pendant cinq mois. Le M23 détenait des enfants dans le camp de Tshanzu qui étaient soumis à l’entraînement et au travail forcé ; certains de ces enfants ont été choisis pour faire office de gardes et pour battre les autres détenus.

Le nombre total de morts dans les camps ne pourrait être déterminé que si toutes les fosses communes étaient localisées et exhumées. Toutefois, les anciens détenus ont indiqué que des centaines de personnes, et peut-être plus, sont décédées du fait des conditions difficiles, des passages à tabac et des exécutions dans les deux camps tout au long de l’année 2025.

Un ancien détenu qui a été enfermé à Tshanzu a raconté : « Je n’étais qu’un étudiant, je n’avais jamais vu un cadavre auparavant. Ils m’ont fait enterrer des corps sept fois, nous les avons mis dans une grande fosse. »

D’anciens détenus ont identifié des soldats rwandais lors de rafles et parmi les instructeurs et les commandants dans les camps en raison de leurs uniformes, de leur équipement, de leurs accents et de leur incapacité à s’exprimer en français ou en kiswahili – langues peu parlées au Rwanda – dans leurs conversations avec les détenus. Des sources militaires et au sein des services de renseignement, ainsi que de l’ONU, ont confirmé l’implication des forces rwandaises.

La présence militaire étendue et l’influence du Rwanda sur les opérations du M23 dans l’est de la RD Congo indiquent que les forces rwandaises exercent un contrôle effectif sur la région, qui répond aux critères d’une occupation belligérante en vertu du droit international humanitaire. Les autorités rwandaises pourraient être reconnues pénalement responsables des actions des forces du M23 dans les centres de formation.

Le gouvernement rwandais et les dirigeants du M23 ont longtemps rejeté les allégations d’abus, mais n’ont pas mené d’enquêtes. D’autres groupes armés en RD Congo, dont certains soutenus par le Rwanda, se sont livrés au recrutement forcé et à l’utilisation d’enfants soldats dans l’est de la RD Congo. Au fil des années, ni la RD Congo ni le Rwanda n’ont pris de mesures sérieuses concernant ces crimes graves, a déclaré Human Rights Watch.

En mai 2026, des chercheurs de Human Rights Watch ont mené des entretiens téléphoniques et se sont rendus à la prison de Makala à Kinshasa, capitale de la RD Congo, où sont détenus des dizaines de civils qui avaient été recrutés de force par le M23 avant leur reddition aux forces congolaises. Trente-quatre détenus, dont 14 enfants, ont expliqué que les services de renseignement militaires congolais les avaient enfermés et interrogés sur des périodes allant de quelques jours à un mois, avant de les transférer à la prison de Makala.

Le 9 juin, Human Rights Watch a écrit aux ministres de la Justice et de la Défense de la RD Congo pour solliciter des informations sur la base juridique de la détention de ces personnes et poser d’autres questions.

Les partenaires internationaux du Rwanda, y compris les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et ses États membres ainsi que les États-Unis, devraient aborder publiquement la question des cycles d’abus commis avec impunité par le Rwanda depuis longtemps dans l’est de la RD Congo, et revoir les programmes d’assistance et de coopération militaires avec le Rwanda pour s’assurer qu’ils n’alimentent pas de nouvelles violations graves. Ces pays devraient promouvoir l’obligation de rendre des comptes, notamment en imposant de nouvelles sanctions ciblées contre les commandants et les dirigeants du M23 et du Rwanda responsables d’abus, et en soutenant les efforts de justice nationaux et internationaux.

Les autorités judiciaires congolaises devraient veiller à préserver les preuves des crimes commis à Rumangabo et à Tshanzu, et engager des poursuites appropriées. Dans le cadre de son enquête en cours dans l’est de la RD Congo, le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale devrait enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés commis par les forces rwandaises et par le M23 lors des campagnes de recrutement forcé et de la détention des recrues dans leurs camps de formation.

« Le recrutement forcé de civils, y compris d’enfants, fait partie d’un cycle d’abus qui dure depuis des décennies dans l’est de la RD Congo », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements préoccupés devraient souligner que les atrocités commises par le Rwanda et le M23 dans leurs camps d’entraînement nécessitent une action urgente pour y mettre fin, et que nul n’est hors de portée de la justice. »

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07.06.2026 à 06:00

Yémen : Les Houthis devraient libérer les employés de l’ONU et d’ONG détenus

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule des Nations Unies, faisant partie d’un convoi d’aide humanitaire de l’ONU et du Programme alimentaire mondial, était contrôlé par les forces houthies dans une zone gouvernée par les Houthis près de Hodeïda, dans le sud-ouest du Yémen, le 26 février 2019. © 2019 Abduljabbar Zeyad/Reuters

(Beyrouth) – Les autorités houthies de facto au Yémen devraient libérer immédiatement et sans condition les dizaines d’employés des Nations Unies et d’organisations yéménites et internationales de la société civile qui ont été arbitrairement arrêtés au cours des deux dernières années, ont déclaré aujourd’hui l’Institut du Caire pour les études des droits humains (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS), Human Rights Watch et Amnesty International. Les arrestations arbitraires de travailleurs humanitaires par les Houthis ont un impact direct sur l’acheminement de l’aide vitale aux personnes qui en ont grandement besoin.

« Le fait que les Houthis détiennent des travailleurs humanitaires alors que la famine s’aggrave démontre leur profond mépris à l’égard des habitants des territoires qu’ils contrôlent dans le nord du Yémen », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient immédiatement libérer toutes les personnes qu’ils détiennent arbitrairement, et répondre plutôt aux besoins fondamentaux de la population. »

À partir du 31 mai 2024, les Houthis ont mené une série de raids dans les zones sous leur contrôle, arrêtant arbitrairement 13 membres du personnel de l’ONU et au moins 50 employés d’organisations yéménites et internationales de la société civile. Depuis lors, les Houthis ont arbitrairement arrêté des dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et d’organisations de la société civile, ne libérant ensuite que sept personnes. Selon un communiqué de l’ONU du 25 mars 2026, 73 employés de l’ONU et des dizaines d’autres travailleurs humanitaires, tous de nationalité yéménite, étaient alors toujours détenus par les Houthis. 

Le 11 février 2025, un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) est décédé alors qu’il était détenu par les Houthis. Sa mort renforce les craintes pour la sécurité et le bien-être des autres personnes qui sont toujours incarcérés arbitrairement dans des centres de détention gérés par les autorités houthies, compte tenu des antécédents de torture et d’autres mauvais traitements infligés aux détenus par les Houthis.

Plusieurs individus actuellement détenus ont été arrêtés sans qu’on leur présente de mandat d’arrêt, et ont été victimes de disparitions forcées pendant des mois. Certains d’entre eux ont reçu des soins médicaux, mais ce n’est pas le cas de nombreux autres détenus, dont des personnes souffrant de graves problèmes de santé. 

Aucune des sources interrogées par Human Rights Watch n’avait connaissance de détenus ayant accès à un avocat, bien que les affaires de trois employés de l’ONU aient été transférées à la Cour pénale spécialisée du Yémen en décembre 2025. 

En janvier 2026, Human Rights Watch a constaté que ces détentions avaient exacerbé la crise humanitaire déjà désastreuse au Yémen.

Dans leur dernier rapport conjoint sur la faim dans le monde, publié en novembre 2025, le PAM et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé cet avertissement au sujet du Yémen : « La situation d’insécurité alimentaire aiguë, déjà critique, risque de se détériorer davantage encore au cours de la période anticipée [novembre 2025 à mai 2026], ce qui exposerait certaines parties de la population au risque d’une situation catastrophique » dans quatre districts sous contrôle des Houthis.

Ces arrestations se sont accompagnées d’une campagne médiatique menée par les Houthis, accusant les organisations humanitaires et leur personnel de « conspirer » contre les intérêts du pays à travers leurs projets et soulignant les dangers de l’« espionnage ». Depuis 2015, Amnesty International a recensé des dizaines de cas dans lesquels les autorités houthies ont utilisé des accusations d’espionnage pour persécuter des opposants politiques, et réduire au silence la dissidence pacifique.

« La répression continue de l’espace civique dans le nord du Yémen, où les Houthis ont procédé à des dizaines d’arrestations, notamment de travailleurs humanitaires, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d’activistes, doit cesser », a déclaré Diala Haidar, chercheuse sur le Yémen à Amnesty International. « Toutes les personnes détenues arbitrairement devraient être immédiatement libérées. Jusqu’à leur libération, les autorités houthies devraient veiller à ce qu’elles soient protégées contre la torture et autres mauvais traitements, qu’elles aient accès à des soins de santé et à une assistance juridique, et qu’elles puissent communiquer régulièrement avec leurs familles. » 

Les familles de certains détenus ont été informées que ceux-ci se voyaient refuser l’accès à un avocat, et étaient contraints par les autorités de faire des aveux filmés. 

En 2024, les Houthis ont diffusé des vidéos d’autres détenus « avouant » des activités d’espionnage et d’autres crimes dont ils étaient accusés.

Human Rights Watch, Amnesty International et d’autres organisations, dont le Groupe d’experts éminents de l’ONU sur le Yémen (dont le mandat a expiré en 2021), ont documenté le recours à la torture par les Houthis pour obtenir des informations ou des aveux. 

Les organisations de la société civile locales et internationales jouent un rôle essentiel dans l’atténuation de la crise humanitaire au Yémen. Les coupes drastiques dans l’aide financière apportée par des États donateurs, notamment par les États-Unis, ont mis en danger la santé et les droits humains de millions de personnes au Yémen ; cependant, des travailleurs humanitaires sur le terrain continuent de fournir une aide vitale et des services de protection aux habitants, y compris dans les territoires du Yémen contrôlés par les Houthis. 

Les autorités houthies ont déjà pris pour cible des défenseurs des droits humains et des travailleurs humanitaires. Quatre membres du personnel yéménite du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), arrêtés en 2021 et 2023, sont toujours détenus arbitrairement et maintenus au secret depuis leur arrestation. En septembre 2023, les Houthis ont arrêté le directeur de la sécurité de l’ONG Save the Children et l’ont maintenu au secret. Il est décédé le 25 octobre 2023, alors qu’il était toujours détenu arbitrairement. 

Les gouvernements ayant une influence sur les Houthis et les dirigeants de l’ONU devraient redoubler d’efforts pour obtenir la libération du personnel des organisations non gouvernementales et de l’ONU.

« La communauté internationale devrait aller au-delà des déclarations exprimant son inquiétude et apporter une réponse unifiée et ferme qui fasse pression sur les autorités houthies pour qu’elles libèrent immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement, mettent fin aux représailles contre les travailleurs humanitaires, et garantissent l’acheminement d’aide humanitaire sans entrave et de manière sûre dans tout le Yémen », a déclaré Amna Guellali, directrice de recherches au CIHRS.

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05.06.2026 à 18:51

Russie : L'organisation de défense des droits humains OVD-Info qualifiée d'« extrémiste »

Human Rights Watch

Click to expand Image L'écran d'un iPhone affichait un post du compte Telegram d'OVD-Info, une importante organisation russe de défense des droits humains, à Moscou, le 25 décembre 2021. © 2021 AP Photo/Alexander Zemlianichenko

(Berlin, 5 juin 2026) – Le 4 juin, les autorités russes ont inscrit une importante organisation de défense des droits humains, OVD-Info, ainsi que 35 autres organisations, sur leur liste d’organisations « extrémistes », a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La désignation d’une organisation en tant qu’« extrémiste » implique l’interdiction de mener toute activité pour le compte de cette organisation, sous peine d’une longue peine de prison.

L’organisation OVD-Info, dont le nom est dérivé de l’abréviation OVD (Otdel Vnutrennikh Del, Département des affaires intérieures, ou plus communément « département de police »), a été fondée en 2011 en réponse à la répression massive de manifestations publiques pacifiques. Depuis lors, OVD-Info a fourni une aide juridique à des dizaines de milliers de personnes dans des affaires liées à la liberté de réunion et d’expression ; l’organisation gère une ligne d’assistance téléphonique accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, permettant aux victimes de signaler des abus et de demander de l’aide, et a documenté diverses violations des droits humains. OVD-Info a aidé plus de 2 300 personnes à obtenir des victoires juridiques après avoir porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme.

« Les autorités russes ciblent de plus en plus les organisations de défense des droits humains en les qualifiant à tort d’“extrémistes” », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait valoriser le travail de ces organisations, au lieu de le diaboliser. »

OVD-Info a déclaré que, malgré cette décision, l’organisation poursuivrait son travail. « En qualifiant notre travail d’“extrémisme”, [les autorités russes] mettent hors-la-loi non seulement un projet, mais la capacité même de la société… à documenter les détentions, à aider les personnes confrontées à la persécution, et à dénoncer la répression », a déclaré Daniil Beilinson, cofondateur d’OVD-Info, à Human Rights Watch. « Cet État qui réécrit le passé ne tolère pas non plus les preuves d’abus actuels, et cherche donc à interdire la vérité sur les abus passés et actuels. Mais on ne peut pas interdire aux gens de connaître la vérité. Nous ne fermerons pas nos portes, et nous n’arrêterons pas notre travail. »

La liste fédérale des organisations « terroristes et extrémistes » a été mise à jour le 4 juin ; cette mesure est apparemment fondée sur la décision de la Cour suprême russe, le 9 avril, de qualifier le « Mouvement public international Memorial » d’« extrémiste », interdisant ainsi les activités de l’ONG Memorial et de ses branches présumées. Ce simulacre de procédure s’est déroulé en une seule audience, à huis clos, et le dossier a été classé « top secret ». Le tribunal n’a pas autorisé les avocats de Memorial à participer à la procédure. Les autorités avaient déjà contraint Memorial, la principale organisation russe de défense des droits humains, à la fermeture en décembre 2021 ; avant cela, le Centre Memorial des droits humains était un partenaire clé d’OVD-Info, qui fonctionne sans entité juridique.

Parmi les 36 organisations rajoutées à la liste d’organisations « extrémistes » le 4 juin figurent des associations régionales indépendantes affiliées à Memorial menant des recherches historiques et fournissant une éducation et une aide juridique aux victimes de violations des droits, des organisations basées en dehors de la Russie et utilisant le nom Memorial, le Projet Memorial sur les prisonniers politiques, et le Centre de défense des droits Memorial. En 2022, Memorial s'est vu décerner le prix Nobel de la paix pour ses « efforts exceptionnels visant à documenter les crimes de guerre, les violations des droits de l'homme et les abus de pouvoir ».

La participation aux activités ou au financement d'une organisation « extrémiste » en Russie est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 12 ans de prison. Les symboles des organisations « extrémistes » sont également interdits ; la publication d’un tel symbole ou logo et leur affichage est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 jours de détention pour une première infraction, et jusqu’à 4 ans de prison en cas de récidive. Les autorités peuvent inscrire les personnes soupçonnées d’appartenir à une organisation « extrémiste » sur la liste nationale, et geler leurs comptes bancaires.

« Les autorités russes ont depuis longtemps cessé de respecter le droit de manifester pacifiquement, réprimant toutes les formes de dissidence », a observé Hugh Williamson. « Elles devraient cesser d’abuser de la législation sur l’“extrémisme”pour décimer la société civile, et devrait plutôt annuler ces désignations absurdes. »

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05.06.2026 à 09:00

Encore deux journalistes arrêtés au Rwanda

Human Rights Watch

Click to expand Image Gikondo Transit Center, April 2015. © 2015 Human Rights Watch

Deux journalistes rwandais affiliés à la chaîne YouTube Imbarutso ya Demokarasi sont poursuivis pour avoir réalisé un reportage sur Kwa Kabuga, ou le Centre de transit de Kigali – un lieu de détention non officiel où les autorités détiennent des personnes jugées « indésirables », et l'un des secrets les moins bien gardés de la capitale.

Augustin Nsanzimana, caméraman et monteur, et Emmanuel Niyonshuti, journaliste de télévision, sont actuellement placés en détention provisoire, une mesure confirmée par un juge le 2 juin. Lors d'une audience tenue le 26 mai, le parquet a accusé les deux hommes d'avoir « publi[é] des rumeurs pouvant provoquer la peur » ; il s'agit là d'une infraction pénale suffisamment vague pour être utilisée afin de museler les voix critiques.

Lors de l'audience, leurs avocats ont déclaré que les accusés s'étaient vu refuser l'accès à un avocat pendant les six premiers jours de leur détention.

Augustin Nsanzimana aurait envoyé un message à des contacts le 1er mai, indiquant que des agents qui selon lui travaillaient pour le Bureau d'enquête rwandais (Rwanda Investigation Bureau) étaient entrés à son domicile à Kigali. Emmanuel Niyonshuti a également cessé de répondre aux appels et aux messages peu après avoir signalé des menaces. Le porte-parole du Bureau d'enquête rwandais a confirmé 72 heures plus tard que les deux hommes étaient sous leur garde. Ces arrestations ont fait suite à la publication sur YouTube d'une vidéo faisant état de décès de détenus à l'intérieur de Kwa Kabuga. Human Rights Watch a documenté des cas de détention arbitraire et de mauvais traitements graves à Kwa Kabuga, où des sans-abris, des travailleuses du sexe, des enfants des rues, des vendeurs ambulants et d'autres personnes sont souvent détenus sans procédure légale régulière. 

Ces détentions s'inscrivent dans le cadre d'une répression continue de la liberté d'expression : dénoncer les défaillances des services publics, donner la parole à l'opposition, notamment les personnes liées à Victoire Ingabire, figure d'opposition en détention, ou remettre en question les discours officiels du gouvernement, entraîne souvent des sanctions.

En mai, Aimable Karasira, condamné notamment pour « divisionnisme », est décédé le jour où il devait être libéré de prison, dans des circonstances douteuses. Karasira, universitaire et youtubeur, a été arrêté en 2021 après avoir témoigné publiquement de la perte de proches en 1994 tués par les auteurs du génocide et par le Front patriotique rwandais au pouvoir. Avant son arrestation, il m'avait confié : « Je voulais utiliser YouTube pour raconter mon histoire. »

Plus d'une douzaine de journalistes, de commentateurs et d’activistes de l'opposition demeurent emprisonnés au Rwanda, nombre d'entre eux à la suite de poursuites engagées pour avoir dénoncé des abus sur YouTube. Toutes les personnes injustement détenues devraient être libérées immédiatement et sans condition, et le cadre juridique abusif qui a permis les poursuites engagées contre elles devrait être réformé, conformément aux normes internationales en matière de liberté d'expression.

02.06.2026 à 21:14

Venezuela : Le principe de compétence universelle pourrait ouvrir la voie à la justice

Human Rights Watch

Click to expand Image Des membres de la Garde nationale bolivarienne vénézuélienne (Guardia Nacional Bolivariana, GNB) faisaient face à des étudiants participant a une manifestation antigouvernementale à Caracas, au Venezuela, le 16 février 2014. De nombreuses manifestations ont été violemment réprimées par la GNB. © 2014 Leo Ramirez/AFP via Getty Images

(Madrid) – Les efforts déployés par l’Argentine afin que l’ Espagne autorise l’extradition d’un ancien responsable vénézuélien, résidant en Espagne et accusé de crimes contre l’humanité, pourraient ouvrir la voie à la reddition de comptes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; les autorités espagnoles ont accepté de faire avancer la procédure relative à cette demande d’extradition.

Un tribunal argentin a demandé l’extradition d’Ephraín Enrique Verdú Torrelles, un ancien officier de la Garde nationale bolivarienne vénézuélienne (Guardia Nacional Bolivariana, GNB), une force de police militarisée responsable de nombreuses violations des droits humains. La demande d’extradition transmise à l’Espagne vise à garantir la présence de Verdú Torrelles en Argentine, afin qu’il y soit interrogé au sujet d’allégations sur sa présumée implication dans des meurtres commis lors de la répression gouvernementale des manifestations de 2014 au Venezuela, et susceptibles de constituer un crime contre l’humanité. 

« Les victimes au Venezuela n’ont obtenu aucune justice dans leur propre pays, et la demande d’extradition déposée par l’Argentine nous rappelle que la justice peut traverser les frontières », a déclaré Michelle Reyes Milk, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Il appartiendra désormais au tribunal espagnol de décider s’il y a lieu de procéder à cette extradition. » 

Le Conseil des ministres espagnol a approuvé la poursuite de la procédure relative à la demande d’extradition, renvoyant l’affaire devant la Cour nationale de justice espagnole (Audiencia Nacional). Le représentant des victimes vénézuéliennes, Ignacio Jovtis, a déclaré à Human Rights Watch que les autorités espagnoles avaient informé Verdú Torrelles de la procédure relative à la demande d’extradition. Au cours des manifestations de 2014 au Venezuela, les forces de sécurité ont systématiquement recouru à une force excessive et illégale contre des manifestants majoritairement pacifiques, arrêtant arbitrairement des centaines de personnes et soumettant de nombreux détenus à de graves abus, notamment des passages à tabac et, parfois, des actes de torture, tout en leur refusant une procédure régulière. Les forces de sécurité et les gangs pro-gouvernementaux connus sous le nom de « colectivos » ont également commis des exécutions extrajudiciaires. 

La Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Venezuela, établie sous l’égide des Nations Unies, a conclu qu’il existait des « motifs raisonnables » de croire que certaines violations commises par le gouvernement vénézuélien constituaient des crimes contre l’humanité, ajoutant : « L’affaiblissement des mécanismes de la responsabilité démocratique, judiciaire et institutionnelle a entraîné une impunité grandissante. » En 2021, la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur des crimes contre l’humanité qui auraient été commis au Venezuela. 

La demande d’extradition déposée par l’Argentine fait suite à une plainte pénale déposée en juin 2023 par InterJust, une organisation de défense des droits humains, devant les tribunaux argentins, au nom des proches de personnes qui auraient été victimes d’exécutions extrajudiciaires par des membres de la GNB lors des manifestations de 2014. Cette affaire est rendue possible par le principe de compétence universelle, qui permet aux pays d'enquêter et de poursuivre certaines violations graves des droits humains constituant des crimes internationaux graves, quel que soit le lieu où elles ont été commises ou la nationalité des suspects ou des victimes. 

Parallèlement, une autre plainte distincte et parallèle a été déposée en janvier 2023 par le Forum argentin pour la défense de la démocratie (Foro Argentino para la Defensa de la Democracia), contre l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro et son ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello. Maduro est détenu par les autorités fédérales américaines depuis le 3 janvier ; il est visé par des chefs d’accusation de narcoterrorisme, de trafic de drogue et de détention d’armes, et sera jugé lors d’un procès tenu dans le district sud de New York. Cabello continue d’exercer les fonctions de ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix au Venezuela. Il fait également l’objet de poursuites aux États-Unis pour narcoterrorisme, trafic de drogue et détention d’armes. 

En septembre 2024, un juge d’instruction en Argentine a émis des mandats d’arrêt contre Verdú Torrelles et 13 autres officiers de la GNB, afin de les interroger dans le cadre de l’affaire engagée à leur encontre. Conformément aux normes de procédures pénales en vigueur en Argentine, Verdú Torrelles et les autres officiers n’ont pas été inculpés à ce stade. Cependant, Verdú Torrelles a été officiellement informé qu’il faisait l’objet d’une enquête pénale en cours, devenant ainsi, sur le plan procédural, un « accusé » (« imputado »).Par ailleurs, le juge a également ordonné la comparution de Maduro et Cabello, et émis des mandats d’arrêt à leur encontre.

S'il était extradé par l’Espagne, Verdú Torrelles deviendrait la première personne dans cette affaire à comparaître en personne devant les tribunaux argentins. Cette extradition permettrait à l'enquête d'avancer sur le plan procédural en Argentine, notamment par le biais d'un interrogatoire et d'une éventuelle mise en accusation, après quoi l'affaire pourrait être renvoyée devant un tribunal. 

Cela ferait de Verdú Torrelles, à ce jour, la personnalité la plus haut placée à comparaître devant un tribunal pour des violations graves des droits humains commises au Venezuela, a déclaré Human Rights Watch. 

D’autres affaires sont actuellement en cours en Argentine, relevant du principe de compétence universelle ; elles concernent des crimes présumés au regard du droit international commis au Myanmar, en Colombie, au Nicaragua, en Chine, en Israël et en Palestine, ainsi qu’en Espagne sous le régime franquiste. Ces affaires se sont heurtées à divers obstacles, notamment la difficulté d’assurer la présence des suspects sur le territoire argentin, l’absence d’unités spécialisées d’enquête et de poursuite chargées de traiter les affaires relevant de la compétence universelle, ainsi que d’autres contraintes en matière de ressources. Parallèlement, des juges et des procureurs argentins ont engagé des poursuites dans des affaires importantes concernant des crimes internationaux commis en Argentine par le passé. 

« Les démarches engagées par l’Argentine dans le cadre d’affaires relevant du principe de compétence universelle envoie un message clair et fort selon lequel il ne devrait y avoir aucun refuge pour les responsables de violations graves des droits humains », a conclu Michelle Reyes Milk. « La coopération d’autres États, comme l’Espagne, est essentielle afin que ces efforts soient fructueux. »

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02.06.2026 à 04:00

Égypte : Les personnes handicapées face à des obstacles dans le monde du travail

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme atteint d'un handicap physique soudait une pièce métallique d’un fauteuil roulant dans un atelier au Caire, en Égypte, le 8 août 2017 ; cet atelier fabrique divers produits de mobilité pour des personnes handicapées vivant dans des quartiers défavorisés de la capitale.  © 2017 Mohamed Abd El Ghany/Reuters

(Beyrouth, 2 juin 2026) – Les personnes handicapées en Égypte sont confrontées à des entraves systémiques à leur droit au travail, liées a l’insuffisante mise en œuvre de la loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Parmi ces difficultés figurent des pratiques d’embauche discriminatoires, des lieux de travail inaccessibles, des obstacles à l’obtention d’une carte nationale confirmant le handicap, des quotas d’emploi non respectés, ainsi que le recours par des employeurs à des emplois factices et sous-payés (afin de remplir les quotas), qui privent ces personnes d’un véritable travail correctement rémunéré.

La loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées a considérablement amélioré le cadre législatif régissant ces droits en Égypte, le rapprochant des normes internationales. Cependant, la mise en œuvre de nombreuses réformes se heurte à de sérieux obstacles, exposant les personnes handicapées à un risque accru de chômage, de pauvreté et de précarité économique. En 2025, le gouvernement a proposé des amendements à cette loi, lesquels sont actuellement examinés par le parlement ; certains amendements risquent toutefois de restreindre la définition du handicap, et d’affaiblir le respect des droits des personnes concernées. 

« La loi égyptienne de 2018 sur les droits des personnes handicapées a constitué une importante avancée, mais sa mise en œuvre inadéquate a laissé de nombreuses personnes exclues du marché du travail, confrontées à un chômage persistant et à une marginalisation économique », a déclaré Amr Magdi, chercheur senior auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L’inclusion exige plus qu’une simple législation. Elle nécessite que le gouvernement fasse respecter la loi, assure un suivi, forme les employeurs et rende les lieux de travail accessibles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 17 personnes : 13 personnes en situation de handicap, deux représentants d’organisations égyptiennes de défense des droits des personnes handicapées, un représentant d’une organisation humanitaire internationale, et un ancien haut fonctionnaire égyptien. Le 7 avril, Human Rights Watch a écrit au ministère égyptien de la Solidarité sociale, mais n’a reçu aucune réponse.

D’après une enquête nationale menée par le gouvernement en 2022, les personnes handicapées en Égypte représentent environ 11 % de la population, soit environ 12 millions de personnes, bien que la prévalence du handicap puisse être sous-estimée en raison de la stigmatisation, du sous-diagnostic et d’autres obstacles à la divulgation d’un handicap.

Selon cette enquête, 40 % des personnes handicapées âgées de 4 ans ou plus n’avaient reçu aucune éducation, soit nettement plus que la moyenne de 27 % pour l’ensemble de la population, selon une autre enquête de 2018. Seulement 17 % avaient terminé leurs études secondaires, bien en-deçà de la moyenne de 59 % pour la population masculine âgée de plus de 25 ans. Parmi les personnes handicapées interrogées, 49 % n’avaient pas d’emploi. 

Une étude indépendante menée en 2019 a conclu que 80 % des personnes handicapées vivaient en dessous du seuil de pauvreté national, soit nettement plus que la moyenne de 30 % estimée pour l’ensemble de la population égyptienne. 

La loi n° 10 de 2018 relative aux droits des personnes handicapées a offert pour la première fois un cadre juridique axé sur les droits en matière de handicap. La loi exige que les employeurs comptant au moins 20 salariés de réservent 5 % des postes aux personnes handicapées, alors que la précédente loi de 1975 fixait le seuil minimum à 50 salariés. Cette loi prévoyait une amende de 10 000 à 30 000 livres égyptiennes (environ 190 à 570 dollars US) et/ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à un an en cas de non-respect du quota.

Le gouvernement ne publie pas de statistiques périodiques sur le respect de la loi, comme l’exige celle-ci, bien que des sources officielles indiquent que les autorités collectent ces données. Les autorités devraient publier périodiquement des données exhaustives sur les personnes handicapées, y compris leur situation professionnelle et des indicateurs de pauvreté multidimensionnelle, a déclaré Human Rights Watch.

Les 13 personnes en situation de handicap et les experts interrogés ont tous décrit une pratique répandue consistant, pour les employeurs, à embaucher frauduleusement des personnes en situation de handicap sans leur attribuer de véritable travail, souvent à des salaires inférieurs, afin de remplir le quota. Selon l'enquête nationale de 2022 sur les personnes en situation de handicap, 32,2 % des personnes interrogées ont déclaré être employées mais ne pas se voir attribuer de véritable travail. 

Cette pratique renforce les stéréotypes préjudiciables selon lesquels les personnes handicapées ne peuvent pas contribuer au monde du travail, tout en leur refusant un accès égal à un emploi valorisant, à un salaire équitable, à l’indépendance économique, au développement professionnel et à l’inclusion sur le lieu de travail, a déclaré Human Rights Watch.

Un homme malentendant a déclaré qu’une banque l’avait embauché en 2025, aux côtés d’une centaine d’autres personnes handicapées, sans les avoir fait passer d’entretien. Il a indiqué que les responsables de la banque lui avaient dit qu’il recevrait 4 000 livres égyptiennes (80 dollars US) par mois, bien en dessous du salaire minimum égyptien, sans avoir à travailler. « Au cours des quatre dernières années, je me suis senti négligé », a-t-il déclaré. « J’ai des compétences que je n’ai pas pu mettre à profit ni développer. J’ai décidé de démissionner. » 

Certaines personnes interrogées ont déclaré s’être vu attribuer des tâches sans rapport avec leurs qualifications et ne reflétant pas leurs compétences. Un défenseur des droits des personnes handicapées, lui-même malentendant, a déclaré qu’une grande entreprise de communication l’avait affecté à la livraison de petits-déjeuners, malgré ses deux diplômes universitaires. 

Parmi les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête nationale de 2022, 34 % ont déclaré penser que les employeurs avaient rejeté leur candidature en raison de leur handicap. et 63 % n’ont pas pu trouver d’emploi adapté. 

Les personnes interrogées ont indiqué que les lieux de travail étaient souvent inaccessibles. Un homme en fauteuil roulant a déclaré avoir refusé une offre d’emploi en raison de l’absence d’aménagements raisonnables, notamment une rampe d’accès et des toilettes accessibles. 

Certains ont déclaré être fréquemment confrontés à la stigmatisation sociale et à la discrimination, notamment à la perception des autorités et des employeurs selon laquelle les personnes handicapées sont incapables de travailler ou moins productives. « Ils nous considèrent comme des personnes incompétentes, mais nous sommes des personnes handicapées qui avons simplement besoin d’outils pour pouvoir accomplir notre travail », a déclaré une femme malentendante qui a indiqué avoir fait face à plusieurs refus pour des emplois pour lesquels elle remplissait pourtant les conditions requises. 

Les personnes handicapées ont déclaré être régulièrement victimes d’incompréhension et de harcèlement au travail de la part de leurs collègues. Une femme malentendante a expliqué que ses collègues pensaient qu’elle les ignorait, lorsqu’elle ne pouvait pas les entendre ou les comprendre. 

En Égypte, les personnes handicapées se heurtent également à des obstacles pour obtenir une Carte de services intégrés condition préalable pour accéder à certains services réservés aux personnes handicapées, comme les soins médicaux spécialisés, l’aide sociale, des exonérations fiscales et douanières, ainsi que des services liés à l’éducation ou à l’emploi.

En vertu de la loi de 2018 et des ses statuts les titulaires de cette carte qui se retrouvent sans emploi et en situation de pauvreté peuvent percevoir environ 700 livres (14 dollars US) par mois dans le cadre du programme de protection sociale Karama. Cependant, à la fin de 2025, seuls environ 10 % des personnes handicapées en Égypte (1,3 million de personnes) avaient pu obtenir une Carte de services intégrés. L'enquête nationale de 2022 a révélé qu'environ 70 % des personnes handicapées ignoraient l'existence de cette carte.

Le ministère de la Solidarité sociale, qui délivre la carte, a affirmé en 2024 que de nombreuses personnes ne la demandent simplement pas. Cependant, les personnes interrogées ont décrit d’importants obstacles, notamment une procédure longue pouvant durer jusqu’à un an ou plus, des coûts élevés pour des examens médicaux non disponibles dans les hôpitaux publics, et l’obligation de refaire toute la procédure lors du renouvellement de la carte. 

Les défenseurs des droits des personnes handicapées ont déclaré que dans certains cas, le ministère appliquait des critères restrictifs pour limiter l’éligibilité à cette carte. Human Rights Watch a examiné une directive du ministère de la Santé enjoignant aux établissements médicaux d’évaluer la perte auditive des demandeurs utilisant une aide auditive à tige, en fonction du degré de perte auditive en décibels, d’une manière susceptible de restreindre fortement l’éligibilité. En outre, un handicap devrait être évalué non seulement par le biais d’une évaluation médicale, mais aussi en tenant compte de certains facteurs sociaux et environnementaux. En mars, le ministère a annoncé des mesures visant à supprimer certains obstacles.

En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, que l’Égypte a ratifiée en 2008, chaque État a l’obligation de garantir l’égalité des chances en matière d’emploi aux personnes handicapées. Les gouvernements sont tenus de promouvoir des politiques d’emploi inclusives et de fournir des aménagements raisonnables pour permettre aux personnes handicapées de bénéficier d’opportunités d’emploi égales à celles des autres personnes. L’Égypte a également l’obligation de garantir le droit à la sécurité sociale, sans discrimination.

« Refuser aux personnes handicapées un accès égalitaire a des opportunités d’emploi, à des lieux de travail inclusifs et à la sécurité sociale perpétue la pauvreté et prive la société égyptienne de talents inexploités », a conclu Amr Magdi. « Investir dans l’accessibilité, dans la formation et dans une véritable inclusion n’est pas seulement un moyen d’améliorer des vies : cela renforce aussi l’économie, et construit un avenir plus juste pour toutes et tous. »

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01.06.2026 à 19:40

Chine : 37 ans après le massacre de Tiananmen, la justice n’a toujours pas été rendue

Human Rights Watch

Click to expand Image Des étudiants chinois dansaient lors d’une manifestation pro-démocratie sur la place Tiananmen, à Pékin, le 22 mai 1989. Treize jours plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des chars de l’armée ont investi la place, marquant le début du massacre de la place Tiananmen.. © 1989 Mark Avery/AP Photo

(New York) – Le gouvernement chinois intensifie ses efforts pour effacer le souvenir du massacre de Tiananmen de 1989, tout en renforçant son contrôle social dans tout le pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le massacre de Tiananmen a été déclenché par le rassemblement pacifique d'étudiants, de travailleurs et d'autres personnes sur la place Tiananmen à Pékin et dans d'autres villes chinoises en avril 1989 ; ils réclamaient la liberté d'expression, des réformes démocratiques et la fin de la corruption. Les 3 et 4 juin, des soldats de l’Armée populaire de libération ont ouvert le feu et tué de nombreux manifestants et passants à Pékin. Les autorités chinoises interdisent depuis longtemps les commémorations du massacre en Chine continentale. À ce jour, aucune mesure n’a été prise pour fournir davantage d’informations et une indemnisation aux familles des personnes tuées, ni pour poursuivre les responsables de ces meurtres. 

« En enterrant le passé, le gouvernement chinois enterre également l’espoir d’un futur respect des droits fondamentaux », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait cesser de censurer les informations sur le massacre de Tiananmen, autoriser les commémorations, indemniser les familles des victimes et libérer les personnes emprisonnées pour avoir demandé la justice et la reddition de comptes. »

Le 28 décembre 2025, à Pékin, le Bureau de la sécurité publique a interdit à l’association Mères de Tiananmen d’organiser un rassemblement à l’occasion du Nouvel An ; c’était la première interdiction de ce type depuis que ce groupe de défense des victimes a commencé à organiser de tels rassemblements annuels en 2009. L’association a déclaré avoir constaté « non seulement l’absence de toute initiative sincère de la part du gouvernement pour faire la lumière sur le massacre d’innocents lors du mouvement étudiant de 1989 […], mais aussi la froide réalité de l’abus de pouvoir par les forces de sécurité gouvernementales pour entraver les droits sociaux légitimes des citoyens ».

Le 27 mai 2026, les Mères de Tiananmen ont publié une déclaration, signée par 107 membres, exhortant le gouvernement chinois à « remédier, par des moyens légaux et dans un esprit de paix et de raison, à toutes les blessures et injustices non résolues issues de ces événements, et à rendre la justice et la dignité à chaque famille ayant perdu un être cher ».

En novembre 2025, un événement marquant a été la diffusion non autorisée (suite à une fuite) d’une vidéo de six heures enregistrée en 1990, lors du procès militaire secret du général Xu Qinxian ; selon les médias, il s’était opposé aux ordres des hauts dirigeants chinois d’utiliser la force contre les manifestants de la place Tiananmen. Dans une séquence de cette vidéo filmée le 17 mars 1990, le général Xu déclarait : « J’espérais avant tout résoudre le problème par des moyens politiques… J’avais des doutes quant à savoir si agir de la sorte [en recourant à la force] était bien ou mal… et j’ai fait des suggestions, quinn’ont pas été retenues. L’ordre a été transmis… Quant à moi, en tant que commandant, je ne voulais pas y prendre part. » Xu aurait été condamné à cinq ans de prison, et serait décédé en 2021.

Vidéo de juin 2014, à l’occasion du 25ème anniversaire du massacre de Tiananmen

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Les autorités chinoises censurent strictement tout ce qui concerne la place Tiananmen, y compris la célèbre photo de « l’homme au char » (« Tank Man »). Le média australien ABC a rapporté que même une image représentant une banane devant quatre pommes pouvait être signalée par l’algorithme de censure employé par les autorités chinoises, en tant que possible symbole de Tank Man, face aux 4 chars de l’armée.

À Hong Kong, au cours de plus de trois décennies, les commémorations annuelles du massacre de Tiananmen ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Les autorités de Hong Kong ont d’abord interdit la veillée annuelle en 2020 et 2021, officiellement pour des raisons liées à la pandémie de Covid-19. Puis en 2021, les autorités ont contraint l’Alliance de Hong Kong (Hong Kong Alliance), qui organisait ces commémorations, ainsi que son Musée du 4 juin, à la fermeture. Depuis 2022, le parc Victoria, lieu traditionnel de la veillée, accueille un « Carnaval gastronomique patriotique » aux dates proches de l’anniversaire du massacre.

Le 19 mai, un tribunal de Hong Kong a entendu les plaidoiries finales dans le procès de deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong, Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung, qui sont accusés d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale ; ils encourent une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Le verdict est attendu en juillet.

Malgré la répression, certaines personnes à Hong Kong ont précédemment tenté de commémorer le massacre. Début juin 2025, la police de Hong Kong a brièvement détenu 10 personnes âgées de 15 à 69 ans, soupçonnées d’« atteinte à l’ordre public », et a arrêté deux autres personnes pour « comportement suspect ». 

Le 4 juin 2025, la police de Hong Kong a également empêché des membres la Ligue des sociaux-démocrates, un parti politique pro-démocratie dissous peu après , de se rendre au parc Victoria pour commémorer le massacre.

Depuis 2020, la censure à Hong Kong concernant le massacre de Tiananmen ressemble de plus en plus aux contrôles stricts imposés depuis longtemps en Chine continentale. En juin 2025, le site Hong Kong Free Press a rapporté que le propriétaire d’une voiture avec la plaque d’immatriculation « US 8964 » (dont les quatre chiffres pouvaient rappeler la date 4.6.89), avait reçu des lettres anonymes contenant ses informations personnelles, des photos de sa voiture et des allégations selon lesquelles il pourrait enfreindre la loi sur la sécurité nationale. En mai 2025, peu avant le 36ème anniversaire du massacre, le propriétaire a expédié son véhicule à l’étranger ; il a expliqué que la situation à Hong Kong « a changé si rapidement […] qu’elle est devenue inacceptable pour ma famille et moi-même ».

Ces dernières années, des groupes de la diaspora et des comptes anonymes sur les réseaux sociaux à travers le monde ont organisé des débats publics, des expositions et des rassemblements, et publié des essais pour commémorer le massacre de Tiananmen. En 2026, des commémorations sont prévues dans plus de 30 villes de sept pays, dont l’Australie, le Canada, les États-Unis Royaume-Uni et Taïwan. 

À la suite du massacre de Tiananmen, le gouvernement chinois a mené une répression à l’échelle nationale ; les autorités ont arrêté des milliers de personnes pour « contre-révolution » et d’autres chefs d’accusation criminels, dont « incendie criminel » et « trouble à l’ordre public ». 

Le gouvernement n’a jamais reconnu sa responsabilité dans le massacre, ni tenu aucun fonctionnaire pour juridiquement responsable de ces meurtres. Il n’a pas enquêté sur les événements, ni publié de données sur les personnes tuées, blessées, victimes de disparitions forcées ou emprisonnées. Les Mères de Tiananmen ont recensé les meurtres de 202 personnes lors de la répression du mouvement à Pékin et dans d’autres villes.

Le gouvernement a ignoré les appels à la justice concernant ce massacre. Les sanctions imposées par le gouvernement américain en réponse au massacre ont été affaiblies ou contournées au fil des ans. L’absence de sanctions internationales significatives a facilité le bilan déplorable de Pékin en matière de droits humains au cours des décennies qui ont suivi, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement chinois devrait prendre les mesures suivantes :

Respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, et mettre fin au harcèlement et à la détention arbitraire des personnes qui contestent la version officielle du massacre de Tiananmen ;Rencontrer les membres des « Mères de Tiananmen » et leur présenter des excuses, publier les noms de toutes les personnes décédées ou injustement emprisonnées, et indemniser de manière appropriée les familles des victimes ;Autoriser une enquête publique indépendante sur le massacre de Tiananmen et ses conséquences, et publier sans délai ses résultats et conclusions ;Autoriser sans condition le retour des citoyens chinois exilés en raison de leurs liens avec les événements de 1989 ; etEnquêter sur tous les responsables gouvernementaux et militaires qui ont planifié ou ordonné l'usage illégal de la force meurtrière contre les manifestants, et les poursuivre en justice de manière appropriée.

Les gouvernements étrangers devraient redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois au sujet des graves violations commises par le passé. 

« Malgré la censure, l’intimidation et la répression sévère exercées par Pékin, des personnes chinoises et hongkongaises qui vivent aujourd’hui ailleurs, partout dans le monde, continuent de commémorer le massacre de Tiananmen », a conclu Yalkun Uluyol. « Les gouvernements préoccupés devraient reconnaître leurs efforts et faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il assume la responsabilité du massacre, accorde des réparations et traduise en justice les responsables. »

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29.05.2026 à 06:01

Le droit à la santé peu protégé dans les zones de conflit dans le monde

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme afghan regardait les décombres d'un centre de désintoxication détruit par une frappe aérienne menée par l’armée pakistanaise, selon les autorités talibanes, à Kaboul, en Afghanistan, le 17 mars 2026. © 2026 Sayed Hassib/Reuters

(New York, 29 mai 2026) – Dix ans après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de sa Résolution 2286 afin de protéger les soins de santé dans les conflits armés, les attaques contre les hôpitaux et le personnel de santé se poursuivent, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

La Résolution 2286, adoptée à l’unanimité le 3 mai 2016, oblige les États à « prévenir et réprimer » les attaques contre les services de santé. Une décennie plus tard, un nouveau rapport de la Coalition pour la protection de la santé lors de conflits (Safeguarding Health in Conflict Coalition, SHCC), un groupe international d’organisations non gouvernementales dont Human Rights Watch, révèle toutefois que les attaques contre les établissements de santé et le personnel médical se poursuivent à un rythme alarmant. Les gouvernements devraient protéger l’état de droit en prévenant efficacement ces attaques illégales, et en sanctionnant les responsables.

« La Résolution 2286 énonce des obligations claires visant à protéger le personnel et les établissements de santé dans les conflits armés, et à respecter le droit international », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior auprès de l’Initiative pour la santé mondiale à Human Rights Watch. « Dix ans plus tard, non seulement les États membres n’ont pas rempli ces obligations, mais leurs dirigeants semblent peu soucieux tout en violant des lois et des normes. L’obligation de rendre des comptes exige plus que des résolutions. Elle exige des conséquences. »

Attaques contre la santé Dossier web

Human Rights Watch a créé une page web compilant ses recherches sur les attaques contre la santé au cours des dix années qui ont suivi l’adoption de la résolution.

La coalition SHCC a recensé 2 546 incidents signalés d’« attaques contre la santé » dans 33 pays en 2025. Parmi ces cas, 936 incidents étaient caractérisés par le meurtre, l’enlèvement ou l’arrestation de professionnels de santé ou d’humanitaires ; 790 incidents concernaient des attaques contre des infrastructures de santé, notamment des hôpitaux et des cliniques. La coalition a noté que « dans tous conflits examinés, les attaques contre les soins de santé en 2025 ont eu des répercussions interconnectées à travers les systèmes de santé ». Le rapport de SHCC a également révélé que la majorité des attaques avaient été perpétrées par des forces étatiques. Par ailleurs, le 7 mai, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a publié un rapport présentant des conclusions similaires, et soulignant que « [la] forte augmentation des actes de violence contre les services de santé observée depuis 2016 est principalement le fait d’acteurs étatiques ».

Le 19 mai, des représentants des États membres de l’ONU et d’organisations de la société civile se sont réunis à New York pour discuter des lacunes importantes en matière de reddition de comptes, et renouveler leur engagement à prendre des mesures concrètes pour réduire les attaques contre les services de santé.

Tous les gouvernements devraient prendre des mesures urgentes pour se conformer au droit international et aux exigences énoncées dans la résolution 2286, a déclaré Human Rights Watch. Cela implique notamment d’améliorer la collecte de données sur les attaques et les menaces contre les services de santé, d’intégrer des mesures pratiques visant à garantir le respect du droit international dans la doctrine et la formation militaires, d’étendre le droit national afin d’y incorporer les obligations juridiques découlant du droit international des droits humains et du droit humanitaire, et de restreindre la vente et l’exportation d’armes à des contrevenants connus. Les gouvernements devraient rendre compte régulièrement des mesures prises pour se conformer à ces obligations et à d’autres obligations découlant du droit, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis plus de 25 ans, Human Rights Watch documente les attaques illégales contre la santé lors de conflits, mettant en évidence leurs graves conséquences ainsi que leur impact durable sur les droits humains bien après la fin du conflit.

En Syrie, les attaques illégales menées par le gouvernement d’Assad et les forces russes contre les établissements et le personnel de santé ont été une caractéristique marquante de la guerre qui a duré près de 14 ans. Ces attaques ont eu des conséquences négatives durables sur le système de santé du pays, et la voie vers la reprise reste incertaine.Au Myanmar, la junte militaire a entravé l’accès aux produits et services médicaux vitaux et décimé le système de santé depuis le coup d’État de 2021, en particulier dans les régions du pays contrôlées par l’opposition. Des années d’attaques illégales contre les services de santé menées par la junte militaire ont entravé les efforts d’urgence visant à répondre efficacement au séisme de mars 2025, qui a fait des milliers de morts et de blessés.À Gaza, les attaques illégales répétées menées par les autorités israéliennes contre les installations et le personnel médicaux ont entraîné l’« effondrement total » du système de santé. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de Palestiniens à Gaza – principalement des enfants – continuent de souffrir de maladies d’origine hydrique, en grande partie à cause de la destruction intentionnelle des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement tout au long du conflit.Au Soudan, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont attaqué des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des hôpitaux et des installations d’approvisionnement en eau. Les parties belligérantes ont délibérément entravé l’acheminement de l’aide et pris pour cible les travailleurs humanitaires. En août 2025, l’organisation Médecins Sans Frontières a été contrainte de fermer l’un de ses hôpitaux au Darfour malgré une épidémie de choléra en cours, à la suite d’une attaque armée à l’intérieur de l’établissement. En mars 2026, une attaque perpétrée contre l’hôpital universitaire d’Al Deain, dans l’est du Darfour, a fait au moins 64 morts et des dizaines de blessés. En Ukraine, les forces russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures de santé, touchant plus de 2 665 établissements et membres du personnel. Dans les zones occupées, les autorités russes ont également restreint l’accès aux soins de santé afin de contraindre les habitants à accepter des passeports russes, et de renforcer illégalement l’imposition de lois et de structures administratives russes.Les États-Unis, Israël et l’Iran ont frappé des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des centrales électriques, des usines de dessalement et des ponts. Ces attaques, qui ont violé les lois de la guerre, auront probablement des conséquences négatives durables sur la santé et l’environnement des civils, a déclaré Human Rights Watch. 

Le droit international accorde un statut de protection particulier aux hôpitaux et autres établissements médicaux, au personnel de santé et aux moyens de transport médicaux, tels que les ambulances. Les établissements de santé, le personnel et les moyens de transport ne perdent leur statut de protection que s’ils sont utilisés en dehors de leur fonction humanitaire pour commettre des actes préjudiciables à la partie adverse. Ces attaques peuvent néanmoins être illégales si elles sont aveugles ou disproportionnées. Le droit interdit également les attaques contre les infrastructures civiles essentielles à la survie de la population, telles que les centrales électriques et les installations d’approvisionnement en eau.

Human Rights Watch a également souligné que de telles attaques sont susceptibles de violer le droit international des droits humains, en particulier du droit à la santé. En vertu de ce droit, qui s’applique en temps de conflit parallèlement au droit humanitaire, les États doivent respecter certaines obligations fondamentales qui constituent les niveaux minimaux essentiels de ces droits, dont le non-respect ne peut être justifié, même en temps de conflit. Les niveaux minimaux fondamentaux du droit à la santé comprennent l’accès non discriminatoire aux établissements, biens et services de santé ; à la nourriture, à un abri et à un logement ; à l’assainissement et à l’eau potable ; ainsi qu’aux médicaments essentiels.

« Même en temps de guerre, le droit à la santé doit demeurer intact », a conclu Julia Bleckner. « Les preuves d’attaques contre les services de santé en période de conflit sont accablantes. La seule question est de savoir si les pays agiront contre ces violations, ou s’ils resteront silencieux et laisseront ces attaques se poursuivre en toute impunité. »

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