04.11.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a tué au moins 27 civils lors de deux attaques menées dans la province du Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, en septembre 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Ces attaques ont violé le droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.
Le 1er septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) a attaqué un site d’extraction d’or à Soubo, dans le département de Ouahigouya, tuant 24 civils, en blessant au moins 20 autres et incendiant des biens. Le 5 septembre, trois civils à moto, dont un enfant, ont été tués par une arme explosive sur un chemin de terre près du village de Mera, également dans le département de Ouahigouya. Selon les habitants de la région, le GSIM y avait placé un engin explosif improvisé (EEI).
« Les attaques illégales menées sans relâche par le groupe armé GSIM exposent les civils à de graves risques à travers le Burkina Faso », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités devraient d’urgence renforcer la protection des communautés menacées, enquêter sur les abus et juger les responsables lors de procès équitables. »
Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch.En septembre et en octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes, dont 4 témoins de l’attaque de Soubo et 3 témoins de l’attaque de Mera, ainsi que des défenseurs des droits humains et des journalistes. Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque de Soubo, et a analysé des images satellite et des données de détection d’incendies afin de corroborer les témoignages.
Le 1er septembre, vers 1 heure du matin, plus de 60 combattants du GSIM circulant à moto ont pris d’assaut un site d’exploitation artisanale d’or, situé à environ 1,5 kilomètre au nord-ouest du village de Soubo. Ils ont tiré sur les civils qui dormaient et travaillaient sur place, ainsi que sur ceux qui tentaient de s’enfuir.
« J’ai vu des dizaines de blessés, beaucoup par balles, d’autres qui sont tombés en fuyant et ont eu leurs jambes ou bras fracturés », a raconté un homme de 45 ans. Il a ajouté que les personnes blessées par balle avaient été soignées au centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya. Des témoins ont indiqué que l’attaque avait duré environ deux heures. Craignant de nouvelles attaques, les habitants sont restés éloignés du site minier pendant deux à trois jours.
Au cours de l’attaque, les combattants du GSIM ont détruit des centaines de structures temporaires, telles que des hangars et des huttes, ainsi que des motos et des outils d’exploitation minière.
Dans sa réponse du 30 septembre ( en anglais et en arabe) à un courrier de Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM a reconnu que les forces du GSIM avaient attaqué Soubo, mais a affirmé que les victimes étaient des membres des milices alliées au gouvernement, connues sous le nom de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), et « non des civils ». Cependant, des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que les militaires et les VDP n’étaient pas présents pendant l’attaque ni stationnés sur le site, même s’ils patrouillaient parfois dans les environs.
Les sites miniers sont des sources de revenus lucratives pour le GSIM au Burkina Faso. Le groupe armé exploite les économies minières pour générer des revenus par la « taxation » et l’extorsion, recruter de nouveaux combattants, garantir l’approvisionnement en biens essentiels et étendre son contrôle territorial.
Des témoins ont expliqué que, selon eux, le GSIM, qui compte de nombreux Peuls parmi ses combattants, avait attaqué le site en représailles au ciblage des Peuls par l’armée depuis 2022. Des communautés peules, ont-ils précisé, avaient également travaillé sur ce site d’extraction d’or, mais elles avaient été tuées et victimes d’autres abus de la part des militaires et des VDP, qui les considéraient comme des collaborateurs du GSIM. Un homme de 45 ans a raconté que, alors qu’il se cachait dans une fosse pour éviter de se faire tirer dessus, il a entendu un combattant dire : « Vous nous avez chassés, mais vous n’exploiterez pas cet endroit. »
Le 5 septembre, vers 9 h 30, une arme explosive s’est déclenchée alors que des personnes circulaient à moto sur un chemin de terre situé à environ trois kilomètres du village de Mera, sur la route conduisant à Soubo et à Sissamba. Le conducteur, âgé de 40 ans, et ses deux passagers, une femme de 65 ans et un garçon de 5 ans, ont été tués. Mera se trouve près du site minier de Soubo, dans une zone où les combattants du GSIM mènent fréquemment des attaques.
Des témoins ont déclaré qu’ils n’avaient noté la présence d’aucun combattant du GSIM à proximité au moment de l’explosion, mais qu’ils avaient vu au moins quatre combattants circuler sur la piste à bord de deux motos la veille au soir.
Un motocycliste de 40 ans a raconté : « J’ai vu une [autre] moto devant moi avec trois personnes dessus et, soudain, il y a eu une explosion… La poussière s’est soulevée comme un tourbillon. J’ai entendu un grand boum qui m’a fait tomber [de la moto ]L’explosion a secoué le sol. »
Human Rights Watch n’a pas pu vérifier de manière indépendante le type d’arme explosive utilisée ni la manière dont elle a été déclenchée. Cependant, le GSIM a mené à plusieurs reprises des attaques au Burkina Faso à l’aide d’EEI.
Un rapport de 2025 d’International Campaign to Ban Landmines, une coalition mondiale d’organisations non gouvernementales, dont Human Rights Watch, qui se consacre à l’éradication des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions, a signalé l’utilisation d’EEI par le GSIM au Burkina Faso. En 2024, le Burkina Faso figurait parmi les pays ayant le taux de victimes le plus élevé – plus de 200 – dû aux mines antipersonnel et aux restes explosifs de guerre dans le monde.
Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont soumises à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit international humanitaire coutumier. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, de piller et de détruire des biens civils. Les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre. Le gouvernement burkinabè a l’obligation d’enquêter sur les crimes de guerre présumés commis sur son territoire et d’en poursuivre les responsables de manière appropriée.
« Les forces du GSIM devraient immédiatement cesser les attaques illégales contre les civils et sanctionner de manière appropriée les commandants responsables », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence renforcer les efforts de déminage et accroître l’aide aux victimes d’attaques aux EEI. »
Informations complémentairesDepuis le début de son insurrection au Burkina Faso en 2017, le GSIM a attaqué à plusieurs reprises des civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes. Les forces armées du Burkina Faso et les VDP ont également commis de graves abus contre des civils, en particulier des Peuls, lors d’opérations menées contre des groupes armés islamistes. Dans un rapport publié en avril, Human Rights Watch a documenté le fait que l’armée burkinabè et les milices alliées ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.
L’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a rapporté que le GSIM a mené 125 attaques au Burkina Faso entre janvier et août, entraînant la mort de 188 civils, dont au moins 16 dans des attaques aux EEI.
Les engins explosifs peuvent être conçus ou fabriqués pour être déclenchés par la présence, la proximité ou le contact d’une personne. Ces mines antipersonnel actionnées par la victime sont interdites au niveau international, qu’elles soient assemblées en usine ou improvisées à partir de matériaux disponibles localement. Elles peuvent également être déclenchées à distance par divers moyens peu complexes ou par un simple minuteur.
Les EEI actionnés par les victimes sont, par nature, des armes à effet indiscriminé et sont interdits par la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, que le Burkina Faso a ratifiée en 1988.
Soubo, province du Yatenga, 1er septembreDes témoins ont déclaré avoir identifié les assaillants grâce à leurs vêtements, notamment des turbans et un drapeau blanc portant une inscription noire, caractéristique du GSIM.
« Ils portaient des armes et des turbans », a raconté un artisan minier et agriculteur de 40 ans. « Ils ont crié “Allah Akbar” et ont tiré sur les gens au hasard. » Il est avéré que le GSIM opère dans cette zone, et y mène des attaques contre les forces de sécurité gouvernementales et les civils.
« Les assaillants ont commencé en tirant partout, puis ils sont passés de hangar en hangar », a relaté la propriétaire d’un restaurant âgée de 37 ans. « Je me suis couchée dans mon restaurant et ils sont venus me trouver. […] Ils ont tiré à bout portant sur deux de mes clients, qui sont tombés devant moi. » Elle a ajouté que, lorsque les combattants du GSIM ont incendié son restaurant, elle a dû se lever pour échapper aux flammes. Un combattant a voulu la tuer, mais un autre lui a dit de la laisser partir parce qu’elle était une femme. « Ils m’ont dit : “Dis à vos maris de ne plus venir ici. Ces lieux sont pour nous.” »
Lorsque les habitants qui avaient fui le lieu de l’attaque sont revenus, ils ont retrouvé les corps des victimes gisant au sol ou à l’intérieur des fosses de la mine. « Je suis retourné sur le site trois jours plus tard et j’ai constaté les énormes dégâts, un site couvert de cendres », a décrit un orpailleur de 40 ans. « J’ai vu au moins 20 corps. Ils étaient gonflés et il en émanait une odeur nauséabonde. J’ai aidé à ramasser les corps et à les transporter pour les enterrer. » Des habitants ont indiqué que les corps ont été enterrés dans les cimetières des villages voisins de Soubo, Pirgo et Sissamba.
En juin, le ministre de l’Administration territoriale du Burkina Faso avait publié un décret suspendant les activités d’exploitation minière artisanale dans le département de Ouahigouya du 1er juillet au 30 septembre, afin de protéger les mineurs « des risques d’éboulements élevés pendant la période hivernale ». Cependant, selon les habitants, environ un millier de personnes – principalement des artisans miniers, mais aussi des commerçants, des propriétaires de petits restaurants et des enfants – se trouvaient sur le site au moment de l’attaque. Ils ont expliqué que les personnes avaient continué à travailler malgré le décret de suspension des autorités, car les fonctionnaires ne s’étaient jamais rendus sur le site pour faire appliquer la suspension ou vérifier que les activités avaient bien cessé.
« Les terroristes ont incendié de nombreux biens : des hangars abritant de petits restaurants, des motos, de petites maisons en paille, des moulins, des pompes à eau et d’autres équipements », a déploré l’orpailleur de 40 ans. « Le feu s’est propagé d’un hangar à l’autre. Mon fût et mon hangar ont également été incendiés. »
Human Rights Watch a analysé les données satellite de la NASA et a trouvé des signes de nombreux incendies sur le site minier de Soubo le 1er septembre 2026, à 1 h 11, heure locale, ce qui corrobore les témoignages.
Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé quatre vidéos publiées sur TikTok les 2 et 4 septembre, montrant les destructions sur le site minier. Cependant, on ne voit sur les vidéos qu’une petite partie des destructions observables sur les images satellite. Sur les images enregistrées le 10 octobre, des centaines de structures sont détruites ou ne sont plus visibles, avec des traces d’incendie sur et autour des structures partiellement endommagées, tandis que d’autres sont complètement détruites. Les images satellite enregistrées avant l’attaque, le 26 août, montrent que le site comptait au moins 800 structures, ce qui concorde avec les témoignages selon lesquels au moins 1 000 personnes se trouvaient sur le site.
Click to expand Image Image satellite enregistrée le 10 octobre 2026, montrant des centaines de structures détruites ou n’étant plus visibles sur le site de la mine d’or de Soubo, à la suite de l’attaque menée par le GSIM le 1er septembre 2026. Image satellite © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.Human Rights Watch a examiné une liste fournie par des habitants avec les noms de 24 victimes, toutes des civils, dont trois femmes, âgées de 31, 36 et 37 ans, et 21 hommes, âgés de 27 à 45 ans.
Mera, province du Yatenga, 5 septembreUn agriculteur de 43 ans, qui travaillait dans un champ avec d’autres hommes près de la route, a expliqué qu’il s’est précipité sur les lieux après avoir entendu l’explosion. « Arrivés, nous avons constaté un grand trou d’au moins un mètre de profondeur », a-t-il raconté. « Quelques morceaux des restes de la femme n’étaient pas loin du trou ; il ne restait plus rien du corps de la femme. L’homme avait été projeté loin du trou, près des buissons, tout comme l’enfant, qui avait perdu ses membres inférieurs. »
« L’explosion m’a coupé le souffle, la poussière m’a rempli la gorge et je ne voyais plus rien », a déclaré un homme de 37 ans. « Les débris sont montés très haut avant de retomber un peu partout. J’ai senti une odeur âcre et piquante, comme du soufre. » Il a ajouté qu’avec d’autres personnes, ils ont « pris des bâches en plastique, ramassé les corps et les parties de corps, et procédé à l’enterrement le jour même, juste après 14 heures, dans le village de Yaoua ».
Des témoins ont indiqué qu’après l’explosion, des soldats sont arrivés sur les lieux. L’agriculteur a raconté : « Les militaires sont intervenus après l’explosion pour sécuriser la zone, ont cherché d’autres engins explosifs improvisés et en ont désamorcé trois, afin que nous puissions ramasser les corps en toute sécurité et les enterrer. »
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03.11.2026 à 22:19
Human Rights Watch
(La Haye, 3 novembre 2026) – La Cour internationale de Justice (CIJ) a annoncé que le 19 novembre, elle rendra son arrêt dans l’affaire portée par la Gambie contre le Myanmar pour violations présumées de la Convention sur le génocide, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; l’organisation a publié un document « Questions et réponses » (en anglais, traduction française à suivre) concernant les principaux enjeux de cette affaire.
3 novembre 2026 Questions and Answers: International Court of Justice Judgment in Myanmar Genocide CaseEn août 2017, les forces de sécurité du Myanmar ont lancé une vaste campagne de massacres, de viols et d’incendies criminels contre les Rohingyas dans l’État de Rakhine dans le nord du pays, contraignant plus de 700 000 personnes à fuir au Bangladesh, pays voisin du Myanmar. En novembre 2019, la Gambie a saisi la Cour internationale de Justice, alléguant que les atrocités commises par le Myanmar contre les Rohingyas constituent un génocide et contreviennent à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Il ne s’agit pas d’une affaire pénale visant des individus, mais d’une requête demandant à la Cour de statuer sur la responsabilité de l’État du Myanmar pour génocide.
« L’arrêt que rendra la Cour internationale de Justice dans l’affaire concernant le Myanmar marquera un moment crucial dans la quête de justice pour les Rohingyas », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale de Human Rights Watch. « Cette décision juridique sera aussi le moment de rappeler que l’oppression des Rohingyas se poursuit à ce jour ; les pays respectueux des droits humains devraient renforcer leur soutien envers les Rohingyas, appuyer les efforts visant la justice pour les atrocités subies, et les aider à retourner dans leur pays, de manière sûre et volontaire. »
L’arrêt que rendra la CIJ dans cette affaire sera définitif et sans appel, et mettra donc fin à cette procédure engagée devant la Cour.
02.11.2026 à 18:15
Human Rights Watch
(Johannesburg) – La police et l’armée zambiennes ont procédé à des disparitions forcées, à des détentions arbitraires, à des passages à tabac et à des menaces à l’encontre de membres et de sympathisants de l’opposition, ainsi que d’avocats, de journalistes et de détracteurs du gouvernement, dans les jours qui ont précédé et suivi les élections d’août dernier, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. En outre, les autorités n’ont toujours pas fourni d’explications crédibles ni mené d’enquête sur le meurtre d’un dirigeant de l’opposition dans des circonstances controversées.
« Le gouvernement zambien devrait casser ce dangereux cycle de répression », a déclaré Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités devraient immédiatement mettre fin à la répression post-électorale qui se poursuit encore, permettre aux personnes détenues de consulter un avocat et d’obtenir des soins médicaux, libérer celles qui sont détenues arbitrairement, et tenir les forces de sécurité responsables des abus commis. »
Le président Hakainde Hichilema a été réélu lors du scrutin du 13 août, qui, selon des observateurs internationaux, a été entaché d’irrégularités telles que la suspension temporaire du dépouillement de votes et la restriction des libertés fondamentales. Du 24 au 28 août, les autorités zambiennes ont en outre suspendu les services judiciaires et empêché tout recours juridique contre les résultats de l’élection présidentielle, en ordonnant la fermeture des tribunaux et en bouclant les zones autour de ces bâtiments. La police zambienne a déclaré qu’il s’agissait d’une « mesure préventive fondée sur des renseignements », sans toutefois fournir de détails à ce sujet.
Human Rights Watch a recensé 14 incidents s’apparentant à des disparitions forcées, survenus en août ; les autorités zambiennes ont d’abord refusé de fournir des informations sur le sort de ces personnes, ou de divulguer leur lieu de détention. Dans de nombreux cas, ces personnes ont subi une disparition forcée qui a duré plusieurs jours. Certaines d’entre elles étaient détenues par l’armée, selon leurs propres témoignages, ainsi que des déclarations faites par leurs proches ou par leurs avocats.
Human Rights Watch a également recensé 61 cas de détenus qui ont été battus ou ont subi d’autres formes de violences lors de leur arrestation et/ou détention, selon les témoignages des des détenus eux-mêmes, ainsi que les déclarations de leurs avocats ou de leurs proches. Parmi ces 61 personnes, 18 ont été inculpées de trahison, et deux font également l’objet d’accusations de sédition. Dans plusieurs cas, les accusations semblent avoir été motivées par des considérations politiques ; dans de nombreux autres cas, les personnes détenues n’ont été inculpées d’aucun crime. Le gouvernement n’a pas révélé le nombre total de personnes arrêtées au cours de la vague de répression, ni la nature des accusations portées contre elles, ce qui laise craindre que le nombre réel de personnes détenues soit plus élevé que le nombre actuellement connu.
Human Rights Watch a en outre recensé deux cas de personnes résidant en Zambie, qui affirment avoir été harcelés et menacés par les autorités gouvernementales, vraisemblablement en raison de leurs liens de parenté avec des détracteurs du gouvernement vivant à l’étranger.
Le climat d’intimidation, de harcèlement et de répression qui sévit en Zambie depuis les élections a eu un effet dissuasif sur les organisations civiques et politiques, en particulier sur les voix dissidentes, a déclaré Human Rights Watch. Le 11 septembre, le gouvernement a annoncé l’annulation des passeports de six détracteurs du gouvernement, dont celui de l’universitaire Sishuwa Sishuwa, invoquant des « raisons de sécurité ».
Le 14 août, les forces de sécurité ont mené une descente au domicile du chef de file de l’opposition, Brian Mundubile, candidat de l’Alliance Tonse, dans une banlieue de Lusaka, la capitale. Selon les membres de l’opposition présents, les forces de sécurité ont tué Mutotwe Kafwaya, un ancien ministre, au cours de cette descente. Le 19 août, l’inspecteur général de la police zambienne, Graphel Musamba, a déclaré que les membres d’une « opération conjointe menée par les services de renseignement » avaient été confrontés à « des coups de feu et à la résistance d’individus non identifiés », ce qui avait « poussé les agents à riposter », et que Mutotwe Kafwaya avait été tué au cours de l’intervention. Le sort de Mutotwe Kafwaya n’a été révélé officiellement que le 19 août ; précédemment, son épouse avait déposé une requête juridique en habeas corpus, afin de contraindre les autorités à divulguer où il se trouvait, à le présenter devant un tribunal et à justifier les motifs de son éventuelle détention.
Les autorités zambiennes ont fait des déclarations contradictoires concernant le raid et qui en était responsable. Le 15 août, l’Autorité zambienne des technologies de l’information et de la communication (Zambia Information and Communications Technology Authority, ZICTA) a envoyé un SMS à tous les numéros de téléphone enregistrés en Zambie, avec ce message : « Méfiez-vous des fausses informations faisant état de tirs et d’enlèvements. Restez calmes et pacifiques. » Le ministère zambien de l’Information et des Médias a rejeté les informations circulant au sujet du raid et de la fusillade, les qualifiant de « désinformation visant à alarmer et à induire le public en erreur ».
Le 14 août, ce ministère a diffusé un communiqué publié par la police zambienne, réfutant « les allégations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles M. Brian Mundubile aurait été arrêté [lors d’un raid] et détenu ». Toutefois, le 19 août, l’inspecteur général de la police, Graphel Musamba, a admis qu’une « opération conjointe menée par les forces de sécurité et les services de renseignement » avait eu lieu au domicile de Mundubile.
Brian Mundubile, qui a ensuite été arrêté et inculpé de trahison, a déclaré dans une requête adressée à la Haute Cour qu’il a vu un militaire zambien abattre Mutotwe Kafwaya.
Compte tenu des déclarations contradictoires des responsables gouvernementaux quant à l’identité des responsables de la perquisition au domicile de Brian Mundubile et aux circonstances entourant le meurtre de Mutotwe Kafwaya, les autorités zambiennes devraient ouvrir une enquête indépendante, impartiale et approfondie sur cette affaire, a déclaré Human Rights Watch.
Des détenus ont impliqué l’armée zambienne dans des détentions arbitraires et des disparitions forcées. Le 14 août, 43 membres de l’opposition ont été arrêtés alors qu’ils agissaient en tant qu’observateurs électoraux. L’un de leurs avocats a indiqué que durant huit jours, aucune information à leur sujet n’était disponible, et la police niait les détenir. Un avocat a enfin pu les voir après huit jours. Il a déclaré ceci à Human Rights Watch : « La plupart d’entre eux avaient des enflures sur leurs corps, et de terribles blessures, notamment des fractures. Ils ont affirmé avoir été brutalisés par les militaires ». Leurs avocats ont déposé une requête en habeas corpus et, le 10 septembre, un tribunal de Lusaka a ordonné leur libération immédiate.
En vertu de la législation zambienne et du droit international relatif aux droits humains, tous les détenus ont droit à une procédure régulière, notamment à être informés sans délai des charges retenues contre eux, à avoir accès à un avocat s’ils sont inculpés d’un crime, à l’examen par un juge des motifs de leur détention, ainsi qu’à la présomption d’innocence. Les détenus devraient également avoir accès à des soins médicaux adéquats, et pouvoir communiquer avec leurs familles.
Le 2 septembre, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion et d’association a appelé les autorités zambiennes à « libérer tous les détenus politiques, respecter les libertés fondamentales et rétablir la responsabilité démocratique ». Le ministère zambien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a répondu que cette déclaration était « inexacte, peu diplomatique et ne répondait pas aux normes d’objectivité, de modération et de discrétion attendues des titulaires d’un mandat des Nations Unies ».
Le ministère zambien a ajouté qu’appartenir à un parti d’opposition « ne place pas une personne hors de portée de la loi, ni ne transforme un suspect d’infraction pénale en détenu politique… Le gouvernement s’engage à veiller à ce que ces protections soient respectées dans tous les cas, et les tribunaux zambiens sont compétents pour en vérifier le respect ».
La Zambie siégera au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies durant la période 2027-2029. En tant que membre élu du Conseil, la Zambie est tenue de respecter « les normes les plus strictes en matière de promotion et de défense des droits [humains] ».
« Le gouvernement zambien devrait mettre fin à sa répression éhontée des droits humains », a conclu Ashwanee Budoo-Scholtz. « Les dirigeants d’Afrique australe et les partenaires économiques de la Zambie devraient inciter le président Hichilema à rétablir l’état de droit, et à protéger les espaces civiques et politiques de ce pays. »
Suite détaillée en anglais.
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