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05.03.2026 à 23:25

Faire fondre l’ICE : le combat continue : Des manifestant·e·s des « Ville Jumelles » bloquent l’ICE à l’intérieur du bâtiment fédéral

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Un·e anarchiste de Minneapolis décrit comment les manifestant·e·s ont temporairement bloqué l'ICE à l'intérieur du bâtiment fédéral le 1er mars 2026.
Texte intégral (3229 mots)

Le 1er mars 2026, à l’issue d’une semaine d’action contre l’occupation des « Villes Jumelles » par les services de l’immigration et des douanes (ICE), les manifestant·e·s se sont rassemblé·e·s devant le bâtiment fédéral de Bishop Henry Whipple à Fort Snelling, dans le Minnesota. Au moins quatre cents personnes ont défilé du côté sud-est du bâtiment pour exiger le retrait de l’ICE de l’État du Minnesota et pour que les terres occupées par Fort Snelling soient rendues au peuple Dakota. De nombreuses et nombreux autochtones ont participé à la marche, notamment des membres des tribus Dakota, Ojibwe et Chippewa. De l’autre côté du bâtiment, un groupe d’une cinquantaine de manifestant·e·s a bloqué Minnehaha Avenue à l’aide de boucliers, de banderoles renforcées, de pièges « antichars » artisanaux et de barricades improvisées.

Les shérifs du comté de Hennepin et les policiers de l’État du Minnesota ont immédiatement réprimé les deux manifestations. Dans la zone sud-est, ils ont plaqué au sol et traîné hors du cortège des dizaines de personnes. Au niveau du barrage routier situé au nord-ouest du bâtiment fédéral, ils ont frappé les manifestant·e·s, les ont aspergé·e·s de gaz lacrymogène et ont violemment frappé la tête de quelqu’un contre le trottoir. Une personne a saigné des yeux et a subi des lésions cornéennes après avoir reçu une quantité importante de gaz lacrymogène.

Les shérifs ont arrêté quarante personnes au total. Dix de ces arrestations ont eu lieu au niveau du barrage routier et trente lors de la manifestation. Les premières attaques contre la marche n’ont eu lieu qu’une fois le démantèlement des barricades situées de l’autre côté du bâtiment effectué. On peut donc supposer que le barrage routier a permis de détourner l’attention de la police et d’alléger la pression des autorités sur la marche.

De Chicago aux « Villes Jumelles », les forces de polices locales et étatiques qui répondent aux responsables démocrates ont joué un rôle essentiel en permettant à l’ICE de terroriser les communautés. Sans l’aide et le soutien continus des autorités locales, les agences fédérales auraient été dépassées depuis longtemps par les mouvements de protestation. Chaque fois que la police et les shérifs participent à brutaliser celles et ceux qui s’opposent aux méthodes de l’ICE visant à enlever et assassiner des personnes, cela montre et renforce la complicité des responsables démocrates dans la montée du fascisme.

Malgré les épreuves endurées par les participant·e·s, cette action courageuse prouve que la résistance contre l’occupation des « Villes Jumelles » par l’ICE n’est pas terminée. En remplaçant le soi-disant « commandant en chef » Greg Bovino par le « tsar des frontières » Tom Homan, Donald Trump tente de redorer l’image de l’agence fédérale responsable des meurtres très médiatisés de Renee Good et d’Alex Pretti. (Homan lui-même a accepté un sac contenant 50 000 dollars en échange de la promesse de distribuer des contrats gouvernementaux dans le cadre d’une opération d’infiltration du FBI en 2024, illustrant parfaitement comment la persécution des immigrant·e·s sert de couverture à la corruption du gouvernement et aux complexe militaro-industriel). Pourtant, même après le retrait de milliers d’agents de l’ICE des « Villes Jumelles », plus de 400 d’entre eux sont encore présents sur place – un nombre sans précédent avant l’arrivée massive des mercenaires fédéraux dans la ville il y a deux mois de cela. Heureusement, les gens n’ont pas fini de lutter contre l’ICE.

Ici, un·e anarchiste de Minneapolis qui a participé à l’action de blocage décrit ce que s’est passé.

Photo de @slunttttt.


Récit

C’était une matinée froide et ensoleillée lorsque je suis arrivé·e au parking nord situé à l’extérieur de Whipple. Une quarantaine de personnes étaient déjà présentes sur les lieux. J’étais nerveux·se. Nous étions dangereusement peu nombreuses et nombreux. Nous savions que cette action serait moins importante que les précédentes, mais je me sentais exposé·e. Le vent nous fouettait à l’ombre du centre de rétention en bêton de sept étages. Allions-nous être massacré·e·s ?

Nous avons attendu quelques minutes. Les gens se sont embrassés et se sont regroupés par affinités, chuchotant des mots d’encouragement. Onze autres camarades sont arrivé·e·s au compte-gouttes. J’ai compté chacune et chacun d’entre nous à plusieurs reprises. Deux voitures du shérif du comté de Hennepin nous surveillaient depuis l’autre côté du parking. Nous étions à peine plus de cinquante personnes.

Une camionnette a fait une embardée sur le parking nord et s’est arrêtée dans un crissement de pneu. La première équipe d’intervention en est sortie, déjà équipée de masques à gaz, et a commencé à jeter des boucliers en plastiques peints à la va-vite à l’arrière de la camionnette. Tout le monde s’est précipité pour vider la camionnette, enfiler des masques et des lunettes de protection et s’emparer des boucliers. Les shérifs sont sortis de leurs voitures et ont appelé des renforts en criant dans leurs radios. Une voiture de police qui se dirigeait vers le sud en direction de Whipple a brusquement fait demi-tour et a franchi le terre-plein central pour nous couper la route.

Photo de @slunttttt.

Nous avions à peine quitté le parking qu’un shérif corpulent et moustachu a aspergé de bombe lacrymogène la personne se trouvant à ma gauche. Cette dernière a tressailli et est tombée en arrière, mais elle n’a pas crié. Les medics ont commencé à lui rincer les yeux. Nous avons continué à avancer.

Une ligne de shérifs nous a bloqué la route avant que nous atteignions le point de blocage que nous nous étions fixé. Certains d’entre eux portaient des uniformes normaux, d’autres étaient vêtus d’un équipement tactique complet, ressemblant presque exactement aux agents fédéraux qui gardaient cette même zone dans un passé encore récent. L’un d’eux nous a menacé avec une bombe de spray anti-ours (type de bombe lacrymogène en spray ou en gel ayant une longue portée). J’ai tripoté mes lunettes de protection, essayant frénétiquement d’empêcher ces maudites dernières de s’embuer dans le froid.

« SI VOUS AVEZ UN BOUCLIER, POSEZ-LE IMMÉDIATEMENT PAR TERRE ! » nous a hurlé un shérif. Il a répété la même phrase à deux reprises, puis une troisième fois.

« Pas aujourd’hui connard », a répondu quelqu’un à ma droite. « Ta famille est fière de toi, espèce de porc ? »

Les flics se sont précipités vers nous. Ils ont aspergé quelqu’un de gaz lacrymogène. Ils ont commencé à saisir les boucliers et à les arracher des mains des gens. Je me tenais en première ligne. Un shérif a posé ses deux mains sur le bouclier de quelqu’un pour le lui arracher et iels se sont battu·e·s. La personne a fini par lâcher le bouclier, le shérif a basculé en arrière et est tombé sur le dos.

Quelqu’un a commencé à crier des instructions pour que tout le monde recule. La plupart d’entre nous l’ont fait. Les shérifs ont plaqué au sol deux personnes courageuses qui avaient été plus lentes à battre en retraite. Trois ou quatre agents se sont alors jetés sur chacune d’elles. Le casque de l’une d’elles a volé et elle a eu du mal à se relever. Un shérif s’est de nouveau jeté sur elle pour l’immobiliser, lui cognant la tête sur le trottoir dans un craquement audible.

Une personne munie d’un mégaphone s’est avancée dans la rue, tentant une deuxième fois d’occuper la route. Elle a commencé à entonner un slogan : « À qui appartiennent les rues ? À nous ! » Les flics l’ont immédiatement plaquée au sol. Le reste d’entre nous a suivi le mouvement, essayant à notre tour de reprendre la rue pour former un mur de protection. Deux shérifs ont pris en sandwich la personne se trouvant devant moi et ont essayer de la tirer vers l’avant pour l’extraire du groupe. Les gens dans notre camp ont attrapé la personne par son sac à dos et ont essayé de la tirer en arrière. Les shérifs nous ont attaqué avec un autre jet de spray anti-ours et nous n’avons pas pu sauver la personne en question. Quelqu’un d’autre à l’avant de l’action tenait la ligne du mieux qu’elle ou il pouvait, poussant les agents avec son bouclier dans un mouvement de va-et-vient. Un shérif a essayé de l’attraper par les bras, mais un·e camarade se trouvant derrière la ou le manifestant·e au bouclier s’est accroupi·e et l’a enlacé par la taille, la ou le tirant vers l’arrière. Cette personne a réussi à échapper à la tentative d’arrestation.

À la fin de l’échauffourée, les autorités avaient arrêté dix d’entre nous. Il ne restait plus que quarante manifestant·e·s dans la rue. Le nombre de policiers qui nous faisaient face avait également diminué, car beaucoup d’entre eux étaient occupés à finaliser les arrestations de nos camarades et à les faire monter dans un fourgon. Nous avons reculé à nouveau et avons formé un mur de boucliers, dont le nombre avait désormais considérablement diminué. Quelqu’un a attrapé une palette et un panneau stop cassé sur le bord de la route et les a jetés dans la rue devant nous.

Ce n’est qu’après les arrestations que les shérifs ont émis un ordre de dispersion.

Les dix minutes qui suivirent m’ont semblé durer des heures. Désormais, les shérifs gardaient leurs distances. Je pense qu’ils appelaient des renforts. Quatre véhicules bloquaient la route devant nous et deux autres bloquaient l’intersection de Minnehaha et Hiawatha derrière nous. J’avais peur que nous soyons encerclé·e·s. Nous nous sommes blotti·e·s les un·e·s contre les autres dans le vent glacial, accroupi·e·s derrière nos quelques boucliers restants. Une femme d’âge moyen a garé sa voiture derrière nous. Pendant un instant, j’ai pensé qu’elle pouvait être une membre de l’ICE. Puis elle a crié par la fenêtre côté conducteur : « Vous êtes tou·te·s si sexy et courageux·ses !!! »

À ce moment-là, notre moral était au plus bas, mais ces mots nous ont aidé·e·s à faire en sorte que ce dernier remonte.

Puis, enfin, la cavalerie est arrivée. Une deuxième équipe s’est arrêtée à bord dans un camion à plateau. Les gens se sont rassemblés à l’arrière du camion, ont arraché une bâche verte et ont sorti des seaux remplis de charnières, de clous et de morceaux de ferraille. Nous les avons déversés sur la barricade. Nous avons également sorti trois pièges « antichars » : des crics soudés d’environ 1,20m de haut qui ressemblaient aux barricades des plages de Normandie, et nous les avons positionnés pour bloquer la route. Empilées sous tout ce bazar, nous avons récupéré deux banderoles renforcées de 2,40m x 1,20m en acier ondulé. « J’aurais aimé qu’on ait eu ce truc avec nous il y a 20 minutes », ai-je grommelé.

Nous avons tenu la route pendant encore une demi-heure. Les shérifs ne se sont plus approchés de nous. Surpris par la barricade, ils communiquaient sans cesse par radio. À 10h24, j’ai reçu un SMS sur mon téléphone jetable m’informant que la marche de l’autre côté de Whipple ne bloquait plus la rue. Cela signifiait que l’ICE avait un point de sortie au niveau de la porte numéro 3 et qu’ils n’étaient plus piégés à l’intérieur du bâtiment fédéral. C’était le signal pour nous de partir. Nous avons appelé notre équipe d’exfiltration.

Ironiquement, la facilité avec laquelle nous avons réussi à nous échapper semblait avoir déstabilisé les shérifs plus que tout ce que nous avions fait lors de notre action de blocage. Huit voitures se sont arrêtées derrière nous et nous nous sommes entassé·e·s à l’intérieur de ces dernières, abandonnant la barricade et filant vers Hiawatha.

Une voiture a été suivie par un SUV de l’ICE alors qu’elle quittait les lieux. La conductrice ou le conducteur les a entraînés dans une course-poursuite à travers le sud de Minneapolis jusqu’à Powderhorn Park, où iel a utilisé un fil de discussion d’un réseau d’intervention rapide local pour appeler des renforts. Des dizaines de voisin·e·s se sont rendu·e·s au parc et ont filmé la scène avec leurs téléphones. Le véhicule de l’ICE a fait demi-tour et à quitter la zone.

Photo de @slunttttt.

J’étais effrayé·e et stressé·e pendant la majeure partie de l’action du 1er mars, mais je l’ai quand même faite. Beaucoup de choses ont mal tourné pendant la planification et l’exécution de cette action. Nous avons subi une perte de 20% de nos effectifs à cause des arrestations, et certaines des personnes arrêtées ont été accusées de délits mineurs. Nous n’avons jamais eu les effectifs nécessaires pour accomplir correctement notre tâche, mais nous avons quand même réussi à bloquer la route pendant 52 minutes. De toutes les manifestations organisées au bâtiment Whipple au cours de ces trois derniers mois, celle-ci était de loin la plus petite. C’était aussi la première et unique fois où nous avons réussi à entièrement bloquer l’accès au siège de l’ICE pendant un certain temps.

Ce qui s’est passé le 1er mars marque une nouvelle phase dans la lutte contre l’ICE dans les « Villes Jumelles ». Nous sommes clairement passé·e·s de l’autre côté du pic d’activité du mouvement qui a atteint son apogée en janvier. La soi-disant « réduction des effectifs » – qui laisse encore 407 agents de l’ICE dans nos rues – visait à démobiliser notre mouvement, et à cet égard, cette stratégie a en partie réussi. Les milliers de personnes qui ont combattus les agents fédéraux dans les rues en janvier sont épuisées.

Pourtant, nous devons continuer de les combattre.

« Nous ne sommes pas nombreuses et nombreux, peut-être plus que vous ne l’imaginez, mais nous sommes toutes et tous déterminé·e·s à nous battre jusqu’au bout. »

– Plain Words, 1919


Lectures complémentaires

28.02.2026 à 11:30

L’attaque contre l’Iran est une attaque contre nous tou·te·s

CrimethInc. Ex-Workers Collective

L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran est moralement répugnante. Elle n’a pour seul but que de profiter à une élite de bellicistes racistes et islamophobes. Elle ne profitera ni aux Iranien·ne·s ni aux gens ordinaires où que ce soit dans le monde.

Il existe de véritables mouvements populaires qui résistent au gouvernement iranien, un régime autoritaire sanguinaire, au même titre que les gouvernements étatsunien et israélien qui l’attaquent. Mais les participant·e·s aux mouvements sociaux iraniens ne veulent pas que Donald Trump attaque l’Iran. Comme certain·e·s d’entre elleux l’ont écrit le mois dernier,

« Toute intervention militaire ou impériale ne peut qu’affaiblir la lutte venue d’en bas et renforcer la mainmise de la République islamique pour mener à bien la répression. »

Les mouvements sociaux en Iran résistent à un gouvernement oppressif depuis des décennies. Mais la mise en place d’un régime fantoche au service des États-Unis et d’Israël ne les aidera pas. En attaquant l’Iran, Trump ne cherche pas nécessairement à renverser le gouvernement, mais simplement à le subordonner à sa volonté, en destituant les personnalités de premier plan afin de se substituer à elles. C’est précisément ce qu’il a fait au Venezuela en janvier 2026. L’enlèvement de Nicolás Maduro n’a en rien changé la répartition du pouvoir dans la société vénézuélienne ; le principal résultat de l’intervention de Trump a été de mettre en place les conditions nécessaires pour piller les ressources naturelles du pays au profit de certains éléments de la classe dirigeante étatsunienne.

Comme d’autres autocrates à travers le monde, Trump cherche à marginaliser les gens ordinaires, réduisant toute politique à une lutte entre tyrans qui se disputent le pouvoir au détriment de celles et ceux qu’ils gouvernent. Il sacrifiera volontiers la vie des Iranien·ne·s, des Israélien·ne·s et des citoyennes et citoyens américain·e·s pour son propre intérêt.

Alors que la spéculation capitaliste se heurte à des limites intrinsèques partout dans le monde, les despotes sont revenus à l’ancienne méthode pour accumuler des richesses : la violence étatique brutale. L’une des choses qui a soutenu l’économie mondiale ces dernières années est l’essor de la spéculation boursière sur une poignée d’entreprises du secteur de la tech qui tentent de vendre des produits d’« intelligence artificielle ». En réalité, il s’agit d’une course effrénée à l’investissement dans la technologie militaire dans le but de se préparer à une ère où celle-ci jouera un rôle encore plus central dans la répartition des richesses et du pouvoir. La preuve en est par le conflit qui a éclaté cette semaine autour de la question de savoir si l’armée étatsunienne devrait être autorisée à utiliser les outils d’IA développés par Anthropic pour surveiller massivement les citoyennes et citoyens américain·e·s et déployer des armes entièrement autonomes à travers le monde.

L’armée israélienne a largement utilisé l’IA pour perpétrer un génocide à Gaza. C’est là le principal usage de l’IA, et non pas le fait d’épargner aux bureaucrates la peine de rédiger leurs propres emails.

Pour le gouvernement israélien, tout le Moyen-Orient est désormais considéré comme étant la Cisjordanie. L’attaque contre l’Iran montre qu’il est déterminé à soumettre des centaines de millions de personnes à la violence qu’il inflige déjà aux populations palestinienne, libanaise et syrienne.

Aux États-Unis, la décision de Trump de déclarer la guerre sans consulter le Congrès montre qu’il se considère déjà comme un dictateur. L’attaque contre les Iranien·ne·s vise à semer la terreur parmi les adversaires de Trump à travers le monde, y compris aux États-Unis.

Nous devons considérer cette attaque comme une menace qui pèse également sur nous. De Caracas à Téhéran, en passant par les « Villes Jumelles », il est facile de voir quel genre de monde ils essaient de créer. Les mêmes armes qui sont utilisées aujourd’hui contre les Iranien·ne·s seront demain utilisées contre toutes celles et ceux qui résistent à Trump et à ses laquais, à moins que nous ne nous opposions ensemble à eux avant qu’il ne soit trop tard.

Nous devons renforcer les moyens dont disposent les mouvements populaires afin de mettre un terme à la machine de guerre. Les centaines de milliers de personnes massacrées sans raison à Gaza, en Syrie, au Soudan, au Yémen, en Irak, au Myanmar et en Ukraine montrent ce qui nous attend si nous continuons sur cette voie.

La véritable libération ne peut venir que de la solidarité entre les mouvements populaires. Nous devons résister à tout prix au bellicisme de Trump.

Lectures complémentaires


Imprimez et distribuez ces affiches à grande échelle.

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Texte intégral (1466 mots)

L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran est moralement répugnante. Elle n’a pour seul but que de profiter à une élite de bellicistes racistes et islamophobes. Elle ne profitera ni aux Iranien·ne·s ni aux gens ordinaires où que ce soit dans le monde.

Il existe de véritables mouvements populaires qui résistent au gouvernement iranien, un régime autoritaire sanguinaire, au même titre que les gouvernements étatsunien et israélien qui l’attaquent. Mais les participant·e·s aux mouvements sociaux iraniens ne veulent pas que Donald Trump attaque l’Iran. Comme certain·e·s d’entre elleux l’ont écrit le mois dernier,

« Toute intervention militaire ou impériale ne peut qu’affaiblir la lutte venue d’en bas et renforcer la mainmise de la République islamique pour mener à bien la répression. »

Les mouvements sociaux en Iran résistent à un gouvernement oppressif depuis des décennies. Mais la mise en place d’un régime fantoche au service des États-Unis et d’Israël ne les aidera pas. En attaquant l’Iran, Trump ne cherche pas nécessairement à renverser le gouvernement, mais simplement à le subordonner à sa volonté, en destituant les personnalités de premier plan afin de se substituer à elles. C’est précisément ce qu’il a fait au Venezuela en janvier 2026. L’enlèvement de Nicolás Maduro n’a en rien changé la répartition du pouvoir dans la société vénézuélienne ; le principal résultat de l’intervention de Trump a été de mettre en place les conditions nécessaires pour piller les ressources naturelles du pays au profit de certains éléments de la classe dirigeante étatsunienne.

Comme d’autres autocrates à travers le monde, Trump cherche à marginaliser les gens ordinaires, réduisant toute politique à une lutte entre tyrans qui se disputent le pouvoir au détriment de celles et ceux qu’ils gouvernent. Il sacrifiera volontiers la vie des Iranien·ne·s, des Israélien·ne·s et des citoyennes et citoyens américain·e·s pour son propre intérêt.

Alors que la spéculation capitaliste se heurte à des limites intrinsèques partout dans le monde, les despotes sont revenus à l’ancienne méthode pour accumuler des richesses : la violence étatique brutale. L’une des choses qui a soutenu l’économie mondiale ces dernières années est l’essor de la spéculation boursière sur une poignée d’entreprises du secteur de la tech qui tentent de vendre des produits d’« intelligence artificielle ». En réalité, il s’agit d’une course effrénée à l’investissement dans la technologie militaire dans le but de se préparer à une ère où celle-ci jouera un rôle encore plus central dans la répartition des richesses et du pouvoir. La preuve en est par le conflit qui a éclaté cette semaine autour de la question de savoir si l’armée étatsunienne devrait être autorisée à utiliser les outils d’IA développés par Anthropic pour surveiller massivement les citoyennes et citoyens américain·e·s et déployer des armes entièrement autonomes à travers le monde.

L’armée israélienne a largement utilisé l’IA pour perpétrer un génocide à Gaza. C’est là le principal usage de l’IA, et non pas le fait d’épargner aux bureaucrates la peine de rédiger leurs propres emails.

Pour le gouvernement israélien, tout le Moyen-Orient est désormais considéré comme étant la Cisjordanie. L’attaque contre l’Iran montre qu’il est déterminé à soumettre des centaines de millions de personnes à la violence qu’il inflige déjà aux populations palestinienne, libanaise et syrienne.

Aux États-Unis, la décision de Trump de déclarer la guerre sans consulter le Congrès montre qu’il se considère déjà comme un dictateur. L’attaque contre les Iranien·ne·s vise à semer la terreur parmi les adversaires de Trump à travers le monde, y compris aux États-Unis.

Nous devons considérer cette attaque comme une menace qui pèse également sur nous. De Caracas à Téhéran, en passant par les « Villes Jumelles », il est facile de voir quel genre de monde ils essaient de créer. Les mêmes armes qui sont utilisées aujourd’hui contre les Iranien·ne·s seront demain utilisées contre toutes celles et ceux qui résistent à Trump et à ses laquais, à moins que nous ne nous opposions ensemble à eux avant qu’il ne soit trop tard.

Nous devons renforcer les moyens dont disposent les mouvements populaires afin de mettre un terme à la machine de guerre. Les centaines de milliers de personnes massacrées sans raison à Gaza, en Syrie, au Soudan, au Yémen, en Irak, au Myanmar et en Ukraine montrent ce qui nous attend si nous continuons sur cette voie.

La véritable libération ne peut venir que de la solidarité entre les mouvements populaires. Nous devons résister à tout prix au bellicisme de Trump.

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23.02.2026 à 23:43

Ils intensifient leurs actions, nous intensifions les nôtres : Une brève histoire de la lutte contre l’ICE dans les « Villes Jumelles »

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Des participant·e·s à la résistance contre l'ICE dans les villes jumelles retracent son parcours, explorant les raisons pour lesquelles il a pris de l'ampleur malgré une répression croissante.
Texte intégral (5110 mots)

Dans l’analyse suivante, des participant·e·s à la résistance contre l’assaut mené par les services de l’immigration et des douanes (ICE) dans les « Villes Jumelles » retracent l’évolution du mouvement de 2025 à nos jours, explorant les raisons pour lesquelles il a pris de l’ampleur malgré une répression croissante.

L’afflux des mercenaires fédéraux dans les « Villes Jumelles » n’est pas terminé. Même s’il est vrai, comme l’affirme les autorités fédérales, qu’il reste moins de 500 agents fédéraux (sans compter les agents chargés des enquêtes en lien avec la sécurité intérieure), cela représente tout de même plusieurs fois le nombre d’agents de l’ICE qui étaient déployés dans les « Villes Jumelles » avant 2026. L’une des stratégies classiques du fascisme consiste à intensifier la violence au maximum, puis à renoncer aux mesures les plus extrêmes afin d’habituer la population à un statu quo plus répressif.

Néanmoins, l’objectif initial de l’administration était de normaliser l’envoi de milliers de mercenaires pour terroriser des villes entières et les soumettre. À cet égard, les habitant·e·s des « Villes Jumelles » ont remporté une victoire, sapant la légitimité perçue des forces fédérales et les forçant à changer de tactique.

Les habitant·e·s des « Villes Jumelles » n’ont pas renversé la tendance contre l’occupation par la force des armes, mais en créant une mobilisation plus forte que celle de l’ICE. Cela ne signifie toutefois pas que la lutte physique contre les occupants n’a joué aucun rôle dans l’issue actuelle du conflit.

Une mobilisation massive de l’ensemble de la société a contraint le gouvernement fédéral à progressivement battre en retraite. Plus de 30 000 personnes ont participé d’une manière ou d’une autre aux réseaux d’intervention rapide, en utilisant un large éventail de tactiques. Plusieurs milliers d’entre elles ont consacré leur vie à la résistance et ont patrouillé les rues tous les jours pendant plus de deux mois. Plusieurs milliers d’autres ont participé à des réseaux clandestins d’entraide pour apporter de la nourriture, des fournitures et fournir une aide financière aux familles sans papiers contraintes de se cacher afin que ces dernières puissent payer leurs loyers. Un adulte sur quatre dans le Minnesota a participé d’une manière ou d’une autre à la grève générale du 23 janvier, et on estime que 8% de tou·te·s les habitant·e·s du Minnesota ont refusé de travailler ce jour-là. Des pancartes indiquant « Tout le monde est la/le bienvenu·e sauf l’ICE » sont apparues dans les vitrines de pratiquement tous les commerces des quartiers sud de Minneapolis.

L’ampleur de la résistance à inciter Stephen Miller à souligner que :

« Il suffit de lire leurs propres mots, d’écouter leurs propres paroles et de juger leur propre conduite pour comprendre qu’il s’agit clairement d’une insurrection contre le gouvernement fédéral. »

Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.


Lors des négociations à Hanoï une semaine avant la chute de Saigon en 1975, un général américain aurait déclaré à un commandant nord-vietnamien : « Vous savez, vous ne nous avez jamais battus sur le champ de bataille. »

Le commandant nord-vietnamien répondit : « C’est peut-être vrai, mais cela n’a aucune importance. »

Aujourd’hui, les « Villes Jumelles » pourraient offrir la même réplique à notre ennemi. Les insurrections gagnent en épuisant continuellement un adversaire plus puissant. Nous gagnons par notre capacité à ne pas perdre.

Si la grande majorité des patrouilleurs utilisaient les klaxons de leurs voitures, les appareils photo et vidéo de leurs téléphones portables et des sifflets comme armes, il serrait incorrect de qualifier la résistance de strictement non violente. Un nombre inconnu de personnes courageuses se sont interposées entre l’ICE et nos voisin·e·s vulnérables. Selon le « tsar des frontières » Tom Homan, rien qu’en janvier, près de 160 personnes ont été arrêtées pour avoir entravé ou agressé des agents fédéraux. Au cours de ce mois, l’ICE et la police des frontières (Border Patrol) ont tiré sur une personne chaque semaine, tuant Renee Good et Alex Pretti et blessant Julio Sosa-Celis. Sans se laisser décourager, les gens se sont révoltés et leur nombre n’a fait que croître après chaque fusillade : le 7 janvier en combattant les agents fédéraux au collège Roosevelt, en prenant d’assaut les portes d’un tribunal fédéral et en dressant des barricades sur le lieu du meurtre de Renee ; le 14 janvier, en chassant les agents fédéraux des quartiers nord de Minneapolis et en pillant trois de leurs voitures ; et le 24 janvier, en érigeant des barricades à Whittier et en repoussant à la fois l’ICE et la police locale, les contraignants à battre en retraite et à quitter la zone.

Des accrochages quotidiens sur les lieux des enlèvements, aux émeutes qui ont embrasé des quartiers entiers, ces affrontements ont joué un rôle crucial dans le développement de la résistance. Sans ces incidents, les discussions quotidiennes sur les fils de discussion des réseaux d’intervention rapide, les groupes de quartier hyperlocaux, les manifestations bruyantes tard dans la nuit devant les hôtels et même les arrêts de travail massifs n’auraient peut-être pas pu se transformer en un mouvement capable de faire fléchir la détermination du gouvernement fédéral. Les raisons en sont sociales et non militaires.

Plutôt que de considérer ces moments comme des occurrences aléatoires de turbulences stochastiques, des activités parallèles qui ont ponctué le travail d’organisation en profondeur par des titres sensationnels dans les journaux, nous considérons chaque confrontation avec les forces ennemies comme faisant partie d’un processus d’intensification continu. Chaque escalade de la part de l’ICE entraînait notre propre escalade dans une boucle de rétroaction. Chaque fois que les gens ripostaient, cela ouvrait un nouvel éventail de possibilités et nous franchissons un portail vers une nouvelle phase de résistance.

Chaque affrontement avec l’ICE a fait avancer le mouvement de trois manières :

  • en créant une dynamique et en mobilisant de nouvelles et nouveaux participant·e·s,
  • en augmentant la « température », et
  • en forçant l’État à changer de tactique.

Pour montrer comment cela s’est produit, nous allons brièvement passer en revue l’évolution du mouvement depuis ses origines.

Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.

Dans les « Villes Jumelles », la première confrontation importante avec l’ICE a eu lieu le 3 juin 2025 à la Taqueria Las Cuatro Milpas. Le lendemain, des personnes ont affronté les agents de l’ICE alors qu’ils menaient des raids à Chicago et à Grand Rapids. Deux jours plus tard, des affrontements ont éclaté à Los Angeles et ont rapidement débouché sur le premier soulèvement du second mandat de Trump.

Puis, alors que Trump déployait la Garde nationale à Los Angeles et visait Chicago et d’autres villes en y envoyant de nombreux agents fédéraux, l’administration a décidé ne pas immédiatement intensifier les activités de l’ICE dans les « Villes Jumelles ».

Les premiers signes annonçant l’opération Metro Surge sont apparus il y a trois mois, ce qui semble être une éternité pour tout le monde ici. Nous avons reçu le premier signe avant-coureur le 18 novembre, lorsque l’ICE a tenté de faire une descente dans l’usine de papier Bro-Tex à Saint Paul. Ils ont enlevé deux travailleurs, aspergé les curieuses et curieux avec leur bombe lacrymo et repoussé les manifestant·e·s hors de la rue alors qu’une foule s’était spontanément formée et tentait de bloquer leurs véhicules. Alors que les mercenaires s’enfuyaient, quelqu’un a brisé la vitre arrière d’un van de l’ICE.

La nouvelle du raid et la réaction qu’il a suscitée se sont répandues comme une traînée de poudre. Tant parmi les militant·e·s de gauche que dans les communautés d’immigré·e·s aux sens large, les prémices de ce qui allait devenir plus tard les réseaux d’intervention rapide ont commencé à prendre forme dans des groupes Signal et WhatsApp.

Une semaine plus tard, le 25 novembre, une autre descente de l’ICE a eu lieu, cette fois dans l’est de Saint Paul, dans le quartier de Payne-Phalen. Ils ont emmené deux autres personnes. Cette fois-ci, la nouvelle s’est répandue dans toutes la ville et une foule beaucoup plus importante – plus d’une centaine de personnes – s’est rassemblée pour les arrêter. L’énergie dégagée par les affrontements moins importants de la semaine précédente avait préparé la population. Cette fois-ci, certaines personnes sont venues équipées de masques à gaz et de casques. Les agents fédéraux ont intensifié leurs tactiques répressives, tirant des balles de poivre et des balles en caoutchouc avec leurs fusils. Un·e manifestant·e a été blessé·e par des agents qui lui ont fracassé la tête contre le trottoir.

Tout comme lors du mois de juin dernier, les agents du département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) ont tenté d’affirmer après coup que la descente n’avait aucun lien avec l’immigration, mais personne ne les a cru. Comme nous le verrons plus tard, il s’agit vraisemblablement d’une tactique de désinformation visant à « calmer le jeu », une priorité partagée par les républicains et les démocrates.

Le 25 novembre 2025. Les prémices d’une réponse proportionnée.

Une semaine plus tard, l’ICE a envahi les « Villes Jumelles ». Les informations diffusées dans les médias indiquaient qu’ils ciblaient les immigrant·e·s somalien·ne·s. Une vague de peur s’est répandue au sein de toutes les communautés d’immigrant·e·s. Certaines personnes ont cessé de se rendre sur leur lieu de travail. Ils ont enlevé douze personnes au cours des premiers jours du mois de décembre, avant que le département de la Sécurité intérieure n’annonce officiellement le début de l’opération Metro Surge le 4 décembre 2025. Peu de temps après, plus de 300 agents de l’ICE occupaient nos rues. Des rumeurs ont commencé à circuler au sujet de descentes de police dans les banlieues. Les organisatrices et organisateurs de manifestation ont commencé à convoquer des réunions en face à face afin de mettre en place des groupes de défense de quartier. Une organisation appelée Monarca a commencé à organiser des formations d’observateurs juridiques pour les personnes qui souhaitaient patrouiller. Les premier·ère·s patrouilleuses et patrouilleurs ont pris l’habitude de se qualifier par euphémisme de « banlieusard·e·s ».

Au cours des deux premières semaines de l’occupation, une situation d’attente s’est installée. Les agents de l’ICE sortaient de leurs voitures par deux et arrêtaient quelqu’un. Parfois, si nous avions de la chance, une foule se formait. Les gens sortaient leurs téléphones, sifflaient et les insultaient. Les agents aspergeaient quelqu’un avec leur bombe lacrymo et partaient avec leur victime.

Les rares fois où nous avons pu empêcher les enlèvements grâce à notre nombre, nous l’avons fait. Par exemple, lorsque l’ICE a fait une descente sur un chantier de construction à Chanhassen par des températures dangereusement basses et que deux ouvriers ont souffert d’engelures après avoir été piégés sur un toit pendant qu’une foule d’individus faisait face aux agents fédéraux dans la rue. Mais dans l’ensemble, la plupart d’entre nous sommes resté·e·s des observatrices et observateurs relativement passives et passifs pendant cette période. La plupart des enlèvements effectués ont donc abouti.

Le 15 décembre, les choses ont commencé à changer. Deux agents de l’ICE ont tenté de kidnapper une femme enceinte à l’angle de la 29ème rue et de Pillsbury. L’agent Brenden Cuni l’a plaquée au sol et lui a enfoncé son genou dans le dos. C’était également la première fois que nous identifions formellement un agent de l’ICE après l’avoir vu sur le terrain. Les gens ont commencé à lancer de tous les côtés des boules de neige et de gros morceaux de glace sur les agents fédéraux.

Alors que la température atmosphérique baissait au cours de la seconde moitié du mois de décembre, la température politique, quant à elle, grimpait en flèche. Il était devenu courant de voir l’ICE brutaliser des gens. Le 22 décembre, ils ont utilisé pour la première fois des balles réelles contre nous, lorsqu’ils ont tiré sur un homme à Saint Paul après avoir percuté sa voiture. Des informations ont également circulé selon lesquelles l’ICE aurait tiré sur les pneus du véhicule d’un·e observatrice ou observateur. Un·e autre a été arrêté·e dans un parking près du bâtiment fédéral Whipple et accusé·e de « harcèlement ». Ils ont commencé à freiner brusquement devant les conductrices et conducteurs qui les suivaient de trop près ou à nous bloquer dans les rues avec leurs véhicules. Ils ont commencé à tenter de procéder à des enlèvements de manière plus rapide et plus violente. Leur violence est devenue plus théâtrale. L’occupation a créé un nouveau statu quo.

Avant le 6 janvier 2026, nous avons connus quelques jours étrangement calmes et il semblait que le nombre d’enlèvements à Minneapolis allait enfin diminuer. Puis le DHS a annoncé l’arrivée de 2 000 agents supplémentaires de l’ICE et de la police des frontières. Du jour au lendemain, les rues ont été envahies par ces agents. Alors qu’auparavant, il fallait une voiture pour se déplacer sur les lieux où intervenaient les agents de l’ICE, leur nombre était désormais si important que les patrouilles à pied autour de certains points chauds sont devenues tout aussi efficaces. Les enlèvements sont devenus de plus en plus arbitraires. Nous avons vu des agents attraper des gens à des arrêts de bus et utiliser des logiciels de reconnaissance faciale sur des personnes choisies au hasard dans la rue. Le jour même où cette vague a commencé, l’ICE a arrêté et déporté Victor Manuel Diaz, un résident de Minneapolis, à Fort Bliss, au Texas, où il est mort – ou a été assassiné – une semaine plus tard seulement.

Le 7 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre de Renee Good.

Un jour après le début de cette vague d’attaques, le 7 janvier, l’agent de l’ICE Jonathan Ross a assassiné Renee Good. Des dizaines d’agents fédéraux se sont rassemblés sur le lieu du meurtre pour menacer la foule de manifestant·e·s. Compte tenu de ce que les agents venaient de faire, la réaction immédiate de la foule a été modérée et mesurée. Les gens ont bloqué la rue et ont scandé des slogans contre les complices du meurtre. Sans avoir été provoqués, les agents « Bor-Tac » de la police des frontières Michael Sveum et Edgar Vazquez ont ouvert le feu avec des armes chimiques, déclenchant des échauffourées à l’angle de la 34ème rue et de Portland.

Deux heures plus tard, une bagarre a éclaté au collège Roosevelt, où des personnes ont réussi à empêcher les agents de l’ICE d’enlever un travailleur immigrant en les encerclant devant le bâtiment. Cette nuit-là, les habitant·e·s ont barricadé Portland Avenue. Dix mille personnes se sont rassemblées pour veiller Renee Good.

Après le meurtre de Renee Good, un nouveau statu quo est apparu. L’ICE a intensifié sa terreur à un niveau sans précédent. Il est devenu courant pour eux de briser les vitres des voitures des manifestant·e·s. Ils ont arrêté d’avantage d’observatrices et d’observateurs. Ils ont commencé à utiliser des gaz lacrymogènes lors d’affrontements mineurs, alors qu’il aurait été inhabituel pour des policiers ordinaires de les utiliser. Deux employé·e·s du magasin Target, qui étaient citoyen·ne·s américain·e·s, ont été passé·e·s à tabac et arrêté·e·s pour avoir filmé des agents fédéraux. L’ICE a relâché des personnes arrêtées au beau milieu de la nuit, par des températures négatives, dans des parcs publics. Des théories du complot libérales ont gagné en popularité, affirmant que Trump essayer d’utiliser cette forme de violence pour nous provoquer et nous pousser à réagir. Les discussions sur les réseaux sociaux ont rapidement pris de l’ampleur.

Le 11 janvier, Greg Bovino a ostensiblement conduit un convoi de la police des frontières le long de University Avenue, harcelant les gens dans les zones très fréquentées. À une station-service Speedway de Saint Paul, ils ont tabassé et étranglé Orbin Mauricio Enriquez Serrano jusqu’à ce qu’il perde connaissance, puis ont frappé et plaqué au sol des observatrices et des observateurs alors qu’ils emportaient son corps. Deux jours plus tard, une centaine de personnes se sont rassemblées pour affronter l’ICE alors qu’ils effectuaient une descente dans une maison dans le quartier de Powderhorn ; l’ICE a utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestant·e·s présent·e·s sur place. Plus tard, dans la nuit du 13 janvier, des affrontements ont éclaté au bâtiment Whipple lorsque des manifestant·e·s et des agents du DHS ont échangé des feux d’artifice contre des gaz CS (gaz lacrymogènes) et des grenades assourdissantes.

Le 14 janvier 2026. La police et les agents fédéraux ont recouvert un quartier entier de gaz lacrymogènes après avoir tiré sur Julio Sosa-Celis.

Le 14 janvier 2026. La police et les agents fédéraux terrorisant un quartier après avoir tiré sur Julio Sosa-Celis.

Nous avons assisté à un tournant décisif le 14 janvier, lorsqu’un agent de l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis à travers la porte d’entrée de son domicile dans le nord de Minneapolis. Des centaines de jeunes issu·e·s des communautés noires et latino-américaines du quartier populaire de Northside sont descendu·e·s dans la rue et ont affronté les agents fédéraux aux côtés de militant·e·s. Pendant trois heures, les agents de police de la ville de Minneapolis ont prêté main forte à l’ICE qui tirait des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur la foule. Les manifestant·e·s ont riposté en lançant des bouteilles, des pierres, des pétards et des feux d’artifice.

Les agents de l’ICE ont été les premiers à se replier, abandonnant au moins trois véhicules sur place. La police de Minneapolis a pris la fuite peu après. Les jeunes du Northside ont tagué et saccagé leurs voitures, volé un coffre-fort contenant des armes à feu retrouvé dans l’un des coffres des véhicules et transformé les lieux des affrontements en une fête de quartier très animée. Des témoins ont diffusé en direct des images montrant des personnes fouillant les véhicules de l’ICE, récupérant des documents sensibles et des « pièces de défi », pièces généralement distribuées aux mercenaires en guise de récompense pour leurs actions violentes menées à l’encontre des communautés. Les agents fédéraux ne sont revenus sur les lieux que plusieurs heures plus tard.

Pour beaucoup d’habitant·e·s dans les « Villes Jumelles », le 14 janvier a marqué un véritable tournant. Il a représenté le réveil d’un géant endormi : la même force sociale qui avait donné naissance à la rébellion suite à la mort de George Floyd s’est levée pour marquer de son empreinte indélébile la lutte contre l’ICE.

Le 14 janvier 2026. Les gens réagissent après que l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis.

Le 14 janvier 2026. Les gens réagissent après que l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis.

Des personnes inspectent les véhicules abandonnés par les agents fédéraux après avoir tiré sur Julio Sosa-Celis et avoir terrorisé le quartier pendant des heures à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes.

La situation a atteint son paroxysme le 23 janvier, lorsque 300 000 personnes se sont mises en grève pour protester contre l’occupation de l’ICE.

Le lendemain, six agents des douanes et de la protection des frontières (US Customs and Border Protection, CBP) ont assassiné Alex Pretti de sang-froid, en plein jour. Un appel a été lancé pour trouver des observatrices et des observateurs. Parmi toutes les émeutes que nous avons connues, les combats de rue à Whittier se sont distingués par la rapidité avec laquelle ils sont apparus. Le plus impressionnant, c’est que sans aucune planification, tou·te·s les participant·e·s savaient immédiatement quoi faire. Des barricades ont été érigées sur Nicollet, Blaisdell et la 26ème rue. Les gens ont incendié des bennes à ordures. Les palettes d’un entrepôt ont toutes été réutilisées pour construire et renforcer les barricades. Les agents fédéraux ont tiré une quantité impressionnante de gaz lacrymogène pour couvrir leur retraite avant de s’enfuir sur l’autoroute 35W.

Trois jours plus tard, Greg Bovino avait été relevé de ses fonctions et le gouvernement de l’État cherchait à conclure un accord avec les autorités fédérales en vue d’établir une certaine forme de détente. Le même jour, le gouverneur Tim Walz a déclaré :

« La politique de la Maison Blanche est qu’elle ne peut pas se permettre de voir des gaz lacrymogènes dans les rues et elle ne peut certainement pas se permettre de voir un autre incident comme celui que nous avons vu samedi matin. »

Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.

Aujourd’hui, près de quatre semaines se sont écoulées depuis le meurtre d’Alex et les événements de Whittier. Le tsar des frontières Tom Homan aurait retiré 700 agents des rues des « Villes Jumelles » après ces événements, bien que lui-même et les autres représentants du gouvernement fédéral ne nous aient donné aucune raison de les croire sur parole.

Plutôt qu’un retrait, nous assistons simplement à un changement de stratégie. Le gouvernement de l’État a donné à l’ICE l’accès à toutes les prisons du comté. Aujourd’hui, l’ICE est peut-être moins visible et terrorise peut-être davantage les banlieues que les centres-villes, mais elle est toujours là : son parc automobile est toujours rempli à Whipple et elle continue de kidnapper des gens tous les jours. Dans les « Villes Jumelles », la « réduction » du nombre de forces fédérales dans les rues est d’avantage une opération médiatique visant à apaiser et pacifier une certaine audience qu’une réalité sur le terrain. Les organisatrices locales et les organisateurs locaux appellent à une semaine d’action du 25 février au 1er mars afin de maintenir la pression à un moment où le régime tente de la relâcher.

Le 25 janvier 2026 : un mercenaire fédéral menace des personnes à l’extérieur d’un hôtel où sont logés des agents de l’ICE.

Nous pouvons tirer trois conclusions provisoires de cette séquence d’événements :

L’introduction de tactiques militantes n’a pas diminué le soutien populaire à la résistance. Au contraire, l’infrastructure des groupes d’intervention rapide a continué à se développer et à s’étendre à chaque phase de lutte. Il y avait 3 000 participant·e·s en décembre ; à la mi-février, iels étaient environ 30 000. L’État n’a pas réussi à convaincre le public d’accepter une dichotomie entre les « bons manifestants » et les « mauvais manifestants ». Le mouvement reste encore extrêmement populaire.

« Troubler l’ordre public » est en soi un moyen de pression pour le mouvement. Ce qui a contraint le gouvernement fédéral à battre en retraite, ce n’est pas seulement la surveillance directe et la confrontation des agents de l’ICE par les patrouilleuses et patrouilleurs, mais aussi la menace générale pour l’ordre public que représente un mouvement de milliers de personnes en communication constante et en temps réel, qui débouche parfois sur des rébellions de quartier, comme celles qui ont eu lieu à Northside et Whittier en réponse à la fusillade du 14 janvier et au meurtre d’Alex Pretti le 24 janvier. Lorsqu’ils ont entamé les négociations, Walz et Trump ont tous les deux convenus qu’il était crucial de « faire baisser la température ». Dans la mesure où cette priorité unifie les fascistes au sein du parti républicain et la fausse opposition représentée par l’establishment démocrate, elle montre comment un mouvement social populaire pourrait poursuivre ses propres intérêts d’une manière qui ne peut être cooptée par aucune des forces dominantes au sein du gouvernement.

Les vieux mécanismes de répression ne fonctionnent plus. C’est pourquoi l’État a recours à la force brute. Les pouvoirs en place ne sont plus intéressés par la pratique d’une contre-insurrection visant à gagner les cœurs et les esprits. Ils tentent de gouverner uniquement par la terreur. Historiquement, cela est l’indicateur d’un État faible, qui n’a plus aucune légitimité aux yeux de celles et de ceux qu’il gouverne.

En d’autres termes, un gouvernement en sursis.

Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.


« Désormais, les démagogues, les opportunistes et les magiciens ont une tâche difficile. L’action qui les a plongés dans une lutte au corps à corps confère aux masses un goût vorace pour le concret. »

– Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre

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