"Acqua" (L'Observatoire) sort vendredi, alors que va s'ouvrir la campagne des municipales de mars, dont la gestion de l'eau sera l'un des enjeux dans les communes ayant souffert de la sécheresse ces dernières années.
Gaspard Koenig affirme ne pas avoir pensé à cette échéance électorale en écrivant "Acqua", le deuxième des quatre livres qu'il consacre aux quatre éléments (la terre, l'eau, l'air et le feu).
Le premier, "Humus", avait été un succès en 2023, faisant découvrir à ses lecteurs l'importance de préserver les sols et ceux qui y vivent, comme les vers de terre.
"Pour moi, le roman est le genre suprême. Il permet de prendre le réel à bras-le-corps en construisant une histoire, en incarnant des personnages, en jouant sur la langue...", explique Gaspard Koenig dans un entretien à l'AFP.
L'écrivain de 43 ans cite Emile Zola comme l'un de ses modèles. Car il "présente les points de vue des différents personnages sans se prononcer en tant qu'auteur, laissant le lecteur se faire une opinion".
"Acqua" fait ainsi vivre les 500 habitants de Saint-Firmin, un village du bocage normand, qui vont s'écharper entre ceux qui veulent garder le contrôle de la distribution de l'eau et ceux qui acceptent de la confier à l'intercommunalité, sous le contrôle d'une commune voisine et rivale.
"Passions, lâchetés et amours"
"C'est une histoire très humaine avec des passions, des lâchetés, des amours", résume l'auteur.
Vont ainsi s'opposer la nouvelle maire, Maria, une épicière d'origine roumaine qui rassemble les partisans de l'autonomie, et le candidat malheureux, Martin, haut fonctionnaire et neveu de l'ancien maire, un éleveur défenseur d'une agriculture productiviste.
"Il y a, au début, un enthousiasme collectif qui dure quelques jours, et puis, très vite, tout le monde revient à ses égoïsmes naturels", raconte Gaspard Koenig, qui habite lui-même en Normandie.
"Je ne voulais surtout pas décrire un village d'idéalistes néoruraux, mais un village très réaliste, où les gens viennent de cultures et de milieux différents, et qui ne s'aiment pas particulièrement", ajoute-t-il.
L'auteur s'est immergé dans le monde complexe de la gestion de l'eau - distributeurs, administrations, collectivités, services d'assainissement - pour décrire au mieux les enjeux.
Entre deux rebondissements, il explicite les concepts d'"hydrologie régénérative" ou "reméandrage", mis actuellement en avant par des hydrologues.
L'écrivain évoque aussi la prix Nobel d'économie 2009, Elinor Ostrom, dont le principal ouvrage, "Gouvernance des biens communs", promeut la gestion des ressources naturelles par des collectifs d'individus.
Gaspard Koenig, qui publie chaque semaine une tribune dans le quotidien économique Les Echos, avait cherché en vain à se présenter à la présidentielle de 2022.
Il a depuis abandonné toute velléité de s'engager en politique. "Ce n'est pas mon rôle, pas mon talent et pas mon intérêt", explique-t-il. Car "le romancier ou l'intellectuel est surtout là pour faire réfléchir l'opinion publique. Une ambition que j'ai toujours".
Et pour cela, "l'écrivain doit être vraiment détaché de toute responsabilité collective" car, "sinon, il ne va pas jusqu'au bout de sa créativité".