Ce sommet est la première traduction concrète du traité d'amitié et de coopération renforcée signé le 9 mai 2025 à Nancy (est de la France), qui a rehaussé la Pologne au niveau des principaux alliés de la France, dont l'Allemagne.
Dans le contexte du conflit en Ukraine et des vives tensions avec Donald Trump sur la guerre en Iran, "les questions de sécurité et de coopération militaire seront les questions clés" lors des discussions à Gdansk (nord de la Pologne), a esquissé le Premier ministre polonais.
"Nous avons des points de vue très proches sur la manière de construire la force de l'Europe (..) la souveraineté de la Pologne, de la France et de l'Europe", a-t-il ajouté à la veille de la visite dans sa ville natale.
Avec, au coeur des discussions, la dissuasion nucléaire "avancée" proposée le 2 mars par Emmanuel Macron à huit pays européens, Allemagne et Pologne en tête, avec possibles exercices conjoints et stationnements d'avions français équipés de la bombe chez ses alliés.
Le président français, accompagné de quatre ministres (Armées, Affaires étrangères, Energie et Culture), est attendu dans la matinée à Gdansk, symbole des soubresauts européens du 20e siècle, à environ 150 kilomètres de Kaliningrad, avant-poste de la Russie dans l'Union européenne, entre Pologne et Etats baltes.
Préférence européenne
Il se rendra d'abord dans un cimetière où reposent des soldats français tombés depuis l'époque napoléonienne, avant des entretiens avec Donald Tusk, suivis de la signature d'accords et d'une rencontre avec le prix Nobel de la Paix Lech Walesa.
Cette grande cité de la Baltique, célèbre notamment pour ses chantiers navals qui virent naître le mouvement pro-démocratie Solidarnosc quand la Pologne était sous le joug soviétique, est aussi à portée immédiate des missiles Iskander stationnés à Kaliningrad, marqueur de la menace potentielle russe en Europe.
Dans ce contexte chargé, les deux dirigeants vont notamment discuter d'une possible "participation conventionnelle" de la Pologne à la dissuasion française, même si la France restera souveraine dans l'emploi de la force, a précisé l'Elysée.
Les forces polonaises pourraient apporter une contribution sur "l'alerte avancée, la défense aérienne ou les frappes dans la profondeur" en cas de conflit nucléaire, relève Paris.
L'Elysée promet aussi la signature d'un partenariat sur un "projet de satellite de communication militaire", avec "des opérateurs français, polonais et autres européens", alors que la Pologne développe ses capacités en la matière.
Autre sujet clé, la "préférence européenne" dans l'acquisition de matériels de défense dont Emmanuel Macron a fait un cheval de bataille au risque de braquer ses partenaires, notamment est-européens, très attachés au lien avec les Etats-Unis.
Energie et culture
La Pologne a massivement investi ces dernières années dans la modernisation de ses forces armées. En 2026, ses dépenses militaires devraient dépasser 4,8% du PIB, loin devant ses partenaires européens, faisant de son budget l'un des plus élevés de l'Otan.
Mais elle a surtout passé des "commandes pharaoniques de F35, hélicoptères d'attaque Apache, missiles Patriot et chars Abrams" américains, souligne un diplomate européen proche du dossier.
Le président nationaliste Karol Nawrocki, arguant d'une menace sur "l'indépendance" de son pays, s'oppose à la participation de la Pologne au programme Safe de l'UE synonyme de dizaines de milliards d'euros pour sa défense.
Et si la Pologne a retrouvé des élans pro-européens avec Donald Tusk, elle reste fondamentalement attachée à la relation avec les Etats-Unis.
"La stratégie de Washington a (certes) changé" vis-à-vis des Européens, que Donald Trump malmène régulièrement, concède le Premier ministre. Mais les "relations polono-américaines, euro-américaines" restent "très importantes", dit-il.
Emmanuel Macron et Donald Tusk vont aussi se féliciter du retour de la Hongrie dans le giron pro-européen après la défaite électorale du Premier ministre Viktor Orban, qui se posait en chef de file du camp illibéral et nationaliste dans l'UE.
Côté business, le groupe français EDF espère plaider sa cause dans l'appel d'offres pour une deuxième centrale nucléaire polonaise.
La France et la Pologne, aux liens culturels historiques étroits - la journée de l'amitié franco-polonaise a été fixée le 20 avril en mémoire de la physicienne et double prix Nobel franco-polonaise Marie Sklodowska Curie - vont aussi annoncer une saison culturelle croisée en 2027.