"Personne ne contrôle jamais" les passagers, affirme à l'AFP Donald Somoza, un maçon à la retraite de 75 ans, habitant de la petite ville qui vit du commerce avec le Brésil.
Avec ses rues de terre rouge contrastant avec le vert de la forêt tropicale, la localité de 40.000 habitants, plongée dans la torpeur de la chaleur, semble paisible. Mais ses habitants disent vivre dans une insécurité croissante.
Selon le gouvernement, Guayaramerin, comme d'autres localités frontalières, est devenue un "refuge" du Primeiro Comando da Capital (PCC) et du Comando Vermelho (CV), des groupes armés brésiliens qui s'affrontent pour le contrôle de corridors servant au trafic de cocaïne vers l'Atlantique.
Ces organisations, les plus puissantes du crime organisé au Brésil, ont été classées en mai "organisations terroristes étrangères" par les Etats-Unis.
Une douzaine d'assassinats attribués à ces bandes ont été commis ces dernières semaines dans la région, parmi lesquels le massacre d'une famille et le meurtre d'un policier. Plusieurs corps ont également été retrouvés décapités. Une violence qui a stupéfié un pays peu habitué à de tels crimes.
Donald Somoza assure avoir été témoin d'un assassinat qui a bouleversé la population locale quelques semaines plus tôt: la victime, un Brésilien, a été atteinte de plus de 80 balles sur la place centrale, lors d'un règlement de comptes présumé lié au narcotrafic.
Il s'agit d'"un phénomène assez nouveau en Bolivie", un "pays très sûr jusqu'à il y a quelques années", explique à l'AFP le chercheur Joaquin Chacin, spécialiste du crime organisé.
Les bandes de narcotrafiquants bénéficiaient auparavant d'une certaine mansuétude des autorités, désireuses d'éviter toute flambée de violence, explique-t-il. Entre elles régnait une "pax mafiosa", mais cela "s'est rompu d'une certaine manière", ajoute-t-il.
"Sous le nez"
Ariana Roca, une enseignante bolivienne de 35 ans, débarque avec ses sacs de courses après dix minutes de traversée depuis Guajara-Mirim, la ville brésilienne visible sur l'autre rive du Mamoré - la rivière qui marque la frontière.
Les délits sont désormais "plus fréquents" et "parfois, il se passe des choses jusque sous le nez des policiers", raconte-t-elle à l'AFP. A son arrivée, un policier a vérifié sa carte d'identité, mais n'a pas enregistré son entrée.
Entre janvier et septembre 2025, 774 homicides ont été signalés en Bolivie, contre 325 sur la même période l'année précédente, selon le ministère de l'Intérieur.
Le sentiment d'insécurité progresse aussi avec les attaques à main armée, les enlèvements et autres agressions.
A l'ombre d'un parasol, Adhemar Zapata, un changeur de rue, explique avoir été agressé à deux reprises, la dernière début août. L'un des agresseurs était étranger, selon l'enquête.
Le gouvernement du président de centre droit bolivien Rodrigo Paz accuse les précédents gouvernements socialistes d'avoir laissé la criminalité se propager.
Selon le ministère de l'Intérieur, 17 "chefs" de bandes criminelles internationales ont été arrêtés depuis l'entrée en fonctions de M. Paz en novembre.
La semaine dernière, le président bolivien s'est rendu à Guayaramerin pour lancer un plan de sécurité visant à renforcer la présence policière aux frontières, à échanger des renseignements avec le Brésil et à capturer, des deux côtés de la frontière, les criminels en fuite.
Pour Joaquin Chacin, renforcer la présence policière aux frontières peut avoir un effet dissuasif, mais il faut aussi s'attaquer à la structure économique du crime organisé et aux circuits de blanchiment d'argent.
"Il faut un plan sérieux, mais on n'entend pas dire qu'un tel travail soit en cours", affirme-t-il.
Rodrigo Paz a également annoncé la construction d'un pont pour relier les deux rives du Mamoré, élément d'un futur corridor routier allant jusqu'au Pacifique, au Pérou.
De nombreux habitants y sont favorables, espérant qu'il dynamisera le commerce. Mais le projet suscite aussi des inquiétudes.
"Les bandes, les mafias de voleurs, pourront traverser" plus facilement la rivière, redoute Yestin Duran, une vendeuse de boissons tropicales de 31 ans.
Le chef de la police locale, le colonel Johnny Rivas, partage cette inquiétude. La violence "va augmenter", affirme-t-il.