"C’est un problème national, systémique, on a des remontées de parents de toutes les régions", affirme Anne, qui souhaite garder l'anonymat. Cette Parisienne a co-fondé en 2021 le collectif SOS Périscolaire.
La moitié des signalements de violences (sexuelles, physiques, verbales...) "proviennent de province, la moitié de Paris", selon elle. Elle note une "augmentation significative" des remontées depuis un an et le début des révélations concernant la capitale.
Barka Zerouali, cofondatrice du collectif #MeTooEcole, abonde. "Il y a des cas partout", dit-elle, évoquant la Bretagne, Lille, Marseille ou Biarritz.
Difficile de dresser un bilan officiel national à ce stade - le périscolaire dépendant des collectivités territoriales. Si les chiffres sont désormais connus à Paris - depuis début 2026, 78 agents de la ville ont été suspendus, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles selon la mairie -, le reste du territoire est comme plongé dans le noir.
Sollicitées par l'AFP, plusieurs préfectures indiquent avoir reçu comme consigne de ne pas communiquer sur le sujet.
Dans les Hauts-de-Seine, la préfecture évoque toutefois 45 signalements depuis la rentrée 2025-2026, dont 25 pour des violences sur mineurs, 15 à caractère sexuel, 5 à caractère psychologique de type insultes.
"Sous le tapis"
Dans les Landes, une source préfectorale rapporte 12 signalements reçus depuis septembre 2025 pour des violences sexistes et sexuelles (VSS) en accueil collectif des mineurs (ACM) dont trois impliquant au moins un animateur.
Mêmes informations distillées au compte goutte au niveau des parquets, la plupart indiquant ne pas avoir les outils statistiques leur permettant de distinguer ce qui concerne le périscolaire dans la masse des signalements et plaintes reçus.
Côté élus, l'association des maires de France (AMF) ne disposent pas non plus de données globales, les élus locaux ne leur transmettant pas forcément ce qui se passe sur leur territoire.
Mais "ça ne veut pas dire que Paris est la seule concernée", estime Antoine Jouenne, co-président de la commission éducation de l'AMF, en accord sur ce point avec les associations de parents.
Pour la fille de Caroline Alirol, les faits se sont produits dans le Nord, il y a deux ans et demi: elle est alertée par le comportement de sa fille, en CM2, qui "refuse de dormir la nuit sans lumière, laisse systématiquement la porte de sa chambre ouverte et ne mange plus".
Elle finit par raconter à sa mère être régulièrement "coincée entre les jambes" d'un animateur, subir de sa part un "câlin tous les matins" et "des chatouilles" sous son t-shirt. L'animateur a été condamné pour agression sexuelle.
"On a eu le sentiment de se battre dans notre coin, que l'objectif était de laisser les choses sous le tapis. Les choses ont toutefois changé" depuis un an, dit à l'AFP cette mère qui a publié en mars "l'Effet témoin" (Braquage).
- "Vademecum national" -
Un avis partagé par Agathe (prénom modifié), mère d'un élève de maternelle près de Toulouse où un animateur de périscolaire a été mis en examen début avril pour viol et atteintes sexuelles. "Le fait que ce soit l'hécatombe à Paris aide à faire en sorte que ces cas soient pris aux sérieux, ce qui n'était pas forcément le cas avant", dit-elle.
Pour Anne, du collectif SOS Périscolaire, la médiatisation parisienne a conduit de nombreux parents à parler. "Beaucoup en régions se croyaient isolés et se rendent compte que ce n'est pas le cas", relève-t-elle.
"Certains sont à bout, avec des signalements qui trainent parfois depuis des années. Ils se heurtent à un maire qui ne veut rien faire et l'animateur est toujours en place", ajoute-t-elle.
Face aux multiples révélations, la Commission sur les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a réclamé un "vademecum national" clarifiant "les règles et démarches à effectuer" pour l'ensemble des intervenants en cas de situation préoccupante.
D'abord en retrait, l'Elysée et Matignon ont fini par recevoir ces dernières semaines les collectifs de représentants de parents, les rejoignant sur la nécessité de "mesures nationales, fortes et concrètes".
Pour la haute-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry, au "regard de l'ampleur" des faits "et de leur récurrence sur l’ensemble du territoire, nous faisons face à un problème systémique qui appelle une réponse systémique".
Si "l’immense majorité des professionnels du périscolaire sont engagés et accomplissent leur mission avec sérieux", il faut "renforcer les garde-fous", dit-elle à l'AFP, via notamment une amélioration de la vérification des antécédents judiciaires.
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