Chantre de l'union de la droite traditionnelle et de l'extrême droite, et soutien d'Eric Zemmour lors de la présidentielle de 2022, Patrick Buisson est décédé à 74 ans.
Ces derniers mois, son fils a déposé deux plaintes pour escroquerie et chantage dans le cadre de cette succession.
Alors qu'il entretenait des relations compliquées avec lui, l'essayiste s'est "employé à déshériter autant que possible son unique descendant", notamment en léguant ses biens à des tiers, explique à l'AFP l'avocat de Georges Buisson, Me Jérôme Karsenti.
La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, une congrégation catholique traditionaliste basée en Mayenne, a ainsi été désignée légataire universelle des "archives personnelles, familiales et politiques" de Patrick Buisson. Ces dernières ne seront accessibles qu'aux personnes ayant "reçu l'agrément du responsable de ce fonds d'archives". Elle est également la principale bénéficiaire de contrats d'assurance-vie, qui avaient été dissimulés à son fils, selon ce conseil.
"Archives secrètes"
Georges Buisson "s'est opposé à ce transfert" et "contestera la décision" de la préfète de la Mayenne, souligne Me Karsenti.
Dans un communiqué publié le 22 janvier, la représentante de l'Etat a en effet annoncé qu'il revenait "au notaire désigné par Patrick Buisson de procéder à la liquidation de la succession", en excluant les droits d'auteur et la gestion de la concession funéraire du défunt. Par ailleurs, la préfète indique que si des archives publiques "figurent dans le fonds d'archives de Patrick Buisson, elles doivent être restituées à l'Etat".
Selon Me Karsenti, les archives léguées "représentent un intérêt public", et ce encore davantage "à la lumière d'archives secrètes dont M. Georges Buisson a pris fortuitement possession".
Ce dernier, à qui son père avait préparé un disque dur contenant des documents familiaux, a en effet découvert sur celui-ci "des milliers de fichiers qui auraient dû être supprimés" mais "figuraient encore dans la corbeille numérique".
Parmi ces fichiers, selon Me Karsenti: "les preuves des moyens mis en œuvre au fil des ans par le défunt pour écarter son fils de sa succession et pour le faire chanter au cas où ce dernier viendrait à contester les dispositions prises".
Georges Buisson a "été victime de pressions pour qu'il consente à l'exécution du testament et renonce à toute action judiciaire", affirme l'avocat, qui a déposé deux plaintes à Paris.
"Recherche historique"
L'une, avec constitution de partie civile, a été déposée le 20 novembre 2025 pour escroquerie et faux en écriture publique, en raison d'inventaires des biens et objets de Patrick Buisson réalisés, selon son fils, de manière incomplète. Ces inventaires intégraient aussi des biens visés dans l'affaire dite des "sondages de l'Elysée", qui a valu à l'ancien conseiller politique une condamnation en 2022 pour abus de biens sociaux.
L'autre plainte, simple, a été déposée le 9 avril pour chantage, car il aurait été proposé à Georges Buisson une indemnité pour qu'il accepte l'exécution du testament.
Contacté par l'AFP, l'avocat de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier s'est refusé à tout commentaire.
La succession telle qu'organisée a pour objectif de ne conserver de Patrick Buisson "que l'image qu'il souhaitait léguer et empêcher la divulgation de nombreux faits liés à son activité de conseiller politique et pouvant revêtir des qualifications pénales", affirme Me Karsenti.
Ces faits sont "relatés dans les fichiers non effacés de la corbeille du disque dur", que Georges Buisson a "confiés au Parquet national financier (PNF) en octobre 2024", explique-t-il encore.
Les magistrats qui les ont analysés ont constaté la prescription des agissements antérieurs à octobre 2012, "mais ce qui est prescrit pour la justice ne l'est pas pour la recherche historique ou l'enquête journalistique", affirme l'avocat.
Georges Buisson a donc décidé de mettre des copies "à la disposition de chercheurs ou de journalistes qui en feraient une demande motivée et non partisane", précise-t-il.