Dans la cité papale, des comédiens des compagnies du Festival Off, en costumes et chapeaux, affiches de leur spectacle sur le dos, ont commencé à déambuler, tractant auprès des premiers spectateurs, a constaté une journaliste de l'AFP.
Diversité de propositions
"Il y a des spectacles pour tous les goûts", déclare à l'AFP le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une "célébration des arts vivants", avec du théâtre, de la danse, des performances et du cirque, et une "fête de la création", avec des artistes d'une grande diversité qui "s'emparent des problèmes et des joies du monde".
Pour la première fois, le Festival compte une majorité de metteuses en scène avec 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs. Par ailleurs, 24 artistes français tels que Jeanne Candel, Rebecca Chaillon, Boris Charmatz et 25 artistes internationaux, comme les Brésiliennes Christiane Jatahy, Carolina Bianchi, l'Egyptien Ahmed El Attar ou le collectif belge flamand tg Stan, sont invités.
Cette édition se veut également une "fête des questionnements" avec le public, qui se terminera par une nuit de réflexions dans la Cour d'honneur "autour des questions que l'art peut poser au monde".
Inquiétudes budgétaires
A la veille de l'ouverture du festival, plusieurs organisations professionnelles se sont inquiétées dans une lettre à Emmanuel Macron de voir les dotations prévues pour le second semestre annulée par l'État pour 28 structures du spectacle vivant, dont de nombreux opéras, deux théâtres parisiens, quatre orchestres.
"Face à la situation budgétaire, le ministère a retenu les crédits qui n'ont pas encore été versés", a-t-il admis, interrogé samedi par l'AFP. "Ce gel n'est pas une suppression définitive. Une partie des crédits seront versés dès la semaine prochaine", a-t-il promis.
Ouverture par Julien Gosselin
Musique forte, vidéo, démesure: avec "Maldoror", le directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris, Julien Gosselin, embarque samedi soir le public de la Cour d'honneur du Palais des papes dans un spectacle-fleuve.
Cette fiction, inspirée de textes de l'écrivain chilien Roberto Bolaño et de poèmes du recueil "Les chants de Maldoror" de Lautréamont, "parle du mal, ce qui fait que des artistes cheminent autour du mal", selon le metteur en scène, figure emblématique du Festival.
"J'ai toujours été extrêmement intéressé par le fait que sous la beauté, ou sous la culture, pouvait en fait se cacher l'horreur", confie-t-il à l'AFP. "Quand je lis Bolaño, je ressens une forme de fraternité, de douceur, même si les thèmes qu'il travaille sont très violents".
Han Kang et les artistes coréens à l'honneur
Après l'anglais, puis l'espagnol et l'arabe, le coréen est la langue invitée du Festival. Théâtre populaire, théâtre documentaire, performances visuelles, danse et cirque, pansori (récit chanté accompagné au tambour): les arts vivants coréens représentent quelque 20% de la programmation totale.
La lauréate du prix Nobel de littérature 2024 Han Kang, présente du 12 au 18 juillet, a inspiré deux spectacles, "Oiseau", une lecture performance avec les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee et "Che dolore terribile è l'amore", mis en scène par l'Italienne Daria Deflorian.
1.400 compagnies pour le Off
En parallèle du Festival in, les compagnies du Off investissent les 141 théâtres de la ville, la transformant en gigantesque marché du spectacle vivant.
Quelque 1.400 compagnies proposent 1.780 spectacles au total, selon Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui gère la manifestation, soit 27.000 représentations.
Dans un contexte de crise du secteur, équipes artistiques, chargés de diffusion, collectivités, institutions, vont participer en parallèle à des "assises" organisées sur 3 jours.
Ce chantier de réflexion portera cette année sur "les réalités économiques", "les métiers et les conditions de diffusion" des spectacles, alors que le secteur est fragilisé par les coupes budgétaires de l'État ou des collectivités territoriales. Il se poursuivra en 2027.