Une origine ancienne
L'histoire du 8 mars démarre il y a plus d'un siècle. "Très complexe", celle-ci "montre qu'une telle journée peut avoir des significations différentes en étant politiquement utilisée par des groupes divers", explique à l'AFP l'historienne Françoise Thébaud.
A l'origine, l'Internationale des femmes socialistes, réunie à Copenhague en 1910, propose d'instaurer une journée annuelle pour les droits des femmes.
Le choix du 8 mars est lié à la révolution russe. En pleine guerre, le 23 février 1917, soit le 8 mars dans le calendrier grégorien, "des femmes ont défilé pour le suffrage, le pain et la paix".
Cette journée est d'abord célébrée en URSS, puis dans les pays devenus socialistes après 1945. Ailleurs, les mouvements féministes s'en emparent dans les années 1970 pour lui enlever son lien privilégié avec le communisme et lui "redonner une dimension revendicatrice", précise Françoise Thébaud.
Dans les institutions et la rue
Depuis son officialisation par l'ONU en 1977, la "journée internationale des femmes" s'est imposée sous différentes formes dans l'agenda militant et politique de nombreux pays.
Le 8 mars "est souvent porté par les institutions, qui organisent autour de cette date des événements sur les droits des femmes", décrit à l'AFP Pauline Delage, chercheuse au CNRS. "Mais aussi par les associations, organisations syndicales et éventuellement partis politiques, à l'origine de mobilisations dans la rue".
Des marches rassemblent des dizaines de milliers de manifestants. Les mouvements féministes appellent aussi à la grève des salariées, un mode d'action utilisé notamment dans certains pays d'Amérique latine, comme en Argentine cette année. Une grève massive avait aussi eu lieu en Espagne en 2018.
Des mots d'ordres variés
Cette année, l'ONU appelle à "exiger l'égalité des droits ainsi qu'une justice équitable".
Du côté des mouvements féministes, "les sujets des inégalités salariales et des violences de genre sont souvent centrales", observe la sociologue Pauline Delage. "Il existe aussi des mots d'ordre conjoncturels ou liés au contexte local".
Aux États-Unis, par exemple, l'organisation féministe "Women's March" réclame le démantèlement de la police de l'immigration (ICE). En Argentine, "Ni una menos" dénonce la politique du président argentin, Javier Milei, appelant à sa démission. En France, le collectif "Grève féministe" appelle à lutter contre l'extrême-droite, à l'approche des élections municipales.
Un contexte de "backlash"
Ces manifestations se tiendront à l'heure où le féminisme subit un phénomène de retour de bâton, appelé "backlash". "Des mouvements conservateurs, parfois masculinistes, réagissent de façon virulente dès que les droits des femmes connaissent des avancées", explique à l'AFP Lucie Daniel, de l'association Equipop. Ces mouvements réunissent des "acteurs hétéroclites" (États conservateurs, organisations d'extrême-droite, mouvements fondamentalistes religieux...) qui "bénéficient de financements" pour tenter de défaire les avancées.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche début 2025, "la brutalité, la vitesse et l'envergure du backlash sont inédits", estime Lucie Daniel. Le président américain a par exemple rapidement démantelé l'USAID, l'agence qui finançait des dizaines de programmes d'ONG (cliniques de soins pré et post-nataux, planification familiale..).
Remise en cause de l'éducation à la sexualité, du droit à l'IVG, de la notion de genre... "Des responsables politiques, voire des chefs d'États, s'inspirent ouvertement de Donald Trump", pointe également Lucie Daniel.
Un outil de visibilisation
Cette journée dédiée permet aux associations féministes de porter leurs revendications dans l'espace public.
"Notre idée c'est de montrer qu'on est inarrêtable", commente auprès de l'AFP Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, qui participera dimanche à la manifestation parisienne. "Quel que soit le contexte, on va continuer de défendre les droits des femmes, je pense que c'est une énergie qui se transmet aussi dans une manifestation".
Ces grandes marches permettent à la fois de sensibiliser le grand public et de maintenir une pression politique pour obtenir des avancées. Les gouvernements choisissent d'ailleurs parfois d'annoncer des mesures en faveur de l'égalité femmes hommes autour de cette date symbolique du 8 mars.