L'emblématique place de Mai, rompue aux grandes manifestations politiques, militantes, récemment encore pour marquer gravement les 50 ans de la dictature (1976-1983) s'est muée pendant plus de deux heures en une gigantesque party, engorgeant des avenues adjacentes, a constaté l'AFP.
"Que la musique parvienne à toucher les cœurs, à tel point que, quand les jeunes rentrent chez eux après un concert, ils rentrent heureux, avec quelque chose en plus (...) comme l’envie de changer le monde", déclarait-il l'AFP à la veille du concert.
La municipalité hôte de Buenos Aires disait attendre entre 30.000 et 50.000 personnes pour le concert gratuit. Symboliquement, devant le parvis de la cathédrale dont Jorge Bergoglio fut pendant 15 l'archevêque très populaire, avant de devenir pape François en 2013. Il ne revint jamais en Argentine jusqu'à sa mort, le 21 avril 2025.
Le cocktail d'électro et de message religieux est devenu marque de fabrique du père Guilherme, célèbre bien au-delà de son Portugal natal -orginaire de Guimaraes, il est curé à Braga- pour ses "grand-messes" techno, qu'il a célébrées à travers le monde, Lisbonne, Beyrouth, Mexico, Rio, Ibiza...
Un cocktail, une passerelle vers les jeunes, adoubés par le pape François lui-même, qui le rencontra et l'invita à animer les Journées mondiales de la jeunesse à Lisbonne en 2023.
"Voyager ensemble"
"C'est trop bien qu'il essaie de rapprocher les gens à travers l’électronique et la religion", disait à l'AFP dans la foule compacte, majoritaiement jeune mais pas uniquement, Tomas Ferreira, avocat de 25 ans, qui contrairement a 63% des Argentins se dit non catholique. Mais conscient que "la religion se modernise, et c’est une bonne chose".
"Je trouve ça merveilleux parce que ça vient d’une intention de l’Église de rassembler énormément de personnes, de types de personnes différentes", glissait Martina Jardon, étudiante de 18 ans.
Reproduit sur des écrans géants dans de proches avenues, le concert, sous le thème "François vit dans la rencontre", a alterné sons purement électro, et quelques brefs clins d'oeil plus datés, mais non sans référence religieuse, tels "Knockin' on heaven's door" (Bob Dylan).
"J’ai toujours aimé la musique. Au séminaire avec les jeunes de ma paroisse, c’était normal pour moi", expliquait à l'AFP le père Guilherme, jovial et replet quinquagénaire. "Je n’ai jamais senti que du fait d'être au séminaire je ne devais pas faire ceci ou cela, ou sortir le soir. A 18 ans, on a créé un groupe de pop-rock..."
C'est en commençant à organiser des karaokés dans les années 2000 dans sa paroisse, pour récolter quelques fonds, qu'il s'est mis peu à peu à mixer, puis développer une culture techno. Puis la pandémie l'a vu basculer, produisant des streams, des sets devenus viraux.
Au fil du temps, sa techno "est devenue un peu plus mélodique, c’est ce que je joue maintenant. Ca me permet aussi d’insérer toute une série de messages au long du set", souligne-t-il. "Des messages de paix".
"Ca me donne la chair de poule, quand je vois les jeunes, quand je nous sens tous unis sur la piste de danse. C'est une très belle image, comme un voyage", médite-t-il. "Si c'est possible de voyager ensemble sur la piste, alors c’est aussi possible de voyager ensemble en dehors, non ?"