Au parc des expositions de Tours, les délégués se succèdent au micro pour évoquer organisation des luttes, accidents du travail ou salaires. Hommes et femmes alternent.
Fait inédit, la parité parmi les 952 délégués est presque atteinte, avec 48% de femmes, six points de plus qu'au congrès précédent, en 2023.
Un taux supérieur à celui des femmes à la CGT, 40% en 2024. Le deuxième syndicat de France se félicite toutefois que début 2026, "pour la première fois", les femmes soient plus nombreuses que les hommes parmi les nouveaux adhérents.
En 2023, Sophie Binet était la première femme à accéder à la tête d'un syndicat souvent associé à une image plutôt virile, qui se revendique aujourd'hui féministe. La même année, Marylise Léon devenait secrétaire générale de la CFDT.
Sophie Binet était déjà engagée pour les questions d'égalité femmes-hommes à la CGT avant d'en devenir secrétaire générale.
Dès 2016, avant le mouvement #MeToo, la CGT avait créé une cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) internes.
Sophie Binet "est, comme Philippe Martinez, à l'origine de la création de la cellule", souligne Raphaëlle Manière, sa responsable, devant des affiches clamant "ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule" et "plus gênant que sa blague sexiste, les silences coupables".
"Encore du mal"
En 2022, la CGT a été secouée par l'affaire d'un responsable syndical visé par la plainte pour viol d'une militante, finalement classée.
L'organisation a ensuite adopté, en 2023, un cadre commun d'action contre les VSS. Jeudi, un vote est prévu pour l'annexer aux statuts de la CGT, un moyen de le faire mieux connaître et de l'inscrire au "patrimoine" du syndicat, explique la secrétaire confédérale Myriam Lebkiri.
Ce cadre prévoit qu'une victime de VSS puisse se tourner vers la cellule de veille ou l'organisation professionnelle ou territoriale dans laquelle elle a confiance.
Ces structures doivent protéger les victimes en suspendant temporairement les mandats des mis en cause, le temps de constituer un dossier. Une commission prononce ensuite des préconisations après avoir écouté les victimes. Les sanctions peuvent aller jusqu'à l'exclusion de la CGT.
"A la CGT, ce qui prévaut, c'est la présomption de sincérité en faveur des victimes", souligne Myriam Lebkiri.
Membre de la cellule de veille, Maryse Thaëron-Chopin indique que celle-ci transmet "une dizaine" de dossiers chaque année, d'autres signalements ne donnant pas immédiatement lieu à un dossier.
"On voit une évolution dans les comportements, beaucoup de camarades nous disent faire plus attention", se réjouit-elle.
"Il y en a qui ont encore du mal dans nos rangs à comprendre qu'on se batte pour ça, qui ont peur qu'on s'en serve pour évincer quelqu'un", témoigne Magali Tardieu, de la fédération postale.
Pourtant hostile aux orientations de la direction sortante, Véronique Huyghe, de la métallurgie du Nord, se félicite qu'à la CGT, "s'il y a des comportements problématiques, dès le premier jour, on règle le problème, ce qui n'est pas le cas dans tous les syndicats".
Dans son entreprise, des filles ont été suivies jusqu'à chez elles par des responsables d'autres syndicats, rapporte-t-elle. "Ces syndicalistes ont été suspendus à titre conservatoire mais ils sont revenus et ce sont les filles qui ont dû se mettre en retrait", s'indigne-t-elle.
L’inscription dans les statuts suscite néanmoins quelques critiques. "L'intention est très bien mais il faut améliorer la méthode", estime la Lyonnaise Cécile Bulin, dont la fédération de la santé s'oppose à cet ajout. "Nous ne sommes ni enquêteurs ni juges, nous devons accompagner les signalements vers une procédure judiciaire, pas nous substituer à la justice".
Tout en se réjouissant d'un changement de mentalité en cours dans une CGT longtemps "rétrograde" sur ces sujets, Juliette Lamoine du syndicat de l'énergie de Lyon aimerait, elle, au-delà des VSS, qu'on arrête de "reléguer la question de l'équilibre vie professionnelle/vie personnelle aux femmes".