Ce "terrien", natif de la région parisienne, au visage rond et à la barbe blanche, a décidé de rejoindre le continent pour raisons familiales, dès le mois de mars.
Problème: il a beau chercher, personne ne veut lui succéder. Déjà en 2020, il avait été le seul candidat à briguer le fauteuil de maire, qui s'apparente à un sacerdoce dans une petite commune (184 habitants) où le premier magistrat est sollicité "24 heures sur 24".
"Le plus pénible à régler, c'est les différends de voisinage", dit-il, assis dans la salle du conseil municipal.
Il y a six ans, chaque conseiller était encore élu individuellement, au scrutin majoritaire à deux tours, puis le conseil élisait un maire. Il y avait eu 13 candidats pour 11 places.
Mais depuis une loi du 21 mai 2025, destinée à améliorer la parité, les communes de moins de mille habitants sont soumises au scrutin de liste. "Une connerie", s'énerve M. Delhalle. "À Molène, les gens votent pour des personnes. Ça bloque avec le scrutin de liste".
A moins de trois semaines de la clôture des candidatures (le 26 février), aucun nom n'a émergé. "Les gens ont la flemme, peur de l'inconnu ou pas envie de s'investir plus que ça", avance Marie Le Bihan, 30 ans, en regardant ses chèvres paître face à la mer.
Sur ce "caillou" de 0,7 km2, au large du Finistère, les commerçants redoutent aussi "le mélange des genres", disant craindre que leur lieu de travail ne devienne une mairie annexe.
"La critique est très facile par les Molénais. Du jour au lendemain, on est élu et il y a untel qui ne vous parle plus", explique Agathe Seïté, une résidente secondaire, qui en a parlé avec d'anciens élus.
L'absence de candidat n'est pas propre à Molène: 106 communes s'étaient retrouvées dans cette situation aux municipales de 2020 et 62 en 2014, selon le ministère de l'Intérieur.
Une île sans cadastre ni impôt
Faute de candidats, l'île risque de se retrouver sous la tutelle d'une "délégation spéciale" de représentants du préfet, en attendant de nouvelles élections. Si le problème persiste, elle pourrait même être rattachée à une commune du littoral, prévient le sous-préfet de Brest Jean-Philippe Setbon.
Seule commune française, avec l'île de Sein, à être exemptée de cadastre et d'impôts locaux, Molène verrait alors sa fiscalité alignée sur sa commune de rattachement.
Une perspective qui n'affole pas outre-mesure Patrick Seïté, un sexagénaire assis sur un banc du port, qui dit ne "pas avoir mis les pieds en France (sic) depuis cinq ans".
"Un maire, y en a toujours eu un à Molène!", embraye Nicole, une octogénaire en blouse, en attendant son journal sur le pas de sa porte. "Qui vivra verra...", philosophe-t-elle.
Dans les "ribines" (petites rues bretonnes) désertes du village en cet après-midi de février, la tension est encore loin d'être palpable.
"Les Molénais de pure souche, ça ne les inquiète pas, parce qu'ils ne quittent pas le caillou", confirme le maire, qui s'inquiète, lui, de voir l'île devenir "un parc Eurodisney", sans service public ni commerces permanents, avec des liaisons maritimes réduites à la portion congrue.
"On va perdre des avantages. Et pour les projets, on va être bloqué", abonde Marie Le Bihan, qui n'exclut pas d'être candidate au conseil "pour que l'île reste aux Molénais".
Car une réunion de la dernière chance est programmée le 19 février pour tenter de susciter des vocations. "On sera à une semaine de la clôture: c'est le dernier espoir", dit Agathe Seïté, qui en a pris l'initiative.
"On va essayer de jouer sur ce sentiment d'urgence pour que ceux qui hésitent se lancent", dit-elle, même si "on aura probablement un maire malgré lui, ou malgré elle..."