"J'ai effectivement rouvert une enquête afin de tenter d'élucider cette affaire", a confirmé à l'AFP Yves Dupas, le procureur de la République de Nouméa. Évoquant un "contexte plus que compliqué", le magistrat n'a pas souhaité "donner plus de détails à ce stade" sur les raisons pour lesquelles l'enquête est rouverte.
Deux hommes, arrêtés peu après les faits, avait été définitivement acquittés en 2009 au terme d'un rocambolesque parcours judiciaire. À l'époque, l'affaire avait suscité une vive émotion sur cette île du sud de l'archipel, très prisée des voyageurs japonais et dont l'économie repose essentiellement sur le tourisme.
Mika Kusama, 29 ans, voyageait seule quand elle a disparu le 2 mai 2002. Son corps avait été découvert le 6 mai, dissimulé à la hâte sous des cailloux sur le "rocher de Kanumera", promontoire marquant la frontière entre les deux baies idylliques, de Kuto et Kanumera.
Deux frères, Ambroise, surnommé "Didyme", et Antoine Konhu étaient arrêtés quelques jours plus tard. Les deux hommes, qui ont toujours nié leur implication et dont l'ADN n'a jamais été retrouvé sur les lieux de la découverte du corps ni sur les effets de la jeune femme, ont passé respectivement un et trois ans en détention provisoire.
Si Ambroise a été acquitté lors du premier procès d'assises en 2007, Antoine ne le sera qu'en appel, en 2009, après avoir été dans un premier temps condamné à 15 ans de prison en décembre 2007.
Tension sur l'île
Selon des sources concordantes, une agression survenue récemment à l'île des Pins serait liée à la réouverture de l'enquête, signe de la tension qui règne sur l'île de 2.000 habitants.
Une personne aurait été contrainte de monter à bord d'une embarcation, la tête recouverte d'un sac, avant d'être abandonnée en mer, dans un contexte "lié à l'affaire de la Japonaise".
Une plainte a été déposée et les noms des deux protagonistes, victime et agresseur, apparaissent dans l'enquête initiale diligentée par la gendarmerie de l'île des Pins en 2002.
Ils avaient alors été cités par la défense comme des pistes possibles mais celles-ci avaient été "totalement ignorées par les enquêteurs qui voyaient dans les frères Konhu les parfaits coupables", a réagi auprès de l'AFP Marie-Laure Fauche, avocate d'Ambroise Konhu, décédé en 2025.
"L'enquête avait été une véritable gabegie avec une scène de crime qui n'avait pas été gelée, des scellés contaminés et des pistes non exploitées", estime l'avocate.
Avec ses confrères Jean-Yves Moyart et Jean-Jacques Deswarte, Me Fauche se rappelle avoir dû "monter une véritable cellule de contre-enquête dans un contexte particulièrement hostile, puisqu'il fallait désigner des coupables à la vindicte populaire pour rassurer les acteurs du tourisme".
Avocat des parents de Mika Kusama, Frédéric De Greslan n'a pas non plus oublié cette affaire emblématique et a confié à l'AFP solliciter la réouverture du dossier "à chaque fois qu'un nouveau procureur est nommé à Nouméa".
"Il y a des gens à l'île des Pins qui savent très bien ce qu'il s'est passé mais l'omerta, le poids des solidarités familiales et claniques les empêche de parler. Je ne peux que me féliciter d'une nouvelle avancée", a-t-il commenté auprès de l'AFP.
Et l'île des Pins ne bruisse ces derniers temps que de ce rebondissement, avec l'espoir évoqué auprès de l'AFP par de nombreux habitants, le plus souvent anonymement, que la parole se libère.
"Je pense à ma famille et à mon clan qui ont tant souffert de cette affaire, mais surtout à la famille de Mika Kusama. Leur fille unique est morte à des milliers de kilomètres de chez eux. Nous, les 2.000 habitants de l'île des Pins, nous leur devons collectivement la vérité", confie Marie-Hélène Konhu, belle-soeur d'Antoine et Ambroise.
Tous les 2 mai, date de la disparition de Mika Kusama, cette dernière "dépose un petit quelque chose" sur le rocher où a été découvert le corps. Une promesse faite à la mère de la jeune femme lors de leur rencontre, en marge des procès qui ont vu l'acquittement de ses deux beaux-frères.