"Pour rentrer de Paris à Fontenay-sous-Bois, je conseille toujours à mes deux filles de 20 et 24 ans de s'arrêter d'abord à Vincennes et de continuer en bus, plutôt que d'avoir à traverser cette station", dit Anne, habitante de Fontenay-sous-bois (Val-de-Marne) qui requiert l'anonymat.
Elle dit tout net face à de hauts responsables de la RATP, de la SNCF et de Valérie Pécresse, la présidente d'Ile-de-France Mobilités qui organise les transports de la région capitale: Elle a peur.
Avec eux et onze autres utilisatrices des transports franciliens, Anne a participé mardi à une "marche exploratoire" dans les couloirs de cette gare. Elle espère que son message sera entendu.
L'exercice est destiné à lister tous les aménagements possibles pour améliorer la sécurité des lieux: Ajouter une glace ici pour voir si on est suivi, augmenter l'éclairage là dans un coin sombre. Chaque participante a soigneusement rempli un cahier détaillant chaque recoin des abords, des couloirs et des quais de cette gare.
Car les chiffres sont accablants. Sept femmes sur 10 ont déjà été victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les transports franciliens au cours de leur vie. Huit sur dix pour les 15-18 ans, et neuf sur dix pour les 19-25 ans, selon une enquête menée en 2022 par la RATP, qui organise quatre marches exploratoires par an pour essayer d'améliorer la situation.
Pour la première fois, celle-ci était organisée conjointement avec la SNCF (Transilien) et Ile-de-France Mobilité (IDFM), l'autorité organisatrice des transports de la région capitale.
Dans cette gare née à la fin des années 70 pour desservir de grands ensembles urbains directement sortis de terres agricoles, se croisent le RER A, géré par la RATP, et le RER E, géré par la SNCF.
Une nouvelle gare attenante, encore plus grande, est en construction pour accueillir la future ligne 15 du Grand Paris Express, et la prolongation de la plus ancienne ligne de métro, la 1, qui traverse Paris d'ouest en est, confie le maire de Fontenay-sous-Bois, Jean-Philippe Gautrais.
"Tout le temps sous stress"
"Depuis que les travaux de la nouvelle gare ont commencé, on ne s'y retrouve plus, il n'y a aucune indication, on ne sait plus où sont les points d'arrêt des bus" déplore une des douze marcheuses, Laurine Thaunoo, 27 ans, vendeuse dans le prêt à porter à Paris.
"Je ne demande pas une gare grandiose, je veux juste me sentir mieux, plus de lumière sur les quais du RER E qui sont trop sombres, plus de signalisation, des agents sur les quais, pas seulement aux heures de pointe" ajoute-t-elle.
À l'âge de huit ans, alors qu'elle était avec son grand frère dans le métro, un "monsieur" lui a fait des gestes "déplacés" et "insistants".
Presque vingt ans plus tard, elle en est encore "perturbée", avouant être "tout le temps sous stress le soir dans cette station". "Je me demande toujours si on va me suivre" dit-elle.
De la marche exploratoire, elle a appris l'existence du numéro d'appel d'urgence 3117, pourtant créé depuis 2010 pour dénoncer des actes de violence dans les transports. Une campagne de publicité va bientôt le promouvoir, annonce Valérie Pécresse.
Ramener de la sécurité, "c'est un travail de fourmi, station après station, rame après rame", il faut "essayer de faire baisser le taux d'agression" qui "honnêtement n'est pas satisfaisant", admet Xavier Piechaczyk, le nouveau PDG de la RATP qui fait de ce combat une priorité.
Sandrine Charnoz, responsable du programme de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le groupe RATP, essaie de voir le verre à moitié plein.
Elle salue "une évolution positive dans l'augmentation du dépôt de plainte", passé de 2% de victimes qui portaient plainte sur ces sujets-là en 2016, à 7% en 2026.
En cas d'agression, elle voudrait que tous les témoins connaissent la méthode des "5D" pour "intervenir sans se mettre en danger": distraire l'agresseur, dialoguer avec la victime, déléguer dans la recherche d'aide, diriger en s'adressant directement au harceleur pour lui demander d'arrêter, et enfin documenter en gardant des preuves filmées (sans les publier sur les réseaux).