"Bienvenue au Théâtre national de Strasbourg!": avant d'assister à la représentation "d'En attendant Oum Kalthoum", une pièce d'Hatice Özer inspirée par un concert de la cantatrice égyptienne, le public est accueilli au micro dans trois langues: arabe, turc et français.
Une fois la pièce lancée, les comédiens se donnent la réplique en français tandis que sur un écran les dialogues défilent en turc et en arabe pour permettre aux non francophones de ne rien rater.
Dans la salle comble, quelque 530 spectateurs, parmi lesquels des collégiens venus avec leurs mères, des réfugiés en insertion professionnelle apprenant le français ou encore des spectateurs individuels qui découvrent le dispositif.
Claire Helfter, d'origine libanaise, salue cette initiative: "ça apporte une ouverture aux autres langues".
"Pour une personne qui ne comprend pas le français c'est très bien", approuve Elif Kazanci, d'origine turque. Elle raconte avoir jeté un oeil aux surtitres "quelquefois" pendant la représentation pour connaître la traduction de certains mots.
Chaque soir de spectacle, des interprètes sont présents pour accueillir les spectateurs, qui peuvent emporter un programme traduit dans leur langue.
C'est en travaillant sur sa pièce "Valentina", portant sur une fillette accompagnant sa mère roumaine malade en France, que la directrice du TNS, Caroline Guiela Nguyen, a constaté que des personnes pouvaient être privées de leurs droits faute d'interprète.
"Moi-même étant directrice d'un établissement public, je me suis dit: +qu'est-ce que je fais, moi, concrètement+?", raconte à l'AFP celle qui dirige le seul théâtre national en région.
Une idée a germé: "essayer de cibler quelles étaient les langues les plus parlées sur le territoire, et proposer un surtitrage pour que des personnes puissent accéder au spectacle".
"Andromaque" en dari
Elle s'est appuyée sur l'association Migrations santé Alsace, dont les interprètes ont assuré la traduction des textes de sept oeuvres, classiques comme contemporaines.
"Andromaque", de Racine, a ainsi été surtitré en dari, pachto et grec, tandis que "Prendre soin", création du Britannique Alexander Zeldin au TNS, a été proposé en arabe, géorgien et anglais.
Depuis le début de la saison, ce dispositif inédit, soutenu par la fondation du Crédit Mutuel Alliance fédérale, a attiré environ 350 spectateurs non francophones.
Reste à le faire connaître pour que les communautés concernées s'en emparent.
"Avec les interprètes, on travaille à répertorier les lieux de vie, de culte, les restaurants, les commerces...", explique Antoine Vieillard, secrétaire général du TNS.
Pour promouvoir les représentations surtitrées en farsi de "KO Brouillard", de Maxence Vandevelde, des équipes du TNS ont déposé des prospectus dans des épiceries et restaurants iraniens, s'éloignant de leurs canaux de communication habituels.
"C'est vraiment un dispositif inédit", souligne Antoine Vieillard, remarquant que la question des spectateurs non francophones était jusque là "complètement absente du travail de relation avec les publics, sauf lorsqu'une pièce internationale était proposée".
"Une famille avec qui j'ai discuté me disait que c'était une fierté de voir leur langue affichée comme ça, en grand, à l'intérieur d'un théâtre", témoigne Fatiha Benamar, qui a réalisé des traductions en arabe et accueilli des spectateurs.
Pour des Ukrainiens qui ont vu la pièce Valentina surtitrée dans leur langue, "ça a été une grande émotion, dans un contexte difficile", ajoute-t-elle.
Pour la prochaine saison, le TNS souhaite réduire le nombre de langues mais proposer plusieurs spectacles surtitrés pour chaque langue, "ce qui permettra de faire vraiment des parcours de spectateurs", explique Caroline Guiela Nguyen.
Elle aimerait aussi "exporter" l'outil de surtitrage imaginé pour les spectacles du TNS afin qu'il puisse être proposé partout en France et en Europe dans le cadre de leur tournée.
Pour la directrice, "La langue, c'est réellement ce qui nous permet d'atteindre l'autre".
Texte intégral (666 mots)
"Bienvenue au Théâtre national de Strasbourg!": avant d'assister à la représentation "d'En attendant Oum Kalthoum", une pièce d'Hatice Özer inspirée par un concert de la cantatrice égyptienne, le public est accueilli au micro dans trois langues: arabe, turc et français.
Une fois la pièce lancée, les comédiens se donnent la réplique en français tandis que sur un écran les dialogues défilent en turc et en arabe pour permettre aux non francophones de ne rien rater.
Dans la salle comble, quelque 530 spectateurs, parmi lesquels des collégiens venus avec leurs mères, des réfugiés en insertion professionnelle apprenant le français ou encore des spectateurs individuels qui découvrent le dispositif.
Claire Helfter, d'origine libanaise, salue cette initiative: "ça apporte une ouverture aux autres langues".
"Pour une personne qui ne comprend pas le français c'est très bien", approuve Elif Kazanci, d'origine turque. Elle raconte avoir jeté un oeil aux surtitres "quelquefois" pendant la représentation pour connaître la traduction de certains mots.
Chaque soir de spectacle, des interprètes sont présents pour accueillir les spectateurs, qui peuvent emporter un programme traduit dans leur langue.
C'est en travaillant sur sa pièce "Valentina", portant sur une fillette accompagnant sa mère roumaine malade en France, que la directrice du TNS, Caroline Guiela Nguyen, a constaté que des personnes pouvaient être privées de leurs droits faute d'interprète.
"Moi-même étant directrice d'un établissement public, je me suis dit: +qu'est-ce que je fais, moi, concrètement+?", raconte à l'AFP celle qui dirige le seul théâtre national en région.
Une idée a germé: "essayer de cibler quelles étaient les langues les plus parlées sur le territoire, et proposer un surtitrage pour que des personnes puissent accéder au spectacle".
"Andromaque" en dari
Elle s'est appuyée sur l'association Migrations santé Alsace, dont les interprètes ont assuré la traduction des textes de sept oeuvres, classiques comme contemporaines.
"Andromaque", de Racine, a ainsi été surtitré en dari, pachto et grec, tandis que "Prendre soin", création du Britannique Alexander Zeldin au TNS, a été proposé en arabe, géorgien et anglais.
Depuis le début de la saison, ce dispositif inédit, soutenu par la fondation du Crédit Mutuel Alliance fédérale, a attiré environ 350 spectateurs non francophones.
Reste à le faire connaître pour que les communautés concernées s'en emparent.
"Avec les interprètes, on travaille à répertorier les lieux de vie, de culte, les restaurants, les commerces...", explique Antoine Vieillard, secrétaire général du TNS.
Pour promouvoir les représentations surtitrées en farsi de "KO Brouillard", de Maxence Vandevelde, des équipes du TNS ont déposé des prospectus dans des épiceries et restaurants iraniens, s'éloignant de leurs canaux de communication habituels.
"C'est vraiment un dispositif inédit", souligne Antoine Vieillard, remarquant que la question des spectateurs non francophones était jusque là "complètement absente du travail de relation avec les publics, sauf lorsqu'une pièce internationale était proposée".
"Une famille avec qui j'ai discuté me disait que c'était une fierté de voir leur langue affichée comme ça, en grand, à l'intérieur d'un théâtre", témoigne Fatiha Benamar, qui a réalisé des traductions en arabe et accueilli des spectateurs.
Pour des Ukrainiens qui ont vu la pièce Valentina surtitrée dans leur langue, "ça a été une grande émotion, dans un contexte difficile", ajoute-t-elle.
Pour la prochaine saison, le TNS souhaite réduire le nombre de langues mais proposer plusieurs spectacles surtitrés pour chaque langue, "ce qui permettra de faire vraiment des parcours de spectateurs", explique Caroline Guiela Nguyen.
Elle aimerait aussi "exporter" l'outil de surtitrage imaginé pour les spectacles du TNS afin qu'il puisse être proposé partout en France et en Europe dans le cadre de leur tournée.
Pour la directrice, "La langue, c'est réellement ce qui nous permet d'atteindre l'autre".