"On le voit sur ma photo ? Tant pis, je mettrai un filtre pour cacher les algues ", glisse Farrah Lu, touriste chinoise, perche à selfie en main devant l'immense étendue d'eau trouble.
Situé entre le Lincoln Memorial et le Washington Monument, ce bassin emblématique de la capitale — théâtre du discours "I have a dream " de Martin Luther King en 1963 — contient de l'eau verdâtre, au milieu de laquelle des canetons continuent de barboter.
"Je peux mettre les pieds ?" s'enquiert une petite fille, tongs à la main, aussitôt retenue par sa mère. "Pas aujourd'hui", glisse-t-elle, tandis que des agents présents évoquent un retour à la normale "la semaine prochaine", tout au mieux, voire probablement "un peu plus tard".
Jugeant qu'elle était "sale", Donald Trump avait ordonné de vider entièrement cette longue étendue d'eau, conçue pour refléter l'obélisque du Washington Monument, afin de la repeindre dans ce qu'il appelle un " bleu drapeau américain " pour le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis.
Mais quelques jours seulement après la fin des travaux, les algues ont proliféré sous l'effet des températures élevées.
"Je m'attendais à voir le monument se refléter dans l'eau — c'est quand même le sens du nom. Là, ça ne correspond pas à mes attentes" regrette Ravi Desai, 46 ans, venu de Melbourne, en Australie.
Même constat pour Kevin Im, touriste californien : "En s'approchant, on voit beaucoup d'algues. Je ne sais pas si le site reçoit toute l'attention qu'il devrait. On est quand même dans la capitale des États-Unis!".
Sur place, les équipes du National Park Service s'activent : épuisettes, aspirateurs aquatiques et pompes tentent d'évacuer l'eau laiteuse. " On ne sait pas comment ça va évoluer, ça change très vite", s'époumone un ranger par dessus le vombrissements des machines.
"Je m'attendais à voir du bleu, mais le vert, ça va", tempère Nicole Leguillow, 66 ans, originaire de Virginie, qui estime toutefois que les fonds consacrés aux travaux auraient pu être utilisés "pour des choses plus utiles aux Américains".
"Ca reste joli, ajoute Gini Brown, Américaine de 63 ans qui découvre le bassin pour la première fois. Entretenir une piscine classique coûte déjà très cher, alors j'imagine à peine pour celle-ci..."
Pour redonner au bassin sa couleur bleue et maintenir l'eau "claire et propre" , les autorités ont mis en avant l'usage de "technologies de pointe ", notamment "un système d'ozone par nanobulles", a expliqué à l'AFP un porte-parole du ministère chargé des parcs nationaux, qui s'occupent de la gestion de l'ouvrage.
Du peroxyde d'hydrogène — présenté comme plus doux que le chlore et déjà utilisé dans certains spas ou piscines naturelles — est également employé, sans " effets nocifs pour la faune ou l'environnement ", selon le ministère.
Le chantier à environ 14 millions de dollars selon la presse américaine, confié sans appel d'offres à une entreprise ayant déjà travaillé sur un club de golf du président, a suscité de vives critiques. Donald Trump, lui, avait assuré sur sa plateforme Truth Social début juin que les matériaux utilisés "pourraient durer cent ans ".