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Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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29.08.2025 à 17:45

La Chine en Azerbaïdjan : stratégie silencieuse d’une puissance émergente

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Si la Chine occupe une place névralgique dans les débats géopolitiques contemporains, certains de ses théâtres d’influence demeurent étonnamment discrets. Tel est le cas de l’Azerbaïdjan. Ce petit État du Caucase du Sud, aux marges de l’espace post-soviétique, s’est hissé en quelques années au rang de pivot stratégique sur les nouvelles routes commerciales eurasiatiques. Situé à la croisée des corridors terrestres et maritimes reliant l’Asie centrale à l’Europe, riche en hydrocarbures et en infrastructures logistiques modernes, l’Azerbaïdjan constitue aujourd’hui un laboratoire privilégié pour observer l’évolution de la stratégie d’influence chinoise : une stratégie qui privilégie désormais la fluidité des flux économiques au contrôle territorial ou politique direct. L’étude de cette présence offre plusieurs clés de lecture. Elle illustre l’évolution des méthodes chinoises d’influence, désormais orientées vers la circulation des biens et la maîtrise des réseaux logistiques. Elle révèle la capacité de Pékin à s’adapter aux contraintes géopolitiques locales. Elle met en lumière, enfin, les limites de cette approche, entre prudence diplomatique face à Moscou, rivalités régionales persistantes et volonté affichée de ne pas heurter les équilibres existants. Dans un monde où la géopolitique des flux redéfinit les rapports de force, le cas azerbaïdjanais constitue un exemple particulièrement éclairant de la stratégie chinoise en Eurasie.

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Si la Chine occupe une place névralgique dans les débats géopolitiques contemporains, certains de ses théâtres d’influence demeurent étonnamment discrets. Tel est le cas de l’Azerbaïdjan. Ce petit État du Caucase du Sud, aux marges de l’espace post-soviétique, s’est hissé en quelques années au rang de pivot stratégique sur les nouvelles routes commerciales eurasiatiques. Situé à la croisée des corridors terrestres et maritimes reliant l’Asie centrale à l’Europe, riche en hydrocarbures et en infrastructures logistiques modernes, l’Azerbaïdjan constitue aujourd’hui un laboratoire privilégié pour observer l’évolution de la stratégie d’influence chinoise : une stratégie qui privilégie désormais la fluidité des flux économiques au contrôle territorial ou politique direct.

L’étude de cette présence offre plusieurs clés de lecture. Elle illustre l’évolution des méthodes chinoises d’influence, désormais orientées vers la circulation des biens et la maîtrise des réseaux logistiques. Elle révèle la capacité de Pékin à s’adapter aux contraintes géopolitiques locales. Elle met en lumière, enfin, les limites de cette approche, entre prudence diplomatique face à Moscou, rivalités régionales persistantes et volonté affichée de ne pas heurter les équilibres existants. Dans un monde où la géopolitique des flux redéfinit les rapports de force, le cas azerbaïdjanais constitue un exemple particulièrement éclairant de la stratégie chinoise en Eurasie.

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28.08.2025 à 11:14

La « guerre à la drogue » de Donald Trump : vers l’unilatéralisme le plus total

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Dans un article publié le 8 août dernier, le New York Times a révélé l’existence d’un executive order (décret-loi) secret, signé récemment par le président américain Donald Trump. Destiné au Pentagone, il autorise le recours à la force armée contre les cartels de la drogue, sur terre comme sur mer, au-delà des frontières des États-Unis. Deux pays sont particulièrement visés : le Mexique et le Venezuela. Une initiative aux implications géopolitiques majeures, même si elle semble s’inscrire dans une certaine continuité à l’œuvre depuis une cinquantaine d’années. En 1971, lors d’une conférence de presse restée célèbre, le président Richard Nixon n’avait-il pas fait de l’abus de drogues l’ennemi public numéro 1 des États-Unis ? À l’époque, le pays était confronté à un très fort développement des consommations de substances illégales, notamment d’héroïne, qui affectait singulièrement l’armée américaine engagée au Vietnam. Même si le chef de l’État américain n’utilisa jamais le syntagme War on Drugs, la politique subséquente allait provoquer un développement agressif de l’interventionnisme étatsunien dans le monde. De la France à la Turquie, de la Colombie au Mexique, en passant par le Panama et l’Afghanistan, cette politique a souvent été le paravent de motivations visant à la préservation des intérêts américains dans le monde et à des pratiques très éloignées des objectifs d’une croisade se voulant vertueuse. Cependant, si l’initiative de Donald Trump était vraiment suivie d’effets, un nouveau palier serait franchi annonçant de nombreux bouleversements géopolitiques. Elle donne en effet à la puissance américaine une base juridique inédite à des interventions futures tout en rompant en partie avec les orientations récentes des précédentes administrations qui avaient commencé à tirer quelques leçons des échecs du passé liés à la « guerre à la drogue ».

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Dans un article publié le 8 août dernier, le New York Times a révélé l’existence d’un executive order (décret-loi) secret, signé récemment par le président américain Donald Trump. Destiné au Pentagone, il autorise le recours à la force armée contre les cartels de la drogue, sur terre comme sur mer, au-delà des frontières des États-Unis. Deux pays sont particulièrement visés : le Mexique et le Venezuela. Une initiative aux implications géopolitiques majeures, même si elle semble s’inscrire dans une certaine continuité à l’œuvre depuis une cinquantaine d’années. En 1971, lors d’une conférence de presse restée célèbre, le président Richard Nixon n’avait-il pas fait de l’abus de drogues l’ennemi public numéro 1 des États-Unis ? À l’époque, le pays était confronté à un très fort développement des consommations de substances illégales, notamment d’héroïne, qui affectait singulièrement l’armée américaine engagée au Vietnam. Même si le chef de l’État américain n’utilisa jamais le syntagme War on Drugs, la politique subséquente allait provoquer un développement agressif de l’interventionnisme étatsunien dans le monde. De la France à la Turquie, de la Colombie au Mexique, en passant par le Panama et l’Afghanistan, cette politique a souvent été le paravent de motivations visant à la préservation des intérêts américains dans le monde et à des pratiques très éloignées des objectifs d’une croisade se voulant vertueuse. Cependant, si l’initiative de Donald Trump était vraiment suivie d’effets, un nouveau palier serait franchi annonçant de nombreux bouleversements géopolitiques. Elle donne en effet à la puissance américaine une base juridique inédite à des interventions futures tout en rompant en partie avec les orientations récentes des précédentes administrations qui avaient commencé à tirer quelques leçons des échecs du passé liés à la « guerre à la drogue ».

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27.08.2025 à 14:52

Face à Trump, l’Europe doit résister

Déborah Yapi

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe entretient une relation étroite avec les États-Unis, matérialisée notamment par la création de l’OTAN en 1949. Grâce à cette alliance, les pays européens ont longtemps bénéficié de la protection militaire et stratégique américaine. Cet équilibre, fondé sur une solidarité transatlantique et sur une vision commune de l’ordre mondial, a façonné ce que l’on appelle le « monde occidental ». Cependant, ce monde occidental tel que nous l’avons connu est-il remis en cause aujourd’hui par Donald Trump ? Ses déclarations provocatrices, sa remise en cause de l’engagement américain dans l’OTAN, ainsi que ses menaces de se désengager du soutien à l’Ukraine sont autant d’éléments qui laissent penser que l’Europe ne peut plus compter, comme autrefois, sur la garantie de sécurité offerte par Washington, notamment face à la menace russe. Face à Donald Trump, l’Union européenne doit résister non seulement pour protéger ses intérêts stratégiques mais également pour ne pas laisser place au chaos et favoriser l’émergence d’un nouvel ordre international.

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Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe entretient une relation étroite avec les États-Unis, matérialisée notamment par la création de l’OTAN en 1949. Grâce à cette alliance, les pays européens ont longtemps bénéficié de la protection militaire et stratégique américaine. Cet équilibre, fondé sur une solidarité transatlantique et sur une vision commune de l’ordre mondial, a façonné ce que l’on appelle le « monde occidental ». Cependant, ce monde occidental tel que nous l’avons connu est-il remis en cause aujourd’hui par Donald Trump ?

Ses déclarations provocatrices, sa remise en cause de l’engagement américain dans l’OTAN, ainsi que ses menaces de se désengager du soutien à l’Ukraine sont autant d’éléments qui laissent penser que l’Europe ne peut plus compter, comme autrefois, sur la garantie de sécurité offerte par Washington, notamment face à la menace russe. Face à Donald Trump, l’Union européenne doit résister non seulement pour protéger ses intérêts stratégiques mais également pour ne pas laisser place au chaos et favoriser l’émergence d’un nouvel ordre international.

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26.08.2025 à 14:52

Trump : l’été de (presque) tous les triomphes … avant une rentrée en trompe-l’œil

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L’été 2025 restera comme celui du quasi grand chelem pour Donald Trump — succès diplomatiques, politiques, judiciaires et symboliques, qui dessinent les contours d’un ordre nouveau où la force prime sur le droit. At home and beyond. Le « diplomate en chef » Le 27 juin, à Washington, un accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo a été signé, visant à mettre fin à des décennies de conflit. S’y ajoutent l’apaisement des tensions entre l’Inde et le Pakistan et un rapprochement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Trump s’en prévaut : selon lui, il aurait « stoppé six guerres » depuis son retour au pouvoir. Ces succès, aussi fragiles soient-ils, mais parfois bien réels, lui confèrent auprès de son électorat et de quelques chefs d’État et de gouvernements une stature de pacificateur qu’il exploite à merveille. Dans un monde où Salman Rushdie n’a jamais reçu le prix Nobel de littérature, le Nobel de la paix pourrait bien ne plus être une utopie pour Donald Trump. Mais la séquence a basculé lorsque ce dernier a brutalement quitté la voie des négociations avec l’Iran pour revenir à la « méthode forte ». Le 21 juin, trois sites nucléaires iraniens ont été frappés — dont celui de Fordo, visé par un bombardement massif. Présentée comme préventive, cette opération spectaculaire a convaincu une partie des Américains que leur président maîtrisait l’art de la guerre autant que celui de la paix — et surtout qu’il pouvait faire plier un ennemi sans entraîner son pays dans l’un de ces conflits interminables — Irak, Afghanistan — qui avaient plombé ses prédécesseurs. La Cour suprême aux ordres Sur le plan intérieur, la stratégie judiciaire de Trump, après la mise au pas du département de la Justice il y a quelques mois, a trouvé son apogée. Depuis juin, la Cour […]

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Texte intégral (2559 mots)

L’été 2025 restera comme celui du quasi grand chelem pour Donald Trump — succès diplomatiques, politiques, judiciaires et symboliques, qui dessinent les contours d’un ordre nouveau où la force prime sur le droit. At home and beyond.

Le 27 juin, à Washington, un accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo a été signé, visant à mettre fin à des décennies de conflit. S’y ajoutent l’apaisement des tensions entre l’Inde et le Pakistan et un rapprochement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Trump s’en prévaut : selon lui, il aurait « stoppé six guerres » depuis son retour au pouvoir. Ces succès, aussi fragiles soient-ils, mais parfois bien réels, lui confèrent auprès de son électorat et de quelques chefs d’État et de gouvernements une stature de pacificateur qu’il exploite à merveille. Dans un monde où Salman Rushdie n’a jamais reçu le prix Nobel de littérature, le Nobel de la paix pourrait bien ne plus être une utopie pour Donald Trump.

Mais la séquence a basculé lorsque ce dernier a brutalement quitté la voie des négociations avec l’Iran pour revenir à la « méthode forte ». Le 21 juin, trois sites nucléaires iraniens ont été frappés — dont celui de Fordo, visé par un bombardement massif. Présentée comme préventive, cette opération spectaculaire a convaincu une partie des Américains que leur président maîtrisait l’art de la guerre autant que celui de la paix — et surtout qu’il pouvait faire plier un ennemi sans entraîner son pays dans l’un de ces conflits interminables — Irak, Afghanistan — qui avaient plombé ses prédécesseurs.

Sur le plan intérieur, la stratégie judiciaire de Trump, après la mise au pas du département de la Justice il y a quelques mois, a trouvé son apogée. Depuis juin, la Cour suprême multiplie les arrêts validant ses orientations les plus controversées. Plus radical encore : elle a limité drastiquement la capacité des juges fédéraux à bloquer à l’échelle nationale une décision présidentielle. Un bouleversement institutionnel, qui fragilise un peu plus la séparation des pouvoirs.

Le Congrès, lui, peu rancunier d’avoir vu une partie de ses prérogatives rognées au profit de la Maison-Blanche, a adopté sans peine la One Beautiful Bill. Les démocrates, plus impopulaires qu’ils ne l’ont été depuis trente ans, paraissent avoir perdu toute capacité à s’imposer dans le débat public. Même Barack Obama, qui aurait pu incarner une voix morale de l’opposition, semble trop occupé à promouvoir des livres via le book club d’Oprah Winfrey. Quant aux universités, au sein desquelles plusieurs départements sont désormais mis sous tutelle, elles capitulent une à une. Jusqu’à Harvard qui a fini par « se coucher », pour reprendre l’expression des médias conservateurs.

Le déploiement de la Garde nationale à Los Angeles a été salué bien au-delà de la base trumpiste. Fort de ce précédent, l’administration Trump/Vance a pris le contrôle de Washington D.C., où l’on peut désormais voir des tanks stationnés devant Union Station, la gare centrale de la capitale, et annoncé l’envoi de troupes fédérales à New York et Chicago. Cette militarisation progressive de l’espace public, présentée comme une réponse aux « désordres urbains », installe méthodiquement un régime semi-autoritaire qui cache de moins en moins son nom.

La guerre contre le « wokisme » et les « élites woke » semble, elle aussi, sur le point d’être remportée. Les grandes entreprises, qui hier encore vantaient la diversité sous toutes ses formes, la rejettent désormais sans vergogne. Les communautés LGBTQIA+ sont ostracisées, les médias publics fermés ou muselés, des figures de la culture populaire évincées. Stephen Colbert et The Late Show ont été privés d’antenne après que l’animateur a osé critiquer un accord conclu entre le 47ᵉ président des États-Unis et Paramount, productrice de l’émission. Plus symbolique encore : l’offensive directe contre la Smithsonian Institution et ses musées, accusés, entre autres griefs, de donner l’impression que « tout était horrible dans l’esclavage ». Ce révisionnisme culturel, mené tambour battant à l’orée des célébrations du 250ᵉ anniversaire du pays et sans réelle opposition, illustre l’ampleur du projet de refondation idéologique en cours.

Le 27 juillet, en Écosse, Donald Trump, entre deux parties de golf, a extorqué un accord commercial avec l’Union européenne qui restera comme l’une des plus grandes humiliations diplomatiques de Bruxelles. Ursula Von der Leyen a accepté un texte prévoyant 15 % de droits de douane minimum sur la majorité des produits européens, sans réciprocité sur les importations américaines — une capitulation dénoncée dans plusieurs capitales européennes.

Plus humiliant encore pour les proches alliés du nouveau césar, qui avaient déjà avalé bien des couleuvres lors du dernier sommet de l’OTAN : Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer ne furent même pas accueillis sur le perron par Trump lorsqu’ils se rendirent à la Maison-Blanche le 18 août, mais par sa cheffe du protocole. Venus comme des collégiens en groupe pour se sentir plus forts — ou plutôt comme les vassaux qu’ils sont devenus — soutenir Volodymyr Zelensky et plaider pour un rôle européen dans le règlement ukrainien, ils se virent renvoyés à leur statut de quasi-figurants, dont le président américain était prêt, avec mansuétude, à écouter les « suggestions » — pour reprendre ses propres mots. Une déconsidération publique qui confirme, symboliquement, la perte d’influence des « grandes puissances » européennes sur la scène internationale.

Que les dirigeants européens cherchent à s’imposer dans la résolution du conflit entre l’Ukraine et la Russie, cela va de soi. Mais ne devraient-ils pas le faire en essayant de conserver un peu plus de dignité — dignité qui leur conférerait précisément plus d’autorité et donc plus de poids ? Imagine-t-on le général de Gaulle se comporter ainsi, accepter d’être traité de la sorte ?

Et c’est sans parler, ce même jour, d’une séquence que j’ai trouvée — dans un tout autre registre certes — presque aussi mortifiante que leur première rencontre de février : la réunion entre Zelensky et Trump. Celui-ci, évidemment tout-puissant, n’avait cette fois aucune raison d’agresser son homologue ukrainien. Mielleux et affable, il ne l’en a pas moins rabaissé en plaisantant sur son costume et en le traitant comme un petit garçon. Zelensky, qui doit bien sûr tout faire pour ne pas fâcher le chef d’État américain, s’est néanmoins aplati d’une manière sidérante lorsque son hôte a insulté à plusieurs reprises, devant lui, Joe Biden — l’homme qui avait pourtant soutenu à bout de bras l’Ukraine pendant près de trois ans. Pas même un sursaut, pas même une formule polie du genre : « Vous me permettrez, Monsieur le Président, de ne pas critiquer un allié qui nous a apporté tant de soutien. » On se demande alors où était passé le Churchill de BHL.

Enfin, la rencontre du 15 août en Alaska entre Donald Trump et Vladimir Poutine, organisée en grande pompe et avec tapis rouge, constitue une victoire capitale pour l’ordre international que la Maison-Blanche entend imposer. Certes, aucune avancée vraiment substantielle sur le conflit avec l’Ukraine n’en est sortie — pour l’instant —, mais l’essentiel est ailleurs. L’objectif principal du 47ᵉ président des États-Unis en matière de politique étrangère est limpide : achever ce qui subsiste du système multilatéral né en 1945, déjà moribond.

Cette rencontre marque symboliquement la fin d’une ère de 80 ans — au moment même où l’Organisation des Nations unies célèbre son anniversaire. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, deux empires se sont assis seuls pour discuter du démantèlement d’un pays tiers, sans que ce dernier soit présent, sans que l’ONU ou toute autre organisation internationale — si ce n’est l’OTAN — soit évoquée, et en piétinant ouvertement le droit international. Faut-il rappeler que Vladimir Poutine fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale ? Bien sûr, Washington ne reconnaît pas cette juridiction, mais la mise en scène orchestrée par Trump a offert au maître du Kremlin une réhabilitation spectaculaire. On peut saluer le retour d’un dialogue entre Washington et Moscou. Mais la manière, l’éclat, la théâtralisation ont transformé ce moment en triomphe pour l’autocrate russe.

Bref, ce n’était pas seulement un sommet diplomatique, mais un acte fondateur : la proclamation de la fin officielle de l’ordre multilatéral, et le triomphe de la doctrine Trump — un retour à des rapports de force exclusivement bilatéraux, où la loi du plus fort redevient la seule règle, rappelant désespérément l’Europe du XIXᵉ siècle et des premières décennies du XXᵉ.

À quelques jours du week-end de « Labor Day », qui, aux États-Unis, marque la fin de l’été et donc la rentrée, deux cerises sont venues se poser sur le gâteau estival de Donald Trump. La première : une baisse inédite de la population immigrée, constatée par le Pew Research Center, que l’administration la plus à droite de l’histoire américaine n’a pas manqué de brandir comme la preuve de son efficacité. Après plus d’un demi-siècle de croissance continue, le nombre d’étrangers installés aux États-Unis a reculé d’un million entre janvier et juin, pour s’établir à 15,4 % de la population totale contre 15,8 % six mois plus tôt. La seconde : une victoire judiciaire retentissante, le 21 août, devant une cour d’appel de New York qui a annulé l’amende de 464 millions de dollars infligée pour fraude en 2024 — jugée « disproportionnée » et contraire au huitième amendement. Certes, la cour a confirmé que le milliardaire new-yorkais et deux de ses fils s’étaient bien rendus coupables de fraude, mais le président en sort blanchi aux yeux de ses partisans, assez pour crier à la cabale et au triomphe sur l’establishment libéral.

Mais au-delà des succès ponctuels, les prochains mois s’annoncent autrement plus périlleux. Toute la stratégie de la Maison-Blanche repose sur une façade économique déjà fissurée, malgré une croissance qui se maintient à un rythme modéré. Les chiffres de l’emploi brandis par le gouvernement — en contradiction avec ceux du Bureau of Labor Statistics (BLS), ce qui a valu le renvoi de sa directrice Erika McEntarfer — masquent une réalité sociale faite de précarité massive et de salaires de misère pour le plus grand nombre. Dans le même temps, l’inflation repart à la hausse (2,7 % en juin), les droits de douane imposés tous azimuts pèsent sur les coûts de production et l’ensemble de la chaîne de valeur, le déficit fédéral devrait atteindre des niveaux records (+3,3 trillions sur dix ans), et la dette des ménages frôle les 18 trillions. La Réserve fédérale, de son côté, refuse toujours tout assouplissement monétaire, au grand dam d’un exécutif qui multiplie les pressions. Quant au FMI, il alerte désormais sur une dynamique fragile : l’association d’une inflation persistante, d’un protectionnisme exacerbé et d’un déséquilibre budgétaire croissant pourrait freiner nettement l’activité dès la fin de l’année.

Et la One Big Beautiful Bill mentionnée plus haut ne va pas arranger les choses, notamment au sein des populations paupérisées et des petites classes moyennes, cœur de la nation MAGA. Promulguée en grande pompe le 4 juillet, cette loi budgétaire prévoit, parmi de nombreuses mesures dont même Ronald Reagan n’aurait pas osé rêver, des baisses d’impôt permanentes pour les plus riches, des coupes nettes dans Medicaid (environ 15 millions de personnes risquent de rejoindre les plus de 30 millions d’Américains sans aucune couverture santé), les aides alimentaires (SNAP), l’éducation, etc. L’administration justifie ce virage par la nécessité de « libérer les forces du capital » et de transférer au privé ce qui reste d’un État social jugé inefficace.

L’automne pourrait donc bien révéler au grand jour que les fondations de l’édifice trumpien sont moins solides qu’il n’y paraît. Si l’économie devait flancher, c’est tout le projet politique — intérieur comme international — de Donald Trump et de son dauphin JD Vance qui risquerait de vaciller. Et les électeurs, eux, pardonnent très difficilement un échec économique, surtout à quelques mois des élections de mi-mandat. Voilà l’une des raisons pour lesquelles l’administration s’emploie avec tant d’acharnement à remodeler les règles du jeu électoral, si ce n’est — pour le moment — à verrouiller le jeu lui-même : redécoupage des circonscriptions, restriction du vote par correspondance favorable aux démocrates, complications administratives pour rester inscrit sur les listes, et à tenter, autant qu’elle le peut, de maintenir sa façade Potemkine — quitte à faire tomber les têtes des fonctionnaires récalcitrants.


Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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14.08.2025 à 17:44

Alaska, 2025 : vers la fin de la guerre de « 108 ans » ?

Théa LEGRAND

Les présidents américain et russe vont donc se rencontrer en Alaska en fin de semaine. Une localisation évidente en ce qu’elle permet au président russe de se déplacer sans avoir à demander d’autorisation de survol et d’éviter les risques pour la sécurité du président américain. En outre elle conforte ce dernier dans son rôle de faiseur (potentiel) de paix, ce qui est d’habile diplomatie. Enfin, l’Alaska est au centre d’équilibre du vaste ensemble géopolitique États-Unis-Russie (Anchorage à mi-distance Moscou/Mar-a-Lago). Avec la Chine, cet ensemble centré sur l’océan Pacifique couvre alors le quart de la surface terrestre. Il nous faut en effet déporter notre regard vers le Pacifique, car c’est l’avenir de ce trio de puissances riveraines qui sera le sujet sous-jacent de cette rencontre. Elle est certes présentée comme une tentative de mettre fin à la guerre en Ukraine, mais elle sera surtout l’occasion pour chaque président de mettre en place une stratégie pour avancer vers ses buts politiques, avec ses « cartes en main », connues de chacun. Qui a les « cartes en main » ? Pour Trump, axé sur MAGA (Rendre l’Amérique à nouveau grande), il s’agit de tenir le rôle traditionnel d’arbitre ou suzerain du monde, mais à moindre coût militaire et financier (exemple accord Arménie-Azerbaïdjan ; accord douanier avec l’UE ; contributions de l’Europe à l’OTAN) ; de s’assurer des ressources pour soutenir la croissance et l’économie américaine dans le temps très lointain (visées sur le Groenland, l’Arctique, etc.) ; de tenir la Chine dans la place d’éternel second. Et, dans la réalisation de ces buts stratégiques, la Russie, de par ses immenses ressources potentielles à une place centrale. Au-delà de ses déclarations ou d’un hypothétique prix Nobel, Trump sera donc exigeant dans la forme, fidèle à sa tactique, mais demandeur sur le fond. Pour Poutine, le discours de Munich de 2007[1] expose clairement […]

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Texte intégral (1655 mots)

Pour Trump, axé sur MAGA (Rendre l’Amérique à nouveau grande), il s’agit de tenir le rôle traditionnel d’arbitre ou suzerain du monde, mais à moindre coût militaire et financier (exemple accord Arménie-Azerbaïdjan ; accord douanier avec l’UE ; contributions de l’Europe à l’OTAN) ; de s’assurer des ressources pour soutenir la croissance et l’économie américaine dans le temps très lointain (visées sur le Groenland, l’Arctique, etc.) ; de tenir la Chine dans la place d’éternel second. Et, dans la réalisation de ces buts stratégiques, la Russie, de par ses immenses ressources potentielles à une place centrale. Au-delà de ses déclarations ou d’un hypothétique prix Nobel, Trump sera donc exigeant dans la forme, fidèle à sa tactique, mais demandeur sur le fond.

Pour Poutine, le discours de Munich de 2007[1] expose clairement ses objectifs politiques et l’énoncé des entraves à leur atteinte. Quinze ans après, en deux temps (2014 ; 2022), ces objectifs politiques se sont traduits par une guerre en Ukraine qui, « canon tonnant », a élargi les deux textes de demandes de décembre 2021[2], présentés avant l’offensive et portant sur des mesures de sécurité entre Russie et OTAN d’une part, États-Unis de l’autre. Ils s’y rajoutent désormais l’annexion d’une partie (délimitation à définir selon Trump) de l’Ukraine et des exigences sur le modèle politique de l’Ukraine même.

  1. Celui sur les objectifs du discours de Munich de Poutine complété par l’envie de Trump de mettre fin à la guerre de « 108 ans » entre États-Unis et URSS/Russie (octobre 1917 – 2025), qui était déjà espérée en décembre 1989 à Malte[3] lors du sommet Georges Bush – Mikhaïl Gorbatchev et résumée ainsi par Georges Bush : « Il n’y a virtuellement pas de problème au monde, et certainement pas en Europe, qu’une amélioration des relations soviéto-américaines ne contribuerait pas à simplifier [4]». Entre autres raisons, la guerre globale contre le terrorisme de son fils George W Bush, avait enterré cet espoir. Désormais il y a la Chine troisième acteur et non des moindres dans cette équation, Chine qui tient à son « amitié indéfectible avec la Russie » pour assurer ses ressources futures. Il y a aussi la montée en puissance de forces alternatives, lancées justement par le tandem sino-russe (Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) – BRICS). Pour discuter du contenu de ce panier, les États-Unis, ont l’atout de leur puissance militaro-économique et quelques belles manœuvres récentes, par exemple à propos du corridor de Zangezur, mais le monde « non-occidental » rue avec entêtement dans les brancards derrière la Russie depuis Munich (2007). États-Unis et Russie sont donc demandeurs dans ce panier de discussion qui est central.
  2. Celui de la question de l’organisation de la sécurité en Europe, soulevée dans les deux memoranda soumis par la Russie aux États-Unis et à l’OTAN le 17 décembre 2021[5]. Cette question était centrale pour la Russie en 2021. La guerre de conquête militaire russe contre l’Ukraine depuis trois ans a sapé toute la confiance des pays européens dans la solidité d’un accord qui pourrait être trouvé avec la Russie. Pour les États-Unis, la menace russe entretient le besoin d’OTAN et d’armement américain. Côté russe, la démonstration de sa détermination à recourir à la force et la montée en puissance de ses capacités militaires lui font percevoir l’OTAN comme moins menaçant. La question de la sécurité en Europe ne sera pas oubliée, mais est devenue un sujet secondaire pour la Russie, dès lors que les discussions progressent sur le panier précédent et les États-Unis bénéficient du statu-quo.
  3. Celui de la guerre en Ukraine proprement dite. Elle a été la catharsis des passions russo-américaines, mais en trois ans, la situation a évolué : une nouvelle Administration américaine semble vouloir abandonner la stratégie du refoulement de la Russie et porter son effort sur les thèmes du premier panier ci-dessus. Poutine et Trump pourraient se retrouver sur l’idée de mettre fin à cette guerre.
  4. Soit sur la base des exigences de Poutine, à la charge des États-Unis d’expliquer cela à l’Ukraine et à l’Europe ? Le détail sera ensuite longuement discuté dans des commissions incluant l’Ukraine. Des territoires conquis seraient rendus, mais la Russie n’abandonnera pas la centrale nucléaire d’Enerhodar, ni le barrage de Nova Kakhovka, et tentera de contrôler l’approvisionnement en eau du Donbass via le canal Siverski Donets-Donbass (CSDD). Eau et énergie sont vitales pour le Donbass-Crimée. Pour le reste, la ligne de front pourra être ajustée car elle offre à ce jour suffisamment de recul pour protéger la mer d’Azov.
  5. Ceci ne correspond pas aux vues du gouvernement Zelensky qui tentera de mobiliser l’Europe autour de lui, de limiter les concessions, de préserver une capacité politique, économique, militaire de reconstruction et d’obtenir des assurances fermes et tangibles (réassurance militaire) des Européens. Il y a risque qu’il doive continuer à utiliser la force militaire pour se faire entendre.

En attaquant l’Ukraine, Poutine a voulu déstabiliser les certitudes du monde occidental pour faire évoluer l’ordre mondial et ses règles de fonctionnement. L’arrivée de Donald Trump au pouvoir semble faciliter l’atteinte de ses objectifs, mais le doute s’instillait déjà aux États-Unis sur l’intérêt de faire perdurer l’antagonisme américano-russe[6]. La rencontre des présidents russe et américain en Alaska pourra-t-elle relancer la dynamique ébauchée à Malte en 1989 ? Certes, elle pourrait laisser un lourd passif pour l’Ukraine, comme ce fut le cas pour tous les pays, théâtres involontaires des affrontements américano-soviétiques. Cette guerre « froide », qui fut très chaude pour beaucoup de pays, pourrait s’achever, mais il faut désormais observer les réactions et le rôle futur de la Chine, pour l’instant à l’écart.


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04.08.2025 à 17:03

Seule la menace de sanctions peut faire bouger Netanyahou

Déborah Yapi

Depuis que la France s’est engagée à reconnaître l’État de Palestine, la dynamique diplomatique est relancée, mais sur le terrain la situation continue de se dégrader. La diffusion d’images montre l’état plus que préoccupant de certains otages détenus par le Hamas depuis 22 mois. Leurs familles réclament leur libération par la voie de la négociation, tandis que le gouvernement israélien préfère intensifier son offensive contre le Hamas. Alors que Gaza s’enfonce dans une crise humanitaire et que la violence persiste en Cisjordanie, la reconnaissance de la Palestine par la France, ne suffit pas car sans sanction concrète sur Israël, elle ne modifiera pas la situation sur place. Il faut agir sans plus attendre.

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Depuis que la France s’est engagée à reconnaître l’État de Palestine, la dynamique diplomatique est relancée, mais sur le terrain la situation continue de se dégrader. La diffusion d’images montre l’état plus que préoccupant de certains otages détenus par le Hamas depuis 22 mois. Leurs familles réclament leur libération par la voie de la négociation, tandis que le gouvernement israélien préfère intensifier son offensive contre le Hamas. Alors que Gaza s’enfonce dans une crise humanitaire et que la violence persiste en Cisjordanie, la reconnaissance de la Palestine par la France, ne suffit pas car sans sanction concrète sur Israël, elle ne modifiera pas la situation sur place. Il faut agir sans plus attendre.

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01.08.2025 à 16:26

Reconnaissance de la Palestine : les lignes bougent

stagiairedecomm@iris-france.org

La reconnaissance de l’État de Palestine par la France annoncée par Emmanuel Macron a provoqué un véritable mouvement sur le plan international. En effet, le Canada, le Royaume-Uni et une dizaine d’autres pays, dont plusieurs membres du G7, ont annoncé vouloir en faire de même. Cet engagement redonne à la France une forme de dynamisme diplomatique sur la scène internationale. D’un point de vue intérieur, Emmanuel Macron affiche une position nouvelle, allant à contre-courant de celle adoptée jusqu’ici par ses soutiens et partisans du bloc central sur la question du Proche-Orient. Malgré cette annonce qui fait bouger les lignes, de nombreuses questions restent en suspens. Les États-Unis restent toujours un fervent soutien au gouvernement israélien et on peut se demander si la France réussira à faire infléchir la position américaine. Par ailleurs, aucun cessez-le-feu ou levée du blocus à Gaza n’ont été annoncés. Dans quelle situation se trouvera la Palestine d’ici septembre ? Une perspective de sanctions à l’encontre de Benyamin Netanyahou et de son gouvernement est-elle envisageable ? Le mouvement général de reconnaissance de la Palestine est une bonne nouvelle d’un point de vue diplomatique mais il ne permet pas, pour le moment, de mettre fin au mouvement de destruction des territoires et de la population palestinienne.

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La reconnaissance de l’État de Palestine par la France annoncée par Emmanuel Macron a provoqué un véritable mouvement sur le plan international. En effet, le Canada, le Royaume-Uni et une dizaine d’autres pays, dont plusieurs membres du G7, ont annoncé vouloir en faire de même. Cet engagement redonne à la France une forme de dynamisme diplomatique sur la scène internationale. D’un point de vue intérieur, Emmanuel Macron affiche une position nouvelle, allant à contre-courant de celle adoptée jusqu’ici par ses soutiens et partisans du bloc central sur la question du Proche-Orient.


Malgré cette annonce qui fait bouger les lignes, de nombreuses questions restent en suspens. Les États-Unis restent toujours un fervent soutien au gouvernement israélien et on peut se demander si la France réussira à faire infléchir la position américaine. Par ailleurs, aucun cessez-le-feu ou levée du blocus à Gaza n’ont été annoncés. Dans quelle situation se trouvera la Palestine d’ici septembre ? Une perspective de sanctions à l’encontre de Benyamin Netanyahou et de son gouvernement est-elle envisageable ? Le mouvement général de reconnaissance de la Palestine est une bonne nouvelle d’un point de vue diplomatique mais il ne permet pas, pour le moment, de mettre fin au mouvement de destruction des territoires et de la population palestinienne.

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01.08.2025 à 12:52

Face à la vassalisation de l’Europe, sursaut ou postures ?

admn_iris

Le niveau de vassalité révélé par l’accord entre Ursula von der Leyen et Donald Trump a initié une prise de conscience de l’impasse économique, technologique et politique dans laquelle s’est positionnée l’Union européenne (UE) face aux États-Unis. Cette dérive supplémentaire ouvre une crise existentielle pour l’UE. Une tribune de Rémi Bourgeot, économiste et ingénieur, chercheur associé à l’IRIS. L’imposition unilatérale de droits de douane américains à la production européenne marque les esprits. En réalité leur niveau général de 15 %, relativement modéré, résulte de concessions bien plus générales consenties par la Commission européenne. Pour sauver le fragile statu quo industriel de secteurs ultra-exportateurs, en Allemagne en particulier, l’UE s’engage à continuer de creuser ses dépendances sur un ensemble de dossiers et compromet son avenir technologique. L’Europe renonce à ses velléités d’autonomie en matière numérique, militaire, et énergétique, dans la continuité du dernier sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Derrière la menace de chaos, Donald Trump parvient ainsi à imposer, en plus d’un nouveau paradigme de protection douanière, unilatérale, une logique plus généralisée de domination économique – et géopolitique – sur les pays déjà les plus alignés. En retour, ceux-ci se voient confrontés au risque d’un déclassement accéléré. De nombreux responsables nationaux expriment leur embarras face à la révélation de cette impasse à la vue du grand public par les médias. L’appel de certains d’entre eux à la mise en place de contre-mesures sur le secteur numérique américain minimise l’ampleur réelle du retrait européen et arrive à contretemps. En échange de droits de douane de moitié inférieurs à la menace théorique de 30 %, la Commission a justement donné la garantie à Donald Trump de renoncer à l’horizon d’une politique réelle de concurrence technologique. Au vu de l’excédent commercial allemand sur les États-Unis, une véritable politique de rééquilibrage ciblée, par […]

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Texte intégral (1114 mots)

L’imposition unilatérale de droits de douane américains à la production européenne marque les esprits. En réalité leur niveau général de 15 %, relativement modéré, résulte de concessions bien plus générales consenties par la Commission européenne. Pour sauver le fragile statu quo industriel de secteurs ultra-exportateurs, en Allemagne en particulier, l’UE s’engage à continuer de creuser ses dépendances sur un ensemble de dossiers et compromet son avenir technologique. L’Europe renonce à ses velléités d’autonomie en matière numérique, militaire, et énergétique, dans la continuité du dernier sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Derrière la menace de chaos, Donald Trump parvient ainsi à imposer, en plus d’un nouveau paradigme de protection douanière, unilatérale, une logique plus généralisée de domination économique – et géopolitique – sur les pays déjà les plus alignés. En retour, ceux-ci se voient confrontés au risque d’un déclassement accéléré.

De nombreux responsables nationaux expriment leur embarras face à la révélation de cette impasse à la vue du grand public par les médias. L’appel de certains d’entre eux à la mise en place de contre-mesures sur le secteur numérique américain minimise l’ampleur réelle du retrait européen et arrive à contretemps. En échange de droits de douane de moitié inférieurs à la menace théorique de 30 %, la Commission a justement donné la garantie à Donald Trump de renoncer à l’horizon d’une politique réelle de concurrence technologique.

Au vu de l’excédent commercial allemand sur les États-Unis, une véritable politique de rééquilibrage ciblée, par des droits de douane spécifiques et des investissements manufacturiers, aurait été justifiée. Les Européens auraient dû accepter le principe et les moyens d’un tel rééquilibrage commercial il y a déjà longtemps, tout en écartant la moindre compromission sur l’idée d’une vassalisation généralisée du continent, qui engage les générations futures. Une approche sereine aurait abouti à des droits de douane (bas), sans aucune concession en matière de politique d’autonomie technologique, militaire et énergétique. En se focalisant, dans la panique, sur les intérêts immédiats d’industries ultra-exportatrices comme l’automobile et sur les injonctions américaines les plus maximalistes, la perspective irréaliste de droits de douane à 30 % dans la durée à amener les Européens à saborder leur potentiel technologique.

Ainsi, l’impasse dans laquelle s’est enfermée l’Europe s’avère plus profonde que cet accord commercial embarrassant. Elle concerne le mode de gouvernance, la bureaucratisation extrême, le champ offert aux groupes d’intérêt et la régurgitation d’idéologies américaines génériques par tous les courants politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par l’extrême centre. Le dernier ouvrage de Michel Barnier illustre, avec une surprenante précision, le type et le degré de conditionnement qu’incarne la présidente de la Commission dans ses relations avec les États-Unis.

Pour leur part, les États-Unis commencent à se relever de leur débâcle industrielle, malgré leur crise éducative et culturelle, en mobilisant leurs forces historiques. Cette capacité de rebond repose notamment sur les moyens financiers qu’ils offrent aux forces créatives et scientifiques. À l’inverse, l’Europe prend le pli de copier les aspects les plus néfastes de la gouvernance et de la culture de masse américaine, sans les qualités d’un système qui se donnent encore les moyens scientifiques de sa puissance. Les États-Unis entament une amorce de réindustrialisation grâce en particulier à la faiblesse de leurs coûts énergétiques. À l’inverse, la Commission exporte le chaos de la politique énergétique allemande aux pays européens qui bénéficieraient encore d’une infrastructure énergétique rationnelle et écologique et, désormais, en promettant des importations massives de gaz naturel liquéfié américains à des prix prohibitifs.

Alors que l’affaissement de la position européenne était visible depuis plusieurs mois, les représentants d’organismes américains de Bruxelles, comme le site Politico Europe, défendaient avec âpreté la position de la Commission, lui prêtant même des vertus de force et d’unité. Ces négociations factices ont en fait permis d’entériner le retrait européen face aux intérêts économiques américains. Au-delà de la forme et du style particulier de Donald Trump, la politique internationale des États-Unis présente une dimension transpartisane. L’Inflation Reduction Act de l’administration Biden constituait déjà une politique protectionniste au bénéfice de la réindustrialisation américaine. Le faible ancrage dans les réalités européennes et mondiales parmi les gouvernements de l’UE a ouvert la voie au vide de la Commission von der Leyen, mêlant soumission sur la scène internationale et autoritarisme en interne.

Davantage qu’un simple outil de rééquilibrage commercial, Donald Trump conçoit les barrières douanières comme un mode de sanctions sur tous types de dossiers. C’est d’ailleurs au vu de l’escalade des derniers mois avec la Chine, qui lui a efficacement tenu tête, qu’il s’est focalisé sur les pays les plus inféodés aux États-Unis, dans un contexte géopolitique désastreux. Gaza en est un exemple frappant, sur lequel l’UE refuse de peser, prenant à la lettre les intimidations américaines, alors qu’elle dispose de leviers économiques évidents, pour mettre fin à une politique d’annihilation dans son voisinage. Bien plus qu’une simple question de stratégie de négociation, le retrait politique européen renvoie à une crise de civilisation.

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31.07.2025 à 15:57

Crise de la démocratie en Afrique francophone

stagiairedecomm@iris-france.org

Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et Paul Biya au Cameroun ont tous deux modifié la Constitution afin de se maintenir au pouvoir pour un nouveau mandat. Ces actions traduisent une dérive autoritaire marquée par la montée des gérontocraties et des régimes militaires, qui s’imposent dans plusieurs pays d’Afrique francophone; au Togo, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Bénin ou en République centrafricaine, ces régimes s’imposent au détriment des oppositions et des jeunes générations. Seul le Sénégal semble faire figure d’exception, en maintenant des élections libres et une véritable alternance politique. Cette période est en profond décalage avec les aspirations des jeunesses africaines, connectées au monde, en quête de liberté d’expression et de participation politique. Il ne faut toutefois pas y voir une fatalité ou une tendance structurelle du continent, mais plutôt une phase transitoire. Les dynamiques démocratiques portées par la société civile finiront par se réaffirmer.

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Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et Paul Biya au Cameroun ont tous deux modifié la Constitution afin de se maintenir au pouvoir pour un nouveau mandat. Ces actions traduisent une dérive autoritaire marquée par la montée des gérontocraties et des régimes militaires, qui s’imposent dans plusieurs pays d’Afrique francophone; au Togo, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Bénin ou en République centrafricaine, ces régimes s’imposent au détriment des oppositions et des jeunes générations. Seul le Sénégal semble faire figure d’exception, en maintenant des élections libres et une véritable alternance politique.

Cette période est en profond décalage avec les aspirations des jeunesses africaines, connectées au monde, en quête de liberté d’expression et de participation politique. Il ne faut toutefois pas y voir une fatalité ou une tendance structurelle du continent, mais plutôt une phase transitoire. Les dynamiques démocratiques portées par la société civile finiront par se réaffirmer.

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31.07.2025 à 11:47

Pourquoi la France se concentre-t-elle sur les Émirats arabes unis dans sa stratégie indopacifique ? Une perspective diplomatique axée sur l’énergie et les ressources

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Cette note est parue initialement en anglais le 12 juin 2025 sur le site de la Fondation Sasakawa pour la Paix (Tokyo).  Alors que le Japon prône le concept d’un « Indo-Pacifique libre et ouvert » (FOIP) depuis 2016 et que l’attention mondiale se porte de plus en plus sur cette région, on notera que la France s’y intéresse également de près. La France, qui possède des territoires d’outre-mer dans les océans Indien et Pacifique, a notamment renforcé son implication dans l’Indo-Pacifique, en axant sa coopération sur l’Inde et l’Australie, tout en élargissant le nombre de ses partenaires. Ces dernières années, Paris a également identifié les Émirats arabes unis (EAU) comme un pays partenaire et a lancé l’initiative de coopération trilatérale France-Inde-EAU en février 2023. Pour la France, la défense de ses territoires d’outre-mer dans l’Indo-Pacifique est nécessaire non seulement pour protéger sa souveraineté et la sécurité de ses résidents, mais aussi pour protéger ses intérêts énergétiques et sa diplomatie des ressources, la Nouvelle-Calédonie disposant d’importants gisements de ressources minérales. La coopération avec les Émirats arabes unis, situés à mi-chemin entre le territoire métropolitain français et les territoires de l’Inde et de l’Australie, et qui constituent une base importante pour les opérations militaires, est un élément essentiel mais souvent négligé de la mise en œuvre de la stratégie globale de la France dans la région indopacifique. Le présent papier examine les raisons géopolitiques qui poussent la France à développer une stratégie indopacifique, notamment du point de vue de la diplomatie énergétique et des ressources.

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Cette note est parue initialement en anglais le 12 juin 2025 sur le site de la Fondation Sasakawa pour la Paix (Tokyo). 

Alors que le Japon prône le concept d’un « Indo-Pacifique libre et ouvert » (FOIP) depuis 2016 et que l’attention mondiale se porte de plus en plus sur cette région, on notera que la France s’y intéresse également de près. La France, qui possède des territoires d’outre-mer dans les océans Indien et Pacifique, a notamment renforcé son implication dans l’Indo-Pacifique, en axant sa coopération sur l’Inde et l’Australie, tout en élargissant le nombre de ses partenaires.

Ces dernières années, Paris a également identifié les Émirats arabes unis (EAU) comme un pays partenaire et a lancé l’initiative de coopération trilatérale France-Inde-EAU en février 2023.

Pour la France, la défense de ses territoires d’outre-mer dans l’Indo-Pacifique est nécessaire non seulement pour protéger sa souveraineté et la sécurité de ses résidents, mais aussi pour protéger ses intérêts énergétiques et sa diplomatie des ressources, la Nouvelle-Calédonie disposant d’importants gisements de ressources minérales. La coopération avec les Émirats arabes unis, situés à mi-chemin entre le territoire métropolitain français et les territoires de l’Inde et de l’Australie, et qui constituent une base importante pour les opérations militaires, est un élément essentiel mais souvent négligé de la mise en œuvre de la stratégie globale de la France dans la région indopacifique. Le présent papier examine les raisons géopolitiques qui poussent la France à développer une stratégie indopacifique, notamment du point de vue de la diplomatie énergétique et des ressources.

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