
14.10.2026 à 12:49
stagiaire-comm@iris-france.org
Les États souverains dominent nos représentations du monde. Pourtant, une part croissante des fonctions traditionnellement attachées à la souveraineté se déploie hors du seul cadre étatique. Multinationales, plateformes numériques, diasporas, organisations non gouvernementales (ONG), organisations sportives, groupes armés ou entités en quête de reconnaissance investissent des domaines que l’État leur concède, qui échappent à sa maîtrise ou dont le contrôle lui est disputé. Ces formes de pouvoir ne sont pas nouvelles, mais l’échelle de leurs moyens, leur transnationalité et leurs capacités à exercer des formes d’autorité modifient les rapports de force internationaux. À l’occasion de la parution de la Revue internationale et stratégique (RIS) N°143 sur le thème « Le monde au-delà des États, une géopolitique des acteurs non étatiques », Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Sport et géopolitique et de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique, et Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine répondent à nos questions :
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Les États souverains dominent nos représentations du monde. Pourtant, une part croissante des fonctions traditionnellement attachées à la souveraineté se déploie hors du seul cadre étatique. Multinationales, plateformes numériques, diasporas, organisations non gouvernementales (ONG), organisations sportives, groupes armés ou entités en quête de reconnaissance investissent des domaines que l’État leur concède, qui échappent à sa maîtrise ou dont le contrôle lui est disputé. Ces formes de pouvoir ne sont pas nouvelles, mais l’échelle de leurs moyens, leur transnationalité et leurs capacités à exercer des formes d’autorité modifient les rapports de force internationaux.
À l’occasion de la parution de la Revue internationale et stratégique (RIS) N°143 sur le thème « Le monde au-delà des États, une géopolitique des acteurs non étatiques », Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Sport et géopolitique et de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique, et Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine répondent à nos questions :
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13.10.2026 à 17:16
stagiairedecomm@iris-france.org
À l’occasion de la parution de « Le Triangle du pouvoir » (éditions Tallandier), Pascal Boniface revient sur la vision géopolitique du président finlandais Alexander Stubb, qui distingue trois grands pôles de puissance : l’Occident, la Chine et le Sud global. Il analyse en particulier les erreurs stratégiques des États-Unis, de la « guerre contre le terrorisme » aux échecs en Irak et en Afghanistan, ainsi que les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine. Selon lui, face à un Sud global qui conteste les incohérences occidentales, notamment à propos des sanctions contre la Russie et de la question israélienne, l’Occident doit repenser son approche s’il veut préserver son influence. Pour Stubb, défendre un ordre international fondé sur des règles suppose de les appliquer avec cohérence, d’écouter le reste du monde et de montrer l’exemple plutôt que d’imposer ses valeurs.C’est donc une réflexion lucide, portée par un dirigeant occidental conscient des limites de la puissance de son propre camp et du rôle déterminant que le Sud global sera appelé à jouer dans la définition du nouvel ordre mondial.
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À l’occasion de la parution de « Le Triangle du pouvoir » (éditions Tallandier), Pascal Boniface revient sur la vision géopolitique du président finlandais Alexander Stubb, qui distingue trois grands pôles de puissance : l’Occident, la Chine et le Sud global.
Il analyse en particulier les erreurs stratégiques des États-Unis, de la « guerre contre le terrorisme » aux échecs en Irak et en Afghanistan, ainsi que les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine. Selon lui, face à un Sud global qui conteste les incohérences occidentales, notamment à propos des sanctions contre la Russie et de la question israélienne, l’Occident doit repenser son approche s’il veut préserver son influence.
Pour Stubb, défendre un ordre international fondé sur des règles suppose de les appliquer avec cohérence, d’écouter le reste du monde et de montrer l’exemple plutôt que d’imposer ses valeurs.
C’est donc une réflexion lucide, portée par un dirigeant occidental conscient des limites de la puissance de son propre camp et du rôle déterminant que le Sud global sera appelé à jouer dans la définition du nouvel ordre mondial.
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13.10.2026 à 12:53
Déborah Yapi
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des élections de mi-mandat du 3 novembre aux États-Unis. Alors que Donald Trump et les républicains sont en baisse dans les sondages notamment à la suite de la guerre en Iran et ses conséquences sur le coût de la vie, les élections à la Chambre des représentants et au Sénat pourraient rebattre les cartes au Congrès.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des élections de mi-mandat du 3 novembre aux États-Unis. Alors que Donald Trump et les républicains sont en baisse dans les sondages notamment à la suite de la guerre en Iran et ses conséquences sur le coût de la vie, les élections à la Chambre des représentants et au Sénat pourraient rebattre les cartes au Congrès.
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13.10.2026 à 10:35
Coline Laroche
Since the European Commission announced its intention to revive the project of an internal market for defence, Member States have been on alert. The issue is particularly sensitive. Using the EU budget to strengthen the European Defence Technological and Industrial Base (EDTIB) is one thing, regulating defence markets — and public procurement in particular — is quite another. Some countries are supportive, others remain sceptical, while others are still weighing up what position to take. The idea of an internal market for defence does, after all, raise major issues. This is no longer simply a matter of supporting industry: it touches on the very exercise of national sovereignty, as governments decide which weapons and military equipment their security will ultimately depend on. These questions have therefore been the subject of intense debate within the EU institutions for several months. In Brussels, even the terminology remains contested: a Defence Single Market? An Internal Market for Defence? A Defence Equipment Market? But what is the view from European capitals? How are these issues perceived at national level? And what positions do the main Member States intend to defend in Brussels? To answer these questions, the ARES Group asked nine of its researchers, based in nine EU capitals, to examine the debate from their respective national perspectives. The picture that emerges is a nuanced one. National positions certainly diverge, but they are far from set in stone, and several areas of convergence are beginning to emerge. More importantly, some of these disagreements appear to stem from misunderstandings that could be clarified, potentially opening the way to compromise. Analysing national perspectives Conclusion
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Since the European Commission announced its intention to revive the project of an internal market for defence, Member States have been on alert. The issue is particularly sensitive. Using the EU budget to strengthen the European Defence Technological and Industrial Base (EDTIB) is one thing, regulating defence markets — and public procurement in particular — is quite another. Some countries are supportive, others remain sceptical, while others are still weighing up what position to take.
The idea of an internal market for defence does, after all, raise major issues. This is no longer simply a matter of supporting industry: it touches on the very exercise of national sovereignty, as governments decide which weapons and military equipment their security will ultimately depend on.
These questions have therefore been the subject of intense debate within the EU institutions for several months. In Brussels, even the terminology remains contested: a Defence Single Market? An Internal Market for Defence? A Defence Equipment Market?
But what is the view from European capitals? How are these issues perceived at national level? And what positions do the main Member States intend to defend in Brussels? To answer these questions, the ARES Group asked nine of its researchers, based in nine EU capitals, to examine the debate from their respective national perspectives. The picture that emerges is a nuanced one. National positions certainly diverge, but they are far from set in stone, and several areas of convergence are beginning to emerge. More importantly, some of these disagreements appear to stem from misunderstandings that could be clarified, potentially opening the way to compromise.
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12.10.2026 à 17:28
stagiairedecomm@iris-france.org
Donald Trump a annoncé vendredi avoir conclu un accord avec Vladimir Poutine concernant l’importation de pétrole russe. Une décision qui met fin à des années de sanctions occidentales contre la Russie après son invasion de l’Ukraine. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, la flambée des prix de l’essence, aggravée par la guerre en Iran, met à mal l’une de ses principales promesses de campagne. En cherchant à soulager son électorat à court terme, Trump est prêt à financer la machine de guerre russe et à sacrifier la sécurité ukrainienne et européenne. Après les sanctions contre la CPI et les attaques contre le droit international, ce nouvel accord menace désormais directement la souveraineté de ses alliés. Ne serait-il pas temps que les Européens réagissent ? Mon analyse dans cette vidéo.
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Donald Trump a annoncé vendredi avoir conclu un accord avec Vladimir Poutine concernant l’importation de pétrole russe. Une décision qui met fin à des années de sanctions occidentales contre la Russie après son invasion de l’Ukraine.
À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, la flambée des prix de l’essence, aggravée par la guerre en Iran, met à mal l’une de ses principales promesses de campagne. En cherchant à soulager son électorat à court terme, Trump est prêt à financer la machine de guerre russe et à sacrifier la sécurité ukrainienne et européenne. Après les sanctions contre la CPI et les attaques contre le droit international, ce nouvel accord menace désormais directement la souveraineté de ses alliés.
Ne serait-il pas temps que les Européens réagissent ? Mon analyse dans cette vidéo.
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12.10.2026 à 15:29
Coline Laroche
Les liens entre l’establishment militaire, la défense nationale et l’Université au Japon sont à la fois emblématiques et contrastés. La modernisation de l’archipel depuis 1868 a été soutenue par la création d’un appareil militaire puissant et performant ayant trois objectifs : la protection de l’indépendance nationale contre la menace occidentale sur les marches de l’empire ; la constitution d’un glacis colonial à Taiwan et sur le continent ; la construction en Asie orientale d’un « espace vital » dit de « coprospérité » par substitution au colonisateur occidental. Pour cela, il lui a fallu utiliser des ressources de plus en plus nombreuses, en hommes, en matériels grâce à la montée en puissance des arsenaux militaires et de l’industrie lourde, en moyens financiers et en connaissances, grâce à un système de formation des élites universitaires au service de l’État. On considère que les rapports entre l’Université et les militaires se resserrent au sortir de la Première Guerre mondiale lorsque se créent, de façon informelle et éphémère, les premiers cercles d’études militaires à l’intérieur de quelques établissements d’enseignement supérieur, dont Waseda. Au début des années 1930, les manœuvres d’intimidation des forces armées minent le gouvernement des partis. L’isolement du Japon sur la scène internationale après son départ de la Société des Nations (SDN) en mars 1933, l’enlisement en Chine, la perspective d’unélargissement du conflit aux puissances occidentales ‒ sans exclure l’URSS ‒ pousse les autorités sur la voie d’une économie de guerre planifiée et autarcique, à une accélération de l’intégration idéologique des sujets, en bref à une galvanisation des énergies nationales autour de la satisfaction des buts de guerre. L’enseignement supérieur y apporte son concours par le développement important des filières technologiques, soit au sein des établissements existants soit en en créant de nouveaux, et dont les étudiants bénéficient de reports d’incorporation. […]
L’article Université et défense nationale dans le Japon d’après-guerre : de nouvelles « liaisons dangereuses » ? est apparu en premier sur IRIS.
Les liens entre l’establishment militaire, la défense nationale et l’Université au Japon sont à la fois emblématiques et contrastés. La modernisation de l’archipel depuis 1868 a été soutenue par la création d’un appareil militaire puissant et performant ayant trois objectifs : la protection de l’indépendance nationale contre la menace occidentale sur les marches de l’empire ; la constitution d’un glacis colonial à Taiwan et sur le continent ; la construction en Asie orientale d’un « espace vital » dit de « coprospérité » par substitution au colonisateur occidental. Pour cela, il lui a fallu utiliser des ressources de plus en plus nombreuses, en hommes, en matériels grâce à la montée en puissance des arsenaux militaires et de l’industrie lourde, en moyens financiers et en connaissances, grâce à un système de formation des élites universitaires au service de l’État.
On considère que les rapports entre l’Université et les militaires se resserrent au sortir de la Première Guerre mondiale lorsque se créent, de façon informelle et éphémère, les premiers cercles d’études militaires à l’intérieur de quelques établissements d’enseignement supérieur, dont Waseda.
Au début des années 1930, les manœuvres d’intimidation des forces armées minent le gouvernement des partis. L’isolement du Japon sur la scène internationale après son départ de la Société des Nations (SDN) en mars 1933, l’enlisement en Chine, la perspective d’un
élargissement du conflit aux puissances occidentales ‒ sans exclure l’URSS ‒ pousse les autorités sur la voie d’une économie de guerre planifiée et autarcique, à une accélération de l’intégration idéologique des sujets, en bref à une galvanisation des énergies nationales autour de la satisfaction des buts de guerre. L’enseignement supérieur y apporte son concours par le développement important des filières technologiques, soit au sein des établissements existants soit en en créant de nouveaux, et dont les étudiants bénéficient de reports d’incorporation.
La défaite de 1945 a opéré dans le monde universitaire une rupture singulière par rapport à l’institution militaire. Cependant, cette rupture ne signifie pas que les intellectuels japonais ‒ juristes et politistes notamment ‒ ne se sont pas intéressés aux changements de la politique de défense de l’archipel. Bien au contraire, et le plus souvent dans un sens critique. Mais on a longtemps observé dans les milieux académiques trois angles morts : faiblesse de la recherche stratégique ; désintérêt pour l’étude de la condition des Forces d’autodéfense (FAD) et surtout mise à distance par rapport à l’industrie de défense. Ces angles morts s’expliquent par la prégnance du pacifisme constitutionnel et l’occultation du militaire dans l’espace public.
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12.10.2026 à 11:52
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Au cours du 21e siècle, le Liban est resté l’un des principaux pays d’accueil des réfugiés de la région : Palestiniens depuis 1948, Irakiens après 2003, puis Syriens à partir de 2011. Cette pression s’est conjuguée à une succession de chocs : guerre de 2006, effondrement économique de 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020 et escalades répétées avec Israël. Le pays semble ainsi pris dans une crise qui ne cesse de resurgir. Depuis trente ans, Première Urgence internationale (PUI) apporte une assistance indispensable aux populations les plus vulnérables et les plus touchées par le conflit au Moyen-Orient. Aujourd’hui, la multiplication des crises dans un même environnement sous haute tension invite à s’interroger sur les conditions des travailleurs humanitaires. Comment décririez-vous la situation humanitaire actuelle au Liban ? Peut-on parler d’une crise systémique, et quelles impasses de la réponse humanitaire cette récurrence révèle-t-elle ? Comment les équipes humanitaires travaillent-elles sur le terrain alors que la situation ne cesse de se dégrader ? Comment préservez-vous la capacité d’action de vos équipes locales, souvent elles-mêmes touchées par la crise ? L’action humanitaire au Liban est-elle affectée par la contraction des financements du secteur ? La « priorisation des crises » adoptée par l’ONU vous paraît-elle une adaptation nécessaire ou une tendance dangereuse, risquant de reléguer des crises comme celle du Liban au rang de crises oubliées ? Le point avec Olivier Routeau, directeur des opérations de PUI et responsable pédagogique de la formation Humanitaire et Développement d’IRIS Sup’.
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Au cours du 21e siècle, le Liban est resté l’un des principaux pays d’accueil des réfugiés de la région : Palestiniens depuis 1948, Irakiens après 2003, puis Syriens à partir de 2011. Cette pression s’est conjuguée à une succession de chocs : guerre de 2006, effondrement économique de 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020 et escalades répétées avec Israël. Le pays semble ainsi pris dans une crise qui ne cesse de resurgir. Depuis trente ans, Première Urgence internationale (PUI) apporte une assistance indispensable aux populations les plus vulnérables et les plus touchées par le conflit au Moyen-Orient. Aujourd’hui, la multiplication des crises dans un même environnement sous haute tension invite à s’interroger sur les conditions des travailleurs humanitaires.
Comment décririez-vous la situation humanitaire actuelle au Liban ? Peut-on parler d’une crise systémique, et quelles impasses de la réponse humanitaire cette récurrence révèle-t-elle ? Comment les équipes humanitaires travaillent-elles sur le terrain alors que la situation ne cesse de se dégrader ? Comment préservez-vous la capacité d’action de vos équipes locales, souvent elles-mêmes touchées par la crise ? L’action humanitaire au Liban est-elle affectée par la contraction des financements du secteur ? La « priorisation des crises » adoptée par l’ONU vous paraît-elle une adaptation nécessaire ou une tendance dangereuse, risquant de reléguer des crises comme celle du Liban au rang de crises oubliées ?
Le point avec Olivier Routeau, directeur des opérations de PUI et responsable pédagogique de la formation Humanitaire et Développement d’IRIS Sup’.
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10.10.2026 à 11:10
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Romuald Sciora est chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis. Il répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage Lettre ouverte à Donald Trump aux éditions Point Nemo. Donald Trump est-il vraiment une menace pour la justice américaine ? Bien plus que le Congrès, la justice américaine apparaît aujourd’hui comme le dernier véritable contre-pouvoir capable de résister à Donald Trump. Plusieurs juges fédéraux se sont opposés à des décisions présidentielles, encore récemment lorsqu’un juge a ordonné le rétablissement de l’accès à la Maison-Blanche de CNN, MS NOW et Politico après leur bannissement pas Donald Trump. Même la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, ne lui donne pas systématiquement raison. Jusqu’à quand cette résistance tiendra-t-elle ? C’est toute la question. Et ce qui se passera, ou ne se passera pas, après les élections du 3 novembre nous apportera peut-être la réponse. Si Donald Trump et JD Vance contestent frontalement des résultats qui leur seraient défavorables et déclarent l’élection illégitime, la justice, et en dernier ressort la Cour suprême, pourrait devenir l’ultime arbitre. Que fera-t-elle ? Si elle renonce alors à jouer son rôle de contre-pouvoir, c’en sera fini de l’indépendance de la justice américaine. Vous avez intitulé un chapitre « Ubu roi ». La pièce est ressortie à Paris, avec des références directes à Donald Trump. Qu’est-ce qui permet cette comparaison ? On pourrait parfois croire qu’Alfred Jarry avait Donald Trump en tête en écrivant Ubu roi. Tout y est : le grotesque devenu mode de gouvernement, la démesure, la vulgarité assumée, le culte de soi, l’arbitraire et, surtout, cette confusion permanente entre les intérêts du souverain et ceux du pays. Ubu ne gouverne pas selon des principes : il gouverne selon ses désirs, ses colères, ses rancunes. Les […]
L’article « Lettre ouverte à Donald Trump » – 4 questions à Romuald Sciora est apparu en premier sur IRIS.
Romuald Sciora est chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis. Il répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage Lettre ouverte à Donald Trump aux éditions Point Nemo.
Donald Trump est-il vraiment une menace pour la justice américaine ?
Bien plus que le Congrès, la justice américaine apparaît aujourd’hui comme le dernier véritable contre-pouvoir capable de résister à Donald Trump. Plusieurs juges fédéraux se sont opposés à des décisions présidentielles, encore récemment lorsqu’un juge a ordonné le rétablissement de l’accès à la Maison-Blanche de CNN, MS NOW et Politico après leur bannissement pas Donald Trump. Même la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, ne lui donne pas systématiquement raison.
Jusqu’à quand cette résistance tiendra-t-elle ? C’est toute la question. Et ce qui se passera, ou ne se passera pas, après les élections du 3 novembre nous apportera peut-être la réponse. Si Donald Trump et JD Vance contestent frontalement des résultats qui leur seraient défavorables et déclarent l’élection illégitime, la justice, et en dernier ressort la Cour suprême, pourrait devenir l’ultime arbitre. Que fera-t-elle ? Si elle renonce alors à jouer son rôle de contre-pouvoir, c’en sera fini de l’indépendance de la justice américaine.
Vous avez intitulé un chapitre « Ubu roi ». La pièce est ressortie à Paris, avec des références directes à Donald Trump. Qu’est-ce qui permet cette comparaison ?
On pourrait parfois croire qu’Alfred Jarry avait Donald Trump en tête en écrivant Ubu roi. Tout y est : le grotesque devenu mode de gouvernement, la démesure, la vulgarité assumée, le culte de soi, l’arbitraire et, surtout, cette confusion permanente entre les intérêts du souverain et ceux du pays.
Ubu ne gouverne pas selon des principes : il gouverne selon ses désirs, ses colères, ses rancunes. Les institutions ne sont plus là pour limiter son pouvoir, mais pour le servir. Ses adversaires deviennent des ennemis et la politique un règlement de comptes permanent. Évidemment, Trump n’est pas Ubu et les États-Unis ne sont pas une pièce de Jarry. Mais la force d’Ubu est précisément d’avoir créé un archétype du pouvoir grotesque et démesuré. Cent trente ans plus tard, il est difficile de regarder certaines scènes de la présidence Trump sans penser à lui.
Auparavant, les États-Unis qualifiaient leurs rivaux d’« États voyous ». N’est-ce pas maintenant Washington qui se conduit comme tel ?
À mes yeux, Donald Trump et son administration, composée notamment d’idéologues d’extrême droite déterminés à mettre à bas le système multilatéral de l’après-1945, ont transformé les États-Unis en première superpuissance voyou de l’histoire.
Regardons les faits. Lorsque Trump impose 50 % de droits de douane au Brésil en 2025, il ne se cache même plus derrière le prétexte des méchants Européens ou des méchants Canadiens qui profiteraient des États-Unis et les voleraient. Rien de tout cela ici. C’est beaucoup plus simple : « Tu veux jeter mon copain Bolsonaro en taule ? Je te taxe à 50 %. »
Au Venezuela, rebelote. Après des décennies d’interventions américaines en Amérique latine, plus besoin cette fois d’invoquer la lutte contre le communisme, l’exportation de la démocratie ou même de prétendre répondre à l’appel de l’opposition vénézuélienne. Rien de tout cela. Les États-Unis interviennent militairement en territoire vénézuélien et enlèvent Nicolás Maduro, au mépris du droit international et dans des conditions dont la légalité au regard du droit américain est elle-même vivement contestée. Le patron ne veut pas me donner la caisse ? Je l’enlève et je fais chanter la nouvelle patronne : si elle ne me la donne pas, je ferai pire.
Même logique avec le Groenland. Pour la première fois, Washington menace ouvertement de prendre par la force le territoire d’un pays allié, sans même chercher à habiller cette menace d’un grand principe idéologique ou démocratique. Là encore, le message est d’une simplicité mafieuse : « Ce que tu as m’intéresse. Tu me le donnes, sinon je te casse la gueule. » Voilà ce qu’est devenue la politique étrangère américaine sous Donald Trump : non plus seulement l’exercice
Jusqu’à quel point Donald Trump peut-il abîmer la démocratie américaine ?
La démocratie américaine est déjà profondément abîmée. Ce qui était anormal hier est devenu la normalité aujourd’hui. Nous nous sommes habitués à un spectacle qui aurait été impensable il y a encore quelques années, jusqu’à voir d’immenses portraits du président installés sur des bâtiments officiels de Washington. Et c’est peut-être cela, le plus inquiétant : l’habitude.
Même en cas d’alternance démocrate, les choses ne redeviendront pas simplement comme avant. Parce que l’Amérique se sera habituée à ce qui était autrefois inimaginable. Et parce que cette extrême droite, enfin parvenue au cœur du pouvoir fédéral, ne disparaîtra pas avec une défaite électorale. Elle restera organisée, idéologiquement structurée et politiquement puissante. Lorsqu’elle reviendra aux commandes, elle reprendra son entreprise de démantèlement des garde-fous démocratiques là où elle l’aura laissée.
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09.10.2026 à 18:51
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En 2026, 29,2 % de la population mondiale vit toujours sous un régime qui criminalise, à des degrés divers, les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Dans le même temps, plus de la moitié de l’humanité vit dans des États qui ne disposent ni de cadre légal relatif à l’union des personnes homosexuelles ni ne criminalisent les relations entre celles-ci. Il y a là le résultat de deux tendances croisées depuis le tournant des années 1990. D’une part, un nombre croissant de pays adoptent des dispositifs d’union civile et/ou de mariage pour les personnes de même sexe. D’autre part, les États qui criminalisent ces relations ont vu leur nombre diminuer de 114 en 1990 à 65 en 2025. De ce point de vue, les dispositifs coloniaux continuent de laisser leur marque : la plupart des pays qui criminalisent encore les relations sexuelles entre personnes de même sexe le font sur le fondement de dispositions juridiques héritées de la colonisation, qui soit ont été conservées telles quelles, soit ont servi de fondement à l’extension du cadre juridique criminalisant l’homosexualité. Les progrès constatés ne vont toutefois pas sans entraves. Si la contraction de la criminalisation souligne des progrès indéniables, elle ne doit pas cacher le renforcement ces dernières années, dans certains États, comme c’est le cas au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, de législations à l’encontre des personnes homosexuelles. Par ailleurs, certains États, à l’instar de la Russie, qui ne criminalisent pas ou plus l’homosexualité, peuvent être le théâtre d’obstacles juridiques à la liberté d’association autour des questions de diversité sexuelle, de genre et corporelle. En 2026, les personnes homosexuelles risquent encore la peine de mort dans onze pays. ILGA World, fédération d’associations de défense des droits des personnes LGBTI+, disposant d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et […]
L’article L’homosexualité dans le monde en 2026 : un état des lieux est apparu en premier sur IRIS.
En 2026, 29,2 % de la population mondiale vit toujours sous un régime qui criminalise, à des degrés divers, les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Dans le même temps, plus de la moitié de l’humanité vit dans des États qui ne disposent ni de cadre légal relatif à l’union des personnes homosexuelles ni ne criminalisent les relations entre celles-ci.
Il y a là le résultat de deux tendances croisées depuis le tournant des années 1990. D’une part, un nombre croissant de pays adoptent des dispositifs d’union civile et/ou de mariage pour les personnes de même sexe. D’autre part, les États qui criminalisent ces relations ont vu leur nombre diminuer de 114 en 1990 à 65 en 2025.
De ce point de vue, les dispositifs coloniaux continuent de laisser leur marque : la plupart des pays qui criminalisent encore les relations sexuelles entre personnes de même sexe le font sur le fondement de dispositions juridiques héritées de la colonisation, qui soit ont été conservées telles quelles, soit ont servi de fondement à l’extension du cadre juridique criminalisant l’homosexualité.
Les progrès constatés ne vont toutefois pas sans entraves. Si la contraction de la criminalisation souligne des progrès indéniables, elle ne doit pas cacher le renforcement ces dernières années, dans certains États, comme c’est le cas au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, de législations à l’encontre des personnes homosexuelles. Par ailleurs, certains États, à l’instar de la Russie, qui ne criminalisent pas ou plus l’homosexualité, peuvent être le théâtre d’obstacles juridiques à la liberté d’association autour des questions de diversité sexuelle, de genre et corporelle.
En 2026, les personnes homosexuelles risquent encore la peine de mort dans onze pays. ILGA World, fédération d’associations de défense des droits des personnes LGBTI+, disposant d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies ne retient pas une certitude juridique complète quant à l’applicabilité de la peine de mort dans cinq États – Afghanistan, Pakistan, Qatar, Somalie et Émirats arabes unis –, en raison de l’absence de fondement juridique explicite et de divergences doctrinales relatives à l’interprétation de certaines dispositions. Cette incertitude concerne exclusivement le niveau de la sanction encourue : la criminalisation y est bien juridiquement établie.
Un état des lieux, en carte et infographie, des cadres légaux qui régissent les relations entre personnes de même sexe à travers le monde.
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09.10.2026 à 16:13
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La Côte d’Ivoire est aujourd’hui l’une des principales puissances économiques d’Afrique de l’Ouest. Hub commercial régional et premier producteur mondial de cacao, elle connaît une forte croissance. Pourtant, elle a connu des périodes de grande instabilité. Le « miracle ivoirien » des premières décennies d’indépendance s’essouffle dans les années 1980 avec la chute des cours des matières premières. Après la mort de Félix Houphouët-Boigny, son premier président au régime autoritaire, en 1993, des tensions politiques et identitaires émergent, jusqu’à plonger le pays dans la guerre civile en 2002, puis dans un nouveau conflit après la crise électorale de 2010-2011. Depuis, la Côte d’Ivoire a renoué avec une forte croissance et une relative stabilité. Sur le plan diplomatique, elle a reconstruit des liens étroits avec la France, après une décennie de distance sous la présidence de Laurent Gbagbo, tout en diversifiant progressivement ses partenariats, notamment avec la Chine. Les inégalités persistantes, les dérives autoritaires du régime d’Alassane Ouattara et le maintien de la menace terroriste à sa frontière nord conjuguée à de fortes tensions avec ses voisins sahéliens révèlent les limites d’une stabilité qui demeure fragile. Comment s’est construite la Côte d’Ivoire depuis la fin de la période coloniale ? Comment le « miracle ivoirien » a-t-il laissé place aux fractures et aux guerres civiles ? Et comment Abidjan cherche-t-elle aujourd’hui à s’affirmer entre ancrage occidental, diversification de ses partenariats et tensions régionales ? Retour en cartes, photos et infographies sur une puissance ouest-africaine au cœur des recompositions de la région.
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La Côte d’Ivoire est aujourd’hui l’une des principales puissances économiques d’Afrique de l’Ouest. Hub commercial régional et premier producteur mondial de cacao, elle connaît une forte croissance. Pourtant, elle a connu des périodes de grande instabilité.
Le « miracle ivoirien » des premières décennies d’indépendance s’essouffle dans les années 1980 avec la chute des cours des matières premières. Après la mort de Félix Houphouët-Boigny, son premier président au régime autoritaire, en 1993, des tensions politiques et identitaires émergent, jusqu’à plonger le pays dans la guerre civile en 2002, puis dans un nouveau conflit après la crise électorale de 2010-2011.
Depuis, la Côte d’Ivoire a renoué avec une forte croissance et une relative stabilité. Sur le plan diplomatique, elle a reconstruit des liens étroits avec la France, après une décennie de distance sous la présidence de Laurent Gbagbo, tout en diversifiant progressivement ses partenariats, notamment avec la Chine. Les inégalités persistantes, les dérives autoritaires du régime d’Alassane Ouattara et le maintien de la menace terroriste à sa frontière nord conjuguée à de fortes tensions avec ses voisins sahéliens révèlent les limites d’une stabilité qui demeure fragile.
Comment s’est construite la Côte d’Ivoire depuis la fin de la période coloniale ? Comment le « miracle ivoirien » a-t-il laissé place aux fractures et aux guerres civiles ? Et comment Abidjan cherche-t-elle aujourd’hui à s’affirmer entre ancrage occidental, diversification de ses partenariats et tensions régionales ? Retour en cartes, photos et infographies sur une puissance ouest-africaine au cœur des recompositions de la région.
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