
30.09.2026 à 16:55
admn_iris
Pierre-Antoine Donnet, ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et correspondant à Pékin, Tokyo et New York, a répondu aux questions de Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, à propos de son ouvrage Chine, la défaite de l’Occident paru aux éditions de l’Aube en 2026. Extrait : « Après le premier choc chinois des années 2000, lorsqu’un véritable tsunami de marchandises chinoises s’est déversé sur les marchés occidentaux à la suite de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001. Un « deuxième choc chinois » ou « choc chinois 2.0 » a déjà commencé, la première cible étant le secteur automobile. Je prends l’exemple de l’Allemagne qui a perdu 420 000 emplois industriels entre 2019 et 2025. Depuis les années 1970, tous les chanceliers allemands avaient parié sur la Chine et son marché qui donnait l’image trompeuse d’un eldorado infini. Volkswagen avait été l’un des précurseurs des délocalisations des majors de l’industrie européenne en Chine dans les années 70 et je me souviens très bien de ces Passat Volkswagen qui circulaient dans les rues de Pékin, prisées des cadres du Parti et de la haute administration, qui représentaient l’essentiel des voitures que l’on pouvait voir dans la capitale. Aujourd’hui, ce pari chinois est largement perdu avec l’exemple le plus frappant de Volkswagen pour qui le marché chinois a longtemps été son premier marché mondial, avant même son marché domestique allemand. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a publiquement annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois sur ses 660 000 employés dans le monde d’ici 2030, du fait principalement de la concurrence des véhicules électriques chinois. Déjà, ceux-ci envahissent les marchés mondiaux à des prix au moins 35 % moins chers que ceux de leurs concurrentes occidentales à qualité égale ou supérieure. La Chine compte près de 230 constructeurs […]
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Pierre-Antoine Donnet, ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et correspondant à Pékin, Tokyo et New York, a répondu aux questions de Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, à propos de son ouvrage Chine, la défaite de l’Occident paru aux éditions de l’Aube en 2026. Extrait :
« Après le premier choc chinois des années 2000, lorsqu’un véritable tsunami de marchandises chinoises s’est déversé sur les marchés occidentaux à la suite de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001. Un « deuxième choc chinois » ou « choc chinois 2.0 » a déjà commencé, la première cible étant le secteur automobile. Je prends l’exemple de l’Allemagne qui a perdu 420 000 emplois industriels entre 2019 et 2025. Depuis les années 1970, tous les chanceliers allemands avaient parié sur la Chine et son marché qui donnait l’image trompeuse d’un eldorado infini. Volkswagen avait été l’un des précurseurs des délocalisations des majors de l’industrie européenne en Chine dans les années 70 et je me souviens très bien de ces Passat Volkswagen qui circulaient dans les rues de Pékin, prisées des cadres du Parti et de la haute administration, qui représentaient l’essentiel des voitures que l’on pouvait voir dans la capitale.
Aujourd’hui, ce pari chinois est largement perdu avec l’exemple le plus frappant de Volkswagen pour qui le marché chinois a longtemps été son premier marché mondial, avant même son marché domestique allemand. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a publiquement annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois sur ses 660 000 employés dans le monde d’ici 2030, du fait principalement de la concurrence des véhicules électriques chinois. Déjà, ceux-ci envahissent les marchés mondiaux à des prix au moins 35 % moins chers que ceux de leurs concurrentes occidentales à qualité égale ou supérieure. La Chine compte près de 230 constructeurs automobiles employant 1,3 million d’ouvriers qui se livrent une concurrence acharnée pour survivre en réduisant au maximum les coûts de production de même que leurs marges. Les usines du géant BYD sont pour certaines presque entièrement robotisées et fonctionnent la nuit presque sans présence humaine. BYD construit en ce moment une méga-usine en Hongrie qui produira, à partir de la fin de cette année, des centaines de milliers de véhicules électriques par an sans craindre les sanctions commerciales ou les droits de douane puisque sa production sera localisée sur le sol de l’Union européenne. Pourquoi ce raz-de-marée ?
On le sait, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le président chinois Xi Jinping donne à la stabilité politique la priorité absolue sur l’économie. Mais comme la demande intérieure en Chine stagne depuis quelques années avec une hausse du chômage importante dont surtout celui des jeunes, l’économie s’essouffle au point que le doute s’installe et avec lui la consommation intérieure qui stagne. En période d’insécurité ou de doute, traditionnellement les Chinois épargnent pour faire face à de possibles lendemains difficiles. De ce fait, la surproduction industrielle est énorme en Chine et ne peut trouver de débouchés que sur les marchés extérieurs en exportant à prix cassés et en inondant les marchés mondiaux. La Chine est engagée dans un cercle vicieux où le régime doit absolument garantir un certain seuil de prospérité à sa population au risque sinon d’une instabilité sociale qu’il redoute. C’est là son « mandat du ciel » non écrit conclu avec la population : vous nous laissez conduire les affaires du pays en échange d’une prospérité minimale. Produire et exporter, même à perte, est de ce fait une nécessité absolue. »
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29.09.2026 à 17:58
Déborah Yapi
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Didier Billion, conseiller scientifique de l’IRIS, autour de l’annonce par Emmanuel Macron de l’envoi de moyens militaires français pour protéger des Houthis le port saoudien de Yanbu, essentiel aux exportations pétrolières vers l’Europe.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Didier Billion, conseiller scientifique de l’IRIS, autour de l’annonce par Emmanuel Macron de l’envoi de moyens militaires français pour protéger des Houthis le port saoudien de Yanbu, essentiel aux exportations pétrolières vers l’Europe.
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29.09.2026 à 12:03
admn_iris
La guerre en Ukraine a eu pour effet de conduire les instances européennes, à la demande du conseil de l’Union européenne (l’UE) et de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, à proposer de nouvelles mesures pour permettre à l’Europe de se réarmer en augmentant les dépenses de défense, en faisant l’acquisition de nouvelles capacités et en accroissant les capacités de production d’armement de l’Union européenne. Historiquement, l’action de l’Union européenne en matière de financement de la défense et notamment de l’industrie de défense peut se diviser en trois périodes. La première période s’ouvre en 2016 et voit la Commission européenne proposer les premières actions en faveur de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) de manière à accroitre la compétitivité de celle-ci, de financer notamment de la recherche et technologie (R&T) et de la recherche et développement (R&D) de défense, domaines qui ont été le plus affectés par la baisse des budgets de défense après la chute du mur de Berlin. Cette période qui s’achève avant le début de la guerre en Ukraine voit éclore trois programmes majeurs de l’Union européenne : le Prepatory Action on Defence Research (PADR) en 2017, l’European Defence Industrial Development Programme (EDIDP) en 2018 et l’European Defence Fund (EDF) en 2021. Les deux premiers programmes étant les initiatives pilote de l’EDF en matière de R&T et de R&D. Ces trois programmes encouragent, par ailleurs, les entreprises bénéficiaires à coopérer, la règle selon laquelle il est nécessaire de présenter des projets réunissant trois entreprises de trois pays différents pour obtenir des financements européens étant fixée dans l’EDIDP en 2018. Par ailleurs, les conditions d’éligibilité conduisent à privilégier la préférence européenne pour avoir accès aux crédits européens. La deuxième période s’ouvre avec le début de la guerre en Ukraine et se prolonge […]
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La guerre en Ukraine a eu pour effet de conduire les instances européennes, à la demande du conseil de l’Union européenne (l’UE) et de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, à proposer de nouvelles mesures pour permettre à l’Europe de se réarmer en augmentant les dépenses de défense, en faisant l’acquisition de nouvelles capacités et en accroissant les capacités de production d’armement de l’Union européenne.
Historiquement, l’action de l’Union européenne en matière de financement de la défense et notamment de l’industrie de défense peut se diviser en trois périodes.
La première période s’ouvre en 2016 et voit la Commission européenne proposer les premières actions en faveur de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) de manière à accroitre la compétitivité de celle-ci, de financer notamment de la recherche et technologie (R&T) et de la recherche et développement (R&D) de défense, domaines qui ont été le plus affectés par la baisse des budgets de défense après la chute du mur de Berlin. Cette période qui s’achève avant le début de la guerre en Ukraine voit éclore trois programmes majeurs de l’Union européenne : le Prepatory Action on Defence Research (PADR) en 2017, l’European Defence Industrial Development Programme (EDIDP) en 2018 et l’European Defence Fund (EDF) en 2021. Les deux premiers programmes étant les initiatives pilote de l’EDF en matière de R&T et de R&D. Ces trois programmes encouragent, par ailleurs, les entreprises bénéficiaires à coopérer, la règle selon laquelle il est nécessaire de présenter des projets réunissant trois entreprises de trois pays différents pour obtenir des financements européens étant fixée dans l’EDIDP en 2018. Par ailleurs, les conditions d’éligibilité conduisent à privilégier la préférence européenne pour avoir accès aux crédits européens.
La deuxième période s’ouvre avec le début de la guerre en Ukraine et se prolonge jusqu’à la publication du plan Readiness 2030 du 19 mars 2025. Durant cette période, la Commission européenne présente, à la demande du conseil européen, un certain nombre de mesures d’urgence destinées à acquérir des capacités dans un cadre collectif European Defence Industry Reinforcement through Common Procurement Act (EDIRPA) pour permettre la remontée en puissance de l’industrie munitionnaire Act in Support of Ammunition Production (ASAP), ainsi qu’une initiative que l’on pourrait qualifier de mixte European Defence Industry Programme (EDIP). En effet, EDIP tend à prolonger les dispositions prévues dans EDIRPA et ASAP, comprenant aussi des dispositions en faveur de l’Ukraine qui est en guerre. EDIP prolonge la philosophie d’EDF au stade des acquisitions et prévoit également des dispositions en matière de sécurité d’approvisionnement et de financement des petites ou moyennes entreprises (PME). On peut considérer EDIP comme une action pilote qui devrait trouver son prolongement dans le futur fonds de compétitivité.
Du fait de son agenda d’adoption qui a pris du retard, le projet de règlement instituant EDIP a mis plus d’un an à être adopté, mais aussi de son objet ; EDIP peut être considéré comme étant à cheval entre la deuxième période qui débute après le début de la guerre en Ukraine et la 3e période qui s’est ouverte avec le plan ReArm Europe dénommé Readiness 2030 présenté le 19 mars 2025. Il a d’ailleurs été nécessaire de coordonner EDIP avec Security Action for Europe (SAFE), car certaines des règles qui régissaient ce dernier instrument devaient être appliquées à SAFE.
C’est pour cette raison qu’il apparait nécessaire d’inclure EDIP dans l’analyse des mesures du plan Readiness 2030, car la temporalité de l’exécution des dispositions de ces divers instruments se recoupe.
Les deux autres instruments à prendre en compte ont été présentés dans le plan Readiness 2030.
Il s’agit de l’Escape clause qui permet aux États qui l’invoquent de pouvoir, durant quatre ans, augmenter leur budget de défense jusqu’à hauteur de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) sans que cela ne soit comptabiliser dans les obligations du pacte de croissance et de stabilité. L’Escape clause ne fixe pas de conditions dans son utilisation. Le surcroît de crédits budgétaires peut être affecté tout aussi bien à des dépenses d’investissement et d’acquisitions que pour les infrastructures ou pour augmenter le format des armées. Les règles gouvernant l’Escape clause ont été fixées dans une communication du 19 mars 2025 avec comme date limite pour activer l’Escape clause fixée à la fin du mois d’avril 2025, seize pays ayant demandé à bénéficier de cette dérogation à cette date.
Finalement, le 8 juillet 2025, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour quinze États membres : la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie.
Le 10 octobre 2025, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour l’Allemagne.
Le 17 février 2026, le Conseil a également activé la clause d’exemption nationale pour l’Autriche.
Enfin, bien après l’échéance, le Conseil a activé la clause d’exemption nationale pour l’Espagne à la suite d’une demande formulée par ce pays, le 13 avril 2026.
Il faut noter que le bénéfice de l’Escape clause couvre l’année durant laquelle la demande pour bénéficier de cette initiative a été faite pour les dix-huit États qui ont finalement fait la demande en 2025.
SAFE consiste en des prêts sur dix ans octroyés pour l’Union européenne. D’un montant total de 150 milliards d’euros, SAFE ne peut être affecté que pour des dépenses relatives à des acquisitions d’armement, que ce soit pour financer des projets en cours de réalisation ou pour procéder à des acquisitions sur étagère. Ces acquisitions doivent être conjointes à deux États au minimum. Les paiements dans le cadre de SAFE doivent s’achever au plus tard le 31 décembre 2030. Le règlement SAFE a été adopté le 27 mai 2025, les États devaient exprimer leur intérêt pour SAFE au plus tard le 15 août 2025. Suite à cela, la Commission européenne a notifié le 9 septembre 2025, le montant des prêts qui pouvaient être accordés aux dix-neuf États ayant émis le souhait de bénéficier de SAFE. Dans une troisième étape, ces États ont déposé leur plan d’investissement avec comme date limite le 30 novembre 2025.
La question que l’on doit se poser est de savoir si ces initiatives vont conduire à influer sur la structure de la BITD européenne notamment avec un objectif de consolidation de celle-ci comme c’était le cas avec les initiatives antérieures, PADR, EDIDP, EDF et EDIRPA. Mais n’ont-elles pas simplement pour but que de faciliter le réarmement européen pour faire face à la guerre en Ukraine et à la menace grandissante qui pèse sur l’Europe grâce à des incitations financières avec des conséquences qui potentiellement peuvent, à l’inverse, contrarier les objectifs d’organisation du marché intérieur européen qui a pour objectif une structuration plus efficiente de l’European Defence Technological and Industrial Base (EDTIB).
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