
01.10.2026 à 15:51
admn_iris
L’attaque contre l’Iran menée par les États-Unis et Israël, lancée le 28 février 2026, qui a affaibli le gouvernement avec la mort de l’ayatollah Ali Khamenei et de plusieurs des plus hauts dirigeants du pays, n’est que la manifestation la plus récente de la polycrise qui affecte l’ordre international. Vingt jours après le début de cette guerre, elle avait déjà causé la mort de 1 400 Iraniens (dont 165 élèves de l’école primaire de filles, Shajareh Tayebe, dans le sud du pays), blessé 18 000 Iraniens et 3 700 Israéliens, causé une flambée du prix du pétrole à 105 dollars le baril de Brent — soit une hausse de 50 % — qualifiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de « plus grande menace pesant sur l’énergie mondiale de l’histoire ». Le refus des autres membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) de répondre à la demande de Washington de soutenir avec des navires de guerre ses efforts pour rouvrir le détroit d’Ormuz, afin de permettre le flux ininterrompu de gaz et de pétrole face au blocus imposé par l’Iran, a créé une fracture supplémentaire entre les États-Unis et l’Europe, faisant naître de nouvelles interrogations quant à l’avenir de l’Alliance transatlantique, bastion de l’axe occidental depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il ne fait guère de doute que l’ordre international traverse une mutation structurelle. La longue hégémonie unipolaire des États-Unis, consolidée après la fin de la Guerre froide, a cédé la place à une compétition stratégique ouverte avec la Chine, à une reconfiguration du rôle de la Russie et à l’émergence de puissances moyennes cherchant à élargir leur marge d’autonomie. Dans ce contexte, le discours du Premier ministre du Canada, Mark Carney, prononcé au Forum économique mondial de Davos en février 2026, a marqué un tournant. Loin […]
L’article Rupture de l’ordre international et regain d’actualité du non-alignement actif est apparu en premier sur IRIS.
L’attaque contre l’Iran menée par les États-Unis et Israël, lancée le 28 février 2026, qui a affaibli le gouvernement avec la mort de l’ayatollah Ali Khamenei et de plusieurs des plus hauts dirigeants du pays, n’est que la manifestation la plus récente de la polycrise qui affecte l’ordre international. Vingt jours après le début de cette guerre, elle avait déjà causé la mort de 1 400 Iraniens (dont 165 élèves de l’école primaire de filles, Shajareh Tayebe, dans le sud du pays), blessé 18 000 Iraniens et 3 700 Israéliens, causé une flambée du prix du pétrole à 105 dollars le baril de Brent — soit une hausse de 50 % — qualifiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de « plus grande menace pesant sur l’énergie mondiale de l’histoire ».
Le refus des autres membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) de répondre à la demande de Washington de soutenir avec des navires de guerre ses efforts pour rouvrir le détroit d’Ormuz, afin de permettre le flux ininterrompu de gaz et de pétrole face au blocus imposé par l’Iran, a créé une fracture supplémentaire entre les États-Unis et l’Europe, faisant naître de nouvelles interrogations quant à l’avenir de l’Alliance transatlantique, bastion de l’axe occidental depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Il ne fait guère de doute que l’ordre international traverse une mutation structurelle. La longue hégémonie unipolaire des États-Unis, consolidée après la fin de la Guerre froide, a cédé la place à une compétition stratégique ouverte avec la Chine, à une reconfiguration du rôle de la Russie et à l’émergence de puissances moyennes cherchant à élargir leur marge d’autonomie.
Dans ce contexte, le discours du Premier ministre du Canada, Mark Carney, prononcé au Forum économique mondial de Davos en février 2026, a marqué un tournant. Loin de l’attitude de soumission adoptée jusque-là par de nombreux dirigeants européens face à l’escalade des exigences de l’administration de Trump, Mark Carney a nommé la crise actuelle en exposant un diagnostic clair. Il a souligné qu’il n’est plus possible de parler de « transition » de l’ordre libéral international qui prévaut depuis huit décennies, car, en réalité, le monde est confronté à sa « rupture ». Selon Mark Carney, il ne s’agit pas seulement d’une fragmentation de l’ordre international, mais du début d’une phase de rivalités structurelles prolongées : « Les grandes puissances ont commencé à se servir de l’intégration économique comme moyen de pression, des droits de douane comme levier, de l’infrastructure financière comme outil de coercition, et des chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter ». Et de conclure : « Il est impossible de continuer à vivre dans l’illusion d’un bénéfice mutuel tiré de l’intégration lorsque celle-ci devient la source même de sa propre subordination ».
Son argument est que la mondialisation telle qu’on la connaissait — fondée sur les chaînes de valeur, des règles multilatérales relativement stables, le libre-échange et la primauté financière occidentale — est en train d’être remplacée par une logique de blocs, de résilience stratégique et de sécurité économique. Ce constat, venant du cœur même du pouvoir établi financier occidental et d’un ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, confirme que la compétition géopolitique n’est plus un phénomène épisodique, mais bien une dimension constitutive du nouvel ordre.
Pour l’Amérique latine, et plus généralement pour les pays dotés d’économies ouvertes et dépendantes du commerce extérieur, ce tournant pose un dilemme central : faut-il s’aligner de façon automatique sur l’une des grandes puissances, ou construire une stratégie qui préserve l’autonomie décisionnelle et l’intérêt national ? D’où l’importance de chercher à répondre à cette question en soulignant que cette rupture de l’ordre international, mise en évidence avec tant d’éloquence par le Premier ministre Carney, souligne la pertinence renouvelée de la notion de non-alignement actif.
Nous avions formulé ce concept dans une édition de Foreign Affairs Latinoamérica, en 2020, comme proposition stratégique pour la région. Avec le temps, il a démontré sa validité pour l’ensemble du Sud global, et même au-delà.
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30.09.2026 à 17:45
Déborah Yapi
Les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 sous l’égide des États-Unis, avaient porté l’espoir d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien après des décennies de violence. L’échec des accords de Camp David II et l’éclatement de la deuxième Intifada en 2000 ont cependant démontré l’ampleur des divisions qui persistaient entre les deux camps. Aujourd’hui, le choc des attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, la riposte israélienne à Gaza – régulièrement qualifiée de génocide – et l’intensification de la colonisation israélienne en Cisjordanie rendent plus improbable que jamais toute perspective de paix durable. La poursuite des violences est-elle pour autant inévitable ? Comment l’histoire du conflit israélo-palestinien éclaire-t-elle la situation actuelle ? En quoi les accords d’Oslo peuvent-ils être qualifiés d’échec ? Quelles leçons peut-on tirer des précédentes tentatives de règlement du conflit ? La solution à deux États est-elle la seule option réaliste ? Comment l’opinion évolue-t-elle à ce sujet aux États-Unis ? Autant d’enjeux abordés avec Robert Malley, enseignant à l’université de Yale et ancien conseiller des présidents Bill Clinton et Barack Obama sur le Proche-Orient.
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Les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 sous l’égide des États-Unis, avaient porté l’espoir d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien après des décennies de violence. L’échec des accords de Camp David II et l’éclatement de la deuxième Intifada en 2000 ont cependant démontré l’ampleur des divisions qui persistaient entre les deux camps. Aujourd’hui, le choc des attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, la riposte israélienne à Gaza – régulièrement qualifiée de génocide – et l’intensification de la colonisation israélienne en Cisjordanie rendent plus improbable que jamais toute perspective de paix durable. La poursuite des violences est-elle pour autant inévitable ?
Comment l’histoire du conflit israélo-palestinien éclaire-t-elle la situation actuelle ? En quoi les accords d’Oslo peuvent-ils être qualifiés d’échec ? Quelles leçons peut-on tirer des précédentes tentatives de règlement du conflit ? La solution à deux États est-elle la seule option réaliste ? Comment l’opinion évolue-t-elle à ce sujet aux États-Unis ?
Autant d’enjeux abordés avec Robert Malley, enseignant à l’université de Yale et ancien conseiller des présidents Bill Clinton et Barack Obama sur le Proche-Orient.
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30.09.2026 à 16:55
admn_iris
Pierre-Antoine Donnet, ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et correspondant à Pékin, Tokyo et New York, a répondu aux questions de Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, à propos de son ouvrage Chine, la défaite de l’Occident paru aux éditions de l’Aube en 2026. Extrait : « Après le premier choc chinois des années 2000, lorsqu’un véritable tsunami de marchandises chinoises s’est déversé sur les marchés occidentaux à la suite de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001. Un « deuxième choc chinois » ou « choc chinois 2.0 » a déjà commencé, la première cible étant le secteur automobile. Je prends l’exemple de l’Allemagne qui a perdu 420 000 emplois industriels entre 2019 et 2025. Depuis les années 1970, tous les chanceliers allemands avaient parié sur la Chine et son marché qui donnait l’image trompeuse d’un eldorado infini. Volkswagen avait été l’un des précurseurs des délocalisations des majors de l’industrie européenne en Chine dans les années 70 et je me souviens très bien de ces Passat Volkswagen qui circulaient dans les rues de Pékin, prisées des cadres du Parti et de la haute administration, qui représentaient l’essentiel des voitures que l’on pouvait voir dans la capitale. Aujourd’hui, ce pari chinois est largement perdu avec l’exemple le plus frappant de Volkswagen pour qui le marché chinois a longtemps été son premier marché mondial, avant même son marché domestique allemand. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a publiquement annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois sur ses 660 000 employés dans le monde d’ici 2030, du fait principalement de la concurrence des véhicules électriques chinois. Déjà, ceux-ci envahissent les marchés mondiaux à des prix au moins 35 % moins chers que ceux de leurs concurrentes occidentales à qualité égale ou supérieure. La Chine compte près de 230 constructeurs […]
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Pierre-Antoine Donnet, ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et correspondant à Pékin, Tokyo et New York, a répondu aux questions de Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, à propos de son ouvrage Chine, la défaite de l’Occident paru aux éditions de l’Aube en 2026. Extrait :
« Après le premier choc chinois des années 2000, lorsqu’un véritable tsunami de marchandises chinoises s’est déversé sur les marchés occidentaux à la suite de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001. Un « deuxième choc chinois » ou « choc chinois 2.0 » a déjà commencé, la première cible étant le secteur automobile. Je prends l’exemple de l’Allemagne qui a perdu 420 000 emplois industriels entre 2019 et 2025. Depuis les années 1970, tous les chanceliers allemands avaient parié sur la Chine et son marché qui donnait l’image trompeuse d’un eldorado infini. Volkswagen avait été l’un des précurseurs des délocalisations des majors de l’industrie européenne en Chine dans les années 70 et je me souviens très bien de ces Passat Volkswagen qui circulaient dans les rues de Pékin, prisées des cadres du Parti et de la haute administration, qui représentaient l’essentiel des voitures que l’on pouvait voir dans la capitale.
Aujourd’hui, ce pari chinois est largement perdu avec l’exemple le plus frappant de Volkswagen pour qui le marché chinois a longtemps été son premier marché mondial, avant même son marché domestique allemand. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a publiquement annoncé en juillet la suppression de 100 000 emplois sur ses 660 000 employés dans le monde d’ici 2030, du fait principalement de la concurrence des véhicules électriques chinois. Déjà, ceux-ci envahissent les marchés mondiaux à des prix au moins 35 % moins chers que ceux de leurs concurrentes occidentales à qualité égale ou supérieure. La Chine compte près de 230 constructeurs automobiles employant 1,3 million d’ouvriers qui se livrent une concurrence acharnée pour survivre en réduisant au maximum les coûts de production de même que leurs marges. Les usines du géant BYD sont pour certaines presque entièrement robotisées et fonctionnent la nuit presque sans présence humaine. BYD construit en ce moment une méga-usine en Hongrie qui produira, à partir de la fin de cette année, des centaines de milliers de véhicules électriques par an sans craindre les sanctions commerciales ou les droits de douane puisque sa production sera localisée sur le sol de l’Union européenne. Pourquoi ce raz-de-marée ?
On le sait, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le président chinois Xi Jinping donne à la stabilité politique la priorité absolue sur l’économie. Mais comme la demande intérieure en Chine stagne depuis quelques années avec une hausse du chômage importante dont surtout celui des jeunes, l’économie s’essouffle au point que le doute s’installe et avec lui la consommation intérieure qui stagne. En période d’insécurité ou de doute, traditionnellement les Chinois épargnent pour faire face à de possibles lendemains difficiles. De ce fait, la surproduction industrielle est énorme en Chine et ne peut trouver de débouchés que sur les marchés extérieurs en exportant à prix cassés et en inondant les marchés mondiaux. La Chine est engagée dans un cercle vicieux où le régime doit absolument garantir un certain seuil de prospérité à sa population au risque sinon d’une instabilité sociale qu’il redoute. C’est là son « mandat du ciel » non écrit conclu avec la population : vous nous laissez conduire les affaires du pays en échange d’une prospérité minimale. Produire et exporter, même à perte, est de ce fait une nécessité absolue. »
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