
12.01.2026 à 16:46
Déborah Yapi
La publication par la Maison-Blanche le 5 décembre dernier du document sur la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis »1 -ou NSS2025-a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l’Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années. Ce document, expression d’une « doctrine MAGA »2 constitue une véritable révolution idéologique et politique par rapport à son prédécesseur, publié par l’administration Biden en 2022, le NSS20223, qui actait lui-même une rupture tenant au changement profond de l’environnement international qui s’imposait alors. Si on peut relever combien ces documents s’opposent systématiquement, presque terme à terme, c’est la divergence de leur vision de la nature de la suprématie américaine que nous examinerons ici.
L’article La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde est apparu en premier sur IRIS.
La publication par la Maison-Blanche le 5 décembre dernier du document sur la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis »1 -ou NSS2025-a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l’Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années. Ce document, expression d’une « doctrine MAGA »2 constitue une véritable révolution idéologique et politique par rapport à son prédécesseur, publié par l’administration Biden en 2022, le NSS20223, qui actait lui-même une rupture tenant au changement profond de l’environnement international qui s’imposait alors. Si on peut relever combien ces documents s’opposent systématiquement, presque terme à terme, c’est la divergence de leur vision de la nature de la suprématie américaine que nous examinerons ici.
L’article La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde est apparu en premier sur IRIS.
12.01.2026 à 15:28
stagiairedecomm@iris-france.org
Depuis le 28 décembre 2025, en Iran, des centaines de milliers de personnes s’emparent des rues contre un régime principalement maintenu par la coercition, dont le soutien populaire est désormais très limité et se cantonne essentiellement aux franges les plus conservatrices de la société. Les contestations sont à la fois d’ordre économique et liées aux restrictions des libertés alors que les conditions de vie dans le pays deviennent insupportables.Il s’agit de l’un des mouvements de contestation les plus massifs et les plus radicaux observés depuis la révolution de 1979. La répression est à la hauteur de l’ampleur du mouvement, avec des centaines de morts et la coupure du réseau internet. Le principal talon d’Achille de l’opposition iranienne demeure toutefois sa profonde fragmentation : aucune figure d’opposition consensuelle n’émerge, les principaux représentants de la société civile étant emprisonnés ou contraints à l’exil.La chute du régime iranien est-elle imminente ? Faut-il s’attendre à une intervention étrangère, notamment de la part des États-Unis ?Quoi qu’il en soit, cette séquence met en lumière les contradictions de certains acteurs qui applaudissent certaines contestations populaires mais en ignorent ou en disqualifient d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui réclament la chute du régime iranien uniquement en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis, sans réel intérêt pour sa nature tyrannique ni pour le sort du peuple iranien.
L’article Iran : la contestation s’amplifie, la répression aussi est apparu en premier sur IRIS.
Depuis le 28 décembre 2025, en Iran, des centaines de milliers de personnes s’emparent des rues contre un régime principalement maintenu par la coercition, dont le soutien populaire est désormais très limité et se cantonne essentiellement aux franges les plus conservatrices de la société. Les contestations sont à la fois d’ordre économique et liées aux restrictions des libertés alors que les conditions de vie dans le pays deviennent insupportables.
Il s’agit de l’un des mouvements de contestation les plus massifs et les plus radicaux observés depuis la révolution de 1979. La répression est à la hauteur de l’ampleur du mouvement, avec des centaines de morts et la coupure du réseau internet. Le principal talon d’Achille de l’opposition iranienne demeure toutefois sa profonde fragmentation : aucune figure d’opposition consensuelle n’émerge, les principaux représentants de la société civile étant emprisonnés ou contraints à l’exil.
La chute du régime iranien est-elle imminente ? Faut-il s’attendre à une intervention étrangère, notamment de la part des États-Unis ?
Quoi qu’il en soit, cette séquence met en lumière les contradictions de certains acteurs qui applaudissent certaines contestations populaires mais en ignorent ou en disqualifient d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui réclament la chute du régime iranien uniquement en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis, sans réel intérêt pour sa nature tyrannique ni pour le sort du peuple iranien.
L’article Iran : la contestation s’amplifie, la répression aussi est apparu en premier sur IRIS.
09.01.2026 à 17:30
Déborah Yapi
« Mes concitoyens, la nuit dernière, j’ai pris la décision d’ordonner le déploiement des forces militaires américaines au Panama. Aucun président ne prend une telle décision à la légère. Ce matin, je souhaite vous expliquer clairement ce que j’ai fait et les raisons qui m’ont conduit à agir ainsi. » – President George H.W. Bush, Address to the Nation, 30 December 1989 Depuis le lancement des opérations militaires contre le Venezuela au mois de septembre, je ressens une angoisse croissante. Une inquiétude, certes, quant à notre politique étrangère, qui s’éloigne de plus en plus des principes censés guider nos actions outre-mer. Mais aussi — et peut-être surtout — une inquiétude pour notre système démocratique lui-même. La manière dont cette administration agit au Venezuela en dit long sur l’état de notre démocratie, manifestement fragilisée. Le constat est frappant. Aucun effort systématique n’a été entrepris pour préparer l’opinion publique à une intervention en Amérique latine. Aucune tentative de rassembler les forces politiques — y compris au sein de l’opposition démocrate — autour d’une politique prétendument destinée à protéger la nation d’un danger imminent. Aucun dialogue soutenu entre le chef de l’État et la population américaine afin d’expliquer le « pourquoi » d’une opération militaire ou de présenter aux électeurs la stratégie poursuivie. Rien de tout cela. Seulement des « tweets » sur les réseaux sociaux, des remarques improvisées devant des journalistes, des déclarations désinvoltes et hautement politisées, lancées au gré des circonstances. La communication, dans la mesure où elle a existé, est restée creuse, vague, voire ouvertement contradictoire. Initialement, l’accent a été mis sur la menace que représenterait un Venezuela devenu un foyer de « narcoterroristes ». Au début des frappes navales contre des bateaux évoluant dans les eaux territoriales vénézuéliennes, en septembre, le président Trump a accusé le pays — et en particulier […]
L’article Venezuela : Trump ne convainc pas est apparu en premier sur IRIS.
« Mes concitoyens, la nuit dernière, j’ai pris la décision d’ordonner le déploiement des forces militaires américaines au Panama. Aucun président ne prend une telle décision à la légère. Ce matin, je souhaite vous expliquer clairement ce que j’ai fait et les raisons qui m’ont conduit à agir ainsi. »
– President George H.W. Bush, Address to the Nation, 30 December 1989
Depuis le lancement des opérations militaires contre le Venezuela au mois de septembre, je ressens une angoisse croissante. Une inquiétude, certes, quant à notre politique étrangère, qui s’éloigne de plus en plus des principes censés guider nos actions outre-mer. Mais aussi — et peut-être surtout — une inquiétude pour notre système démocratique lui-même. La manière dont cette administration agit au Venezuela en dit long sur l’état de notre démocratie, manifestement fragilisée.
Le constat est frappant. Aucun effort systématique n’a été entrepris pour préparer l’opinion publique à une intervention en Amérique latine. Aucune tentative de rassembler les forces politiques — y compris au sein de l’opposition démocrate — autour d’une politique prétendument destinée à protéger la nation d’un danger imminent. Aucun dialogue soutenu entre le chef de l’État et la population américaine afin d’expliquer le « pourquoi » d’une opération militaire ou de présenter aux électeurs la stratégie poursuivie. Rien de tout cela. Seulement des « tweets » sur les réseaux sociaux, des remarques improvisées devant des journalistes, des déclarations désinvoltes et hautement politisées, lancées au gré des circonstances.
La communication, dans la mesure où elle a existé, est restée creuse, vague, voire ouvertement contradictoire. Initialement, l’accent a été mis sur la menace que représenterait un Venezuela devenu un foyer de « narcoterroristes ». Au début des frappes navales contre des bateaux évoluant dans les eaux territoriales vénézuéliennes, en septembre, le président Trump a accusé le pays — et en particulier son dirigeant, Nicolas Maduro — de chercher à déstabiliser les États-Unis par un afflux massif de drogues. « Une quantité massive de drogues sort du Venezuela… Des milliers de personnes meurent à cause de cargaisons entières de drogues qui arrivent par bateau — du fentanyl et bien d’autres substances mortelles », a-t-il déclaré. Or, si le Venezuela constitue un pays de transit pour la cocaïne provenant principalement de Colombie, il n’est nullement un fournisseur majeur du marché américain.[1]
À d’autres occasions, l’administration Trump a laissé entendre qu’un « dictateur » comme Maduro ne pouvait rester au pouvoir, notamment après les élections manifestement frauduleuses de 2024. Cette posture contraste pourtant avec une certaine complaisance affichée par Donald Trump à l’égard d’autres dirigeants autoritaires ailleurs dans le monde, et avec le fait que le régime de Caracas, en pratique, demeure intact — hormis le départ de Maduro lui-même. Depuis le lancement de l’opération, Trump ne parle plus que du pétrole vénézuélien, qui devrait, pour des raisons jamais clairement explicitées, revenir de droit aux États-Unis. Le 5 janvier, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant permanent des États-Unis a semblé revenir à la rhétorique initiale : Maduro serait un criminel, et l’intervention militaire ne constituerait qu’une « opération policière chirurgicale facilitée par l’armée américaine ».[2]
On a l’impression que le président Trump se soucie peu de l’opinion publique et n’entreprend pratiquement aucun effort pour convaincre les citoyens de l’importance — et surtout de la cohérence — de son action au Venezuela.
Or, dans une démocratie fonctionnelle, une initiative de cette nature exige une explication claire et un effort soutenu pour convaincre les citoyens de la nécessité d’une intervention militaire. Lorsqu’on expose des soldats au danger et qu’on prétend « prendre le contrôle » d’un pays étranger, le président a l’obligation de rendre des comptes. Même dans les interventions les plus controversées du passé, l’une des tâches centrales du chef de l’exécutif et de son entourage consistait à exposer sans ambiguïté les raisons invoquées. Lorsque George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak, par exemple, il a mené pendant plus de six mois une campagne intensive auprès de l’opinion publique américaine et internationale afin de justifier cette décision. Si la communauté internationale — notamment la France — ne s’y est pas ralliée avec enthousiasme, le peuple américain, du moins dans un premier temps, y était largement favorable, en grande partie grâce au plaidoyer persistant du président. En mars 2003, environ sept Américains sur dix approuvaient l’usage de la force militaire contre l’Irak. Le père de ce même président Bush, qui avait lui aussi conduit une intervention militaire en Amérique latine pour renverser et arrêter un chef d’État lié au narcotrafic, s’était également attaché à en expliquer les motivations à son électorat.
Dans un État de droit, une intervention militaire requiert non seulement l’adhésion de l’opinion publique, mais aussi l’aval du Parlement. Ce fut assurément le cas pour l’Irak : le Congrès américain avait adopté, à de larges majorités dans les deux chambres, une résolution autorisant le président à recourir à la force. À l’époque, de nombreux démocrates — dont Hillary Clinton — avaient apporté leur soutien. Aujourd’hui, malgré le contrôle républicain de la Chambre des représentants et du Sénat, Trump n’a même pas jugé nécessaire de solliciter une autorisation du Congrès pour les opérations navales, ni d’informer celui-ci avant le déploiement de forces spéciales à Caracas. Interrogé sur son obligation légale de consulter les dirigeants du Parlement en amont d’une opération militaire, Trump a répondu : « Je n’aurais aucun problème à le leur dire, mais vous savez, ce n’est pas très important. Je n’ai pas besoin de le leur dire. » Certes, bien que la Constitution confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre et que la War Powers Resolution de 1973 limite les prérogatives du président en la matière, il n’est pas certain qu’une Cour suprême favorable à un exécutif fort conclurait à un dépassement de pouvoir. Mais il ne fait guère de doute que des normes démocratiques fondamentales ont été bafouées.
Enfin, cette affaire révèle un comportement pour le moins arbitraire sur la scène internationale. Un État démocratique n’est pas juridiquement tenu d’agir de manière démocratique à l’étranger — mais il en demeure politiquement et moralement responsable. Le respect des règles internes devrait aller de pair avec le respect du droit international, en particulier pour un pays qui prétend incarner un leadership mondial. Or, la Charte des Nations unies ne reconnaît que deux fondements légitimes à une intervention militaire : la légitime défense et l’autorisation explicite du Conseil de sécurité. L’intervention au Venezuela ne relève ni de l’un ni de l’autre.
[1] Politifact, “The US attacked Venezuelan boats it says are carrying drugs. Is Venezuela sending drugs to the US?,” https://www.politifact.com/article/2025/sep/22/Trump-Venezuela-boat-strikes-drugs-trafficking/?utm_source=chatgpt.com
[2] Ambassador Mike Waltz, “Remarks at a UN Security Council Briefing on Venezuela,” https://usun.usmission.gov/remarks-at-a-un-security-council-briefing-on-venezuela-2/
L’article Venezuela : Trump ne convainc pas est apparu en premier sur IRIS.