
20.07.2026 à 15:53
Coline Laroche
Retrouvez l’ensemble des cartes et infographies dans un format interactif. Démographie et frontières : des populations sous contrôle En Asie-Pacifique, la variable démographique est un révélateur des logiques de pouvoir qui structurent la région. Pour la quatrième année consécutive, la Chine perd des habitants, le pays enregistrant moins de naissances que de décès. Les mesures natalistes adoptées depuis 2021, loin d’inverser la tendance, dessinent surtout un retour aux pressions exercées sur les femmes, nouvelles pourvoyeuses désignées d’une démographie que le Parti communiste ne parvient plus à ordonner, menaçant le contrat social sur lequel repose sa légitimité : la prospérité économique contre le monopole politique (Isabelle Attané). Désormais pays le plus peuplé de la planète, l’Inde achève sa transition démographique plus tôt que prévu, avec un taux de fécondité déjà sous le seuil de remplacement dans vingt-trois États sur vingt-huit. Le dividende démographique dont Narendra Modi fait un argument de puissance globale – le « Viksit Bharat » pour 2047 – commence à se réduire, laissant entrevoir la fin de décennies de progrès économiques. Avec un système de santé incapable d’absorber le vieillissement, ce sont encore les femmes et les jeunes qui supportent d’abord le poids des arbitrages gouvernementaux (Olivier Da Lage). En Asie du Sud-Est, la démographie n’est pas seulement une affaire de natalité : elle est aussi un outil d’aménagement territorial stratégique. La réactivation des contentieux frontaliers – illustrée par le conflit armé de 2025 entre le Cambodge et la Thaïlande – révèle combien les marges restent des espaces où les États font peser sur les minorités ethniques le poids de leurs ambitions nationales. Les Rohingyas au Myanmar, les populations montagnardes et autochtones de Thaïlande et du Viêtnam sont autant de populations « périphériques » dont les logiques étatiques usent comme variables d’ajustement (Christine Cabasset). Agendas autoritaires et nouveaux instruments de contrôle Si les régimes autoritaires ont toujours gouverné les corps […]
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Retrouvez l’ensemble des cartes et infographies dans un format interactif.
En Asie-Pacifique, la variable démographique est un révélateur des logiques de pouvoir qui structurent la région. Pour la quatrième année consécutive, la Chine perd des habitants, le pays enregistrant moins de naissances que de décès. Les mesures natalistes adoptées depuis 2021, loin d’inverser la tendance, dessinent surtout un retour aux pressions exercées sur les femmes, nouvelles pourvoyeuses désignées d’une démographie que le Parti communiste ne parvient plus à ordonner, menaçant le contrat social sur lequel repose sa légitimité : la prospérité économique contre le monopole politique (Isabelle Attané).
Désormais pays le plus peuplé de la planète, l’Inde achève sa transition démographique plus tôt que prévu, avec un taux de fécondité déjà sous le seuil de remplacement dans vingt-trois États sur vingt-huit. Le dividende démographique dont Narendra Modi fait un argument de puissance globale – le « Viksit Bharat » pour 2047 – commence à se réduire, laissant entrevoir la fin de décennies de progrès économiques. Avec un système de santé incapable d’absorber le vieillissement, ce sont encore les femmes et les jeunes qui supportent d’abord le poids des arbitrages gouvernementaux (Olivier Da Lage).
En Asie du Sud-Est, la démographie n’est pas seulement une affaire de natalité : elle est aussi un outil d’aménagement territorial stratégique. La réactivation des contentieux frontaliers – illustrée par le conflit armé de 2025 entre le Cambodge et la Thaïlande – révèle combien les marges restent des espaces où les États font peser sur les minorités ethniques le poids de leurs ambitions nationales. Les Rohingyas au Myanmar, les populations montagnardes et autochtones de Thaïlande et du Viêtnam sont autant de populations « périphériques » dont les logiques étatiques usent comme variables d’ajustement (Christine Cabasset).
Si les régimes autoritaires ont toujours gouverné les corps et les espaces, la technologie a démultiplié leur capacité à le faire. Entre présence militaire, camps de rééducation, sinisation forcée et pratiques culturelles, l’arsenal déployé par Pékin dans ses marges septentrionales – Tibet, Xinjiang, Mongolie intérieure, Ningxia – relève d’une stratégie de transformation de la société, qui associe des logiques de contrôle territorial à des dispositifs de surveillance déployés à une échelle sans précédent (Emmanuel Lincot).
Plus subtil, le redécoupage électoral que prépare New Delhi en vue des élections législatives de 2029, théoriquement justifié par la nécessité démocratique d’ajuster la représentation à l’évolution de la population, risque, en pratique, de bénéficier aux bastions du Bharatiya Janata Party (BJP) dans l’Hindi Belt du nord, au détriment des États du sud, plus riches, plus développés et plus réfractaires au parti au pouvoir. Derrière l’arithmétique électorale se profile une opération de consolidation du régime nationaliste, qui menace l’équilibre fédéral autant que l’indépendance de la commission électorale (Guillaume Delacroix).
Singapour explore quant à elle une voie délibérément présentée comme alternative : la Smart Nation. La cité-État a construit une gouvernance numérique intégrée qui lui vaut des classements élogieux en matière de compétitivité digitale et d’e-gouvernement. Si ce modèle constitue une réponse réelle aux contraintes du surpeuplement, du vieillissement de la population et la vulnérabilité climatique, il soulève aussi des questions profondes sur le déficit démocratique, la concentration des données et l’érosion des droits civiques dans un régime qui gouverne depuis 1959 (Éric Frécon).
Pyongyang, enfin, présente une tout autre échelle. L’architecture monumentale y fait corps avec la propagande dynastique : des larges avenues aux procédures d’attribution des logements, chaque élément de l’espace urbain participe d’un dispositif de contrôle social où l’individu doit s’adapter à la ville, et non l’inverse (Marianne Peron-Doise).
En réponse aux logiques d’extraction et de contrôle, des formes de contestation organisées parviennent à émerger. La génération Z (Gen Z) a infirmé le présupposé d’une jeunesse apolitique. Du mouvement « Aragalaya » au Sri Lanka aux mobilisations au Bangladesh, en Indonésie, au Népal et à Madagascar, se dessine une dynamique régionale de contestation dont la force tient à l’horizontalité, à la digitalisation et à la capacité à inventer de nouveaux répertoires d’action.
Dans le cas du Népal, les réseaux sociaux ont transformé une révolte en véritable exercice démocratique, reconfigurant depuis l’intérieur les structures du pouvoir (Cynthia Petrigh et Pramod Jaiswal). À Madagascar, l’intelligence territoriale citoyenne – soit la production et le partage de savoirs locaux mobilisés à des fins d’action collective – a permis à une jeunesse organisée de révéler les limites des cadres étatiques de souveraineté et d’inventer une forme d’utopie concrète transnationale (Jérôme Vellayoudom).
Ainsi s’observe une forme de continuum : permanence – et sophistication croissante – des stratégies étatiques de contrôle des populations et des territoires ; irruption de contestations citoyennes inédites ; défis de résilience que posent, conjointement, les dérèglements climatiques et l’épuisement des modèles de développement extractiviste.
Face aux ravages de l’extractivisme, les communautés indonésiennes ne demeurent pas passives. Leurs contestations, même lorsqu’elles peinent à infléchir structurellement le modèle dominant, interrogent les conditions politiques, sociales et écologiques de la durabilité (Coline Laroche). Pour autant, ces mobilisations ne sont pas sans risques. Les réponses étatiques peuvent se durcir, le nationalisme progresser, la violence politique resurgir.
Elles attestent néanmoins qu’une autre relation entre citoyens et pouvoirs politiques peut s’écrire en Asie-Pacifique, et de l’idée que gouverner n’est pas dominer un espace, mais en assumer la charge avec celles et ceux qui l’habitent. Proclamant que « le Pacifique n’est pas un théâtre mais un sujet politique », le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, pose quant à lui une exigence de souveraineté écologique.
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20.07.2026 à 15:05
stagiairedecomm@iris-france.org
La Coupe du monde 2026 s’est achevée par une victoire de l’Espagne sur l’Argentine. Cette édition aura surtout été marquée par l’omniprésence du pouvoir politique, de la puissance et de l’argent. Jamais la FIFA n’avait semblé aussi docile face au pouvoir. Donald Trump, descendu sur la pelouse pour remettre le trophée, a symbolisé cette mainmise : un spectacle plus proche du Super Bowl que du football, avec des pauses publicitaires déguisées en pauses « fraîcheur » et une mi-temps allongée à 30 minutes. Les décisions arbitraires se sont multipliées : exclusion d’un arbitre somalien, interdiction de certaines délégations de supporters, ou encore l’obligation pour l’équipe d’Iran de jouer aux États-Unis sans y dormir, ajoutant une fatigue inutile aux joueurs. Donald Trump, qui n’aime pas le football mais adore les caméras, a utilisé l’événement pour afficher son pouvoir, au mépris de la crédibilité de la compétition. De plus, il est également intervenu pour éviter la suspension de l’attaquant américain, Folarin Balogun, rappelant les pires précédents du football, comme en 1934 sous Mussolini ou en 1982 avec le frère de l’émir du Koweït. Cette Coupe du monde a aussi marqué une avancée avec l’ouverture à 48 équipes, offrant une visibilité à des petites sélections et confirmant l’universalité du football. Mais cette expansion, si elle a permis plus de matchs et plus de revenus, n’a pas suffi à masquer les dérives : une FIFA aux ordres, un Infantino prêt à tout pour plaire à Trump, et des fédérations pauvres séduites par une redistribution inégale des richesses. Face à cette dérive, l’UEFA commence à s’agiter, tandis que le Conseil de l’Europe met en garde contre l’emprise croissante de l’argent et du pouvoir sur le sport. La prochaine édition, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, devra-t-elle subir les mêmes ingérences ? Ou saura-t-elle […]
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La Coupe du monde 2026 s’est achevée par une victoire de l’Espagne sur l’Argentine. Cette édition aura surtout été marquée par l’omniprésence du pouvoir politique, de la puissance et de l’argent. Jamais la FIFA n’avait semblé aussi docile face au pouvoir. Donald Trump, descendu sur la pelouse pour remettre le trophée, a symbolisé cette mainmise : un spectacle plus proche du Super Bowl que du football, avec des pauses publicitaires déguisées en pauses « fraîcheur » et une mi-temps allongée à 30 minutes.
Les décisions arbitraires se sont multipliées : exclusion d’un arbitre somalien, interdiction de certaines délégations de supporters, ou encore l’obligation pour l’équipe d’Iran de jouer aux États-Unis sans y dormir, ajoutant une fatigue inutile aux joueurs. Donald Trump, qui n’aime pas le football mais adore les caméras, a utilisé l’événement pour afficher son pouvoir, au mépris de la crédibilité de la compétition. De plus, il est également intervenu pour éviter la suspension de l’attaquant américain, Folarin Balogun, rappelant les pires précédents du football, comme en 1934 sous Mussolini ou en 1982 avec le frère de l’émir du Koweït.
Cette Coupe du monde a aussi marqué une avancée avec l’ouverture à 48 équipes, offrant une visibilité à des petites sélections et confirmant l’universalité du football. Mais cette expansion, si elle a permis plus de matchs et plus de revenus, n’a pas suffi à masquer les dérives : une FIFA aux ordres, un Infantino prêt à tout pour plaire à Trump, et des fédérations pauvres séduites par une redistribution inégale des richesses.
Face à cette dérive, l’UEFA commence à s’agiter, tandis que le Conseil de l’Europe met en garde contre l’emprise croissante de l’argent et du pouvoir sur le sport. La prochaine édition, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, devra-t-elle subir les mêmes ingérences ? Ou saura-t-elle préserver l’intégrité du football, loin des calculs politiques et financiers ?
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17.07.2026 à 14:25
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Depuis le déclenchement de la guerre le 15 avril 2023 entre les Forces armées soudanaises (Sudanese Armed Forces, SAF) du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces, RSF) dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », le Soudan est devenu l’épicentre de l’une des crises sécuritaires et humanitaires les plus graves du XXIe siècle. En un peu plus de trois ans, le conflit a provoqué l’effondrement de larges pans de l’appareil étatique, déplacé plus de quatorze millions de personnes, dont près de quatre millions de réfugiés dans les pays voisins, et placé plus de trente millions d’habitants en situation de dépendance à l’aide humanitaire, soit près des deux tiers de la population soudanaise. Pourtant, réduire cette guerre à une catastrophe humanitaire ou à une lutte de pouvoir entre deux appareils militaires constituerait une lecture incomplète. En raison de sa position géographique, à la jonction de la vallée du Nil, de la Corne de l’Afrique, de la mer Rouge et de l’espace sahélo-saharien, le Soudan occupe une fonction stratégique dont les effets dépassent largement son territoire national. La guerre accélère ainsi des recompositions régionales qui concernent directement la Libye, le Tchad, l’Égypte ainsi que l’ensemble du Sahara central. Cette note défend l’hypothèse selon laquelle le conflit soudanais agit moins comme une rupture que comme un accélérateur de dynamiques géopolitiques préexistantes. En s’appuyant sur une approche comparative entre les trajectoires soudanaise et libyenne, elle montre comment les espaces reliant le Darfour, Kufra et le Fezzan deviennent progressivement un continuum stratégique marqué par la circulation des groupes armés, l’intensification des économies de guerre, la recomposition des routes migratoires et l’affaiblissement des souverainetés étatiques. L’analyse met également en évidence que les crises soudanaise et libyenne ne doivent plus être étudiées séparément. Elles participent désormais d’un même système […]
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Depuis le déclenchement de la guerre le 15 avril 2023 entre les Forces armées soudanaises (Sudanese Armed Forces, SAF) du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces, RSF) dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », le Soudan est devenu l’épicentre de l’une des crises sécuritaires et humanitaires les plus graves du XXIe siècle. En un peu plus de trois ans, le conflit a provoqué l’effondrement de larges pans de l’appareil étatique, déplacé plus de quatorze millions de personnes, dont près de quatre millions de réfugiés dans les pays voisins, et placé plus de trente millions d’habitants en situation de dépendance à l’aide humanitaire, soit près des deux tiers de la population soudanaise.
Pourtant, réduire cette guerre à une catastrophe humanitaire ou à une lutte de pouvoir entre deux appareils militaires constituerait une lecture incomplète. En raison de sa position géographique, à la jonction de la vallée du Nil, de la Corne de l’Afrique, de la mer Rouge et de l’espace sahélo-saharien, le Soudan occupe une fonction stratégique dont les effets dépassent largement son territoire national. La guerre accélère ainsi des recompositions régionales qui concernent directement la Libye, le Tchad, l’Égypte ainsi que l’ensemble du Sahara central.
Cette note défend l’hypothèse selon laquelle le conflit soudanais agit moins comme une rupture que comme un accélérateur de dynamiques géopolitiques préexistantes. En s’appuyant sur une approche comparative entre les trajectoires soudanaise et libyenne, elle montre comment les espaces reliant le Darfour, Kufra et le Fezzan deviennent progressivement un continuum stratégique marqué par la circulation des groupes armés, l’intensification des économies de guerre, la recomposition des routes migratoires et l’affaiblissement des souverainetés étatiques.
L’analyse met également en évidence que les crises soudanaise et libyenne ne doivent plus être étudiées séparément. Elles participent désormais d’un même système régional où les conflits, les trafics, les ressources naturelles et les acteurs politico-militaires interagissent à l’échelle sahélo-saharienne. Cette évolution conduit à repenser les approches classiques de la sécurité régionale, encore largement centrées sur les frontières nationales, au profit d’une lecture davantage fondée sur les circulations transfrontalières, les économies politiques de la violence et les formes hybrides de gouvernance des périphéries.
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