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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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09.07.2026 à 17:02

Afghanistan-Pakistan : enjeux sécuritaires et diplomatiques

Coline Laroche              

En mai 2026, un nouveau décret a été promulgué en Afghanistan, autorisant le mariage des filles mineures. Cette mesure témoigne de l’aggravation de la situation dans le pays, notamment en ce qui concerne le recul des droits des femmes, quatre ans après le retour des talibans au pouvoir. La situation sécuritaire s’est également fortement dégradée, en particulier depuis le basculement en « guerre ouverte » des tensions entre le Pakistan et l’Afghanistan en février 2026. Ce conflit, autour des différends la contestation de la ligne Durand et par la lutte contre le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP), continue d’opposer les deux pays et fait craindre des répercussions sur la stabilité de la région. Parallèlement, le Pakistan cherche à renforcer son influence diplomatique en s’impliquant notamment dans les négociations liées à la guerre au Moyen-Orient, entre l’Iran, les États-Unis, Israël et les pays du Golfe. Quelles sont les conséquences du retour des talibans sur la situation et les droits des femmes afghanes ? Quels sont les risques d’escalade du conflit entre l’Afghanistan et le Pakistan ? Dans quelle mesure le Pakistan parvient-il à s’imposer comme un acteur diplomatique dans les négociations autour de la guerre au Moyen-Orient ? Le point avec Georges Lefeuvre, chercheur associé à l’IRIS. Après le retour des talibans au pouvoir en 2021, quel bilan peut-on dresser de la situation des femmes en Afghanistan ? Dans quelle mesure le décret promulgué en mai 2026, autorisant le mariage des filles mineures ayant atteint la puberté, risque-t-il d’aggraver la condition des femmes et des filles en Afghanistan ? Il n’y a pas de mots pour dire l’enfer que vivent les femmes en Afghanistan depuis le retour au pouvoir des talibans. Avant 2021 et selon une loi de 2009, l’âge minimum légal pour le mariage des jeunes filles était de 16 ans. Certes, cette loi n’était pas […]

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Texte intégral (2366 mots)

Après le retour des talibans au pouvoir en 2021, quel bilan peut-on dresser de la situation des femmes en Afghanistan ? Dans quelle mesure le décret promulgué en mai 2026, autorisant le mariage des filles mineures ayant atteint la puberté, risque-t-il d’aggraver la condition des femmes et des filles en Afghanistan ?

Il n’y a pas de mots pour dire l’enfer que vivent les femmes en Afghanistan depuis le retour au pouvoir des talibans. Avant 2021 et selon une loi de 2009, l’âge minimum légal pour le mariage des jeunes filles était de 16 ans. Certes, cette loi n’était pas toujours appliquée hors des villes, particulièrement dans les zones rurales les plus pauvres où la vente d’une petite fille, pour 2000 à 3000 dollars, permettait au reste de la famille de subsister au moins une année. Mais cette pratique ancienne a connu un net rebond en cinq ans, parce que le régime taleb n’y voit aucun inconvénient et que la misère s’est accrue depuis 2021. Selon une étude publiée par Amu TV et reprise par Courrier International le 14 février 2024, ce sont 118 fillettes de 6 à 10 ans qui ont été vendues depuis 2021 à Shahrak-e-Sabz, un camp de déplacés dans la province de Herat tandis que 116 autres seraient déjà « mises en vente ».

Or le décret n°18, promulgué le 14 mai dernier, traite du droit des époux et épouses à divorcer, mais c’est une mascarade : en effet, l’intention pourrait sembler vertueuse puisqu’elle permettrait aux jeunes filles mariées dès la petite enfance, de demander le divorce au moment de leur puberté, ce qui revient à reconnaître de facto ces mariages forcés antérieurs à ladite puberté puisqu’ils ne pourraient être défaits que par voie de justice. Or une disposition de la loi précise que le silence d’une jeune fille ayant atteint l’âge de la puberté, équivaut à un consentement du mariage précédemment arrangé. Et l’expérience, corroborée par l’article 22 du nouveau décret, prouve que la jeune fille, si elle est entendue par un tribunal taleb, n’obtiendra pas le divorce sans l’accord de sa belle-famille, même en cas de mauvais traitements avérés. Il existe bien une pratique de « rachat » de la jeune fille qui veut quitter son mari, mais le prix exigé est tel qu’aucune famille dans le besoin ne peut se le permettre.

Nous sommes donc bien loin de la promesse faite par Sher Abbas Stanekzaï, vice-ministre des Affaires étrangères, lorsqu’il n’était alors qu’un des négociateurs des accords de Doha. Lors d’une conférence de la paix organisée à Moscou en février 2019, il s’était engagé au nom des talibans : « les droits sociaux, économiques, politiques et éducatifs seront garantis aux femmes, conformément aux principes de l’Islam ». Tout dépend donc des « principes de l’Islam », compris de manière ultra rigoriste par le guide suprême Akhunzada, contrairement à certains de ses ministres, et non des moindres. Maigre espoir que de telles fissures pourraient affaiblir le régime taleb et le rendre impraticable, à condition bien sûr que la communauté internationale se garde de le reconnaître officiellement ou simplement de lui faire trop de concessions par réalisme politique régional ou intérêts économiques (richesse du sous-sol) et logistiques (projets de transits). 

En parallèle, des frappes pakistanaises ont à nouveau visé le territoire afghan, dont celle du 29 juin qui aurait tué 25 terroristes selon le Pakistan et 38 civils selon l’Afghanistan. Comment expliquer cette récente reprise des hostilités entre Islamabad et Kaboul, après le déclenchement d’un conflit ouvert en février 2026, enraciné dans le différend historique opposant les deux pays autour de la ligne Durand ? Quels sont les risques d’une aggravation des tensions entre les deux pays sur la stabilité régionale ?

Il ne s’agit pas d’une reprise des hostilités, mais bien d’une continuation en forme d’escalade. Et ce n’est plus un simple « conflit », qui perdure d’ailleurs depuis des décennies autour de la Ligne Durand, mais bien d’une « guerre ouverte » annoncée par le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, en octobre 2025[1]. Or, lorsqu’un État entre en guerre, il engage les moyens d’un État, dont les attaques de son armée de l’air comme celles du 27 février 2026 sur Kaboul et Kandahar, puis à nouveau le 29 juin dernier sur trois provinces afghanes de le la frontière, Paktia, Paktika et Kunar. Ces frappes sont comprises comme autant de réponses conventionnelles à une guerre asymétrique que mène le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP), par des attaques terroristes contre les forces pakistanaises dans les districts — ex « zones tribales » — qui bordent la Ligne Durand, au prétexte qu’il s’agit là de «territoires usurpés » que « l’Afghanistan récupérera un jour par la grâce d’Allah le tout puissant», selon l’expression du vice-ministre afghan de l’intérieur, Nabi Omari, cité par Ariana News le 10 octobre 2025. D’autres déclarations du même acabit par le vice-ministre afghan des Affaires étrangères Stanekzaï (déjà cité ci-dessus) ou celui de l’Information, Zabiullah Mujahid[2], montrent à l’envi que les talibans historiques du nouvel Émirat afghan, soutiennent leurs cousins pakistanais du TTP ou, à tout le moins apportent leur consentement de principe. Or, selon le South Asia Terrorism Portal, les actes terroristes du TTP ont fait 3 890 morts au Pakistan, pour la seule année 2025[3] et menacent gravement la stabilité politique et territoriale du Pakistan.
Ainsi, le vieux conflit autour de la Ligne Durand est devenu une guerre ouverte et l’inquiétude va croissante, car on ne voit ni comment ni pourquoi cela cesserait. La médiation de la Chine en avril dernier n’a rien donné. Déjà en octobre 2025, après les premiers bombardements de l’aviation pakistanaise, le Qatar puis la Turquie avaient échoué dans leur mission de médiateurs. Mais il faut dire que les rencontres de Doha et d’Istanbul avaient été officiellement déclarées « techniques ». Or, il n’y aura jamais de solution durable à ce conflit — on le sait depuis au moins 1947 — aussi longtemps que seront ignorés ou dissimulés, par les deux États concernés, mais aussi par la communauté internationale, les vieux ancrages historiques et anthropologiques de la question.

Comment expliquez-vous le rôle du Pakistan dans les négociations entre l’Iran, les États-Unis, Israël, les pays du Golfe ? Est-ce que cela renforce son rôle dans la région ?

Les relations US-Pakistan étaient exécrables pendant le premier mandat de Donald Trump. On se souvient de son tweet rageur, le 1er janvier 2018 : « Les États-Unis ont bêtement donné 33 milliards de dollars d’aide au Pakistan ces quinze dernières années, et il ne nous a rien donné en retour, […] prenant nos dirigeants pour des idiots. Ils abritent les terroristes que nous pourchassons en Afghanistan, c’est fini ! » Tout a bien changé depuis : en mai 2025, Trump prétend avoir mis fin au conflit armé entre l’Inde et le Pakistan. Du coup, le Premier ministre pakistanais Shabbaz Sharif propose la nomination de Trump au prix Nobel de la paix. Flatté, celui-ci diminue les droits de douane sur les produits pakistanais de 29 à 19 %, et invite à la Maison-Blanche à la fois le Premier ministre Sharif et son chef d’état-major des armées, Asif Mounir. Pour parler de quoi ? De tout, mais surtout de terres rares que le Pakistan possède en grande quantité, pour une valeur estimée à 6.000 milliards dollars. Où ? Essentiellement… au Balouchistan ! Les États-Unis ajoutent le groupe séparatiste Balochistan Liberation Army à sa liste des organisations terroristes et réactive sa coopération anti-terroriste avec le Pakistan, ce qui convient très bien à l’Iran qui a fort à faire lui aussi avec les insurgés du Sistan, la partie iranienne du Balouchisran. Voilà donc les États-Unis et le Pakistan à nouveau amis.
 
Or le Pakistan et l’Iran ont des relations plutôt apaisées, malgré leur différenciation entre Islam sunnite et Islam chiite ; ils ont des intérêts communs dont la gestion vitale de l’eau du bassin transfrontalier de Helmand, mais aussi le fameux oléoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI) jamais achevé à cause des sanctions américaines contre l’Iran depuis la dénonciation par Donald Trump du traité de Vienne 2015 sur le nucléaire iranien. En contrepartie, l’Iran n’a pas de relations diplomatiques — ni relations informelles directes — avec les États-Unis. Le Pakistan se trouve ainsi en bonne position d’intermédiaire.
 
Par ailleurs le Pakistan a depuis toujours d’excellentes relations avec l’Arabie saoudite qui lui accorde souvent des prêts à très faibles taux d’intérêts lorsque le Fonds monétaire international (FMI) se dérobe ou fait la moue ! Le soutien saoudien aux talibans historiques (1994-2001… un peu plus compliqué ensuite) a presque toujours été sans faille, et Riyad, à l’instar d’Islamabad, a mieux compris que Washington la différence entre talibans (mollah Omar) et Al-Qaïda (Ben Laden puis Al-Zawahiri)… Agenda national « pashtoune » pour les premiers, international pour les seconds. Enfin, le Pakistan (puissance nucléaire) a conclu un accord stratégique avec l’Arabie saoudite, le 17 septembre 2025. Le contenu de cet accord n’a pas été publié mais l’on sait de plusieurs sources que le Pakistan a déjà envoyé quelques milliers de soldats et des avions de chasse F16 sur des bases saoudiennes, dès le début de la guerre en Iran. En contrepartie, preuve des intérêts croisés des deux pays, Les Échos du 15 avril dernier mentionnent un prêt de 3 milliards de dollars au Pakistan qui vient abonder un précédent dépôt de 5 milliards dont le remboursement est reporté.
 
En contrepartie, les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite, ont toujours été concurrentes et complexes pour ne pas dire méfiantes, jusqu’à rupture totale de 2016 à 2023, à la suite de l’exécution d’un dignitaire chiite, Nimr al-Nimr, le 2 janvier 2016. Certes ces relations ont été rétablies (sous l’égide de la Chine) et se sont même réchauffées depuis 2023. Mais tout cela est trop récent pour en faire un axe solide, d’autant qu’Israël et les États-Unis voient cela d’un assez mauvais œil. Donc là aussi le Pakistan avait sa carte à jouer.

Le Pakistan a également de bonnes relations avec le Qatar qui a joué un rôle majeur entre les talibans et les États-Unis lors de la négociation de l’accord de Doha de février 2020. Enfin, les relations avec Oman sont excellentes depuis toujours, et Oman a un rôle prépondérant dans la question et la gestion du détroit d’Ormuz.
 
Pour toutes ces bonnes raisons, le Pakistan souhaite qu’un accord entre l’Iran, les États-Unis et Israël, soit nommé « Accord d’Islamabad », ce qui redorerait son blason à l’international et mettrait en évidence son rôle incontournable dans la géopolitique régionale.


[1] Lire Georges Lefeuvre, « Pakistan-Afghanistan : aux origines d’un basculement dans une guerre ouverte », IRIS, 12 mars 2026 : https://www.iris-france.org/pakistan-afghanistan-aux-origines-dun-basculement-dans-une-guerre-ouverte/
 
[2] Lire Georges Lefeuvre, « Afghanistan-Pakistan. Pourquoi la Ligne Durand brûle-t-elle ? », Orient XXI, 23 avril 2026 :
https://orientxxi.info/Pakistan-Afghanistan-Pourquoi-la-ligne-Durand-brule-t-elle
 
[3] Tushar Ranjan Mohanty, « Khyber Pakhtunkhwa : Persistent Peril », South Asia Intelligence Review, Vol.24, n°38, 9 mars 2026.
 

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09.07.2026 à 15:24

OTAN : Trump impose sa loi

stagiairedecomm@iris-france.org

Le sommet de l’OTAN s’est achevé à Ankara dans une apparente unité, alors que les tensions et les craintes quant à l’avenir de l’Alliance n’ont jamais été aussi fortes. Trois grands vainqueurs se dégagent de cette rencontre : Recep Tayyip Erdoğan, qui a su tirer profit de la présence des dirigeants mondiaux pour renforcer son prestige diplomatique malgré ses difficultés intérieures ; Donald Trump, dont l’influence et les caprices ont une fois de plus dicté le ton des discussions ; et Volodymyr Zelensky, qui a obtenu des signes d’appui concrets, comme la possibilité pour l’Ukraine de produire des missiles Patriot sous licence. Pourtant, derrière les déclarations d’unité et d’amour mutuel, les fissures sont bien réelles. Trump, toujours imprévisible, a alterné entre menaces et flatteries, reprochant aux Européens leur manque d’engagement financier et militaire. Les dirigeants européens, craignant un retrait américain ou une coupure des aides à l’Ukraine, ont adopté une posture servile, multipliant les concessions et les achats d’équipements militaires aux États-Unis pour apaiser le président. Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a poussé cette logique à son paroxysme, préférant la soumission à la fermeté, au risque de discréditer l’Europe aux yeux de Washington. Mais les tensions ne se limitent pas uniquement à l’OTAN. Trump a relancé ses menaces d’annexion du Groenland, rappelant que ce dossier reste ouvert malgré l’opposition unie des Européens. Par ailleurs, la Syrie, retirée de la liste américaine des États soutenant le terrorisme, pourrait bénéficier d’un regain économique, tandis que l’Ukraine, bien que soutenue, voit son adhésion à l’Alliance rester un sujet de blocage. Ce sommet a donc confirmé que l’OTAN tient debout, mais au prix d’une servilité pour l’Europe qui interroge sur l’avenir de l’Alliance. Mon analyse dans cette vidéo.

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Le sommet de l’OTAN s’est achevé à Ankara dans une apparente unité, alors que les tensions et les craintes quant à l’avenir de l’Alliance n’ont jamais été aussi fortes. Trois grands vainqueurs se dégagent de cette rencontre : Recep Tayyip Erdoğan, qui a su tirer profit de la présence des dirigeants mondiaux pour renforcer son prestige diplomatique malgré ses difficultés intérieures ; Donald Trump, dont l’influence et les caprices ont une fois de plus dicté le ton des discussions ; et Volodymyr Zelensky, qui a obtenu des signes d’appui concrets, comme la possibilité pour l’Ukraine de produire des missiles Patriot sous licence.

Pourtant, derrière les déclarations d’unité et d’amour mutuel, les fissures sont bien réelles. Trump, toujours imprévisible, a alterné entre menaces et flatteries, reprochant aux Européens leur manque d’engagement financier et militaire. Les dirigeants européens, craignant un retrait américain ou une coupure des aides à l’Ukraine, ont adopté une posture servile, multipliant les concessions et les achats d’équipements militaires aux États-Unis pour apaiser le président. Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a poussé cette logique à son paroxysme, préférant la soumission à la fermeté, au risque de discréditer l’Europe aux yeux de Washington.

Mais les tensions ne se limitent pas uniquement à l’OTAN. Trump a relancé ses menaces d’annexion du Groenland, rappelant que ce dossier reste ouvert malgré l’opposition unie des Européens. Par ailleurs, la Syrie, retirée de la liste américaine des États soutenant le terrorisme, pourrait bénéficier d’un regain économique, tandis que l’Ukraine, bien que soutenue, voit son adhésion à l’Alliance rester un sujet de blocage.

Ce sommet a donc confirmé que l’OTAN tient debout, mais au prix d’une servilité pour l’Europe qui interroge sur l’avenir de l’Alliance. Mon analyse dans cette vidéo.

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09.07.2026 à 14:42

« La mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines » – 4 questions à Caroline Roussy.

stagiairedecomm@iris-france.org

Pour vous, le fait que les frontières de l’Afrique aient été tracées à la Conférence de Berlin de 1885 est un mythe… Oui, en effet. Contrairement à une idée largement répandue, les frontières africaines n’ont pas été tracées à Berlin. Je sais que cette affirmation touche à quelque chose de très sensible, que c’est presque un coup de poing infligé aux détracteurs de Berlin, parce que cette conférence est devenue un mythe, un totem indéboulonnable. Pour beaucoup, c’est le point zéro de la tragédie africaine : mal-développement, guerres, génocides. Je ne suis pas là pour contester la douleur ou le ressenti ; d’ailleurs, qui serais-je pour le faire ? En revanche, je pense que l’on peut distinguer le mythe de l’histoire. Et c’est de ce côté que j’ai souhaité me placer dans mon essai, sans jamais minimiser la violence coloniale. Avant d’entrer dans le détail de Berlin, je pense qu’il est nécessaire de préciser que cette conférence s’est étirée sur plusieurs mois. Tout ne s’est pas déroulé en un jour, comme certains peuvent le croire. Elle a commencé en novembre 1884 et s’est achevée en février 1885, au terme de dix rencontres. Dans les journaux de l’époque, il est intéressant de relever que la conférence était indifféremment présentée comme « conférence de l’Afrique de l’Ouest » ou « Conférence du bassin du fleuve Congo » ; signe que le sujet de cette rencontre internationale était mal identifié. Le mot « frontière », quant à lui, n’apparaît jamais. Le souci principal du chancelier Otto von Bismarck, à l’initiative de cette rencontre, à laquelle il a convié quatorze puissances[1], est d’emblée formulé comme suit : « Le but de la Conférence est de garantir la liberté du commerce dans le bassin du Congo, d’assurer la liberté de navigation sur ce fleuve, d’étendre […]

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Pour vous, le fait que les frontières de l’Afrique aient été tracées à la Conférence de Berlin de 1885 est un mythe…

Oui, en effet. Contrairement à une idée largement répandue, les frontières africaines n’ont pas été tracées à Berlin. Je sais que cette affirmation touche à quelque chose de très sensible, que c’est presque un coup de poing infligé aux détracteurs de Berlin, parce que cette conférence est devenue un mythe, un totem indéboulonnable. Pour beaucoup, c’est le point zéro de la tragédie africaine : mal-développement, guerres, génocides. Je ne suis pas là pour contester la douleur ou le ressenti ; d’ailleurs, qui serais-je pour le faire ? En revanche, je pense que l’on peut distinguer le mythe de l’histoire. Et c’est de ce côté que j’ai souhaité me placer dans mon essai, sans jamais minimiser la violence coloniale.

Avant d’entrer dans le détail de Berlin, je pense qu’il est nécessaire de préciser que cette conférence s’est étirée sur plusieurs mois. Tout ne s’est pas déroulé en un jour, comme certains peuvent le croire. Elle a commencé en novembre 1884 et s’est achevée en février 1885, au terme de dix rencontres. Dans les journaux de l’époque, il est intéressant de relever que la conférence était indifféremment présentée comme « conférence de l’Afrique de l’Ouest » ou « Conférence du bassin du fleuve Congo » ; signe que le sujet de cette rencontre internationale était mal identifié. Le mot « frontière », quant à lui, n’apparaît jamais.

Le souci principal du chancelier Otto von Bismarck, à l’initiative de cette rencontre, à laquelle il a convié quatorze puissances[1], est d’emblée formulé comme suit : « Le but de la Conférence est de garantir la liberté du commerce dans le bassin du Congo, d’assurer la liberté de navigation sur ce fleuve, d’étendre à toutes les nations les avantages du commerce et de la civilisation, et de favoriser le bien-être moral et matériel des populations indigènes. » Dans cette déclaration préliminaire, les préoccupations sont d’ordre libre-échangiste et, par une théorie du ruissellement avant l’heure, prétendent participer au bon développement des populations indigènes. Déjà on pense à leur place…

Toutefois, il ne faut pas se le cacher : le récit de Berlin est le récit de la domination. C’est ce que nous avons appris dans les manuels scolaires : une mise en coupe réglée du continent, sans difficulté. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer la célèbre caricature de Draner (Jules Renard de son vrai nom), croquant Bismarck penché avec un immense couteau sur un gâteau estampillé Afrique, avec pour toute légende : « À chacun sa part, s’il est bien sage ».

À l’origine pourtant, cette image n’est qu’une vignette minuscule, perdue parmi onze autres sur une planche dans la « Revue comique du mois », publiée dans L’Illustration. Une page où se mêlent scènes de vie quotidienne, caricatures mondaines et politiques. Cette image s’est imposée dans les représentations au point d’être devenue un discours en soi. L’image a gagné sur les faits, le mythe sur les archives.

À l’époque, elle mettait en scène la domination coloniale ; aujourd’hui, le contre-récit continue de s’appuyer sur cette image produite en situation coloniale pour en dénoncer l’abomination. À force d’être répétée, elle est devenue une forme de doxa, une évidence qu’il semble presque impossible de remettre en question. Pour paraphraser le géographe Michel Foucher, elle est devenue « un obstacle à la compréhension des phénomènes géopolitiques ».

Il ne s’agit pas de dire qu’il ne s’est rien passé à Berlin. Bien au contraire. C’est la première conférence internationale consacrée à l’Afrique… mais sans les Africains. Quatorze puissances s’arrogent le droit de décider à leur place : ils sont déjà objectivés. Cette mise à l’écart est d’une violence politique et symbolique inouïe. Ce sentiment inébranlable de supériorité s’installe. Les cadres de pensée se figent et, aujourd’hui encore, distillent le venin du racisme.

Ensuite, deux articles de l’Acte général vont précipiter ce que les historiens appellent le Scramble for Africa, la ruée vers l’Afrique, en consacrant le principe de l’occupation effective : il faut désormais prouver que l’on occupe un territoire pour faire reconnaître sa souveraineté. C’est un détonateur : celui des massacres de la mission Voulet-Chanoine, des génocides des Herero et des Nama en Namibie. Des pages sombres de la colonisation européenne.

Dans la séquence de Berlin se joue également la reconnaissance internationale des possessions de l’Association internationale du Congo, derrière laquelle se trouve le roi des Belges, Léopold II. Quelques mois plus tard est proclamé l’État indépendant du Congo, dont il devient le souverain. Sous couvert de philanthropie, Léopold II nourrit un projet capitaliste abject qui se traduira par le travail forcé, les mutilations et les amputations, des corps défigurés. Mais, en 1885, cet État n’est pas encore territorialement délimité.

Pourquoi affirmer que les frontières n’ont pas été tracées à Berlin est-il une distinction importante ? Tout simplement parce que cela oblige à se poser d’autres questions : quand ont-elles été tracées ? Comment ? Par qui ? Quels acteurs étaient en présence ? Quelles connaissances les colonisateurs avaient-ils ou non du terrain ? Pourquoi, enfin, ont-elles si peu changé depuis ?

Mon objectif est de déplacer le regard, de déconstruire certaines idées reçues. Je ne suis pas pionnière en la matière et m’inscris dans le sillage de chercheurs comme Michel Foucher, Camille Lefebvre, Isabelle Surun ou Simon Katzenellenbogen, qui a écrit un article au titre pour le moins éloquent : « It didn’t happen at Berlin »[2]. Il s’agit de comprendre que les frontières sont des processus historiques et politiques qui s’inscrivent dans le temps long. Et c’est ce temps long que j’ai tenté de restituer.

Vous écrivez que la colonisation n’a pas inventé les frontières…

Oui. Avant d’entrer dans un plus long développement sur les frontières des royaumes, des empires et des formations politiques africaines précoloniales qui ont bel et bien existé, le continent n’ayant jamais été une terra nullius sans histoire, je souhaiterais apporter une ou deux précisions qui me semblent d’importance.

Aujourd’hui encore, j’entends ou je lis que les frontières coloniales auraient pu être tracées autrement. C’est vrai, mais il faut aussi regarder au cas par cas. Une étude récente américaine affirme que 62 % des frontières bilatérales africaines ont été tracées à partir de segments de frontières précoloniales[3].  Cela ne veut pas dire que les colonisateurs ont suivi strictement ces frontières mais qu’ils s’y sont appuyés. Après mettre bout à bout des segments de frontières délimitant un territoire, c’est encore une autre histoire…

Dans cette volonté de réécrire les frontières héritées de la colonisation, certains plaident pour qu’elles s’appuient sur des critères sociolinguistiques. C’est là que le bât blesse. Au sein d’un même groupe sociolinguistique, il peut y avoir des tensions, des clans, des rapports de force qui évoluent au gré de la conjoncture. Ce n’est pas une donnée homogène, dénuée de toute dynamique interne.

Je suis obligée également de noter que cette volonté de redessiner les frontières africaines n’est pas nouvelle. Dans l’entre-deux-guerres, cette possibilité avait déjà été sérieusement envisagée. À chaque fois, ce sont des lectures exogènes au nom d’un paternalisme bonhomme, délestées des réalités endogènes.

L’histoire des royaumes et des empires montre une réalité très différente : des populations appartenant à des groupes socioculturels distincts coexistaient. Le Gabou, empire mandingue qui recouvrait des parties des actuels Sénégal et Gambie ainsi que de la Guinée-Bissau, en est un exemple. Il chute en 1867, lors de la bataille de Kansala, sous l’assaut de combattants peuls, qui y avaient été réduits à l’état d’esclaves.

Pour revenir à la question précise des frontières précoloniales, il convient d’abord de savoir de quelle époque on parle. Les empires, les royaumes ont pu péricliter quand d’autres ont émergé. Au XIXe siècle, le continent africain, exsangue des suites de l’odieuse traite négrière, était sous-peuplé.

Si, sur certains sujets, il existe des bréviaires, s’agissant des frontières précoloniales, il me semble qu’il faut lire les travaux de Camille Lefebvre. Elle a très justement démontré que, pour comprendre ces frontières, il faut se débarrasser des représentations européennes du territoire et comprendre qu’elles étaient mobiles, négociées ; dans tous les cas, jamais figées derrière une ligne-frontière. Elles étaient plus ou moins épaisses selon les configurations.

Elles pouvaient être surveillées par des ribats, des places fortifiées établies aux marges du territoire, comme dans le cas du califat de Sokoto, vaste ensemble politique qui s’étendait principalement sur le nord de l’actuel Nigeria et une partie de l’actuel Niger.

Ces frontières correspondaient plus ou moins à des limes, c’est-à-dire à des zones de confins, des espaces de séparation, de contact et de contrôle. Toujours suspendues, mouvantes, elles étaient liées à des formes de souveraineté et de maîtrise du territoire qui ne correspondent en rien aux projections que l’on peut avoir de nos jours.

La colonisation a introduit le trait, la ligne-frontière, figeant un continent qui, jusque-là, respirait autrement. C’est ce souffle que la colonisation a éteint.

Penser que les colonisateurs ont tracé des frontières, puis contrôlé les territoires revient, selon vous, à valider une forme d’omnipotence coloniale. Vous voulez raconter la part africaine des frontières.

Oui. Cela étant, il convient de considérer qu’il s’agit d’une histoire longue. Comme je l’ai dit un peu plus tôt, les frontières sont des processus. Je ne nie pas les violences coloniales. Je cherche à comprendre pourquoi, depuis l’époque coloniale, malgré leur mauvaise réputation (artificielles, tracées au hasard à Berlin), ces frontières perdurent.

Quand j’ai commencé ma thèse sur la frontière sénégalo-gambienne, la question qui m’a animée était la suivante : pourquoi diable les colonisateurs ont-ils tracé un pays dans un autre ? C’est absurde. Je me suis demandé pourquoi cette frontière demeurait inchangée. C’est en défrichant les archives, en menant des enquêtes de terrain, que j’ai compris une réalité bien complexe.

La frontière tient parce que des acteurs, à différents niveaux d’échelle, se la sont appropriée et parce qu’elle est devenue une ressource. Comme je le montre dans le livre, la frontière est une coproduction dans un cadre profondément dissymétrique. Les colonisateurs avaient plus ou moins une idée de grandeur territoriale, alors que les chefs locaux, ou ceux qui ont souhaité se mettre au service des colonisateurs pour préserver leur pouvoir ou pour en obtenir, étaient arrimés à des grilles de lecture locales. Le maillage administratif s’est construit avec les Africains. Comme l’écrit Mahmood Mamdani, ils étaient des fonctionnaires coloniaux. Après, ne soyons pas dupes : ils jouaient aussi leur propre partition en fonction de leurs intérêts.

Ensuite, comme l’écrit Michel Foucher, les frontières sont des objets : « sans les pratiques, elles sont muettes ». Les réseaux commerçants, alors rejetés dans l’illicite, leurs acteurs qualifiés de contrebandiers, profitent de l’effet-frontière. C’est d’autant plus marqué lorsque les régimes fiscaux divergent. Assez grossièrement, le Sénégal était protectionniste, la Gambie libre-échangiste. Les récoltes arachidières ont longtemps pris le chemin de la Gambie par l’entremise d’intermédiaires africains. Ces pratiques ont concouru à entériner la frontière, comme la frontière a rendu ces pratiques pertinentes.

Mais, pour bien comprendre ce processus à ras du sol, qui diverge de celui des États, il y a un exemple qui me semble particulièrement parlant. Dans les années 1960, il semblait naturel, pour de nombreux acteurs, que la Gambie intègre le Sénégal. Mais la forme de cette union posait problème : association, fédération ou confédération ?

Pour trancher le problème, une mission onusienne a été diligentée sur place. En sus de la capitale qui n’y était pas favorable, les émissaires se heurtèrent, contre toute attente, puisque les populations de part et d’autre étaient supposément les mêmes, à de très fortes oppositions. Dans le protectorat, les trente-cinq chefs de districts étaient très au fait des débats en cours. Soucieux de conserver leur poste et leur prestige, ils firent clairement savoir à la mission onusienne qu’ils n’étaient pas favorables à un rapprochement entre la Gambie et le Sénégal.

Omar Mbacké, l’un de ces chefs, pourtant membre de la grande famille sénégalaise des Mbacké du khalife général des mourides, avait du reste confirmé que cette hostilité était imputable à la dégradation de la position de leurs homologues dans l’organigramme administratif sénégalais. Ces chefs s’étaient façonnés contre et avec l’administration coloniale britannique. La Gambie devait embrasser une trajectoire dissociée de celle du Sénégal.

Au moment des indépendances, les frontières avaient été étrennées par les Africains, qui ne furent ni totalement victimes ni totalement libres, puisqu’ils étaient des sujets contraints, mais avaient su jouer des interstices. Les colonisateurs ne furent jamais omnipotents. En période de crise, ils purent envoyer des colonnes pour démontrer leur pouvoir mais, en dehors de ces moments, ils laissaient faire. Et l’on ne peut faire mystère du fait que certains gouverneurs intimèrent aux administrateurs de sortir de leur véranda. C’est dire combien ils préféraient rester à domicile…

La frontière n’est pas seulement une limite territoriale, elle est également une ressource économique et politique…

Oui, c’est une ressource économique pour « les barons fraudeurs » qui en retirent des bénéfices substantiels, mais aussi pour les populations qui vivent dans la proximité immédiate de la frontière. Mais, dans ce dernier cas, elles sont inscrites dans des économies de survie. Je me souviens qu’en 2009, j’observais les hommes, calculette à la main, calculer les taux de change entre le dalasi, côté gambien, et le franc CFA, côté sénégalais, comparer les prix des tomates, du sucre, du riz, pour acheter, selon les écarts, ces produits côté sénégalais ou gambien.

Les États, ou plutôt les gouvernants, ont longtemps adopté une politique du laisser-faire, laisser-aller, non pas parce qu’ils n’avaient pas de politiques frontalières, mais parce que d’une part il y a souvent une collusion entre les contrebandiers et les États et que d’autre part ils étaient convaincus que, comme les populations étaient les mêmes de part et d’autre de la frontière, elles poseraient les bases d’une intégration par le bas, prélude à une intégration interétatique, voire au niveau des Communautés économiques régionales (CER).

Mais les populations, tout en étant possiblement les mêmes, ont intégré qu’elles dépendaient de systèmes administratifs différents. Par conséquent, malgré cette ressemblance supposée, elles ne sont plus exactement les mêmes. Cela correspond exactement à l’exemple d’Omar Mbacké que j’ai développé plus haut.

Mais ce laisser-faire et le fait que les États ne soient pas toujours intervenus lorsqu’il y avait des problèmes en situation de frontière ont conduit certaines populations à se sentir marginalisées, oubliées du système. Enfin, dans d’autres cas, pour désorganiser les circuits de contrebande, les États peuvent décider de fermer leur frontière. En août 2019, le Nigeria a ainsi fermé ses frontières terrestres, notamment avec le Bénin, pour lutter contre la contrebande et protéger sa production nationale, en particulier de riz et de volaille.

Aujourd’hui, la frontière, cet espace d’entre-deux qui a ses propres manières d’être à l’État et à la nation, est devenue une ressource dont se saisissent les groupes armés. Au début des années 2020, le JNIM[4] et l’EIGS[5] étaient particulièrement actifs dans la zone dite des trois frontières, à la jonction du Mali, du Burkina Faso et du Niger. D’autres exemples pourraient être cités.

Mais, dans ce cas, j’ai relevé deux écueils. Le premier est d’affirmer que les terroristes n’ont pas de frontières. C’est précisément l’inverse : ils les utilisent, notamment pour contrôler les circuits de marchandises. Du bétail volé au Burkina Faso, au Mali ou au Niger a ainsi été revendu au Bénin, en Côte d’Ivoire ou au Ghana, en dessous des prix du marché. Ces trafics peuvent contribuer au financement de groupes armés. Le contrôle des routes est primordial, comme l’a encore montré le blocus sur les importations de carburant imposé par le JNIM au Mali à partir de septembre 2025 et dont Bamako a durement subi les effets.

Auprès des populations, ils imposent la zakat, un impôt, en échange de leur sécurité. Évidemment, ce n’est pas une règle générale et immuable, puisque l’on observe que les attaques, depuis 2012, sont en constante augmentation.

Ensuite, au regard de l’évolution de l’EIGS, aujourd’hui désigné sous l’acronyme ISS certains ont avancé l’hypothèse que le groupe avait pour objectif de créer, dans la zone des trois frontières, un califat. Cette hypothèse a pu être nourrie par la propre communication du groupe. Mais un territoire clairement identifiable, retranché derrière des frontières reconnues, le rendrait nécessairement vulnérable et rend cette option peu probable.

Au regard de ces différents éléments, je pense que les acteurs, même armés, ont intérêt au maintien des frontières internationales, suivant un agenda propre, et que celles-ci ne disparaîtront pas, sans pour autant exclure des processus de fragmentation au regard des demandes de sécession comme celle de l’Azawad dans le nord du Mali.

Au travers de mon essai, je pose des hypothèses, avec pour ambition d’ouvrir le débat et non de le clore.


[1] Ces quatorze puissances sont : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède-Norvège et Empire ottoman.

[2] KATZENELLENBOGEN Simon, « It Didn’t Happen at Berlin: Politics, Economics and Ignorance in the Setting of Africa’s Colonial Boundaries », in NUGENT Paul Nugent et ASIWAJU A. I. (dir.), African Boundaries: Barriers, Conduits and Opportunities, Londres, Pinter, 1996.

[3] Voir https://www.aehnetwork.org/blog/african-borders-neither-random-nor-decided-at-the-berlin-conference/

[4] Acronyme arabe. En français, l’acronyme utilisé est GSIM soit groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans.

[5] EIGS : État islamique au Grand Sahara, aujourd’hui remplacé par l’acronyme ISS soit Islamic State in the Sahel.

L’article « La mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines » – 4 questions à Caroline Roussy. est apparu en premier sur IRIS.

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