
29.05.2026 à 10:31
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Presque 10 ans après la tentative du coup d’État du 16 juillet 2016, la stratégie liberticide mise en œuvre par les autorités politiques turques continue à s’appliquer d’une façon préoccupante et ne manque pas d’interpeller. Coup sur coup, deux événements se conjuguent en effet ces derniers jours et indiquent combien l’État de droit est constamment et méthodiquement affaibli, en même temps que des lignes de faille semblent se cristalliser au sein du pouvoir et de la coalition qui dirige le pays. Il s’agit tout d’abord de la destitution de la direction du Parti républicain du peuple (CHP), le parti fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Cette direction, élue à l’issue du congrès du parti à la fin de l’année 2023, avait battu l’équipe sortante incarnée par Kemal Kiliçdaroğlu. Celui-ci avait été le candidat malheureux de l’opposition, pourtant unie, face à un Recep Tayyip Erdoğan qui remportait alors une nouvelle victoire électorale présidentielle en mai 2023. Kemal Kiliçdaroğlu avait à l’époque fait une campagne d’entre deux tours aux relents xénophobes, n’hésitant pas à utiliser des thèmes s’apparentant à celui du grand remplacement, principalement dirigés contre les réfugiés syriens alors que la guerre civile continuait à faire rage dans leur pays d’origine. À l’issue dudit congrès, des délégués battus, donc minoritaires, ont initié un recours en justice, arguant d’irrégularités, notamment l’achat de voix de délégués. Après une longue procédure, le verdict est donc tombé le 21 mai dernier. Refusant de quitter le siège du parti, les dirigeants et militants présents en ont été délogés manu militari par des policiers antiémeutes. C’est dans ce cadre que Kemal Kiliçdaroğlu doit reprendre ses anciennes fonctions à la tête du parti dans les jours à venir, déclarant sans sourciller que son parti savait se purifier « lorsque cela s’avérait nécessaire » et acquiesçant de ce fait aux […]
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Presque 10 ans après la tentative du coup d’État du 16 juillet 2016, la stratégie liberticide mise en œuvre par les autorités politiques turques continue à s’appliquer d’une façon préoccupante et ne manque pas d’interpeller.
Coup sur coup, deux événements se conjuguent en effet ces derniers jours et indiquent combien l’État de droit est constamment et méthodiquement affaibli, en même temps que des lignes de faille semblent se cristalliser au sein du pouvoir et de la coalition qui dirige le pays.
Il s’agit tout d’abord de la destitution de la direction du Parti républicain du peuple (CHP), le parti fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Cette direction, élue à l’issue du congrès du parti à la fin de l’année 2023, avait battu l’équipe sortante incarnée par Kemal Kiliçdaroğlu. Celui-ci avait été le candidat malheureux de l’opposition, pourtant unie, face à un Recep Tayyip Erdoğan qui remportait alors une nouvelle victoire électorale présidentielle en mai 2023. Kemal Kiliçdaroğlu avait à l’époque fait une campagne d’entre deux tours aux relents xénophobes, n’hésitant pas à utiliser des thèmes s’apparentant à celui du grand remplacement, principalement dirigés contre les réfugiés syriens alors que la guerre civile continuait à faire rage dans leur pays d’origine.
À l’issue dudit congrès, des délégués battus, donc minoritaires, ont initié un recours en justice, arguant d’irrégularités, notamment l’achat de voix de délégués. Après une longue procédure, le verdict est donc tombé le 21 mai dernier. Refusant de quitter le siège du parti, les dirigeants et militants présents en ont été délogés manu militari par des policiers antiémeutes. C’est dans ce cadre que Kemal Kiliçdaroğlu doit reprendre ses anciennes fonctions à la tête du parti dans les jours à venir, déclarant sans sourciller que son parti savait se purifier « lorsque cela s’avérait nécessaire » et acquiesçant de ce fait aux verdicts rendus par la justice.
Ces décisions d’une justice dont l’indépendance a pour le moins été entamée au cours des dernières années possèdent évidemment un contenu directement politique, dont l’inspiration provient sans guère de doute du palais présidentiel. Elle s’inscrit dans une vague de répression d’ampleur contre le CHP qui a remporté les élections municipales de 2024 et dont le principal responsable, Ekrem Imamoğlu, maire d’Istanbul, a été emprisonné il y a maintenant 14 mois. Depuis, ce sont 23 maires du CHP qui ont été emprisonnés et 25 démis de leurs fonctions.
Les arguties du pouvoir s’abritant derrière des décisions de justice ne leurrent en réalité pas grand monde. Il s’agit de décapiter un parti qui représente pour le gouvernement un véritable danger dans la perspective des futures échéances électorales, notamment présidentielles. Que l’appareil d’État puisse directement interférer dans la vie des partis politiques est radicalement contradictoire avec leur nécessaire indépendance et constitue une nouvelle brèche dans un État de droit déjà très malmené. Cette vague répressive indique néanmoins une certaine agitation des cercles dirigeants du Parti de la justice et du développement (AKP), s’inscrivant aussi dans la perspective d’une succession de Recep Tayyip Erdoğan qui se posera à court ou moyen terme. Il est significatif que le leader du Parti d’action nationaliste d’extrême droite, Devlet Bahçeli, principal partenaire de la coalition qui soutient Erdoğan a téléphoné au leader du CHP déchu, Özgür Özel, pour lui souhaiter une bonne fête de l’Aïd al Adha – fête du Sacrifice –, célébré actuellement en Turquie. Le désaccord avec la destitution du leader du CHP apparaît on ne peut plus clair.
La fébrilité dans les cercles du pouvoir s’est aussi manifestée par la décision présidentielle de fermer l’université privée de Bilgi, le 22 mai 2026, pour revenir ensuite sur celle-ci 48 heures plus tard ! Le décret présidentiel d’interdiction tenait en une phrase, sans aucune explication. La contre décision n’en comportait pas plus. Quelle est la logique ? Tenter de museler une université à la réputation libérale, fondée en son temps par des universitaires chassés de leurs postes après le coup d’État militaire de septembre 1980, et dont on se souvient qu’elle avait été l’année dernière un des principaux lieux de contestation après l’arrestation d’Ekrem Imamoğlu. Comment comprendre ces voltefaces ? Sinon d’alimenter un climat de polarisation dans un contexte où le pouvoir ne parvient pas à juguler des difficultés économiques qui s’approfondissent, aggravées par les conséquences des conflits régionaux, au premier rang desquels la guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. Nous avons dans ces péripéties une nouvelle illustration de ce que le politologue Ahmet Insel appelle une « autocratie aléatoire ».
On peut ajouter à ce panorama assez pessimiste le blocage d’hypothétiques avancées sur la question kurde, qui constitue probablement le défi politique le plus important que la société turque doit parvenir à régler. On se souvient que des espoirs étaient nés sur le sujet à la fin de l’année 2024 et qu’un processus de résolution avait alors été engagé. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait décidé son autodissolution lors de son congrès en mai 2025 et envisagé de rendre ses armes. Le président Erdoğan semblait apparaître comme le vainqueur de cette séquence politique alors qu’il ne s’y est guère investi, se contentant de vagues déclarations sur la fraternité entre les peuples turc et kurde ou sur la nécessité de rester inflexible dans le combat contre le terrorisme. Après l’annonce de l’autodissolution du PKK, il a mis l’accent sur la nouvelle phase qui s’ouvrait pour « une Turquie sans terrorisme ». Mais cela ne suffit pas pour aller de l’avant. Des propositions positives doivent être avancées sans tarder pour que chacun des acteurs puisse se prévaloir de progrès efficients. La commission transpartisane intitulée « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie », qui a initié ses travaux au cours de l’été 2025, pourrait revêtir cette fonction souhaitable, mais elle est en réalité fort peu transparente. Un rapport a certes été rendu public en février 2026, mais aucune mesure n’a été votée depuis lors. Ces quelques éléments indiquent une situation politique intérieure singulièrement tendue qui donne la désagréable impression d’une fin de règne. L’AKP n’est plus en situation de fournir un récit mobilisateur susceptible de redynamiser sa base sociale et électorale qui s’est considérablement affaiblie ces dernières années, même si elle n’a pas véritablement disparu. Cette situation contraste paradoxalement avec le rôle international que la Turquie continue à endosser en s’affirmant comme incontournable sur de nombreux dossiers. Nous y reviendrons.
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28.05.2026 à 17:33
stagiairedecomm@iris-france.org
Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Mohan Kumar, ancien ambassadeur de l’Inde en France et aujourd’hui professeur et doyen à la Jindal School of International Affairs. Francophone et fin connaisseur des relations franco-indiennes, il revient sur les grands défis géopolitiques auxquels l’Inde est confrontée. Analysant les tensions géopolitiques actuelles, la position indienne face à la guerre au Moyen-Orient y est développée, entre soutien traditionnel à la cause palestinienne et rapprochement stratégique avec Israël et les Émirats arabes unis. Mohan Kumar explique comment l’Inde, importatrice nette d’énergie (40 à 50 % de ses besoins provenant de la région) et comptant 9 millions de ressortissants dans le Golfe, subit de plein fouet les conséquences économiques du conflit. Il détaille la doctrine indienne de « multi-alignement », développée sous Narendra Modi, qui vise à entretenir des relations équilibrées avec tous les acteurs régionaux, malgré les apparentes contradictions. Cette stratégie s’appuie sur des partenaires-clés dans chaque région (les Émirats au Moyen-Orient, la France en Europe), tout en gérant des relations complexes avec les grandes puissances : tensions économiques avec les États-Unis (tarifs douaniers, achat de pétrole russe), inquiétudes face à la montée en puissance de la Chine et au rapprochement entre Pékin et Moscou. Enfin, Mohan Kumar insiste sur la solidité du partenariat stratégique franco-indien, qu’il qualifie de « formidable et sans problème particulier », soulignant la confiance mutuelle qui permet d’aborder les sujets sensibles, comme les droits de l’homme, à travers un dialogue discret et direct entre partenaires.
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Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Mohan Kumar, ancien ambassadeur de l’Inde en France et aujourd’hui professeur et doyen à la Jindal School of International Affairs. Francophone et fin connaisseur des relations franco-indiennes, il revient sur les grands défis géopolitiques auxquels l’Inde est confrontée.
Analysant les tensions géopolitiques actuelles, la position indienne face à la guerre au Moyen-Orient y est développée, entre soutien traditionnel à la cause palestinienne et rapprochement stratégique avec Israël et les Émirats arabes unis. Mohan Kumar explique comment l’Inde, importatrice nette d’énergie (40 à 50 % de ses besoins provenant de la région) et comptant 9 millions de ressortissants dans le Golfe, subit de plein fouet les conséquences économiques du conflit.
Il détaille la doctrine indienne de « multi-alignement », développée sous Narendra Modi, qui vise à entretenir des relations équilibrées avec tous les acteurs régionaux, malgré les apparentes contradictions. Cette stratégie s’appuie sur des partenaires-clés dans chaque région (les Émirats au Moyen-Orient, la France en Europe), tout en gérant des relations complexes avec les grandes puissances : tensions économiques avec les États-Unis (tarifs douaniers, achat de pétrole russe), inquiétudes face à la montée en puissance de la Chine et au rapprochement entre Pékin et Moscou.
Enfin, Mohan Kumar insiste sur la solidité du partenariat stratégique franco-indien, qu’il qualifie de « formidable et sans problème particulier », soulignant la confiance mutuelle qui permet d’aborder les sujets sensibles, comme les droits de l’homme, à travers un dialogue discret et direct entre partenaires.
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28.05.2026 à 10:44
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La guerre lancée en février 2026 par les États-Unis et Israël, au-delà de son aspect illégal par rapport au droit international, a conduit à de multiples destructions en Iran. Outre les infrastructures militaires, de nombreuses infrastructures civiles telles que des usines, des logements, des universités, des écoles ont été atteints. Les autorités iraniennes estiment le coût de ces destructions à près de 270 milliards de dollars. Parallèlement, se pose la question de la relance de l’économie iranienne après cette guerre sachant que la situation macroéconomique, déjà dégradée avant ce conflit, va continuer à se détériorer cette année, notamment du fait de cette guerre : d’après le FMI, la baisse du PIB (-1,5 %) en 2025, devrait s’accentuer en 2026 (-6,1 %) et l’inflation déjà élevée en 2025 (+50,9 %) pourrait accélérer et atteindre 68,9 % en 2026. Dans un premier temps, les plans de relance de l’économie iranienne, tels qu’ils sont discutés dans la presse iranienne, seront présentés. Dans un second temps seront mises en évidence les incertitudes liées à ces plans. Enfin, seront formulées des recommandations à intégrer à tout projet de redémarrage de l’économie.
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La guerre lancée en février 2026 par les États-Unis et Israël, au-delà de son aspect illégal par rapport au droit international, a conduit à de multiples destructions en Iran. Outre les infrastructures militaires, de nombreuses infrastructures civiles telles que des usines, des logements, des universités, des écoles ont été atteints. Les autorités iraniennes estiment le coût de ces destructions à près de 270 milliards de dollars. Parallèlement, se pose la question de la relance de l’économie iranienne après cette guerre sachant que la situation macroéconomique, déjà dégradée avant ce conflit, va continuer à se détériorer cette année, notamment du fait de cette guerre : d’après le FMI, la baisse du PIB (-1,5 %) en 2025, devrait s’accentuer en 2026 (-6,1 %) et l’inflation déjà élevée en 2025 (+50,9 %) pourrait accélérer et atteindre 68,9 % en 2026.
Dans un premier temps, les plans de relance de l’économie iranienne, tels qu’ils sont discutés dans la presse iranienne, seront présentés. Dans un second temps seront mises en évidence les incertitudes liées à ces plans. Enfin, seront formulées des recommandations à intégrer à tout projet de redémarrage de l’économie.
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