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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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02.03.2026 à 17:58

Le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale

Coline Laroche              

Le conflit observé en Iran depuis le début du week-end et plus globalement au Moyen-Orient se déroule dans une zone de transit majeur des flux pétroliers mondiaux. Dans ce contexte, que peut-on anticiper sur les marchés pétroliers pour les mois qui viennent ? Le point avec Emmanuel Hache, directeur de recherche à l’IRIS. Quelle est la place de l’Iran sur les marchés pétroliers et gaziers mondiaux ? En 2025, l’Iran a produit environ 3,3 millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut et autour de 1,3 mb/j de distillats. Le pays représente ainsi environ 4,5 % de l’offre pétrolière mondiale et est, en janvier 2026, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le quatrième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), derrière l’Arabie saoudite (10,28 mb/j), l’Irak (4,34 mb/j) et les Émirats arabes unis (3,6 mb/j). Malgré son poids dans l’Organisation, l’Iran n’exporte qu’environ 1,5 mb/j de pétrole brut et de distillats. Certes les exportations iraniennes ont largement augmenté depuis 2020, période durant laquelle elles étaient tombées à leur plus bas niveaux des dernières années (0,4 mb/j), toutefois la structure des exportations s’est progressivement resserrée autour de la seule Chine. Pékin est en effet aujourd’hui la destination de plus de 90 % des exportations iraniennes contre moins de 25 % en 2017 ! Sur les marchés gaziers mondiaux, le constat est similaire. L’Iran est certes un acteur important avec les deuxièmes réserves mondiales (17,5 %) derrière la Russie (19,9 %) et environ 6,5 % de la production mondiale. Toutefois ses exportations ne représentent que 6,5 % des quantités produites et plus de 93 % du gaz iranien est consommé sur place. Les bombardements observés depuis samedi n’ont pour l’instant pas touchés d’infrastructures pétrolières et gazières (excepté des navires) qui se trouvent dans leur grande majorité dans le sud et le sud-ouest […]

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Texte intégral (1927 mots)

Quelle est la place de l’Iran sur les marchés pétroliers et gaziers mondiaux ?

En 2025, l’Iran a produit environ 3,3 millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut et autour de 1,3 mb/j de distillats. Le pays représente ainsi environ 4,5 % de l’offre pétrolière mondiale et est, en janvier 2026, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le quatrième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), derrière l’Arabie saoudite (10,28 mb/j), l’Irak (4,34 mb/j) et les Émirats arabes unis (3,6 mb/j). Malgré son poids dans l’Organisation, l’Iran n’exporte qu’environ 1,5 mb/j de pétrole brut et de distillats. Certes les exportations iraniennes ont largement augmenté depuis 2020, période durant laquelle elles étaient tombées à leur plus bas niveaux des dernières années (0,4 mb/j), toutefois la structure des exportations s’est progressivement resserrée autour de la seule Chine. Pékin est en effet aujourd’hui la destination de plus de 90 % des exportations iraniennes contre moins de 25 % en 2017 ! Sur les marchés gaziers mondiaux, le constat est similaire. L’Iran est certes un acteur important avec les deuxièmes réserves mondiales (17,5 %) derrière la Russie (19,9 %) et environ 6,5 % de la production mondiale. Toutefois ses exportations ne représentent que 6,5 % des quantités produites et plus de 93 % du gaz iranien est consommé sur place. Les bombardements observés depuis samedi n’ont pour l’instant pas touchés d’infrastructures pétrolières et gazières (excepté des navires) qui se trouvent dans leur grande majorité dans le sud et le sud-ouest du pays. Pour le pétrole, l’île de Kharg représente à elle seule 90 % des exportations de pétrole brut. Dès lors les risques de déstabilisation des marchés énergétiques mondiaux par la seule coupure des exportations iraniennes restent faibles. Les marchés pétroliers sont sous-pressions non pas en raison des seuls bombardements sur l’Iran mais face au risque global de déstabilisation de la région et de leurs flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz reste toujours ainsi stratégique dans la géopolitique mondiale de l’énergie ?

Oui le détroit d’Ormuz est encore aujourd’hui l’un des points névralgiques les plus importants de la géopolitique énergétique mondiale. Et le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique et le golfe d’Oman, est situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Il mesure environ 63 km de long pour environ 40 km de large à l’endroit le plus resserré et ses couloirs de navigation ne dépassent pas 3,7 km. Ormuz a une triple importance stratégique. En 2025, sur les 102 millions de barils de pétrole (mb/j) consommés par jour au niveau mondial, près de 76 mb/j ont été transportés par voie maritime. La majeure partie d’entre eux a emprunté le détroit de Malacca (23,7 mb/j) et le détroit d’Ormuz (20,1 mb/j). Ainsi le seul détroit d’Ormuz voit passer près de 20 % du pétrole consommé au niveau mondial. Une grande partie des exportations des principaux pays producteurs de la région (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Irak, Koweït et Qatar) passe par ce dernier, dont plus de 75 % ont pour destination l’Asie. C’est donc ce goulot d’étranglement spécifique qui inquiète les marchés. Il faut également rajouter que les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), notamment en provenance du Qatar utilisent le même trajet et 20 % des flux mondiaux de GNL y transitent. Il est également le point de passage final de l’ensemble des échanges commerciaux dans le golfe Persique, lieu d’affrontement durant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988, et avec les États-Unis en 1987 et 1988 durant la guerre des tankers. Enfin, le détroit d’Ormuz est le principal objet de chantage et un véritable outil de pression de l’Iran envers ses voisins et les États-Unis. Mais, même au plus fort du conflit Iran-Irak durant les années 1980 ou durant les guerres du Golfe, il n’avait jamais été fermé, remettant en question la volonté et la capacité de l’Iran à le bloquer. Cependant la volonté des gardiens de la révolution de fermer le détroit et d’entrer dans une logique du pire est aujourd’hui affirmée et, avec les bombardements iraniens observés dans les pays du golfe Persique ce week-end, la situation se complique sensiblement.

Les bombardements en Iran interviennent dans une conjoncture particulière sur les marchés pétroliers qui pourraient limiter une hausse durable des prix ?

Les principales incertitudes aujourd’hui tournent autour de deux questions : la durée du conflit et son impact sur les flux pétroliers dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz. Ce dimanche, deux navires ont ainsi été touchés, ce qui pourrait augurer le pire en matière de conséquences économiques et environnementales. De manière générale ce sont les évènements géopolitiques observés depuis janvier 2026 notamment au Venezuela et dans une moindre mesure les diminutions de la production au Kazakhstan et en Russie qui ont permis aux cours du pétrole de se maintenir autour de 60 dollars le baril. En février 2026, les cours du pétrole brut Brent se sont hissés à environ 70 dollars en raison des tensions observées entre les États-Unis et l’Iran et l’absence d’avancée concrète dans les négociations. Qui peut dire à combien peut monter le pétrole dans un contexte de blocage total du détroit ? En juin 2025, lors de bombardements américains sur les installations nucléaires iraniennes (guerre des 12 jours), les prix avaient augmenté de près de 15 % pour atteindre plus de 80 dollars, avant de retourner vers leur niveau d’équilibre à moins de 70 dollars. Lundi 2 mars à l’ouverture des marchés ils ont atteint environ 80 dollars mais les incertitudes demeurent. Les prix risquent d’évoluer au gré des développements observés dans la zone et la crainte reste une hausse continue à plus de 100 dollars, impactant une croissance mondiale déjà affaiblie par les questions douanières et les aléas géopolitiques depuis début 2026. Certains acteurs semblent avoir pris leurs précautions puisque les exportations de pétrole brut avaient accéléré depuis près d’une semaine dans le Golfe. En outre, les principaux pays de l’OCDE disposent de stocks stratégiques (environ 90 jours d’importations nettes pour les pays membres de l’AIE) qui peuvent limiter la hausse des prix en rassurant les marchés. Et certains pays du golfe Persique peuvent également détourner une partie des flux vers la mer Rouge à travers leur réseau d’oléoduc. L’Arabie saoudite a ainsi une possibilité de détourner 60 % de ses exportations de pétrole brut (8,2 mb/j en 2024), tout comme les Émirats arabes unis ou le Qatar pour le gaz via le port de Fujairah dans le golfe d’Oman[1]. L’OPEP qui s’est réunie le 1er mars, a décidé de son côté d’augmenter ses quotas de production de 206 000 barils par jour, ce qui reste faible au regard des évènements survenus ce week-end. Les alternatives restent ainsi limitées puisque le contournement maximum de cargaisons du détroit laisserait tout de même une perte estimée entre 8 et 10 millions de barils pour les marchés. Plus globalement dans un contexte de crise, c’est la peur qui imprègne les marchés. Elle fait ressurgir le spectre d’une crise comparable aux chocs pétroliers de 1973-1974 et de 1979 qui avaient précipité l’économie mondiale dans la récession. Elle révèle notamment l’importance toujours prégnante du pétrole pour les économies et la nécessité d’accélérer les politiques de décarbonation du secteur du transport. La décarbonation est le meilleur levier pour limiter les conséquences des risques géopolitiques sur les marchés pétroliers.

Les bombardements interviennent pourtant dans une période plutôt particulière sur les marchés pétroliers. Ces derniers étaient, début 2026, en fort déséquilibre en raison d’une demande plus faible qu’attendue et que l’AIE a encore révisé à la baisse dans son dernier Oil Market Report de février 2026 (de + 0,93 mb/j à 0,85 mb/j) et d’une croissance importante de l’offre pétrolière. L’AIE estimait ainsi une situation d’excédent d’offre pétrolière à environ 3,7 mb/j en 2026 quand le département américain à l’énergie l’estimait de son côté à 3,1 mb/j contre 2,7 mb/j en 2025. Les fondamentaux de marchés avant le conflit invitaient plutôt à considérer des prix bas (autour de 60 dollars) pour 2026 et 2027. Les marchés pétroliers étaient ainsi en importante transformation. D’une part en raison des politiques de décarbonation, la croissance de la demande pétrolière ralentit et se trouve tirée exclusivement par les pays non-OCDE. D’autre part si la Chine a tiré la croissance mondiale de pétrole sur la dernière décennie, la croissance de sa demande a fortement ralenti et l’Inde pourrait devenir rapidement le principal moteur. Enfin du côté de l’offre, les politiques de l’OPEP et des autres producteurs restent fondamentales. En 2026, l’ensemble des Amériques (Argentine, Brésil, Canada, États-Unis et Guyana) pourrait à eux seuls ajouter 1,3 mb/j à l’offre mondiale Un choc pétrolier n’est donc pas inenvisageable à court terme au vu des développements observés dans le golfe Persique, mais 2026 ne sera pas 1974 en raison d’une intensité pétrolière moindre pour l’économie mondiale et avec des fondamentaux de marchés qui invitent plutôt à envisager des prix bas pour les années à venir.


[1] Passages stratégiques maritimes et sécurité énergétique européenne : bouleversements géopolitiques et stratégies de mitigation, rapport de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques, n°22, juillet 2025.

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02.03.2026 à 12:23

Iran : le régime décapité, et après ?

Déborah Yapi

Une opération israélo-américaine lancée le 28 février a éliminé l’ayatollah Khamenei et plusieurs hauts responsables iraniens. Malgré ce coup porté au sommet de l’État, le régime se maintient. Déjà contesté à l’intérieur, entouré d’ennemis, sans soutien de la part de ses partenaires des BRICS, sera-t-il capable de durer ? Par quel degré de répression ? La riposte iranienne contre les pays arabes voisins ouvre la voie à un conflit régional élargi, aux conséquences potentiellement bien plus vaste. Du côté des États-Unis, c’est la division qui prévaut : seule une minorité soutient l’action militaire, y compris au sein de la base MAGA. Au-delà des dilemmes stratégiques pour Washington et Tel-Aviv sur qui pèsent des risques d’enlisement, se pose la question des violations du droit international d’une telle opération. Mon analyse.

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Une opération israélo-américaine lancée le 28 février a éliminé l’ayatollah Khamenei et plusieurs hauts responsables iraniens. Malgré ce coup porté au sommet de l’État, le régime se maintient. Déjà contesté à l’intérieur, entouré d’ennemis, sans soutien de la part de ses partenaires des BRICS, sera-t-il capable de durer ? Par quel degré de répression ?

La riposte iranienne contre les pays arabes voisins ouvre la voie à un conflit régional élargi, aux conséquences potentiellement bien plus vaste. Du côté des États-Unis, c’est la division qui prévaut : seule une minorité soutient l’action militaire, y compris au sein de la base MAGA.

Au-delà des dilemmes stratégiques pour Washington et Tel-Aviv sur qui pèsent des risques d’enlisement, se pose la question des violations du droit international d’une telle opération. Mon analyse.

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02.03.2026 à 12:18

Attaques israélo-états-uniennes contre l’Iran : quelles conséquences sur les monarchies du Golfe ?

Coline Laroche              

Les attaques israélo-états-uniennes sur l’Iran auront des conséquences importantes sur l’ensemble des monarchies du golfe Arabo-Persique.  Depuis des siècles, cette région a appris à cohabiter avec le voisin persan. Un voisinage compliqué voire conflictuel à bien des égards mais imposé par la proximité géographique et le partage d’un espace commun.  Depuis l’avènement du régime des Mollahs en 1979, la relation a pris une coloration religieuse et s’est transformée en lutte d’influence pour la domination du monde musulman entre sunnites et chiites. La volonté iranienne d’extension de son influence au Proche et Moyen-Orient en constituant un glacis d’affidés au service de ses intérêts (chiites iraquiens, Hezbollah, Houthis) a débouché sur une première confrontation qui a opposé l’Irak de Saddam Hussein à l’Iran dans les années 1980. Les pays du Golfe face à un voisinage contraint Devant cette menace, les monarchies du Golfe se sont rapprochées de l’Occident honni par Téhéran. Elles ont construit leur prospérité sous le parapluie de la protection états-unienne et des pétrodollars alors que l’Iran subissait les conséquences des rêves d’expansion de leurs dirigeants par des sanctions de plus en plus sévères et un isolement progressif. Pendant ces quatre décennies les monarchies du Golfe, à des degrés divers, ont essayé de contenir l’influence de leur remuant voisin. Une grande partie du commerce sous embargo vers l’Iran passait par Dubaï tandis qu’Oman, fort de sa neutralité affichée, essayait de jouer les facilitateurs ou « de boîte aux lettres » entre les Téhéran et Washington. La première partie des négociations sur l’accord sur le nucléaire iranien a débuté à Mascate en Oman en 2011. Depuis lors, le sultanat entretient de bonnes relations avec la République islamique d’Iran mais n’a jamais été très proche. Les Omanais se sont toujours méfiés de leur voisin avec lequel ils partagent le contrôle du détroit d’Ormuz. Le […]

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Texte intégral (1217 mots)

Devant cette menace, les monarchies du Golfe se sont rapprochées de l’Occident honni par Téhéran. Elles ont construit leur prospérité sous le parapluie de la protection états-unienne et des pétrodollars alors que l’Iran subissait les conséquences des rêves d’expansion de leurs dirigeants par des sanctions de plus en plus sévères et un isolement progressif.

Pendant ces quatre décennies les monarchies du Golfe, à des degrés divers, ont essayé de contenir l’influence de leur remuant voisin. Une grande partie du commerce sous embargo vers l’Iran passait par Dubaï tandis qu’Oman, fort de sa neutralité affichée, essayait de jouer les facilitateurs ou « de boîte aux lettres » entre les Téhéran et Washington. La première partie des négociations sur l’accord sur le nucléaire iranien a débuté à Mascate en Oman en 2011. Depuis lors, le sultanat entretient de bonnes relations avec la République islamique d’Iran mais n’a jamais été très proche. Les Omanais se sont toujours méfiés de leur voisin avec lequel ils partagent le contrôle du détroit d’Ormuz.

Le Qatar quant à lui a essayé de son côté de maintenir des relations de bon voisinage avec Téhéran.

Bahreïn a toujours eu des relations compliquées avec la République islamique d’Iran. La famille Al-Khalifa, au pouvoir et de confession sunnite, soupçonne Téhéran de soutenir la composante chiite (représentant environ 50 % de la population) et de fomenter des troubles dans le pays. À ce titre, les évènements de 2011 qui ont fait vaciller le trône sont très vivaces dans la mémoire des Bahreïnis.

Autre grande puissance du Golfe, l’Arabie saoudite possède également une composante chiite, bien que minoritaire et sur sa façade orientale. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie également de son voisin iranien. À plusieurs reprises des troubles ont été provoqués par Téhéran lors du pèlerinage à la Mecque. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie de son voisin iranien. Par ailleurs, Riyad voyait avec inquiétude se constituer un « axe de la résistance » dominé par Téhéran autour du Royaume (Hezbollah au Liban, régime d’Assad en Syrie, chiites en Irak et Houthis au Yémen). Un croissant chiite qui avaient des allures d’encerclement quasi-total. Cependant, l’affaiblissement du Hezbollah avec l’élimination par les Tel-Aviv du charismatique Hassan Nasrallah en septembre 2024, la chute du régime d’Assad en décembre de la même année  et les frappes israélo-américaines en juin 2025 ont desserré cet étau.

L’Arabie saoudite qui, contrairement aux Émirats arabes unis et Bahreïn, a fait le choix de ne pas rejoindre les accords d’Abraham, a profité de sa stature de leader régional pour emprunter une autre voie tout en rééquilibrant son alliance avec les États-Unis .

S’il fût un temps il avait été envisagé d’inclure l’Iran (affaibli) dans une architecture de sécurité au Moyen-Orient, un nouvel axe sunnite est en cours de constitution marqué par le rapprochement entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan (seul État musulman à posséder l’arme atomique). Cette nouvelle donne permet aux saoudiens de ne pas dépendre exclusivement des États-Unis pour leur sécurité.

En s’attaquant à ses voisins du Golfe l’Iran a pris le risque de rompre l’équilibre fragile qui s’était instauré au fil des ans. Pour l’instant, les pays attaqués sur leur sol n’ont pas répliqué mais qu’en sera-t-il si ces pays décidaient de le faire ? La plupart de ces pays sont liés par des accords de défense avec les États-Unis mais également avec la France et le Royaume-Uni. La France sera-t-elle contrainte de participer à la défense des Émirats arabes unis en vertu des accords de défense qui les lient ? L’attaque contre la base d’Al Dhaffra restera-t-elle sans conséquence ?

Même le Sultanat d’Oman n’a pas été épargné par les missiles iraniens qui ont visé le port de Doqum (où Britanniques et États-Uniens bénéficient de facilités portuaires). En n’épargnant pas le Sultanat, l’Iran se prive d’un précieux soutien et notamment du seul pays « ami » de la région qui s’est beaucoup dépensé pour aboutir à un accord qui aurait évité l’attaque américaine. Il est peu probable que les Omanais ne réagissent pas à la fermeture du détroit d’Ormuz dont ils partagent le contrôle avec l’Iran.

Les attaques du 28 février 2026 plongent la région dans l’inconnu et risquent d’avoir des retombées imprévisibles. Il est encore trop tôt pour prévoir les conséquences des attaques en cours sur l’Iran. Le régime des Mollahs et des Gardiens de la révolution va-t-il s’effondrer ou vaciller après l’élimination de Ali Khamenei le Guide suprême. Qui sera envisagé pour remplacer la théocratie et les Pasdarans ? Nul ne le sait encore. Le pouvoir iranien a-t-il les ressources pour survivre et sous quelle forme ? En cas de chaos comment gérer le voisinage d’un pays qui compte 85 millions d’habitants ? Toutes ces questions demeurent pour l’instant sans réponse.

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