10.04.2026 à 07:30
Une salle de bal très politique. Le New York Times révèle que l'entreprise présidée aujourd'hui par Lakshmi Mittal, qui a son siège au Luxembourg, a fait une donation d'acier – pour une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour le projet de construction d'une nouvelle salle de bal à la Maison Blanche. Quelques jours après ce don, Donald Trump a annoncé une série d'ajustements sur ses tarifs douaniers bénéficiant à ArcelorMittal et à d'autres entreprises du secteur. Le coût de ce projet (…)
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Une salle de bal très politique. Le New York Times révèle que l'entreprise présidée aujourd'hui par Lakshmi Mittal, qui a son siège au Luxembourg, a fait une donation d'acier – pour une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour le projet de construction d'une nouvelle salle de bal à la Maison Blanche. Quelques jours après ce don, Donald Trump a annoncé une série d'ajustements sur ses tarifs douaniers bénéficiant à ArcelorMittal et à d'autres entreprises du secteur. Le coût de ce projet mégalomaniaque, estimé à 400 millions de dollars, devrait être entièrement couvert selon la Maison Blanche par des entreprises et des donateurs privés. Le nom d'une partie d'entre eux a été rendu public : on y retrouve de nombreuses multinationales américaines dont les géants de la tech Palantir, Microsoft, Apple, Meta, Google et Amazon, ou encore des entreprises d'armement, de tabac, ou de cryptomonnaies.
(Non-)cordon sanitaire. Le Nouvel Obs raconte comment un aréopage de grands patrons a reçu Marine Le Pen au restaurant Chez Drouant dans le cadre du club « Entreprise et cité ». Autour de la table, notamment, les dirigeants de TotalEnergies, Engie, Capgemini, Renault, Accor et LVMH. Selon le magazine, c'est la première fois que Bernard Arnault rencontre officiellement le Rassemblement national, même si ses fils ont déjà noué des contacts avec Jordan Bardella. À lire ici.
Optimisation fiscale et « superprofits ». Alors que les appels à taxer les superprofits réalisés par les majors de l'énergie du fait de la guerre en Iran se multiplient, une étude de l'Observatoire international de la fiscalité tombe à point nommé. Elle documente comment les multinationales du secteur extractif, dont celles du pétrole, tendent à loger leurs bénéfices dans des paradis fiscaux. Ce qui explique que les fruits de la précédente taxation des superprofits, mise en place en 2022 suite à l'invasion russe de l'Ukraine, aient été si maigres : elle était imputée sur une base nationale, très loin de la réalité économique de ces groupes. Le think tank propose des approches alternatives pour une taxation plus efficace. À lire ici.
Optimisation fiscale encore. Une autre étude à verser au dossier de l'optimisation fiscale des multinationales nous vient du CEPII. Les chercheurs du centre d'études ont cherché à quantifier, à partir des données de 2018, les mécanismes de l'évitement fiscal des multinationales aux dépens de la France. Ils soulignent l'importance des prix de transfert, autrement dit l'optimisation réalisée grâce aux transactions entre filiales d'un même groupe : en utilisant des prix différents des prix de marché normaux, les multinationales peuvent faire en sorte de baisser artificiellement leurs bénéfices là où ils seraient le plus imposés. Sur les 40 milliards de profits qui auraient été déplacés hors de France cette année-là (par des multinationales françaises ou étrangères), environ le quart l'aurait été via des prix de transfert différents des prix de marché. Les auteurs insistent aussi sur la part importante des profits déplacés hors de France via des mécanismes encore mal connus et identifiés. À lire ici.
Porta giratòria (« porte tournante » en catalan). Après son éphémère retour au gouvernement en tant que ministre des Outre-mer, Manuel Valls repart dans les affaires. C'est-à-dire qu'il réactive la société de conseil, baptisée Binidali, que, comme beaucoup d'autres ex ministres, il a créée en quittant ses fonctions (lire notre enquête à ce sujet). Auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, il a précisé qu'il comptait notamment monnayer ces fameux conseils à Veolia. On ne sait pas si le géant de la privatisation de l'eau faisait déjà appel à ses services auparavant. Selon La Lettre, Manuel Valls serait mobilisé pour aider Veolia sur ses contrats en Espagne, devenue une pièce maîtresse du groupe depuis la prise de contrôle de Suez et de sa filiale espagnole Agbar. L'entreprise originaire de Barcelone – ville où Manuel Valls a été candidat malheureux aux municipales – a fait face ces dernières années à la perte de nombreuses concessions du fait d'un mouvement de remunicipalisation, mais a réussi à garder la main sur le marché de l'eau de la capitale catalane, que l'équipe de la maire « rebelle » Ada Colau voulait remunicipaliser.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donCorruption pétrolière en Gambie. La filiale de négoce de TotalEnergies basée à Genève – la même dont les traders se sont livrés à la spéculation très lucrative sur des cargaisons de pétrole évoquée plus haut – est sous le coup d'une enquête du Parquet national financier portant sur des soupçons de corruption d'agent public étranger en Gambie. Public Eye a mené l'enquête sur cette affaire qui comporte encore des zones d'ombre. Pendant une dizaine d'années, de 2004 à 2014, le groupe français a été le fournisseur exclusif de produits pétroliers dans le pays, en association avec des sociétés détenues par un proche de l'ex président Yahya Jammeh.
Vers un désinvestissement européen de Palantir ? Le principal fonds de pension néerlandais a revendu toutes ses actions dans Palantir, l'entreprise fondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp. Sur la sellette pour ses liens avec l'extrême droite américaine et son implication dans la croisade anti-migrants de Trump et dans le conflit dans le Golfe, le groupe spécialisé dans l'analyse de données a vu son cours en bourse multiplié par cinq dans les mois qui ont suivi la réélection de Donald Trump. Follow the Money avait révélé il y a quelques semaines que de nombreux acteurs financiers européens détenaient des actions dans Palantir, la France étant particulièrement bien placée avec des investisseurs comme Amundi ou BNP Paribas. Ce n'est pas le cas, en revanche, des investisseurs publics pour lesquels des informations sont disponibles, comme la Caisse des dépôts ou le Fonds de réserve pour les retraites. Les Néerlandais feront-ils des émules ?
Enquête en Italie sur les pratiques commerciales de Sephora. L'autorité de concurrence italienne a lancé une enquête sur le marketing de deux enseignes de produits cosmétiques détenues par LVMH, Sephora et Benefit. Elles sont accusées de cibler des jeunes filles, y compris en dessous de 10 ans, par des pratiques déloyales destinées à créer une obsession malsaine pour les produits de beauté, baptisée désormais « cosméticorexie ». Parmi les griefs adressés au groupe, l'absence d'information ou de mise en garde sur le fait que les produits sont destinés aux adultes, et le recours à des influenceuses ciblant des audiences très jeunes. Affaire à suivre.
09.04.2026 à 16:39
Olivier Petitjean
Les dépenses de lobbying de TotalEnergies aux États-Unis ont explosé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En jeu : le soutien financier de l'administration américaine au projet du groupe au Mozambique, et un intérêt partagé sur le développement des exportations de gaz naturel liquéfié vers l'Europe.
C'est ce que l'on pourrait appeler sauter sur une opportunité. Selon les données réglementaires récoltées par l'administration étatsunienne, le groupe français (…)
Les dépenses de lobbying de TotalEnergies aux États-Unis ont explosé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En jeu : le soutien financier de l'administration américaine au projet du groupe au Mozambique, et un intérêt partagé sur le développement des exportations de gaz naturel liquéfié vers l'Europe.
C'est ce que l'on pourrait appeler sauter sur une opportunité. Selon les données réglementaires récoltées par l'administration étatsunienne, le groupe français TotalEnergies a multiplié par quatre ses dépenses de lobbying outre-Atlantique depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Sur l'année 2025, ces dépenses s'élèvent à presque deux millions de dollars (1,86 million pour être précis), contre 500 000 dollars en 2024. Les années précédentes, elles tournaient autour de 250 000 dollars. Il y a quinze ans, elles étaient inexistantes.
Une partie de l'explication de ce bond spectaculaire réside dans le contrat à 770 000 dollars passé par TotalEnergies avec le cabinet Ballard Partners pour défendre son projet d'exploitation de gaz naturel liquéfié au large du Mozambique. Ce projet, baptisé Mozambique LNG, a été suspendu pendant plusieurs années suite à un conflit armé dans la région, et le groupe français vient tout juste d'annoncer sa relance. Les affrontements et la présence de l'armée sur le site occupé par TotalEnergies dans la province de Cabo Delgado ont donné lieu à des accusations d'exactions contre la population locale, pour lesquelles le groupe est aujourd'hui poursuivi en justice.
Dès mars 2025, l'administration Trump a débloqué un prêt crucial de 5 milliards de dollars – via l'Export-Import Bank, agence de crédit à l'export – pour Mozambique LNG. Accordé en 2020 durant le premier mandat du président américain, il avait été gelé sous Joe Biden. Fin 2025, en revanche, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont mis fin à leur soutien au projet. Sans qu'il y ait soutien financier direct de la France, la diplomatie tricolore s'est démenée pour faciliter l'arrivée dans le pays de TotalEnergies puis la relance de Mozambique LNG [1].
C'est la première fois que TotalEnergies fait appel à un cabinet de lobbying étatsunien et le choix de Ballard Partners n'a rien d'un hasard. Son patron Brian D. Ballard est lié depuis longtemps au parti Républicain. Il a fait partie de la première équipe de transition de Donald Trump en 2016-2017 et, dans la foulée, son cabinet de lobbying est devenu l'un des plus importants de Washington. En 2025, avec le second mandat de son protecteur, il a vu son chiffre d'affaires plus que quadrupler avec de nombreux clients désireux d'obtenir les faveurs de Trump et de son administration.
Ballard indique n'avoir effectué ses actions de lobbying pour le groupe français qu'auprès d'une seule cible : la Maison Blanche.
Parmi eux : Palantir, l'entreprise de données fondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp, qui est devenue le symbole de la fusion entre la Silicon Valley, le complexe militaro-industrielle et l'extrême droite américaine (lire Comment Palantir, le géant de la « big data », collabore à la chasse aux migrants aux États-Unis). Mais aussi de nombreux gouvernements étrangers et entreprises non américaines comme ByteDance, la maison mère de TikTok, ou Shein. D'autres groupes français ont fait appel aux services de Ballard Partners en 2025 : Pernod Ricard, Orano, et Biomérieux.
À tous, Brian D. Ballard monnaie son accès personnel direct à Donald Trump – souvent très cher, comme en témoigne la somme versée par TotalEnergies. Dans ses déclarations, le cabinet indique d'ailleurs n'avoir effectué ses actions de lobbying pour le groupe français qu'auprès d'une seule cible : la Maison Blanche. Mais avec 5 milliards de dollars débloqués, le retour sur investissement reste appréciable.
« Le cabinet Ballard est un cabinet de représentation d'intérêts réputé aux États-Unis, nous a précisé un porte-parole de TotalEnergies, et est intervenu pour le compte de la Compagnie concernant le financement du projet Mozambique LNG. »
En fouillant dans les registres américains, on peut d'ailleurs découvrir l'existence d'un autre contrat de lobbying relatif au projet mozambicain, passé en décembre 2024 par la même filiale de TotalEnergies, mais cette fois avec le cabinet Primus Responsum. La déclaration, effectuée dans le cadre de la législation FARA sur la transparence des agents étrangers, ne comporte pas d'éléments financiers. En revanche, elle est on ne peut plus claire sur l'objectif poursuivi : « Le personnel de Primus Responsum, évaluera l'état d'avancement de la procédure d'approbation en cours concernant la proposition d'EXIM de financer le projet de GNL au Mozambique, ainsi que la probabilité que cette approbation soit accordée avant le 20 janvier 2025 [date de l'investiture de Trump, NdE]. Primus Responsum identifiera les personnes clés concernées par cette évaluation, y compris le personnel au sein d'EXIM et de l'administration Biden, et les incitera à soutenir l'approbation du conseil d'administration d'EXIM avant le 20 janvier 2025. Si nécessaire, Primus Responsum accompagnera les représentants désignés de TotalEnergies lors de réunions avec des hauts fonctionnaires. »
Pour ce faire, Primus Responsum a fait appel spécifiquement aux services de Kevin Varney, ancien lobbyiste de Boeing, plutôt lié aux administrations démocrates et... ancien dirigeant de l'Exim Bank. Sans succès cependant. Une fois l'administration Trump en place, TotalEnergies semble donc s'être tournée vers un autre cabinet, proche des Républicains cette fois, pour obtenir gain de cause.
Reste, pour l'année 2025, 1,09 million de dollars de dépenses de lobbying déclarées pour 2025 par TotalEnergies en propre, sans passer par un cabinet. Dans sa déclaration, l'entreprise liste toute une série de sujets sur lesquels elle a tenté d'influencer l'administration Trump : l'hydrogène, le biogaz, la capture-stockage du carbone, les règles de transparence sur les émissions, les subventions aux renouvelables, et surtout le soutien au gaz naturel liquéfié.
Le pari massif de TotalEnergies sur les États-Unis et sur le GNL date d'avant le retour du président MAGA à la Maison Blanche.
Il y a quelques jours, le groupe français s'est retrouvé sous le feu des critiques en acceptant d'abandonner deux projets éoliens en mer aux États-Unis (du fait de la politique anti-renouvelables du gouvernement Trump) et de réinvestir le milliard de dollars reçu en guise de compensation dans le pétrole et le gaz. Une transaction dans laquelle Ballard « n'a joué aucun rôle », assure le porte-parole de TotalEnergies.
Au-delà du symbole désastreux de soumission à l'agenda anti-climat de Trump (confirmée quelques jours plus tard avec l'abandon officiel de l'objectif de neutralité carbone), cette décision s'inscrit aussi dans un pari massif de TotalEnergies sur les États-Unis et sur le GNL. Un pari qui date d'ailleurs d'avant le retour du président MAGA à la Maison Blanche. Le groupe se revendique fièrement comme le premier exportateur de GNL américain avec 19 millions de tonnes en 2025 . En plus de posséder des parts dans des gisements gaziers dans le pays, il a investi ces dernières années dans plusieurs projets de terminaux d'exportation et a signé des accords d'approvisionnement avec d'autres entreprises propriétaires de terminaux pour irriguer les marchés européen et asiatique de gaz « made in USA ».
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donC'est un peu comme si TotalEnergies, après avoir vu ses investissements massifs des années 2010 en Russie remis en cause par le conflit autour de l'Ukraine, avait choisi de reporter ses efforts sur les États-Unis. Le développement du gaz naturel liquéfié est central dans la stratégie à long terme du groupe français, totalement aligné sur ce point avec les souhaits de l'administration américaine. Ce qui explique peut-être les appels du pied de Patrick Pouyanné auprès de Donald Trump depuis début 2025, comme lorsqu'il avait appelé le golfe du Mexique « golfe d'Amérique » comme le souhaitait le président étatsunien.
Cependant, contrairement à d'autres entreprises françaises comme Airbus, Sanofi, Thales ou EDF (lire notre enquête), TotalEnergies ne contribue pas significativement au financement de campagnes électorales via le système des « political action committees ». « La Compagnie ne soutient pas - et n'a jamais soutenu - ni ne contribue, financièrement à des organisations, partis, personnes ou campagnes politique. », confirme son porte-parole.
Depuis le 1er janvier 2026, le groupe pétrogazier fait l'objet d'une cotation croisée à New York et à Paris, officiellement pour des raisons financières et sans perspective officielle de se délocaliser davantage outre-Atlantique. C'est grâce à cette cotation outre-Atlantique que l'on a pu découvrir que l'État français détenait une part significative du capital de TotalEnergies (lire notre article) via la Caisse des dépôts et consignations. Combien de temps le groupe réussira-t-il à tenir ce grand écart entre ses attaches françaises et américaines ?
D'autres groupes du CAC40 ont vu leurs dépenses de lobbying aux États-Unis augmenter considérablement en 2025. C'est le cas notamment pour ArcelorMittal (multiplication par quatre par rapport à 2024) L'Oréal (multiplication par deux et demi), Veolia (multiplication par six), ou encore Axa et BNP Paribas (presque un doublement dans les deux cas). Des chiffres qui reflètent les risques et les incertitudes de la politique trumpiste pour les entreprises françaises, notamment en matière commerciale, mais aussi parfois – comme dans le cas de TotalEnergies – leur opportunisme.
[1] L'autre pays à part les États-Unis à avoir apporté un soutien financier à TotalEnergies pour son projet au Mozambique est l'Italie, en raison de l'implication d'entreprises transalpines, notamment Saipem.
08.04.2026 à 12:16
Anne-Sophie Simpere
Dans les deux semaines qui ont suivi les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et la française TotalEnergies – ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars.
Les marchés financiers anticipent les « superprofits » réalisés grâce à la hausse des cours du pétrole et du gaz, comme après l'invasion russe en Ukraine. Depuis le début de l'année, le cours de (…)
Dans les deux semaines qui ont suivi les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et la française TotalEnergies – ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars.
Les marchés financiers anticipent les « superprofits » réalisés grâce à la hausse des cours du pétrole et du gaz, comme après l'invasion russe en Ukraine. Depuis le début de l'année, le cours de l'action de TotalEnergies, par exemple, a augmenté de plus de 40%.
Cette hausse est nettement supérieure à celle du cours en bourse des entreprises d'armement, qui ont elle aussi. connu un bond depuis le début du conflit dans le Golfe persique, avant de se tasser.
Selon le cabinet d'étude Rystad Energy, les producteurs de pétrole états-uniens pourraient engranger 63 miliiards de dollars de profits supplémentaires cette année grâce à la hausse du prix du baril.
01.04.2026 à 08:00
Olivier Petitjean
L'influence des multinationales dans les grandes écoles est souvent montrée du doigt. Quelques cas emblématiques ont suscité des levées de bouclier, comme les tentatives avortées de TotalEnergies et LVMH de s'implanter à Polytechnique. Au-delà de ces controverses, la présence des poids lourds du secteur privé est devenue structurelle dans l'enseignement supérieur.
Quelles sont les entreprises les plus concernées ? Quelles formes prend leur influence, et avec quels objectifs ? Comment leur (…)
L'influence des multinationales dans les grandes écoles est souvent montrée du doigt. Quelques cas emblématiques ont suscité des levées de bouclier, comme les tentatives avortées de TotalEnergies et LVMH de s'implanter à Polytechnique. Au-delà de ces controverses, la présence des poids lourds du secteur privé est devenue structurelle dans l'enseignement supérieur.
Quelles sont les entreprises les plus concernées ? Quelles formes prend leur influence, et avec quels objectifs ? Comment leur présence affecte-t-elle concrètement la nature de l'enseignement et le fonctionnement des écoles ?
Le travail du collectif d'étudiants EIES (Entreprises illégitimes dans l'enseignement supérieur), disponible sur leur site, permet d'apporter des éléments de réponse plus précis à ces questions. Ses membres ont rassemblé des données sur plus de 8000 liens d'influence de divers types entre multinationales et grandes écoles : présence au conseil d'administration, mécénat, événementiel, financement d'associations étudiantes par exemple.
Parmi les groupes les plus présents dans l'enseignement supérieur, on retrouve sans surprise des fleurons nationaux comme EDF, Orange ou TotalEnergies, mais aussi des firmes du secteur de l'armement comme Thales ou Safran. Un grand nombre d'entre eux sont présents en Israël et dans les colonies illégales, pointe le collectif EIES, voire collaborent activement au génocide encore en cours à Gaza.
Toutes ces données ont fait l'objet d'un travail d'analyse sous forme de cartographie de réseaux qui permet d'identifier les principaux « clusters » de l'influence des multinationales dans les grandes écoles. Le regroupement central - le mieux identifié dans le débat public – associe les grandes écoles d'ingénieur polyvalentes comme Polytechnique ou CentraleSupélec et les grands groupes industriels de l'énergie ou de la défense.
Mais on observe aussi d'autres regroupements autour de la chimie industrielle (où sont très présents des groupes comme Saint-Gobain, Solvay, BASF, L'Oréal ou encore Michelin), de la finance et de l'assurance en Ile-de-France (avec toutes les grandes entreprises du conseil et de la banque), le numérique et les télécoms (avec des groupes français ou étrangers) et enfin un dernier cluster, à Grenoble, autour des industries électroniques.
L'analyse complète est à lire ici.
Sur ce sujet, on lira aussi notre rapport Polytechnique, une école d'État sous emprise.
30.03.2026 à 15:46
A series of investigations about international ultraconservative networks, their funding and their influence in France and Europe.
- The Reactionary InternationalA series of investigations about international ultraconservative networks, their funding and their influence in France and Europe.
26.03.2026 à 07:00
Restée dans la mémoire comme un moment de pénuries énergétiques, la crise de 1973 a aussi entraîné une transformation profonde du secteur pétrolier, au profit des multinationales et des régimes du Proche-Orient. Les velléités d'économies d'énergie et de développement des alternatives aux hydrocarbures ont fait long feu. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la consommation de pétrole ne cesse d'augmenter, et nulle part (…)
Restée dans la mémoire comme un moment de pénuries énergétiques, la crise de 1973 a aussi entraîné une transformation profonde du secteur pétrolier, au profit des multinationales et des régimes du Proche-Orient. Les velléités d'économies d'énergie et de développement des alternatives aux hydrocarbures ont fait long feu. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la consommation de pétrole ne cesse d'augmenter, et nulle part plus qu'aux États-Unis. Les grandes entreprises pétrolières anglosaxonnes – celles que l'on surnomme les « sept sœurs » – contrôlent le marché et maintiennent des prix bas qui favorisent une explosion de la demande pour le transport et dans l'industrie. Au tournant des années 1970, les champs pétroliers du Texas et de l'Oklahoma, qui assurent jusque-là l'essentiel des besoins de l'Amérique du Nord, montrent des signes de déclin. Les importations de pétrole augmentent en conséquence, notamment en provenance d'Arabie saoudite.
Depuis 1945 également, les pays producteurs réclament avec de plus en plus d'insistance un meilleur partage des revenus tirés des hydrocarbures. Même si certaines tentatives politiques, comme en Iran, sont sanctionnées par des coups d'État organisés par les États-Unis et le Royaume-Uni, la tendance est à un rééquilibrage du rapport de forces. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est fondée en 1960 à Bagdad à l'initiative de l'Iran, de l'Arabie saoudite et du Vénézuela dans l'objectif d'obtenir une hausse des prix. Au cours de la décennie qui suit, ils sont rejoints par l'Irak, le Koweït, l'Indonésie, la Libye, Abu Dhabi, l'Algérie et le Nigéria. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la nationalisation des ressources pétrolières est à l'ordre du jour. Des négociations ont lieu en Arabie saoudite pour faire monter progressivement la maison royale au capital de l'entreprise pétrolière Aramco, jusqu'ici contrôlée par les américaines Exxon, Mobil, Texaco et Chevron.
L'Opep décide d'une hausse de 70 % du prix du pétrole, mais aussi d'une réduction concertée de la production d'hydrocarbures, ainsi que d'un embargo total contre les États-Unis et les autres pays soutenant Israël.
La demande de hausse des prix se fait plus pressante encore en 1972 lorsque les États-Unis abandonnent l'étalon-or, provoquant une forte dévaluation du dollar qui affecte les revenus des pays producteurs, puisque les ventes d'hydrocarbures s'effectuent dans cette monnaie. Le pétrole, qui vient de dépasser le charbon, fournit alors la moitié de l'énergie primaire du monde. En octobre 1973, l'Opep tient sa conférence annuelle au Koweit et s'apprête à exiger une hausse substantielle du cours du baril. C'est alors qu'intervient la guerre du Kippour : l'Égypte et la Syrie attaquent par surprise Israël en pleine fête religieuse. Déstabilisé, l'État hébreu finit par rétablir la situation grâce aux armes que lui envoient les États-Unis. L'Opep décide d'une hausse de 70 % du prix du pétrole, de 3,01 à 5,12 dollars le baril, mais aussi d'une réduction concertée de la production d'hydrocarbures de 5 % par an, ainsi que d'un embargo total contre les États-Unis et les autres pays soutenant Israël.
Ces annonces entraînent ce que l'histoire retiendra comme le premier choc pétrolier. Le prix du baril s'envole (il atteindra presque 12 dollars en mars 1974) et la pénurie s'installe dans les pays occidentaux, provoquant une grave crise économique. L'Europe et le Japon, entièrement dépendants du pétrole du Moyen-Orient, sont particulièrement touchés. Les stations-service sont à sec et les gouvernements du Vieux Continent doivent prendre des mesures d'économie forcées comme l'interdiction de conduire le dimanche, la semaine de trois jours dans l'industrie (au Royaume-Uni), et l'introduction d'un changement d'heure en été. Partout, il n'est question que de sortir de la dépendance au pétrole et de développer les énergies renouvelables et le nucléaire, qui sera finalement privilégié.
Les majors occidentales comme Exxon jouent un rôle central dans l'application de l'embargo et dans la gestion de la pénurie qui s'ensuit, dans un contexte où chaque pays tente de mettre la main en priorité sur le pétrole disponible. Elles se mettent d'accord entre elles pour distribuer les hydrocarbures au prorata de la consommation des pays européens avant 1973. Du fait de la hausse des prix, la crise est aussi pour elles l'occasion de profits records. Exxon détrône alors General Motors pour devenir la plus grosse entreprise au monde.
Grâce à leurs bénéfices, et parce que le prix désormais élevé des hydrocarbures le permet, les multinationales nord-américaines et européennes ouvrent de nouvelles frontières pétrolières et gazières dans des régions comme l'Alaska ou la mer du Nord.
Grâce à ces bénéfices, et parce que le prix désormais élevé des hydrocarbures le permet, les multinationales nord-américaines et européennes investissent pour ouvrir de nouvelles frontières pétrolières et gazières dans des régions comme l'Alaska ou la mer du Nord. Celles-ci ont l'avantage d'être sous contrôle occidental, mais elles se caractérisent aussi par leurs conditions extrêmes. L'exploitation par Exxon de l'immense gisement de Prudhoe Bay dans l'Alaska requiert la construction d'un oléoduc placé sur des piliers autoréfrigérants pour éviter qu'il n'entraîne la fonte du sol et s'y enfonce. On n'avait jamais encore construit de plateformes offshore en eaux aussi profondes que dans la mer du Nord, où elles sont battues par des vagues violentes. Les débuts de l'exploitation des huiles de schiste étatsuniennes et des sables bitumineux canadiens datent également de cette époque. Alors que les dirigeants du secteur pétrolier commencent à prendre connaissance du risque climatique lié à la consommation d'hydrocarbures, ils font le choix d'une fuite en avant.
Si l'Opep est encore largement considérée comme le principal responsable du choc pétrolier de 1973, ces éléments donnent du crédit aux accusations, formulées rétrospectivement par des experts et certains responsables, saoudiens notamment, selon lesquelles la hausse drastique du cours du baril aurait en réalité été orchestrée par les majors et le gouvernement étatsuniens avec la complicité du shah d'Iran.
Après 1973, les grandes entreprises nationales d'hydrocarbures comme Aramco ou ses homologues au Moyen-Orient et ailleurs (y compris en Europe avec l'entreprise publique norvégienne Statoil, aujourd'hui Equinor, active en mer du Nord) prennent une dimension comparable à celle des multinationales occidentales, et se lancent pour certaines dans des activités à l'international. C'est aussi le début de l'enrichissement des pays du Moyen-Orient. Les pétrodollars affluent à Wall Street où ils alimentent le boom financier qui se prépare. Si les milieux d'affaires étatsuniens doivent accepter de se défaire d'Aramco, qui est intégralement nationalisée en 1980, ils peuvent se consoler avec de nombreux contrats d'infrastructures pétrolières en Arabie saoudite qui profitent à des firmes comme Bechtel et Halliburton, ainsi qu'avec les ventes d'armes, qui explosent dans la région
Un extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain, co-dirigé par Olivier Petitjean et Ivan du Roy, éditions La Découverte, 2025, 860 pages, 28 euros.
(c) La Découverte, tous droits réservés
26.03.2026 à 07:00
Aux début des années 1950, l'obstination d'un empire britannique déclinant à défendre ses positions et les intérêts de la British Petroleum (BP) entraîne la nationalisation du pétrole iranien puis un coup d'État contre le premier ministre Mossadegh avec le soutien de la CIA. Des événements qui nourriront le ressentiment du peuple iranien et continuent de faire sentir leurs effets aujourd'hui. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Au sortir de la Seconde Guerre (…)
Aux début des années 1950, l'obstination d'un empire britannique déclinant à défendre ses positions et les intérêts de la British Petroleum (BP) entraîne la nationalisation du pétrole iranien puis un coup d'État contre le premier ministre Mossadegh avec le soutien de la CIA. Des événements qui nourriront le ressentiment du peuple iranien et continuent de faire sentir leurs effets aujourd'hui. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le pétrole iranien reste la chasse gardée d'un Empire britannique qui a dû céder la place aux Américains dans le reste du Moyen-Orient. L'Iran est à cette époque le principal producteur d'hydrocarbures de la région, et ses ressources sont contrôlées par l'Anglo-Iranian Oil Company, dont le Royaume-Uni détient 51 %. En plus d'être une source de revenus appréciable pour le gouvernement de Londres, l'Anglo-Iranian vend également son pétrole à la marine britannique à un prix défiant toute concurrence.
Cette mainmise sur les ressources naturelles du pays suscite un ressentiment croissant au sein de la population iranienne. C'est d'autant plus le cas qu'au même moment le Vénézuela et l'Arabie saoudite réussissent à négocier avec les majors occidentales un accord de partage des revenus pétroliers à 50/50. Les Britanniques refusent d'en entendre parler, mais la pression monte. Les grèves se succèdent dans l'immense raffinerie d'Abadan, alors la plus grande du monde, où les ouvriers travaillent et vivent dans des conditions misérables.
Un groupe de députés emmenés par Mohammad Mossadegh, un nationaliste formé à la Sorbonne et à l'université de Neufchâtel en Suisse, réclame que l'Iran reprenne le contrôle intégral de ses ressources. Les ministres désignés par le shah Mohammad Reza Pahlavi temporisent, affirmant devant le Parlement qu'il leur est légalement impossible d'annuler la concession de l'Anglo-Iranian.
La Grande-Bretagne instaure un embargo strict sur le pétrole iranien. La Royal Navy patrouille dans le golfe Persique pour empêcher les tankers de passer.
Finalement, le Parlement puis la Chambre haute de l'Iran votent la nationalisation du pétrole iranien en 1951. Le shah refuse d'abord de mettre en œuvre la décision, mais il est finalement obligé de céder. Le même jour où il signe la loi mettant fin à l'existence de l'Anglo-Iranian, il nomme Mossadegh Premier ministre.
La Grande-Bretagne riposte immédiatement en instaurant un embargo strict sur le pétrole iranien. La Navy patrouille dans le golfe Persique pour empêcher les tankers de passer, privant le pays de ses revenus et le précipitant dans la crise économique. Il faut dire que certains dirigeants britanniques, à commencer par le ministre des Affaires étrangères Anthony Eden, ont placé une partie de leur fortune dans l'Anglo-Iranian.
Les États-Unis, en revanche, font initialement preuve de sympathie pour le nationalisme iranien et refusent d'appuyer l'intervention militaire que préparent les Britanniques. Mossadegh est reçu à Washington par le président Harry Truman et désigné homme de l'année par le magazine Time. La diplomatie étatsunienne tente en vain de négocier un compromis.
Tout change avec l'arrivée du pouvoir de Dwight D. Eisenhower au début de l'année 1953. Le nouveau président place les frères Dulles à la tête de la politique internationale des États-Unis, Allan à la Central Intelligence Agency (CIA) et John Foster au Département d'État, équivalent du ministère des Affaires étrangères. Tous deux sont partisans d'une politique ferme à l'égard du communisme et de ses soutiens potentiels dans le monde. Tous deux ont aussi travaillé de longues années pour le prestigieux cabinet Sullivan & Cromwell, qui compte parmi ses clients de nombreuses multinationales pétrolières étatsuniennes (ainsi que United Fruit, pour le compte de laquelle les frères Dulles supervisent en 1954 le renversement du colonel Arbenz au Guatémala).
Par crainte que le régime de Mossadegh, dont la coalition inclut le parti communiste iranien, ne devienne une dictature sous influence soviétique, les États-Unis décident de passer à l'action. Un coup d'État est organisé en 1953 par la CIA et son homologue britannique le MI6, s'appuyant en partie sur les opposants à Mossadegh, notamment dans les milieux religieux. Le Premier ministre est arrêté et remplacé par le général Zahedi, choisi par les Occidentaux. C'est surtout une réaffirmation du pouvoir absolu du shah Mohammad Reza Pahlavi, dont le régime modernisateur mais répressif dure jusqu'en 1979.
Un nouvel accord pétrolier est négocié, qui voit l'arrivée en force des majors américaines Exxon et Chevron, de Shell et même de l'ancêtre de TotalEnergies.
Après le coup d'État, il semble impossible de revenir au statu quo antérieur du fait de l'impopularité des Britanniques. Un nouvel accord est négocié, qui voit l'arrivée en force des majors américaines Exxon et Chevron, de Shell et même de la Compagnie française des pétroles, ancêtre de TotalEnergies, avec 6 %. Dans le consortium qui se voit attribuer le monopole de l'achat et de la vente du pétrole iranien, les intérêts britanniques représentés par British Petroleum (BP) ne pèsent plus que 40 %.
Trois ans après ces événements, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez qui appartient alors encore à la Compagnie de Suez (elle réinvestit l'indemnité reçue en Europe pour lancer la Compagnie financière de Suez, ancêtre de l'entreprise Suez actuelle ainsi que d'Engie). Les Britanniques se liguent avec les Français et les Israéliens pour lancer une offensive qui reprend le contrôle du canal par la force en novembre 1956. Cette fois, ils ne sont pas suivis par les États-Unis, et, sous la pression internationale, doivent renoncer et retirer leurs troupes.
En 1978, les grèves des ouvriers iraniens du pétrole contribuent à la révolution qui mène au départ définitif du shah, et à l'installation l'année suivante du régime clérical de l'ayatollah Khomeini.
Un extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain, co-dirigé par Olivier Petitjean et Ivan du Roy, éditions La Découverte, 2025, 860 pages, 28 euros.
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26.03.2026 à 06:00
Internationale réactionnaire. Ce lundi 23 mars a eu lieu à Budapest une grande messe de l'extrême droite mondiale en soutien au premier ministre hongrois Viktor Orbán, candidat à sa réélection. Étaient présents Marine Le Pen mais aussi Alice Weidel, Matteo Salvini, Geert Wilders, et quelques autres. C'est un nouveau signe de la place centrale de la Hongrie dans la galaxie réactionnaire internationale, au croisement entre la Russie de Poutine, la droite MAGA américaine et les partis du vieux (…)
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Internationale réactionnaire. Ce lundi 23 mars a eu lieu à Budapest une grande messe de l'extrême droite mondiale en soutien au premier ministre hongrois Viktor Orbán, candidat à sa réélection. Étaient présents Marine Le Pen mais aussi Alice Weidel, Matteo Salvini, Geert Wilders, et quelques autres. C'est un nouveau signe de la place centrale de la Hongrie dans la galaxie réactionnaire internationale, au croisement entre la Russie de Poutine, la droite MAGA américaine et les partis du vieux continent. Ce rôle de plaque tournante se reflète aussi dans l'activité croissante de think tanks financés par le pouvoir hongrois comme le Mathias Corvinus College (MCC), auquel nous avons consacré une grande enquête et qui est notamment à l'oeuvre dans l'offensive actuelle de l'extrême droite contre la régulation des réseaux sociaux.
Une sentence historique. Le groupe Yves Rocher a été condamné à indemniser des travailleuses licenciées en 2018 dans une usine en Turquie en raison de leur engagement syndical. Cette décision du tribunal judiciaire de Paris est la seconde à être rendue sur le fond dans le cadre de la loi de 2017 sur le devoir de vigilance des multinationales (lire notre dossier), après un premier jugement concernant le groupe La Poste, mais c'est la première à acter le principe d'une réparation des personnes affectées. Celle-ci reste cependant insuffisante, puisque le tribunal n'a accordé d'indemnités qu'aux neuf anciennes travailleuses qui n'ont pas accepté le protocole d'accord proposé par le groupe de cosmétiques au bout de 300 jours de manifestations, et non aux 72 autres qui ont aussi été congédiées mais ont paraphé le protocole. Les salariées licenciées étaient soutenues par les ONG Sherpa et ActionAid.
Affaires africaines de Bolloré (1). C'est confirmé : Vincent Bolloré sera bien jugé, avec deux de ses cadres, dans le cadre de l'affaire de corruption présumée autour des ports de Lomé et de Conakry. Le procès devrait avoir lieu en décembre prochain. Le milliardaire d'extrême droite et son groupe sont accusés d'avoir sous-facturé des services de communication de sa filiale Havas aux présidents du Togo et de Guinée en échange du renouvellement de concessions portuaires. Aussi bien l'homme d'affaires que sa société avaient reconnu les faits dans le cadre d'une procédure à l'amiable. La justice avait finalement refusé d'homologuer cet accord concernant Vincent Bolloré lui-même, jugeant la peine proposée – une amende de 375 000 euros – inadaptée. Il y a un an, un collectif panafricain d'associations a déposé une plainte dans la même affaire pour exiger que Bolloré et son groupe restituent à l'Afrique les fruits de cette corruption. Sur tout cela, on relira bien sûr Le système Bolloré, notre radiographie du groupe.
Affaires africaines de Bolloré (2). Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, le fonds souverain norvégien – l'un des principaux au monde – a annoncé son désengagement du capital du groupe Bolloré et de la Compagnie de l'Odet, holding financière de la famille. En cause : les activités de la Socfin, sulfureuse filiale gérant des plantations d'huiles de palme et d'hévéas en Afrique et en Asie (on relira par exemple cette enquête au NIgeria). Il semble que les Norvégiens n'aient pas été très convaincus par la communication de la Socfin sur sa responsabilité sociétale. Une décision symbolique mais qui pourrait faire tâche d'huile.
Shein un tout petit peu plus transparent sur son lobbying. Notre signalement à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique continue de porter ses fruits. Comme le signale le média spécialisé Glitz, le groupe de fast-fashion Shein a mis à jour ses déclarations d'activités de lobbying pour 2024 dans le registre de la HATVP pour donner plus de détail sur ses objectifs et ses moyens. C'est sans doute l'un des effets de l'enquête lancée par l'Autorité suite à notre signalement. On attend avec impatience la déclaration de Shein sur ses activités de lobbying en 2025, tout comme celles de Christophe Castaner et de sa société de conseil, qui doivent arriver théoriquement d'ici le 31 mars. Lire Pourquoi il faut faire la lumière sur le lobbying de Shein et le rôle de Christophe Castaner.
« Contrat social ». Lorsque l'on parle de l'influence des multinationales dans les grandes écoles, on pense plutôt aux écoles d'ingénieur et aux groupes industriels de l'énergie ou de l'armement. L'omniprésence d'entreprises comme TotalEnergies et Thales à Polytechnique, que nous pointions il y a quelques mois (lire Polytechnique, une école d'État sous emprise), en est le meilleur exemple. Mais les sciences humaines et sociales et d'autres grandes écoles sont également concernées, comme en témoigne le partenariat annoncé entre l'École normale supérieure et le groupe Axa autour du « renouvellement du contrat social ». Parmi les objectifs affichés, celui d'analyser « le rôle des acteurs privés et publics pour garantir la sûreté des personnes, dans un contexte où les risques sont de plus en plus complexes et interdépendants ». Une question sur laquelle Axa n'a évidemment aucun intérêt privé à défendre. Ce partenariat fait suite à une précédente chaire financée par Axa à l'ENS, autour de la « géopolitique du risque ».
Accor attaqué. Le groupe hôtelier Accor est accusé de défaut de vigilance dans la gestion de ses hôtels, et en particulier de ne pas prendre les mesures nécessaires pour qu'ils ne soient pas utilisés pour la traite d'êtres humains et d'enfants. Des hôtels Accor en Russie auraient ainsi accueilli des enfants ukrainiens enlevés en vue de leur adoption par des familles russes. Jeffrey Epstein aurait eu volontiers eu recours aux établissements du groupe français, dont le PDG est cité une fois dans les « Epstein Files ». Particularité de l'affaire : Accor n'est pas attaqué par une ONG mais par un fonds financier, Grizzly, qui a spéculé à la baisse sur son cours en bourse. Une opération couronnée de succès puisque ce cours a baissé de 11% en quelques jours. La direction d'Accor a fait savoir qu'elle ouvrait une enquête sur ces allégations.