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26.03.2026 à 07:00

L'empire britannique s'accroche au pétrole iranien

Aux début des années 1950, l'obstination d'un empire britannique déclinant à défendre ses positions et les intérêts de la British Petroleum (BP) entraîne la nationalisation du pétrole iranien puis un coup d'État contre le premier ministre Mossadegh avec le soutien de la CIA. Des événements qui nourriront le ressentiment du peuple iranien et continuent de faire sentir leurs effets aujourd'hui. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Au sortir de la Seconde Guerre (…)

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Aux début des années 1950, l'obstination d'un empire britannique déclinant à défendre ses positions et les intérêts de la British Petroleum (BP) entraîne la nationalisation du pétrole iranien puis un coup d'État contre le premier ministre Mossadegh avec le soutien de la CIA. Des événements qui nourriront le ressentiment du peuple iranien et continuent de faire sentir leurs effets aujourd'hui. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le pétrole iranien reste la chasse gardée d'un Empire britannique qui a dû céder la place aux Américains dans le reste du Moyen-Orient. L'Iran est à cette époque le principal producteur d'hydrocarbures de la région, et ses ressources sont contrôlées par l'Anglo-Iranian Oil Company, dont le Royaume-Uni détient 51 %. En plus d'être une source de revenus appréciable pour le gouvernement de Londres, l'Anglo-Iranian vend également son pétrole à la marine britannique à un prix défiant toute concurrence.

Cette mainmise sur les ressources naturelles du pays suscite un ressentiment croissant au sein de la population iranienne. C'est d'autant plus le cas qu'au même moment le Vénézuela et l'Arabie saoudite réussissent à négocier avec les majors occidentales un accord de partage des revenus pétroliers à 50/50. Les Britanniques refusent d'en entendre parler, mais la pression monte. Les grèves se succèdent dans l'immense raffinerie d'Abadan, alors la plus grande du monde, où les ouvriers travaillent et vivent dans des conditions misérables.

Un groupe de députés emmenés par Mohammad Mossadegh, un nationaliste formé à la Sorbonne et à l'université de Neufchâtel en Suisse, réclame que l'Iran reprenne le contrôle intégral de ses ressources. Les ministres désignés par le shah Mohammad Reza Pahlavi temporisent, affirmant devant le Parlement qu'il leur est légalement impossible d'annuler la concession de l'Anglo-Iranian.

La Grande-Bretagne instaure un embargo strict sur le pétrole iranien. La Royal Navy patrouille dans le golfe Persique pour empêcher les tankers de passer.

Finalement, le Parlement puis la Chambre haute de l'Iran votent la nationalisation du pétrole iranien en 1951. Le shah refuse d'abord de mettre en œuvre la décision, mais il est finalement obligé de céder. Le même jour où il signe la loi mettant fin à l'existence de l'Anglo-Iranian, il nomme Mossadegh Premier ministre.

La Grande-Bretagne riposte immédiatement en instaurant un embargo strict sur le pétrole iranien. La Navy patrouille dans le golfe Persique pour empêcher les tankers de passer, privant le pays de ses revenus et le précipitant dans la crise économique. Il faut dire que certains dirigeants britanniques, à commencer par le ministre des Affaires étrangères Anthony Eden, ont placé une partie de leur fortune dans l'Anglo-Iranian.

Les États-Unis, en revanche, font initialement preuve de sympathie pour le nationalisme iranien et refusent d'appuyer l'intervention militaire que préparent les Britanniques. Mossadegh est reçu à Washington par le président Harry Truman et désigné homme de l'année par le magazine Time. La diplomatie étatsunienne tente en vain de négocier un compromis.

Le coup d'État de 1953

Tout change avec l'arrivée du pouvoir de Dwight D. Eisenhower au début de l'année 1953. Le nouveau président place les frères Dulles à la tête de la politique internationale des États-Unis, Allan à la Central Intelligence Agency (CIA) et John Foster au Département d'État, équivalent du ministère des Affaires étrangères. Tous deux sont partisans d'une politique ferme à l'égard du communisme et de ses soutiens potentiels dans le monde. Tous deux ont aussi travaillé de longues années pour le prestigieux cabinet Sullivan & Cromwell, qui compte parmi ses clients de nombreuses multinationales pétrolières étatsuniennes (ainsi que United Fruit, pour le compte de laquelle les frères Dulles supervisent en 1954 le renversement du colonel Arbenz au Guatémala).

Par crainte que le régime de Mossadegh, dont la coalition inclut le parti communiste iranien, ne devienne une dictature sous influence soviétique, les États-Unis décident de passer à l'action. Un coup d'État est organisé en 1953 par la CIA et son homologue britannique le MI6, s'appuyant en partie sur les opposants à Mossadegh, notamment dans les milieux religieux. Le Premier ministre est arrêté et remplacé par le général Zahedi, choisi par les Occidentaux. C'est surtout une réaffirmation du pouvoir absolu du shah Mohammad Reza Pahlavi, dont le régime modernisateur mais répressif dure jusqu'en 1979.

Un nouvel accord pétrolier est négocié, qui voit l'arrivée en force des majors américaines Exxon et Chevron, de Shell et même de l'ancêtre de TotalEnergies.

Après le coup d'État, il semble impossible de revenir au statu quo antérieur du fait de l'impopularité des Britanniques. Un nouvel accord est négocié, qui voit l'arrivée en force des majors américaines Exxon et Chevron, de Shell et même de la Compagnie française des pétroles, ancêtre de TotalEnergies, avec 6 %. Dans le consortium qui se voit attribuer le monopole de l'achat et de la vente du pétrole iranien, les intérêts britanniques représentés par British Petroleum (BP) ne pèsent plus que 40 %.

Trois ans après ces événements, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez qui appartient alors encore à la Compagnie de Suez (elle réinvestit l'indemnité reçue en Europe pour lancer la Compagnie financière de Suez, ancêtre de l'entreprise Suez actuelle ainsi que d'Engie). Les Britanniques se liguent avec les Français et les Israéliens pour lancer une offensive qui reprend le contrôle du canal par la force en novembre 1956. Cette fois, ils ne sont pas suivis par les États-Unis, et, sous la pression internationale, doivent renoncer et retirer leurs troupes.

En 1978, les grèves des ouvriers iraniens du pétrole contribuent à la révolution qui mène au départ définitif du shah, et à l'installation l'année suivante du régime clérical de l'ayatollah Khomeini.

Un extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain, co-dirigé par Olivier Petitjean et Ivan du Roy, éditions La Découverte, 2025, 860 pages, 28 euros.

(c) La Découverte, tous droits réservés

26.03.2026 à 06:00

Hongrie, Bolloré en Afrique, Yves Rocher condamné, lobbying de Shein, Normale sup', Accor. La revue de presse du 26 mars

Internationale réactionnaire. Ce lundi 23 mars a eu lieu à Budapest une grande messe de l'extrême droite mondiale en soutien au premier ministre hongrois Viktor Orbán, candidat à sa réélection. Étaient présents Marine Le Pen mais aussi Alice Weidel, Matteo Salvini, Geert Wilders, et quelques autres. C'est un nouveau signe de la place centrale de la Hongrie dans la galaxie réactionnaire internationale, au croisement entre la Russie de Poutine, la droite MAGA américaine et les partis du vieux (…)

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Texte intégral (1224 mots)

Internationale réactionnaire. Ce lundi 23 mars a eu lieu à Budapest une grande messe de l'extrême droite mondiale en soutien au premier ministre hongrois Viktor Orbán, candidat à sa réélection. Étaient présents Marine Le Pen mais aussi Alice Weidel, Matteo Salvini, Geert Wilders, et quelques autres. C'est un nouveau signe de la place centrale de la Hongrie dans la galaxie réactionnaire internationale, au croisement entre la Russie de Poutine, la droite MAGA américaine et les partis du vieux continent. Ce rôle de plaque tournante se reflète aussi dans l'activité croissante de think tanks financés par le pouvoir hongrois comme le Mathias Corvinus College (MCC), auquel nous avons consacré une grande enquête et qui est notamment à l'oeuvre dans l'offensive actuelle de l'extrême droite contre la régulation des réseaux sociaux.

Une sentence historique. Le groupe Yves Rocher a été condamné à indemniser des travailleuses licenciées en 2018 dans une usine en Turquie en raison de leur engagement syndical. Cette décision du tribunal judiciaire de Paris est la seconde à être rendue sur le fond dans le cadre de la loi de 2017 sur le devoir de vigilance des multinationales (lire notre dossier), après un premier jugement concernant le groupe La Poste, mais c'est la première à acter le principe d'une réparation des personnes affectées. Celle-ci reste cependant insuffisante, puisque le tribunal n'a accordé d'indemnités qu'aux neuf anciennes travailleuses qui n'ont pas accepté le protocole d'accord proposé par le groupe de cosmétiques au bout de 300 jours de manifestations, et non aux 72 autres qui ont aussi été congédiées mais ont paraphé le protocole. Les salariées licenciées étaient soutenues par les ONG Sherpa et ActionAid.

Affaires africaines de Bolloré (1). C'est confirmé : Vincent Bolloré sera bien jugé, avec deux de ses cadres, dans le cadre de l'affaire de corruption présumée autour des ports de Lomé et de Conakry. Le procès devrait avoir lieu en décembre prochain. Le milliardaire d'extrême droite et son groupe sont accusés d'avoir sous-facturé des services de communication de sa filiale Havas aux présidents du Togo et de Guinée en échange du renouvellement de concessions portuaires. Aussi bien l'homme d'affaires que sa société avaient reconnu les faits dans le cadre d'une procédure à l'amiable. La justice avait finalement refusé d'homologuer cet accord concernant Vincent Bolloré lui-même, jugeant la peine proposée – une amende de 375 000 euros – inadaptée. Il y a un an, un collectif panafricain d'associations a déposé une plainte dans la même affaire pour exiger que Bolloré et son groupe restituent à l'Afrique les fruits de cette corruption. Sur tout cela, on relira bien sûr Le système Bolloré, notre radiographie du groupe.

Affaires africaines de Bolloré (2). Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, le fonds souverain norvégien – l'un des principaux au monde – a annoncé son désengagement du capital du groupe Bolloré et de la Compagnie de l'Odet, holding financière de la famille. En cause : les activités de la Socfin, sulfureuse filiale gérant des plantations d'huiles de palme et d'hévéas en Afrique et en Asie (on relira par exemple cette enquête au NIgeria). Il semble que les Norvégiens n'aient pas été très convaincus par la communication de la Socfin sur sa responsabilité sociétale. Une décision symbolique mais qui pourrait faire tâche d'huile.

Shein un tout petit peu plus transparent sur son lobbying. Notre signalement à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique continue de porter ses fruits. Comme le signale le média spécialisé Glitz, le groupe de fast-fashion Shein a mis à jour ses déclarations d'activités de lobbying pour 2024 dans le registre de la HATVP pour donner plus de détail sur ses objectifs et ses moyens. C'est sans doute l'un des effets de l'enquête lancée par l'Autorité suite à notre signalement. On attend avec impatience la déclaration de Shein sur ses activités de lobbying en 2025, tout comme celles de Christophe Castaner et de sa société de conseil, qui doivent arriver théoriquement d'ici le 31 mars. Lire Pourquoi il faut faire la lumière sur le lobbying de Shein et le rôle de Christophe Castaner.

« Contrat social ». Lorsque l'on parle de l'influence des multinationales dans les grandes écoles, on pense plutôt aux écoles d'ingénieur et aux groupes industriels de l'énergie ou de l'armement. L'omniprésence d'entreprises comme TotalEnergies et Thales à Polytechnique, que nous pointions il y a quelques mois (lire Polytechnique, une école d'État sous emprise), en est le meilleur exemple. Mais les sciences humaines et sociales et d'autres grandes écoles sont également concernées, comme en témoigne le partenariat annoncé entre l'École normale supérieure et le groupe Axa autour du « renouvellement du contrat social ». Parmi les objectifs affichés, celui d'analyser « le rôle des acteurs privés et publics pour garantir la sûreté des personnes, dans un contexte où les risques sont de plus en plus complexes et interdépendants ». Une question sur laquelle Axa n'a évidemment aucun intérêt privé à défendre. Ce partenariat fait suite à une précédente chaire financée par Axa à l'ENS, autour de la « géopolitique du risque ».

Accor attaqué. Le groupe hôtelier Accor est accusé de défaut de vigilance dans la gestion de ses hôtels, et en particulier de ne pas prendre les mesures nécessaires pour qu'ils ne soient pas utilisés pour la traite d'êtres humains et d'enfants. Des hôtels Accor en Russie auraient ainsi accueilli des enfants ukrainiens enlevés en vue de leur adoption par des familles russes. Jeffrey Epstein aurait eu volontiers eu recours aux établissements du groupe français, dont le PDG est cité une fois dans les « Epstein Files ». Particularité de l'affaire : Accor n'est pas attaqué par une ONG mais par un fonds financier, Grizzly, qui a spéculé à la baisse sur son cours en bourse. Une opération couronnée de succès puisque ce cours a baissé de 11% en quelques jours. La direction d'Accor a fait savoir qu'elle ouvrait une enquête sur ces allégations.

25.03.2026 à 08:43

Des données très gourmandes en terres

195 hectares, soit l'équivalent de 273 terrains de football. C'est la surface du centre de données que Google veut construire à quelques kilomètres de Châteauroux. C'est l'un des principaux projets de ce type en France aujourd'hui.
Le chiffre illustre l'empreinte territoriale et matérielle du boom des « data centers » impulsé par les multinationales du numérique au nom de l'intelligence artificielle et encouragé par le gouvernement français.
Pour implanter ces projets, les géants de la (…)

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195 hectares, soit l'équivalent de 273 terrains de football. C'est la surface du centre de données que Google veut construire à quelques kilomètres de Châteauroux. C'est l'un des principaux projets de ce type en France aujourd'hui.

Le chiffre illustre l'empreinte territoriale et matérielle du boom des « data centers » impulsé par les multinationales du numérique au nom de l'intelligence artificielle et encouragé par le gouvernement français.

Pour implanter ces projets, les géants de la tech tendent à cibler des territoires éloignés des métropoles, en mal de dynamisme économique, où la contestation sera minimale.

Avant ce centre de données de Google, le site était censé accueillir une usine chinoise puis une « gigafactory » de Tesla. En attendant, ces terres sont cultivées. Pour combien de temps ?

Lire l'enquête de Lucille Giovanelli et Séverin Lahaye : À Châteauroux, Google avance masqué : les dessous d'un projet de data center XXL

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