Publié par l’association Alter-médias / Basta !
07.05.2026 à 07:00
Quels sont les véritables bénéfices de la frénésie actuelle de construction de nouveaux centres de données géants, et pour qui ? Et quels en seront les coûts ?
- Profits et pertes : derrière le boom des datacenters en France / France, numérique, données, construction
Au nom de la « souveraineté numérique », le gouvernement veut favoriser l'implantation de centres de données géants sur le territoire français. Une politique qui semble largement inspirée par les Big Tech et dont ils seront les premiers bénéficiaires, avec le secteur financier. Enquêtes sur la face cachée du boom des datacenters.
En février 2025, à l'occasion du Sommet pour l'action sur l'Intelligence artificielle (IA), le président de la République Emmanuel Macron a promis de faire de la France une terre d'accueil pour les centres de données, ou datacenters, et annoncé à cette fin des investissements de 109 milliards d'euros issus du secteur privé.
Cette politique n'a rien de spécifique à la France. Lors du même événement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le lancement du « plus grand partenariat public-privé dans le monde pour le développement d'une IA fiable », pour un montant total de 200 milliards d'euros. De nombreux pays connaissent un boom de construction de nouveaux centres de données, alimenté par des investissements massifs de la part des géants de la tech et de fonds financiers comme BlackRock.
Parmi les plus gros projets annoncés, une coentreprise baptisée Campus IA, réunissant le fonds émirati MGX, la start-up française Mistral AI, Nvidia et la banque publique Bpifrance, veut construire un immense centre de données à Fouju, en Seine-et-Marne, qui devrait à terme atteindre une puissance de 1,4 gigawatt (GW). Google pourrait construire un centre de données de 500 MW près de Châteauroux, tandis que Microsoft a tourné ses yeux vers l'Alsace, à Petit-Landau, près de Mulhouse, avec un projet dont la consommation annuelle d'électricité, prévue à 1,5 GWh, correspond à celle de 280 000 foyers, soit autant que la ville de Strasbourg.
Menée au nom de la « souveraineté numérique », la politique française de soutien à la construction de datacenters semble en réalité guidée en grande partie par les Big Tech. Elle entérine leur vision du monde faite de numérisation totale et de déploiement inéluctable de l'IA. Elle bénéficie de fait surtout à des grands acteurs étasunien de la technologie et de la finance. Des entreprises françaises du BTP ou de l'électricité espèrent bien s'attirer une part du gâteau - ce qui explique en partie la complaisance des autorités françaises - mais au prix d'entériner, à long terme, la position subordonnée de l'économie tricolore dans des chaînes de valeur contrôlées par les géants américains.
Dans cette série d'enquêtes, l'Observatoire des multinationales se penche sur les acteurs derrière la frénésie de constructions de centres de données en France (et ailleurs), avec la question classique : quels en seront les véritables bénéfices, et pour qui ? Et quels en seront les coûts ?
07.05.2026 à 07:00
Le datacenter géant annoncé à Fouju, en Seine-et-Marne, est présenté comme l'archétype de l'infrastructure numérique « souveraine » dont nous aurions besoin pour réduire nos dépendances. Le projet est pourtant contrôlé à 70% par un fonds d'Abu Dhabi, MGX, dont les liens étroits avec Donald Trump et ses proches, les géants américains de la Tech comme Microsoft, la Chine, ou encore les services de sécurité émiratis devraient susciter davantage d'inquiétude. Enquête.
Le projet avait été (…)
Le datacenter géant annoncé à Fouju, en Seine-et-Marne, est présenté comme l'archétype de l'infrastructure numérique « souveraine » dont nous aurions besoin pour réduire nos dépendances. Le projet est pourtant contrôlé à 70% par un fonds d'Abu Dhabi, MGX, dont les liens étroits avec Donald Trump et ses proches, les géants américains de la Tech comme Microsoft, la Chine, ou encore les services de sécurité émiratis devraient susciter davantage d'inquiétude. Enquête.
Le projet avait été annoncé en grande pompe par l'Élysée en février 2025 à l'occasion du Sommet de l'IA. Sur les 109 milliards d'euros d'investissements promis à cette occasion en vue de la construction de nouvelles infrastructures numériques en France, près de la moitié était réservée à un énorme centre de données de 1,4 GW, implanté dans la commune de Fouju en Seine-et-Marne et baptisé « Campus IA », sous l'égide d'un « consortium de champions franco-émiratis ».
Au tour de table : MGX, un fonds souverain basé à Abu Dhabi, Bpifrance (donc l'État français), la pépite tricolore Mistral AI et le concepteur américain de puces Nvidia. Les documents de présentation annoncent également « un réseau de partenaires industriels, énergétiques et académiques (Bouygues, EDF, RTE, l'École Polytechnique, Sipartech), qui contribuent à la réussite opérationnelle et scientifique du projet ». RTE, gestionnaire public du transport électrique et filiale d'EDF, est même déclaré co-maître d'ouvrage, en charge du raccordement. La facilité de connexion à un réseau alimenté par de grandes quantités d'électricité nucléaire « décarbonée » était de fait l'un des arguments clés mis en avant par Emmanuel Macron lors du Sommet.
Des concertations ont eu lieu localement ces derniers mois à la demande des entreprises partenaires elles-mêmes. Dans ce cadre, comme nous l'ont confirmé plusieurs participants, elles ont systématiquement refusé de répondre aux questions sur le montage financier, la répartition de l'actionnariat et les leviers dont disposaient l'État et Bpifrance pour garantir son caractère « souverain », s'abritant derrière le « secret des affaires ».
Si le pacte d'actionnaires est effectivement gardé confidentiel, une simple recherche dans le registre des sociétés permet pourtant d'en savoir un peu sur la genèse du projet et le poids relatif des associés. La société Campus IA a été créée en avril 2025 via une société de formalités administratives logée au 3, boulevard de Sébastopol, tout près de la place du Châtelet à Paris. C'est encore aujourd'hui son siège social, et celui des nombreuses sociétés annexes, au nombre de treize à ce jour, créées pour son financement.
Pour un projet souvent qualifié de « souverain », le contrôle reste fermement entre les mains du fonds émirati MGX.
MGX apparaît officiellement comme unique actionnaire de la société en juin de la même année, avant de faire fait entrer Bpifrance, Mistral AI et Nvidia au capital en décembre, puis de procéder à une nouvelle augmentation de capital en mars 2026, avec les mêmes associés. Les documents relatifs à ces augmentations, partiellement caviardés, permettent tout de même de reconstituer très exactement la répartition de leurs parts au capital : 70% pour MGX, 25% pour Bpifrance, 4% pour Nvidia et 1% pour Mistral AI.
Pour un projet souvent qualifié de « souverain », le contrôle reste donc fermement entre les mains du fonds émirati. Le poids très symbolique de Mistral AI, alors même que le présumé champion français de l'intelligence artificielle a levé des fonds pour investir dans ses propres centres de données, pose question. En tout cas, c'est un dirigeant de MGX, le Français Thibaud Desfossés, ancien consultant chez McKinsey, qui a logiquement pris la direction de Campus IA et en constitue le visage public, assurant à qui veut l'entendre que le futur centre de données « constituera un pilier essentiel de la souveraineté numérique et technologique de la France ».
MGX a été créé en 2024 par le fonds souverain émirati Mubadala, partenaire de Bpifrance depuis 2014. Mubadala a notamment abondé en 2020 le fonds dit « Lac 1 », destiné – déjà – à prendre des parts dans des entreprises françaises au nom de la « souveraineté », et co-investi dans des véhicules dédié à l'innovation en Afrique. La banque publique française et le fonds émirati sont également montés conjointement, en 2024, au capital de l'entreprise de conseil Socotec, qui est aujourd'hui l'un des partenaires clés du projet Campus IA. Le monde est petit.
Le méga-centre de données de Fouju ne serait-il donc qu'un nouvel épisode du financement des entreprises françaises par les pétromonarchies du Golfe ? Depuis quelques décennies, les responsables publics tricolores font régulièrement appel à l'argent du Qatar, de l'Arabie saoudite ou des Émirats arabes unis pour boucler le budget de leurs grands projets industriels ou obtenir des commandes lucratives pour leurs champions, en oubliant commodément l'origine de cet argent et les pratiques peu démocratiques et bien peu progressistes de ces gouvernements. En l'occurrence, cependant, l'enjeu va au-delà de la simple compromission avec un régime autocratique. Car en plus d'être contrôlé par la famille royale émiratie, le fonds MGX est étroitement lié aux géants américains de la Tech et même plus particulièrement à la politique de soutien massif (et intéressé) à l'IA et aux cryptomonnaies initiée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche.
MGX est ainsi l'un des partenaires du projet « Stargate » lancé par l'administration américaine au lendemain de l'investiture du nouveau président avec OpenAI, Oracle et Softbank, consistant à investir 500 milliards de dollars dans la construction de nouvelles infrastructures numériques sur le territoire américain.
En mars 2025, MGX annoncé une transaction de 2 milliards de dollars utilisant la « stablecoin » lancée par le président américain et sa famille, World Liberty Financial.
En mars 2025, le fonds a annoncé un investissement de 2 milliards de dollars dans l'entreprise de cryptomonnaies Binance, utilisant pour cette transaction la « stablecoin » lancée par le président américain et sa famille, World Liberty Financial. Annoncée par les Trump eux-mêmes, l'opération a largement été vue comme un moyen de s'acheter les faveurs de la Maison Blanche. En septembre 2025, MGX était à nouveau partie prenante, aux côtés d'Oracle et d'autres investisseurs, du rachat de la branche américaine de TikTok, là encore ardemment désiré et favorisé par Trump.
Les liens de MGX avec les Big Tech et Wall Street dépassent la personne du président américain. Peu après sa création en 2024, le fonds émirati annonçait en effet un partenariat financier avec Microsoft et la BlackRock pour mobiliser plusieurs dizaines de milliards de dollars pour investir dans des infrastructures numériques et notamment des centres de données partout dans le monde.
Selon les bases de données financières que nous avons pu consulter, MGX a aussi participé depuis sa création aux levées de fonds des firmes d'IA américaines, que ce soit OpenAI, Anthropic ou xAI, la société d'Elon Musk. C'est de fait un des acteurs majeurs de la fuite en avant dans laquelle est engagée le secteur de la Tech (et Wall Street avec lui) consistant à aller toujours plus vite et toujours plus loin dans le développement de nouvelles infrastructures numériques géantes sans se préoccuper des impacts écologiques et sociaux, avec le risque de plus en plus présent de former une bulle dont l'éclatement aurait des conséquences dans tous les secteurs.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donLe profil de l'autre co-actionnaire et co-fondateur de MGX aux côtés de Mubadala, la société G42, n'est guère plus rassurant. Elle aussi basée aux Émirats arabes unis, elle est présidée par Cheikh Tahnoun ben Zayed, patron de Mubadala et MGX et frère du président émirati et du prince héritier d'Abu Dhabi. Son directeur opérationnel, le Chinois Peng Xiao, est l'ancien patron de DarkMatter, une firme de surveillance et de cybersécurité liée aux services de sécurité émiratis et impliquée dans le projet Raven, une vaste entreprise d'espionnage d'autres gouvernements, d'opposants et de militants des droits humains dévoilée par le média The Intercept en 2016. Le cas du blogueur pro-démocratie Ahmed Mansoor, espionné grâce au piratage de son « baby monitor », avait alors fait la une des médias.
G42 est liée à un autre scandale de surveillance de masse, via l'application de chat ToTok, très populaire au Moyen-Orient. Le Cheikh Tahnoun ben Zayed, avant de présider aux fonds d'investissements émiratis à partir de 2023, a été pendant dix ans conseiller à la sécurité intérieure des Émirats arabes unis et à ce titre, directement impliqué dans le projet Raven.
Le Cheikh Tahnoun ben Zayed, avant de présider aux fonds d'investissements émiratis dans l'IA, a été pendant dix ans conseiller à la sécurité intérieure des Émirats arabes unis.
G42 a développé toute une série d'activités et d'applications autour de l'IA, dans le domaine du numérique et de la surveillance mais aussi de la santé, du spatial ou des hydrocarbures (en partenariat avec l'entreprise nationale Adnoc). Au-delà de la personne de son dirigeant, G42 utilise des développeurs chinois, a travaillé avec Sinopharm pour produire le vaccin chinois contre le Covid, est soupçonné de collaborer avec de nombreuses entités liées à Pékin, et a investi dans des firmes comme ByteDance (la maison mère de TikTok) et JD.com. Ces relations étroites avec la Chine ont attiré l'attention de congressistes américains], qui ont fait inscrire G42 sur une liste d'entreprises soumises à des contrôles d'exportations, afin notamment d'empêcher tout espionnage industriel. Ce qui n'a pas empêché Microsoft d'investir 1,5 milliard de dollars dans l'entreprise émiratie quelques mois plus tard, obtenant au passage une place à son conseil d'administration.
Là aussi, les choses se sont accélérées avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En mai 2025, G42 a annoncé le lancement d'un « Stargate » émirati en partenariat avec OpenAI, Oracle, Nvidia, Softbank et Cisco. Deux semaines après l'annonce du dépôt de 2 milliards de dollars dans dans World Liberty Financial, l'administration américaine levait les restrictions imposées sous Joe Biden aux exportations de micro-processeurs les plus avancés vers les Émirats arabes unis. Parmi les principaux bénéficiaires de la levée de ces restrictions ? G42. Selon le Wall Street Journal, Cheikh Tahnoun ben Zayed aurait même pris dès janvier 2025 une participation de 49% dans World Liberty Financial via un autre fonds sous son contrôle.
G42 ne se contente pas de faire des deals avec la famille Trump et ses alliés. L'entreprise est présente en France non seulement dans le futur centre de données de Fouju (indirectement, via MGX) mais aussi dans un autre projet, à Grenoble, avec l'entreprise américaine AMD et la firme française DataOne (en fait une filiale d'un groupe basé en Irlande), lui aussi annoncé en février 2025 à l'occasion du Sommet de l'IA et qui pourrait atteindre à terme une puissance de 1 GW en regroupant plusieurs sites [1].
G42 est impliquée dans un autre projet de datacenter, à Grenoble, avec l'entreprise américaine AMD et la firme française DataOne.
Grenoble, justement, doit accueillir un autre grand projet lancé en fanfare par le gouvernement français et abondamment soutenu financièrement par les pouvoirs publics au nom de la « souveraineté » : le projet dit « Liberty » consistant à étendre les capacités de l'usine de ST Microelectronics à Crolles pour produire des semi-processeurs de nouvelle génération, en partenariat avec l'entreprise spécialisée GlobalFoundries. L'État a mis sur la table 2,9 milliards d'euros en 2022. Cette aide vient de faire l'objet d'un rapport très sévère de la Cour des comptes, qui pointe notamment le mauvais montage de l'opération, l'absence d'évaluation socio-économique adéquate et le gâchis d'argent public faute de garanties de la part de GlobalFoundries, qui semble avoir de fait abandonné le projet.
L'actionnaire de référence de ST Microelectronics, au nom de l'État français, est Bpifrance. L'actionnaire majoritaire de GlobalFoundries, à plus de 80%, n'est autre que le fonds émirati Mubadala. GlobalFoundries pour lequel travaillait, avant d'être muté à MGX en 2024, Thibaud Desfossés, aujourd'hui la cheville ouvrière et le visage public de Campus IA. Décidément, oui, le monde est petit.
07.05.2026 à 07:00
Le gouvernement multiplie depuis le début d'année 2025 les mesures pour attirer les centres de données en France. Menée au nom de la « souveraineté numérique », cette politique profite massivement à des entreprises étrangères, notamment les Big Tech et des opérateurs comme Digital Realty, financés par des fonds d'investissement eux aussi majoritairement étasuniens. Des entreprises françaises dans la construction, les équipements électriques ou l'énergie comptent bien se réserver une (petite) (…)
- Profits et pertes : derrière le boom des datacenters en France / France, Microsoft, Google, Amazon, BlackRock, Digital Realty, Schneider Electric, Legrand, EDF, Vinci, Bouygues, Eiffage, Ardian, MGX, pouvoir des entreprises, capture, construction, données, numérique, finance
Le gouvernement multiplie depuis le début d'année 2025 les mesures pour attirer les centres de données en France. Menée au nom de la « souveraineté numérique », cette politique profite massivement à des entreprises étrangères, notamment les Big Tech et des opérateurs comme Digital Realty, financés par des fonds d'investissement eux aussi majoritairement étasuniens. Des entreprises françaises dans la construction, les équipements électriques ou l'énergie comptent bien se réserver une (petite) part du gâteau.
« La souveraineté numérique sera la ligne directrice de mon action », affirmait Anne Le Hénanff, ministre déléguée de l'Intelligence artificielle (IA) et du Numérique, dans un entretien pour La Tribune. En poste depuis octobre 2025, c'est elle qui est chargée de mettre en œuvre la politique annoncée au début de cette même année par Emmanuel Macron, lors du Sommet pour l'action sur l'Intelligence artificielle (lire notre enquête). À cette occasion, le président de la République a promis de faire de la France une terre d'accueil pour les centres de données, ou datacenters, et annoncé à cette fin des investissements de 109 milliards d'euros issus du secteur privé. Une politique qui n'a rien de spécifique à la France puisque lors du même événement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le lancement du « plus grand partenariat public-privé dans le monde pour le développement d'une IA fiable », pour un montant total de 200 milliards d'euros.
Dix mois après la tenue de ce sommet, le gouvernement avait sécurisé près de 90 milliards d'euros, sur les 109 annoncés, selon La Tribune, qui évaluait alors à 48 le nombre de centres de données supplémentaires en projet dans l'Hexagone. Ce qui porterait le nombre total de datacenters sur le sol français aux alentours de 400, en plus des 350 déjà en activité, selon le travail du collectif « Le nuage était sous nos pieds », et ferait de la France le troisième marché européen derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne.
714 MW ont été installés sur le territoire en 2024, soit une hausse de 21 % en un an. Surtout, les centres de données construits ou en projet sont de plus en plus imposants.
Selon un document de plaidoyer produit par France Datacenter, le lobby de la filière, 714 MW ont été installés sur le territoire en 2024, soit une hausse de 21 % en un an. Surtout, les centres de données construits ou en projet sont de plus en plus imposants. À Lisses, dans l'Essonne, Cloud HQ, une société étatsunienne, a inauguré en 2025 le plus grand datacenter de France, d'une puissance de 120 MW, soit l'équivalent de la consommation de la ville de Cergy.
Parmi les plus gros projets annoncés, une coentreprise baptisée Campus IA, réunissant le fonds émirati MGX, la start-up française Mistral AI, Nvidia et la banque publique Bpifrance, veut construire un immense centre de données à Fouju, en Seine-et-Marne, qui devrait à terme atteindre une puissance de 1,4 gigawatt (GW). Google pourrait construire un centre de données de 500 MW près de Châteauroux (lire notre enquête), tandis que Microsoft a tourné ses yeux vers l'Alsace, à Petit-Landau, près de Mulhouse, avec un projet dont la consommation annuelle d'électricité, prévue à 1,5 GWh, correspond à celle de 280 000 foyers, soit autant que la ville de Strasbourg.
Avant le Sommet pour l'IA, le gouvernement avait déjà fait en sorte de faciliter les conditions d'installation des datacenters. Depuis 2018, ils bénéficient d'un allègement de la taxe sur l'électricité, encore assoupli via la loi de finances 2026. « Cette loi a fait exploser le nombre et la taille des datacenters, se rappelle un ancien membre d'une commission environnementale chargé d'évaluer les demandes d'implantation. En 2020, la majorité des projets prévoyaient de consommer environ 80 mégawatts (MW). En 2025, on est plus de l'ordre des 250 MW. » À la suite du Sommet, le gouvernement a également identifié 63 sites dits « clés en main » pour l'installation de datacenters. Votée en avril 2026, la loi de simplification de la vie économique prévoit dans son article 15 de classer les centres de données comme des « projets d'intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettrait à leurs opérateurs de se soustraire aux règles environnementales et d'urbanisme en vigueur.
On ne peut pas parler de souveraineté numérique sans évoquer les multiples dépendances à des entités étrangères pour construire ou alimenter les datacenters.
Pour Ophélie Coelho, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteure de Géopolitique du numérique : l'impérialisme à pas de géants (éditions de l'Atelier, 2023), en promulguant cette loi, « le gouvernement fait le jeu des Big Tech ». Selon elle, le terme de souveraineté numérique avancé pour justifier cette politique « n'est qu'un mot-valise utilisé par les décideurs à des fins politiques et marketing. On ne peut pas parler de souveraineté numérique sans évoquer les multiples dépendances à des entités étrangères pour construire ou alimenter les datacenters ». Par exemple au niveau des câbles sous-marins, par lesquels transitent près 99 % du trafic international de données, dont la moitié sont aux mains des GAFAM. Près de 90 % des processeurs graphiques utilisés dans les datacenters sont conçus par le géant étatsunien Nvidia.
« Si l'on parle uniquement de souveraineté sur les données stockées, l'hébergement en France ne nous protège pas non plus », ajoute la chercheuse. Le Cloud Act, une loi extraterritoriale promulguée en 2018, permet en effet aux autorités américaines d'accéder aux données hébergées par des entreprises étasuniennes, même si leurs datacenters sont situés hors du pays, et ce, sans avoir à en informer les détenteurs. Or, « les acteurs français représentent moins de 10 % du poids économique du secteur », rappelle Antoine Fournier, président de Thésée DataCenter.
À qui profite donc vraiment, au final, la vague de construction de centres de données de plus en plus gros ? Pour répondre à cette question, l'Observatoire des multinationales a réalisé une cartographie non-exhaustive des principaux acteurs de la filière, en s'appuyant sur le travail du collectif « Le nuage était sous nos pieds » et à partir de nos propres recherches. Car si les datacenters restent pour la majorité possédés ou contrôlés par des entreprises étrangères, et notamment étasuniennes, c'est en réalité toute une économie qui tire parti du boom actuel.
Aujourd'hui, le leader des infrastructures numériques en France est la multinationale étasunienne Digital Realty. Elle possède treize centre de données en Île-de-France et cinq à Marseille, un emplacement stratégique en raison des 18 câbles sous-marins qui relient la ville au reste du monde. Son chiffre d'affaire annuel a augmenté sans discontinuer depuis 2009 pour atteindre les 6,1 milliards de dollars en 2025. Elle a rachetée en 2019 pour 8,4 milliards de dollars la société Interxion, basée à Amsterdam, qui détient une cinquantaine de centres de données en Europe, ce qui lui a permis de dépasser sa principale rivale, l'entreprise étasunienne Equinix, qui opère 11 datacenters en France, et dont le chiffre d'affaire s'élève à 9,2 milliards de dollars en 2025.
Selon les données recueillies par l'entreprise Hubblo, reprises par AEF info, Digital Realty et Equinix opéreraient respectivement 241 et 234 MW en France. Le géant étasunien des télécommunications, Cogent, possède quant à lui seize centres de données dans l'Hexagone, mais pour une puissance totale bien plus faible, évaluée à 10 MW.
À Marseille, Digital Realty accueille les serveurs de Disney+, Zoom, mais aussi de Thales, de Microsoft, ou même ceux de l'État.
Ces multinationales inconnues du grand public sont des « sociétés immobilières spécialisées dans la colocation, explique le sociologue Clément Marquet, qui étudie la matérialité du système technique numérique. C'est-à-dire qu'elles gèrent le foncier et opèrent les infrastructures pour leurs clients qui réservent des espaces de stockage au sein des centres. » À Marseille, Digital Realty accueille ainsi « les serveurs de Disney+, Zoom, mais aussi de Thales, de Microsoft, ou même des serveurs de l'État opérés par des entreprises conjointes entre Google et Orange », souligne le collectif Le nuage était sous nos pieds. « Leur stratégie consiste à s'installer en premier dans certains territoires pour bénéficier d'opportunités de connectivité. Elles cherchent toujours à avoir un coup d'avance par rapport à leurs concurrents, à cause des fortes exigences de rentabilité imposées par leur actionnariat majoritairement financier », insiste Clément Marquet.
D'autres acteurs tentent, à une moindre échelle, de se tailler une place. On peut citer notamment les filiales Opcore (82 MW) et Freepro (14 MW) du groupe français Iliad, propriété de Xavier Niel, les français Thésée DataCenter (12 MW) et Eclairion (60 MW), le japonais Telehouse (63 MW), le géant étasunien IBM (39 MW) et le britannique Colt Technology Services (73 MW). L'entreprise de télécommunications Orange vend également des services de stockage au sein de ses trois nouveaux centres de nouvelle génération. Leur puissance additionnée, évaluée à 60 MW, reste bien inférieure au 241 MW opérés par Digital Realty. À l'inverse, son concurrent, SFR, propriété d'Altice, le groupe de Patrick Drahi, a cédé en 2022 la propriété de ses 257 datacenters de proximité (des petits centres destinés aux entreprises locales) à Morgan Stanley Infrastructure Partners, la branche d'investissement de la banque étasunienne. Une opération qui visait à désendetter le groupe Altice, qui devrait vendre SFR à ses concurrents.
Les acteurs français de la colocation les plus en réussite sont OVH Cloud, qui a dépassé pour la première fois la barre du milliard d'euros de chiffre d'affaire en 2025, et Data4. L'ex entreprise publique TDF opère quant à elle 4 datacenters, mais pour une puissance totale de 10 MW, contre 104 pour OVH et 48 pour Data4. Malgré leur étiquette tricolore, Data4 et TDF sont aux mains du même acteur canadien, Brookfield. Ce fonds d'investissement a racheté Data4 en 2017, et détient TDF depuis 2015, bien qu'il cherche à s'en séparer depuis plusieurs années maintenant. Parmi les acheteurs pressentis, on trouve notamment le fonds d'investissement français Ardian (ex-Axa Private Equity), qui gère plus de 200 milliards d'actifs. Ardian a aussi acheté en 2024 la société anglaise Verne, qui gère trois centres de données situés en Finlande, en Islande et en Angleterre, et prévoit d'investir « plusieurs milliards d'euros » dans l'Hexagone, selon Roland Chedlivili, dirigeant de Verne France, interrogé par La Tribune.
La présence croissante de ces gros acteurs financiers n'a rien d'un hasard. Une grande partie des opérateurs comptent également parmi leurs actionnaires des fonds de gestion, notamment Vanguard et BlackRock, dont les portefeuilles d'actifs se comptent en milliers de milliards de dollars. Également présents au capital des Big Tech et des entreprises comme OpenAI ou Anthropic, ils ont tout à faciliter le déploiement massif de l'IA en encourageant la construction de nouveaux datacenters géants, qu'ils financent à travers leurs placements et via des prêts bancaires (et, dans le cas de BlackRock, directement via sa filiale GIP, dédiée aux infrastructures).
Les prêts issus de fonds de dette privée au secteur de l'IA sont passés de quasiment zéro en 2015 à 200 milliards de dollars début 2026.
L'explosion du secteur est telle que les circuits traditionnels, via les banques, ne suffisent plus. Les opérateurs ont massivement recours aux fonds d'investissement pour emprunter les sommes nécessaires à leurs projets, inquiétant certains observateurs qui redoutent la formation d'une bulle financière prête à exploser. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les prêts issus de fonds de dette privée au secteur de l'IA sont passés de quasiment zéro en 2015 à 200 milliards de dollars début 2026. Ils pourraient atteindre les 600 milliards de dollars en 2030.
Le fonds souverain émirati MGX, spécialisé dans l'IA, et les 30 à 50 milliards d'euros qu'il prévoit d'investir dans le centre de données de Fouju, est une parfaite illustration de cette démesure financière (lire notre enquête : MGX, le très peu rassurant fonds émirati derrière l'immense centre de données « souverain » prévu en Seine-et-Marne). D'autres fonds d'investissement étasuniens, comme KKR ou Blackstone, et européens comme Balderton Capital, sont également de la partie, et ont annoncé qu'ils participeraient au plan d'investissement initié par la Commission européenne lors du Sommet pour l'IA.
Meta, Amazon, Oracle, Alphabet et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire des datacenters de très grande taille, dits « hyperscalers ».
Les géants américains de la tech comme Microsoft et Amazon ont eux aussi massivement recours à la dette privée – en plus de réinvestir à cette fin une partie des profits considérables qu'ils enregistrent – pour financer leurs propres centres de données. Selon L'Agefi, qui cite une note de l'agence Moody's, Meta, Amazon, Oracle, Alphabet (qui détient Google) et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire des datacenters de très grande taille, dits « hyperscalers ». Leurs activités, qui génèrent des masses importantes de données, nécessitent en effet des infrastructures gigantesques, que ce soient en termes de surface occupée ou de puissance électrique requise, comme l'illustre le projet de Google à Châteauroux, qui pourrait occuper l'équivalent de 273 terrains de football. Ce qui ne les empêchera pas en parallèle de continuer à louer des serveurs dans les centres d'autres opérateurs.
Amazon, via sa filiale AWS (Amazon Web Services), a installé en 2021 son premier datacenter en France à Wissous, dans l'Essonne. L'entreprise de Jeff Bezos compte investir un milliard d'euros dans son agrandissement, pour lui faire atteindre une puissance totale de 100 MW, soit la consommation d'une ville de 60 000 habitants. Mais plusieurs associations ont déposé un recours en justice, contestant cette stratégie d'augmenter par étape la taille de son centre pour échapper à de nombreuses contraintes réglementaires. Microsoft, de son côté, a annoncé lors du Sommet pour l'IA un plan d'investissement de quatre milliards d'euros, pour agrandir ses quatre centres de données en France, en plus du nouveau qu'il veut construire en Alsace, évoqué précédemment.
Si les Big Tech, les géants de la finance et les opérateurs comme Digital Realty dominent clairement le secteur des datacenters et apparaissent comme les premiers bénéficiaires du boom actuel (avec les fabricants de puces comme Nvidia), d'autres sociétés tentent de tirer leur épingle du jeu. Par exemple des sociétés immobilières, qui proposent du foncier spécialement pour ce type d'infrastructures. Parmi les acteurs présents en France, on peut citer Goodman, une entreprise australienne, la britannique Segro, et Icade, une filiale de la Caisse des Dépôts, qui possède cinq centres de données dans l'Hexagone et prévoit d'en construire deux de plus, dont un « hyperscaler » de 130 MW en 2031. Les deux poids lourds tricolores de l'immobilier, Altarea et Nexity, se sont eux aussi lancés dans la course. Le premier entend construire des hyperscalers pour les GAFAM, tandis que Nexity s'est allié à GSE, un spécialiste de la construction (qui travaille notamment pour Digital Realty), afin d'identifier du foncier disponible sur le territoire français.
Eiffage s'est chargé de la construction du centre de données de Lisses pour la société étasunienne Cloud HQ.
Le secteur tricolore du BTP, notamment les mastodontes Eiffage, Vinci et Bouygues, profitent eux aussi de ce boom d'investissement. Via sa filiale Bouygues Energies & Services, ce dernier travaille notamment avec Digital Realty pour assurer la sécurité et la performance de ses sites à Paris et à Marseille. Eiffage s'est chargé quant à lui de la construction du centre de données de Lisses pour la société étasunienne Cloud HQ.
Avec ses différentes filiales (Cegelec et CBI notamment), Vinci construit des datacenters de proximité ou de plus grande taille, notamment pour le japonais KDDI, propriétaire de Telehouse, ou Data4, et accompagne les groupes étasuniens Zayo et Digital Realty à travers son offre « Vinci Facilities Data Center ». Un cran en dessous, l'entreprise française Cap Ingelec revendique la construction et la réhabilitation de 1 800 projets en France et en Europe. Sur son site, la société affirme avoir travaillé pour un large panel de partenaires, dont Equinix, Digital Realty, Telehouse, Data4 ou TDF.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donAutres bénéficiaires directs de la construction de nouvelles infrastructures numériques en France : les entreprises qui fournissent les équipements indispensables à leur fonctionnement, comme les solutions de refroidissement proposées par les multinationales allemandes Kelvion et Siemens. La société helvético-suédoise ABB propose elle aussi un large panel de matériels pour les centres de données. Elle a tenté en 2025 de racheter son concurrent français Legrand, lui aussi présent sur ce créneau, et qui a notamment fourni ses équipements à un datacenter de Telehouse à Paris. Cette activité représentait en 2024 pas moins de 20 % du chiffre d'affaires de l'industriel français, qui s'élevait à 8,6 milliards d'euros, selon L'Usine Nouvelle.
L'équipement des centres de données représentait en 2024 pas moins de 20 % du chiffre d'affaires de Legrand, pilier du CAC 40.
Quant au groupe Schneider Electric, autre pilier du CAC 40, il s'appuie sur 300 partenariats actifs, notamment avec Data4 et Nvidia, pour élargir sa gamme d'équipements électriques destinés aux datacenters. On peut citer également la filiale de Bouygues Axima, spécialiste de la sécurité incendie, ou Rehlko (propriété d'un fonds d'investissement étasunien), qui a fourni les groupes électrogènes du premier datacenter du Paris Digital Park de Digital Realty à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis.
De nombreux cabinets aux spécialités différentes ont également investi le marché des datacenters. Dans le secteur du conseil, on peut citer les multinationales françaises Bureau Veritas (6,5 milliards d'euros de CA), qui rachète des entreprises par dizaines pour améliorer son offre de conseil aux opérateurs, et Socotec (1,8 milliard d'euro de CA), qui travaille notamment pour la coentreprise Campus IA, évoquée précédemment, et pour la société française Eclairion. Autre cador du secteur, le groupe étasunien CBRE, dont le chiffre d'affaire dépasse les 40 milliards de dollars, propose depuis 2018 son offre « Data Center Solutions » en France pour accompagner les entreprises dans leur stratégie de déploiement. Trois noms ressortent en ce qui concerne les cabinets d'ingénierie : le français EODD, qui, d'après nos informations, réalise la plupart des études d'impact environnemental des projets de datacenters en France (pour Equinix et Digital Realty par exemple), et le canadien WSP, qui travaille pour Equinix et pour le géant européen de l'immobilier Logistics Capital Partners. Enfin, le cabinet d'étude APL Datacenter affiche également un large carnet d'adresses, avec Digital Realty, Equinix et Data4.
Extrêmement gourmands en électricité, certains centres de données bénéficient depuis 2024 de la procédure « fast-track », qui leur permet un raccordement accéléré au réseau électrique géré par RTE, filiale d'EDF. Cette dernière a par ailleurs signé en 2025 un contrat avec la société Data4 lui garantissant la fourniture d'électricité issue des centrales nucléaires pour une durée de 12 ans, « moyennant un partage des coûts et des risques ». Le groupe français d'électricité, détenu à 100 % par l'État, a également mis en vente six sites, anciennement occupés par ses propres installations, à destination des opérateurs. À Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, Opcore (filiale d'Iliad) va investir 4 milliards d'euros dans un centre de données de plusieurs centaines de mégawatts sur le site d'une ancienne centrale à charbon.
Côté privé, TotalEnergies a signé plusieurs contrats avec des opérateurs pour leur fournir de l'électricité renouvelable, comme Orange en France, mais surtout dans d'autres pays : avec Google aux États-Unis, Data4 en Espagne, ou pour remplacer à terme les groupes électrogènes des centres de données de Microsoft par des batteries à haut rendement.
Les datacenters sont très concentrés sur deux régions, Marseille et l'Île-de-France, où ils créent déjà une pression accrue sur les réseaux locaux.
La sécurisation de l'approvisionnement en électricité pour les infrastructures numériques est un enjeu stratégique. Selon RTE, la part de l'électricité consommée par les centres de données devrait tripler en 2035, pour atteindre 4 % de la consommation nationale. Ce qui pourrait à terme provoquer des tensions sur le réseau, comme c'est le cas en Irlande, où 22 % de la production électrique du pays alimente des centres de données. « On pense qu'il y aura des conflits d'usage, alerte Pauline Denis, ingénieure au Shift Project, interrogée par L'Usine Nouvelle. Surtout que les datacenters sont très concentrés sur deux régions, Marseille et l'Île-de-France, où ils créent déjà une pression accrue sur les réseaux locaux. »
Si le boom des centres de données en France profite ainsi à certaines entreprises nationales, c'est cependant loin de rééquilibrer l'équation économique, et encore plus loin de rendre possible une forme de contrôle de la filière. « Il y a une forme de naïveté de la part du personnel politique qui n'a pas conscience des volontés impériales des Big Tech », estime Ophélie Coelho. Bien qu'elle perçoive un éveil sur les questions de dépendance numérique chez certains d'entre eux, la chercheuse déplore l'absence de véritable politique industrielle française et européenne : « À la place, on entérine notre dépendance aux Big Tech avec des lois qui ne sont pas conçues pour les entreprises françaises du secteur. »
Certes, le gouvernement a fini par confier, après des années de polémique, l'hébergement des données de santé de la population française, jusque là délégué à Microsoft, à la société française Scaleway. Mais il continue dans le même temps à garder la porte grande ouverte aux multinationales des datacenters pour des infrastructures de plus en plus contestées et dont les bénéfices, s'ils se matérialisent, se traduiront surtout en profits pour Wall Street et la Silicon Valley.