TOUS LES TITRES
+

▸ les 10 dernières parutions

Accès libre

02.04.2025 à 11:46

Les trois âmes de l’impérialisme trumpiste

Nadim Fevrier

Trump. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.

Après des années de débats internes, les « primacistes » semblent avoir imposé leur doctrine impériale au sein du Parti républicain. Ils sont partisans d’une projection américaine maintenue dans le monde, avec des réformes pour renforcer le leadership des États-Unis au sein du bloc impérial otanien. S’ils parviennent à la consolider au-delà de 2028, cela marquera un changement radical dans la projection internationale des États-Unis. Notre article.

Politique étrangère : les trois options de Trump

Les États-Unis traversent une période incertaine, bien que facilement identifiable, depuis la victoire de Donald Trump en 2024. Le virage dans leur approche impériale – et donc dans leur politique étrangère – est profond et nécessitera, pour être effectif, une pérennisation des lignes directrices du mouvement Make America Great Again (MAGA). Reste à savoir si Trump y parviendra, car cela supposera de consolider son pouvoir – et, plus encore, son projet – au-delà de 2028.

Pour systématiser cette politique étrangère trumpiste, Trump a trois options, chacune avec ses avantages et ses complications. Premièrement, il pourrait simplement bien choisir son « successeur » (peut-être son vice-président JD Vance ou Marco Rubio) et remporter les élections en 2028, un scénario plausible au vu des sondages, bien qu’il soit encore trop tôt pour le prédire avec certitude.

Il est évident que la nouvelle doctrine internationale proposée par Trump constitue un point de rupture dans le comment et le quoi de l’impérialisme américain.

Si 2028 s’avère compliqué, le trumpisme devra opter pour l’une des deux alternatives suivantes : soit accélérer le processus de rupture institutionnelle engagé depuis son retour à la Maison-Blanche, au point de se maintenir au pouvoir même en cas de défaite électorale ; soit tenter une « thatchérisation » de ses consensus fondamentaux sur le plan impérial, de sorte que le nouveau Parti démocrate, reconstruit après la crise interne qu’il traverse aujourd’hui, valide la politique étrangère du second mandat de Trump et la poursuive globalement une fois de retour aux affaires.

Pour aller plus loin : « L’après Trump consiste à obéir à ses demandes ? » – L’analyse de Jean-Luc Mélenchon

Isolationnistes, prioritaires et primacistes

Quoi qu’il en soit, il est clair que la nouvelle doctrine de Trump marque un tournant dans la nature et les méthodes de l’impérialisme américain. Pour comprendre ce changement, il faut saisir les débats internes qui ont agité le trumpisme – et par extension le Parti républicain – pendant les quatre années d’opposition au gouvernement Biden.

Trois courants principaux se sont disputés la direction de la politique étrangère du « futur » gouvernement Trump en cas de victoire du magnat en novembre 2024 : les isolationnistes, les prioritaires et les primacistes. Ces trois « âmes » de l’impérialisme trumpiste partageaient certains traits communs, comme l’obsession de la Chine ou le mépris des politiques environnementales. Mais elles divergeaient sur des aspects cruciaux. La nomination de Marco Rubio au poste de secrétaire d’État a donné des indices sur une volonté de recentrer les efforts sur le « voisinage naturel » des États-Unis : l’Amérique.

Son éditorial An Americas First Foreign Policy dans le Wall Street Journal, publié le 30 janvier 2025, reflétait la ligne apparemment victorieuse de cette lutte entre les trois factions : les primacistes, une position « intermédiaire » entre l’isolationnisme et le continuisme. Ce « juste milieu » n’a rien de modéré : il rompt avec de nombreux consensus de la politique étrangère américaine depuis la fin de la Guerre froide.

Les primacistes priorisent la rivalité avec la Chine, considérée comme l’enjeu stratégique suprême des États-Unis, et établissent une hiérarchie dans le reste du monde.

D’un côté, les isolationnistes, favorables à la rupture de la plupart des alliances militaires à travers le monde. Leur credo repose sur le « découplage » de Washington des conflits internationaux, incluant un retrait de l’OTAN et un abandon total de l’Ukraine ou de la Syrie. Steve Bannon, l’un des idéologues historiques du mouvement MAGA (Make America Great Again), a longtemps porté cette ligne.

De l’autre, les primacistes, partisans d’une projection américaine maintenue dans le monde, avec des réformes pour renforcer le leadership des États-Unis au sein du bloc impérial otanien. Pour ce courant, incarné par l’ex-candidate Nikki Haley, Washington doit s’engager militairement de manière plus brutale en Ukraine, à Taïwan ou en Corée, considérant ces conflits comme des tentacules de la lutte contre la Chine.

https://x.com/JLMelenchon/status/1901234022027509830

Les primacistes ont-ils gagné ?

Entre les deux, les prioritaires, dont la perspective semble l’avoir emporté dans l’administration Trump. Ils placent la rivalité avec la Chine au sommet des intérêts stratégiques américains et hiérarchisent le reste du globe. L’implication de Washington dans les affaires internationales dépendra de leur pertinence dans la confrontation avec Pékin. Ainsi, l’Asie-Pacifique reste une région clé, tandis que l’Europe ou l’Afrique devraient être abandonnées, totalement ou partiellement.

Cette décision du nouveau gouvernement Trump est stratégique et constitue un revirement majeur dans l’approche impériale des États-Unis, basée depuis des décennies sur un contrôle total du monde via un système d’alliances plaçant Washington au sommet d’une pyramide collective. Certaines régions comptaient moins, mais aucune n’était laissée à son sort.

Quand les États-Unis partiront, l’Europe sera en première ligne face à Moscou ; Washington se désengagera, et le ton envers la Russie reposera sur les Européens.

Le temps précisera la ligne « primaciste » de Trump, mais ses deux premiers mois au pouvoir en ont déjà clarifié les dynamiques. L’Asie-Pacifique reste central ; l’Amérique gagne en importance dans un « repli » impérialiste incluant des menaces contre le Canada, le Panama, le Mexique ou le Venezuela ; le Moyen-Orient devient une nuisance, car les États-Unis veulent le quitter pour laisser Israël y défendre leurs intérêts, mais les crises provoquées par Tel-Aviv et Washington eux-mêmes empêchent ce retrait. L’Europe, l’Asie centrale et l’Afrique deviennent des zones secondaires.

Pour l’Europe, ce virage impose une refonte des liens avec Washington. D’abord, parce que les États-Unis la voient comme une concurrente économique et entendent défendre leurs intérêts au détriment des économies du Vieux Continent. Ensuite, parce que le retrait américain de l’Europe de l’Est ne sera pas temporaire si les républicains se maintiennent après 2028.

Si le primacisme s’impose, la subordination européenne à la ligne belliciste de Washington contre la Russie passera de l’humiliation au drame. Trump ne compte pas garantir la sécurité de l’Ukraine. Au contraire, il attend que l’Europe définisse seule son rapport à Moscou. Le primacisme américain laisse l’Europe « seule » face à la Russie, rendant urgent un reset des relations pour établir une cordialité diplomatique permettant la paix sur le continent.

Par Eduardo García Granado
Politologue et étudiant en relations internationales. Membre de Descifrando la Guerra. Collaborateur et intervenant dans plusieurs médias écrits et audiovisuels en tant qu’analyste international. Spécialiste de la péninsule coréenne, de l’Argentine et de l’Amérique latine.

Crédits photo : Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

01.04.2025 à 18:37

ZFE : racket social et green-washing organisé par la macronie

Nadim Fevrier

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, plus de 11 millions de véhicules sont bannis des routes. En cause ? Les Zones à Faibles Émissions (ZFE), imposées aux villes de plus de 150 000 habitants, qui interdisent la circulation des diesels et essences d’avant 2011. Résultat, un gros 4×4 flambant neuf peut continuer de rouler alors qu’un ménage modeste perd son seul moyen de transport. Derrière cette mesure portée par le gouvernement avec la complicité passive de la droite et du RN, se cache donc un nouveau moyen de cibler les plus précaires. Or l’écologie punitive n’a rien d’une solution. C’est un modèle radicalement différent qu’il faut viser, celui d’une écologie populaire, juste et efficace, portée par les insoumis. Notre article.

Les ZFE, la fausse solution à un problème de santé publique majeur

En France, respirer tue. Ainsi, sur la période 2016-2019, Santé publique France estime que près de 40 000 décès seraient attribuables chaque année à une exposition des personnes âgées de 30 ans et plus aux particules fines. Cette pollution de l’air frappe surtout les grandes villes françaises, le secteur des transports étant l’un de ses principaux responsables. À lui seul, il est responsable de 53 % des émissions d’oxydes d’azote et de 15 % des particules fines en France en 2021.

Développement de cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires, mais aussi de troubles neurologiques ou du développement, l’exposition chronique à la pollution de l’air nous place donc aujourd’hui face à un drame sanitaire. Ce constat, que les insoumis ne cessent de rappeler, est si alarmant qu’il est partagé par un gouvernement pourtant coutumier de la politique du déni.

C’est dans ce contexte de réduction des émissions de polluants qu’ont été pensées les zones à faibles émissions mobilité (ZFE) poursuivant l’objectif d’exclure les véhicules les plus polluants afin de préserver la qualité de l’air. Pour cela, elles ont recours aux fameuses vignettes Crit’Air qui classent les véhicules en fonction de leur niveau d’émission de polluants atmosphériques dans le but d’interdire, à terme, la circulation des véhicules diesel puis essence. Elles ont été définies une première fois en 2019 pour les 11 plus grandes villes de France, puis étendues à 31 agglomérations ne respectant pas les seuils de qualité de l’air dans la loi « climat et résilience » de 2021.

On distingue deux types de ZFE. La première est les « territoires ZFE » qui concernent les villes dont les seuils de qualité de l’air sont régulièrement dépassés, notamment Paris et Lyon qui doivent interdire, au 1er janvier 2025, tous les Crit’Air 3. Pour ces deux métropoles, cela concerne 22,5 % de l’ensemble des 3,2 millions de véhicules répertoriés, soit 720 000 véhicules.

La seconde, nommée « territoires de vigilance » concerne l’ensemble des autres agglomérations devant mettre en place une ZFE, mais dont la qualité de l’air est en deçà des seuils recommandés par l’OMS. Seuls les véhicules non classés, ainsi que les poids lourds d’avant 2001, sont concernés par cette restriction plus souple. Toutefois, toutes les agglomérations peuvent décider d’augmenter arbitrairement ces restrictions et d’anticiper sur les réglementations nationales. Dans le seul cas de Montpellier, qui a déjà d’interdit la circulation des Crit’Air 3, 60 000 personnes sont d’ores et déjà visées par cette mesure.

Mais la mise en place d’un tel dispositif, censé lutter contre la pollution de l’air dont les insoumis connaissent les ravages, n’est qu’une solution de demi-habile. En excluant les plus pauvres et en mettant en œuvre une mesure relevant de l’écologie punitive, le gouvernement est une nouvelle fois aux antipodes des propositions permettant la bifurcation écologique en profondeur que défend la France insoumise.

Une mesure d’arnaque sociale permettant au gouvernement de s’acheter une conscience écologiste à moindre frais

Cette mesure frappe d’abord celles et ceux qui n’ont d’autre choix que d’utiliser leur voiture pour aller travailler, et en premier lieu les plus précaires. En 2024, 15 millions de personnes en France sont déjà en situation de précarité mobilité, un chiffre qui ne cesse d’augmenter. Et plutôt que d’y remédier, les ZFE ne feront qu’aggraver le problème.

Si le législateur a pensé un « droit à la mobilité », il reste aujourd’hui un vœu pieux. L’enquête menée à ce sujet par l’association Wimoov est sans appel : près d’un tiers des Français n’a pas la liberté de choisir son mode de déplacement. À cette contrainte s’ajoutent d’autres inégalités : faibles revenus, explosion des prix des carburants, longues distances à parcourir, absence d’alternatives à la voiture, de transports en commun adaptés… Et cette précarité touche tous les âges et tous les territoires, des villes aux campagnes, en passant par les banlieues. Pourtant, elle épargne toujours les mêmes.

Car pendant qu’un gros SUV neuf continuera de circuler sans entrave, ce sont les trajets du quotidien qui deviendront impossibles pour des millions de Français. Ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un véhicule neuf seront les premiers frappés. Or, près de 40 % des ménages les plus modestes possèdent une voiture Crit’Air 4 ou 5. Ils sont la cible directe de cette mesure injuste, alors que les 10 % des ménages les plus riches passent entre les mailles du filet.

Une nouvelle fois, le gouvernement a donc trouvé un moyen de faire les poches des classes populaires en épargnant les riches. Et avec le soutien du Rassemblement national, cette mesure ne s’arrêtera pas là, dès 2026, des radars de contrôle viendront sanctionner les contrevenants.

Le contre-projet d’une écologie populaire

Face à cette injustice, les insoumis restent en première ligne, malgré la répression qu’ils subissent sur le terrain. Les députés du groupe tiennent aussi la tranchée. Sylvain Carrière, avec l’ensemble du groupe LFI, a ainsi déposé une proposition de loi à l’Assemblée nationale.

Pour aller plus loin : « ZFE non, Bayrou démission » – Des militants LFI intimidés par un maire PS pour avoir déployé une banderole

Ses objectifs sont clairs : les ZFE ne doivent pas s’appliquer tant que des alternatives crédibles ne sont pas mises en place. Restreindre la circulation sans garantir des transports en commun suffisants est inacceptable. Les ZFE doivent donc être suspendues partout où les alternatives ne sont pas garanties : bus, métro, tram, pistes cyclables… Un véritable plan de mobilité décarbonée doit voir le jour pour relier les villes aux périphéries. Il est également urgent de revoir le système Crit’Air. Aujourd’hui, un SUV neuf, plus polluant par son poids et son freinage, circule librement tandis qu’une petite voiture ancienne, mais moins polluante, est interdite.

Si cela semble relever du bon sens, cette nouvelle aberration illustre une fois de plus les véritables priorités du gouvernement : préserver les profits de l’industrie automobile, plutôt que l’environnement et la justice sociale. Face à cela, les objectifs de la France Insoumise sont clairs. La transition écologique est une nécessité. Mais elle ne doit pas se faire sur le dos des classes populaires. Cela passe par le fait de taxer les véritables pollueurs, n’en déplaise aux partisans d’une écologie de classe, où seuls les plus riches ont les moyens d’être en règle.

Par Mazarine Albert

Les Crayons de L’insoumission, par Xab / La Plume Rieuse.

01.04.2025 à 16:52

Condamnation de Marine Le Pen : la France insoumise rappelle ses principes face à l’hypocrisie du RN

Nadim Fevrier

Dans ses colonnes, L’insoumission rappelle les positions de LFI au sujet de la récente condamnation de Marine Le Pen par la justice pour avoir détourné 4,1 millions d’euros d’argent public. Des positions souvent déformées et caricaturées par la classe médiatique, cherchant toujours un moyen de dénigrer les positions du mouvement insoumis pour tenter de le disqualifier. Notre Désintox.

« Marine Le Pen est l’incarnation du système qu’elle prétend dénoncer » : ce que dit vraiment LFI au sujet de la condamnation de la cheffe de file du RN

À aucun moment la France insoumise n’a pris la défense de Marine Le Pen ou remis en cause la probité des juges. 

Les faits dont Marine Le Pen et 23 membres du RN ont été reconnus coupables en première instance sont d’une gravité exceptionnelle. Marine Le Pen a, selon le jugement, orchestré un système de détournement des assistants parlementaires européens de certains eurodéputés RN au profit du parti, soit 4,1 millions d’euros de préjudice. Ces faits sont dangereux pour la démocratie, car ils ont permis au RN de bénéficier de plus d’argent que les autres et donc de fausser le cours de la vie électorale du pays. Cela a donc valu à Marine Le Pen, au-delà de l’inéligibilité, une peine de quatre ans de prison, dont deux fermes.

La France insoumise a pris acte de la décision de justice. À cet égard, les menaces qui pèsent sur la juge ayant prononcé le jugement sont intolérables et montrent bien le danger que représente l’extrême droite. La France insoumise ne conteste pas non plus le principe d’une peine d’inéligibilité. Le programme « L’Avenir en commun » prévoit par exemple l’inéligibilité pour les personnes condamnées pour corruption.

En revanche, conformément à la position que LFI a toujours exprimée, les insoumis ne sont pas d’accord avec l’exécution immédiate de la peine d’inéligibilité (appelée « exécution provisoire » en droit). Cette dernière semble contestable du point de vue du droit à un recours effectif, principe fondamental de l’État de droit qui découle de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Cette position est d’ailleurs partagée par la vice-présidente de la LDH et magistrate honoraire Évelyne Sire-Marin. Comme les insoumis, elle sait que les dispositifs juridiques visant à priver les justiciables de leur droit de recours sont souvent utilisés dans la répression contre les syndicalistes, les militants écologistes ou le mouvement social en général. Ce n’est bien sûr pas le cas ici, mais pour les insoumis, les principes en la matière ne peuvent pas être à géométrie variable.

La France insoumise porte dans son programme une justice au nom du peuple, assurant la défense de l’intérêt général et l’égalité entre les justiciables. Les insoumis n’ont pas le droit à géométrie variable et s’opposent au principe de l’exécution immédiate dès lors qu’elle va contre le principe fondamental du droit à un recours effectif. Imaginons en effet qu’une peine d’inéligibilité exécutée provisoirement soit suivie d’une relaxe en appel. Dans cette situation, le peuple aurait été privé de sa souveraineté et du choix de ses représentants. 

Au-delà du cas spécifique de cette affaire qui ne semble pas en présenter de signes tant les faits semblent caractérisés, les risques d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques peuvent exister. Au Brésil, Lula a par exemple été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2018 en raison d’une peine d’inéligibilité prononcée alors que tous les recours n’avaient pas été épuisés et que le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU demandait la levée de cette inéligibilité. L’élection s’était soldée par la victoire de Jair Bolsonaro. Lula a finalement été reconnu innocent en appel et il a pu se présenter et remporter les élections de 2022.

Dire cela, ce n’est en aucun cas soutenir Marine Le Pen et les faits qu’elle a commis. Au contraire, alors que LFI reste fidèles à ses principes, même quand cela peut sembler arranger des ennemis politiques, l’hypocrisie de Marine Le Pen et du RN, elle, éclate au grand jour. En 2004, Marine Le Pen disait : « tout le monde a piqué de l’argent dans la caisse sauf le Front national ». En 2013, elle se disait favorable à l’inéligibilité à vie pour toute personne condamnée pour détournement de fonds publics : « J’ai entendu le président de la République dire qu’il faudrait rendre inéligibles à vie ceux qui ont été condamnés, jusque-là j’étais complètement d’accord, c’était dans mon projet présidentiel, pour corruption et fraude fiscale. Et pourquoi pas le reste ? Pourquoi pas pour détournement de fonds publics ? ». Enfin, si le programme de Marine Le Pen était appliqué, elle devrait passer ses deux ans de prison ferme derrière des barreaux et non avec un bracelet électronique. 

Marine Le Pen est l’incarnation du système qu’elle prétend dénoncer. Certains de ses lieutenants ont, pour la défendre, estimé que la condamnation de Nicolas Sarkozy, qui a été corrompu par une puissance étrangère, était aussi une atteinte à la démocratie. Ce que le RN veut, c’est l’impunité pour une caste de privilégiés. Il n’a jamais eu un mot pour les Gilets jaunes, syndicalistes et militants associatifs victimes de répression. C’est pour cela que l’internationale réactionnaire, de Poutine à Trump en passant par Orban, s’est bousculée à sa rescousse. 

Les insoumis ont aussi mis en garde contre toute illusion qui consisterait à penser qu’une procédure judiciaire pourrait leur éviter de battre politiquement l’extrême droite. Les procès, et même les condamnations dans le passé récent de personnalités comme Donald Trump aux États-Unis ou Silvio Berlusconi en Italie ne les ont pas empêchés de continuer leur œuvre néfaste. Pour vaincre l’extrême droite, il faut se battre pied à pied, proposer une option de rupture avec le système et construire une alternative populaire anti-raciste. Les Insoumis continueront sur ce terrain avec la même détermination.

Cette affaire montre la nécessité de passer à la 6e République pour le respect de la souveraineté populaire. Les citoyens ne doivent pas être tenus à l’écart de la vie publique. C’est le fondement de la démocratie. Face à des faits aussi graves, le peuple doit pouvoir voter et choisir de destituer ou non les élus qui le représentent. C’est ce que permettrait le référendum d’initiative citoyenne, en donnant la possibilité de révoquer des élus dès lors qu’un nombre suffisant de signatures est réuni.

01.04.2025 à 15:36

Bardella et ses emplois fictifs : la fin de l’impunité ?

Alexis Poyard

Jordan Bardella a perdu son procès contre Libération, le 21 mars dernier. Suite à un article paru en septembre 2024 l’accusant d’être un “assistant parlementaire fantôme”, il avait porté plainte pour diffamation sur le titre et non sur le fond. Absent le jour de l’audience, Bardella n’a fait que confirmer sa réputation fantomatique. 

La même semaine, deuxième mauvaise nouvelle pour le jeune prodige, à son tour visé par une plainte. Alors qu’il avait jusqu’ici échappé à la justice dans l’affaire des assistants parlementaires fictifs, le parquet a été saisi par l’association anticorruption Adelibe le 25 mars, suite aux révélations publiées par Libération &de faux et usage de faux.

La troisième nouvelle est arrivée ce lundi, puisque le résultat du procès de Marine Le Pen et d’autres cadres du RN a été rendu. La France Insoumise a d’ailleurs réagi à cette condamnation hier.

Pour rappel, la candidate d’extrême droite aux dernières présidentielles a été condamnée à 4 ans de prison dont 2 fermes, 100 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Cela pourrait constituer un véritable tournant pour le parti d’extrême droite. Notre article.

Un fantôme devant la justice : Bardella perd son procès et se ridiculise

Jordan Bardella espérait faire condamner Libération, il n’a réussi qu’à prouver son inconsistance. Après un article du journal publié en septembre 2024, il a porté plainte pour diffamation, non pas sur le fond, mais sur son titre : « assistant parlementaire fantôme passé entre les gouttes de la justice ». Comme si changer les mots pouvait effacer la réalité.

Le jour de l’audience, fidèle à sa réputation, Bardella n’a même pas daigné se montrer. Son avocat, livré à lui-même, s’est lancé dans une plaidoirie lunaire : selon lui, le mot fantôme évoquait « l’inexistant, l’irréel », tandis que passer entre les gouttes serait offensant, car « la pluie, de par ses gouttes, mouille ». Un argument qui n’a convaincu personne, pas même la météo.

Résultat ce 21 mars : relaxe pour Libération, ridicule pour Bardella. En cherchant à faire taire les critiques, il a surtout confirmé son absence. Une fois encore, l’homme qui prétend diriger la France a préféré fuir plutôt que d’affronter la réalité.

Emplois fictifs et faux documents : Bardella rattrapé par la justice

Après des années à passer entre les gouttes de la justice, Jordan Bardella est visé par une plainte. L’association anticorruption Adelibe a saisi le parquet le 25 mars pour détournement de fonds publics, recel, faux et usage de faux, escroquerie et tentative d’escroquerie.

En cause : son emploi fictif présumé d’assistant parlementaire en 2015. Officiellement salarié par l’eurodéputé Jean-François Jalkh, il était également chargé de mission auprès du vice-président du FN de l’époque, Florian Philippot.

Alors qu’il n’a laissé aucune trace de travail effectif pour le Parlement européen, Jordan Bardella a pourtant perçu 1 200 euros net par mois pendant quatre mois et demi, soit un total de 10 444 euros d’argent public.

Mais le protégé de Marine Le Pen ne s’est pas contenté d’empocher le salaire. En 2017 et 2018, il aurait participé à la fabrication de faux documents pour maquiller son absence d’activité. Une revue de presse, censée prouver son travail, a en réalité été créée deux ans après les faits et annotée de sa main. Autre manipulation : un agenda 2015, acheté en 2018, rempli a posteriori pour simuler un emploi du temps.

La plainte vise aussi Jean-François Jalkh, son pseudo-employeur, qui avait fourni une clé USB censée contenir des preuves de travail. Toujours sous scellé, son contenu pourrait constituer une tentative d’escroquerie au jugement si les faux de Bardella y figurent.

Cette affaire tombe au pire moment pour le Rassemblement national. Lundi, le tribunal rendra son verdict dans le procès des assistants parlementaires fictifs du parti, qui implique douze cadres et ex-députés européens. La somme totale des fonds détournés est estimée à plus de 4,5 millions d’euros.

Une condamnation fragiliserait son avenir politique et plomberait le RN, un parti qui, jadis, se posait en chevalier blanc de la moralisation politique, fustigeant les « tous pourris » et prônant l’« inéligibilité à vie » pour les élus condamnés par la justice. Extrême droite mais pas extrême droiture, visiblement.

Camille Karlin

01.04.2025 à 12:29

Sondages IFOP : en campagne pour effacer Jean-Luc Mélenchon

Ulysse Kummer

Les chiffres sont accablants : à 30 jours du premier tour en 2022, les sondages de Ifop sous-estimaient Jean-Luc Mélenchon de 8 points (14 % prévus vs 22 % réels). Tout au long des 1424 jours de sondages de l’élection présidentielle, une manipulation grossière vise à marginaliser la gauche de rupture et à gonfler à l’hélium le RN. Leur méthode magique ? Sous-estimer systématiquement le leader insoumis. Notre brève.

Les sondages tentent de fabriquer l’opinion, le peuple résiste et vote Mélenchon

Leur excuse finale face au fiasco ? Un prétendu « vote utile » de dernière minute. Un mensonge tellement facile à démonter que c’en est presque vexant : les autres gauches étaient surestimés de 3 points, où sont les 5 points manquants ? Des électeurs de Valérie Pécresse auraient subitement décidé de passer du conservatisme forcené des Républicains à la révolution citoyenne ?

Ce n’est pas sérieux. Reste donc l’autre hypothèse : l’Ifop, comme tous les instituts de sondage, a sciemment sous-représenté l’électorat insoumis pour influencer la dynamique de campagne en faveur de la droite et de l’extrême droite. C’est un véritable scandale démocratique : ces millions d’électeurs « invisibles » dans les enquêtes IFOP ont pourtant bien voté. Preuve que l’institut ne sonde pas l’opinion – il la fabrique.

https://x.com/JLMelenchon/status/1906314669624537307

Scandale démocratique renouvelé en 2024. 27 sondages sur 27 annonçaient la victoire du RN aux législatives anticipées. On connait le résultat. Le peuple attend toujours que ces instituts reconnaissent leur duperie.

https://x.com/L_insoumission/status/1904958257640136838

Pendant que les médias reprennent ces chiffres truqués, rappelons-le : en 2017 comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon n’a fait que progresser. Aujourd’hui, malgré un matraquage médiatique à la hauteur de danger qu’il représente pour les privilèges de l’oligarchie qui concentre richesse et pouvoir en France, le leader insoumis n’a jamais été aussi haut dans les sondages bidons.

Par Ulysse

01.04.2025 à 12:15

24 000 expulsions locatives en 2024 : Macron et Bayrou frappent plus fort que jamais sur les précaires

Ulysse Kummer

Les chiffres sont glaçants : 24 000 expulsions locatives en 2024, un record historique qui marque une hausse de 26% en un an. Derrière ces statistiques brutales, des drames humains comme celui de Cécile et sa fille Léna, un exemple éclairant rapportée par le journal La Croix. Mère et fille sont expulsées d’un deux-pièces parisien malgré onze ans de loyers payés rubis sur l’ongle. Le propriétaire voulait vendre. Malgré une demande de logement social et un dossier Dalo, elles ont atterri dans des hôtels insalubres, loin de l’université de Léna.

La loi Kasbarian, votée en juillet 2023 sous pression des lobbies immobiliers, a transformé la trêve hivernale en simple pause avant la curée. Résultat : des familles jetées à la rue avec des délais raccourcis, des droits bafoués, et des préfets zélés qui accordent le concours de la force publique à tour de bras. Pendant ce temps, le gouvernement justifie cette hécatombe sociale par un prétendu « rattrapage post-Covid ». Pendant que les bailleurs privés enregistrent des profits records (+15% en 2023), l’État continue de sabrer les budgets dédiés au logement social.

La brutalité des expulsions

Le système dévoile toute sa brutalité : près de 80% des expulsés se retrouvent sans solution de relogement immédiat, tandis qu’un tiers des ménages vit toujours dans la précarité trois ans après avoir été mis à la rue. Les procédures judiciaires s’accélèrent dangereusement, avec une augmentation de 11% des dossiers en cours pour 2024, annonçant une nouvelle vague d’expulsions massives.

40 associations poursuivent l’Etat en justice pour #NonAssistancePersonnesMalLogées.

L’Etat ne respecte pas sa propre loi sur l’hébergement d’urgence et le droit au logement.

Il est temps que ça cesse !

Signez la pétition https://t.co/c9SYEE7aUx pic.twitter.com/3WGnE7HhDZ

— Collectif des Associations pour le Logement (@AssosLogement) February 13, 2025

« Le droit à l’hébergement et au logement n’est pas respecté, il l’est même de moins en moins. L’État est coupable de ne pas respecter sa propre loi. Il est responsable de Non-assistance à personnes mal logées », dénonce le collectif des Associations pour le logement. Création de places d’hébergement d’urgence de qualité, construction de logements sociaux, mobilisation des logements privés pour les louer à loyer abordable, encadrement des loyers, réquisition des logements vacants : voilà quelques mesures défendues par les associations afin de répondre à la crise du logement. Des mesures similaires à celles défendues par la France insoumise dans son programme dédié.

Par Ulysse

01.04.2025 à 10:00

Loi « anti-squat » : quand Kasbarian et Bergé sonnaient l’heure de la chasse aux pauvres

Nadim Fevrier

Le temps a passé depuis l’entrée en vigueur de la loi de juillet 2023, dite Kasbarian-Bergé. Ce texte, fortement dénoncé dès ses prémices, a eu le temps de produire les effets dévastateurs que l’on en attendait, et le temps du bilan est venu. Un bilan dur à lire, dur à écrire, et qui devrait faire honte à ceux qui en sont la cause, et à ceux qui ont laissé faire. La crise du logement continue en France comme les chiffres en attestent : 350 000 sans-abris en France, 2 000 enfants à la rue chaque soir, 735 morts à la rue en 2024, 12 millions de personnes en précarité énergétique. Le Gouvernement cherche toujours à aller plus loin dans la chasse aux pauvres. Hier, une nouvelle loi Kasbarian anti logement social était à l’ordre du jour des discussions de l’Assemblée nationale avant d’être retiré à la va-vite par le gouvernement anticipant son échec. Notre article.

Loi « anti-squat » : genèse d’une loi contre les plus pauvres

Pour comprendre, il faut revenir sur la genèse de cette réforme estivale et ses objectifs affichés. D’abord les dispositions concernant le squat. On doit partir de là puisque c’est par ce bout que la communication politique de la Macronie a présenté la loi : une législation de bon sens qui permettra enfin aux légions de petits propriétaires pauvres d’avoir justice. Justice, face aux légions de squatteurs déterminés cherchant des maisons à occuper frauduleusement.

C’est à partir de cette panique médiatiquement créée qu’il s’est agi de faire passer tout le reste. Ce prétexte, pourtant, ne résiste pas une minute à l’analyse. Car, qu’est-ce que le squat, aujourd’hui, en France ? Ce n’est que récemment que nous avons eu quelques chiffres sur le sujet. Oui, si le phénomène est devenu le marronnier anxiogène de toutes les chaînes d’information en continu depuis des années, personne ne semblait se soucier de l’objectiver.

Il fallut attendre 2021 pour que le ministère du Logement mette en place un Observatoire des squats pour pallier le manque de données officielles sur ce sujet. Peut-être, aussi, pour prouver l’existence de cette terrible épidémie qui empêcherait les petits propriétaires sans défense de dormir. Las, le résultat ne fut pas à la hauteur des attentes répressives.

On découvrit que, entre janvier et mai 2021, 124 procédures avaient été signalées par des propriétaires aux préfectures pour expulser des squatteurs, et dans 95% cas, le propriétaire avait pu récupérer son logement avant la fin du mois de mai 2021. Et encore faut-il dire que, dans l’écrasante majorité des cas sinon tous, il s’agissait de résidences secondaires.

Qu’on évite un malentendu. Nul ne viendra dire qu’il est normal de se voir imposer un étranger par la force, chez soi, dans son intimité. Pour chaque propriétaire victime, il y a un dommage à faire cesser, on l’entend. Encore faut-il, cependant, se demander pourquoi le squat ? Croit-on que des familles aillent de gaité de cœur s’imposer chez autrui, en étant à la merci de la colère du propriétaire, de la répression, de l’opprobre ?

C’est évidemment parce que les intrus n’ont pas de logement qu’ils tentent de trouver un toit pour survivre un jour de plus, et partant de là la solution est évidente : trouver, pour cette poignée d’individus, ces « squatteurs », un logement, et ainsi le problème disparaît. D’ailleurs, qui est le plus fautif, celui qui tente de survivre, quitte à léser autrui, ou l’Etat qui manque à ses devoirs et laisse des gens acculés à de telles extrémités ?

Du reste, la loi Kasbarian-Bergé était dès le début plus susceptible de faire augmenter le nombre de squatteurs que de le faire diminuer, en créant toujours plus de désespérés.

Pour aller plus loin : Loi Kasbarian : cette locataire de Seine-Saint-Denis expulsée de son logement pour 60 euros d’impayés

Les Crayons de L’insoumission, par Xab / La Plume Rieuse.

Le squat, un prétexte pour la chasse aux locataires pauvres

Car ceux qui sont surtout visés par les nouvelles dispositions introduites à l’article 315- 2 du Code pénal, ce sont les locataires pauvres, et non pas la figure statistiquement marginale du squatteur inconnu. Désormais, leur maintien dans le logement deux mois après une décision de justice leur ordonnant de le quitter est constitutif d’un délit puni de 7500 euros d’amende.

On relèvera l’absurdité absolue du dispositif : une personne incapable de payer son loyer qu’on entend expulser et qui n’a donc pas d’argent se voit forcée de payer 7500 euros ! En plus d’être mise à la rue et de, dès lors, qui sait, penser au squat ? Encore dans ce cas de figure y a-t-il au moins une décision de justice, mais ce n’est pas toujours vrai.

Car la loi Kasbarian a aussi modifié la loi DALO, Droit au logement opposable. Et dans cette loi au nom si contraire à la réalité de ce qu’elle recouvre, a été inséré une procédure d’expulsion sur décision préfectorale, sans juge, à l’égard de toute personne considérée comme squatteuse. Cette dernière, après saisine de l’autorité préfectorale, n’a que trois jours pour se défendre, tenter de faire valoir une erreur ou d’expliquer sa situation, y compris sans avocat. Aucune distinction n’est opérée selon le type de résidence dite squattée, la situation des intrus et l’éventuelle présence d’enfants, et, évidemment, le relogement n’est pas la priorité.

Au demeurant, qu’il s’agisse des squats ou des expulsions de locataires, les préfets ont reçu, en même temps qu’entraient en vigueur ces modifications législatives, une circulaire du 3 avril 2023 les enjoignant de faire preuve de la plus extrême fermeté. Doivent être exécutées les expulsions dès que possible, immédiatement à la fin d’une trêve hivernale éventuelle, sans plus de place pour la conciliation ou la négociation. La question sociale est évacuée au profit d’un objectif unique revendiqué par les textes : la répression, la répression, et rien que la répression.

Alors bien sûr, face à ce fondamentalisme de la propriété privée, il y a eu d’innombrables alertes. Claire Hédon, Défenseure des droits, avait rendu en novembre 2022 un avis estimant que la loi Kasbarian-Bergé « ne parvient pas à garantir un équilibre entre les droits fondamentaux des occupants […] et ceux des propriétaires ».

De son côté, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a condamné un texte qui, selon elle, piétine le droit au logement au nom d’une conception dévoyée du droit de propriété. Tandis que le Syndicat de la magistrature dénonçait « la chasse aux pauvres qui continue », s’élevant vivement contre la création d’un délit visant les locataires et la réduction drastique des pouvoirs du juge civil, dépossédé au profit du pénal.

Des locataires toujours plus en difficulté, toujours plus réprimés

Maintenant que le temps a passé, c’est bien le scénario du pire qui se concrétise et que la Fondation Abbé Pierre a mis en exergue dans son rapport d’octobre 2024 sur la remise en cause du maintien des aides au logement pour les ménages en impayé de loyer. D’abord, on y lit que l’année 2023 a connu un record historique d’expulsions locatives effectuées avec le concours de la force publique.

Pas moins de 19 023 ménages ont été expulsés de leur logement en 2023, soit une hausse de +17 % par rapport à 2022. Ensuite les demandes d’intervention des forces de l’ordre pour évacuer des occupants sans titre ont été multipliées par quatre (48 sollicitations par mois en moyenne fin 2023, contre 12 avant la loi) et les arrêtés préfectoraux d’expulsion ont plus que triplé.

Dans le même temps, à la fin du 1er semestre 2024, 140 000 personnes, essentiellement des locataires ne parvenant pas à payer leurs loyers, étaient menacés d’expulsion. Si les données ne sont pas encore connues, tout indique que le premier semestre 2025 pourrait marquer un nouveau record des expulsions policières. Dans le même temps, la paupérisation des locataires ne fait qu’augmenter. Une étude d’Imodirect parue fin 2023 produisait le chiffre d’un locataire sur trente ne parvenant pas à régler ses loyers dans les temps, là où, en 2020, ce chiffre n’était que de 1 sur 100.

Si le taux d’impayés de plus d’un mois reste très faible au regard de l’étendue du parc immobilier (3,60% à Paris en septembre 2024), il n’en reste pas moins que les ménages n’ont jamais eu autant de mal à garder un toit sur la tête dans l’histoire récente.

Logiquement, ce sont les précaires les plus touchés. En mars 2024 l’Union Sociale pour l’Habitat signalait un nombre élevé de départs pour impayés non résolus : près de 140 000 ménages HLM ont quitté leur logement en 2022 en laissant une dette locative impayée, ce qui représentait 36,8 % de l’ensemble des logements sociaux ayant changé de locataire dans l’année. Et, parmi eux, environ 6 500 ménages sont partis en abandonnant purement et simplement le logement, sans prévenir, ni régler leurs dettes, ni avoir eu le moindre accompagnement ou solution identifiée

Une loi qui fabrique la misère, un législateur qui accule au sans-abrisme

Ces chiffres traduisent la gravité de la pauvreté : au-delà des expulsions forcées par huissier, beaucoup de familles finissent par partir d’elles-mêmes sous la pression financière, l’accumulation des menaces. Que deviennent-elles ensuite ? On ne peut pas le savoir avec certitude.

Mais on peut supposer. On peut supposer que tout ceci n’est pas sans rapport avec le chiffrage de la fondation Abbé Pierre, qui estime que 350 000 personnes vivaient à la rue en 2023-2024, contre « seulement » 143 000 en 2012. Cette progression de 145% est décrite, invariablement, comme une « explosion silencieuse » dans le peu d’articles et de manchettes de presse ayant jugé bon d’en informer le public. Mais qu’est-ce qui produit cette explosion ? Silencieuse du fait de qui ?

Qui met en place des lois qui forcent les gens à devenir sans-abris, sinon certains politiciens bien identifiés ? Qui fait silence, sinon les grands médias, trop occupés à faire le procès du bloc social entre deux paniques identitaires ? Qui refuse de donner aux collectivités le pouvoir de réquisitionner des biens immobiliers laissés vides dans un but spéculatif, sinon les amis des spéculateurs assis à la droite de l’Assemblée ? Et, enfin, est-il civilisé, le pays qui voit son nombre de personnes sans-abri doubler en 10 ans, sans s’en inquiéter ?

Si, comme le disait Jiddu Krishnamurti, ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade, alors nous avons assurément la maladie de l’indifférence. Il ne tient pourtant qu’à nous de nous en guérir. Exigeons que l’on abroge les lois de chasse aux pauvres, que l’on garantisse un logement à ceux qui n’en ont pas.

Proclamons que le droit d’une minorité de multi-propriétaires et de spéculateurs à accumuler des milliers de mètres carrés de foncier pour s’enrichir toujours plus vaut moins que le droit de tous les autres à vivre. Sans quoi, qu’on ne s’avise plus de déplorer les extrémités auxquelles ceux qui n’ont aucun recours devront se résoudre pour survivre.

Par Nathan Bothereau

10 / 10