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16.03.2026 à 11:05

Comment le Kremlin comprend la guerre d’Iran : les « sept leçons » d’un analyste de Poutine

Matheo Malik

Pour Moscou, le déchaînement de la violence au Moyen-Orient ne prouve qu'une chose : en Ukraine, Poutine doit accélérer.

Nous traduisons le texte d'Ivan Timofeev qui a circulé en Russie dans les derniers jours.

Analyse.

L’article Comment le Kremlin comprend la guerre d’Iran : les « sept leçons » d’un analyste de Poutine est apparu en premier sur Le Grand Continent.

Texte intégral (5483 mots)

La conduite de Moscou depuis le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran confirme, s’il en était encore besoin, que le Kremlin n’est pas dirigé par un « fou » comme on l’entend trop souvent dire en France, mais par des responsables parfaitement conscients de leurs intérêts nationaux et capables du plus grand pragmatisme — quel que soit le degré de cynisme meurtrier ou d’opportunisme politique dont il s’accompagne. 

En l’espèce, ce pragmatisme a dicté à Moscou une stratégie de soutien diplomatique formel sans engagement militaire direct, accompagné d’un appui technique dans les domaines du renseignement, de la guerre des drones et de la désinformation. 

En parallèle, les responsables de la Fédération de Russie scrutent la situation pour tâcher d’en retirer les enseignements les plus utiles. Le 2 mars, le quotidien Kommersant a ainsi publié une synthèse éclairante, signée par Ivan Timofeev, listant les « sept leçons de l’Iran » dont la Russie pourrait tirer profit 2.

En substance, ce texte dresse un tableau alarmiste, concluant que la confrontation entre la Russie et l’Occident n’a aucune chance de s’apaiser dans un avenir proche et qu’elle risque de prendre la forme d’un affrontement militaire ouvert, sans exclure la possibilité de frappes nucléaires. L’auteur appelle ainsi les hauts responsables russes à poursuivre leur politique de négociation hostile à toute forme de concession et à ne jamais oublier que, si des pays tiers peuvent se révéler des alliés temporaires dans le contournement des sanctions commerciales, la Russie reste seule face à ses adversaires et doit se tenir prête au pire. 

Ce texte n’est pas l’intervention isolée d’un anonyme.

Paru dans l’un des titres les plus réputés du pays, il est surtout le produit d’une plume visible et influente : Ivan Timofeev. Politologue de premier plan, celui-ci est actif dans la plupart des institutions russes d’expertise et de propagande — deux sphères de moins en moins distinctes en Russie — dans le domaine des relations internationales. Diplômé du MGIMO, université moscovite spécialisée dans les relations internationales dont sortent notamment les futurs diplomates, Timofeev y exerce aujourd’hui en tant que professeur. Directeur général du Conseil russe des Affaires internationales, une institution créée par le ministère des Affaires étrangères en vue de promouvoir le dialogue entre les experts russes et leurs homologues étrangers, il est également, depuis 2015, directeur de programme du club de discussion Valdaï, le principal think tank du régime de Vladimir Poutine. 

Pour l’ensemble de ces activités d’amplification de la politique internationale du Kremlin, notamment en direction de l’Ukraine, Timofeev fait l’objet de sanctions européennes depuis décembre 2025.

Sans surprise, ce texte contient donc un certain nombre d’éléments assez représentatifs de la propagande russe. L’auteur commet résolument une faute logique en supposant que les États-Unis se conduiraient de la même manière avec la Russie et avec l’Iran — et ce à toutes les étapes d’un processus de négociation et d’affrontement — après avoir lui-même souligné toutes les différences qui existent entre ces deux pays en termes de stabilité politique et de capacités techniques, commerciales et militaires — y compris sur le plan nucléaire. Cet argument ne sert donc qu’à justifier l’intransigeance absolue des autorités russes dans les négociations avec les États-Unis. Enfin, la relation posée entre les  fractures intérieures à un pays et le risque, pour celui-ci, d’être attaqué de l’extérieur — les troubles incitant des puissances étrangères à tirer profit du chaos — n’a pas d’autre fonction que celle de justifier la politique idéologique et répressive de l’État russe, soudant la population autour d’un objectif nationaliste tout en la préparant à la perspective d’une guerre longue et meurtrière.

Il est clair que la prose analytique russe devient de plus en plus indiscernable de la propagande d’État. Cette situation ne sera pas sans effets pour la Russie. Si tous ses « experts » en sont réduits à ne plus livrer au public qu’un succédané des vues les plus susceptibles de leur assurer les éloges du Kremlin, aucune proposition originale ne peut en sortir. Une dynamique de cet ordre semble déjà à l’œuvre dans la sphère des plus hauts responsables politiques, dont on sait qu’ils se gardent de confier à Vladimir Poutine autre chose que ce qu’il est disposé à entendre.

Si le dossier iranien démontre la capacité russe à s’orienter au sein d’une série d’options complexes et coûteuses, ce régime de soumission et de flagornerie pourrait bien coûter au Kremlin sa capacité de réaction adéquate aux prochaines crises.

Les frappes aériennes massives déclenchées par Israël et les États-Unis contre l’Iran n’étaient guère inattendues. Une menace offensive planait sur le golfe Persique depuis plusieurs mois ; les négociations ardues entre l’Iran et les États-Unis s’étaient entièrement enlisées.

La mort du Guide suprême iranien Seyyed Ali Khamenei, de membres de sa famille et d’un grand nombre de responsables militaires et politiques du pays n’en a pas moins constitué un événement retentissant. L’Iran riposte désormais par des salves de missiles visant Israël et les infrastructures américaines de la région. L’opération militaire perturbe déjà le transport maritime de pétrole dans le golfe Persique, tout en provoquant des dysfonctionnements financiers et logistiques dans les principaux pôles économiques des Émirats arabes unis et du Qatar.

À l’appui de la thèse voulant que l’offensive contre l’Iran n’avait rien d’« inattendu », une annonce plus spectaculaire a paru ce 11 mars dans Russia in Global Affairs, une revue proche du Kremlin dont le conseil éditorial comprend le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le conseiller du président de la Fédération de Russie pour la politique étrangère Iouri Ouchakov 3

Signé par Igor Pellicciari, enseignant à l’université d’Urbino Carlo Bo et contributeur régulier de la revue, l’article relaie « une opinion répandue à Moscou » voulant que les autorités russes aient averti Ali Khamenei dès le mois de décembre 2025 d’une frappe américaine devant le viser prochainement. Selon l’auteur, l’ayatollah aurait donc décidé en toute conscience de transformer sa mort en une démonstration de martyre politique et religieux susceptible de souder le pays et de renforcer le rôle des gardiens de la Révolution. 

Cette information n’a été confirmée par aucun autre média. À en juger par le fait qu’Igor Pellicciari est aussi enseignant à Moscou, a été nommé consul honoraire de Russie à Bologne et relaie volontiers les arguments russes justifiant la guerre en Ukraine, il faut considérer cette intervention comme une énième opération de désinformation, visant à démontrer les capacités du renseignement russe et sa propension à soutenir ses alliés.

L’Iran dispose de possibilités tout à fait crédibles de résistance, d’autant qu’une intervention terrestre demeure peu probable. Les frappes menées contre son territoire devraient néanmoins affaiblir sensiblement son potentiel industriel, accentuer la crise économique qui frappe le pays et entraîner un appauvrissement généralisé de sa population. Si l’Iran parvenait à tenir, il est clair qu’un nouveau cycle offensif ne tarderait pas à s’ouvrir, à moins que le coût de cette intervention ne se révèle trop élevé pour l’ensemble des parties. Cette configuration permet d’esquisser plusieurs conclusions dont la Russie pourra retirer des enseignements utiles.

Leçon n°1 : Les sanctions annoncent le recours à la force militaire

Le régime de sanctions imposé par les États-Unis à l’Iran est en place depuis la Révolution islamique de 1979. Si l’Iran est parvenu à résister à cette pression économique, ces sanctions lui ont infligé des dommages bien réels. Leur coût s’est accentué à mesure que Washington ralliait d’autres pays à sa politique, en l’internationalisant à travers le Conseil de sécurité de l’ONU et en influençant des pays tiers dans leurs décisions d’achat de pétrole iranien. 

Les sanctions des États-Unis et de leurs alliés se sont régulièrement accompagnées d’un recours à la force militaire — comme en 1980, 1987 et 2025 — ainsi que d’opérations spéciales allant des cyberattaques aux menaces de frappes militaires, en passant par des assassinats d’ingénieurs nucléaires et de responsables des services de renseignement. La combinaison de sanctions et d’emploi de la force représente ainsi une pratique classique de l’arsenal américain, comme l’illustrent les exemples de l’Irak, de la Yougoslavie, de la Libye, de la Syrie ou encore du Venezuela.

Dans le cas de la Russie, le recours direct à la force militaire demeure une option délicate pour ses ennemis, du fait des risques d’escalade nucléaire. Cette retenue sur le plan strictement militaire est toutefois compensée. Les frappes des forces armées ukrainiennes contre le territoire russe sont désormais monnaie courante. L’écrasement de l’opération ukrainienne dans l’oblast de Koursk ne nous met pas à l’abri de nouvelles incursions militaires. Par ailleurs, la modernisation des armées des pays européens membres de l’OTAN accroît la probabilité d’un recours à la force dans les zones de contact entre la Russie et l’Alliance Nord-Atlantique, la région baltique apparaissant ici comme le voisinage le plus dangereux. Enfin, l’effet dissuasif du facteur nucléaire pourrait être neutralisé par la conviction — en l’espèce, erronée — que la Russie ne prendrait pas le risque de mobiliser son arsenal nucléaire par crainte d’une riposte de l’OTAN. Dans ces conditions, l’éventualité de crises militaires de toute nature constitue une perspective bien réelle dans les relations entre la Russie et l’Occident.

Leçon n°2 : Les pressions occidentales sont appelées à durer

Pendant de longues années, l’Iran a été la cible d’une politique d’épuisement progressif dominée par les sanctions économiques, jusqu’à ce que s’y ajoutent, plus récemment, des frappes militaires. Le modèle adopté ne repose pas sur une opération terrestre de grande ampleur suivie d’une occupation territoriale, mais sur des bombardements destinés à affaiblir peu à peu le potentiel militaro-industriel de l’État ciblé. De la sorte, chaque nouvelle étape de l’escalade militaire est susceptible de réduire davantage la capacité de résistance dudit pays. Si l’Iran démontre sa capacité à infliger une riposte douloureuse, chaque cycle de confrontation risque de l’affaiblir durablement.

La Russie doit donc se tenir prête à affronter des pressions occidentales dont l’horizon ne se compte pas en années, mais en décennies. L’éventuel assouplissement de certaines restrictions ne signifiera pas leur levée générale, en particulier dans des domaines tels que le contrôle des exportations de biens à double usage [produits, technologies ou matériaux susceptibles d’être utilisés à des fins civiles et militaires].

Le même raisonnement est valable sur le plan militaire : une potentielle accalmie des combats en Ukraine ou sur d’autres fronts sera très probablement suivie d’une nouvelle crise militaire.

Leçon n°3 : Les concessions ne fonctionnent pas

Au cours de son long bras de fer avec les États-Unis, l’Iran a consenti à une série de concessions, dont le grand symbole reste l’accord sur le nucléaire iranien entériné en 2015 par la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU. Dans ce cadre, l’Iran acceptait de limiter son programme nucléaire en échange de la levée des sanctions internationales adoptées par le Conseil de sécurité et de restrictions diverses décidées unilatéralement par les États-Unis et leurs alliés. Cela n’a pourtant pas empêché les États-Unis de Donald Trump de se retirer de l’accord trois ans plus tard, en adressant à l’Iran une nouvelle liste d’exigences. Les compromis consentis ont donc offert un répit temporaire sans jamais soustraire l’Iran aux pressions exercées par les États-Unis.

Au long des négociations avec les États-Unis sur la question ukrainienne, la Russie a, pour sa part, fait preuve d’une impressionnante fermeté. Cette attitude peut sembler inopportune à ceux qui aspirent à la paix, sachant que chaque jour de guerre entraîne son lot de pertes humaines et matérielles. Elle n’en apparaît pas moins légitime, dès lors que tout compromis serait inévitablement suivi de nouvelles exigences. Dans ces conditions, il est manifestement contre-productif de céder à de telles demandes, surtout lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de concessions réciproques.

Ainsi, la leçon iranienne ne fait que conforter une perception déjà largement partagée : celle d’un niveau de confiance extrêmement faible dans les relations entre la Russie et les États-Unis, comme entre la Russie et l’Ukraine.

Leçon n°4 : Les chefs d’État sont dans le viseur

Si l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro ne l’avait pas suffisamment démontré, l’attaque contre l’Iran confirme que les dirigeants légitimes et les principaux responsables des États étrangers sont désormais des cibles prioritaires.

L’élimination de dirigeants ou leur décès à la suite d’opérations militaires n’est pas une innovation historique absolue : rappelons l’assaut du palais d’Hafizullah Amin par les forces spéciales soviétiques en 1979 ou encore la mise à mort des dirigeants libyen et irakien lors des interventions militaires des États-Unis et de leurs alliés. Malgré tout, la chasse aux dirigeants n’était pas encore devenue un objectif en soi. Dans la plupart des cas, leur disparition restait le résultat d’un concours de circonstances. Le cas iranien nous confronte, au contraire, à une initiative délibérée d’élimination du Guide suprême d’un pays étranger et d’un grand nombre de ses hauts responsables, et même de membres de leurs familles.

À l’évidence, la Russie est pleinement consciente du danger qui pèse tant sur son président que sur ses responsables de haut rang. Ce risque est d’autant plus tangible que des assassinats et tentatives d’assassinat visant des militaires, des cadres administratifs, des journalistes et d’autres personnalités publiques sont perpétrés depuis bien longtemps sur notre territoire par des agents de diversion étrangers. L’exemple iranien confirme que la sécurité des dirigeants doit relever non seulement des services spéciaux, mais aussi des forces armées, dans la mesure où ces responsables peuvent être exposés aussi bien aux défaillances des services de sécurité et de contre-espionnage qu’aux lacunes de la défense aérienne et des autres dispositifs de protection face à une attaque militaire. 

Lorsque l’auteur affirme que la Russie serait la cible d’attaques perpétuelles d’agents de diversion étrangers contre son territoire ; indépendamment des opérations ukrainiennes, on voit mal à quels faits il ferait référence. En revanche, les empoisonnements et assassinats d’opposants, en Russie, mais aussi à Salisbury, Berlin ou Vienne, sont bien documentés. Sous couvert d’analyse, ce texte s’insère dans les logiques habituelles de la désinformation russe.

Sur le dossier iranien, les autorités russes semblent avoir adopté deux lignes en matière de désinformation : les populations occidentales souffrent de la guerre en Iran et de l’incapacité de leurs élites ; la Russie n’est impliquée dans aucune opération de soutien, sauf sur le plan humanitaire. 

On retrouve ces deux arguments chez Maria Zakharova, directrice du département de l’information et de la presse du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, qui écrivait ce 11 mars sur sa page Telegram : « La hausse des prix du carburant engendrée par l’agression américano-israélienne contre l’Iran et la castration énergétique de Bruxelles [autrement dit, le choix de renoncer aux hydrocarbures russes] contraint les Européens à inventer continuellement de nouveaux moyens d’affronter la réalité. La grande entreprise énergétique néerlandaise Energiebank a ainsi conseillé à la population de ‘réduire la durée de ses douches’. Je sens déjà qu’au vingtième paquet de sanctions, ils seront en grande forme [emoji de putois] » 4.

La campagne à laquelle il est fait référence est en réalité une campagne de lutte contre la « précarité énergétique » menée aux Pays-Bas en 2021, recommandant aux populations de lutter contre le gaspillage énergétique 5. Celle-ci n’a donc pas le moindre rapport avec les hydrocarbures russes et la guerre en Iran. Par ailleurs, pendant que la Fédération de Russie livre des armes, des conseils tactiques et du renseignement militaire à l’Iran, la même Maria Zakharova s’applique à détourner l’attention en mettant en avant le volet strictement humanitaire de la politique russe 6.

Leçon n°5 : Les troubles intérieurs encouragent les interventions extérieures

Peu avant les frappes aériennes menées contre son territoire, l’Iran avait été le théâtre de manifestations de masse qui résultaient en grande partie des contradictions internes du régime et de difficultés économiques accumulées. Ces affrontements avaient causé de nombreuses victimes, tandis que les adversaires de l’Iran s’empressaient d’exploiter politiquement ces événements. Ces manifestations ont aussi pu être interprétées comme un signe de faiblesse politique du régime, alimentant l’idée qu’une frappe militaire décisive pourrait entraîner l’effondrement rapide d’une verticale du pouvoir déjà fragilisée. Cette hypothèse pouvait d’ailleurs s’appuyer sur certains précédents, dont le cas libyen, dans lesquels des frappes extérieures avaient effectivement conduit au délitement des systèmes politiques en place.

Par ailleurs, l’expérience de la déliquescence de l’Union soviétique nous enseigne que des difficultés économiques internes et des fractures au sein de la société peuvent conduire à une catastrophe majeure sans qu’il soit même besoin d’aucune intervention extérieure. L’efficacité du système de gouvernance, l’aptitude à prendre en temps utile les mesures nécessaires, les interactions et la confiance mutuelle entre l’État et la société sont autant de garanties essentielles de la stabilité intérieure. Tout fossé entre la société et ses élites, toute fracture en leur sein, équivaut à une invitation implicite à intensifier les pressions extérieures. 

Leçon n°6 : Le rôle des « chevaliers noirs » est important, mais ne résout pas tout

Malgré le poids des sanctions économiques internationales, l’Iran est parvenu à maintenir des liens commerciaux avec une série de pays. Dans la littérature académique consacrée aux sanctions, ces partenaires alternatifs sont souvent désignés sous le terme de « chevaliers noirs ».

Ainsi, dans les années 1980 et 1990, le pétrole iranien était volontiers acheté à prix réduit par certains pays d’Europe occidentale et méridionale, mais aussi par la Turquie, la Syrie, le Japon, l’Inde, la Chine et d’autres pays. Les États-Unis ont dû déployer d’intenses efforts diplomatiques pour contraindre nombre de ces partenaires à réduire, voire à abandonner leurs importations de produits iraniens, sans parvenir à interrompre totalement le commerce avec Téhéran. Si l’Iran ne retirait pas l’ensemble des bénéfices potentiels de ses exportations, son commerce extérieur continuait néanmoins de lui assurer des revenus substantiels.

Sur le plan militaire et politique, la situation a pris un tout autre tournant. L’Iran s’est retrouvé seul face à ses adversaires. Si les pays tiers ne soutiennent pas activement ces derniers, ils ne peuvent ou ne souhaitent pas non plus faire obstacle à l’intervention militaire en cours. Il faut donc en conclure que les « chevaliers noirs » représentent un instrument efficace de contournement des sanctions, mais qu’ils se révèlent impuissants en cas de recours à la force militaire. 

L’argument de l’auteur n’est valide qu’à condition de considérer qu’aucun des alliés de l’Iran ne lui apporterait le moindre soutien ; or le cas russe montre, précisément, qu’il n’en est rien.

Pragmatique, la Russie adopte des politiques de soutien international ajustées à l’importance stratégique de ses partenariats et au degré de stabilité des pays alliés. Ainsi, les autorités russes ont refusé de s’engouffrer dans un conflit vénézuélien trop lointain et insuffisamment déterminant et de s’accrocher jusqu’à la dernière heure au régime de Bachar al-Assad, miné par de trop profondes faiblesses structurelles. À l’inverse, l’Iran représente un pays stable — cette stabilité étant obtenue au prix d’une répression sanglante — et à l’architecture militaire solide, ce qui incite la Russie à ne pas « lâcher » sans plus de ménagement son allié moyen-oriental.

Tandis que les États-Unis font appel à l’expertise ukrainienne en matière de guerre des drones, même si les autorités russes refusent de communiquer à ce sujet 7, la Russie fournit au régime iranien des ressources de renseignement aussi précieuses que celles des services états-uniens en soutien à Kiev. Le Washington Post avait révélé que ce soutien russe facilitait la localisation d’installations militaires états-uniennes, dont celle des navires de guerre et des aéronefs 8 ; de nombreux experts s’accordent du reste à constater que l’Iran, qui ne dispose pourtant pas de constellation satellitaire propre, fait preuve d’une précision inédite dans ses frappes et d’une habileté à contourner la défense américaine sans comparaison avec la guerre des douze jours de l’été 2025.

Une étape supplémentaire pourrait avoir été franchie récemment avec l’apport d’un soutien tactique spécifique : plusieurs sources assurent que la Russie aide l’Iran à utiliser des méthodes avancées de mise en œuvre des drones Shahed pour frapper ses cibles dans les pays du Golfe. Les États-Unis semblent, eux aussi, réticents à reconnaître ouvertement cette implication de Moscou dans le conflit iranien 9.

Sous l’effet des sanctions, la Russie a, elle aussi, dû réorienter sa politique commerciale, en intensifiant ses échanges avec la Chine, l’Inde et plusieurs autres États. Ces échanges ne créent pas pour autant d’obligations militaro-politiques réciproques. La Russie devra donc affronter seule ses adversaires — la seule exception notable étant la participation de militaires nord-coréens à l’élimination des forces armées ukrainiennes dans l’oblast de Koursk. Par ailleurs, Moscou assume à elle seule la sécurité de ses alliés au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective, ce qui alourdit d’autant ses charges et ses responsabilités.

Leçon n°7 : Pourquoi l’équilibre des forces est nécessaire

Par comparaison avec bien d’autres États ayant subi des frappes militaires, l’Iran ne saurait être considéré comme un pays inoffensif. En 2025 comme aujourd’hui, Téhéran a riposté par des vagues de missiles et de drones de sa propre fabrication. Il est encore trop tôt pour évaluer leur efficacité et leur précision, les États-Unis et Israël semblant d’ailleurs juger acceptable le niveau des dommages infligés par la riposte iranienne. L’Iran n’en a pas moins engagé des mesures qui passaient jusqu’alors pour des options de dernier recours, à commencer par l’interdiction de navigation dans le détroit d’Ormuz. Il est probable que la marine américaine parviendra à contrer cette opération et à sécuriser le trafic maritime, mais cela exigera du temps et des moyens. Son succès n’est d’ailleurs pas assuré tant que l’Iran parvient à maintenir sa stabilité malgré les bombardements continus de son territoire. 

Pour l’heure, la Russie a tout lieu de se réjouir de cette situation. À la veille de la guerre en Iran, les recettes pétrolières et gazières du pays étaient en berne, notamment sous l’effet des sanctions tirant les prix à la baisse, de la réduction des exportations vers l’Inde et de l’arrêt du transport de pétrole vers la Hongrie et la Slovaquie via le tronçon ukrainien de l’oléoduc Droujba. En janvier 2026, l’État russe avait perçu 393 milliards de roubles de cette vente, soit 50 % de moins que l’année précédente.

Pour la Russie, les effets économiques de la hausse des cours des hydrocarbures liés à la guerre en Iran se font déjà sentir et donnent à l’actualité un air de sortie du marasme commercial. Ce 11 mars, les médias russes soulignaient que les prix du pétrole russe avaient atteint les 6 105 roubles le baril, dépassant ainsi l’objectif inscrit dans le budget de l’État pour 2026 — 5 440 roubles le baril. Les commentateurs sont néanmoins unanimes à souligner que, si la guerre en Iran aide temporairement la Russie à renflouer ses caisses, cette hausse devrait s’avérer éphémère en raison d’une baisse prochaine des cours mondiaux et d’un renforcement du rouble. Il a ainsi suffi d’une annonce relative à la possible libération des réserves stratégiques de pétrole pour que le prix du pétrole russe retombe à environ 4 900 roubles 10.

Vladimir Poutine n’en cherche pas moins à tirer profit de cette opportunité pour renforcer la position de son pays sur le marché mondial. Au cours d’une réunion au Kremlin, il a martelé à plusieurs reprises que la Russie était le partenaire le plus fiable pour les États désireux de bénéficier de livraisons régulières et prévisibles de gaz et de pétrole et qu’elle se cherchait de nouveaux clients avant l’arrêt programmé des exportations vers l’Europe 11.

La Russie dispose de moyens bien supérieurs pour contrer d’éventuelles frappes sur son territoire, ainsi que des capacités techniques — au-delà même du facteur nucléaire — pour infliger des dommages considérables dans des domaines et des directions géographiques variés.

Toutefois, cette capacité réelle ne garantit pas à elle seule que l’adversaire ne considère pas ces représailles douloureuses comme un coût acceptable. Le seuil de tolérance aux dommages est susceptible d’évoluer au cours des années à venir, y compris en matière nucléaire. Toute l’histoire du XXe siècle est là pour attester d’une diminution de la sensibilité aux pertes à mesure de la radicalisation de l’affrontement politique.

La situation à laquelle nous assistons en Iran ne porte guère à l’optimisme. Elle inspire plutôt à l’ensemble des parties, dressées sur des barricades opposées, un sentiment de détermination et de fatalisme, qui risque de s’imposer comme l’esprit du temps dans les relations internationales pour de longues années à venir.

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15.03.2026 à 14:29

À qui profite la guerre d’Iran ? Bénéfices et économie politique du choc d’Ormuz

Matheo Malik

La guerre en Iran et au Moyen-Orient enrichit les plus grandes fortunes — et pénalise les autres.

Dans une étude quantitative exclusive, les économistes Isabella Weber et Gregor Semieniuk s’appuient sur des données inédites de la crise énergétique de 2022 pour quantifier la redistribution cachée de la manne fossile dans la bataille d’Ormuz.

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Texte intégral (3985 mots)
Points clefs
  • Alors que le prix du Brent a dépassé les 100 dollars le baril à la suite du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, de nouvelles recherches révèlent ce qu’on sait déjà : un groupe très restreint de personnes va s’enrichir considérablement.
  • Si les populations du monde entier devraient faire bientôt face à une nouvelle crise du coût de la vie — la hausse des prix du pétrole, du gaz et des engrais entraînera bientôt celle de tous les biens qui utilisent ces produits comme intrants —, les bénéfices tirés de la flambée des prix de l’énergie ne s’évaporent pas pour autant : ils atterrissent, principalement, dans les portefeuilles de ceux qui sont déjà riches.

Le Moyen-Orient brûle. La guerre menée par les États-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran entraîne mort, destruction et pollution dans toute la région. Dans le même temps, c’est l’ensemble de l’économie mondiale qui se prépare au choc économique que provoquera le conflit.

La fermeture du détroit d’Ormuz à la quasi-totalité du trafic maritime par l’Iran depuis début mars est devenue paradigmatique du goulet d’étranglement généralisé que cette crise est en train de produire.

Avant le début de la guerre, 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole brut transitait par cet étroit passage — large de seulement 55 kilomètres en son point le plus resserré —, de même que 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) et près de la moitié de celles de soufre et de produits sulfurés, nécessaires à divers processus de production industrielle. Alors que le trafic maritime à travers le passage s’est tari, les exportations de ces produits sont désormais bloquées.

D’ores et déjà, le prix du baril de pétrole brut a grimpé au-dessus de 100 dollars — contre 60 au début de l’année. En conséquence, les prix de l’essence flambent et les compagnies aériennes annoncent des augmentations de tarifs pour les longs courriers. Pour contenir cette envolée des prix, les gouvernements des pays importateurs de pétrole ont déjà annoncé des mesures allant de la réduction de la semaine de travail pour économiser le carburant à la régulation des prix.

Ce dont ils ne discutent pas encore — et qui pourtant ne saurait être éludé —, c’est de savoir qui pourrait bientôt profiter de la crise pour s’enrichir.

Plusieurs précédents devraient pourtant nous faire pressentir ce phénomène. 

La crise pétrolière et gazière de 2022 qui a fait suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie a permis à plusieurs sociétés de réaliser des bénéfices records. La hausse des prix que le monde a alors connue était comparable à celle que nous observons aujourd’hui. 

Pour comprendre ce qui se joue autour de la guerre en Iran aujourd’hui, il importe donc de revenir sur les leçons du dernier choc.

L’année du début de la guerre d’Ukraine, le bénéfice net des sociétés pétrolières et gazières cotées en bourse a atteint 916 milliards de dollars à l’échelle mondiale — trois fois plus que celui réalisé en moyenne les années précédentes.

Gregor Semieniuk et Isabella Weber

À qui a bénéficié la crise énergétique de 2022 ?

Dans un article récemment publié dans Energy Research & Social Science 12, nous avons cartographié pour la première fois à ce niveau de détail la répartition des bénéfices tirés de la crise pétrolière et gazière de 2022 consécutive à la guerre à grande échelle lancée en Ukraine par la Russie de Poutine.

Cette redirection des flux financiers permet de tirer des conclusions pertinentes pour l’élaboration de politiques — certes coûteuses — de stabilisation du marché de l’énergie : les crises énergétiques offrent en effet une source potentielle de revenus permettant de compenser une partie des coûts.

En 2022, le bénéfice net des sociétés pétrolières et gazières cotées en bourse a atteint 916 milliards de dollars à l’échelle mondiale, soit plus de trois fois plus que celui réalisé en moyenne les années précédentes — y compris en excluant la disruption de 2020 due au Covid. Sur cette somme, les entreprises dont le siège social est situé aux États-Unis ont engrangé 281 milliards de dollars, auxquels s’ajoute un afflux net de 20 milliards de dollars provenant de participations étrangères, portant le total des gains à 301 milliards de dollars.

Un incendie et un panache de fumée s’élèvent après que, selon les autorités, des débris provenant d’un drone iranien intercepté ont frappé une installation pétrolière à Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, le samedi 14 mars 2026. © AP Photo/Altaf Qadri

Les États-Unis ont donc été le principal bénéficiaire de cette hausse des prix : en 2022 le montant de ces recettes fossiles a dépassé les investissements réalisés par le pays dans l’ensemble de l’économie bas carbone cette année-là (267 milliards de dollars). 

Si les chiffres européens font pâle figure en comparaison, les sociétés pétrolières et gazières situées sur le continent ont elles aussi engrangé des dizaines de milliards de dollars de bénéfices supplémentaires par rapport aux années précédentes. Témoin de l’ampleur du phénomène, l’Union a su rassembler 28 milliards d’euros au cours des exercices 2022 et 2023 grâce à la taxation des bénéfices excessifs tirés des combustibles fossiles — taxe qui a par la suite été supprimée 13.

Si, aujourd’hui, la violence du choc iranien dépendra de la durée de la guerre et de l’ampleur de la hausse des prix du pétrole et des autres matières premières, la tendance est claire : le prix du Brent a désormais dépassé les 100 dollars, c’est-à-dire le seuil qui avait déjà permis de générer des bénéfices records en 2022.

La question n’est donc pas de savoir si la guerre au Moyen-Orient permettra de tels bénéfices — mais de savoir à combien ils se chiffreront, qui en bénéficiera, et si les gouvernements auront la volonté d’intervenir.

Aux États-Unis, 50 % des bénéfices tirés des énergies fossiles sont revenus aux 1 % des individus les plus riches.

Gregor Semieniuk et Isabella Weber

Arithmétique des inégalités : la manne fossile et ses bénéficiaires

Notre étude de la crise énergétique de 2022 est l’une des premières à analyser les réseaux d’actionnariat qui, cette année-là, ont relié les bénéfices réalisés à ceux qui les avaient perçus. À partir de données couvrant 252 433 points nodaux — sociétés cotées, holdings de capital-investissement, fonds de pension, family offices —, nous avons pu déterminer qui détenait effectivement, en bout de course, un droit sur la manne fossile.

Le résultat est sans appel. Aux États-Unis, 50 % des bénéfices tirés des énergies fossiles sont revenus aux 1 % des individus les plus riches. Les 50 % citoyens les plus pauvres du pays — soit 66 millions de ménages — n’en ont perçu que 1 %.

Si l’on affine cette décomposition, les 0,1 % les plus riches — soit quelque 131 000 familles — ont reçu vingt-six fois plus de bénéfices que la moitié la plus pauvre des États-Unis. Le diagramme ci-dessous cartographie les flux reliant les comptes de résultats des entreprises d’énergies fossiles, via des intermédiaires des marchés financiers, à la population du pays.

Ces inégalités en recoupent d’autres liées à l’origine ethnique et à l’éducation. Ainsi, aux États-Unis, les ménages blancs (qui représentent 64 % de la population) ont capté 87 % des bénéfices tandis que les ménages noirs (14 % de la population) n’en ont reçu que 3 % et les ménages hispaniques (10 %) 1 %. À eux seuls, les diplômés de l’enseignement supérieur (38 % des ménages) ont capté 79 % du total.

Il ne s’agit pas là d’aléas de marché : ces disparités sont les conséquences structurelles d’un régime de propriété des actifs dans lequel les actions comptent parmi les formes de richesse les plus concentrées qui soient.

Les profits du pétrole et la redistribution cachée de l’inflation

La crise de 2022 a engendré aux États-Unis une inégalité face à l’inflation. 

Comme les ménages à faibles revenus consacrent une part plus importante de leur budget à l’énergie — 3,3 % pour l’essence dans le quintile inférieur contre 2,1 % dans le quintile supérieur —, ils ont été touchés de manière disproportionnée par les hausses de prix. Parallèlement, les bénéfices générés par ces mêmes hausses ont pris, pour l’essentiel, la direction opposée.

Pour les 0,1 % les plus riches, les bénéfices supplémentaires tirés des énergies fossiles en 2022 par rapport à 2021 ont presque compensé l’intégralité des coûts engendrés par l’inflation — qui a été de 6,5 % cette année, selon l’indice des prix à la consommation. Pour les 50 % les plus pauvres, cette compensation n’a représenté que 0,05 % du revenu disponible, ce qui est quantitativement insignifiant.

Les 0,1 % les plus riches — soit quelque 131 000 familles — ont reçu vingt-six fois plus de bénéfices que la moitié la plus pauvre des États-Unis.

Gregor Semieniuk et Isabella Weber

Il serait toutefois trompeur de dire que les pauvres ont davantage souffert de l’inflation : plus précisément, les riches ont été presque entièrement dédommagés par le mécanisme même qui appauvrissait tous les autres.

Cette redistribution cachée derrière chaque choc pétrolier n’apparaît pas dans les statistiques salariales, elle ne déclenche pas les stabilisateurs automatiques : elle est parfaitement légale, totalement opaque et structurellement récurrente.

Or avec le choc iranien, un tel mécanisme est en train de se mettre en place.

Iran 2026 : l’approfondissement d’une inégalité redistributive

Les parallèles entre la crise de 2022 et celle que nous connaissons sont aisément traçables. 

À l’instar de la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient provoque une rupture brutale de l’offre sur un marché où la demande à court terme est stable. Si les commentateurs divergent quant à l’évolution des prix à laquelle s’attendre et à la rapidité de leur hausse, tous s’accordent sur un point : les prix du pétrole brut atteindront et dépasseront rapidement les 120 dollars le baril, niveau auquel il se négociait à la mi-2022.

Même avec la libération des réserves stratégiques et le réacheminement partiel de la production pétrolière saoudienne, la perte de production de 20 % provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz ne pourra être compensée.

Comme nous l’apprend le précédent de 2022, les flambées des prix génèrent des rentes extraordinaires qui sont distribuées selon la structure de la propriété — et non selon les besoins. Au cours des prochains mois, une dynamique similaire se produira pour les prix du GNL et des engrais, du soufre et, plus généralement, pour les produits énergétiques, alimentaires et industriels dont ils constituent les intrants.

Pour l’Europe, tout cela semblera étrangement familier. En 2022, les gouvernements européens ont dépensé des sommes colossales pour acheter du GNL au prix du marché, excluant ainsi les pays en développement dépendants des importations et acceptant une redistribution politiquement régressive chez eux en échange de la sécurité énergétique.

Cette configuration risque de se reproduire. Une fois de plus, l’Europe se retrouverait alors en position de preneur de prix sur un marché en crise, les coûts étant principalement supportés par les ménages et les gains principalement captés par les détenteurs d’actifs financiers, tandis que les entreprises tenteraient de répercuter la hausse des prix de leurs intrants, alimentant ainsi l’inflation. 

Il est nécessaire d’instaurer une taxe permanente sur les bénéfices excédentaires du pétrole et du gaz.

Gregor Semieniuk et Isabella Weber

Si le détroit reste fermé suffisamment longtemps, il ne faudra pas longtemps avant que les banques centrales ne relèvent leurs taux d’intérêt. Elles fragiliseraient ainsi une reprise économique déjà difficile après la crise énergétique et l’inflation de 2022.

La crise a également une dimension climatique. Elle démontre une fois de plus que les sources d’énergie non fossiles offrent une résilience face aux chocs sur les prix des combustibles fossiles.

À l’inverse, les bénéfices records de 2022 ont « réhabilité » l’industrie des combustibles fossiles — stimulant les dépenses d’investissement dans de nouveaux gisements, renversant les engagements pris par les grandes compagnies pétrolières en faveur de la transition énergétique et détournant les flux financiers des énergies renouvelables. 

Aujourd’hui, et avant même que la guerre ne donne un nouvel élan à la rentabilité des combustibles fossiles, les gouvernements de l’Union font preuve de laxisme en matière de politique climatique — allant du recul sur le retrait progressif des véhicules à essence à la proposition d’édulcorer le système d’échange de quotas d’émission. Un nouveau choc d’une ampleur similaire risquerait d’accélérer ce recul alors que la transition énergétique est déjà soumise à des pressions géopolitiques.

Une contre-mesure : taxer les bénéfices extraordinaires

La conclusion de notre étude est à la fois simple sur le plan technique et difficile sur le plan politique : il est nécessaire d’instaurer une taxe permanente sur les bénéfices excédentaires du pétrole et du gaz. Ces bénéfices excédentaires seraient définis comme les rendements supérieurs à une proportion spécifiée du capital, avec des dispositions de report sur l’année prochaine pour assurer la symétrie tout au long du cycle.

Des chercheurs du FMI ont en effet constaté que de telles taxes n’entraînaient pas de distorsions et étaient efficaces sur le plan budgétaire 14.

Les recettes qu’elles engendreraient pourraient servir à financer, au moins en partie, des mesures visant à protéger les ménages contre la hausse des prix, comme le « frein aux prix du gaz » allemand de 2022. Elles pourraient également servir à financer des investissements pour renforcer la résilience face à ces chocs — c’est-à-dire faciliter la transition vers une énergie bas-carbone.

Si le détroit reste fermé suffisamment longtemps, il ne faudra pas longtemps avant que les banques centrales ne relèvent leurs taux d’intérêt.

Gregor Semieniuk et Isabella Weber

Pour les États-Unis, nous avons calculé que taxer les seuls bénéfices supplémentaires réalisés par les entreprises du pays en 2022 — ceux de 2021 étaient déjà substantiels — aurait rapporté 225 milliards de dollars au gouvernement, c’est-à-dire une somme suffisante pour presque doubler les investissements états-uniens dans les énergies propres cette année-là, ou pour doubler ceux réalisés, dans le même secteur, sur l’ensemble des marchés émergents à l’exclusion de la Chine. 

D’autres chercheurs ont également calculé qu’à l’échelle mondiale, 280 milliards de dollars de bénéfices excédentaires sont allés à des entreprises privées 15.

Le Royaume-Uni et l’Union ont introduit des taxes temporaires sur les bénéfices excédentaires en 2022. Celles de l’Union ont aujourd’hui été supprimées. Les États-Unis, quant à eux, ont débattu de la mesure et refusé d’agir. Autrement dit, la fenêtre politique s’est refermée à mesure que les prix se rééquilibraient.

Cette fenêtre est sur le point de s’ouvrir à nouveau. La question qui se pose aux gouvernements européens est donc de savoir si, cette fois-ci, l’occasion sera saisie.

Nous comprenons désormais mieux et plus finement les mécanismes d’inégalité redistributive. Aujourd’hui, ceux-ci jouent de nouveau à plein régime — et aucune discussion sérieuse sur les répercussions économiques de la fermeture du détroit d’Ormuz ne peut plus les ignorer.

Ce qui nous manque pour agir n’est plus la connaissance — c’est la volonté politique.

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13.03.2026 à 13:04

Les cauchemars de Dubaï et les rêves de Poutine dans la guerre d’Iran

Matheo Malik

Il est l’une des plumes les plus influentes du Wall Street Journal.

Analyste et écrivain ukrainien, Yaroslav Trofimov est à Dubaï pour suivre de l’épicentre de la crise d’Ormuz sa reconfiguration planétaire.

Entretien.

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Texte intégral (4085 mots)

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Dubaï se présentait comme une sorte de Venise pour le XXIe siècle : une ville-monde attractive, ouverte sur le futur, un lieu de rencontres presque utopique dans les fractures de la mondialisation et face à l’extension de la guerre. Que reste-t-il de ce mythe deux semaines après le début de cette nouvelle guerre du Golfe ?

Ce mythe résiste mieux qu’on ne l’aurait cru — et c’est en soi un fait politique.

Téhéran avait sans doute partagé le préjugé répandu en Occident selon lequel Dubaï n’était qu’un mirage, un décor de cinéma bâti sur le sable, qui s’effondrerait au premier coup. L’Iran a tiré plus de missiles et de drones sur les Émirats arabes unis — qui ne l’avaient pas attaqué — que sur Israël, son ennemi juré. En visant systématiquement des cibles civiles. C’était probablement un calcul stratégique : provoquer la panique et démontrer la fragilité du modèle. 

On a vu le régime mobiliser le mot d’ordre « tuer l’idée de Dubaï ». Cela n’a pas marché ?

Le contraire pour le moment s’est produit. Il n’y a pas eu de pillages, pas d’exode massif, pas de pénuries. Dès le cinquième jour de l’attaque, les embouteillages avaient repris sur les grandes artères, les bureaux et les restaurants étaient pleins. L’infrastructure vitale — centrales électriques, usines de dessalement — est restée intacte. L’aéroport a partiellement rouvert.

Au bilan, quatre personnes tuées et plus d’une centaine de blessés selon le ministère de la Défense. Pour un pays de 11 millions d’habitants sous un barrage de 290 missiles et 1550 drones, c’est remarquable.

S’il n’y a pas eu d’exode massif pour le moment, on a toutefois l’impression que ceux qui en avaient les moyens sont déjà partis.

Le coût des évacuations privées a atteint, selon certaines sources, 250 000 dollars par tête. 

Mais pour comprendre le modèle Dubaï, il ne faut pas se limiter à ceux que Dubaï chouchoute le plus — les influenceurs, les crypto bros, les exilés fiscaux —, qui ont été les premiers à avoir le réflexe de se délocaliser.

Il faut se pencher sur la complexité de la société qui vit à Dubaï. Seulement 5 % de la population résidant dans la ville est citoyenne des Émirats. Le reste vient littéralement du monde entier — des Pakistanais côte à côte avec des Indiens, des Russes avec des Ukrainiens, des Israéliens avec des Libanais et des Palestiniens. Beaucoup sont nés ou ont grandi ici. Parmi eux : des médecins syriens, des ingénieurs philippins, des livreurs bangladais qui économisent pour envoyer de l’argent à leur famille.

J’ai entendu une hôtesse ougandaise dans un restaurant de City Walk dire : « On vit à Dubaï ou on meurt à Dubaï. » C’est un bon mot, certes, mais c’est aussi la réalité de millions de travailleurs qui maintiennent leur famille dans leur pays d’origine grâce à leurs salaires dubaïotes et pour qui rentrer n’est pas une option économiquement viable.

Dubaï au début du XXIe siècle est un peu comme New York au début du XXe – une ville d’opportunité ouverte au monde entier. 

Pour comprendre le modèle Dubaï, il ne faut pas se limiter à ceux que Dubaï chouchoute le plus.

Yaroslav Trofimov

Une ville sans filet de sécurité sociale, sans citoyenneté accessible, sans élections — et pourtant les gens restent. Comment l’expliquez-vous ?

Les Émirats arabes unis ne sont certainement pas une démocratie libérale. Mais Dubaï offre quelque chose que l’Occident refuse de plus en plus : l’accès.

Si vous êtes un professionnel ambitieux dans un pays en développement, vous avez peu de chances d’obtenir rapidement un visa de travail en Europe ou aux États-Unis. Ici, vous pouvez exercer votre métier, souvent avec des salaires supérieurs à ceux d’Europe.

Les Émirats ont aussi compris qu’il fallait ancrer les gens : le visa doré — un titre de séjour de dix ans, renouvelable, accordé aux investisseurs, entrepreneurs et talents, non lié à un employeur — a changé la donne. Comme me l’a dit un intellectuel émirati : « Avant, en cas de crise, certains seraient partis. Aujourd’hui, presque personne ne pense à partir. Ils considèrent que c’est leur maison à long terme. »

Nous sommes à deux semaines du déclenchement de la guerre. La question de l’efficacité réelle de la protection américaine se pose-t-elle dans les pays du Golfe ? On voit clairement que les coûts de la défense sont faramineux et que les risques ne sont pas près de disparaître. S’agit-il d’un changement profond ?

C’est la question la plus douloureuse pour les capitales du Golfe.

Le contrat de sécurité avec Washington reposait sur une promesse simple : en échange de vos bases, de votre pétrole et de votre alignement diplomatique, nous vous protégeons de la menace iranienne, en disposant de la capacité de dissuader l’Iran de vous cibler directement. 

Or ce que cette guerre a révélé est troublant à double titre.

D’un côté, les très coûteux systèmes de défense aérienne américains ont fonctionné — le taux d’interception des missiles et drones iraniens a été très élevé, les dommages limités. De l’autre, les Émirats ont quand même été frappés. Des ports, des hôtels de luxe et le consulat américain à Dubaï ont été touchés. Plus grave : Washington parle déjà de sortir de cette guerre alors que le régime iranien est toujours debout et a prouvé sa capacité à bloquer les exportations de pétrole et de gaz naturel des pays du Golfe.

La protection américaine s’est avérée réelle mais incomplète — et surtout peu fiable. C’est ce caractère provisoire qui instille le doute. Les monarchies du Golfe commencent à se demander si elles ont été entraînées dans une guerre qui ne servait pas leurs intérêts et si elles en paieront le prix longtemps après que Washington aura tourné la page.

Les Émirats arabes unis ne sont-ils pas tentés de profiter de l’occasion pour récupérer les îles d’Abou Mousa et de la Grande et la Petite Tunb, occupées par l’Iran depuis 1971 ?

Il s’agit d’une arrière-pensée du gouvernement émirati, qu’il n’exprime pas publiquement, mais dont plusieurs analystes proches de l’État font part. 

Ces trois îles du golfe d’Oman sont une blessure nationale émiratie vieille de plus d’un demi-siècle, et leur position stratégique, précisément à l’entrée du détroit, leur confère une valeur militaire et symbolique considérable.

Si l’Iran ressort de cette guerre suffisamment affaibli, la tentation de rouvrir ce dossier sera forte. Mais cela ne pourrait se faire que dans le cadre d’une opération terrestre américaine sur la côte iranienne, ce qui représenterait un risque systémique très élevé pour les Émirats.

Les monarchies du Golfe commencent à se demander si elles ont été entraînées dans une guerre qui ne servait pas leurs intérêts.

Yaroslav Trofimov

Pensez-vous vraiment qu’un retrait des États-Unis est possible à ce stade sans marquer un déclassement profond de leur puissance ?

C’est une question que personne à Washington ne veut formuler aussi crûment — mais que tout le monde pose en privé. Personne ne verrait dans un retrait sans victoire décisive un simple revers tactique : ce serait la démonstration que la puissance américaine a des limites que ses adversaires peuvent désormais cartographier avec précision. 

L’Iran, jusqu’à présent,  a tenu face aux frappes les plus sophistiquées de l’arsenal américain. Il a frappé des cibles militaires américaines sensibles. Il contrôle toujours le détroit d’Ormuz, ce qui a des conséquences concrètes massives : le régime exporte aujourd’hui plus de pétrole qu’avant la guerre — ce qui bénéficie directement la Chine.

Si Washington sort de cette guerre avec un régime iranien fragilisé, mais toujours en place, un détroit sous menace permanente et des alliés du Golfe qui doutent, ce sera un échec pour Donald Trump. Ce sera également un signal systémique envoyé à Pékin, à Moscou et à tous ceux qui observent les limites de la supériorité aérienne et navale américaine, sans volonté d’aller jusqu’au bout.

Des ouvriers inspectent les dégâts causés à l’hôtel Address Creek Harbour après qu’il a été touché par une frappe de drone dans la nuit, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le jeudi 12 mars 2026. © AP Photo/Fatima Shbair

Les États-Unis pourraient-ils se retrouver dans la situation paradoxale d’avoir fait la guerre pour affaiblir l’Iran, mais de l’avoir en réalité renforcé  ?

C’est le risque central, formulé explicitement par des analystes à Washington. Un Iran blessé, défiant, toujours maître de ses capacités de nuisance sur le détroit, est potentiellement plus dangereux pour les monarchies du Golfe, et pour l’Occident, que l’Iran d’avant-guerre.

Téhéran a désormais démontré au monde entier sa capacité à perturber les flux énergétiques mondiaux. Ce n’est pas une capacité qu’il perdra si les États-Unis s’arrêtent à mi-chemin. Et il a démontré quelque chose de plus inquiétant encore : sa capacité à frapper avec précision des cibles militaires américaines parmi les plus sensibles dans la région — des radars de systèmes de défense aérienne notamment.

Ne pensez-vous pas que la question nucléaire est aujourd’hui mieux maîtrisée ?

Pas vraiment — même si c’est le scénario du pire. 

L’Iran possède toujours un stock d’uranium enrichi à 60 %, proche du seuil militaire, et enfoui sous terre après les frappes américaines de juin dernier sur le site de Fordow. Si le régime survit, il aura la matière première, le savoir-faire et une motivation supplémentaire : ne plus jamais se retrouver aussi vulnérable.

Un expert du Nuclear Threat Initiative qui a travaillé dans le domaine du nucléaire à la Maison-Blanche me l’a dit sans détour : non seulement les États-Unis risquent de laisser le régime en position de produire l’arme nucléaire, mais ils finissent par donner au régime de nouvelles raisons de le faire.

Un Iran blessé, défiant, toujours maître de ses capacités de nuisance sur le détroit, est potentiellement plus dangereux pour les monarchies du Golfe, et pour l’Occident, que l’Iran d’avant-guerre.

Yaroslav Trofimov

Vous avez récemment réalisé plusieurs reportages en Asie. Que lisent les alliés des États-Unis dans cette séquence ?

Washington a toutes les raisons d’être inquiet. Si les États-Unis se retirent sans avoir atteint leurs objectifs, Séoul, Tokyo et Taipei en tireront une conclusion simple : en cas de crise existentielle, l’Amérique pourrait manquer de souffle. Ce serait exactement le signal que Pékin attend pour ajuster ses propres ambitions.

Pensez-vous que la guerre en Iran profite à la Chine jusqu’à présent ?

Oui, de manière très évidente. La Chine est le grand gagnant de cette séquence : elle continue de s’approvisionner en pétrole iranien pendant que l’Iran bloque le passage aux autres pays, observe les limites de la puissance aérienne américaine face à un acteur régional de second rang et étudie, dans un test grandeur nature, les tactiques et capacités militaires que les États-Unis utiliseraient lors d’un futur conflit dans la région indo-pacifique. 

La Chine constate aussi que Washington a fragilisé l’architecture de sécurité régionale dont elle était jusqu’ici exclue. Cette situation donne à Pékin des marges de manœuvre beaucoup plus importantes pour asseoir sa propre position au Moyen-Orient et dans les pays du Sud en général.

Pour le moment, le bilan est celui d’un échec. Des voix s’élèvent-elles dans les monarchies du Golfe pour critiquer l’intervention des États-Unis  ?

Oui, parmi les entrepreneurs et les analystes. Pour le moment, les critiques des gouvernements ne sont pas explicites.

Pourquoi ?

L’Iran représente une menace stratégique et les pays du Golfe ont besoin de systèmes de défense aérienne américains, comme les Patriot ou les Thaad, pour se protéger de la prochaine vague — une protection que ni la Chine ni la Russie ne peuvent leur fournir. C’est pour cette raison que les gouvernements se taisent en public. Mais en coulisses, une question commence à se poser : l’alliance avec Washington est-elle devenue plus un fardeau qu’un avantage ? 

Un analyste du Gulf International Forum a résumé la situation de manière crue : militairement, les États-Unis sont en train de gagner. Politiquement, ils n’ont rien obtenu concernant l’Iran.

Un chercheur bahreïni est encore plus direct. Selon lui, la décision d’entrer en guerre a été prise à la hâte et ses répercussions ont été mal évaluées : « Nous sommes coincés entre deux issues, chacune pire que l’autre. La première est que le régime reste intact, et la seconde est le vide politique en Iran. La politique moyen-orientale de l’administration Trump n’a pas été mûrement réfléchie, la décision de mener cette guerre a été prise à la hâte et ses conséquences ont été mal évaluées. »

La Chine continue de s’approvisionner en pétrole iranien pendant que l’Iran bloque le passage aux autres pays.

Yaroslav Trofimov

Quelle image vos sources israéliennes vous donnent-elles ?

Les stratèges israéliens brossent un tableau sombre en privé. Sur le plan tactique, ils estiment avoir détruit davantage de capacités iraniennes que prévu — l’asymétrie militaire et technologique sur le haut niveau est sans doute encore plus importante qu’on ne le pensait. Mais le régime tient bon. La population iranienne ne s’est pas soulevée. Le Hezbollah s’est révélé bien plus efficace qu’anticipé, frappant Israël avec des drones et des missiles, tuant des soldats.

L’aéroport Ben Gourion a dû fermer sous les tirs. Et la guerre coûte cher. Mais la situation d’Israël est très différente de celle des pays du Golfe. Israël est loin de l’Iran et le stock de missiles iraniens de moyenne portée capables de le frapper est bientôt épuisé. En revanche, l’Iran dispose d’une quantité énorme de drones Shahed avec lesquels il continue et peut continuer de frapper le Golfe. 

Chez les stratèges israéliens, une phrase circule : « nous gagnons la guerre, mais nous perdons la région. » Pensez-vous qu’elle reflète une réalité ?

Si les pays du Golfe restent sous l’emprise de Téhéran à l’issue de cette guerre, il est probable que les relations entre Israël et des pays comme les Émirats arabes unis et Bahreïn s’en trouvent affectées. 

Pensez-vous qu’il y aura une remise en cause des Accords d’Abraham ?

Pas forcément. Il ne s’agira pas d’une rupture, mais d’un coup de froid certain.

Beaucoup de choses dépendent de Trump et de son souhait plus ou moins réel de mettre rapidement fin à la guerre avec l’Iran, ce qui pourrait créer un conflit diplomatique avec Israël. 

Mais en réalité, le mécanisme qui s’est mis en marche ne dépend plus — du moins pas fondamentalement — des États-Unis. Se retirer sans avoir atteint les objectifs stratégiques pourrait se traduire par une défaite historique.

Poutine pourrait-il être le grand gagnant de cette guerre ?

La guerre de Trump contre l’Iran est en train de réaliser tous les rêves de Poutine.

Les négociations avec l’Ukraine stagnent, les stocks militaires occidentaux s’épuisent et l’attention se détourne de l’Ukraine. Le pétrole et le gaz russes deviennent à nouveau indispensables aux économies occidentales, et l’étau des sanctions se desserre : le Trésor américain vient en effet de délivrer une licence générale autorisant les pays à acheter du pétrole brut et des produits pétroliers russes déjà en transit. 

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