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03.04.2025 à 04:00

Le test de Tusk : 10 points sur la présidentielle en Pologne

Matheo Malik

Demain se clôturent officiellement les candidatures pour la présidentielle polonaise.

Pour que le Premier ministre libéral Donald Tusk réussisse son pari, il a absolument besoin que son champion, le maire de Varsovie Rafał Trzaskowski, favori des sondages, gagne au printemps contre celui du PiS — le discret Karol Nawrocki.

Mais un troisième homme, un masculiniste, star de TikTok et Musk-compatible, poulain du parti d’extrême-droite Confédération, pourrait créer la surprise — et peut-être bloquer la Pologne.

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Texte intégral (6826 mots)

1 — La fin d’un cycle électoral : quitte ou double pour Tusk

Le président actuel, Andrzej Duda, élu deux fois depuis 2015, indépendant mais issu du parti national-conservateur Droit et justice (PiS, CRE), achèvera son mandat le 6 août 2025. Son successeur sera connu au soir du second tour de l’élection présidentielle prévu le 1er juin, après un premier tour le 18 mai.

30 millions de Polonais seront appelés aux urnes, pour la quatrième fois en un an et demi, période au cours de laquelle leurs votes ont bouleversé les équilibres politiques polonais et donné un ascendant aux tendances libérales, sans toutefois minimiser le poids du PiS et de sa coalition, Droite unie, dans l’électorat : 

  • En octobre 2023, les législatives ont été marquées par la chute de Droite unie, après huit ans au pouvoir, au profit d’une alliance réunissant la Coalition civique (PPE) 1, dirigée par Donald Tusk, la Troisième voie (RE/PPE), coalition centriste, et La Gauche (S&D). Tusk est alors devenu Premier ministre en décembre 2023.
  • En avril 2024, les élections locales ont souligné la prépondérance du PiS, toujours premier parti de Pologne pris individuellement, mais la somme des voix des trois coalitions libérales alliées autour de Tusk l’a emporté.
  • En juin 2024, les Européennes ont fait émerger la Coalition civique (KO) de Tusk comme le premier parti de Pologne, devant le PiS, pour la première fois dans une élection depuis plus d’une décennie.

Au pouvoir depuis décembre 2023, toujours en tête des sondages, accumulant les succès électoraux — néanmoins gagnés de peu et en s’appuyant souvent sur ses alliés — Donald Tusk aborde cette élection présidentielle avec détermination mais aussi avec la conscience qu’il en va de la suite de son mandat, et sans doute du futur de la droite radicale en Europe centrale. Si Tusk a réussi à remettre la Pologne au centre du jeu européen depuis son élection et à créer un « moment polonais », il n’est que le Premier ministre et n’a pas de majorité constitutionnelle à la Diète. Chaque loi adoptée par le Parlement est soumise à l’approbation du président, qui a un droit de veto.

S’il ne remporte pas la présidentielle, Tusk risque de ne pas mener à bien son programme, de gouverner pendant encore deux ans et demi dans une atonie générale… et peut-être de s’effondrer aux législatives de 2027. En face, pour le PiS, cette élection est cruciale car elle est l’occasion de conserver un ancrage à la tête des institutions exécutives — en plus des institutions judiciaires peuplées de nombreux juges nommés avant 2023.

Pour tenter de l’emporter le 1er juin, la Coalition civique de Tusk a investi le libéral Rafał Trzaskowski, actuel maire de Varsovie, qui est le favori des sondages, avec environ 35 % des voix. Son principal rival, indépendant mais soutenu par le PiS, est Karol Nawrocki, jusqu’ici historien et président de l’Institut de la mémoire nationale.

S’il ne remporte pas la présidentielle, Tusk risque de ne pas mener à bien son programme, de gouverner pendant encore deux ans et demi dans une atonie générale… et peut-être de s’effondrer aux législatives de 2027.

Olivier Lenoir

2 — Le contexte extérieur : la Pologne au premier plan de l’Europe en 2025 face à « l’autre Donald »

L’élection présidentielle s’inscrit dans un double contexte international : la présidence polonaise de l’Union et le monde de Trump 2.0.

Si c’est globalement le Premier ministre — donc Donald Tusk — qui représente le pays dans les diverses instances internationales, le président de la République polonaise est le chef de l’État et le commandant en chef des armées. C’est un enjeu majeur pour la Pologne, pays qui va dépenser près de 5 % de son PIB en défense en 2025 et qui dispose désormais de plus de soldats que la France. Le président ne décide pas des budgets militaires mais il peut refuser les lois de finances proposées par le gouvernement et les renvoyer vers le Tribunal constitutionnel. Le thème de la présidence polonaise du Conseil, « Sécurité, Europe ! », est tout entier attaché à la question de la défense et une défaite du parti de Tusk risquerait d’entacher la présidence polonaise d’un bilan en demi-teinte à la fin du premier semestre.

Il en va également du positionnement de la Pologne par rapport aux États-Unis de Trump. 

Le président actuel, Duda, affiche une relation privilégiée avec son homologue américain : déjà président sous le premier mandat de Trump, il l’a rencontré en avril 2024 à New York avant son élection, puis une nouvelle fois en février 2025 lors de la CPAC à Washington. La conférence a même donné lieu à un applaudissement généralisé de la Pologne dans la salle, présenté comme un modèle pour les autres membres de l’OTAN. La subtilité est que dans la salle se tenait également, outre Duda, le ministre polonais des Affaires étrangères Sikorski — issu de la formation de Tusk —, dans une sorte de symbiose étrange bipartisane PiS-KO. Sikorski était l’une des rares figures d’un parti libéral présent à la CPAC.

Car face à Trump, Tusk est très embêté. En 2017-2019, le premier Donald était président des États-Unis tandis que le second était président du Conseil européen. Et ils se détestaient amicalement : Tusk reprochait à Trump son style et son attitude non-coopérative vis-à-vis de ses alliés, et avait même tweeté une photo célèbre faisant un geste de pistolet au dos du président américain. 

Même si l’argument des 5 % du PIB consacrés à la défense est bien vu outre-Atlantique, et que Tusk fait partie des leaders européens actuels les plus prompts à vouloir maintenir le lien transatlantique, la figure de Duda à la présidence constituait presque paradoxalement pour lui une bonne nouvelle pour discuter avec l’administration Trump et éviter les frictions.

Depuis janvier, c’est surtout l’ancien Premier ministre polonais du PiS, Mateusz Morawiecki, en poste lors du premier mandat de Trump, élu par ailleurs à la tête des Conservateurs et réformistes européens (CRE), qui promeut les relations les plus amicales avec Trump. Bien sûr circonspect face au traitement que Trump réserve à l’Ukraine, et à ses déclarations intempestives, Morawiecki, qui avait été invité à la cérémonie d’investiture le 20 janvier, a déclaré que sa formation pourrait être un « intermédiaire idéal » entre l’Europe et les États-Unis et a parlé d’un « vent de changement » depuis janvier. Ces avantages interpersonnels de la Pologne disparaîtront avec l’élection présidentielle, puisque le candidat du PiS, Nawrocki, n’a jamais rencontré Trump et est un novice en politique, mais il est très proche de ses idées et a fait plusieurs déclarations en faveur de l’Amérique MAGA. Une CPAC doit d’ailleurs se tenir pour la première fois en Pologne en 2025.

3 — Le contexte intérieur : réussir à appliquer un programme

Au-delà de son impact sur la destinée internationale de la Pologne, le président polonais, qui a peu de rôle dans l’initiative législative, a cependant un pouvoir majeur : il peut intervenir sur toute loi votée par le parlement. Il peut d’une part en retarder l’application, en demandant l’avis du Tribunal constitutionnel. Il peut d’autre part refuser de signer et y opposer son droit de veto, qui ne peut lui-même être renversé que par une majorité constitutionnelle des trois cinquièmes à la Diète, dont aucune coalition polonaise ne dispose aujourd’hui.

Depuis décembre 2023, le président Duda n’a pas hésité à utiliser son droit de veto sur des lois emblématiques, essentiellement progressistes comme la pilule du lendemain, la fécondation in vitro, l’avortement ou les unions civiles entre couples de même sexe, qui étaient des mesures symboliques de la campagne de Tusk en 2023. Même chose pour la reconnaissance de la langue silésienne — une question de diversité et de protection des minorités nationales — et surtout pour les projets de réforme de la justice. Duda a également renvoyé une partie des budgets 2024 et 2025 vers le Tribunal constitutionnel.

En 2025, une CPAC doit se tenir pour la première fois en Pologne en 2025.

Olivier Lenoir

Échouer sur chacun de ces projets de loi emblématiques est une épine dans le pied de Tusk et, s’il ne gagne pas la présidentielle, peu de choses risquent de changer. Fin décembre,  un sondage montrait que 53 % des Polonais estiment que la vie est devenue plus difficile en 2024 sous le gouvernement Tusk que sous le gouvernement Morawiecki. Le constat est bien sûr très dépendant du parti pour lequel votent les répondants – les partisans de la coalition au pouvoir affirment à 56 % que la vie est devenue plus facile. La Coalition civique reste d’ailleurs le premier parti dans les sondages – environ 35 % contre 30 % pour le PiS –, dans un pays où le chômage n’existe quasiment pas. Pour autant, ces données traduisent une certaine lassitude après la promesse d’une grande révolution post-PiS. Tusk avait annoncé 100 réformes en 100 jours ; au bout du centième jour il en avait réalisé seulement 12.

Même dans son camp, on reproche au gouvernement Tusk son inefficacité : sa coalition ne serait pas si stable ; il consacrerait plus d’énergie à lutter contre le PiS (notamment en poursuivant ses anciens dirigeants) qu’à mener des politiques pour un avenir meilleur ; il serait trop empêché par les juges nommés à l’ère du PiS pour pouvoir réellement changer les choses. Si au moins Tusk réussissait à lever un verrou, celui du veto présidentiel, il pourrait améliorer son image. Cette perspective pourrait être apportée par Rafał Trzaskowski, le candidat de la Coalition civique.

4 — Rafał Trzaskowski : le favori libéral

Rafał Trzaskowski, 53 ans, est l’actuel maire de Varsovie. Fils d’un pianiste, il a étudié au Collège d’Europe et a obtenu un doctorat sur l’intégration de la Pologne dans l’Union. En 2005, il publiait par exemple dans la revue de Natolin « Un exercice d’imagination » sur un possible traité constitutionnel européen, aux côtés de Jürgen Habermas ou Paul Magnette 2. Il parle anglais, français, espagnol, italien et russe. Il est souvent présenté par ses détracteurs comme le candidat d’une élite urbaine surdiplômée.

Pour autant, c’est aussi un homme politique majeur en Pologne. Il a été élu eurodéputé dès 2009, avant de devenir ministre et député polonais jusqu’en 2018. Il a ensuite remporté deux fois la mairie de la capitale, en 2018 et en 2024, dès le premier tour. Lors de la présidentielle de 2020, il était le candidat de la Coalition civique contre Duda ; il avait alors été choisi comme candidat de secours, après les déboires de la candidate initiale qui passait sous la barre des 5 % d’intentions des voix. Il a finalement obtenu 49 % des voix au second tour.

Trzaskowski a été une figure de la Coalition civique pendant toute la période où elle était en déshérence depuis la victoire du PiS de 2015, notamment avant le retour de Tusk de Bruxelles en 2019. Il en est aujourd’hui le vice-président et l’incarnation de l’aile gauche de la Coalition civique. À la tête d’une capitale progressiste dans un pays qui votait encore en priorité pour le PiS il y a quelques mois, il a fait enlever les crucifix des bâtiments municipaux, signé une charte LGBT et invité Anne Hidalgo à la gay pride à Varsovie en 2023. Ce positionnement, efficace dans les grandes villes de la Pologne, n’est pas suffisant pour gagner une élection et Trzaskowski s’exprime principalement désormais pour défendre le modèle socio-économique polonais et soutenir les ambitions de défense du pays. Il arpente depuis des semaines toute la Pologne rurale et industrielle, prenant moult photos avec des agriculteurs et brandissant le slogan « Toute la Pologne en avant ! ».

5 — Karol Nawrocki : le candidat tactique mais affaibli du PiS

Face à Trzaskowski, le candidat investi par le PiS était quasiment inconnu jusqu’ici. Il s’agit de Karol Nawrocki, historien de formation sans réelle expérience politique. Spécialiste de l’anticommunisme, il a dirigé le controversé musée de la Seconde Guerre mondiale de Gdańsk (2017-2021), avant de prendre la présidence de l’Institut de la mémoire nationale, qui constitue à la fois un centre de recherche sur les crimes perpétrés contre la nation polonaise (principalement nazis et soviétiques) et une institution de poursuite des criminels identifiés. Si Trzaskowski fait partie d’une élite intellectuelle, Nawrocki est lui aussi docteur, titulaire d’un MBA, et parle couramment anglais. Spécialiste du rôle de l’URSS dans l’histoire de la Pologne post-1945, Nawrocki s’inscrit cependant dans le récit national et nationaliste promu par Droite unie. Depuis 2018 (soit avant son arrivée à sa tête en 2021), l’Institut qu’il dirige est devenu le fer de lance de la politique de réécriture mémorielle entamée par le PiS.

La campagne de Nawrocki avait mal commencé. Il manquait d’expérience politique, évitait les questions des journalistes, parlait peu. Il est passionné de boxe, et le journal en ligne Onet.pl a publié en décembre des documents révélant sa proximité avec un gang de boxeurs et de videurs de boîtes de nuit néo-nazis ou hooligans lors de matchs de foot. Malgré cette polémique qui semble avoir dégonflé, Nawrocki reste un candidat tactique pour le PiS. Non membre du clivant parti national-conservateur, il ne traîne pas derrière lui les frasques, crimes et délits de nombreux ministres du PiS. Sa carrière au service du récit national peut intéresser une large partie de la population polonaise soucieuse de son Histoire tragique et de son honneur national. Issu de la classe moyenne, il est aussi clairement un conservateur, ce qui peut attirer des électeurs historiquement de droite modérée, mais qui hésitent à voter pour le progressiste Trzaskowski.

Face à Trzaskowski, le candidat investi par le PiS était quasiment inconnu jusqu’ici. Il s’agit de Karol Nawrocki, historien de formation sans réelle expérience politique.

Olivier Lenoir

Le PiS a lancé sa redoutable machine électorale au profit de Nawrocki, comme il l’avait fait pour Duda en 2015, qui était aussi largement méconnu. Il lui construit notamment une stature internationale : fin mars, les Conservateurs et réformistes européens l’ont officiellement investi comme leur candidat pour la présidentielle polonaise. Nawrocki était à Bruxelles, et a rencontré Giorgia Meloni ou encore George Simion, le possible futur président roumain d’extrême-droite. 

Pour autant, à un mois et demi du scrutin, Nawrocki ne décolle toujours pas dans les sondages et apparaît comme bon second, avec environ 23 % des voix — contre 35 % pour Trzaskowski — voire troisième. Jarosław Kaczyński, le patron du PiS, a invité « tous les patriotes » à une marche célébrant le 1000e anniversaire du royaume de Pologne et le 500e anniversaire de l’Hommage prussien 3, le 12 avril, espérant galvaniser les foules. Il y a très peu de transferts entre le PiS et la Coalition civique en Pologne : ce qui comptera sera la capacité des deux grands partis à mobiliser leur électorat, ainsi que leurs éventuelles réserves de voix venant des autres partis.

6 — Les autres candidats : entre réserves de voix et possible surprise de l’extrême-droite

Prospérant sur la relative faiblesse de Nawrocki, un autre homme s’affirme dans la course : Sławomir Mentzen, le candidat de la Confédération. Cette coalition d’extrême-droite, qui est aujourd’hui la troisième force politique en Pologne, est très disparate, rassemblant des libertariens, des nationalistes et des monarchistes-chrétiens dont le racisme et l’antisémitisme n’ont pas d’égal.

Mentzen incarne le pan libertarien du mouvement. Député âgé de 38 ans, entrepreneur qui a dirigé un bureau de change, un magasin d’armes, un bureau d’optimisation fiscale et des brasseries, il est la personnalité politique la plus suivie sur TikTok et attire beaucoup de jeunes hommes. Il semble le plus Musk-compatible de cette campagne. En février, il a publié son programme en 20 points, souhaitant baisser les impôts, rejeter le Pacte vert européen, rendre les études et la santé payantes, libéraliser l’usage des cryptomonnaies, réduire le soutien à l’Ukraine et « stopper l’idéologie gauchiste ». Depuis février, certains sondages l’ont placé à la deuxième place du premier tour, derrière Trzaskowski. Les derniers agrégateurs lui donnent environ 19 % des voix, contre environ 23 % pour le candidat du PiS Nawrocki, qui reste à ce stade le deuxième homme.

Même si le PiS et Confédération se détestent cordialement, et que Confédération cherche à prendre le leadership sur la droite nationaliste dans le pays, les électorats des deux partis sont partiellement fongibles et constituent un vivier de voix pour le second tour. Krzysztof Bosak, député et autre figure de Confédération (tendance nationaliste), lui-même candidat pour le parti à la présidentielle en 2020, a salué le choix de Nawrocki par le PiS et a indiqué l’apprécier. Selon un sondage récent, la moitié des électeurs du PiS pensent que Mentzen peut passer au second tour. Des rumeurs circulent sur un pacte Confédération-PiS au second tour, ce que démentent les deux partis.

Prospérant sur la relative faiblesse de Nawrocki, un autre homme s’affirme dans la course : Sławomir Mentzen, le candidat de la Confédération.

Olivier Lenoir

De son côté, Trzaskowski pourra largement s’appuyer au second tour sur les voix offertes aux candidats des autres partis de la coalition gouvernementale :

  • Szymon Hołownia, le très médiatique président de la Diète, qui a émergé pour la précédente présidentielle qui a opposé Duda à Trzaskowski. Il était alors le troisième homme, et a annoncé qu’il voterait « à contre-cœur » pour Trzaskowski au second tour. Depuis, les divergences entre la KO et son parti, Pologne 2050, coalisé avec le Parti paysan (PSL) dans l’alliance Troisième voie, ont continué à exister, le parti (et l’homme) cherchant surtout à exister sur un terrain politique libéral en croissance. Ils sont en perte de vitesse. Hołownia attire environ 5 % des voix. Pologne 2050 est pour autant un allié fidèle de la Coalition civique au gouvernement, et les électeurs de Hołownia devraient largement voter pour Trzaskowski au second tour.
  • Magdalena Biejat, candidate de La Gauche, sénatrice, qui était d’ailleurs l’opposante de Trzaskowski dans la course à la mairie de Varsovie en 2024. Avec environ 3 % des intentions de votes, elle incarne la gauche social-démocrate pragmatique, soutien de Tusk, et n’a d’ailleurs pas hésité à quitter sa formation de gauche plus radicale, « Ensemble » (5 députés), lorsque celle-ci a décidé de rompre solennellement son accord de coalition avec le gouvernement. « Ensemble » présente aussi un candidat face à Biejat, qui plafonne à environ 2 %.

Enfin, il faut noter que Tusk s’appuie dans son gouvernement sur quelques alliés de droite traditionnelle, peu ouverts aux mesures progressistes. Il s’agit notamment du Parti populaire polonais ou Parti paysan (PSL), membre de la coalition centriste Troisième voie (qui soutient donc Hołownia) et qui n’a pas hésité à voter avec le PiS sur plusieurs lois sociales, ou en soutien des chasseurs par exemple. Il y a fort à parier qu’une partie du socle électoral du PSL préfère Nawrocki à Trzaskowski.

7 — Questions de la présidentielles : la religion, les femmes et les minorités sexuelles

Au cours de cette campagne, Trzaskowski et Nawrocki s’affrontent résolument sur les questions de société. C’est aussi là-dessus que le président Duda a souvent brandi son veto, ralentissant les efforts de transformation de la nouvelle coalition au gouvernement.

En 2020, le PiS a rendu l’avortement quasiment impossible. La mobilisation en faveur de l’avortement a galvanisé la Coalition civique, qui le soutient désormais sans conditions jusqu’à 12 semaines, comme La Gauche. La position de la Troisième voie est plus ambiguë : elle appelle à un référendum sur le sujet, et est plutôt favorable au simple ajout de conditions supplémentaires (notamment la malformation du fœtus). De ce fait, Tusk est bien embarrassé et trois projets de loi ont circulé jusqu’ici à la Diète, sans qu’aucun ne semble réunir le consensus des trois partenaires du gouvernement 4. Trzaskowski est un grand soutien au droit à l’avortement et a indiqué lors de sa campagne qu’il signerait tout projet de loi qui trouverait consensus pour étendre ce droit. Au contraire, tout comme l’actuel président Duda qui l’a encore répété cet été, Nawrocki y est résolument opposé, parlant de « promesse eugéniste », ajoutant qu’il était « chrétien et catholique » 5.

En matière de droit des femmes, le président Duda a aussi opposé son veto en mars à une loi sur l’accès à la pilule du lendemain, et il y a fort à parier que Nawrocki le conserve. Notons cependant que Duda avait bien signé le tout premier projet de loi de la nouvelle coalition en 2023, qui consistait à rétablir le financement public pour la fécondation in vitro, et ce malgré l’opposition franche de la conférence des évêques de Pologne.

L’autre grand sujet de société qui traverse la Pologne actuellement est celui des unions civiles entre personnes de même sexe. Encore une fois, la Coalition civique et La Gauche les soutiennent, et un projet de loi a été déposé à la Diète. La Troisième voie est plus modérée, notamment les forces du PSL (le parti paysan). Trzaskowski, signataire d’une charte LGBT en 2019, y est bien sûr très favorable. Pour Nawrocki en revanche, « Nous avons deux sexes en Pologne, […] le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ». Il opposera son veto à tout projet sur le sujet 6.

Député de 38 ans, entrepreneur qui a dirigé un bureau de change, un magasin d’armes, un bureau d’optimisation fiscale et des brasseries, le troisième candidat de la présidentielle est la personnalité politique la plus suivie sur TikTok et attire beaucoup de jeunes hommes. Il semble le plus Musk-compatible de cette campagne.

Olivier Lenoir

8 — L’État de droit et la séparation des pouvoirs

Disposant du droit de veto mais ayant aussi un droit de nomination et de grâce, le président est un engrenage majeur dans l’architecture institutionnelle polonaise. Lors de ses huit années au pouvoir, le PiS a continuellement dégradé l’État de droit en Pologne, transformant les médias publics en instruments de propagande, créant des tribunaux alternatifs et nommant de nombreux juges considérés par ses opposants comme illégitimes. Ces mouvements avaient un temps bloqué les financements européens en Pologne. Or Tusk a été élu sur un programme de quasi tabula rasa des réformes judiciaires du PiS.

Le problème est un cas d’école de philosophie politique pour Tusk : peut-on décemment rétablir l’État de droit, qui suppose la séparation des pouvoirs, en s’attaquant directement au pouvoir judiciaire, quand on est chef de l’exécutif ? En un peu plus d’un an de pouvoir, Tusk et ses ministres, notamment le ministre de la justice Adam Bodnar, ont utilisé de nombreux moyens. Le souci est que deux systèmes de justice parallèle subsistent : très souvent, en caricaturant un peu, sur tous les sujets complexes, un premier avis ou jugement est donné par une cour, aussitôt contredit par une autre cour (ou d’autres juges de la même cour), et chaque parti reconnaît le jugement qui l’arrange. Selon le Conseil de l’Europe 7, un tiers des 10 000 juges polonais encore en exercice ont été nommés de façon politique sous le PiS. Le gouvernement souhaite également distinguer les fonctions de procureur général et de ministre la justice, fusionnés sous le PiS, ce à quoi Duda s’oppose avec virulence 8. La réforme des médias publics a été un autre cas emblématique début 2024, et le sujet revient à l’ordre du jour périodiquement.

Avoir un allié à la présidence, ce serait aussi pour Tusk une possibilité de peut-être faire de légers compromis sur l’État de droit… Il a lui-même admis en septembre dernier : « Chaque jour, je dois prendre des décisions, en étant pleinement conscient du risque qu’elles ne répondent pas toutes aux critères de pleine légalité ». L’argument ne passe pas du côté du PiS, qui considère que Tusk est une grande menace pour l’État de droit, notamment en s’opposant aux décisions du Tribunal constitutionnel qu’il ne reconnaît pas et qui est pourtant statutairement indépendant. Sauf que ce tribunal a lui-même été créé par le PiS et que la plupart de ses juges en sont proches. Difficile de défendre l’État de droit quand les règles qui le régissent ne sont vues comme ni légitimes ni légales par certaines parties.

Avoir un président issu de sa formation politique serait d’une grande aide pour Tusk sur le sujet, notamment sur les nominations. Duda vient d’ailleurs de nommer un nouveau président du controversé Tribunal constitutionnel 9. Duda avait aussi soutenu et accueilli dans son palais présidentiel d’anciens ministres du PiS poursuivis pour abus de pouvoir, affichant leur portrait sur la devanture du palais présidentiel. La question du droit de grâce présidentiel est un autre sujet à l’heure où la Diète à majorité libérale a lancé de nombreuses commissions d’enquête sur des responsables du PiS.

Notons enfin que sur l’État de droit, les positionnements ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Tusk vient d’annoncer une nouvelle politique migratoire, qui offre entre autres la possibilité de suspendre les demandes d’asile pour les exilés qui traversent la frontière polono-bélarusse, poussés par Loukachenko et Poutine dans une tentative de déstabilisation de la Pologne en vertu de considérations plus sécuritaires qu’humanitaires. Or c’est désormais Duda qui considère que Tusk est excessif dans son entrave à l’État de droit, arguant qu’une telle mesure risquerait de réduire l’accueil que la Pologne peut offrir aux dissidents bélarusses qui traversent la frontière 10.

9 — La guerre, l’Ukraine, la Russie et l’Hhstoire

Ces questions frontalières sont plus larges. Face à la Russie et à l’ombre de la guerre à ses frontières, la Pologne s’est rapidement affirmée depuis 2022 comme le leader en Europe dans le soutien à l’Ukraine. La guerre a commencé quand le PiS gouvernait le pays et Duda a fréquemment rencontré Zelensky, dès mai 2022 à Kiev. Sur le sujet particulier de l’opposition historique de la Pologne à la Russie, le candidat du PiS Nawrocki part avec une longueur d’avance : historien de l’anticommunisme, ancien directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale, il est même poursuivi par la Russie depuis février 2024 pour son soutien au retrait des monuments à la gloire de l’Armée rouge sur le territoire polonais. Trzaskowski est bien sûr le maire de la capitale qui a accueilli le plus de réfugiés ukrainiens et a encore reçu Zelensky de passage à Varsovie en janvier, mais il est peut-être moins spécialiste du sujet. Nawrocki n’a cependant pas la stature d’un dirigeant politique et n’a pas encore rencontré Zelensky. 

Il y a un caillou dans la chaussure de Nawrocki dans son soutien à l’Ukraine, qui a brisé le relatif accord bipartisan en Pologne sur le sujet, dans le pays le plus anti-russe d’Europe. Il a en effet affirmé en début d’année que l’entrée de l’Ukraine dans l’Union et l’OTAN à échéance prochaine était impossible à ses yeux, en raison des nombreux différends historiques avec la Pologne, notamment la question des massacres de Volhynie. Il s’agit de l’assassinat de près de 100 000 Polonais par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), de 1942 à 1944, que la Pologne qualifie de génocide. Depuis la guerre en 2022, la reconnaissance de ces massacres par l’Ukraine a progressé ; à la mi-janvier 2025, Zelensky a officiellement annoncé qu’il commencerait l’exhumation des victimes à partir du printemps, répondant à une attente de familles polonaises qui dure depuis maintenant 80 ans. Cette annonce partielle ne suffira pas à Nawrocki, et le fait d’avoir si clairement montré ses réticences à l’intégration de l’Ukraine dans les institutions a fait tâche dans sa campagne, alors que le sujet est consensuel en Pologne, même dans l’électorat du PiS 11. Début mars, Nawrocki semble cependant avoir mis de l’eau dans son vin, critiquant Moscou et parlant de la Russie comme un « État barbare » dans plusieurs entretiens. Son ambiguïté sur le soutien à l’Ukraine et ses relations compliquées avec Zelensky semblent en tout cas lui avoir fait perdre beaucoup de suffrages en février.

La question de la relation de la Pologne à la Russie est d’ailleurs de plus en plus politisée par la figure du président. En 2023, la Diète alors à majorité PiS avait lancé une commission d’investigation sur les ingérences russes en Pologne, qui avait fait scandale en raison de sa non indépendance et de ses accusations qui faisaient même craindre qu’elles frapperaient Donald Tusk d’inéligibilité. À la mi-2024, Tusk, qui a lui-même lancé une nouvelle commission sur le sujet, s’est targué de renvoyer tous les membres de l’ancienne commission du PiS, et la nouvelle Diète a voté une loi pour l’abroger. Sauf que Duda a encore une fois décidé d’opposer son veto à la fameuse loi. C’est un autre dossier sur la table du futur président.

Le fait pour Narowcki d’avoir si clairement montré ses réticences à l’intégration de l’Ukraine dans les institutions a fait tâche dans sa campagne, alors que le sujet est consensuel en Pologne, y compris au sein de l’électorat du PiS.

Olivier Lenoir

10 — Quels alliés en Europe pour la Pologne ?

L’Ukraine est bien sûr le sujet premier des relations internationales continentales de la Pologne en ces temps de guerre, mais depuis le retour de Tusk aux commandes du gouvernement, les alliances du pays ont beaucoup évolué. En raison du double exécutif polonais, le président de la République a aussi une carte à jouer.

Avec la France, le traité de Nancy devrait être signé d’ici fin juin, sur le modèle de celui de l’Élysée (1963), du Quirinal (2021) et de Barcelone (2023). Les rumeurs qui circulaient, selon lesquelles l’Élysée attendait que Duda quitte le pouvoir pour la signature, semblent infondées : fin juin, Duda sera encore en poste jusqu’en août, même si l’élection aura déjà donné son gagnant. En tout cas, Macron a rencontré Trzaskowski — en tant que maire de la capitale — en plus de Duda et Tusk, quand il a visité Varsovie en décembre. Ils échangé en français 12. Le différend persiste cependant entre la France qui pousse aux achats militaires européens, tandis que la Pologne achète à ses alliés dans le monde entier, notamment aux États-Unis et en Corée du Sud, déclarant que la production européenne n’est pas suffisante pour ses besoins.

France et Pologne sont aussi partenaires de l’Allemagne au sein du triangle de Weimar. Les dirigeants des trois pays se sont rencontrés de nombreuses fois récemment, appelant à construire des missiles de longue portée européens ou à utiliser les avoirs russes gelés. Les relations entre le PiS et l’Allemagne sont historiquement très houleuses, le parti national-conservateur ayant longtemps milité pour obtenir des réparations du pays voisin pour les crimes commis pendant la guerre, et Kaczyński accusant régulièrement Tusk d’être un pantin de Berlin. Or la position de Tusk est encore une fois compliquée : souhaitant rebâtir des liens durables avec son voisin occidental, il est resté circonspect face aux tensions entre Paris et Berlin, mais aussi aux atermoiements de Scholz sur de nombreux dossiers en faveur du soutien ukrainien. L’arrivée du chancelier Merz au printemps, membre du PPE comme Tusk et plus aligné sur les positions polonaises et françaises, est à cet égard une bonne nouvelle. Si en revanche le président élu en mai est Nawrocki, la politique mémorielle et la question des réparations de guerre — à laquelle le candidat du PiS a rappelé son attachement — risquent d’envenimer de nouveau les relations polono-allemandes et de mettre en péril le triangle de Weimar.

Ailleurs en Europe, la diplomatie de Tusk a beaucoup privilégié les États baltes au détriment des partenaires du groupe de Visegrád. Historiquement créé dans sa forme moderne en 1991 par les leaders démocratiques de l’après-communisme, le groupe avait connu une atonie avant de renaître en 2015, dans un moment où des partis politiques de droite nationale étaient au pouvoir dans les pays du groupe. Déjà fragilisé par le positionnement pro-russe d’Orbán puis de Fico, face au PiS et à la Coalition civique tous les deux pro-Ukraine, le groupe est en déshérence depuis que Tusk est revenu au pouvoir. Duda et les leaders du PiS, qui soutiennent également largement l’Ukraine et n’hésitent pas à le rappeler à leurs homologues hongrois et slovaques, conservent des points communs avec le Fidesz sur les questions sociales, que pourraient reprendre Nawrocki. Une victoire de Trzaskowski accentuerait le déclin du groupe, amorcé sous Tusk, et probablement un renforcement supplémentaire des alliances avec les pays baltes. À partir de demain, vendredi 4 avril, des F-16 polonais commenceront à patrouiller dans l’espace aérien au-dessus de la mer Baltique.

Sources

03.04.2025 à 00:30

Après les tarifs annoncés par Donald Trump, un iPhone pourrait coûter jusqu’à 150 dollars de plus

Matheo Malik

Les droits de douane réciproques pèseront lourdement sur le modèle économique d’Apple.

Alors que la firme importe une partie des composantes de ses iPhones depuis la Chine et l’Inde, un tarif de 34 % ferait grimper sensiblement les coûts de production, avec un impact massif potentiel sur les prix — et sur la réaction des marchés.

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Apple importe ses téléphones depuis la Chine et l’Inde, à un coût unitaire compris entre 400 et 450 dollars. 

  • Avec un tarif douanier de 34 % appliqué aux produits en provenance de Chine, selon les estimations de Brad Setser, « cela représente un surcoût de 125 à 150 dollars par appareil ».

La question est désormais de savoir si Apple décidera d’assumer cette charge supplémentaire, de la transférer aux consommateurs ou de trouver un compromis entre les deux options.

Les estimations concernant l’augmentation du prix de l’iPhone pourraient faire lourdement chuter le cours d’Apple à l’ouverture des marchés.

Dans son discours, Donald Trump s’est targué d’avoir réussi à faire investir massivement Apple aux États-Unis. Son CEO, Tim Cook, était présent à l’investiture et avait annoncé en février des investissements de 500 milliards d’euros aux États-Unis au cours des quatre prochaines années.

02.04.2025 à 23:06

La carte des nouveaux droits de douane de Donald Trump (tableaux exclusifs)

Matheo Malik

Devant la Maison-Blanche, Donald Trump a annoncé l'ensemble des droits de douane réciproque appliqués aux pays du monde entier.

Nous publions le premier tableau et la carte pour visualiser le déploiement de cette guerre commerciale lancée au monde.

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À l’aide d’un tableau, Trump a présenté sa doctrine de tarifs « réciproques » en appliquant des « taux » différents en fonction des droits que les États-Unis leur imposent.

  • Selon les déclarations du Président des États-Unis, des droits de douane de base de 10 % s’appliqueront à tous les pays.
  • Seuls certains pays auront des taux différents : les chiffres présentés dans le tableau de la Maison-Blanche semblent déjà prendre en compte les 10 % de base.

Ces nouvelles annonces dessinent une nouvelle carte du monde.

Comme déjà annoncé, le président Trump a déclaré qu’il imposait des droits de douane de 25 % sur toutes les automobiles fabriquées à l’étranger, qui entreront en vigueur à minuit (heure de Washington).

Les droits de douane d’au moins 10 % sur tous les produits entrant aux États-Unis entreront en vigueur le 5 avril à 6h01 (Paris). Les droits spécifiques comme ceux de 34 % sur la Chine ou de 20 % sur l’Union entreront en vigueur le 9 avril à 6h01

Si l’administration Trump avait pris soin de planifier les annonces du Liberation Day après l’heure de fermeture des marché, les contrats à terme sur les principaux indices boursiers américains se sont mis à plonger dès le début du discours de Rose Garden : S&P 500 est déjà à -2 %, le Nasdaq 100 -3 %.

Les marchés financiers américains s’orientent résolument à la baisse ce mercredi, alors que les contrats à terme sur le S&P 500 reculent de plus de 2 % et ceux sur le Nasdaq 100 enregistrent une chute encore plus marquée de 3 %. 

Ces mouvements suggèrent une ouverture largement dans le rouge à Wall Street, alimentée par un regain d’aversion au risque chez les investisseurs.

02.04.2025 à 18:30

Les services européens se préparent à une attaque russe contre le continent d’ici la fin de la décennie

Marin Saillofest

Ces derniers mois, plusieurs services de renseignements européens — notamment ceux de l'Allemagne et du Danemark, en novembre 2024 et en février 2025 — ont alerté sur la rapidité avec laquelle l'armée russe pourrait reconstituer ses forces et lancer une attaque contre l'Europe en cas d'arrêt des combats en Ukraine.

Selon Copenhague, Poutine aurait besoin de seulement six mois pour lancer une nouvelle attaque contre un pays européen frontalier de la Russie, et cinq ans pour une guerre à grande échelle sur le continent européen — dans le cas où les États-Unis de Donald Trump n’apporteraient pas leur soutien.

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Texte intégral (1127 mots)

En parallèle de sa participation à des négociations sur la mise en place d’un cessez-le-feu en Ukraine, la Russie de Poutine continue de s’armer et de se préparer à la guerre. Quelques jours avant la venue du négociateur russe Kirill Dmitriev à Washington 1 — un signal envoyé par le Kremlin quant à sa volonté de vouloir développer ses relations avec Trump et mettre fin au conflit —, Vladimir Poutine signait un décret actant le lancement de la plus grande campagne de conscription depuis plus d’une décennie.

En réorientant l’économie russe vers l’industrie manufacturière et la production d’armement, Poutine a durablement transformé la Russie en État guerrier — à tel point que les services européens craignent que le Kremlin ne profite d’un arrêt des combats en Ukraine pour reconstituer ses forces et les diriger vers un autre de ses voisins.

  • En février, les services de renseignement militaires danois (Forsvarets Efterretningstjeneste) publiaient une mise à jour de leur évaluation annuelle portant sur la menace que fait peser la Russie sur le royaume du Danemark.
  • Le document dressait une temporalité explicite de la vitesse à laquelle l’armée russe serait en mesure de régénérer ses forces pour lancer une nouvelle guerre : six mois contre un seul pays suivant un arrêt des combats en Ukraine, deux ans pour un ou plusieurs pays membres de l’OTAN (principalement en Baltique), et cinq ans pour une guerre à grande échelle sur le continent européen — dans le cas où les États-Unis n’apporteraient pas leur soutien 2.
  • En novembre 2024, le président du Service fédéral de renseignement allemand, Bruno Kahl, estimait lui aussi que « les forces armées russes seraient probablement capables de mener une attaque contre les pays de l’OTAN en Europe d’ici la fin de la décennie, tant en termes de personnel que de matériel » 3.

La Russie mène déjà activement depuis 2022 une guerre hybride contre l’Europe qui cible principalement les infrastructures critiques et de transport, l’industrie ainsi que les gouvernements des États membres dans un effort destiné à semer le chaos et à tester les défenses des pays de l’OTAN. Selon le CSIS, ces attaques sont principalement concentrées dans le nord-est du continent, et visent avant tout les États baltes et nordiques. La Hongrie et la Serbie, qui se font régulièrement les relais de la propagande russe en Europe, n’ont connu aucune attaque identifiée comme provenant de Russie depuis 2022 4.

  • Les services danois précisent dans leur rapport de février que les délais associés aux risques pesant actuellement sur l’Europe suite à un arrêt des combats en Ukraine « supposent que l’OTAN ne se réarme pas simultanément au même rythme ».
  • L’un des principaux sujets discutés au sein de l’Alliance atlantique depuis l’élection de Donald Trump est la part du PIB que les États alliés consacrent à leur défense.
  • Le président américain veut définir une nouvelle cible de dépenses pouvant aller jusqu’à 5 % du PIB lors du prochain sommet de l’OTAN qui aura lieu à La Haye en juin. La plupart des pays européens membres de l’Alliance visent pour l’heure une cible de 3-3,5 % 5.
  • L’an dernier, un nombre record de pays membres de l’OTAN a atteint la cible des 2 % : 23 pays, contre 10 l’année précédente. Cependant, au vu de la menace représentée par Poutine et des lacunes capacitaires des pays européens, ce niveau de dépense est aujourd’hui largement vu comme insuffisant.
Sources
  1. Senior Russian official is expected to visit Washington for talks with Trump administration this week », CNN, 2 avril 2025.
  2. Opdateret vurdering af truslen fra Rusland mod Rigsfællesskabet, Forsvarets Efterretningstjeneste, 9 février 2025.
  3. BND-Chef warnt vor Putins konventioneller und hybrider Kriegsführung », Der Spiegel, 28 novembre 2024.
  4. Russia’s Shadow War Against the West, CSIS, 18 mars 2025.
  5. Trump Wants NATO to Spend More. Europe Pitches Redefining Defense to Get There », The Wall Street Journal, 1er avril 2025.
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