19.03.2026 à 17:03
Second tour : un barrage fragile contre l’extrême droite
Texte intégral (1390 mots)
Un regard féministe sur les élections 3/4
Pendant quatre semaines, la newsletter de La Déferlante vous propose de suivre les élections municipales avec des lunettes féministes. À travers des entretiens, des analyses et des reportages, nous interrogerons les discriminations et les logiques de pouvoir à l’œuvre dans la vie politique locale.
« Écœurée. » Alma, électrice marseillaise, a beau avoir voté pour la liste Printemps marseillais (divers gauche) du maire sortant Benoît Payan, elle n’a pas compris son refus de s’allier avec Sébastien Delogu (La France insoumise, LFI) : « En face, on a un RN à 35 %. La ville peut basculer », s’alarme-t-elle. En début de semaine, plusieurs centaines d’habitant·es de la Cité phocéenne ont manifesté devant le local de campagne de Benoît Payan, arrivé en tête du premier tour, pour réclamer la formation d’un « barrage républicain ». Sans succès : le candidat insoumis s’est finalement désisté. Ailleurs, à Paris, Nantes, Rennes ou encore Montpellier, s’il n’existe pas le même risque que l’extrême droite prenne les rênes de la ville, le refus des listes d’union de gauche de s’allier à LFI – ou celui de de certain·es candidat·es LFI de se retirer – inquiète. « La droite dure de Rachida Dati est aux portes de la mairie, s’agace Sébastien, électeur parisien. C’est le moment de solidifier le barrage, pas de flancher sur nos appuis. »
Cet appel au « barrage », aussi appelé « front républicain », revient en force dans un entre-deux-tours marqué par des scores importants du Rassemblement national (RN), mais également de La France insoumise, qui, dans plusieurs villes, se pose en alliée incontournable pour faire gagner la gauche. Au départ, le concept « est historiquement lié à l’antifascisme et aux forces politiques de gauche, rappelle la politiste et sociologue spécialiste du Rassemblement national Safia Dahani. Mais l’idée réunit aussi des personnes hors de ce camp », comme en témoignent, ces derniers jours, les supplications répétées aux électeur·ices de Christian Estrosi (Horizons), le maire sortant de Nice, en grande difficulté face à Éric Ciotti (Union des droites pour la République-Rassemblement national).
Apparue lors des élections législatives de 1956, l’idée de « front républicain » désigne alors la coalition électorale formée au centre gauche à la suite de l’inquiétante percée de l’extrême droite poujadiste. À partir des années 1980, à une époque où le Front national (FN) commence à apparaître comme une menace pour la démocratie, chacune de ses poussées dans les urnes entraîne la convocation du barrage. La pratique connaît un succès retentissant entre les deux tours de la présidentielle de 2002, quand des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour dire leur refus de voir Jean-Marie Le Pen, premier candidat d’extrême droite qualifié au second tour, accéder à l’Élysée. Son adversaire gaulliste du Rassemblement pour la République, Jacques Chirac, qui bénéficie d’un report massif des voix de gauche, remporte finalement l’élection avec 82,21 % des voix.
« Le concept de barrage républicain est historiquement lié à l’antifascisme, mais il réunit au-delà de ce camp. »
Safia Dahani, politiste
Vingt ans plus tard, lors des législatives de 2022, et alors que Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron refusent d’appeler à faire barrage contre le RN, « beaucoup d’éditorialistes, mais aussi de chercheur·euses, ont considéré que le front républicain était mort », analyse l’économiste Youssef Souidi, coauteur, avec Thomas Vonderscher, de Nouvelle Cartographie électorale de la France (Textuel, 2026). « Sauf que lors des législatives anticipées de 2024, où il existait une possibilité de majorité pour le RN, la gauche a maintenu une discipline stricte de désistement, et la coalition présidentielle a aussi largement joué le jeu. »
Aujourd’hui, le barrage semble à nouveau fragilisé. Par les divisions de la gauche, mais également par la banalisation du danger de l’extrême droite ouvrant la voie à un renversement complet des valeurs.
Inverser le barrage républicain
Le 18 février dernier, soit quatre jours après la mort du militant identitaire néonazi Quentin Deranque, Jordan Bardella, président du RN, proposait à toutes les droites de créer un « cordon sanitaire » – expression jusqu’ici honnie du parti – contre l’extrême gauche et tenir ainsi LFI « à l’écart des institutions ». Lundi 23 février, il était pris au mot par la ministre déléguée macroniste Aurore Bergé, qui demandait aux candidat·es RN de se désister en faveur de la droite, en cas de possible victoire de LFI. Quant à Bruno Retailleau (Les Républicains), c’est dès octobre 2025 qu’il appelait à ce que « pas une voix » n’aille à une candidate socialiste à l’élection législative partielle dans le Tarn-et-Garonne, au profit du candidat de l’Union des droites soutenu par le RN.
Safia Dahani rappelle que cette volonté d’inverser le principe de barrage républicain n’est pas neuve : « Dès la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron renvoyait dos à dos extrême droite et extrême gauche en se présentant au-dessus de la mêlée dans une autre forme de ni-ni » – et dès 2011, Nicolas Sarkozy avait donné la consigne « ni vote FN, ni vote PS ». La politiste pointe également la responsabilité de certains médias mainstream dans ce renversement, remarquant « depuis 2010, une normalisation de la figure de Marine Le Pen et des journalistes qui insistent sur le fait qu’elle est une femme, et en cela, différente de son père. À l’inverse, le cadrage médiatique suivant la mort de Quentin Deranque a contribué à diaboliser La France insoumise ». Un discours perceptible depuis la victoire du Nouveau Front populaire en 2024 qui ne repose sur aucun élément factuel, affirme Youssef Souidi : « Quoi qu’on pense de LFI, notamment de sa stratégie de conflictualisation, le parti reste dans l’arc républicain et l’a montré à plusieurs reprises. » Par exemple, lors des législatives de 2024 dans le Calvados, en se désistant face au RN au profit de la candidate Renaissance Élisabeth Borne. Ainsi qu’en début de semaine, au profit de Benoît Payan à Marseille.
Doit-on s’alarmer de l’effondrement du front républicain ? Pas sûr, répond Safia Dahani, qui rappelle que nombre d’études scientifiques montrent l’impact limité des discours médiatiques sur le vote des électeur·ices. Grâce à des votant·es qui prennent leurs responsabilités, le barrage contre l’extrême droite pourrait donc se maintenir, à condition qu’ils et elles se mobilisent lors du second tour. Dimanche 15 mars, l’abstentionnisme atteignait un taux record de 57,17 %, ce qui en fait la première force politique du pays.
16.03.2026 à 16:50
La Déferlante recrute un·e journaliste réseaux sociaux en CDD
Texte intégral (768 mots)
La Déferlante est un média féministe composé d’une revue trimestrielle, une maison d’édition, une newsletter hebdomadaire d’actu et de recommandation et proposant de nombreux évènements dans toute la France. Indépendant et sans publicité, notre média donne la parole aux femmes, aux minorités de genre et plus largement à toutes les personnes victimes d’oppressions systémiques pour visibiliser leurs vécus et leurs combats.
Nous souhaitons renforcer notre couverture de l’actualité sur les réseaux sociaux. Pour cela, nous recrutons un·e journaliste réseaux sociaux (vidéo et desk) pour produire et diffuser des contenus éditoriaux et contribuer à la stratégie social media de La Déferlante.
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- Sous la supervision de la responsable de communication et de la rédaction en chef de La Déferlante, participer au développement éditorial des réseaux sociaux de La Déferlante
- Assurer la veille sur l’actualité et proposer des rebonds avec un angle féministe
Production de contenus éditoriaux (de la conception à la réalisation)
- Produire des posts (textes, images, vidéos) dédiés aux réseaux sociaux
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- Veille technique et stratégique sur les réseaux sociaux
- Collaboration avec la cheffe de projet marketing digitales pour la production de vidéos sponsorisées
PROFIL
- Journaliste avec une expérience confirmée en production de contenus, notamment vidéos, sur les réseaux sociaux
- Forte appétence pour l’actualité et les questions féministes, LGBTQIA+, antiracistes et décoloniales
- Capacité à assurer l’ensemble d’une production vidéo : écriture, tournage, montage, habillage et adaptation aux formats des différentes plateformes -
- Sens du rythme et compréhension fine des codes narratifs propres aux réseaux sociaux
- Maîtrise de la suite Adobe (Premiere Pro, After Effect et Photoshop) souhaitée
- Créativité et intérêt pour l’écriture journalistique sous plusieurs formats
- Bonne compréhension des tendances et des pratiques sur les réseaux sociaux
- Vous êtes sensible aux valeurs de La Déferlante (respect, partage/échange, confiance, bienveillance, simplicité, indépendance)
- Vous possédez de fortes qualités analytiques et rédactionnelles
- Vous êtes force de proposition
CONDITIONS
- Poste à pourvoir au 15 mai 2026
- CDD d’un an
- Temps de travail : 3 jours par semaine (60% d’un temps plein, soit environ 22 heures hebdomadaires sur une base de 37h), avec possibilité d’augmenter le temps de travail à terme.
- Rémunération mensuelle brute à partir de 2500 euros bruts équivalent temps plein, à déterminer selon expérience et ancienneté.
- Rémunération fixée conformément à la Convention collective nationale des journalistes (CCNJ) et à la grille salariale interne, hors prime d’ancienneté, hors 13eme mois et hors indemnité de fin de contrat (prime de précarité de 10%) — Titres restaurant, mutuelle, prise en charge Pass Navigo 50%
- Poste basé dans le 11eme arrondissement de Paris
- Télétravail ponctuel possible
COMMENT POSTULER
Merci d’envoyer votre CV et votre lettre de motivation (les deux éléments sont obligatoires) au format PDF, ainsi que toute réalisation (articles, videos, posts RS) pertinente pour l’étude de votre candidature à recrutement@revueladeferlante.fr
La date limite de dépôt des candidatures est le 5 avril 2026 à minuit.
Déroulé des entretiens
Le recrutement prévoit au minimum un entretien en visio ou en présentiel ainsi que la réalisation d’un cas d’usage
12.03.2026 à 17:12
À Calais, une liste citoyenne veut incarner
Texte intégral (1570 mots)
Un regard féministe sur les élections 2/4
Pendant quatre semaines, la newsletter de La Déferlante vous propose de suivre les élections municipales avec des lunettes féministes. À travers des entretiens, des analyses et des reportages, nous interrogerons les discriminations et les logiques de pouvoir à l’œuvre dans la vie politique locale.
« Notre point commun, à nous autres Calaisien⋅nes, c’est qu’on en a marre de voir des exilé⋅es à la rue », lance Marine Deseille, infirmière et membre du collectif Transformons la ville, alors qu’elle s’apprête à monter à la tribune du meeting. « La réponse peut être le racisme et la stigmatisation, explique la trentenaire, mais moi, j’ai envie d’écrire une autre histoire : celle d’une ville qui construit des solutions collectivement. » Ce 22 février 2026, une centaine de personnes sont réunies dans la salle polyvalente du Minck, près du port à Calais, pour la réunion publique organisée par la liste « Calais à gauche toute ». En face du bâtiment, à seulement 30 kilomètres, on devine les côtes britanniques vers lesquelles, depuis le 1er janvier, plus de 1 500 exilé·es ont déjà tenté la traversée sur des bateaux gonflables pouvant chavirer à tout moment.
C’est notamment autour de la question des conditions de vie de ces personnes exilées que, dans la foulée des législatives de 2024, des habitant⋅es de Calais ont constitué le collectif Transformons la ville, avant de se rapprocher du parti Les Écologistes et de La France insoumise pour composer une liste pour les municipales menée par Jean-Philippe Lannoy. « Certain·es d’entre nous se sont connu⋅es dans des structures d’accueil pour les exilé⋅es, des centres sociaux ou des associations de solidarité internationale, et d’autres nous ont rejoint⋅es pendant la campagne éclair pour la Nupes [en juin et juillet 2024]. Le but, c’était de relier nos luttes », détaille la numéro deux sur la liste, Juliette Delaplace, ancienne chargée de mission au Secours catholique et aujourd’hui élève avocate.
Ce qui rassemble également les membres du collectif, c’est leur volonté de « tenir la ligne face à une politique de droite dure », explique Jade Lamalchi, quatrième sur la liste et responsable associative. La jeune femme juge très sévèrement l’action de la mairesse Natacha Bouchart (ex-Les Républicains, aujourd’hui sans étiquette) aux commandes de la ville depuis dix-huit ans. Qu’il s’agisse de ses tentatives d’interdire l’accès des transports publics aux personnes exilées, de son désintérêt pour les questions écologiques ou de l’installation de barbelés et de rochers dans l’espace public pour empêcher l’aménagement de campements de migrant⋅es. Un dispositif qui, lorsqu’il est mentionné à la tribune du meeting, suscite les huées du public.
« Entre 2015 et 2020, la municipalité a touché 150 millions d’euros, puis une rallonge de 44 millions en 2023, dans le cadre d’un contrat exceptionnel signé avec l’État pour le développement de sa commune », rappelle Jade Lamalchi. Mais le collectif s’inquiète que la mairie ait surtout investi dans l’embellissement des quartiers touristiques, plutôt que dans l’aide aux populations fragiles – en particulier les personnes migrantes.
Violence politique
Entendues en février 2026 par la commission d’enquête parlementaire relative aux conséquences des accords du Touquet* sur l’action publique et le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes, les associations d’aide aux exilé·es dénoncent elles aussi le non-respect de ces droits. Dans une ville où les habitant·es subissent par ailleurs de plein fouet les effets de la désindustrialisation. À Calais, le chômage touche désormais 11,4 % de la population active (contre 7,7 % à l’échelle nationale), et le taux de pauvreté s’élève à 29 %, presque deux fois plus que la moyenne nationale. Jade Lamalchi émet une hypothèse : stigmatiser les migrant·es permet de détourner l’attention mais aussi, de « siphonner les voix de l’extrême droite ». Marc de Fleurian, tête de liste du Rassemblement national aux municipales, déjà député de la 7e circonscription du Pas-de-Calais depuis juillet 2024, est en effet le concurrent le mieux placé face à Natacha Bouchart les 15 et 22 mars.
Également candidate sur la liste « Calais à gauche toute », Louise Druelle, une artiste calaisienne connue sous le pseudonyme de Loup Blaster, a cette fois tenu à ne pas figurer en position éligible. Élue indépendante sortante, elle raconte avoir subi de nombreuses pressions. « En conseil municipal, des élu·es m’ont accusée de faire le jeu des passeurs, explique-t-elle, et ces propos criminalisant ont été repris par la presse. » Marine Deseille, sa collègue du collectif Transformons la ville, confirme un climat délétère et se dit « choquée d’avoir assisté, en tant qu’administrée, à des conseils où on coupe les micros des élu·es d’opposition ».
« Moi, j’ai envie d’écrire l’histoire d’une ville qui construit des solutions collectivement. »
Marine Deseille, membre du collectif Transformons la ville
En se réunissant sous la bannière « Calais à gauche toute », militant⋅es antiracistes, écologistes et féministes souhaitent désormais parler d’une seule voix pour se faire entendre au sein de l’opposition municipale. « C’est aussi un moyen de peser sur les décisions financières, explique Juliette Delaplace. Le budget de la ville est de 200 000 millions d’euros, soit autant que celui de la Cour pénale internationale, mais pas un euro n’est donné aux projets qui défendent une vision protectrice et émancipatrice. Encore aujourd’hui, la Maison des femmes de Calais est peinte en rose et décorée d’affiches clamant “Vous êtes belles”, ce n’est pas possible ! »
Créditée d’environ 10 % des suffrages au premier tour, la liste « Calais à gauche toute » se réjouit de l’accueil reçu par les habitant·es. « Se présenter comme des acteurs et actrices de terrain facilite le dialogue avec les gens, se félicite Juliette Delaplace. Quand on tracte, on est mieux accueilli·es que les partis, même s’il y a aussi des moments de tension. » Sur la scène du meeting, le discours des candidat·es citoyen·nes semble moins codifié que celui de leurs camarades candidat·es insoumis·es et écologistes. « Ça donne envie de voter pour elles et eux », sourit une électrice une fois le meeting terminé. Un souffle qui n’existe pas qu’à Calais : plus de 600 listes citoyennes se présentent aux municipales de 2026, soit davantage que de listes du Rassemblement national.
* Signé en 2023 entre la France et le Royaume-Uni, le traité du Touquet a pour objectif la lutte contre l’immigration clandestine.
Une plainte de Natacha Bouchart contre « Calais à gauche toute »
Mercredi 4 mars 2026, Natacha Bouchart, la mairesse de Calais, déposait plainte contre Jean-Philippe Lannoy, tête de liste « Calais à gauche toute » pour incitation à la haine. En cause, l’organisation quelques jours auparavant par la liste citoyenne, verte et insoumise d’une kermesse proposant un jeu de chamboule-tout sur lequel figurait une caricature de l’élue. Le mis en cause défend son droit à la critique politique et confirme, via les réseaux sociaux, « le souhait de […] faire tomber une politique qui est, elle, vraiment violente avec de vrais gens qui souffrent, pas des boîtes de conserve ». Dans un article publié le 6 mars, le média de gauche Calais la Sociale, analyse cette plainte comme un moyen de « déplacer le conflit du terrain politique au terrain judiciaire […] ou encore de créer un climat d’intimidation ».
05.03.2026 à 16:58
Fiona Texeire : « Il existe encore des conseils municipaux 100 % masculins »
Texte intégral (1751 mots)
Un regard féministe sur les élections 1/4
Pendant quatre semaines, la newsletter de La Déferlante vous propose de suivre les élections municipales avec des lunettes féministes. À travers des entretiens, des analyses et des reportages, nous interrogerons les discriminations et les logiques de pouvoir à l’œuvre dans la vie politique locale.
À la veille du scrutin municipal, quel bilan peut-on dresser concernant l’égalité de genre dans les équipes municipales ?
Selon les chiffres disponibles sur le site du ministère de l’Intérieur, plus de 80 % des maires sont des hommes. Le profil type est un sexagénaire, souvent retraité, dont le prénom est Philippe, Michel ou Alain. Les ex-cadres sont surreprésentés parce que leur fort de sentiment de légitimité fait qu’ils sont plus nombreux à prétendre à cette fonction. Par la suite, leurs compétences administratives et juridiques les aident à tirer leur épingle du jeu dans une fonction devenue très technique. Et, comme être maire est peu rémunérateur et que faire campagne coûte cher, ceux qui touchent une bonne retraite sont plus enclins à se présenter aux élections.
Les femmes candidates disposent en moyenne de moins de patrimoine et de moins de revenus, et les banques leur prêtent moins facilement, comme le montrent les études à l’échelle internationale. La perspective, si elles sont élues, d’affronter une triple journée en cumulant mandat, activité professionnelle et charges familiales, les décourage également. Quant aux retraitées, elles restent – plus que leurs époux – assignées au care auprès des petits-enfants ou des proches dépendant·es.
Qu’en est-il, une fois les élections passées, de la répartition des postes au sein des conseils municipaux ?
Aujourd’hui, 42 % des membres des conseils municipaux sont des femmes. Mais leur sentiment d’illégitimité fait qu’elles ne demandent pas les postes les plus prestigieux, comme les finances, la voirie ou l’urbanisme. Les sociologues Catherine Achin et Maud Navarre ont également montré que les têtes de listes, qui sont très majoritairement des hommes, avaient intégré la parité comme un simple outil organisationnel : ils conservent leur position centrale et relèguent les femmes à des fonctions subalternes. On observe même que, dans certaines équipes, les hommes se servent d’elles pour cocher toutes les cases de la « diversité » : elles sont souvent plus jeunes, racisées, parfois handicapées… Mais une fois la photo de campagne faite, on ne les laisse pas décider. Alors, beaucoup quittent la politique, écœurées du système.
Depuis la Révolution de 1789, la politique institutionnelle française a été construite par et pour les hommes. Ses règles, ses façons de faire, et ses codes sont masculins. Son vocabulaire est saturé de références à des univers genrés, comme la guerre ou le sport : on parle de « combat » électoral, de « passes d’armes », de « première division », ou de « transformer l’essai »… Toutes ces références sont présentées comme neutres et universelles, mais celles qui, du fait même qu’elles sont des femmes, y dérogent sont délégitimées ou invisibilisées. Prenez par exemple la question de la voix : dès qu’une femme s’exprime publiquement, elle est moquée soit parce que sa voix serait trop aiguë – on l’a beaucoup reproché à Sandrine Rousseau ou à Valérie Pécresse –, soit parce que son ton est jugé trop vulgaire. C’est ainsi que, comme dans tous les milieux très masculins, les violences misogynes prospèrent.
« La perspective de cumuler mandat, activité professionnelle et charges familiales dissuade les femmes d’être candidates. »
Sur ces violences, de quelles données dispose-t-on ?
Les élues municipales sont confrontées à un continuum allant du sexisme ordinaire aux violences les plus graves. En 2019, dans une enquête menée par le réseau Élues locales – le premier réseau national de femmes élues – et NousToutes, 72 % d’entre elles déclaraient avoir subi du sexisme ou des violences sexistes et sexuelles pendant leur mandat. Ces dernières années, les enregistrements vidéo des conseils municipaux ont rendu certains faits plus visibles : parole coupée, infantilisation, insultes misogynes, etc. Il existe aussi un observatoire des violences faites aux élu⋅es, piloté par le ministère de l’Intérieur, mais il ne prend pas en compte les violences sexistes et sexuelles. C’est un angle mort majeur.
Les lois sur la parité (lire notre encadré ci-dessous) sont-elles suffisantes ?
Sans doute pas, mais elles sont indispensables. Même si on cite toujours Simone Veil ou Édith Cresson — qui étaient en réalité des exceptions à leurs postes — les figures féminines marquantes étaient rarissimes en politique jusqu’aux années 2000. Dans les communes de moins de 1 000 habitant⋅es, où la parité va s’appliquer pour la première fois les 15 et 22 mars prochains, le nombre d’élues est encore inférieur de 15 % à celui des plus grandes villes. Et on trouve encore plusieurs centaines de conseils municipaux 100 % masculins.
Comment lever les freins qui empêchent les femmes de s’engager ?
Il est important qu’on change notre façon d’aborder la question de la parité. Certains médias la présentent comme un casse-tête, surtout dans les petites communes. Le cadrage proposé est souvent « elles ne veulent pas y aller » alors qu’il faudrait plutôt se demander « quelles sont les données structurelles qui font qu’elles n’y vont pas ? » Cette presse fait comme si les maires découvraient le sujet, alors que la loi impose la parité depuis plus de vingt-cinq ans. La vraie question à poser aux maires c’est : « Qu’avez-vous fait, depuis vingt-cinq ans, pour intégrer des femmes dans vos équipes ? » La parité reste traitée comme une difficulté logistique plutôt qu’un principe d’égalité fondamental.
En parallèle, des organisations comme le collectif Open Politics organisent des formations transpartisanes pour les femmes, mais ces initiatives reposent largement sur le bénévolat. Si l’on voulait réellement changer la donne, c’est l’État qui devrait investir dans des dispositifs, du mentorat pour lever l’autocensure, proposer du soutien financier… Il doit aussi travailler à réduire les inégalités économiques, notamment salariales et domestiques, qui résultent de l’assignation des femmes à la sphère domestique. Sans cela, ces inégalités continueront de se retrouver dans la vie publique.
Il faut préciser que la situation est encore plus difficile pour les femmes qui cumulent plusieurs types de discriminations : les candidates handicapées ou celles issues des milieux populaires. Les chiffres sont édifiants : seuls 0,02 % des élu·es seraient concerné·es par le handicap, une situation que dénonce notamment Odile Maurin, élue divers gauche à Toulouse. Et les classes populaires sont sous-représentées, comme le montrent les enquêtes du collectif Démocratiser la politique. Là encore, on peine à voir comment la situation pourrait s’améliorer sans cadre législatif ou soutien financier.
La parité n’est pas une nouveauté
Cela fait bientôt trente ans que la législation française contraint candidat·es et formations politiques à respecter une stricte parité lors des élections. Si l’accès égal des femmes et des hommes aux mandats électoraux est inscrit dans la Constitution depuis juillet 1999, c’est en juin 2000 que la loi dite « sur la parité » impose 50 % de femmes sur les scrutins de liste : municipales (pour les communes de plus de 3 500 habitant·es), régionales, européennes et sénatoriales (pour les département qui élisent plus de six sénateur·ices). Aux élections législatives, la parité n’est pas imposée, mais des retenues financières s’appliquent aux partis qui s’en dispensent. Les dispositifs visant la parité seront étendus à d’autres scrutins par la loi du 31 janvier 2007. Le 21 mai 2025, un nouveau texte élargit l’obligation de parité aux listes présentées dans les communes de moins de 1 000 habitant·es, faisant des élections des 15 et 22 mars les premières élections municipales pour lesquelles se présentent autant de candidats que de candidates.
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03.03.2026 à 16:39
« La grève générale c’est quand on s’arrête complètement de travailler, même à la maison »
Texte intégral (1192 mots)
Dans quel contexte ce livre-manifeste a vu le jour ?
Au départ, il y a un collectif féministe, La Syndicale, que nous avons monté à plusieurs à l’été 2022. L’idée était de lutter contre l’invisibilisation du travail reproductif, en l’appréhendant avec des outils similaires à ceux déployés dans les syndicats pour penser le travail qui est échangé, contre salaire, sur le marché de l’emploi.
Pour évoquer les multiples facettes de ce travail, je me suis plongée dans la riche littérature féministe qui existe sur le sujet, et surtout, j’ai recueilli des dizaines de témoignages de gens d’horizons très divers. Nous avons également organisé des événements avec des collectifs impliqués sur des sujets comme l’isolement des mères célibataires ou les droits des enfants par exemple, afin de réfléchir à des revendications spécifiques.
Quel est le profil des travailleur·euses que vous mettez en lumière ?
Dans les familles, le travail reproductif est essentiellement effectué par les femmes, notamment les mères. Mais j’ai cherché à montrer qu’il concerne d’autres personnes : quand on est la fille aînée d’une famille avec plusieurs enfants, on peut être amenée, très tôt, à prendre en charge ses frères et sœurs. À l’autre bout de l’échelle, il y a les personnes retraitées, comme ces grand-mères, considérées comme inactives dans les statistiques, mais qui sont très impliquées dans les soins aux petits-enfants. Dans tous les cas, les compétences requises pour accomplir ces tâches sont naturalisées : elles reviennent aux filles, puis aux femmes, qui sont perçues comme étant celles qui, par nature, devraient prendre soin des autres et seraient les plus qualifiées pour le faire. C’est une assignation genrée très forte. Mais dans le travail reproductif rémunéré, accompli par les employé·es de ménage, les aide-soignant·es, les personnels de crèche… il y a aussi des assignations sociales et raciales très marquées. À niveau de diplôme égal, il y a beaucoup plus de personnes immigrées ou racisées qui travaillent dans le nettoyage et dans le soin que de personnes blanches, par exemple. Les personnes issues des classes populaires y sont également surreprésentées.
« Il faut qu’on reconnaisse ces interdépendances qui sont autant de liens sociaux entre nous. »
Vous mettez aussi en lumière le travail accompli par les personnes handies…
Quand on étiquette les personnes non valides en parlant de personnes « dépendantes », on oublie la somme énorme de travail gratuit reproductif qu’elles assument pour vivre, au quotidien, dans une société validiste qui leur demande un surcroît d’adaptation : quand on a un handicap, on a besoin de plus de temps pour se déplacer dans un espace public aux infrastructures défaillantes, pour se reposer parce qu’on évolue à un poste de travail inadapté, pour accomplir toutes les tâches administratives – par exemple remplir un dossier auprès de la Maison départementale des personnes handicapées. Mais surtout, ces personnes sont souvent autant aidées qu’aidantes : les statistiques montrent par exemple que les mères handicapées font autant de travail domestique que les mères valides, même quand elles ont un conjoint valide.
De manière générale, j’invite à questionner l’idée que certaines personnes seraient « inactives » ou « dépendantes ». L’autonomie telle que la valorise l’idéologie néolibérale est une fiction : quelle est l’autonomie réelle d’une personne riche, qui a un boulot très valorisé, et qui a quelqu’un pour lui faire à manger, faire son ménage à domicile, prendre soin d’elle à l’hôpital en cas de problème de santé ? Je milite pour qu’on reconnaisse les interdépendances qui sont autant de liens sociaux entre nous.
Quels outils proposez-vous pour la mise en œuvre de ce que vous appelez un « syndicalisme du quotidien » ?
Nombre de personnes dont j’ai recueilli les témoignages m’ont raconté leurs stratégies, leurs « luttes sans piquets de grève » menées individuellement dans l’espace du foyer : une femme explique par exemple comment elle fait la grève et pose des conditions pour répartir le travail à la maison, une autre m’a confié l’« arrêt de travail domestique » que lui avaient délivré ses amies à la suite d’un problème de santé. Ensuite, il y a des outils qui impliquent de petites communautés : les groupes de parole ou les mutuelles d’entraide, par exemple. Ce sont des endroits où on partage à la fois des vécus et des stratégies de résistance, qui permettent de sortir de l’isolement et de se politiser.
Enfin, pour ce qui est de la résistance collective, il y a plusieurs pistes. Par exemple la grève féministe. La grève classique consiste à arrêter le travail salarié, mais, de manière un peu stéréotypée, on peut dire que quand le gréviste rentre chez lui, il y a un repas et des enfants qui ont été pris en charge. Or la grève générale, c’est la grève de tout le travail, y compris le travail reproductif gratuit. C’est ce qui s’est passé par exemple en Islande le 24 octobre 1975: 90% des femmes ont fait grève. Ça a bloqué le pays et permis de visibiliser le travail effectué dans les foyers. De visibiliser ce travail qui jouit d’une faible reconnaissance mais qui fait tenir la société. Car si celles et ceux qui l’effectuent s’arrêtent, eh bien le monde s’arrête !
Si on s’arrête, le monde s’arrête, de Mathilde Blézat. 19,90 euros. En précommande sur revueladeferlante.fr
03.03.2026 à 10:24
Fiches pratiques à télécharger
Lire plus (191 mots)
Ces fiches pratiques sont inspirées du livre de Mathilde Blézat Si on s’arrête, le monde s’arrête. Un ouvrage qui met en évidence les tâches domestiques, de soin, d’éducation, de prise en charge affective accomplies quotidiennement par des travailleur·euses de l’ombre, et qui propose des outils concrets et des pistes politiques pour mieux reconnaître et partager ce travail.
À télécharger dans les PDF ci-dessous :
→ Un modèle d’arrêt domestique pour prescrire à nos proches surmené·es des arrêts du travail quotidien.
→ Un petit guide pour animer un groupe de parole avec la technique des « petits papiers »
→ Un quiz pour déterminer si une activité relève du travail, ou pas.
26.02.2026 à 15:32
Violences scolaires : « Avec 28 élèves par classe, on ne peut pas détecter les enfants qui vont mal »
Texte intégral (1203 mots)
Dans son courrier aux parents, le ministre de l’Éducation nationale dit observer une « banalisation de la violence, extrême, qui plus est ». Partagez-vous ce constat ?
On ne peut pas nier la survenue d’un certain nombre d’actes violents à l’école depuis le début de l’année 2025. Mais ces actes ne sont pas uniquement le fait des enfants, loin de là. Je pense par exemple au suicide, en septembre 2025, de Caroline Grandjean, cette professeure des écoles qui a subi du harcèlement lesbophobe venu des adultes.
La démarche de ce courrier s’inscrit dans une vision ancienne de l’école et témoigne d’un comportement paternaliste vis-à-vis des parents de la part d’un ministre qui se pose en autorité. Il est plus facile de pointer du doigt la manière dont les parents élèvent leurs enfants que d’interroger notre responsabilité collective dans la survenue des violences scolaires.
Il insiste en revanche sur le rôle joué par « les centaines de milliers de personnels »des écoles, envers lesquels les élèves et parents d’élèves seraient, selon lui, « redevables ». Que vous inspire cet argument ?
J’aimerais rappeler que l’école manque cruellement de personnels médico-sociaux : tous niveaux et tous établissements confondus, on compte actuellement 700 médecins et 8 000 infirmier·es, pour 12 millions d’élèves. Les recrutements prévus par le budget 2026 sont en deçà des besoins. Qui plus est, ces postes ne seront peut-être pas tous pourvus dans les années à venir du fait du manque d’attractivité de l’Éducation nationale, notamment en raison des faibles salaires proposés. Si on ouvre des postes mais qu’on ne donne pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions, cette campagne de recrutement est un jeu de dupes.
Parallèlement, 4 000 postes d’enseignant·es vont être supprimés à la rentrée prochaine. Ces choix comptables ont des conséquences indirectes sur la santé mentale des enfants. Avec 28 élèves par classe, on ne peut ni détecter les situations de violence ni celles de mal-être.
Les violences commises par les adultes sur les enfants ne sont nulle part abordées dans la lettre. Qu’est-ce que cela révèle ?
Le ministre occulte la violence de l’institution pour se concentrer sur celle des élèves, dont les parents seraient les premiers responsables. Sa lettre évoque bien le harcèlement dont sont victimes les enfants, mais elle en occulte la dimension intersectionnelle. À travers le harcèlement, on voit des enfants subir des violences racistes, LGBTphobes et sexistes, un angle invisibilisé par l’institution. Les violences commises sur les enfants par les adultes ont cours depuis très longtemps et sont enracinées dans des rapports sociaux, comme l’a révélé l’affaire de l’institution Notre-Dame-de-Bétharram qui a émergé médiatiquement fin 2023.
« Alors qu’elle porte une mission de protection de l’enfance, l’école génère elle-même de la violence en son sein. »
Par ailleurs, le fait qu’il ne s’adresse qu’aux parents et non aux personnes concernées – les enfants – entretient les rapports de domination au sein de l’institution scolaire. Les enfants sont considéré·es comme des problèmes. Déjà en 2004, la loi interdisant les signes religieux à l’école – elle visait en particulier le voile – a renforcé cette perception à l’égard des jeunes filles musulmanes. Dans leurs rappels à l’ordre et à l’autorité, les établissements ont tendance à créer des distinctions entre les enfants, en fonction notamment de leur religion réelle ou supposée. Alors qu’elle porte une mission de protection de l’enfance contre les dangers venant de l’extérieur, l’école génère elle-même de la violence en son sein.
Cette question de la violence institutionnelle en milieu scolaire est au cœur de la proposition de loi déposée le 28 janvier par Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise), issue de leurs travaux d’enquête parlementaire (lire notre encadré). Ne tient-on pas, avec ce texte, un début de solution ?
Leur méthode de travail doit être saluée : il et elle ont impliqué de nombreux acteurs et actrices concerné·es, entre autres des associations de victimes. Cette proposition, si elle est adoptée, aura un effet symbolique de reconnaissance de la violence institutionnelle. Mais elle va se heurter à la réalité de l’Éducation nationale : une énorme machine qui a des besoins importants en matière de formation, de prévention et de protection des enfants contre les violences. On peut produire beaucoup de lois, mais elles ne peuvent pas être appliquées sans argent. Or, le budget de l’État n’est pas au beau fixe et le projet du gouvernement n’est pas d’investir des millions dans la lutte contre les violences. On en a eu la démonstration avec la promulgation du programme d’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (Évars) à la rentrée 2025. C’est une victoire de longue haleine pour les syndicats et les associations. Mais dans les établissements, les moyens pour le mettre en œuvre – formation des enseignant·es en tête – sont toujours absents.
Une proposition de loi contre les violences en milieu scolaire
Déposée le 28 janvier 2026 devant l’Assemblée nationale, la proposition de loi des député·es Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise) est l’aboutissement de cinq mois d’enquête et d’auditions parlementaires organisées début 2025. Après un premier article reconnaissant les violences subies par les enfants dans le milieu scolaire et l’omerta qui a contribué à les faire perdurer, le texte transpartisan propose la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes. Il suggère aussi d’étendre l’obligation de présenter un « certificat d’honorabilité » pour toutes les personnes intervenant en milieu scolaire. La proposition de loi renforce aussi les sanctions contre les auteur·ices de violences et modifie les conditions de la prescription. Elle n’a pas encore été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
19.02.2026 à 14:54
🧯Continuer à combattre les fascismes
Texte intégral (2875 mots)
L’étudiant de 23 ans, membre de plusieurs organisations d’extrême droite lyonnaises a succombé à ses blessures samedi 14 février. Il avait été pris dans un affrontement de rue, deux jours auparavant, dans des circonstances que l’enquête de police en cours devra élucider.
Dans les jours qui ont suivi, une offensive politique de grande ampleur s’est abattue sur La France insoumise (LFI). Accusée d’abriter dans ses rangs des proches des meurtriers du jeune homme, la formation est désormais désignée par la droite, l’extrême droite et une partie de la gauche comme la seule responsable du climat de violence politique actuel. Mercredi 18 février, ses locaux parisiens ont été évacués à la suite d’une alerte à la bombe.
La veille, l’Assemblée nationale observait une minute de silence en hommage à l’étudiant proche des milieux néofascistes. Les victimes tuées par des militants d’extrême droite, ces dernières années, n’ont pas reçu les mêmes honneurs. Pourtant, « si on fait un bilan sinistre des décès causés par les radicaux depuis 1986, affirme l’historien Nicolas Lebourg, la gauche a tué 6 personnes, la droite 59. »
Dans une gigantesque manœuvre d’inversion des responsabilités et des valeurs, la droite au pouvoir franchit ainsi une nouvelle étape dans la banalisation de l’extrême droite et du fascisme. Cette tentative d’éjecter de l’arc républicain la seule formation politique qui se positionne encore clairement dans le camp de l’antifascisme a tout pour nous inquiéter.
Dans un contexte où rumeurs et fake news se propagent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux, il nous a semblé important de partager avec vous, lectrices et lecteurs, des ressources fiables sur le mouvement antifasciste mais également sur la violence fasciste telle qu’elle se manifeste en France. Car, comme l’écrit un de nos confrères dans Politis, « condamner la mort de Quentin Deranque n’implique en rien de renoncer à combattre l’extrême droite ».

Lyon, bastion de l’ultradroite
Dans un article publié deux jours après la mort de l’étudiant d’extrême droite Quentin Deranque, Libération revient sur l’histoire politique récente de la ville de Lyon. Théâtre d’une « violence politique débridée », elle voit s’affronter physiquement, depuis plusieurs années, groupes néonazis et collectifs antifascistes.
À Lyon, le média local Rue89 Lyon a recensé 102 attaques commises par les groupuscules d’extrême droite dans la ville depuis le début des années 2000 – 70 % d’entre elles sont restées impunies.
Le procès dit « des sept antifas », qui s’est tenu à Lyon en novembre 2021, est une bonne illustration du deux poids, deux mesures avec lequel les autorités traitent la question des violences politiques. Dans un épisode du podcast Les Pieds sur terre (France Culture) diffusé pour la première fois en 2021, deux militants antifascistes poursuivis par la justice racontent la répression ciblée dont ils ont été victimes. « On a véritablement le sentiment d’une différence de traitement suivant qu’on soit sur des mouvements antifascistes ou des mouvements qui se revendiquent eux-mêmes d’extrême droite », décrypte leur avocate, qui dénonce « un traitement d’enquête très partial ».


Une question de genre ?
Quentin Deranque est désigné comme proche du collectif de femmes d’extrême droite Némésis. Il aurait été appelé en renfort pour protéger ses membres de possibles attaques alors qu’elles manifestaient devant Sciences Po Lyon contre la venue de Rima Hassan. Dans un entretien donné en 2024 à L’Humanité, la politiste Magali Della Sudda explique que le projet politique de ce groupe fémonationaliste est « l’instrumentalisation de la cause des femmes » dans le but d’exprimer des idées racistes. Elle rappelle dans cette interview que les ligues de femmes nationalistes sont un phénomène ancien. Elle raconte cette histoire dans un long article publié dans le numéro 15 de La Déferlante (août 2024).
Le média Les Jours a publié en 2022 une série d’articles très fouillés sur le mouvement antifa, notamment sur les femmes, de plus en plus nombreuses dans ses rangs. Pourtant, elles sont invisibilisées dans les discours politiques et médiatiques, traduisant, selon l’une d’elles, « une volonté de la part de l’État […] d’alimenter une image masculine des antifas pour les mettre sur un pied d’égalité avec les fafs ».

À propos de violence
Dans le dernier épisode de l’émission « À l’air libre », produite par Mediapart, Sébastien Bourdon, journaliste et auteur de Drapeau noir, jeunesses blanches. Enquête sur le renouveau de l’extrême-droite radicale (Le Seuil, 2025), Ugo Palheta, sociologue et auteur de Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen (La Découverte, 2025), et Isabelle Sommier, sociologue et co-autrice de Violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presse de Sciences Po, 2021), décryptent le mécanisme d’instrumentalisation du drame survenu la semaine dernière à Lyon. Cette dernière voit dans la mort de Quentin Deranque « l’illustration d’une polarisation grandissante de tensions sociales considérables dans notre pays depuis 2017 » et rappelle que 70 % des agressions politiques sont le fait « d’activistes de droite », qui s’en prennent à des personnes racisées (70 %) ou à des adversaires idéologiques (30 %).

Depuis quelques jours, les éditions Libertalia proposent la consultation en libre accès d’un ouvrage signé du collectif La Horde publié en 2023 et intitulé Dix Questions sur l’antifascisme. Dans ce livre court et très abordable, militants et militantes traitent de la question de la violence et de ses usages dans les mouvements antifas, rappelant que dans cette culture politique – contrairement à celle de l’extrême droite – elle n’est pas considérée comme une fin en soi, mais comme un moyen de se défendre et de faire reculer le fascisme. Citant la chercheuse Marie-Anne Matard-Bonucci, La Horde rappelle à toutes fins utiles que « nulle famille politique n’a cherché autant que le fascisme à formuler, plus ou moins explicitement, une acceptation politique de la violence ».


On y sera
Lancement du numéro 21 de la revue,
« Les féministes à l’assaut de la justice »
Jeu 26 Fév, 18 heures
Maison des Métallos, Paris 11e
Trois invitées se succèderont sur la scène de la Maison des métallos pour parler de justice. Chirinne Ardakani, avocate et cofondatrice de l’association Iran Justice, reviendra sur l’urgence de mobiliser le droit international pour lutter contre la montée des fascismes. L’avocate Claude Vincent s’exprimera sur l’impact des luttes féministes sur la justice française. Enfin, la journaliste et autrice Sarah Boucault autrice de De l’autre côté de l’inceste (La Déferlante Éditions), reviendra sur la difficile prise en charge des mineurs auteurs d’inceste. Ces discussions seront suivies d’un concert de Gildaa.
Comme chaque trimestre, vous retrouverez, dans le hall, un forum des associations, ainsi qu’un stand de La Déferlante, avec nos revues, nos livres et nos goodies. Sarah Boucault y dédicacera son livre.
→ Infos et billetterie par ici
Les 5 ans de La Déferlante à Strasbourg
Mer 4 Mars, 19 heures
Librairie Quai des brumes, Strasbourg
À l’occasion des 5 ans de La Déferlante, Marion Pillas, cofondatrice et corédactrice en chef de la revue, reviendra sur sa création, celle de la maison d’édition et échangera avec les lecteur·ices autour des projets en cours.
Le rire est-il féministe ?
Sam 7 Mars, 10 h 30
B!B, Dunkerque (Nord)
Dans le cadre de l’exposition La Marrade, Marion Pillas, corédactrice en chef de La Déferlante, animera une discussion sur la place du rire et de la joie dans les luttes pour les droits des femmes, avec Hanna Alkema et Camille Paulhan, co-commissaires de l’exposition, et Charlotte Bienaimé, journaliste et militante féministe.
→ Toutes les informations sur ce lien
Veille de manifestation
Sam 7 Mars, 15–19 heures
La Communale, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
Le 7 mars, veille de la Journée internationale des droits des femmes, La Déferlante tiendra un stand au village associatif de la Communale (Saint-Ouen). Vous pourrez y retrouver revues, livres, goodies et discuter avec les membres de l’équipe présentes sur place. L’entrée est libre, sans réservation.
→ Plus d’informations à venir sur notre site
12.02.2026 à 10:43
Mieux comprendre l’affaire Epstein
Texte intégral (2365 mots)
Par ailleurs, parce qu’il déverse dans l’espace public une quantité sans précédent de documents bruts et parfois illisibles, prenant de court journalistes et chercheur·euses, le ministère de la Justice étasunien contribue à nourrir les récits complotistes et à faire grandir la défiance des opinions mondiales vis-à-vis de leurs dirigeants.
Plus grave, le brouhaha médiatique généré par la déclassification des « Epstein files » a également eu pour effet immédiat de rendre inaudible la parole des victimes. Plus d’un millier de femmes, recrutées entre les années 1990 et 2017, alors qu’elles n’étaient souvent que des adolescentes, ont servi d’exutoire sexuel et de monnaie d’échange au sein du système pédocriminel monté de toutes pièces par Jeffrey Epstein et ses complices.
Dans cette newsletter, nous vous proposons une sélection d’articles, de vidéos et de podcasts pour comprendre les mécanismes de domination de classe, de race et de genre à l’œuvre dans cette affaire tentaculaire, mais également en quoi elle constitue aujourd’hui un enjeu important dans la lutte contre la désinformation et pour la sauvegarde de la démocratie mondiale.

Affaire Epstein : de quoi parle-t-on ?
En guise d’introduction au sujet, L’Humanité propose une synthèse efficace de l’affaire Epstein : chronologie des faits, protagonistes principaux. L’essentiel de ce scandale tentaculaire en quelques lignes, à lire par ici.
Pour comprendre plus en détail l’enchaînement des faits jusqu’en janvier 2024, on conseille également Les derniers mystères de l’affaire Epstein, le reportage d’investigation réalisé par Virginie Vilar pour « Complément d’enquête » (France 2), en 2025. Il a le mérite de faire témoigner les victimes sur le modus operandi de Jeffrey Epstein et de sa compagne et complice Ghislaine Maxwell. Il est visible en replay jusqu’en juillet 2027.

Ce passionnant épisode de La fabrique de l’info (France Culture) s’intéresse, pour sa part, à la chronologie médiatique de l’affaire. Depuis la première inculpation de Jeffrey Epstein en 2007 jusqu’à la publication des « Epstein Files » il y a quelques jours, il revient notamment sur l’enquête du Miami Herald (en anglais), qui, en 2018, a dévoilé l’étendue du scandale en donnant, pour la première fois, la parole aux victimes.
Alors que ces dernières semaines, les témoignages de ces femmes se font plus rares dans les médias, il est utile de relire dans Le Monde ce portrait de Virginia Giuffre, l’une des principales accusatrices de Jeffrey Epstein, enrôlée dans le réseau pédocriminel de Palm Beach alors qu’elle n’avait que 17 ans. Réfugiée en Australie d’où elle militait pour qu’on donne publiquement la parole aux victimes, elle s’est suicidée il y a un peu moins d’un an, le 25 avril 2025.

Un monde de puissants
Cet article de Libération rappelle qu’au-delà du personnage de Jeffrey Epstein, mort en détention en 2019, l’affaire implique un grand nombre de personnalités du monde politique, culturel et financier. Sans forcément avoir toutes trempé dans son réseau pédocriminel, elles ont continué à le fréquenter malgré les enquêtes qui le visaient dès 2006. « Jeffrey Epstein fut un prédateur, écrit le quotidien, mais aussi un miroir : celui d’un système où l’extrême richesse engendre le pouvoir, le pouvoir l’impunité, et l’impunité le crime ».
Détail aussi insolite que glaçant, les échanges de mails de Jeffrey Epstein mis en ligne fin janvier révèlent que le pédocriminel était fréquemment sollicité pour ses conseils dans des affaires de violences sexuelles : « Tellement d’hommes pris dans le raz de marée #MeToo me contactent. Ils me demandent quand cette folie va s’arrêter » écrivait le milliardaire dans un courriel de 2018 consulté par The Guardian. L’article (en anglais) est à lire ici.

Complotisme, antisémitisme et culture du viol
Dans une de ses dernières newsletters, l’autrice féministe et militante Valérie Rey-Robert appelle malgré tout à nuancer notre lecture classiste du scandale Epstein. Si la richesse, notamment aux État-Unis, a bien permis aux criminels sexuels d’organiser leur impunité, elle rappelle qu’on retrouve des réseaux pédocriminels dans tous les milieux et toutes les classes sociales. L’ignorer revenant, selon elle, à alimenter la culture du viol.
L’émission C ce soir sur France 5 s’intéresse, elle aussi, aux discours complotistes autour de l’affaire Epstein. Largement inspirée des tropes antisémites en circulation depuis le XIXe siècle, la croyance selon laquelle de très riches pédocriminels juifs s’adonneraient à des orgies secrètes vient cette fois se cogner à la réalité : « Que faire quand on lutte contre un narratif et qu’une histoire vraie vient le confirmer ? », s’interroge l’historienne Marie Peltier, qui encourage universitaires et journalistes engagé·es à proposer d’urgence un « contre-discours » sur l’affaire Epstein, sans toutefois minimiser les faits.

Dans les archives du journal Le Monde, un article paru en 2023 propose un intéressant pas de côté à ce débat. Il analyse la manière dont les discours complotistes qui ont infiltré la lutte contre la pédocriminalité viennent gêner le travail des collectifs et associations qui luttent contre les violences faites aux enfants.

On y sera
Rencontre avec Sarah Boucault
Jeu 19 Fév, 19 heures
Librairie Divergences, Quimperlé (Finistère)
L’autrice de l’essai De l’autre côté de l’inceste (La Déferlante Éditions, 2026) sera présente à la librairie Divergences, à Quimperlé, pour répondre aux questions des lecteurs et lectrices autour de son livre.
→ Plus d’informations par ici
Lancement « Les féministes à l’assaut de la justice »
Jeu 26 Fév, 18 heures
Maison des Métallos, Paris 11e
Trois invitées se succèderont sur la scène de la Maison des métallos pour parler de justice. La journaliste et autrice Sarah Boucault reviendra sur la difficile prise en charge des mineurs auteurs d’inceste. L’avocate Claude Vincent s’exprimera sur l’impact des luttes féministes sur l’institution judiciaire. Enfin, Chirinne Ardakani, également avocate et cofondatrice de l’association Iran justice, nous parlera des révolutions iraniennes et du droit international. Ces discussions seront suivies d’un concert de Gildaa. Et comme chaque trimestre, vous retrouverez, dans le hall, un forum des associations, ainsi qu’un stand de La Déferlante, avec nos revues, nos livres et nos goodies. Sarah Boucault y dédicacera également son essai.
→ Infos et billetterie par ici
Les 5 ans de La Déferlante à Strasbourg
Mer 4 Mars, 19 heures
Librairie Quai des brumes, Strasbourg
À l’occasion des 5 ans de La Déferlante, Marion Pillas, cofondatrice et rédactrice en chef de la revue, reviendra sur sa création, celle de la maison d’édition et échangera avec les lectrices autour des projets en cours.
→ Plus d’informations sur notre site
05.02.2026 à 17:43
Lutte contre l’excision : « Une loi nourrie de préjugés racistes »
Texte intégral (1020 mots)
Des appels à l’aide de mères désemparées, Ramata Kapo, présidente de l’association Excision, parlons-en ! en reçoit à la pelle depuis 2015.
À l’instar d’Isabelle Gillette-Faye, présidente de la Fédération Gams (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles, des mariages forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants), les militant·es qui luttent contre l’excision comme celles qui viennent en aide aux réfugié·es en sont convaincues : « Cette mesure de réexamen est nourrie de préjugés racistes : par exemple l’idée que ces parents prétendraient protéger leur fille pour obtenir des papiers avant de la faire exciser. » Elle se souvient que, lors des débats qui avaient eu lieu en 2015 au sein des ministères concernés par la loi, « des médecins ont évoqué des soupçons de fraude aux papiers ». Ramata Kapo dénonce, elle aussi, la stigmatisation des mères demandeuses d’asile qui fait oublier « les risques pris par ces femmes, souvent elles-mêmes excisées, qui fuient leur pays avec des enfants, pour venir en France ». Un pays dont elles savent qu’il punit cette pratique de peines allant jusqu’à vingt ans de détention.
Violence institutionnelle
Cette obligation – passée sous les radars des médias et de l’opinion publique – illustre « un mécanisme récurrent de violence institutionnelle qui s’est renforcé à partir des années 2000, en parallèle d’un mouvement de restriction des droits des immigré·es », analyse Lisa Carayon, maîtresse de conférences en droit à l’université Sorbonne-Paris-Nord. Elle s’inscrit aujourd’hui dans une politique nationale de chasse aux étranger·es en situation irrégulière, notamment portée par Bruno Retailleau après sa nomination au ministère de l’Intérieur, en septembre 2024.
Non contente de faire peser sur les enfants la responsabilité du maintien de la demande d’asile de leur famille, cette mesure peut, selon les associations, se révéler traumatisante pour des fillettes et adolescentes dont « la vulve va être auscultée tous les cinq ans jusqu’à leurs 18 ans », s’indigne Ramata Kapo.
Cette loi illustre un mécanisme de violence institutionnelle qui s’est renforcé à partir des années 2000 »
Lisa Carayon, juriste
Dès 2015, les unités médico-judiciaires (UMJ), qui ont longtemps été les seules habilitées à pratiquer ces examens gynécologiques, « ont peiné à absorber l’afflux de patientes. D’où des files d’attente interminables, notamment à l’UMJ de l’Hôtel-Dieu de Paris », rappelle Lisa Carayon. En Bretagne, certaines familles devaient parcourir de longues distances pour se rendre dans l’unité la plus proche, située à l’autre bout du département. En 2024, un arrêté ministériel a élargi cette compétence aux maisons des femmes et aux maisons de santé. Pourtant, « l’État n’ayant pas financé cette mesure, on ne compte encore parfois qu’un seul médecin volontaire et bénévole par département. Ce qui est clairement insuffisant », déplore Isabelle Gillette-Faye.
Autant de contraintes pour quel résultat ? Rien n’indique que cette loi, en vigueur depuis plus de dix ans, ait eu un impact significatif sur la quantité – difficile à estimer – d’excisions pratiquées sur des enfants résidant en France : « Nous n’avons pas noté de hausse du nombre de filles qui auraient subi cette mutilation, même si des cas ont pu nous échapper. Rien qui ne justifie une telle mesure », conclut Isabelle Gillette-Faye. D’ailleurs, aucun parent protégé par le statut de réfugié ne s’est vu retirer son statut ni n’a été poursuivi pour avoir fait exciser sa fille. Et ce, depuis 2015.
L’excision : une pratique très répandue
Selon l’Unicef, à l’échelle de la planète, 230 millions de filles et de femmes en vie aujourd’hui ont subi des mutilations génitales, dont l’excision. Si le continent africain est le plus largement représenté, les associations rappellent que l’excision est une pratique présente dans de nombreuses cultures et religions ailleurs dans le monde. Elle est recensée dans une trentaine de pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, mais aussi chez certains peuples d’Amérique du Sud, par exemple. Elle concerne des fillettes d’ethnies et de religions variées. Les motivations des familles ont pour origine des coutumes religieuses, des pressions familiales ou des normes sociales.