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27.07.2026 à 14:43

Quand désobéir à l’ordre colonial tue

Malwenn Cailliau
27 juin 2023, 8 h 19, place Nelson-Mandela à Nanterre. Nahel Merzouk, un adolescent franco­-algérien de 17 ans est abattu par Florian Menesplier, un policier blanc de 38 ans. Filmée par une passante, la scène […]
Texte intégral (3624 mots)

27 juin 2023, 8 h 19, place Nelson-Mandela à Nanterre. Nahel Merzouk, un adolescent franco­-algérien de 17 ans est abattu par Florian Menesplier, un policier blanc de 38 ans. Filmée par une passante, la scène du tir se diffuse rapidement sur les réseaux sociaux.

C’est le choc et la sidération. Les images le prouvent : il ne présentait aucune menace. Nahel Merzouk avait désobéi, comme tous·tes les adolescent·es qui s’essaient au risque avec gourmandise : il conduisait sans permis. C’est sa seule infraction. Mais, pour les garçons non blancs, franchir ces limites est sanctionné par la prison, voire la mort. Désenfantisés, ils sont ciblés, jugés et punis comme leurs pères, privés du droit à l’insouciance.

Deux jours plus tard, je me rends à la marche blanche organisée à l’initiative de la mère de Nahel. Mes lunettes de soleil cachent les larmes que je ne parviens pas à contenir en voyant les jeunes de son quartier fermer le cortège avec leurs grosses motos bruyantes. Une lumière me traverse : même dans la destruction, nous savons rester dignes et flamboyant·es.

Les images de cette mise à mort ont occupé toutes mes pensées, toutes mes discussions, toutes mes nuits de ce début d’été. Après la marche, somnolant dans mon salon baigné de chaleur, j’entends des détonations dehors. Il est près d’une heure du matin. « Ça y est, ça commence ! », dis-je à mon mari. Je suis certaine que certains de mes anciens élèves courent dans la nuit suffocante d’Aubervilliers, ma ville, située au nord de Paris, en Seine-Saint-Denis. J’écris dans le groupe WhatsApp de la commission antiraciste de Sud Éducation 93. Tous·tes racisé·es, mes camarades vivent dans les villes voisines. Au cœur de la nuit, tous·tes étaient réveillé·es, comme moi, l’esprit inquiet pour ces jeunes qui avaient l’audace de cracher la colère que, tous·tes, nous portions.

J’avais une sensation de déjà-vu. L’automne humide de 2005, lors duquel Zyed Benna et Bouna Traoré étaient morts dans le transformateur électrique où ils s’étaient réfugiés par peur de la police, avait laissé place à l’été caniculaire, et c’était moi qui, dix-huit ans plus tard, envoyais des messages à mes élèves, comme un écho tardif des appels inquiets de ma mère à ses proches habitant Clichy-sous-Bois. Ma politisation était née exactement là : de cette angoisse dans la révolte.

L’été de l’asphyxie raciste

Début juillet 2023, j’assiste à des audiences de comparution immédiate au tribunal de Bobigny. Quelques jours plus tôt, dans une circulaire publiée le 30 juin, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a fait passer la consigne : « La réponse pénale [doit être] rapide, ferme et systématique. » Les procédures sont brutales. Face aux violences policières et judiciaires qui s’abattent sur les jeunes révolté·es, la commission antiraciste de Sud Éducation 93 et la Legal Team antiraciste ont pris l’initiative de créer un groupe d’action contre la répression dans le département. Nous observons les juges, levons des fonds pour payer les avocat·es et nous tenons à disposition des familles des interpellé·es. Nous nous donnons les moyens d’archiver et de témoigner de ces violences d’État.

Entre le 27 juin et le 5 juillet 2023, 3 462 personnes ont été interpellées dans tout le pays. Des jeunes sont envoyés au dépôt pour de la nourriture ou des biens volés. À la fin de l’été, le ministère de la Justice a revendiqué près de 2 000 condamnations, dont 1 787 peines d’emprisonnement ferme ou avec sursis.

Si l’agitation s’est cristallisée, bien évidemment, contre des commissariats, elle a aussi ciblé quelques écoles, des banques, des supermarchés et, parfois, des enseignes de grandes marques comme la boutique Nike au forum des Halles, en plein cœur de Paris. Alors que d’ordinaire les audiences n’ont pas lieu le week-end, samedi 1er juillet, 58 personnes comparaissent devant la 17e chambre du tribunal de Bobigny – 18 sont mineures. Les magistrat·es s’inquiètent de ce qui a été qualifié par la presse d’« invasion », de « razzia » ou de « grand pillage » du magasin Carrefour à Saint-Denis. Ce vocabulaire réactive l’imaginaire colonial, transformant les révolté·es en menace.

Banals et accessibles, ces lieux ont été le théâtre d’une revanche de classe et de race nourrie par la colère, pour les uns, ou par l’effet d’opportunité, pour d’autres, dont les conditions de vie ne cessent de se dégrader. Mais colère, conditions d’existence et racisme sont relégués au second plan dans les salles d’audience : la mécanique judiciaire ignore le contexte, exposant sa blanchité et sa nature bourgeoise.

Combattant les violences racistes, sexistes, sexuelles et enfantistes au sein de l’Éducation nationale, j’ai connaissance de tant de faits hautement plus graves ignorés par les hiérarchies ou la justice. Un goût rance monte et s’installe durablement dans ma gorge. C’est le dégoût.

Lors de ces après-midi passées à prendre des notes, je sors régulièrement marcher sur la dalle cabossée qui sert de seuil au tribunal. J’ai besoin de respirer. Je reviens plusieurs jours d’affilée car nous sommes bien peu à faire face à la machine implacable et, à l’exception du Bondy Blog, lorsqu’ils et elles sont présent·es, les journalistes peinent à saisir ce qui se joue dans les verdicts que rendent les juges.

Un jeune homme échappe à la condamnation : nous applaudissons. Le président du tribunal nous rappelle à l’ordre et menace de décréter le huis clos. Nous savons que notre présence compte, qu’elle est déjà une forme de résistance. Nous nous taisons.

Lorsque les manifestations du racisme atteignent des pics, me revient en tête la longue histoire des luttes anticoloniales. C’est comme ça que je reste debout quand les émotions tanguent : en m’accrochant aux traces laissées par celles et ceux qui ont résisté avant nous. Elles habitent des livres, des mémoires et des lieux. Comment traverser le pont Saint-Michel sans penser au massacre du 17 octobre 1961 ? Ici, on a noyé des Algérien·nes.

Postmémoire

Aucune société ne se débarrasse des mort·es qu’elle a causé·es mais qu’elle refuse de reconnaître. Ils et elles reviennent obstinément dans les slogans, les gestes et les chants des rassemblements. Les héritier·es de l’immigration postcoloniale le savent, consciemment ou non : pour elles et eux, désobéir n’est ni un geste anodin, ni un simple choix. Comme leurs aïeux et leurs aïeules, chaque fois qu’ils et elles s’y sont risqué·es, la mort ou la prison sont apparues à l’horizon. Et pourtant ils et elles n’ont pas pu faire autrement. Héritée de siècles de violences coloniales, la désobéissance des non-Blanc·hes n’a rien d’une mise en scène de la radicalité, d’une romantisation politique comme la gauche révolutionnaire aime à en produire.

Alors que la guerre de libération algérienne touchait au but, Frantz Fanon écrivait dans les Damnés de la Terre : « La décolonisation, qui se propose de changer l’ordre du monde, est un programme de désordre absolu. La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial sera revendiquée et assumée par le colonisé. » Ainsi va le paradoxe : la désobéissance s’impose comme stratégie inévitable alors qu’elle porte en elle un risque mortel pour ceux et celles que l’ordre raciste veut soumettre.

Il existe des violences du passé dont aucune justice n’est venue suturer la blessure. Alors les mort·es demeurent comme des présences inachevées qui continuent de circuler parmi les vivant·es. La chercheuse étasunienne Marianne Hirsch appelle ce phénomène la « postmémoire ». En travaillant sur les enfants de survivant·es de la Shoah, elle décrit la mémoire transmise aux générations qui n’ont pas vécu directement les événements : elle ne passe ni par les récits ni par les archives mais par les silences, les gestes et les peurs des rescapé·es. La postmémoire, c’est grandir dans les effets persistants d’un traumatisme historique.

Rares sont les héritier·es de l’immigration algérienne qui ont appris l’histoire du massacre du 17 octobre 1961 à l’école, et tout aussi rares sont celles et·ceux qui en ont entendu parler dans leur famille. Pourtant, quelque chose de cette mémoire circule dans leur méfiance face à la police, dans leur hypervigilance en manifestation. Le legs du 17 octobre transpire dans les conseils parentaux donnés très tôt aux adolescent·es d’origine maghrébine : ne pas courir, ne pas répondre et laisser ses mains bien visibles lorsqu’on se trouve face à la police. Le silence de la France sur son crime a fait de la mémoire un geste incorporé.

Le coût de la désobéissance des colonisé·es

Mi-octobre 1961, la fédération de France du Front de libération nationale algérien (FLN) avait appelé les Algériens et Algériennes de la région parisienne à manifester pacifiquement dans les rues de la capitale : il s’agissait de dénoncer le couvre-feu raciste qu’avait imposé le 5 octobre le préfet de police Maurice Papon aux dits « Français musulmans d’Algérie », en s’appuyant sur une loi du 3 avril 1955, typique de l’arsenal répressif français déployé contre l’insurrection populaire algérienne, qui autorisait les préfets à mettre en place des couvre-feux locaux. Le 17 octobre, cela faisait douze jours qu’aucun·e Nord-Africain·e ne pouvait circuler librement dans Paris entre 20 h 30 et 5 h 30. L’acte de manifester était politique et réfléchi, s’inspirant des stratégies de désobéissance civile utilisée alors par le mouvement Noir étasunien pour l’obtention des droits civiques et contre la ségrégation raciale.

Ce soir-là, environ 40 000 Algérien·nes quittent les bidonvilles de Nanterre, d’Argenteuil ou d’ailleurs pour rejoindre les grands axes parisiens. Les consignes pour briser le couvre-feu ont été extrêmement strictes : il fallait venir en famille, en habits du dimanche ; interdiction absolue de porter une arme – pas même un canif.

Photo en noir et blanc d'hommes algériens assis à terre, les mains sur la tête, et de policiers avec des matraques en bois qui les surveillent.
Le 17 octobre 1961, à Paris, des manifestant·es algérien·nes sont arrêté·es par la police et mis·es à terre, les mains sur la tête, en marge de la manifestation pacifique contre le couvre-feu instauré le 5 octobre par le préfet de police d’alors, Maurice Papon.
Crédit : Fernand PARIZOT / AFP

La répression est d’une violence extrême. Maurice Papon a obtenu l’aval du général de Gaulle pour user de la terreur. Les forces de l’ordre s’en donnent à cœur joie. C’est un massacre, le plus important d’Europe de l’Ouest depuis la Seconde Guerre mondiale, en plein Paris. La police jette dans la Seine et les canaux de la région parisienne plusieurs dizaines à plusieurs centaines de personnes. Elle en arrête 12 000 autres. Comme en 1942 pour la rafle du Vél d’Hiv, la RATP a mis ses bus à disposition de la préfecture pour transporter les cibles du racisme d’État. Certaines meurent dans le Palais des sports de la porte de Versailles et les casernes du bois de Vincennes, devenues, quelques jours durant, des centres de rétention. Pendant des semaines, on voit jusqu’aux environs de Rouen des corps remonter à la surface de la Seine. La plus jeune des victimes recensées est une collégienne. Fatima Beddar avait 15 ans et son corps a été retrouvé le 31 octobre dans le canal de Saint-Denis. En France, ce massacre occupe une place impossible : c’est un crime d’État dont la République connaît l’existence, mais qu’elle refuse de regarder en face. En 2012, François Hollande a reconnu « une sanglante répression » sans nommer la responsabilité de l’État.

Déni et mensonges coloniaux

Nos fantômes s’épanouissent au creux de ce déni colonial. Ils en ressurgissent régulièrement. Comme ce 9 novembre 2005, lorsque le gouvernement de Dominique de Villepin décrète l’état d’urgence après plus d’une semaine de révoltes urbaines. Il s’appuie sur la loi votée en 1955 contre laquelle les Algérien·nes ont manifesté le 17 octobre 1961. Elle n’avait jamais été appliquée depuis.

À l’été 2023, les longues journées passées au tribunal de Bobigny me ramènent aussi à des moments où j’ai été moi-même exposée à cette répression. Parmi tant d’autres manifestations – contre les crimes policiers, les agressions militaires françaises ou les violences coloniales –, celle du 19 juillet 2014 à Barbès, dans le nord de Paris, est restée gravée dans mon esprit. Depuis onze jours, Israël bombardait Gaza. 343 mort·es, dont 73 enfants, et environ 2 400 blessé·es palestinien·nes étaient déjà recensé·es. Des manifestations contre ce énième massacre commis par l’État israélien s’organisaient dans le monde entier. Mais, le 18 juillet, Manuel Valls, alors Premier ministre, a décidé de les interdire en France, au prétexte d’un supposé assaut de manifestant·es contre la synagogue de la rue de la Roquette (dans le XIe arrondissement) lors d’une marche de soutien aux Gazaoui·es quelques jours plus tôt.

Dans ma vie de jeune militante, c’est la première fois qu’une manifestation est interdite. Mais rien ne pouvait m’empêcher d’y aller. J’avais la même audace que les jeunes d’aujourd’hui. J’ai arpenté mon quartier, le XVIIIe arrondissement de Paris, en contournant les barrages policiers sur les boulevards et en traversant Montmartre à pied pour gagner la station de métro Château-Rouge.

Un·e manifestant·e avec un keffieh brandit devant son visage une pancarte sur laquelle il est écrit "Résister c'est exister" accompagnée de deux drapeaux palestiniens.
Le 9 novembre 2024, à Paris lors d’une manifestation de soutien à la Palestine.
Crédit : Xose Bouzas / Hans Lucas

Nous avons très vite été nombreux·ses à être nassé·es. La chaleur était insupportable. Rapidement, ma bouche s’est asséchée. C’était ramadan et, comme beaucoup d’autres manifestant·es, je jeûnais. Une femme blanche assez âgée marchait difficilement, cherchant un bus. Je me souviens lui expliquer que tout était bloqué. Au même moment, une amie me retrouvait dans la foule soudain secouée d’un mouvement de panique. La pression rendait l’air irrespirable. J’ai saisi la main de la vieille femme pour l’emmener avec nous vers la rue Custine. Nous nous sommes réfugiées, toutes les trois, dans la cour d’un immeuble miraculeusement accessible.

Pendant près d’une heure, nous avons entendu les bruits venus de la rue derrière la porte fermée. Cris, explosions, pas de course résonnant sur le bitume brûlant. Le gaz s’infiltrait jusque dans la cour. J’ai frôlé plusieurs fois le malaise. Contrairement à d’autres, nous avions trouvé un abri et échappé aux arrestations, mais tout est resté comme imprimé dans mon corps.

La rue était à nous

Lorsque mon amie et moi avons quitté cette cour, la manifestation était dispersée. Nous avons rejoint les groupes disséminés aux abords du quartier en marchant vers le Sacré-Cœur avant de redescendre vers la place du Châtelet. Criant des slogans, des mini-cortèges s’étoffaient au gré des rencontres : nous retrouvions toutes celles et ceux qui avaient refusé de disparaître. Ensemble, nous tentions de faire exister, dans les rues, notre refus de ce qui se déroulait injustement à Gaza. À chaque micro-rassemblement, la police rappliquait et nous gazait. Au nord, à l’est et au centre de la capitale, nous avons pourtant formé obstinément des cortèges, jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne. La rue était à nous.

Alors que nos vies et nos histoires non blanches constituent, en elles-mêmes, un acte de désobéissance face à l’ordre colonial, nous sommes contraint·es, régulièrement, de braver des interdits très concrets. « To exist is to resist », peut-on lire sur les murs des camps de réfugié·es en Palestine. « La résistance, c’est la voie de l’existence ! », crions-nous aussi.

Neuf ans plus tard, en 2023, c’est encore pour la Palestine que je défie l’ordre raciste qui veut réduire nos voix au silence. Quelques jours après le 7 octobre, le génocide est déjà en germes sous nos yeux. Je suis devenue mère mais, comme en 2014, je n’hésite pas à me joindre aux quelques milliers de personnes qui bravent l’interdiction de manifester, à Paris, le 12 octobre.

Sur la place de la République, je reconnais des visages aimés, dont celui de l’amie de 2014. Nous nous reconnaissons dans la foule. De nouveaux visages sont là aussi : la nouvelle génération, que je contribue à éduquer, est venue, drapeaux palestiniens et keffiehs en main, hurlant sa solidarité avec le peuple palestinien. Sans expérience des manifestations, la majorité ne sait même pas que le rassemblement est interdit. Avec mes amies, je me tiens un peu en retrait pour observer et essayer de guider cette petite foule en cas d’attaque policière. Nous savons ce qui attend les manifestant·es. Nous tentons de transmettre ce que nous savons : placer son keffieh sur sa bouche et son nez pour se protéger du gaz, rester groupé·es et ne jamais céder aux mouvements de panique, garder en vue une rue vers laquelle s’échapper rapidement face à une charge ou pour s’extraire d’une nasse en formation. Finalement la police utilise le canon à eau…

Nous ne sommes pas venu·es par désir d’en découdre mais pour refuser que la solidarité avec le peuple palestinien soit diabolisée et criminalisée. Le 28 octobre 2023, place du Châtelet, le rassemblement exigeant un cessez-le-feu à Gaza est, lui aussi, frappé d’interdiction : 1 359 personnes écopent d’une amende de 135 euros. Ce n’est qu’un mois après le début de la guerre génocidaire qu’une manifestation est finalement autorisée à Paris. Il aura fallu lutter contre le récit politique faisant de tous·tes les Palestinien·nes des terroristes antisémites pour gagner le droit d’être solidaires de leur lutte contre le colonialisme et leur destruction annoncée.

Désobéir nous a permis de tenir la digue. C’est un geste que, comme nos ancêtres, nous n’avons pas le luxe de refuser, un fardeau dont nous n’avons pas la possibilité de nous délester : il est coûteux, risqué, mais nécessaire à notre survie et à notre libération. Il tient à la fois de la stratégie incorporée, de la science et de l’intuition. Il se pratique dans la pleine conscience de nos héritages historiques autant que de nos perspectives futures ; car il s’agit toujours de reconnaître le moment où la prise de ce risque vital en vaut, vraiment, la peine.

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