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03.03.2026 à 16:39

« La grève générale c’est quand on s’arrête complètement de travailler, même à la maison »

Emma Bokono
Dans quel contexte ce livre-manifeste a vu le jour ? Au départ, il y a un collectif féministe, La Syndicale, que nous avons monté à plusieurs à l’été 2022. L’idée […]
Texte intégral (1192 mots)

Dans quel contexte ce livre-manifeste a vu le jour ?

Au départ, il y a un collectif féministe, La Syndicale, que nous avons monté à plusieurs à l’été 2022. L’idée était de lutter contre l’invisibilisation du travail reproductif, en l’appréhendant avec des outils similaires à ceux déployés dans les syndicats pour penser le travail qui est échangé, contre salaire, sur le marché de l’emploi.

Le travail reproductif désigne des tâches domestiques réalisées sans contrepartie financière : faire la cuisine, le ménage, prendre en charge les besoins physiologiques et affectifs de ses proches… Mais ça englobe aussi les métiers du nettoyage, du soin, de l’éducation. Des professions dont on estime généralement qu’elles nécessitent peu de compétences, et qui font l’objet d’une faible rétribution financière.

Pour évoquer les multiples facettes de ce travail, je me suis plongée dans la riche littérature féministe qui existe sur le sujet, et surtout, j’ai recueilli des dizaines de témoignages de gens d’horizons très divers. Nous avons également organisé des événements avec des collectifs impliqués sur des sujets comme l’isolement des mères célibataires ou les droits des enfants par exemple, afin de réfléchir à des revendications spécifiques.

Quel est le profil des travailleur·euses que vous mettez en lumière ?

Dans les familles, le travail reproductif est essentiellement effectué par les femmes, notamment les mères. Mais j’ai cherché à montrer qu’il concerne d’autres personnes : quand on est la fille aînée d’une famille avec plusieurs enfants, on peut être amenée, très tôt, à prendre en charge ses frères et sœurs. À l’autre bout de l’échelle, il y a les personnes retraitées, comme ces grand-mères, considérées comme inactives dans les statistiques, mais qui sont très impliquées dans les soins aux petits-enfants. Dans tous les cas, les compétences requises pour accomplir ces tâches sont naturalisées : elles reviennent aux filles, puis aux femmes, qui sont perçues comme étant celles qui, par nature, devraient prendre soin des autres et seraient les plus qualifiées pour le faire. C’est une assignation genrée très forte. Mais dans le travail reproductif rémunéré, accompli par les employé·es de ménage, les aide-soignant·es, les personnels de crèche… il y a aussi des assignations sociales et raciales très marquées. À niveau de diplôme égal, il y a beaucoup plus de personnes immigrées ou racisées qui travaillent dans le nettoyage et dans le soin que de personnes blanches, par exemple. Les personnes issues des classes populaires y sont également surreprésentées.


« Il faut qu’on reconnaisse ces interdépendances qui sont autant de liens sociaux entre nous. »


Vous mettez aussi en lumière le travail accompli par les personnes handies…

Quand on étiquette les personnes non valides en parlant de personnes « dépendantes », on oublie la somme énorme de travail gratuit reproductif qu’elles assument pour vivre, au quotidien, dans une société validiste qui leur demande un surcroît d’adaptation : quand on a un handicap, on a besoin de plus de temps pour se déplacer dans un espace public aux infrastructures défaillantes, pour se reposer parce qu’on évolue à un poste de travail inadapté, pour accomplir toutes les tâches administratives – par exemple remplir un dossier auprès de la Maison départementale des personnes handicapées. Mais surtout, ces personnes sont souvent autant aidées qu’aidantes : les statistiques montrent par exemple que les mères handicapées font autant de travail domestique que les mères valides, même quand elles ont un conjoint valide.

De manière générale, j’invite à questionner l’idée que certaines personnes seraient « inactives » ou « dépendantes ». L’autonomie telle que la valorise l’idéologie néolibérale est une fiction : quelle est l’autonomie réelle d’une personne riche, qui a un boulot très valorisé, et qui a quelqu’un pour lui faire à manger, faire son ménage à domicile, prendre soin d’elle à l’hôpital en cas de problème de santé ? Je milite pour qu’on reconnaisse les interdépendances qui sont autant de liens sociaux entre nous.

Quels outils proposez-vous pour la mise en œuvre de ce que vous appelez un « syndicalisme du quotidien » ?

Nombre de personnes dont j’ai recueilli les témoignages m’ont raconté leurs stratégies, leurs « luttes sans piquets de grève » menées individuellement dans l’espace du foyer : une femme explique par exemple comment elle fait la grève et pose des conditions pour répartir le travail à la maison, une autre m’a confié l’« arrêt de travail domestique » que lui avaient délivré ses amies à la suite d’un problème de santé. Ensuite, il y a des outils qui impliquent de petites communautés : les groupes de parole ou les mutuelles d’entraide, par exemple. Ce sont des endroits où on partage à la fois des vécus et des stratégies de résistance, qui permettent de sortir de l’isolement et de se politiser.

Enfin, pour ce qui est de la résistance collective, il y a plusieurs pistes. Par exemple la grève féministe. La grève classique consiste à arrêter le travail salarié, mais, de manière un peu stéréotypée, on peut dire que quand le gréviste rentre chez lui, il y a un repas et des enfants qui ont été pris en charge. Or la grève générale, c’est la grève de tout le travail, y compris le travail reproductif gratuit. C’est ce qui s’est passé par exemple en Islande le 24 octobre 1975: 90% des femmes ont fait grève. Ça a bloqué le pays et permis de visibiliser le travail effectué dans les foyers. De visibiliser ce travail qui jouit d’une faible reconnaissance mais qui fait tenir la société. Car si celles et ceux qui l’effectuent s’arrêtent, eh bien le monde s’arrête !

Si on s’arrête, le monde s’arrête, de Mathilde Blézat. 19,90 euros. En précommande sur revueladeferlante.fr

03.03.2026 à 10:24

Fiches pratiques à télécharger

La Déferlante
Ces fiches pratiques sont inspirées du livre de Mathilde Blézat Si on s’arrête, le monde s’arrête. Un ouvrage qui met en évidence les tâches domestiques, de soin, d’éducation, de prise […]
Lire plus (191 mots)

Ces fiches pratiques sont inspirées du livre de Mathilde Blézat Si on s’arrête, le monde s’arrête. Un ouvrage qui met en évidence les tâches domestiques, de soin, d’éducation, de prise en charge affective accomplies quotidiennement par des travailleur·euses de l’ombre, et qui propose des outils concrets et des pistes politiques pour mieux reconnaître et partager ce travail.

À télécharger dans les PDF ci-dessous :

Un modèle d’arrêt domestique pour prescrire à nos proches surmené·es des arrêts du travail quotidien.

→ Un petit guide pour animer un groupe de parole avec la technique des « petits papiers »

→ Un quiz pour déterminer si une activité relève du travail, ou pas.

26.02.2026 à 15:32

Violences scolaires : « Avec 28 élèves par classe, on ne peut pas détecter les enfants qui vont mal »

Sylvie Fagnart
Dans son courrier aux parents, le ministre de l’Éducation nationale dit observer une « banalisation de la violence, extrême, qui plus est ». Partagez-vous ce constat ? On ne peut pas nier la […]
Texte intégral (1203 mots)

Dans son courrier aux parents, le ministre de l’Éducation nationale dit observer une « banalisation de la violence, extrême, qui plus est ». Partagez-vous ce constat ?

On ne peut pas nier la survenue d’un certain nombre d’actes violents à l’école depuis le début de l’année 2025. Mais ces actes ne sont pas uniquement le fait des enfants, loin de là. Je pense par exemple au suicide, en septembre 2025, de Caroline Grandjean, cette professeure des écoles qui a subi du harcèlement lesbophobe venu des adultes.

La démarche de ce courrier s’inscrit dans une vision ancienne de l’école et témoigne d’un comportement paternaliste vis-à-vis des parents de la part d’un ministre qui se pose en autorité. Il est plus facile de pointer du doigt la manière dont les parents élèvent leurs enfants que d’interroger notre responsabilité collective dans la survenue des violences scolaires.

Il insiste en revanche sur le rôle joué par « les centaines de milliers de personnels »des écoles, envers lesquels les élèves et parents d’élèves seraient, selon lui, « redevables ». Que vous inspire cet argument ?

J’aimerais rappeler que l’école manque cruellement de personnels médico-sociaux : tous niveaux et tous établissements confondus, on compte actuellement 700 médecins et 8 000 infirmier·es, pour 12 millions d’élèves. Les recrutements prévus par le budget 2026 sont en deçà des besoins. Qui plus est, ces postes ne seront peut-être pas tous pourvus dans les années à venir du fait du manque d’attractivité de l’Éducation nationale, notamment en raison des faibles salaires proposés. Si on ouvre des postes mais qu’on ne donne pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions, cette campagne de recrutement est un jeu de dupes.

Parallèlement, 4 000 postes d’enseignant·es vont être supprimés à la rentrée prochaine. Ces choix comptables ont des conséquences indirectes sur la santé mentale des enfants. Avec 28 élèves par classe, on ne peut ni détecter les situations de violence ni celles de mal-être.

Les violences commises par les adultes sur les enfants ne sont nulle part abordées dans la lettre. Qu’est-ce que cela révèle ?

Le ministre occulte la violence de l’institution pour se concentrer sur celle des élèves, dont les parents seraient les premiers responsables. Sa lettre évoque bien le harcèlement dont sont victimes les enfants, mais elle en occulte la dimension intersectionnelle. À travers le harcèlement, on voit des enfants subir des violences racistes, LGBTphobes et sexistes, un angle invisibilisé par l’institution. Les violences commises sur les enfants par les adultes ont cours depuis très longtemps et sont enracinées dans des rapports sociaux, comme l’a révélé l’affaire de l’institution Notre-Dame-de-Bétharram qui a émergé médiatiquement fin 2023.


« Alors qu’elle porte une mission de protection de l’enfance, l’école génère elle-même de la violence en son sein. »


Par ailleurs, le fait qu’il ne s’adresse qu’aux parents et non aux personnes concernées – les enfants – entretient les rapports de domination au sein de l’institution scolaire. Les enfants sont considéré·es comme des problèmes. Déjà en 2004, la loi interdisant les signes religieux à l’école – elle visait en particulier le voile – a renforcé cette perception à l’égard des jeunes filles musulmanes. Dans leurs rappels à l’ordre et à l’autorité, les établissements ont tendance à créer des distinctions entre les enfants, en fonction notamment de leur religion réelle ou supposée. Alors qu’elle porte une mission de protection de l’enfance contre les dangers venant de l’extérieur, l’école génère elle-même de la violence en son sein.

Cette question de la violence institutionnelle en milieu scolaire est au cœur de la proposition de loi déposée le 28 janvier par Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise), issue de leurs travaux d’enquête parlementaire (lire notre encadré). Ne tient-on pas, avec ce texte, un début de solution ?

Leur méthode de travail doit être saluée : il et elle ont impliqué de nombreux acteurs et actrices concerné·es, entre autres des associations de victimes. Cette proposition, si elle est adoptée, aura un effet symbolique de reconnaissance de la violence institutionnelle. Mais elle va se heurter à la réalité de l’Éducation nationale : une énorme machine qui a des besoins importants en matière de formation, de prévention et de protection des enfants contre les violences. On peut produire beaucoup de lois, mais elles ne peuvent pas être appliquées sans argent. Or, le budget de l’État n’est pas au beau fixe et le projet du gouvernement n’est pas d’investir des millions dans la lutte contre les violences. On en a eu la démonstration avec la promulgation du programme d’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (Évars) à la rentrée 2025. C’est une victoire de longue haleine pour les syndicats et les associations. Mais dans les établissements, les moyens pour le mettre en œuvre – formation des enseignant·es en tête – sont toujours absents.

Une proposition de loi contre les violences en milieu scolaire

Déposée le 28 janvier 2026 devant l’Assemblée nationale, la proposition de loi des député·es Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise) est l’aboutissement de cinq mois d’enquête et d’auditions parlementaires organisées début 2025. Après un premier article reconnaissant les violences subies par les enfants dans le milieu scolaire et l’omerta qui a contribué à les faire perdurer, le texte transpartisan propose la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes. Il suggère aussi d’étendre l’obligation de présenter un « certificat d’honorabilité » pour toutes les personnes intervenant en milieu scolaire. La proposition de loi renforce aussi les sanctions contre les auteur·ices de violences et modifie les conditions de la prescription. Elle n’a pas encore été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

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