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21.10.2026 à 13:17

Le communisme primordial ou comment devenir autiste

dev

Léanne Pelletier Palardy

- 19 octobre / , ,
Texte intégral (2532 mots)

Je chercherai dans ce texte à rendre compte de ce que peuvent nous apprendre sur « l'autisme » et les « non-autistes » les écrits de Fernand Deligny issus de l'expérience « antipsychiatrique » qu'il mena avec ses camarades et amies dans les Cévennes dans le sud de la France de 1967 au début des années 80. Il sera ainsi question du « réseau » comme méthode d'intervention développée par Deligny, puis de ses conséquences théoriques allant du développement d'une distinction entre « l'humain » et « l'homme-que-nous-sommes », jusqu'à la découverte d'un « communisme primordial » et de ce qu'il serait possible d'appeler un devenir mutique (ou devenir autiste). Je chercherai finalement à proposer la piste d'une réactualisation contemporaine de la pensée de Deligny en la mettant en contraste avec le concept de « neurodiversité » et en la faisant entrer en relation avec la notion de devenir minoritaire proposée dans Mille plateaux par Deleuze et Guattari.

« Les cartes, à vrai dire, ne disent pas grand-chose, sinon que l'humain, on ne sait pas du tout ce que c'est, et le commun non plus.

D'où le fait qu'être communiste, c'est bien ce qu'il y a de plus difficile dans cet univers

où l'homme s'acharne et s'entête […] »

« Or le commun dont je veux parler, réfractaire à l'intrusion du langage, ne communie ni ne communique. »

« Serions-nous partisans d'un régime tout à fait obsolète ?

Pas du tout ; le régime est idéal, l'idéal du régime est de ne pas être. »
Fernand Deligny

Le réseau des Cévennes comme méthode

C'est dans un contexte marqué par des expériences de réformes radicales en psychiatrie que doit être placé le projet de Deligny de constituer un réseau de prise en charge d'enfants mutiques [1] à l'air libre en dehors des murs de l'institution psychiatrique. Plutôt que de s'en tenir à chercher à « soigner l'institution » comme l'ont fait les tenantes du mouvement de la psychothérapie institutionnelle, qui avaient pour but d'abolir les séparations et hiérarchies instituées entre médecins et personnes hospitalisées, c'est l'institution en tant que telle à laquelle Deligny décidera de tourner le dos. Rejetant ce mode de prise en charge et les savoirs qui en découlaient, il en vint donc à développer son propre modèle d'intervention anti-institutionnel, qui prend justement la forme du réseau. Concrètement, à partir de 1967, Deligny et ses camarades squattent des terres dans une région campagnarde du sud de la France. Se tisse un réseau « d'aires de séjours », où les enfants mutiques sont libre de circuler et d'agir librement et où les adultes usant du langage prennent en charge les travaux de subsistance. Au-delà de la liberté absolue qui est laissée aux enfants mutiques, une autre particularité, qui en est en fait la condition, participe de l'originalité de la méthode de Deligny, c'est que les adultes usant ou disposant du langage évitent à tout prix d'interpeller les enfants. En effet, il ne s'agissait pas de chercher à forcer les mutiques à parler ou à incorporer le mode d'être des personnes usant du langage.

Il ne s'agissait pas, non plus, pour Deligny et ses camarades de chercher à comprendre pourquoi les mutiques ne se comportent pas comme « on » voudrait qu'iels se comportent, comme le font les savoirs(-pouvoirs) institutionnels, mais plutôt de créer un espace, un topos selon les termes de Deligny, qui permette à des interactions fructueuses d'advenir entre les enfants mutiques et les adultes usant du langage, ainsi qu'entre les mutiques et leur environnement naturel et anthropique. Il ne s'agit donc pas, selon cette logique, de produire un savoir permettant de prédire les comportements des mutiques pour mieux les régler-diriger-contrôler, mais plutôt de relever les coïncidences, comme lieux, évènements et interactions à l'intérieur du réseau qui sont sources de joie et qui viennent neutraliser les manifestations de mal-être. Deligny et ses camarades considèrent en effet que les enfants mutiques sont plus à même de vivre des vies épanouies et libres s'iels existent dans un environnement ouvert et vivant (donnant lieu à des interactions imprédictibles ne pouvant pas être l'objet d'un savoir), que dans un environnement institutionnel fermé où les interactions sont dans les faits réduites au minimum (favorisant peut-être la production d'un savoir prédictif, mais étouffant à la naissance toute coïncidence fructueuse).

Pour relever ces coïncidences et construire ce qu'on pourrait appeler un non-savoir expérientiel, Deligny et ses camarades développèrent donc l'outil des cartes. Plutôt que de chercher l'intention derrière les gestes des mutiques, geste par lequel iels n'auraient fait que projeter le mode d'être des personnes usant du langage sur la réalité des enfants mutiques, iels s'en sont donc remis à l'étude des gestes des personnes mutiques et des personnes usant du langage en tant qu'ils se déploient dans l'espace, sur les aires de séjour, sur le topos. Iels produirent donc des cartes rendant compte des trajets des personnes usant du langage (appelés lignes coutumières, en tant qu'elles sont rattachées au activités coutumières ou de subsistance) et ceux des personnes mutiques (appelés lignes d'erre en tant qu'elles relèvent de l'errance et qu'elles dévient des lignes coutumières). Cette méthode cartographique, permet ainsi de rendre visibles les coïncidences qui émergent du réseau, des croisements qui s'opèrent entre les trajets des personnes mutiques et ceux des personnes usant du langage où se devinent l'existence d'un Nous au carrefour de deux modes d'être.

L'humain face à l'homme-que-nous-sommes

Le « non-savoir expérientiel » développé par Deligny et ses camarades ne permis pas seulement de faire advenir des coïncidences fructueuses, il donna lieu également à la construction de distinctions analytiques permettant de mieux comprendre les modes d'être respectifs des personnes mutiques et des personnes usant du langage. Selon Deligny, le mode d'être mutique est celui de l'humain. L'humain comme espèce se déploit en réseaux asubjectifs avant que la conscience (associée au langage ou à la « fonction symbolique ») ne le fasse émerger comme sujet. Ainsi plutôt que de relever de l'humain comme espèce, le langage, ainsi que ses corollaires le sujet (distinct de l'objet) et le moi (distinct de l'autre), relèvent de l'homme-que-nous-sommes comme ethnie.

L'humain du mode d'être mutique et l'homme-que-nous-sommes des personnes usant du langage se distinguent également, selon Deligny, par leurs manières d'être en action. Ainsi, l'humain agit sans fin (sans objectif) et sans intention manifeste, c'est ce qu'il appelle l'agir, alors que l'homme-que-nous-sommes fait avec une intention et en fonction de fins, c'est ce qu'il appelle le faire. Les lignes coutumières par exemple relèvent donc du faire, alors que les lignes d'erre relèvent elles de l'agir.

En outre, il apparait que puisqu'iel n'est pas sujet, l'humain, le/la mutique, contrairement à l'homme-que-nous-sommes, à la personne usant du langage, n'est pas interpellable, il ne sert donc proprement à rien de chercher à faire d'iel un sujet, puisque l'agir contrairement au faire, ne répond pas à l'interpellation qui régit l'organisation autoritaire, étatique et capitaliste (dit autrement institutionnelle) de la vie. Il apparait également que l'humain ou le/la mutique « ne fait pas de distinctions de sexe » (on dirait aujourd'hui de genre), on pourrait donc dire qu'avant le langage et la subjectivité, l'humain est « non-binaire », que l'humain est une iel.

Si l'homme-que-nous-sommes tend à vouloir faire de lui-même un modèle et à faire de l'humain son inférieure, une déviation, une dégénérescence, une erreur de la nature, un déchet à anéantir, il apparait à Deligny qu'il y a là une grande erreur. On peut voir dans ces distinctions analytiques issues d'un « non-savoir expérientiel », une tentative de revaloriser le mode d'être des personnes mutiques, qui plutôt que d'échapper à l'humanité, serait en réalité le propre de l'humain tel qu'il existe au fond de nous, éclipsé par le sujet, par l'homme-que-nous-sommes. En effet, bien que selon lui cette distinction soit nécessaire, pour lui, derrière le faire, il y a toujours de l'agir, derrière le sujet se déploie, toujours une toile asubjective, mutique (ou dirions-nous « autiste »).

Le communisme primordial et l'orné comme devenir mutique

Le réseau cherchera donc à rendre possible le déploiement de ce mode d'être mutique caractéristique de l'humain. Deligny dira que ce mode d'être humain est un communisme primordial. Il s'agit d'un communisme, puisque tout y est commun. Il n'y existe en effet pas de distinctions claires entre sujets et objets, ni entre sujets, l'agir dans le milieu, sur le topos est donc essentiellement commun. Cet agir commun est le lieu d'une structure en réseau, autre que celle du langage qui régit le faire de l'homme-que-nous-sommes. En effet, si le trajet des enfants mutiques, leurs lignes d'erre, dévient des lignes coutumières des adultes usant du langage, il le fait d'une manière étrangement réglée. Suivant Deligny, le communisme primordial n'est autre que le monde asubjectif du « mouvement réitéré des choses qui précède la distinction entre moi et toi ». Ce communisme est dit primordial, dans la mesure où il n'est pas « primitif », c'est-à-dire qu'il ne correspond pas à un stade qui devrait être dépassé. Le mode d'être mutique, n'est en effet pas conçu ici comme un « trouble de développement », mais comme un monde propre à l'humain que l'homme-que-nous-sommes devrait cesser de combattre et qu'il devrait chercher à retrouver.

C'est donc ce communisme primordial que Deligny et ses camarades chercheront à faire émerger du réseau des Cévennes. Pour ce faire, en plus d'éviter, comme on l'a vu, d'avoir recours à quelque forme que ce soit d'interpellation (l'interpellation cherchant à faire émerger un ou des sujets, elle est en contradiction totale avec le mode d'être asubjectif des mutiques), iels développeront une technique qu'iels nommeront l'orné. L'orné consiste en le fait pour les adultes usant du langage participant du réseau à intégrer à leurs trajets et activités comme lignes coutumières des détours « inutiles », qui font écho à l'agir, soit aux actions sans fins ni intentions des enfants mutiques. On pourrait dire ce faisant, que d'une certaine manière, l'orné est le geste qu'exécute l'homme-que-nous-sommes lorsqu'il cherche à devenir humain, l'action qui permet aux personnes usant du langage de commencer à devenir mutique (ou autiste).

Deligny et la neurodiversité

Il m'apparait ainsi que l'orné est une des contributions fondamentales de Deligny et de ses camarades. Cette notion, cette pratique, ou dirions-nous, cette notion pratique, permet en effet d'envisager la rencontre entre un mode d'être historiquement dominant (ou majeur), celui de l'homme-que-nous-sommes, et un mode d'être historiquement minorisé, celui de l'humain. Il m'apparait ainsi que l'orné est un devenir mutique, au sens des devenirs minoritaires tels qu'ils furent théorisés par Deleuze et Guattari notamment dans Mille plateaux. Un devenir minoritaire étant en quelque sorte le mouvement par lequel le mode d'être d'une minorité cesse d'être définit par son rapport à la majorité (le modèle de la majorité étant celui de l'homme adulte) pour se déployer de lui-même. Il est entendu pour Deleuze et Guattari que ce devenir minoritaire de la minorité, va de pair avec un mouvement réciproque par lequel la majorité devient mineure, se minorise, se transforme en adoptant des rapports propres au mode d'être de la minorité.

Ainsi, interpréter l'orné à la manière d'un devenir minoritaire nous permet d'envisager une voie alternative non-essentialiste à ce qu'on appelle aujourd'hui le « mouvement de la neurodiversité ». Puisque le concept de « neurodiversité » renvoie à des catégories issues d'un savoir-pouvoir institutionnel (la psychiatrie et les neurosciences), il tend à être essentialiste, il produit des « intériorités » au travers desquelles il cherche à catégoriser, à cataloguer et à fixer les gens. Au contraire, l'orné, le devenir mutique de l'homme-que-nous-sommes, notamment du fait qu'il est issu non pas d'un savoir-pouvoir institutionnel, mais de ce que j'appelle dans ce texte un non-savoir expérientiel est ouvert sur l'extérieur (sur le dehors), il ne fixe-fige personne dans ses catégories. Une telle conception non-essentialiste permettrait donc de politiser pleinement la question de l'autisme et des soi-disant « neurodivergences » (le neuro est problématique en tant qu'il continu de se rattacher aux savoirs-pouvoirs institutionnels plutôt qu'aux non-savoirs expérientiels), en tant qu'elle permet d'envisager la possibilité de rendre les non-autistes autistes, les non-divergentes divergentes, d'entrainer la majorité sur un devenir minoritaire, plutôt que d'intégrer la minorité au monde de la majorité moyennant la reconnaissance d'une soi-disant « neurodiversité » encadrée dans son expression par la psychiatrie et les neurosciences.

Bibliographie :

Deleuze, G. et Guattari, F. (1980). Capitalisme et schizophrénie 2 : Mille plateaux. Les Éditions de Minuit.
Deligny, F. (2008). L'Arachnéen et autres textes. L'Arachnéen.


[1] C'est le nom qu'il donnait à celleux qu'on appelle aujourd'hui des « autistes non verbaux ».

21.10.2026 à 12:44

17 octobre : la magistrature au pas

dev

Instants d'audience au tribunal de Lyon

- 19 octobre / , ,
Texte intégral (5133 mots)

Ne s'embarrassant pas d'une quelconque séparation des pouvoirs, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a exigé publiquement que la justice soit la plus sévère possible à l'encontre des manifestants interpellés le 17 octobre. La magistrature, peu connue pour son indépendance vis-à-vis des coups de menton du pouvoir, semble obtempérer. Quelques instants d'audience recueillis au tribunal de Lyon.

Deux jeunes femmes arrivent dans le box. L'une est accusée de vol en réunion (en « récidive légale »). L'autre d'avoir conduit un véhicule alors que son permis est suspendue et d'avoir commis un « refus d'obtempérer ».
« Est-ce que quelqu'un est là pour la société JD sport, partie civile » demande le juge. Pas de réponse.
Le procès commence. Vers 3h du mat', une patrouille de police est positionnée derrière le JD Sport de la Soie à Vaulx-en-Velin. La porte de la réserve a été fracturée et « un pillage est en cours ». Le sol est jonché de vêtements. L'équipage remarque un jeune homme, chargé de vêtements, qui s'engouffre dans une voiture, qui démarre. La police les prend en chasse sur quelques dizaines de kilomètres (30 min de course-poursuite apparemment). Puis la voiture stoppe. Le jeune homme en sort et s'enfuit dans un immeuble.
La conductrice stoppe la voiture quelques rues plus loin et les deux occupantes sont sorties de force et menottées. La passagère est dépistée au cannabis. La voiture finit au commissariat de Villeurbanne.

Le préjudice des vêtements retrouvés dans la voiture s'élève à 1725 euros. Mais, précise, le juge, des vêtements ont été jeté par la fenêtre durant toute la course-poursuite.

La conductrice raconte : « j'étais posé, je regardais les petits qui sortaient du magasin, y'avait plein de gens qui sortaient les bras chargés. En vrai, je cautionne pas. »
Un type est venu dans sa voiture. Il lui a proposé 50 euros pour le ramener à Vaulx-en-Velin. Le véhicule qui devait le récupérer était parti. Le véhicule de police s'est rapproché. La proposition s'est transformé en menaces (« je connais ton blaze, démarre »). Et la course-poursuite s'est lancée.
« En garde à vue, j'ai réalisé que j'avais fait de la merde, je ne peux plus revenir en arrière. »

Le juge, à son amie qui a ramassé des vêtements devant le magasin : « vous avez dit que c'était une pulsion dans votre corps ? » « Non j'ai jamais dit ça. Les policiers ne m'ont pas laissé relire ma déposition. »

Procureur : « Vous avez un certain nombre de choses qui se sont passées dans le centre, des événements qui ont secoué la ville de Lyon ce week-end. Ces faits sont qualifiés par la loi au préjudice du magasin JD Sport. On peut se dire que ce ne sont que des atteintes aux biens, que ce n'est pas très grave. Des gens ont profité du chaos, ce qui a donné lieu à des scènes de pillage au préjudice des magasins et des habitants des quartiers. »
« On est là dans l'expression de comportements asociaux. Ils profitent de l'anonymat de ces rassemblements. Elles ont profité de l'anarchie. L'agglomération a été à feux et à sang, tout le monde regarde la télé et les réseaux sociaux. Les fonctionnaires de police ont été débordés. Elles sont les seules à se faire interpeller, certes. Tant pis pour elles. »
« Ces dames ont bien vu ce qui se jouait cette nuit-là. Il y avait un pillage en cours. Même ramasser les vêtements par terre, c'est du vol. Elles n'ont pas d'intégration de la loi. »

La proc' demande 10 mois avec mandat de dépôt, dont 6 mois assortis d'un TIG + interdiction de Vaulx-en-Velin pour 5 ans. Pour la conductrice 9 mois d'emprisonnement + la révocation d'un sursis de 3 mois, le tout avec mandat de dépôt + interdiction de Vaulx-en-Velin pour 5 ans et confiscation de la voiture + interdiction de repasser le permis pour 5 ans.
[Les deux jeunes femmes ont les yeux rougis.]

Avocat : « J'entends qu'on parle d'une nuit de chaos. À chaque fois, c'est un dossier, une personnalité, ce ne sont pas des éléments de contexte qui doivent contraindre cette décision. Quand un pillage est opéré, ce ne sont pas les 20 premiers qui sont interpellés. Ce sont les derniers, ceux qui étaient là parce que c'était noël. Par opportunisme, l'une a ramassé des affaire. Attrapé les dernières n'a pas empêché les 30 premiers de prendre des affaires. La sanction ne doit pas satisfaire le pouvoir politique. Le "refus d'obtempérer" en comparution immédiate, c'est le lot quotidien. Elle n'a pas eu de comportement particulièrement dangereux. La culpabilité a été reconnue. »
« Mais quand j'entends 9 mois d'enfermement avec mandat de dépôt, est-ce qu'on fait du maintien de l'ordre ici ? Non, c'est la justice ici. Je n'ai pas entendu que les règles de droit aient changé dernièrement. J'entends qu'il y a des attentes d'ordre de la part de la population. Prononcer cette peine, c'est complètement disproportionné, ses enfants risquent d'être placés. Elle a une charge de famille, on doit basculer sur du ferme aménageable. »
« L'interdiction de Vaulx-en-Velin ? Toute sa famille habite là-bas, le père de ses enfants. Les interdictions territoriales, c'est pour des infractions liées au territoire. »

Avocate de la deuxième : « Je voudrais que cette jeune femme soit sanctionnée pour ce qu'elle a commis. Vous ne devez pas cédé à la pression, par exemple de cette salle qui est pleine [en vérité, la plupart des gens sont des proches des arrêtés]. Ne rendez pas des décisions qui sont des exemples. Elle ne s'est jamais retrouvée devant la justice. »

Verdict : pour l'une, 8 mois avec sursis, interdiction de Vaulx-en-Velin pour 2 ans.
Pour l'autre, 6 mois + 3 mois de sursis révoqués, 3 mois pour le refus d'obtempérer, le tout sous bracelet. Interdiction du Carré de Soie pour 2 ans.
Pour les dommages et intérêts pour JD Sport, la cour renvoie à plus tard.

* * *

Un jeune homme comparait pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ».
Le juge : « On a retrouvé sur vous une cagoule et du sérum physiologique, vous avez été arrêté dans le Monoprix de Bellecour. Vous êtes aussi accusé d'avoir exercé des violences sur Benjamin C., fonctionnaire de police, n'ayant pas entraîné d'ITT de plus de 8 jours, en l'espèce en lui mettant un coup de tête. On a reçu un courrier de constitution de partie civile. »
« Pouvez-vous nous expliquer ce que vous veniez faire ? Dans quel contexte vous êtes vous retrouvés là. »
Prévenu : « J'ai bien tenté de voler. En sortant j'ai été interpellé par les CRS. Je n'ai pas tenté de fuir. Ils m'ont fait mal, je me suis débattu. Ils ont considéré ça comme de la violence. En aucun cas je n'en avais l'intention. »
J : « Qu'allez-vous faire dans un Monoprix en train de se faire piller ? » (le juge précise qu'il a un casier vierge). »
P : « J'avais manifesté de manière pacifique. »
J : « Justement, on entend dire qu'il faut distinguer les manifestants des pillards. Mettez-vous à la place des CRS, votre tenue, c'est une tenue pour aller manifester ? Pourquoi êtes-vous surpris qu'on vous interpelle ? Quand on est interpellé on lâche prise, sinon on risque la rébellion. Et vous pouvez blesser des policiers. Et le coup de tête au menton ? »
J : « Je n'avais pas l'intention de lui faire mal ». L'avocat intervient : en réalité, dans sa tentative de fuite, le policier certifie dans sa déposition qu'il a pris un coup de bras involontairement et que c'est le poids de son casque qui l'a blessé. Contrairement à certains PV du dossier, il n'y a jamais eu de coup de tête…

Maitre Bohé, l'avocat de la police prend la parole. Il se met à poursuivre l'interrogatoire du jeune homme. comme si on était encore en garde à vue. « À quelle heure êtes-vous arrivés pour la manifestation ? Celui-ci habite en Suisse, pourquoi venez-vous à une manifestation à Lyon ? (« J'ai déjà habité en France, je voulais soutenir la cause ») ? Quelles informations avez-vous eu sur le 17 octobre ? Êtes-vous sur des groupes telegram ? Il y avait de nombreux black blocs de toute l'Europe, que veniez-vous faire-là ? Pourquoi en noir ? Pourquoi ne pas être reconnaissable ? Vous alliez dormir où ? Avez-vous jeté des pierres plus tôt ? »
L'avocat de la défense se lève : « Cher collègue, on s'égare, on déborde du dossier, tout cela n'est pas dans la prévention. Il n'a pas d'obligation de vous répondre. »

L'avocat de la partie civile (Monop') demande un renvoi sur intérêt civil pour « chiffrer le préjudice ».

L'avocat de la police (de nouveau) : « Je me lève en soutien de la défense des fonctionnaires de police. La CRS83 était là pour du maintien de l'ordre. Première chose : il y avait ce 17 octobre un mouvement social qui devait se dérouler à Lyon et à d'autres endroits. La police avait été déployée pour permettre son bon déroulement. Certains groupes sont venus uniquement pour affronter la police. Je rappelle que cent policiers ont été blessés au cours de cette journée à Lyon.
La manifestation s'est déroulée sans trop de difficulté [ça c'est le plus gros mensonge de la journée, il n'y a jamais eu à Lyon de manifestation « bon enfant » « revendicative » avec à la marge du pillage. Il y a eu des cortèges sauvages toute la matinée puis une foule qui s'est massée à Bellecour et autour en fin de matinée/début d'aprem, puis sa dispersion par gaz, puis une marée humaine qui a grossi en différents endroits de la presqu'île, des affrontements avec les flics, de l'expropriation de marchandises toute l'après-midi, une mutinerie au CRA de St-Ex et deux bâtiments incendiés, des répliques à Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Mermoz, etc.].
« Les CRS sont lourdement défendus. Les projectiles lancés pouvaient les tuer s'ils n'étaient pas protéger. 1000 grenades lacrymogène ont été tirées ce jour-là, les stocks locaux étaient presque épuisés. »
« Sur le plan collectif, ça a été très destructif. Quand on participe individuellement à une œuvre aussi destructive, il faut se rendre compte qu'on va devoir assurer les conséquences. La plupart des prévenus ont accepté d'être interpellés. Lui non. Tous n'étaient pas habillés comme lui. »
« Je crains qu'il ne soit venu avec d'autres sur la ville de Lyon pour provoquer des saccages. L'essentiel des blessures aux cervicales de mon client est dû à son casque très lourd. En dépit de son arrêt de travail, ce policier m'a dit qu'il était retourné en mission aujourd'hui. Le prévenu a essayé d'échapper à ses responsabilités. Il y a une sidération par rapport à cette violence que Lyon n'avait pas connu depuis longtemps. »

Procureur : « Il y a eu des exactions particulièrement graves. Un PV global a été demandé pour se rendre compte de l'ensemble de ce qui s'est passé. Il nous dit si je résume "j'étais seul, qu'est-ce que je pourrais faire de mal ?" Il ne pourra pas vous faire croire qu'il a agi de manière décorrélée du contexte de guérilla urbaine. On a tous été sidéré. On a tous suivi pas à pas ce qui se passait. J'attends que votre tribunal prenne en compte ce PV de contexte. Ce jeune homme a des capacités à s'exprimer. Il a des convictions. »
« Je vais mettre ma petite cagoule et je vais rentrer dans un magasin pillé. Vous avez un citoyen qui est capable de s'en prendre physiquement à un fonctionnaire de police. L'intéressé a bien participé à un groupement formé. Je vous demande d'entrer en voie de condamnation : 6 mois avec mandat de dépôt + interdiction du Rhône pendant 5 ans.

Avocat de la défense : « Le "coup de tête" se transforme au gré des PV. Benjamin F. (CRS) dit que deux personnes étaient à l'intérieur du Monoprix. Mon client a été sorti du magasin par deux fonctionnaires de police. Ils l'ont remis à un troisième qui tenait à la main une grenade. Il a vu l'occasion de se carapater.
Après avoir été maîtrisé, le police enclenche sa caméra piéton et commence une audition sauvage alors que mon client est menotté au sol. Ce n'est pas son office. Mon client reconnaît la tentative de vol mais c'est irrecevable. C'est illégal. Dans sa fuite, son bras a heurté le menton du policier, le poids de son casque a accentué sa "blessure". »
« Le sérum physiologique qu'on a retrouvé sur lui pour caractériser le "groupement" ? Tout le monde en a, les manifestants comme les policiers. »
« Le certificat médical du policier ? Pour des femmes battues que j'ai défendu avec des bleus sur tout le corps, je n'ai obtenu que deux jours d'ITT1. Il a des acouphènes ? Ça n'a rien d'objectif, c'est lui qui le dit. Huit jours pour des “contractures aux cervicales” ? On se moque du monde ? Je tombe des nues. »
« La comparution immédiate n'était à mon sens pas nécessaire, ça valait une CRPC2. On est là juste parce qu'il est étranger. Ce qu'il a fait appelle à une simple peine d'avertissement. »
« Porter une cagoule et avoir tenté de voler des chips ne constitue pas un groupement pour commettre des violences. »

L'avocat de la police reprend la parole. Il avait oublié de demander les dommages et intérêt pour son client : 3000 euros.

Verdict : relaxe pour le « groupement de vue de... », 12 mois de sursis + interdiction du Rhône pendant 3 ans + 500 euros pour le policier-blessé-qui-va-travailler-le-lendemain pour ses « souffrances endurées » [sic].
Enfin, il est renvoyé sur « intérêt civil » pour indemniser « l'agent judiciaire de l'État »...

* * *

M. est arrêté avec un sac contenant six porte-feuilles, un pantalon, deux paires de lunettes, un sac en cuir, un en tissu (le tout Louis Vitton). Il serait entré par effraction par une vitrine cassée. Il est en « récidive ».

Juge : « Vous avez été interpellé à 23h40 en marge des pillages. Vous êtes interpellé avec deux personnes (un mineur et un dont l'état s'avérera incompatible avec la poursuite de la garde à vue). Il n'y a pas d'inventaire des marchandises. Simplement des photos.Que nous dites-vous aujourd'hui ? »
Prévenu : « Je ne suis pas rentré dans le magasin, y'avait trop de trucs par terre. Je ne suis pas rentré, je n'ai rien cassé. »
J : « Pourquoi vous ramassez alors ? Qu'est-ce que vous faisiez ici ce soir-là ? »
P : « Non je passais par là. »
J : « Que vouliez-vous faire avec ces objets ? [narquois] Les payer ?
P : « … Je ne sais pas, c'était juste devant le magasin. Y'avait trop de trucs par terre. Je m'excuse. »

Proc : « [narquoise] Est-il si naturel pour vous de voler que vous ne vous en rendez même plus compte ? »
P : « Tout le monde le faisait, c'était par terre. »
P : « C'était à quelle heure ? Le magasin était ouvert ? [se foutant de sa gueule] Ah non !
[bis repetita] Vous saviez que les gens qui étaient autour de vous n'étaient pas les services de la ville quand même ! »

Juge : « Vous avez déjà un sursis pour vol en réunion. Vous êtes algérien, arrivé en 2020, vous vivez chez votre tante, vous êtes célibataire sans enfant. Vous avez une OQTF depuis le 10 mai 2026. »

Proc : « Le tribunal appréciera les agissements de l'intéressé. Je ne veux pas être redondante mais vous apprécierez aussi le PV de contexte qui constate une situation catastrophique de la presqu'île lyonnaise. »
« Il vient vous soutenir qu'il n'avait pas conscience qu'il volait. Le tribunal appréciera. Le tribunal pour enfants l'a déjà condamné à 3 mois avec sursis, on peut se poser la question de savoir s'il n'abuse pas le tribunal. Je ne vais pas alourdir votre audience, il y a encore beaucoup d'individus qui ont commis des exactions. »
« Le centre-ville était une vaste zone de guerre. Pour la vol aggravé, vous le condamnerez, le tribunal le rappellera à ses responsabilités. Je demande 6 mois ferme + les 3 mois de sursis, le tout assorti d'un mandat de dépôt + interdiction du territoire de 5 ans. »
« Il a un gros défaut d'intégration de la loi chez nous. L'autorité administrative le lui a fait comprendre. Mais il faut qu'il comprenne qu'il n'a rien à faire sur notre territoire. Derrière moi se tiennent les citoyens qui veulent qu'on puisse vivre de manière apaisée. »

La défense : « C'est un vol d'opportunité, il était en "tenue bourgeoise" [vocabulaire policier]. Il n'avait pas de sac [il l'a ramassé sur place], pas un élément de préparation. »
« On a pas le temps de faire un inventaire précis des biens volés... Je m'interroge. Tout le monde sait que ce sont des biens de grande valeur. Comme tout le monde, j'ai vu les vidéos suspectes de policiers qui semblaient subtiliser des marchandises… Je n'accuse personne. Mais je m'interroge. Attention quand même. »
L'avocat rappelle qu'il y a eu une mutinerie au CRA de St-Ex le 17 octobre et que certains policiers ont été envoyés en urgence sur place « Si vous voulez lui faire quitter la France, ce n'est pas nécessaire de le mettre en prison. »

Verdict : condamné à 6 mois avec mandat de dépôt + interdiction du territoire français pour 2 ans.

* * *

Nouvel accusé dans le box. Il lui est reproché d'avoir exercé des violences sur des fonctionnaires de police avec une « barre ». « Voulez-vous être jugé aujourd'hui ou préférez-vous un délai ? » L'homme ne comprend pas complètement ce qu'on lui dit.
« Monsieur vous n'avez pas demandé d'interprète en garde à vue. Il est indiqué que vous ne pouvez ni lire ni écrire le français. Vous le comprenez ou pas ? [Silence] Vous voulez un renvoi pour avoir un interprète ? [moment de flottement] Vous vivez en France depuis 2017, vous arrivez à échanger avec les gens ? » [réponse peu audible] Le tribunal décide alors de renvoyer l'affaire.

Juge : « Vous avez un casier vierge, célibataire sans enfant, avec un titre de séjour jusqu'en 2027. Vous êtes intérimaire dans le BTP, vous gagnez 1700 euros/mois. Vous faites aussi un peu de "Uber" ».

Procureur : « En fonction des éléments pénaux, il y a des risques de fuite hors de France et qu'il ne se représente pas. Je demande le placement en détention. »

Avocat : « Ces réquisitions, je ne m'y attendais pas, elles ne sont pas raisonnables. Il est "réfugié", il n'y a pas de risque de retour dans le pays qu'il a quitté. Qu'est-ce qu'il faisait dans le quartier ? Il y habite. Il n'a pas de casier. Il doit comprendre ce qu'on lui reproche. Avec un interprète, nous serons plus à l'aise pour communiquer avec lui. »

Verdict : il est placé sous contrôle judiciaire jusqu'au 10 décembre, date de l'audience avec interdiction de manifestation dans le Rhône.

* * *

Nouvel inculpé, renvoyé devant le tribunal pour recel, refus d'obtempérer (il aurait fait mine de s'arrêter, puis redémarré brusquement sur 20 mètres avant d'être bloqué par la circulation, selon les policiers). Il aurait percuté la jambe d'un policier, la voiture serait donc une « arme par destination ».

Il demande un délai pour préparer sa défense.

Proc : Elle requiert le placement en détention. « Je crois que sans aller à l'examen du fond de cette affaire, les faits sont suffisamment graves. Il se voit reproché encore une fois des faits de pillages dans un JD Sport. Un fonctionnaire a été blessé ».
« Le tribunal doit avoir à l'esprit que les faits sont graves. Je pose la question de la garantie qu'on a qu'il se représente devant votre tribunal ou qu'il re-commette les mêmes faits. »
« Les promesses d'embauche apparaissent toujours de manière magique alors que les gens déclarent n'avoir ni revenus ni ressources en GAV [désapprobation dans la salle]. »

La défense : « les faits sont graves ? On en a même pas parlé encore ! Ce soir il ne participait pas aux pillages. Il passe devant les policiers, il décide de les filmer, ceux-ci le braquent. La gravité des blessures des policiers ? Un seul agent sans ITT, pas de certificat médical, rien. »
« Il s'est exprimé sans avocat en GAV, durant laquelle il a amendé sa version à la fin sous pression des policiers. Là, il n'est pas en état de s'exprimer. Tous les éléments hormis le contexte permettent de ne pas le placer en détention. Dans ce tribunal, on ne fait pas de politique général, on fait du particulier. »

Verdict : affaire renvoyée au 8 décembre avec interdiction jusque là de conduire un véhicule, et interdiction de se rendre à Vaulx.

* * *

Nouveau prévenu qui prend place dans le box.

Juge : « Il vous est reproché d'avoir dérobé des bouteilles d'alcool (Monoprix) et un téléphone (Orange), une sacoche Nike, des bijoux, une enceinte provenant d'un vol et dissimulé tout ou partie de votre visage sans motif légitime. »
« Vous êtes interpellé sur la presqu'île avec un sac JD Sport. Le butin est estimé à 850 euros. On a visionné de courtes vidéos sur votre téléphone : notamment l'incendie de l'office du tourisme, puis la caméra qui se retourne et qui vous filme cagoulé. Des messages ont été trouvé dans des conversations : « c'est la guerre », « on a tout niqué », « je viens de péter la caisse on a tout défoncé », etc.

Prévenu : « Je suis bien allé à la manif mais je n'ai pas... »
Juge [le coupe] : « Alors je veux bien qu'on fasse la différence entre aller manifester et aller piller. »
P : « Je ne suis pas rentré dans le magasin, le téléphone on me l'a donné devant. »
J : « Vous aviez conscience que les vêtements étaient neufs ? »
P : « Oui. »
J : « Y'a eu une distribution de téléphones devant Orange ? »
P : « Oui. »
J : « Vous n'êtes rentré dans aucun magasin pillé ? »
P : « Non. Sauf peut-être Monoprix. "On a pété la caisse", c'était un "on" euphorique. »
J : Vous n'étiez pas sidéré ? Qu'est-ce qui peut vous rendre euphorique dans un tel contexte ? Vous étiez accompagné ? Vous vous êtes donnés rendez-vous devant des magasins semble-t-il [exploitation du tel] ? Vous aviez une cagoule, une casquette ? »
P : « Oui je ne savais pas que c'était interdit d'être masqué, c'était plus pour les gaz. »
J : « Vous savez que vous risquez 7 ans de prison ? »
P : …
J : « Vous allez manifester sans savoir pourquoi. »
P : « Si pour la hausse des salaires. »
J : « Vous croyez que ça sert votre cause de faire ça ? Vous aviez un sac ? »
P : « Non je n'en avais pas, je l'ai trouvé sur place. »

Proc : « Vous dites vouloir participer à la manifestation ? Mais vos conversations toutes entières [sur le tel] ne parlent pas de manifestation. “Le 17/10, on va remplir des sac JD” je vois.
Vous assumez que vous n'êtes pas allé manifester mais pour piller ? »
Elle lit les derniers messages reçus : « vous êtes fous, vous aller tous finir à la rate, au hebs. » puis « Ramène des pâtes ».

Il est en alternance depuis 8 mois.
Proc : « Vous n'avez pas pensé à votre patron ? Il va penser quoi de vous ? Il peut ne pas y avoir de rupture de confiance. Il s'est fait interpellé dans une configuration qui interroge beaucoup sur sa capacité à se tenir en société. Il est en marge de la société, de la manif, il vient faire son petit commerce. Il n'est pas là pour des destructions de biens mais on peut s'interroger sur ce qu'il a fait avant son interpellation. On a quelqu'un qui était sur la presqu'île pendant 4h, qui était hyper-actif.
Le mouvement lycéen est bien malheureusement invisibilisé par toutes ces actions.
Ces faits signent une personnalité. Il est coupable de faits inadmissibles dans un contexte de guérilla. Tout le monde n'a pas fini dans un magasin à faire n'importe quoi. »
« Je vais requérir pour le recel, le vol aggravé et la dissimulation du visage. 12 mois, dont 6 avec sursis avec du TIG, un mandat de dépôt et une interdiction du 2e arrondissement.

Avocat : « Les vols sont très opportunistes. Il n'est pas rentré dans le JD Sport, il a trouvé des affaires devant. Est-ce que c'est un vol ? Je vous pose la question. Ça devient tellement facile, la barrière morale cède rapidement. C'est dans la rue, à la portée de n'importe quel passant, alors on ramasse. »
« Qu'a-t-on ? On a un jeune homme pris dans un effet de groupe. S'il avait été déterminé et prévoyant, il n'aurait pas laissé libre accès à son téléphone avec toutes les informations. La peine demandée est très sévère. Cette peine mettrait un terme à ce qu'il est en train de construire. C'est un âge où les choses ne sont pas encore très claires. Les réquisitions ne sont pas en phase avec les éléments du dossier. »

Verdict : 12 mois de sursis (il part en prison pendant 5 jours jusqu'à ce que le JAP aménage sa peine) + interdiction de manifestation pendant 2 ans.

* * *

« Il vous est reproché d'avoir frauduleusement soustrait une paire de baskets en pénétrant par effraction dans une enseigne et ceci en "récidive légale". »
« Lors de votre interpellation, vous êtes porteur d'une cagoule et de masques chirurgicaux. Vous n'avez pas reconnu les faits de dégradation. Vous déclarez être rentré dans le magasin sur recommandation d'une personne qui vous aurait dit qu'il y avait "moyen de se faire de l'argent". »

Prévenu : « L'alcool m'est monté à la tête, je suis allé dans le magasin, je me suis fait prendre par la police. »
Juge : « Vous étiez venu sur Lyon pourquoi ? »
P : « À la base, j'étais venu signer au commissariat avec un collègue, je descends chaque semaine.
On est passé à coté du JD, on a vu que tout le monde se servait. »
J : « Vous saviez que ça allait se passer comme ça [à Lyon. Il vient de Dijon] et vous venez quand même ? Pourquoi vous venez cagoulé ? »
P : « Parce que les gens autour son cagoulés. »
J : « On vous voit en photo avec d'autres gens cagoulés sur l'exploitation de votre téléphone » (qui n'a pas été réalisée entièrement, faute de temps).

Proc : « Celui-ci comparait pour ces faits qu'il a l'air de reconnaître, avec un contexte d'opportunité. Il était avec des individus qui étaient très intéressés par l'ambiance (« ça nique le Rolex »). Il n'était pas venu manifester contre la vie chère mais il était là pour du vol. Il a été découvert sur lui tout l'attirail pour piller. »
« Pas de chance pour lui, beaucoup de gens ont commis des vols et des délits mais n'ont pas été attrapés, la police étant débordée. »
Elle requiert : 3 mois + 6 mois de sursis révoqués, le tout avec mandat de dépôt + confiscation du téléphone + interdiction du Rhône pendant 2 ans.

Avocate : « le pillage est déclarée commencer à 17h22. Il est interpellé à 20h. Il n'est plus alors avec les casseurs. Arrivait-il sur Lyon dans l'intention de manifester, de se livrer à des déprédations ? La question se pose. Si ça avait été le cas, il aurait été équipé autrement.
Il m'a demandé s'il pouvait faire sa peine de détention chez lui.
On peut lui prêter des intentions qu'on veut. Mais il n'a rien cassé, il a été interpellé avec une paire de chaussures seulement sur lui. »

Prévenu : « J'ai vu la manif. Je n'ai aucune haine de la police. Je n'ai rien fait, à part voler cette paire de chaussures. C'est la seule chose que j'ai faite. »

Verdict : 4 mois + 6 mois révoqués avec mandat de dépôt. Interdiction du Rhône pour 2 ans + confiscation du tel.

21.10.2026 à 11:41

Pour Ritchy Thibault, premier prisonnier politique du mouvement lycéen

dev
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Ritchy Thibault est Gilet jaune depuis ses 14 ans, voyageur depuis toujours, écrivain quand il le faut. Étudiant brillant sur son temps libre, assistant parlementaire interdit d'accès à l'assemblée, journaliste quand ça lui chante, il est aussi le premier prisonnier politique du mouvement lycéen en cours pour avoir appelé au soulèvement. Placé à l'isolement à la prison de Fleury-Mérogis, les contacts vers l'extérieur lui sont théoriquement interdits, nous avons proposé à ses amis de lui écrire en vidéo et à ses avocats de raconter comment en France, en 2026, on peut finir en prison pour des mots.

Ami et un collaborateur de lundimatin, il tient désormais dans une page une chronique hebdomadaire depuis sa détention.

Pour lire les deux premières :
Le 17 octobre depuis le quartier d'isolement de Fleury-Mérogis

Pourquoi les lycées brûlent-ils ?

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