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21.10.2026 à 19:11

Émeutes, pillages et état d'urgence

dev

Premières leçons du 17 octobre
Avec Eugénie Mérieau et Samuel Hayat

- 19 octobre / , , ,
Texte intégral (6310 mots)

Allons nous enfin quitter l'époque contemporaine ? C'est la question qu'est venu ouvrir avec fracas le soulèvement du 17 octobre. Pour discuter de cette journée, de ce qu'elle enseigne, appelle et peut-être présage, nous allons enchaîner les invitations et les discussions. Pour cette première, nous accueillons Eugénie Mérieau et Samuel Hayat. On discute de ce qui a fait événement et de pourquoi cet événement naît d'une époque, celle-là même que tout le monde veut quitter et pas seulement la GenZ. Comment la police s'est-elle retrouvée à ce point en déroute ? Pourquoi l'état d'urgence n'a-t-il pas encore été décrété ? Sommes-nous à l'aube d'un virage encore plus autoritaire du régime ou de sa dislocation finale ? En quoi le pillage doit-il être défendu contre ceux qui s'en désolidarisent ? Pourquoi faut-il soutenir ce que d'aucuns appellent la « casse » ? Allons-nous enfin devoir choisir entre apocalypse et révolution ?

Lire le très bon texte de Samuel Hayat, Rouvrir l'époque contemporaine.
00:00 Teaser - produire une lecture commune des évènements
03:23 Que signifie quitter l'époque contemporaine ?
07:35 Assumer l'évènement : ce n'est pas la police qui fait l'émeute
09:35 La vengeance des enfants
11:33 La décrédibilisation totale et symbolique de l'État de sa police
14:50 Impréparation et stratégie du chaos, comment l'un n'exclut pas l'autre
17:24 La police soutiendra-t-elle le régime Macron jusqu'au bout ?
26:42 L'hypothèse du passage à un régime ouvertement autoritaire
31:58 L'état d'urgence perlé et le déni libéral du caractère autoritaire du régime
36:52 Ce que dévoilent la répression policière et l'état d'urgence latent
38:38 17 octobre 2026 / 17 octobre 1961
45:59 Comment s'expliquer que l'émeute et le pillage se soient diffusés dans toutes les grandes villes de France en même temps ?
53:52 Le pillage comme pratique politique
1:05:55 Apocalypse ou révolution, l'alternative d'une génération

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Faire sauter Parcoursup - Bruno Andreotti

De mai 68 à octobre 26 - Ludivine Bantigny

Corriger les enfants pour mieux rejouer la comédie adulte - Sébastien Charbonnier

Le temps des promesses - Christian Ingrao

Cancer et pesticides, politiser la colère - Fleur Breteau et Sophie Chapelle

Le sacrifice du ciel. Une Autre histoire de la raison - Mohamed Amer Meziane

L'antispécisme comme lutte sociale - Victor Duran-Le Peuch

« Il faut davantage s'inquiéter d'une classe qui se tient sage, que d'une émeute » - Lucile Novat

De la guerre en Amérique - Catherine Hass

Peut-on se sauver de la psychiatrie ? - Jonathan Boismard

Réflexions sur l'anarchie et la révolution - Maria Kakogianni

« Si l'école est gratuite, c'est que vous êtes le produit ! » - Vincent Legeay

Contrer le rire fasciste - Denis Saint-Amand

Astérix peut-il résister à l'empire Bolloré ? - Un court-bouillon, un lundisoir spécial BD

L'Êtrangère - Eugénie Mérieau en concert au bureau

Mondes postcapitalistes - Laurent Jeanpierre et Jérôm Baschet

Tempus - Laura Perrudin

Antitsiganisme, État-nation et éthique de la révolte - Ritchy Thibault

Féminisme, État punitif et figure de la victime - Elsa Deck Marsault

Cybernétique et techniques de gouvernement - Ivan Bouchardeau

Manuel de management décomplexé ou l'art capitaliste de discipliner le travail - Anthony Galluzzo

Comment nommer les nouvelles formes de pouvoir ? - Ian Alan Paul

Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité - Clélia Gasquet-Blanchard

La répression de l'antifascisme à l'échelle européenne - Rexhino « Gino » Abazaj

Trump : les habits neufs de l'impérialisme - Michel Feher

Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi

Trump après Maduro - Benjamin Bürbaumer

Manger la Hess, une poétique culinaire - Yoann Thommerel

Du nazisme quantique - Christian Ingrao

(En attendant la diffusion, on a mis un petit extrait quand même)

Terres enchaînées, Israël-Palestine aujourd'hui - Catherine Hass

Penser en résistance dans la Chine aujourd'hui - Chloé Froissart & Eva Pils

Vivre sans police - Victor Collet

La fabrique de l'enfance - Sébastien Charbonnier

Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane

Dix sports pour trouver l'ouverture - Fred Bozzi

Casus belli, la guerre avant l'État - Christophe Darmangeat

Remplacer nos députés par des rivières ou des autobus - Philippe Descola

« C'est leur monde qui est fou, pas nous » - Un lundisoir sur la Mad Pride et l'antipsychiatrie radicale

Comment devenir fasciste ? la thérapie de conversion de Mark Fortier

Pouvoir et puissance, ou pourquoi refuser de parvenir - Sébastien Charbonnier

10 septembre : un débrief avec Ritchy Thibault et Cultures en lutte

Intelligence artificielle et Techno-fascisme - Frédéric Neyrat

De la résurrection à l'insurrection - Collectif Anastasis

Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall

Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique - Stefano Harney

De quoi Javier Milei est-il le nom ? Maud Chirio, David Copello, Christophe Giudicelli et Jérémy Rubenstein

Construire un antimilitarisme de masse ? Déborah Brosteaux et des membres de la coalition Guerre à la Guerre

Indéfendables ? À propos de la vague d'attaques contre le système pénitentiaire signée DDPF
Un lundisoir avec Anne Coppel, Alessandro Stella et Fabrice Olivert

Pour une politique sauvage - Jean Tible

Le « problème musulman » en France - Hamza Esmili

Perspectives terrestres, Scénario pour une émancipation écologiste - Alessandro Pignocchi

Gripper la machine, réparer le monde - Gabriel Hagaï

La guerre globale contre les peuples - Mathieu Rigouste

Documenter le repli islamophobe en France - Joseph Paris

Les lois et les nombres, une archéologie de la domination - Fabien Graziani

Faut-il croire à l'IA ? - Mathieu Corteel

Banditisme, sabotages et théorie révolutionnaire - Alèssi Dell'Umbria

Universités : une cocotte-minute prête à exploser ? - Bruno Andreotti, Romain Huët et l'Union Pirate

Un film, l'exil, la palestine - Un vendredisoir autour de Vers un pays inconnu de Mahdi Fleifel

Barbares nihilistes ou révolutionnaires de canapé - Chuglu ou l'art du Zbeul

Livraisons à domicile et plateformisation du travail - Stéphane Le Lay

Le droit est-il toujours bourgeois ? - Les juristes anarchistes

Cuisine et révolutions - Darna une maison des peuples et de l'exil

Faut-il voler les vieux pour vivre heureux ? - Robert Guédiguian

La constitution : histoire d'un fétiche social - Lauréline Fontaine

Le capitalisme, c'est la guerre - Nils Andersson

Lundi Bon Sang de Bonsoir Cinéma - Épisode 2 : Frédéric Neyrat

Pour un spatio-féminisme - Nephtys Zwer

Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation - Benjamin Bürbaumer

Avec les mineurs isolés qui occupent la Gaîté lyrique

La division politique - Bernard Aspe

Syrie : la chute du régime, enfin ! Dialogue avec des (ex)exilés syriens

Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Cramayol

Producteurs et parasites, un fascisme est déjà là - Michel Feher

Clausewitz et la guerre populaire - T. Drebent

Faut-il boyotter les livres Bolloré - Un lundisoir avec des libraires

Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard

10 questions sur l'élection de Trump - Eugénie Mérieau, Michalis Lianos & Pablo Stefanoni

Chlordécone : Défaire l'habiter colonial, s'aimer la terre - Malcom Ferdinand

Ukraine, guerre des classes et classes en guerre - Daria Saburova

Enrique Dussel, métaphysicien de la libération - Emmanuel Lévine

Combattre la technopolice à l'ère de l'IA avec Felix Tréguer, Thomas Jusquiame & Noémie Levain (La Quadrature du Net)

Des kibboutz en Bavière avec Tsedek

Le macronisme est-il une perversion narcissique - Marc Joly

Science-fiction, politique et utopies avec Vincent Gerber

Combattantes, quand les femmes font la guerre - Camillle Boutron

Communisme et consolation - Jacques Rancière

Tabou de l'inceste et Petit Chaperon rouge - Lucile Novat

L'école contre l'enfance - Bertrand Ogilvie

Une histoire politique de l'homophobie - Mickaël Tempête

Continuum espace-temps : Le colonialisme à l'épreuve de la physique - Léopold Lambert

Que peut le cinéma au XXIe siècle - Nicolas Klotz, Marie José Mondzain & Saad Chakali
lundi bonsoir cinéma #0

« Les gardes-côtes de l'ordre racial » u le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury

Armer l'antifascisme, retour sur l'Espagne Révolutionnaire - Pierre Salmon

Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming 2

De quoi l'antisémitisme n'est-il pas le nom ? Avec Ludivine Bantigny et Tsedek (Adam Mitelberg)

De la démocratie en dictature - Eugénie Mérieau

Inde : cent ans de solitude libérale fasciste - Alpa Shah
(Activez les sous-titre en français)

50 nuances de fafs, enquête sur la jeunesse identitaire avec Marylou Magal & Nicolas Massol

Tétralemme révolutionnaire et tentation fasciste avec Michalis Lianos

Fascisme et bloc bourgeois avec Stefano Palombarini

Fissurer l'empire du béton avec Nelo Magalhães

La révolte est-elle un archaïsme ? avec Frédéric Rambeau

Le bizarre et l'omineux, Un lundisoir autour de Mark Fisher

Démanteler la catastrophe : tactiques et stratégies avec les Soulèvements de la terre

Crimes, extraterrestres et écritures fauves en liberté - Phœbe Hadjimarkos Clarke

Pétaouchnock(s) : Un atlas infini des fins du monde avec Riccardo Ciavolella

Le manifeste afro-décolonial avec Norman Ajari

Faire transer l'occident avec Jean-Louis Tornatore

Dissolutions, séparatisme et notes blanches avec Pierre Douillard-Lefèvre

De ce que l'on nous vole avec Catherine Malabou

La littérature working class d'Alberto Prunetti

Illuminatis et gnostiques contre l'Empire Bolloréen avec Pacôme Thiellement

La guerre en tête, sur le front de la Syrie à l'Ukraine avec Romain Huët

Feu sur le Printemps des poètes ! (oublier Tesson) avec Charles Pennequin, Camille Escudero, Marc Perrin, Carmen Diez Salvatierra, Laurent Cauwet & Amandine André

Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn

Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole

De nazisme zombie avec Johann Chapoutot

Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022

Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse

Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique

Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer

L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin

oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live

Selim Derkaoui : Boxe et lutte des classes

Josep Rafanell i Orra : Commentaires (cosmo) anarchistes

Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre : Une histoire globale des révolutions

Ghislain Casas : Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde

Silvia Lippi et Patrice Maniglier : Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe

Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry : La rébellion est-elle passée à droite ?

Olivier Lefebvre : Sortir les ingénieurs de leur cage

Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien

Yves Pagès : Une histoire illustrée du tapis roulant

Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer : Radiographie de l'État russe

Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques

Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass

Mohamed Amer Meziane : Vers une anthropologie Métaphysique->https://lundi.am/Vers-une-anthropologie-Metaphysique]

Jacques Deschamps : Éloge de l'émeute

Serge Quadruppani : Une histoire personnelle de l'ultra-gauche

Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines

Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning

De gré et de force, comment l'État expulse les pauvre, un entretien avec le sociologue Camille François

Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain

La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer

Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun

Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon

Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo

Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille

Une histoire du sabotage avec Victor Cachard

La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet

Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf

L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel

À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout

Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier

Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot

Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia

La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir

Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi

Terreur et séduction - Contre-insurrection et doctrine de la « guerre révolutionnaire » Entretien avec Jérémy Rubenstein

Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien

La résistance contre EDF au Mexique - Contre la colonisation des terres et l'exploitation des vents, Un lundisoir avec Mario Quintero

Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez

Rêver quand vient la catastrophe, réponses anthropologiques aux crises systémiques. Une discussion avec Nastassja Martin

Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1

Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler

Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski

Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig

Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs

Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou

« Je suis libre... dans le périmètre qu'on m'assigne »
Rencontre avec Kamel Daoudi, assigné à résidence depuis 14 ans

Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! Une conversation avec Martine Deyres, réalisatrice de Les Heures heureuses

La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi

Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth

Katchakine x lundisoir

Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel

Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota

Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]

Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet

La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen

La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur

Déserter la justice

Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier

La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost

Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari

L'étrange et folle aventure de nos objets quotidiens avec Jeanne Guien, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy

Puissance du féminisme, histoires et transmissions

Fondation Luma : l'art qui cache la forêt

De si violentes fatigues. Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien,
un entretien avec Romain Huët

L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff

Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français

Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane

Que faire de la police, avec Serge Quadruppani, Iréné, Pierre Douillard-Lefèvre et des membres du Collectif Matsuda

La révolution cousue main, une rencontre avec Sabrina Calvo à propos de couture, de SF, de disneyland et de son dernier et fabuleux roman Melmoth furieux

LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.

Pandémie, société de contrôle et complotisme, une discussion avec Valérie Gérard, Gil Bartholeyns, Olivier Cheval et Arthur Messaud de La Quadrature du Net

Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.

Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli

Vanessa Codaccioni : La société de vigilance

Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.

21.10.2026 à 14:38

Aujourd'hui, Tirana est une ville qui brûle...

dev

Comprendre le soulèvement albanais
Julian Bejko

- 19 octobre / , ,
Texte intégral (3962 mots)

Pour décrire la situation de l'Albanie (en révolte elle aussi), le sociologue Julian Bejko nous propose un analogie entre l'accaparement de l'espace commun albanais par les oligarques et le gouvernement Rama, et la réduction de la taille des humains dans le film Downsizing.

Le film d'Alexander Payne Downsizing offre une solution aux difficultés quotidiennes de l'époque libérale : toute personne peut faire partie d'un programme médical, semblable à l'industrie de la chirurgie esthétique ; une équipe de médecins peut réduire la taille des gens, disons de 175 cm à 10 cm. C'est une industrie – fille de celle des nazis – de réduction de la taille des humains, dont, une fois le processus achevé, on ne peut revenir. Mais pour en bénéficier il faut d'abord se soumettre à une intense réflexion et il y a un prix à payer. Il faut vendre tous ses biens, maison, voiture, objets personnels avant de pouvoir profiter du luxe d'un mini-vie dans un espèce d'aquarium - des mini-colonies humaines à échelle réduite. Ces ruches faites d'humains domestiqués, réduits à la condition de modèles réduits, ont plusieurs avantages : ils occupent peu de place, consomment peu d'énergie, utilisent peu de ressources, produisent peu d'ordures et surtout sont débarrassés de tout souci politique, ne sont plus sujets au mécontentement et cessent de se bagarrer avec un régime en fin de course. C'est un monde qui propose de remplacer la vie difficile du quotidien – espace de réflexion et d'action – par une miniature d'hédonisme, le fameux American Dream version maquette dans un aquarium.

Mais peu à peu, le discours du film lui-même en vient à se rétrécir. Il abandonne la réflexion critique implicite sur l'accroissement des élites – downsizing democracy [1] – et sur ces gens qui n'ont désormais, pour se perpétuer, qu'une solution, la réduction en petit format. Car la réduction physique des humains vient effacer l'espace terrestre que chacun occupe de droit naturel et rationnel. C'est l'événement politique le plus important : il consiste à abandonner littéralement du terrain, de l'espace, aux intérêts d'un monde oligarchique. Or le film hésite à frapper au cœur de l'ordre techno-libéral et à dénoncer l'un de ses traits les plus détestable - l'ultracolonialisme comme art économique et politique.

L'image la plus générale qu'on se fait du colonialisme est bien évidemment celle d'une puissance/État projetée hors de ses frontières dans l'idée d'accaparer des territoires, de dominer, d'exploiter et de s'approprier ce que bon lui semble, d'implanter ses colons, d'expulser les locaux, de substituer une population à une autre, de perpétrer des génocides, et de réduire les conditions de la vie même afin que les gens décident de se réduire eux-mêmes aux proportions de cette vie réduite, c'est-à-dire : s'adaptent à l'hégémonie du XXL made in USA.

Mais bien avant que le colonialisme ne devienne un phénomène d'outre-mer suivi par un vaste système de clientélisme global et des alliés soumis au ridicule, c'est d'abord un processus interne. C'est ce que montre aujourd'hui le gouvernement albanais. Il exerce son autorité sur le territoire et la population comme s'il s'agissait d'une horde hostile et menaçante. Il considère sacrifiables les communautés locales, les pousse à céder leur place, à se dépouiller des droits d'occuper un espace, les invite à chercher leur vie ailleurs, donc à se rétrécir.

Avec cet état d'esprit, le gouvernement fait du territoire l'extension de son propre corps, son domaine réservé et son droit, il a la possibilité de circonscrire son royaume, de délimiter ses zones d'influence, où, si jamais il devait s'y manifester la moindre résistance, la moindre contradiction, on les réduirait encore et encore, au point de leur arracher tout lien au réel, à la terre, au village, au passé et aux lendemains.

En Albanie, ce type de gouvernement - c'est en vérité un gang -, peu importe qu'il soit le client state d'une plus grande puissance, lui assurant l'autonomie de petit violeur local ou quoi que ce soit d'autre. Son but n'est pas de gouverner au sens positif, par exemple de protéger les vulnérables, ceux qui sont exposés à toutes sortes de risques et de dangers, d'offrir une certaine sécurité et du travail, d'imposer un système de justice, un monde d'ordre et de confiance. Il cherche plutôt à perturber, à affaiblir, à minimiser, à briser et à rétrécir la puissance sociale – gouverner consiste à gérer librement les multi-espaces du vivant, désormais propriété privé, partagée entre une minorité criminelle prospérant dans le real estate et un réseau de banques globales et anonymes.

C'est l'inauguration festive d'une oligarchie coloniale qui traite la société comme un bien destiné à être vendu et le territoire comme domaine seigneurial. On en a l'exemple avec le Premier ministre albanais et son règne, au pouvoir depuis 2013, piloté par l'Occident dans la gestion de ce misérable latifundium. Pour ses concitoyens il est un monarque absolu dans un état de délire ; pour ses collègues il est un tyran psychotique en train de bouffer l'un après l'autre tous ses dauphins politiques : certains sont fugitifs politiques, d'autres sont en prison, d'autres encore sont silenciés. En fait il est l'exemple du tragi-comique dans la mosaïque burlesque de la Méditerranée : servus des patrons, despote à la maison.

Depuis 2013, lui et son entourage ont réussi à s'approprier de jure une grande partie du territoire albanais par des lois et des réformes, comme toujours, au nom du progrès et du rapprochement avec l'UE. La loi est désormais l'instrument d'un pouvoir concentré dans une seule main. Ils ont colonisé ce qui en principe appartient au peuple. Ils se sont accaparé des plages, des endroits stratégiques, des villages, des villes, des ressources, tout ce qui constitue le système capillaire de la vie d'une société.

Par une realpolitik de downsizing dans tous les domaines, ce régime pousse les gens à abandonner le pays – depuis 2013, l'Albanie subit une forte hémorragie démographique. Ses réformes économiques, juridiques et culturelles ont encore rétréci les espaces quotidiens. La vie intellectuelle y est dégueulasse, le pays n'a au son et à l'image, 24h sur 24h, que la voix et le visage de son guignol imperator. Dans son histoire polyphonique, l'Albanie n'a jamais été si contractée et la richesse jamais si mal partagée. Jamais la vie d'un pays n'a été à la merci d'un homme dont la médiocrité illimitée rendrait jaloux les grands tyrans du passé, que l'on risquerait de considérer au regarde de l'histoire, et par comparaison, comme des bienfaiteurs. Petit rappel : le Premier ministre albanais est celui qui a signé l'accord racial avec Meloni et qui a rendu possible la création des centres de détention en Albanie.

L'installation de l'oligarchie économique en Albanie a rendu possible et nécessaire la colonisation de la république, un putsch, un coup d'État pour instaurer une dynastie libérale et légale, sur directive implicite de l'Occident – le plus grand firestarter des guerres et des conflits. Il serait impossible de faire une liste de toutes les interminables catastrophes, échecs et scandales associés à la tyrannie libérale de Rama. Le plus grand scandale est la présence de ce vieillard voûté, sec comme un fruit périmé et seul comme un arbre au début de l'hiver : sans feuilles, les branches tordues, prêt à tout les compromis, pour conspirer contre le cours de l'Histoire.

Le dernier scandale c'est la donation d'une partie de plage et la seule île albanaise (Sazan) à la dynastie Trump-Kushner. Derrière eux, il y a toute une alliance internationale où figurent des Arabes, des Juifs et des Américains et qui sait quoi encore. L'idée est de construire des hôtels de luxe au point le plus stratégique d'Albanie. Le détroit d'Otrante est la porte de l'Adriatique mais aussi une des portes de la Méditerranée, donc le Proche-Orient, le Moyen-Orient, Suez, la Route de la Soie, le pétrole, les pipelines de gaz et des ZEE (zones économiques exclusives). Pour l'Albanie c'est le seul avantage géostratégique et donc le seul joker qu'elle peut abattre, dans le poker occidental.

Pendant le régime socialiste (1944-1991), l'île de Sazan ainsi que la baie de Vlora étaient la zone la plus fortifiée du pays – pour paraphraser le bon camarade Enver Hoxha, Sazan est la clef de l'Adriatique et cette clef est dans les mains des Albanais. Elle doit désormais se voire privatisée (la république perd sa souveraineté sur l'île) et ramenée à l'intérieur de l'espace OTAN (Albanie en fait partie depuis 2009). Sazan avec la baie de Vlora risque de devenir un checkpoint, un Ormuz à péage américain, un Groenland luxueux, un Suez d'or, un Gaza pour les riches, bref un prétexte hôtelier sous lequel passeraient des intérêts géostratégiques et dont l'Albanie mais aussi l'UE perdrait l'exclusivité.

Il n'y a pas longtemps, une fille naviguait dans sa trirème de luxe. Partie du Monténégro, elle passe devant l'île et là, tombe en amour devant ce rocher bizarre. Elle hallucine, fascinée par le béton des bunkers communistes, puis un petit port, des bateaux à voiles, des hélicoptères, des casinos, bref elle demande à qui appartient ce massif solitaire. Son mari demande quel est ce pays africain. Quelqu'un ose le corriger – Messire, on n'est pas loin de l'Afrique, mais c'est l'Albanie. Ils exigent alors que contact soit pris avec le seigneur du coin. Tout émotionné, Rama se pame devant cette invitation à passer quelques heures sur la trirème pour discuter de l'avenir de l'île.

On est en pleine campagne électorale aux USA et Trump caracole en tête dans les sondages. Sous le coup d'une forte émotion, Rama offre aussi la plage en face de Sazan, la seule plage de sable intacte de Vlora, à côté de la lagune de Narta, un petit paradis naturel pour les oiseaux migratoires. En 2025, la fille Trump débarque à Vlora, visite privée sur la plage de Zvërnec, toute contente de voir l'État albanais humblement à son service. Des mains signent en silence, loin de toute publicité. Mais c'était sans compter l'une de ces mains qui vend la mèche : la propagande du gouvernement propage elle-même le mythe d'un Trump investissant en Albanie. Le projet est dans tous les médias du monde. Sazan devient Trump island. Mais à côté de l'île de Sazan il y une autre plage à accaparer. Zvërnec, 251 hectares.

Avant 1991, en Albanie il n'y avait pas de propriété privée, surtout pour les terrains agricoles, plages et d'autres types de terrain. Pourtant, à la fin de son existence, le régime socialiste a rendu intacts tous les documents cadastraux des anciens propriétaires. Donc, il était assez facile pour le bonne démocratie libérale de corriger les maux socialistes, par un coup fatal et présomptueux de baguette tragique. Comme toute nouvelle élite arrivée au pouvoir après la faillite du précédent régime et sous le coup d'un ébranlement profond de la société, elle doit bien faire des promesses populistes pour survivre dans une situation politique précaire. Et dans une société physiquement et mentalement rurale, le discours sur la terre, c'est un hameçon qui marche toujours.

À l'époque il y avait deux groupes sociaux à prendre en considération : les paysans (majorité) et les anciens propriétaires (minorité) réclamant leurs terres. La loi sur la terre et la propriété fut le premier acte arbitraire du pluralisme démocratique accompagné par une corruption énorme. Cette loi demeure même aujourd'hui un sujet d'affrontement – les statistiques parlent d'environ treize mille morts en Albanie (1992-2025) à cause des disputes sur la propriété privée.

En donnant à chaque paysan un petit bout de terre, ils ont parcellisé et paralysé la production agricole ainsi que la puissance socio-politique de la plus grande communauté – l'Albanie des années 1990 comptait d'environ 60% de population rurale. Souvent les paysans vendaient la terre pour pouvoir acheter un appartement en ville. La terre agricole désormais n'avait plus le même intérêt qu'au début, à l'exception des endroits facilement accessibles comme les plages et les terrains qui en étaient proches. Ce fut l'époque de la grande soif d'achat ou d'occupation des terrains proches des plages et de la construction de monstres en béton, peu important alors à qui appartenait vraiment ce bout de terre.

La plage de Zvërnec est l'objet de disputes mettant aux prises deux groupes de propriétaires. Des personnages douteux dont on ne sait pas trop comment ils ont pu acheter des hectares et des hectares dans un endroit aussi stratégique – on soupçonne qu'ils ont falsifié des documents cadastraux et ils ont acheté pour une poigné de dollars une partie du territoire qui appartenait à l'État dans les années 1990. Aujourd'hui ils ont vendu leur partie de la plage pour 230 millions de dollars à un fonds d'investissement arabe liée au le tandem Trump-Kushner.

Le deuxième groupe de propriétaire de cette zone, ce sont des banques albanaises. Comment en sont-elles entrées en possession ? Les paysans devenus propriétaires avec la réforme de 1991, avaient un besoin urgent de liquidités. Entre 1993 ou 1997, le revenu principal était l'argent des entreprises pyramidales, avec l'espoir de doubler ou tripler les gains en laissant la terre en collatéral. En 1997, une bonne partie des paysans a perdu le collatéral et les banques sont devenues les héritières de la dette, de cette plage et de ses alentours agricoles.[Cette histoire mérite une analyse à part. Il faudrait montrer le choc de la colonisation libérale : le plus grand mensonge, qui a promis le paradis et a assurée l'enfer, en arrachant la terre aux paysans pour la donner aux riches.]

Puis un jour, vers mi-mai 2026, on voit apparaitre du fil barbelé sur les plages, sur le parc, sur les terres agricoles. Ils marquent un territoire désormais défini comme privé et conseillent de se tenir éloigné. Les habitants des villages sont stupéfiés. Le paysan réclame sa propriété, sa terre, ses ancêtres. C'est tellement surréaliste que les premières images publiées sur les réseaux sociaux incitent à penser qu'elles sont produites par IA. Alors éclatent les premières tensions entre les paysans et les gardiens de l'entreprise privée qui s'occupe du barbelé. Toujours rien sur les médias, juste les réseaux sociaux. Les tensions montent, on en vient au contact physique. La police de l'État est sur place, tout à fait passive, elle ne fait rien, elle s'occupe de protéger la police privée qui élargit le barbelé et invite les paysans à se tenir éloignés.

Quelques habitants transgressent l'interdit pour discuter avec les types de la police privée, mais eux, ils ne discutent pas. Ils commencent à s'en prendre aux habitants à coup de matraques et de gaz lacrymo. L'un d'eux est emmené violemment par les gardes privés sous les yeux de la police d'État qui regarde et hésite à réagir. L'acte abominable consistant à maltraiter les paysans se produit à l'intérieur d'un espace privé et juste devant la police qui refuse de transgresser la sacralité du privé. C'est la première fois dans l'histoire moderne du pays qu'un paysan, sur sa terre est traité comme un criminel, sous le regard paisible de la police et abandonné à la violence de la milice privée.

Les bagarres se multiplient et finalement les médias commencent à publier les premières images après quelques jours de silence. Il est clair que la police et les médias ont reçu l'ordre, politique, de se taire. D'une petite communauté de paysans, on est passé à une grandissante manifestation populaire contre le projet de destruction du parc naturel, contre l'investissement, contre le savoir-faire du gouvernement et contre les trente cinq années d'abus de pouvoir.

Le Premier ministre Rama insiste sur le fait que le gouvernement ne doit pas se mêler de l'affaire, car c'est un litige entre particuliers, entre acheteur et vendeur – pourtant il est l'archange du projet qui selon lui relève d'une nécessité vitale.

Après une semaine, la manif se déplace de Zvërnec à Tirana, devant le Palais royal de la république. Le grand boulevard est rempli surtout de jeunes qui dénoncent tout le système politique albanais. C'est la première fois depuis la fin du socialisme que des gens protestent contre un système pervers. C'est une manifestation particulière : pas de bagarres, pas de violences, souvent des familles avec les enfants, la lutte passe par les médias et les réseaux sociaux, par le sarcasme et la qualité ironique des messages politiques.

Le gouvernement est pris de panique et tremble. L'opposition, prête à arracher les yeux de Rama, se range à ses côtés et tous deux soutiennent le projet. L'UE fait quelque déclaration à la con, genre la manifestation c'est un droit essentiel de la démocratie, le gouvernement doit respecter ce droit ainsi que la nature, les investissements doivent prendre en compte l'environnement, etc.. L'UE veut bien critiquer le gouvernement albanais mais elle a peur de vexer Trump.

Le gouvernement se met à l'œuvre, il a un plan bien précis pour réduire l'effet de la manifestation. Il trouve des ennemis, il annonce que celle-ci est organisée par des voisins qui veulent détruire l'image du pays auprès des touristes, que l'Iran a introduit ses missionnaires dans la manif, qu'il ne s'agit pas de protéger le parc naturel des flamants roses mais de flétrir l'honneur Trump.

Les médias travaillent en plein régime pour salir l'action populaire. Des gardiens du régime montés sur les toits, d'autres en tenue civile se cachent, ils filment et captent des visages. C'est l'art policier, avec une certaine nostalgie du passé, de fouiller pour trouver de petits secrets chez les individus qui y participent.

Des analystes mal payés à la télé font la distinction entre bon et mauvais manifestant. D'autres poussent le mouvement à déclarer qui sont ses dirigeants politiques. L'idée est de diviser, couper, morceler pas à pas le potentiel populaire et le risque de voir grandir son impact politique. À la fin, ils introduisent des individus masqués et des mercenaires, qui par leurs actes de violence parviennent à éloigner une bonne partie des manifestants. Par là, ils offrent sur un plateau au gouvernement l'argument selon lequel tout ceci est organisé en vue de nuire à la bonne image du pays et à son rapprochement avec l'UE.

Cette histoire n'est pas un cas isolé, elle représente la majorité des investissements sur le littoral, le grand théâtre de bagarres et des violences entre l'oligarchie et les habitants. C'est la marque et le trait principal du monde libéral fondé sur la colonisation et l'exclusion.

Après plus de cent vingt jours de manifestations paisibles sur le boulevard principal de Tirana, contre le projet Trump et contre le modus operandi de toute la classe politique albanaise, les manifestants en ont marre de voir la neutralité et l'indifférence totale du gouvernement. Depuis trois jours ils sont passés à l'action. Ils brûlent et détruisent les institutions, le bâtiment du ministère de l'éducation, des finances, de la justice, celle de la mairie, puis les banques et tous ceux qu'ils trouvent sur le chemin. C'est principalement des jeunes qui surgissent de partout, pas seulement à Tirana mais dans d'autre villes, des étudiants, des lycéens, des hommes et femmes qui attaquent les gardiens de l'ordre, qui bloquent les avenues et les boulevards de Tirana du matin jusqu'à minuit.

Le gouvernement est choqué et paralysé par la rage de cette jeunesse plébéienne laquelle refuse de se laisser réduire. Elle utilise la force brute contre les manifestants, mais personne ne recule, bien au contraire. En ce moment, Tirana est une ville qui brûle, une ville policière qui ne gère plus rien sauf les matraques sur les corps de ce qu'on appelle l'avenir du pays. Les rues et les places de Tirana sont hors contrôle et ce n'est que le début d'une collectivité en colère qui récupère le terrain de l'action politique volé depuis longtemps.

Aujourd'hui (16.10.2026) les gardes-chiens du régime ont cherché à canaliser le mouvement (qui a pour slogan L'Albanie n'est pas à vendre) en le traitant de force antisémite ayant avec affinités nazies, ou bien en l'accusant d'être contrôlé par l'Iran ou par des forces anti-occidentales. En vérité, ce mouvement n'a aucune coloration antisémite. L'Albanie est un des rares pays du monde actuel où des touristes israéliens (trois à quatre avions par jours arrivent à Tirana depuis Tel-Aviv) se promènent tranquillement et en toute sécurité à Tirana et ailleurs, avec leurs styles vestimentaires facilement identifiables. C'est une sécurité qu'ils n'ont pas chez eux, et c'est pour cette raison qu'ils viennent passer leurs vacances en Albanie ! Le seul fascisme identifiable se trouve au gouvernement Rama (très pote avec le régime israélien). Il réprime ses citoyens depuis très longtemps, il légalise les centres de détentions pour les migrants et impose le diktat des oligarques.

L'Albanie est une terre d'accueil pour tout le monde, y compris les Juifs et les Palestiniens, son histoire est celle d'une île-refuge et ne deviendra jamais une île des seigneurs. Elle appartient aux peuples réduits chez eux, invités à prospérer ici, avec nous autres.

Nous ne nous laisserons pas downsizer.

Julian Bejko


[1] Le mauvais fonctionnement du mode démocratique USA et ses fils a aussi pour origine, le débordement continu des élites qui voient dans ce modèle, désormais un poids mort lequel doit s'enterrer au plus vite.

21.10.2026 à 13:21

Dimanche 18 octobre 2026

dev

« Allez Papiiiii »
Valentine Fell

- 19 octobre / ,
Texte intégral (1915 mots)

Je me suis réveillé vers 9h35, douchée, pris une tartine et suis sortie. J'ai pédalé jusqu'au canal Saint-Martin en essayant de pas rouler sur des débris de verre. Il y en avait partout. Il faisait beau et le soleil brillait dans tout ça comme sur une mer infinie. J'ai entendu une femme dire : « Pour une fois que ça a brûlé intra-muros, ça change. » J'ai souri. J'étais d'accord.

Place de la République, les marches sur lesquelles on s'assied de temps en temps pour regarder les gars jouer au foot, ont été arrachées comme des dents. Il y a des bouts de pierres encore par terre. Il y a des pipettes vides de sérum phy, des palets de lacrymo, des vélos couchés. Il y a aussi des hommes, des femmes, des familles qui prennent en photo le squelette d'un kiosque cramé, de trois carcasses de voitures brûlées et le dos de la statue. Elle est couverte d'un gilet jaune qui dit : « 1961 la police noie les algériennes ». Son rameau se découpe sur un ciel sans nuage. Je plisse les yeux à cause de la lumière et de la fatigue. J'essaye de me souvenir de la journée d'hier qui m'arrive en flashes.

12H : Deux jeunes adultes, en bas du Père Lachaise ont installé une petite table. Un thermos et une pile de gobelets. Ils proposent du café pour qui va marcher. Sympa.

13H : Angle Parmentier / Avenue de la République, une dame crie : « le sérum, les lunettes, les masques, dans vos chaussettes ! Ça fouille à République. » Elle distribue certains de ces trucs pour ceux qui en manquent. Mon amie crie à son tour pour que le mot passe. Et derrière nous ça fait ricocher l'info. On planque nos petites affaires dans nos soutifs. « Pourquoi ils prennent le sérum phy ? On ne peut rien faire avec ça, à part se nettoyer les yeux de leur gaz », j'entends dire une mère.

13H20 : Avenue de la République / Boulevard Richard Lenoir : Ça passe moyen. On ne saurait pas dire si c'est parce qu'il y a trop de monde ou parce que l'accès est déjà bloqué. On glisse vers la rue du Faubourg du Temple pour voir si c'est plus fluide. Le départ de la manif autorisée est prévu à 14H. On est large. Ça claque des bises à droite à gauche mais ça ne parvient pas à rejoindre le point de rendez-vous.

13H40 : Il y a du monde partout. Qu'ils voudraient nasser Repu qu'ils seraient eux-mêmes nassés tant nous sommes nombreux. La manif déborde, dégueule. Alors on coupe direct sur Jacques Bonsergent. On se colle à Révolution Permanente. Ça chante, ça gueule acab. Je dis à ma voisine : « Les flics qui nous entendent crier « plus d'agent au lycée pour pas finir policier », vont avoir envie de nous caillasser d'autant ». Elle me répond : « Je pense qu'ils s'en foutent total... D'ailleurs, ils sont où là les CRS ? » C'est vrai qu'on n'en voit aucun. Les pancartes au-dessus de nos têtes gueulent en majuscule. J'accroche sur celle qui dit : « Recherche studio. Minimum : 18m2. Maximum : 700 euros. » Plus de la moitié d'un smic pour faire 4 pas et demi sur 4 et y vivre.

15H : Arrivée à Barbes. Chaque métro aérien qui passe suscite nos acclamations. On distingue les quelques voyageurs, collés aux vitres, éberlués. Je m'agrippe à un feu rouge pour regarder derrière si ça suit. La mer infinie, c'est nous.

16H : « Allez Papiiii » chante en chœur une cinquantaine de lycéens en pause boulevard de Clichy. Au troisième étage, sur son balcon, un vieux monsieur s'agrippe à sa rambarde et danse. Il lève un bras. Les adolescents l'encouragent. Il lève le deuxième et tout le monde s'exclame : « Allez Papiiiii ». Frêle et radieux le papi étire ses mains au ciel. Et nous avec lui.

16H30 : Juste avant la place, une meuf à vélo remonte le courant : « C'est bloqué, on peut plus avancer, ça descend par la rue Blanche direction Saint-Lazare. » À notre tour on diffuse le mot dans l'épaisseur du cortège. La foule dévie, s'engouffre dans les rues adjacentes.

17H30 : À Saint-Lazare mes nouveaux voisins ont leur google maps ouvert sur l'itinéraire : Palais de l'Élysée. On remonte place Saint-Augustin. Côté Madeleine, ça fume. Vers la place de l'Étoile l'accès semble fermé. Premiers CRS qui repoussent l'avancée de la manifestation. Ils se mettent à charger et même si tout le monde dit « ne courez pas », tout le monde court. Avec deux adolescentes, je me fous sur un banc pour regarder si ça se calme et d'un coup on voit un groupe de manifestants charger les flics. On explose de rire et de peur. Aujourd'hui, ce sont les chargés qui chargent. On entame un retour en espérant que la réplique ne fera pas de blessés.

18H40 : Place de l'Opéra chaque axe est terminé à l'horizon par une ligne de gyrophares bleus, surmontée d'une colonne de fumée noire. On s'adosse au métro fermé pour réaliser à quel point nous sommes partout et indociles. Un gars nous montre sur son téléphone la photo du bus touristique qui a bloqué une avenue pour ralentir l'arrivée des camions des forces de l'ordre. Ma pote lui raconte qu'en chemin, on a vu des jeunes gens monter des barricades grâce à des barrières JCDecaux, des poubelles et des vélos. Sur le toit d'un des hôtels qui bordent la place, trois silhouettes noires se dessinent. Aucune idée de qui sont ces gens. Des policiers ou des camarades.

19H : On se disperse. La nuit commence à tomber. Je remonte le boulevard des Italiens en suivant les indications qu'on me donne sur différents groupes. La Brav-M vue ici, vue-là. Je prends les petites rues. Porte Saint-Martin ça pète. Rue de la Lune, j'opère un demi-tour en deux-deux quand une trentaine de personnes se mettent à détaler vers moi. L'adrénaline est mêlée de joie. Il n'y a pas de lumière. Il n'y a pas de peur. Ça rit même. Ça rit de ce pouvoir prendre. Prendre la rue. Rue Saint-Martin, les silhouettes agiles trottinent. Trois adolescents ont les bras chargés, l'un me tend un pot de crème « Madame pour vos cheveux bouclés, c'est une super marque qui coûte chère », me dit-il en me tendant un pot d'après-shampoing l'Oréal. Je le remercie et l'invite à la garder puisque lui aussi, a les cheveux bouclés. « C'était pour partager, mais allez, pourquoi pas », dit-il en mettant le pot dans sa poche et m'offrant un large sourire.

19H30 : Pause chez mamie qui habite pas loin. Elle a essayé de me joindre plus tôt pour que je reste chez moi. Je passe la rassurer et voir si tout va bien. Elle est branchée sur LCI et n'est pas sortie de la journée. Sur l'écran de sa télé, la mairie de Limoges brûle et celle de Marseille se fait pénétrer. Au-loin on entend les tirs qui partent de la place de la République. Elle tricote, repliée sur elle-même. À ses côtés j'écoute Nunez qui dit : « Il y a eu 110 défilés sur l'ensemble du territoire national qui ont réunis aujourd'hui 550 000 personnes dont 110 000 à Paris. Une partie d'entre eux ont été déclarée d'ailleurs par les organisations syndicales. En marge de ces défilés nous avons assisté à une mobilisation importante de la mouvance d'ultra gauche ou d'extrême gauche radicale qui a fait dégénérer une grande partie de ces actions. » Mamie me tend le menton pour savoir ce que j'en pense moi qui étais dehors. Mais je ne lui réponds pas, je me demande comment Nunez nous qualifierait moi et mes amix qui avons marché en marge des cortèges : les rues étaient tellement bondées que ça débordait des tracés officiels. Est-ce que du coup, toutes ces personnes avec qui nous avons cheminé dans Paris, dévié rue Blanche, ou rue de la Lune pour rejoindre Saint-Lazare ou se rapprocher de République, étaient d'ultra gauche et de gauche radicale ? Si oui, tant mieux. Si non, peut-être étions-nous simplement trop nombreux et nombreuses pour qu'un tracé nous contienne tous et toutes ? Pour qu'un seul tracé accueille notre joie et notre colère.

À 22H22 je quitte mamie qui me prie de rester dormir chez elle et que je rassure : « Je ferai demi-tour si c'est trop chaud ». Je la laisse devant le direct qui montre des images de Paris dans le noir en regrettant qu'elle n'ait pas vue sur rue avec un balcon. Sans doute serait-elle moins inquiète si elle n'avait pas que LCI et son imagination pour tisser un récit aux cris lointains. Peut-être même aurait-elle levé les bras, et on aurait chanté « allez mamie ». Elle, là-haut mais ensemble.

En bifurquant par la rue de Bretagne pour rejoindre Bastille, je croise une vingtaine de motos et le double de voltigeurs. Je serre les dents. Une cousine de la peur me remonte dans le dos même si de toute évidence, je ne crains rien. Je suis seule, je suis blanche, je suis habillée avec du bleu. Je préviens sur les groupes que le Brav-M se dirige sur République, pour ceux qui y sont encore. Dans les bistrots les gens boivent des coups comme s'il ne se passait rien d'extraordinaire. Pourtant ça pue l'électricité. Pour me tenir compagnie je fais un vocal à une amie qui était coincée avec moi la nuit du 13 au 14 novembre, dans un bar rue Bichat, entre le petit Cambodge et la Bonne Bière. Je lui dis : « La comparaison ne tient pas, mais y a un truc dans l'air qui me rappelle quelque chose de la nuit du 13. Quand on était remontés à pied rue Belleville, à 2H du matin, que tout était noir et tendu. Y a un truc dans l'air… Sur la crête. » Elle m'a répondu aussitôt : « C'était la seule fois où les Parisiens ont vu l'ordre des choses tel que connu, en véritable danger. Mais aujourd'hui, ce n'est pas mortifère. Tout le contraire même. »

Un peu avant 23H00 j'ai traversé le boulevard Richard Lenoir. Une femme négociait le prix d'une paire de Nike bleues à une autre qui portait sous son bras trois boîtes neuves. Je ne sais pas à combien la première évaluait le prix de sa prise de risque. Ni comment elles ont reparti cette richesse. Mais elles m'ont semblé satisfaites. Un homme me dépassant a marmonné d'un ton réprobateur qu'il était honteux de piller. Je n'ai pas répondu, j'ai gardé la tête baissée. À ses chaussures, j'ai compris qu'il n'avait pas de difficulté à s'en offrir des nouvelles.

Valentine Fell

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