LePartisan - 4 vues
MEDIAS REVUES BLOGS
URL du flux RSS

▸ les 17 dernières parutions

05.10.2026 à 09:19

Le temps des promesses

dev

Un lundisoir avec l'historien Christian Ingrao

- 5 octobre / , ,
Texte intégral (5919 mots)

Alors que la jeunesse française embrase le pays, nous avons interviewé Christian Ingrao pour son nouveau livre Le Temps des promesses. La situation présente est le produit d'une lente glaciation de l'espérance qui avait été annoncée non par des prophètes, mais par des historiens, des économistes, des ingénieurs agronomes, et toutes ces littératures grises qui enregistrent, en même temps qu'elles font, l'espérance et ses vacillements. Nous vivons les derniers moments d'une série de promesses nées aux lendemains de la mutation anthropologique des guerres mondiales, et dont la force d'élan et d'entraînement s'est tarie au tournant des années 1980. En réactivant une méthode matérialiste inspirée de Engels et Marx, Ingrao parvient à reconstruire la « sociogenèse de l'espérance », depuis une multitude d'observatoires, dont le temps présent nous dit la fin.

À voir lundi 5 octobre à partir de 20h

Voir et écouter les lundisoir précédents :

Pour vous y abonner, des liens vers tout un tas de plateformes plus ou moins crapuleuses (Apple Podcast, Amazon, Deezer, Spotify, Google podcast, etc.) sont accessibles par ici.


Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d'existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C'est par ici.


Cancer et pesticides, politiser la colère - Fleur Breteau et Sophie Chapelle

Le sacrifice du ciel. Une Autre histoire de la raison - Mohamed Amer Meziane

L'antispécisme comme lutte sociale - Victor Duran-Le Peuch

« Il faut davantage s'inquiéter d'une classe qui se tient sage, que d'une émeute » - Lucile Novat

De la guerre en Amérique - Catherine Hass

Peut-on se sauver de la psychiatrie ? - Jonathan Boismard

Réflexions sur l'anarchie et la révolution - Maria Kakogianni

« Si l'école est gratuite, c'est que vous êtes le produit ! » - Vincent Legeay

Contrer le rire fasciste - Denis Saint-Amand

Astérix peut-il résister à l'empire Bolloré ? - Un court-bouillon, un lundisoir spécial BD

L'Êtrangère - Eugénie Mérieau en concert au bureau

Mondes postcapitalistes - Laurent Jeanpierre et Jérôm Baschet

Tempus - Laura Perrudin

Antitsiganisme, État-nation et éthique de la révolte - Ritchy Thibault

Féminisme, État punitif et figure de la victime - Elsa Deck Marsault

Cybernétique et techniques de gouvernement - Ivan Bouchardeau

Manuel de management décomplexé ou l'art capitaliste de discipliner le travail - Anthony Galluzzo

Comment nommer les nouvelles formes de pouvoir ? - Ian Alan Paul

Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité - Clélia Gasquet-Blanchard

La répression de l'antifascisme à l'échelle européenne - Rexhino « Gino » Abazaj

Trump : les habits neufs de l'impérialisme - Michel Feher

Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi

Trump après Maduro - Benjamin Bürbaumer

Manger la Hess, une poétique culinaire - Yoann Thommerel

Du nazisme quantique - Christian Ingrao

(En attendant la diffusion, on a mis un petit extrait quand même)

Terres enchaînées, Israël-Palestine aujourd'hui - Catherine Hass

Penser en résistance dans la Chine aujourd'hui - Chloé Froissart & Eva Pils

Vivre sans police - Victor Collet

La fabrique de l'enfance - Sébastien Charbonnier

Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane

Dix sports pour trouver l'ouverture - Fred Bozzi

Casus belli, la guerre avant l'État - Christophe Darmangeat

Remplacer nos députés par des rivières ou des autobus - Philippe Descola

« C'est leur monde qui est fou, pas nous » - Un lundisoir sur la Mad Pride et l'antipsychiatrie radicale

Comment devenir fasciste ? la thérapie de conversion de Mark Fortier

Pouvoir et puissance, ou pourquoi refuser de parvenir - Sébastien Charbonnier

10 septembre : un débrief avec Ritchy Thibault et Cultures en lutte

Intelligence artificielle et Techno-fascisme - Frédéric Neyrat

De la résurrection à l'insurrection - Collectif Anastasis

Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall

Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique - Stefano Harney

De quoi Javier Milei est-il le nom ? Maud Chirio, David Copello, Christophe Giudicelli et Jérémy Rubenstein

Construire un antimilitarisme de masse ? Déborah Brosteaux et des membres de la coalition Guerre à la Guerre

Indéfendables ? À propos de la vague d'attaques contre le système pénitentiaire signée DDPF
Un lundisoir avec Anne Coppel, Alessandro Stella et Fabrice Olivert

Pour une politique sauvage - Jean Tible

Le « problème musulman » en France - Hamza Esmili

Perspectives terrestres, Scénario pour une émancipation écologiste - Alessandro Pignocchi

Gripper la machine, réparer le monde - Gabriel Hagaï

La guerre globale contre les peuples - Mathieu Rigouste

Documenter le repli islamophobe en France - Joseph Paris

Les lois et les nombres, une archéologie de la domination - Fabien Graziani

Faut-il croire à l'IA ? - Mathieu Corteel

Banditisme, sabotages et théorie révolutionnaire - Alèssi Dell'Umbria

Universités : une cocotte-minute prête à exploser ? - Bruno Andreotti, Romain Huët et l'Union Pirate

Un film, l'exil, la palestine - Un vendredisoir autour de Vers un pays inconnu de Mahdi Fleifel

Barbares nihilistes ou révolutionnaires de canapé - Chuglu ou l'art du Zbeul

Livraisons à domicile et plateformisation du travail - Stéphane Le Lay

Le droit est-il toujours bourgeois ? - Les juristes anarchistes

Cuisine et révolutions - Darna une maison des peuples et de l'exil

Faut-il voler les vieux pour vivre heureux ? - Robert Guédiguian

La constitution : histoire d'un fétiche social - Lauréline Fontaine

Le capitalisme, c'est la guerre - Nils Andersson

Lundi Bon Sang de Bonsoir Cinéma - Épisode 2 : Frédéric Neyrat

Pour un spatio-féminisme - Nephtys Zwer

Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation - Benjamin Bürbaumer

Avec les mineurs isolés qui occupent la Gaîté lyrique

La division politique - Bernard Aspe

Syrie : la chute du régime, enfin ! Dialogue avec des (ex)exilés syriens

Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Cramayol

Producteurs et parasites, un fascisme est déjà là - Michel Feher

Clausewitz et la guerre populaire - T. Drebent

Faut-il boyotter les livres Bolloré - Un lundisoir avec des libraires

Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard

10 questions sur l'élection de Trump - Eugénie Mérieau, Michalis Lianos & Pablo Stefanoni

Chlordécone : Défaire l'habiter colonial, s'aimer la terre - Malcom Ferdinand

Ukraine, guerre des classes et classes en guerre - Daria Saburova

Enrique Dussel, métaphysicien de la libération - Emmanuel Lévine

Combattre la technopolice à l'ère de l'IA avec Felix Tréguer, Thomas Jusquiame & Noémie Levain (La Quadrature du Net)

Des kibboutz en Bavière avec Tsedek

Le macronisme est-il une perversion narcissique - Marc Joly

Science-fiction, politique et utopies avec Vincent Gerber

Combattantes, quand les femmes font la guerre - Camillle Boutron

Communisme et consolation - Jacques Rancière

Tabou de l'inceste et Petit Chaperon rouge - Lucile Novat

L'école contre l'enfance - Bertrand Ogilvie

Une histoire politique de l'homophobie - Mickaël Tempête

Continuum espace-temps : Le colonialisme à l'épreuve de la physique - Léopold Lambert

Que peut le cinéma au XXIe siècle - Nicolas Klotz, Marie José Mondzain & Saad Chakali
lundi bonsoir cinéma #0

« Les gardes-côtes de l'ordre racial » u le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury

Armer l'antifascisme, retour sur l'Espagne Révolutionnaire - Pierre Salmon

Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming 2

De quoi l'antisémitisme n'est-il pas le nom ? Avec Ludivine Bantigny et Tsedek (Adam Mitelberg)

De la démocratie en dictature - Eugénie Mérieau

Inde : cent ans de solitude libérale fasciste - Alpa Shah
(Activez les sous-titre en français)

50 nuances de fafs, enquête sur la jeunesse identitaire avec Marylou Magal & Nicolas Massol

Tétralemme révolutionnaire et tentation fasciste avec Michalis Lianos

Fascisme et bloc bourgeois avec Stefano Palombarini

Fissurer l'empire du béton avec Nelo Magalhães

La révolte est-elle un archaïsme ? avec Frédéric Rambeau

Le bizarre et l'omineux, Un lundisoir autour de Mark Fisher

Démanteler la catastrophe : tactiques et stratégies avec les Soulèvements de la terre

Crimes, extraterrestres et écritures fauves en liberté - Phœbe Hadjimarkos Clarke

Pétaouchnock(s) : Un atlas infini des fins du monde avec Riccardo Ciavolella

Le manifeste afro-décolonial avec Norman Ajari

Faire transer l'occident avec Jean-Louis Tornatore

Dissolutions, séparatisme et notes blanches avec Pierre Douillard-Lefèvre

De ce que l'on nous vole avec Catherine Malabou

La littérature working class d'Alberto Prunetti

Illuminatis et gnostiques contre l'Empire Bolloréen avec Pacôme Thiellement

La guerre en tête, sur le front de la Syrie à l'Ukraine avec Romain Huët

Feu sur le Printemps des poètes ! (oublier Tesson) avec Charles Pennequin, Camille Escudero, Marc Perrin, Carmen Diez Salvatierra, Laurent Cauwet & Amandine André

Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn

Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole

De nazisme zombie avec Johann Chapoutot

Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022

Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse

Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique

Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer

L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin

oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live

Selim Derkaoui : Boxe et lutte des classes

Josep Rafanell i Orra : Commentaires (cosmo) anarchistes

Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre : Une histoire globale des révolutions

Ghislain Casas : Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde

Silvia Lippi et Patrice Maniglier : Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe

Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry : La rébellion est-elle passée à droite ?

Olivier Lefebvre : Sortir les ingénieurs de leur cage

Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien

Yves Pagès : Une histoire illustrée du tapis roulant

Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer : Radiographie de l'État russe

Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques

Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass

Mohamed Amer Meziane : Vers une anthropologie Métaphysique->https://lundi.am/Vers-une-anthropologie-Metaphysique]

Jacques Deschamps : Éloge de l'émeute

Serge Quadruppani : Une histoire personnelle de l'ultra-gauche

Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines

Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning

De gré et de force, comment l'État expulse les pauvre, un entretien avec le sociologue Camille François

Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain

La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer

Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun

Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon

Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo

Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille

Une histoire du sabotage avec Victor Cachard

La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet

Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf

L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel

À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout

Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier

Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot

Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia

La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir

Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi

Terreur et séduction - Contre-insurrection et doctrine de la « guerre révolutionnaire » Entretien avec Jérémy Rubenstein

Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien

La résistance contre EDF au Mexique - Contre la colonisation des terres et l'exploitation des vents, Un lundisoir avec Mario Quintero

Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez

Rêver quand vient la catastrophe, réponses anthropologiques aux crises systémiques. Une discussion avec Nastassja Martin

Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1

Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler

Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski

Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig

Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs

Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou

« Je suis libre... dans le périmètre qu'on m'assigne »
Rencontre avec Kamel Daoudi, assigné à résidence depuis 14 ans

Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! Une conversation avec Martine Deyres, réalisatrice de Les Heures heureuses

La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi

Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth

Katchakine x lundisoir

Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel

Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota

Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]

Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet

La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen

La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur

Déserter la justice

Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier

La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost

Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari

L'étrange et folle aventure de nos objets quotidiens avec Jeanne Guien, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy

Puissance du féminisme, histoires et transmissions

Fondation Luma : l'art qui cache la forêt

De si violentes fatigues. Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien,
un entretien avec Romain Huët

L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff

Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français

Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane

Que faire de la police, avec Serge Quadruppani, Iréné, Pierre Douillard-Lefèvre et des membres du Collectif Matsuda

La révolution cousue main, une rencontre avec Sabrina Calvo à propos de couture, de SF, de disneyland et de son dernier et fabuleux roman Melmoth furieux

LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.

Pandémie, société de contrôle et complotisme, une discussion avec Valérie Gérard, Gil Bartholeyns, Olivier Cheval et Arthur Messaud de La Quadrature du Net

Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.

Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli

Vanessa Codaccioni : La société de vigilance

Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.

05.10.2026 à 09:18

La jeunesse emmerde l'État policier

dev

Sébastien Charbonnier

- 5 octobre / , ,
Texte intégral (2451 mots)

Sébastien Charbonnier, philosophe de l'éducation et auteur de La Fabrique de l'enfance, propose ici d'analyser les ressorts fondamentaux de la répression qui s'abat en ce moment même sur les lycéens.

« Adulte – achevé – mort : nuances d'un même état. On a jeté ses atouts.
La pire critique contre Aristote est encore celle-ci : qu'il était définitivement Aristote.
Avant de mourir, on devient tout os. »
Henri Michaux, « Enfants », Passages

Le titre est vulgaire ? C'est de bonne guerre ! Et puis vulgus est un mot doux, puisque ça veut dire tout le monde. Ce sont des bourgeois comme Flaubert qui ont connoté le mot négativement – par mépris social.

Ce titre n'est qu'un renvoi d'ascenseur, car il est clair que l'Adulte™, celui-là qui décide de la vie des nouvelles venues au monde, nous emmerde : par des programmes, des conseils humiliants, des emplois du temps, des interdictions, des mises en concurrence, etc.

On ne lui avait rien demandé, et il débarque avec ce sourire de Joker flippant : il a les mots « prévoyance » ou « protection » à la bouche pour justifier ses intrusions perpétuelles dans nos vies. Mais, fondamentalement, l'Adulte™ a peur. Il flippe.

Les gris de la bureaucratie sont trop éteints pour avoir un peu de souffle dans la voix, mais ne nous trompons pas : ils emmerdent la jeunesse parce qu'ils veulent briser sa vitalité. C'est ce qui les fait bander : étouffer la vie pour ne plus être les seuls à glapir leurs derniers souffles dans leurs bureaux inutiles. Ils nous chient dessus : déni du travail informel des moins de 16 ans [1] ; SMIC dérogatoire à 80 % pour les moins de 17 ans ; Parcoursup ; autorité parentale contraignante jusqu'à 18 ans ; ineptie statutaire du service civique qui est douze fois moins valorisé que le SMIC [2] (par un montage inepte qui en fait une bourse et aucunement un salaire) ; inventivité prodigieuse dans les promesses à la con [3] ; présupposition de la solidarité familiale par la conditionnalité des aides aux revenus des parents ; etc. Vraiment que des idées de merde pour régenter nos vies !

N'advenons jamais Adulte™ ! De fait, vieillir, est-ce autre chose que se rendre docile à une passivité transmise par plus ancienne que soi, dont la forme de vie est tout engluée dans la passivité ? Zizek parlait d'interpassivité pour désigner cette reproduction typique de la domination par l'ancienneté : « Quelqu'un est actif pour assurer la passivité d'un autre ». Dit autrement : « Cet autre est actif tout en étant passif à travers ce quelqu'un. » [4]

La révolte est une tentative de briser ce cercle infernal – cercle qui désigne en même temps la reproduction et l'interpassivité, puisque c'est la même chose. L'Adulte™, lui-même ancien enfant, impose la passivité parce qu'il ne sait plus faire que ça : se rendre supportable la sienne propre suppose d'infantiliser autrui pour continuer de croire en son titre d'Adulte™.

Donc, c'est la révolte ou la mort par étouffement.

Notre problème : comment ne pas « jeter ses atouts », pour reprendre la belle formule de Michaux, citée en épigraphe. Comment ne pas devenir os ?

Quand le ministre de l'Éducation nationale (acronyme qu'il faut dire à voix haute, pour entendre qu'il est le produit de leur haine à eux) tente de délégitimer les voix opprimées des mineures, en leur désignant les « conseils de la vie lycéenne » (CVL) comme canal naturel de leur colère, on rigole. [5] Ou plutôt : on a la rage ! Il s'agit d'être sincère : comment ne pas avoir envie de devenir méchant et de moquer le physique en voyant une telle gueule proférer des conseils aussi stupides et blessants. Tête à gifles ! On rêve d'un Gaston Lagaffe qui, à ses heures perdues, aurait inventer une mitraillette à baffes pour nous faire revivre les joies de la scène culte des Trois frères avec le notaire.

La violence symbolique du calme mortifère des gens fatigués est inouïe : « Pourquoi sortez-vous dans l'espace public, pourquoi voulez-vous construire votre propre voix, alors qu'on vous a concocté un bon truc consultatif-sans-aucun-pouvoir dans nos écoles bunkérisées ? ». Bêtise de la carence en imaginaire. Pire : ces crétins décérébrés ont dépassé le degré zéro de l'imagination, ils filent vers les abysses, le négatif. On peut mourir noyée par sa connerie, c'est une chose, mais l'Adulte™ ne s'en contente pas : il veut noyer les autres dans son propre naufrage. C'est une sorte de pulsion meurtrière, caliméresque, qui lui rend insupportables nos joies et nos révoltes. « Si j'ai renoncé, vous devez nécessairement le faire aussi », pense-t-il.

La plus grande victoire de la révolte, c'est de ramener les choix politiques de l'Adulte™ à leur contingence, alors que lui fait tout pour se persuader qu'il n'y avait pas d'alternative. Sa critique de la révolte est toujours une jérémiade : le ouin-ouin de la fragilité des privilèges que la suprématie blanche nous sort à chaque fois, que les mascus répètent à longueur de temps, que les bourgeoises assènent aux travailleureuses (leur « charge », leur « coût »).

Le pouvoir est vieux, le pouvoir est définitivement fatigué – l'adjectif utilisé par Rancière est parfait. [6] Il n'arrive même plus à entretenir la dorure de la cage : dans les établissements scolaires, les faux plafonds s'écroulent, les fenêtres ne s'ouvrent plus, les portes des chiottes ne ferment plus, le chauffage est vain, la chaleur inarrêtable. Ce n'est plus une question de « croire en l'école » comme institution égalitaire, puisque la matérialité même de cette promesse fait fuir. On y perd tout : son temps, sa santé, son imaginaire.

L'École nous apparaît enfin pour ce qu'elle est : un funérarium destiné à nous faire zombies, comme l'Adulte™. Mais le rouage de l'infantilisation est grippé, puisque la décence caractéristique du soft power (qu'on appelle baume, de manière poétique, vaseline de manière plus crue) n'est même plus là. C'est finalement une bonne nouvelle que l'institution la plus efficace pour reproduire l'ordre du monde, en s'arrogeant l'exclusivité de la distribution symbolique des places [7], n'arrive plus à faire semblant. Les ventilos du soft power se sont arrêtés : plus de petite brise idéologique pour faire croire en toutes ces conneries – méritocratie, ascension sociale, etc.

Bienvenues alors dans la session de rattrapage : vous n'avez pas voulu suivre les conseils infantilisants (silenciation par le faire dire – ventriloquie), vous aurez droit à la mâchoire cassée (silenciation par le faire taire – ablation des cordes vocales). Dit autrement, l'adultification surgit quand le pouvoir est aux abois. Mais infantilisation et adultification ne sont que les deux faces du même mécanisme de la domination par l'ancienneté.

Ne faisons pas les naïfs : oui, le pouvoir va envoyer ses chiens pour broyer celles et ceux qui tentent de s'exprimer dans des coordonnées non autorisées par les règles du jeu capitaliste. Comme pour les gilets jaunes, une partie de la population découvre alors ce que d'autres connaissent malheureusement par coeur – les prolos, les jeunes hommes racisés, les prostituées, les erranttes, les incarcérées, etc. [8]

Peut-être faut-il alors se réjouir du nivellement par le bas quand on affronte l'État policier : si la jeunesse blanche, si les enfants des classes moyennes, si les filles peuvent découvrir ce que cela fait de devenir les destinataires de « l'aveu d'échec » du pouvoir adultiste, eh bien les masques tomberont. C'est un constat presque tarte à la crème : quand le pouvoir a peur, le pouvoir cogne. Tant que la fable permet le consentement, la force n'est pas requise : délicat équilibre d'une hégémonie culturelle. Or, l'hégémonie culturelle de l'école ne passe désormais plus par la fable enchantée, depuis quelques décennies déjà. Mais ça continue pourtant, en y mettant un peu plus de force pour que tout rentre dans l'ordre : plus d'élèves par classe, plus de surveillances, plus d'interdictions, plus de classements, plus de « frais », etc.

Il faut objecter un immense rire à ces conseils auxquels même l'Adulte™ ne croit plus – mais, à dire vrai, il n'y a jamais cru : c'est la grande tristesse du pouvoir. Notre hoquet de joie sera en même temps une grosse gerbe sur le crâne poussiéreux de l'Homme-os.

L'école est fatiguée. La révolte est comme une grande sieste de ce point de vue là. Remplacer les vieux cons par une bonne sieste, ça fait tellement du bien ! [9]

Se révolter rajeunit.

Sébastien Charbonnier


[1] Voir l'ample étude en cours à propos du travail rémunéré des élèves en France : https://lejournal.cnrs.fr/articles/comment-mieux-evaluer-le-travail-des-eleves.

[2] Si si ! Faisons le calcul. « Coût » employeur : 114,85 €, 24h/sem, soit 104h/mois. Donc, une reconnaissance sociale, en tant que producteurice de valeur, de 1,10€ par heure de travail. Par comparaison, le smic se place à 12,99€ par heure de travail (1974 €, pour 35h/sem, soit 152h).

[3] Voir Florence Ihaddadene, Promesse d'embauche. Comment l'État met l'espoir des jeunes au travail, 2025.

[4] Slavoj Zizek, Le Spectre rôde toujours, p.42. Cf. aussi Slavoj Zizek, « Le sujet interpassif », dans La Subjectivité à venir, 2006.

[5] Sur France Info, le 1er octobree 2026 : https://www.youtube.com/watch?v=ZEMxj6A8Tfo

[6] Titre du recueil de nombre d'entretiens et articles, sorti chez Amsterdam : Et tant pis pour les gens fatigués, 2009.

[7] Voir le travail de Vincent Legeay, interviewé ce printemps dans un lundisoir : https://www.youtube.com/watch?v=hSud_iKguWU

[8] Par ailleurs, ce furent encore d'abord les lycénnes racisées qui furent arrêtées en premier par la police, la semaine dernière, comme me l'ont signifié des élèves lilloises.

[9] Clin d'oeil évident à la magnifique série d'affiches créée par Quentin Faucompré.

04.10.2026 à 10:20

À nos enfants et lycéens

dev

« Merci pour tout. L'audace, le courage et la détermination. »

- 5 octobre / , ,
Texte intégral (1068 mots)

Des représentants de parents d'élèves inquiets nous ont transmis cette adresse aux élèves, à leurs professeurs mais aussi aux ministres qui orchestrent la répression du mouvement lycéen. Une analyse de la situation autant qu'un témoignage.

À nos enfants et lycéens

Merci pour tout. L'audace, le courage et la détermination.

Merci de nous rappeler qu'il n'y a rien à attendre. Nous avons nous-même tellement attendu que nous savons ce qu'il en coûte à la fin.

Attendre la fin de la journée, la fin de la semaine, le début du mois, le rappel de la CAF. Attendre que ça se tasse, attendre des jours meilleurs, attendre les élections, attendre le bus, le métro. Attendre d'enfin se coucher. De toujours se coucher.

À vous aussi on vous a dit d'attendre. La fin de la journée, le début des vacances, les résultats de Parcoursup. Attendre une formation, pourquoi pas un taf, d'être indépendants et de découvrir que c'est le contraire d'être libres. Attendre que la vie commence là-même où elle finit.

Vous avez vraiment bien fait de cesser d'attendre.

Bravo pour l'humour, les déguisements, les feux d'artifices, la solidarité et tout ce qu'on a vu dans les rues.
Le monde qu'on vous laisse est une ruine, l'avenir qu'on vous prépare un cauchemar, et vous parvenez encore à vous amuser. Vous êtes la meilleure version de nous-mêmes, l'addition de tout ce que l'on a raté, de tout ce à quoi nous avons renoncé.

Vous le savez mais c'est important de vous le répéter. Nous sommes aussi très inquiets. Mais nous le serions davantage encore si vous acceptiez le monde tel qu'il est.

Aux professeurs, surveillants et chefs d'établissements

Mardi, vous étiez en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail. Vous avez marché, défilé et scandé et puis vous êtes rentrés. Le gouvernement n'a même pas fait l'effort de vous mépriser.
En deux jours de blocages vos élèves ont déclenché une cellule de crise à l'Élysée, la panique sur les plateaux télé et la fermeture d'une grande partie des lycées français. Il y a une leçon à en tirer.

Toutes leurs revendications, vous les connaissez et vous les partagez : les classes surchargées, les collègues pas remplacés, les locaux insalubres et les couvertures de survies sur les fenêtres pour ne pas cuire dès le mois de mai. Et Parcoursup évidemment, vous en connaissez par cœur les méfaits et les injustices. Cette sale petite machine de sélection et de mise sous pression qui pèse chaque jour sur vos élèves autant que sur vous. Pédagogie de l'humiliation. Et pourtant vos élèves sont venus vous le rappeler : rien de ce qui a été fait ne peut être défait.

Merci à celles et ceux parmi vous qui ont rejoint les blocages, soutenu leurs élèves. L'équation est simple : vous n'avez objectivement rien à perdre et tout à gagner, à commencer par le fait de ne plus vous laisser, vous aussi, humilier.

Si vous refusiez sincèrement votre condition commune, ce serait une autre histoire : c'est moins facile pour un gouvernement d'étrangler un prof de Math ou de tirer au LBD dans la tête de la prof de Français. Peut-être qu'alors tout le monde suivrait.

À Laurent Nuñez, Edouard Geffray et aux préfets

C'est sous vos ordres que depuis plusieurs jours, la police harcèle des enfants. C'est sous vos ordres qu'ils ont été fracassés, traînés sur le sol, étranglés, dégommés à bout portant au LBD. Vous n'avez pas seulement voulu les blesser, vous avez tout fait pour les humilier.
1949 lycéens interpellés, combien de policiers inquiétés ? Quelles leçons en tirer ?

Et pourtant, vous vous enferrez dans le mensonge et l'irresponsabilité.

Il faut vraiment ne pas avoir mis un pied devant un lycée pour croire que la France insoumise aurait la moindre responsabilité dans cette éruption de la jeunesse. Il faut être particulièrement mal informé pour s'imaginer que des « proxys d'ultragauche » téléguideraient souterrainement les poubelles entassées devant les établissements. Seulement et salement, vous mentez.

Alors que les élèves réclament des profs, des moyens et un peu de considération, vous appelez la police à se « désinhiber de l'usage proportionné de la force », quand des syndicats de police réclament de pouvoir leur tirer dessus au LBD vous mettez en garde les préfets contre toute « instruction contraire localement ». On n'invente ou n'extrapole rien, on vous lit dans Le Monde du 2 octobre 2026. Vous appelez et encouragez la violence contre nos enfants. Calfeutrés au milieu de vos bureaux dorés, vous déchaînez la police et décomptez les interpellations et les blessés.

Ce matin, 400 lycées bloqués. Non pas par les élèves mais par vos arrêtés. Les mesures sanitaires élaborées pendant une pandémie deviennent l'arme par laquelle vous confinez la jeunesse. La ficelle est trop grosse : interdiction pour quiconque de se rassembler à proximité d'un lycée. Ceux qui oseront sortir de chez eux pourront être interpelés. Après avoir orchestré la violence, vous organisez maintenant leur séquestration.

À nous tous

Comment prendre au sérieux ce qu'expriment nos enfants, les enfants, dans la joie et malgré les lacrymogènes ? Comment être à la hauteur, c'est-à-dire sans le surplomb de nos propres renoncements ?

La prochaine échéance nationale semble annoncée pour le 6 octobre. Il faudra commencer par y être.

Des parents le 2 octobre 2026

Photo : Bernard Chevalier

17 / 17

 

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
✝ Période
 
  ARTS
Actualitté
Autre Quotidien (L')
Beaux Arts
Collateral
Recours au poème
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Libre à lire (April)
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌞