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16.12.2024 à 21:00
La division du politique - Bernard Aspe
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Le dernier livre de Bernard Aspe La division du politique, sonne un peu comme un bilan d’étape. Où en sommes-nous ? Outre les différents types de domination et d’exploitation que l’on connaît, plus mortifères que jamais, nous sommes entrain de perdre le monde. Et à vrai dire, non pas seulement ce monde-ci – qu’après tout nous détestons assez pour ne pas pleurer sa disparation annoncée –, mais la condition même de la pluralité des mondes, aussi bien ceux du pouvoir que ceux dont on pouvait encore rêver, il y a peu. Les conditions de possibilité de la révolution s’amenuisent cruellement, non pas seulement parce que les luttes sont faibles, mais aussi parce que le support des mondes est écologiquement menacé.
Qui est ce « nous », qui demande où nous en sommes ? C’est là qu’est l’os, le véritable problème politique ; l’articulation d’un « nous » révolutionnaire qui saurait à la fois maintenir les singularités et les unir pour recouvrer enfin, de nouveau, une véritable puissance de frappe. Ce « nous » n’a pas d’autre choix que d’être révolutionnaire – comme le disait le camarade Tronti, « comprend vraiment celui qui hait vraiment ». Mais le parti de la révolution est terriblement divisée. C’est à la fois légitime et regrettable, et il faut en finir avec la crainte de l’unité, le culte du multiple. En somme, il faut cesser de confondre le rival et l’ennemi. Du moins est-ce là une proposition, ouverte mais déterminée.
Cette proposition, lancée à la cantonade révolutionnaire, consiste à trouver une condition commune aux différentes subjectivités en rupture, et à définir face à la réalité « le point d’attaque le plus commun qui puisse être trouvé ». Pour cela, il faut trois choses : une analyse des subjectivités d’abord, de leurs divisions aussi bien individuelles que collectives. Ensuite, un diagnostic sur une domination dont il faut prouver qu’elle est bel et bien globale. Enfin, déterminer la forme de l’unité qui pourrait se configurer pour briser cette dernière globalité destructrice. Et ce sans pour autant en revenir à un léninisme poussiéreux, boomer, refusant l’irréductibilité au moins partielles des oppressions. Ce trait d’un, Bernard Aspe propose de le situer dans le refus, non pas du travail, mais de la mise au travail qui capte chaque existence, humaine comme non-humaine, pour l’accaparer et et la broyer dans la grande machine économique. Il s’agit, depuis cette unité minimale, de dégager un espace et une puissance proprement révolutionnaire.
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13.12.2024 à 14:00
lundi bon sang de bonsoir cinéma - Épisode 1: Ghassan Salhab, Nicolas Klotz, Saad Chakali
C’est parti pour le 1er épisode de lundi bon sang de bonsoir cinéma avec Nicolas Klotz, Saad Chakali et Ghassan Salhab. On y discute, en profondeur, du cinéma d’aujourd’hui, d’hier et de demain ; d’amitié, de guerre et de Joy Division. Le chapitrage ci-dessous offre quelques repères et une orientation. L’épisode 0, Que peut le cinéma au XXIe siècle avec Marie José Mondzain est toujours accessible ici, de Nicolas Klotz on se réfèrera au cheval du Turin… ( le cinéma est une ère géologique, pas une industrie ) quant à l’oeuvre de Ghassan Salhab, on lira volontiers Ghassan Salhab en revenant, métis inauthentiqu de Saad Chakali.
00:00 Intro
00:14 Commencer, toujours, par l’amitié quand les ennemis ne finissent plus de s’accumuler
2:40 Ce qui sépare fait le rapport même de l’amitié
5:09 « Quand l’argent domine un tournage, on ne respire plus »
9:36 Beyrouth fantôme : le retour de l’ami qui a trahi la Palestine
12:07 L’engagement, l’amitié, la guerre et l’oubli
14:14 Les trahisons comme ravages
17:03 Peut-on filmer Benjamin Netanyahu ou Bachar al-Assad ?
19:58 Gaza, les images et l’ennemi invisible
27:05 Le cinéma d’aujourd’hui est-il resté bloqué au XIXe siècle ?
28:15 Mosab Abu Toha : Ce que vous trouverez caché dans mon oreille
30:45 Le nouveau monde et la condition atomique
33:38 Ce que l’on ne veut plus faire, ce qu’il ne faut plus faire
35:57 Filmer à travers la guerre
39:00 Le bourreau est la fiction, la victime du côté du documentaire
42:02 La surproduction des images, comment s’en sortir ?
46:16 La 6e extinction et les couches du vivant
47:28 Fernand Deligny : la connivence profonde entre les images et les animaux sauvages
48:56 Mohammed Darwish : l’ami qui empêche de faire les comptes
Gaza comme hors champs, le cinéma est toujours du côté de la vie
51:35 Les années 50 et 60 ou l’apparition d’un cinéma politique depuis « les gens »
53:56 Comment recommencer le cinéma ?
58:50 Retrouver la lumière par-delà l’essoreuse des images qui colonisent
1:01:45 « Notre musique c’est celle de tout le monde », Jean-Luc Godard et Michael Witt
1:04:10 Repenser et réinventer la production et la distribution
1:06:44 Joy Division et Ian Curtis, l’ami commun
1:12:33 La solidarité entre les squats de Manchester et de Paris
1:15:04 Joy Division ou le cri étouffé
1:20:42 L’ami qui prend soin et prend la douleur
1:24:28 Peut-on se retirer sans trahir ?
1:28:17 Filmer depuis l’intérieur même de la destruction, désorienter, resituer
1:30:02 « Tant qu’on pense que le cinéma est une industrie, on est foutus »
1:36:19 Le geste cinématographique, la domination par le cinéma
1:40:26 Le cinéma et l’enchevêtrement du temps
1:45:30 Faire un pas de côté pour pouvoir dire le monde
1:55:33 Fuir les malentendus, partir de l’industrie
2:02:18 La voix sur l’épaule, Laurence Chable et François Tanguy
2:12:29 Que peut le cinéma aujourd’hui ?
2:13:23 « A moins qu’il ne faille penser que pour rendre la peine encore plus atroce et plus subtile, l’enfer a été placé en plein cœur du paradis » (Agamben)
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09.12.2024 à 10:00
Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Carayol
Il y a cinquante ans, la population de l’archipel des Comores était invitée à se prononcer sur le statut de son territoire. Si trois des quatre îles votèrent massivement pour l’indépendance, Mayotte (Maore), où un courant sécessionniste animé par l’élite créole exerçait un puissant lobbying, vota contre, tandis qu’à Paris l’armée et le « parti colonial » encore très puissant ne voulaient pas perdre cette position stratégique dans l’océan Indien. La France accorda donc l’indépendance aux Comores mais conserva Mayotte, devenue en 2011 le 101e département français à l’issue d’un processus unique de « colonisation consentie ».
Tout renvoie à la colonie sur cette île : les ghettos de Blancs, la hiérarchisation raciale au travail comme dans la vie quotidienne, la dépendance économique envers la « métropole », les défaillances des infrastructures mises en lumière par les récentes pénuries d’eau… Entre des Mahorais reniant leur passé pour être « français à tout prix », dont la dérive vers l’extrême droite semble sans fin, des « métros » qui se comportent en terrain conquis et cultivent l’entre-soi, et des Comoriens devenus « étrangers » par l’effet d’une politique d’État délibérée, la violence à Mayotte est le résultat d’un double processus de dislocation et de colonisation. Ce livre raconte les principaux épisodes de cette histoire et dresse un portrait sans concession de « Mayotte française » et du présent colonial qui continue de l’animer.
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09.12.2024 à 10:00
Syrie: la chute du régime, enfin! Discussion improvisée avec deux révolutionnaires syriens en (ex)exil
L’édition de cette semaine se trouve chamboulée par la chute du régime syrien. Nous avons improvisé, dimanche soir, cette discussion avec deux amis révolutionnaires en (ex-)exil et préparons plusieurs articles sur cet évènement majeur. On publie le live tel quel, le son est un peu ric-rac par moment, si c’est trop pénible à suivre, on le refera au propre dans la journée. Ce qui s’y dit nous semble néanmoins crucial pour comprendre cette séquence historique et s’y repérer, sans bafouiller.
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02.12.2024 à 20:00
Producteurs ou parasites, « Un fascisme est déjà là » - Michel Feher
Dans ce lundisoir nous poursuivons notre enquête sur le fascisme qui vient avec le philosophe Michel Feher. Son dernier livre Producteurs et Parasites, conceptualise l’imaginaire du RN comme « producerisme », soit l’idée selon laquelle les improductifs sont des parasites et qu’ils doivent être épurés du corps social, nous reviendrons avec lui sur la manière dont la fascisation consiste à passer d’un parasitisme productiviste général (de droite) à un parasitisme racialisé (d’extrême-droite).
Nous abordons aussi cette fascisation actuelle à travers le concept d’« impérialisme continental » (Hannah Arendt). Il ne s’agit ni d’un « impérialisme colonial » ni d’un « totalitarisme » : d’un côté, ce fascisme-là ne prétend pas (encore) partir à la conquête de terres exotiques ; de l’autre, ce fascisme-là ne prétend pas à la production idéale d’un « homme nouveau ». Ce fascisme-là, selon Feher, est un fascisme d’épuration, ethno-différentialiste fondé sur le retour nostalgique à une terre que l’on nous a promise et que l’on a perdue. Dans le fascisme russe, inspiré par Ilyne ou Douguine, l’impérialisme se limite aux frontières de l’ancienne formation impériale russe et soviétique : ferveur nostalgique épuratrice. Dans le fascisme israélien, la colonisation ne se fait pas sur une population indigène exotique mais dans le mythe biblique et à travers lui. L’idéologie néofasciste de l’hindutva indienne, fétichisant le Grand Bharat (l’Inde pré-coloniale), se donne lui aussi dans des limites où la Grandeur est concomitante d’une Nostalgie et d’une rétribution. Le mouvement MAGA qui accompagne le trumpisme est très exactement l’articulation de cette Greatness, la réactivation du mythe fondateur étasunien, et de la Rédemption messianique vengeresse – qui se dit dans l’épuration et la déportation de tous les parasites improductifs qui, depuis trop longtemps, auraient humilié sa puissance. De même en est-il discrètement encore pour la Chine qui fait valoir son droit historique constitutionnel à l’absorption de Hong Kong et de Taïwan dans le Zhōngguó mèng (« rêve chinois »).
Mais l’intervention, en même temps que ces aspects fascistes régénérateurs et rédempteurs, d’une nouvelle forme de capital, celui de la financiarisation, qui transforme tout individu non plus en simple salarié pour un patron, mais en auto-entrepreneur de soi-même, se donnant du crédit afin de recevoir investissement, ce capital financiarisé qui fait de chacun un « Investi », couplé à l’avènement encore inachevé du capital cybernétique de l’IA, des plateformes et du Cloud, ce capital technologique d’interfaces digitales, impliquant de nouvelles logistiques matérielles dans l’organisation des flux de circulation du capital, des choses et des données, l’arrivée, enfin, de ces « paléo-libertariens brutalistes » au pouvoir (Musk, Milei), ceux-là qui annoncent, selon Varoufakis, le basculement du capitalisme dans le « techno-féodalisme », la fin du profit en faveur de la rente, et, peut-être, le basculement du règne de l’Économie dans celui de l’Éthonomie, tout cela, toute cette nouvelle « modernisation » ne risque-t-elle pas, elle, de faire passer, peu à peu, l’actuel fascisme encore nostalgique et strictement continental dans un fascisme à visées hégémonique planétaire, accompagné de l’avènement de sociétés nouvelles et d’hommes nouveaux ?
C’est à partir de ces questions, de celle des fascismes présents et de ceux à venir, que la discussion stratégique « à gauche » devrait être reprise et repensée considérablement. Pour Michel Feher, il faut une drôle de « gauche d’occasion », capable de comprendre que
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