LUNDI SOIR LUNDI MATIN VIDÉOS AUDIOS
25.11.2024 à 20:00
Faut-il boycotter les livres Bolloré ? Un lundisoir avec des libraires
En juillet dernier, en réaction à la menace d’une prise de pouvoir par le RN, de nombreuses organisations ont annoncé le début d’une campagne intitulée Désarmer l’empire Bolloré. Il s’agissait de trouver des leviers contre la fascisation en cours qui ne se limitent pas à l’isoloir. C’est dans ce contexte que plus de 80 libraires indépendants viennent de signer une tribune la semaine dernière : « Ne laissons pas Bolloré et ses idées prendre le pouvoir sur nos librairies ! ». Il s’agit pour eux de ne pas se rendre complices du « combat civilisationnel » mené par le magnat en faisant disparaître, autant que faire se peut, les livres du groupe Hachette de leurs étales.
Outre la prise de position politique que représente cette tribune, elle a aussi le mérite d’ouvrir des questions et des contradictions particulièrement épineuses pour les libraires, signataires ou non. Dans un secteur aussi concentré où cinq gros groupes détiennent l’immense majorité des titres publiés ainsi que toute la logistique de production et de mise en circulation qui va avec, est-ce si facile de tenir une promesse de « boycott » sans se tirer soi-même une balle dans l’étale ? Si Bolloré concentre toutes les attentions de par son empire tentaculaire mis au service de l’extrême droite et de la fascisation des esprits, n’oublie-t-on pas un peu vite les dégâts que produisent aussi ses concurrents ? Et que faire de ces livres (et éditeurs) chers, pris dans les griffes de cette industrie culturelle ? Parce qu’il n’existe aucune réponse simple à toutes ces questions, nous avons invité cinq libraires indépendants pour en discuter, Nicolas de Libertalia, Anaïs du Rideau Rouge, Natacha de L’Atelier, Alexis de Petite Egypte et Martin de Michèle Firk. . Certains ont signé la tribune, d’autres non, mais tous nous éclairent sur leurs techniques et stratégies pour résister et faire que le livre ne puisse être réduit à une simple marchandise.
Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.
24.11.2024 à 19:00
Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard
La contre-anthropologie, ça peut être en un sens assez commun la manière dont les indigènes se représentent et critiquent la culture du colon. Pourquoi n’est-ce pas tout bonnement de l’anthropologie ? Parce qu’il ne faut pas trop croire ce que racontent les scientistes blancs déguisés pour quelques semaines en aventuriers. Les pratiques contre-anthropologiques sont des sortes de théâtres où rugit un rire de résistance contre l’esprit de sérieux occidental, dont on se paie allègrement la tête. Il en existe bien des exemples : Jean-Christophe Goddard en a narrés quelques-uns dans son livre, qu’il est venu nous raconter. Les pratiques contre-anthropologiques existent aussi sous forme de discours ; c’est là toute une tradition critique indigène, puissante, protéiforme. Au fond ce qui est critiqué, haï, c’est la destruction systématique des autres mondes. Qui n’ont rien d’idéologiques, sauf à accepter que l’idéologie tue aussi, et que donc les vieux dualismes sont périmés. Ainsi, à propos des suicides indigènes massifs en Guyane : « Derrière chaque suicide, c’est un même cosmocide. » Ce qui est critiqué c’est l’ethnocide colonialiste généralisé, l’extractivisme débridé, le patriarcat occidental exporté – mais aussi tout un tas d’autres institutions, à commencer par l’école ; en ce que tout cela annihile des formes d’autochtonie qui savent, elles, que l’être n’est pas un minerai. Elles le savent encore aujourd’hui, parce que ce serait donner trop de crédit au capitalisme mondial que de le croire absolu : « le choc de la colonisation n’a […] pas réussi à être fatal ». Ce qui est démystifié, moqué, c’est aussi la philosophie blanche. N’est-elle pas pourtant bien inoffensive ? Non : « la métaphysique cartésienne de la "ruine des fondements" est la métaphysique de l’extirpation coloniale. » Le projet colonial euro-occidental, qui n’est autre que le projet de son existence propre, est porté par un vide métaphysique, une métaphysique dangereuse du commencement absolu. Être chez soi dans l’autre, disait le vieux fonctionnaire qui prêchait le retard éternel de l’Afrique – voilà un mot d’ordre sacrément impérial. Contre ça, d’autres ont su se lier autrement aux autres. Les Blancs, eux, ne savent pas : ce sont d’autres gens que les autres. Mais alors pourquoi un énième livre ? Parce qu’« il restera difficile à qui a été élevé dans les livres imprimés, c’est-à-dire dressé par eux, d’en être libéré sans l’être par un livre. » 00:00 : Introduction 1 - Qu’est-ce que la contre-anthropologie ? 3:21 : Contre-anthropologie ou contres-anthropologies ? Des anthropologies plurielles 9:37 : Qu’est-ce qu’un dispositif contre-anthropologique ? Le culte du cargo et le culte N’gaul 14:03 : Qu’est-ce qu’une ontologie ? Ontologie animiste et ontologie naturaliste 15:18 : Les effets politiques de l’ontologie : racisme et ontologie animiste 17:27 : Retour sur le culte N’gaul : « une anthropologie africaine de la blanchité » 24:35 : A propos du culte du cargo. Critique de l’interprétation de J.Rouch. Comment faire de l’anthropologie quand c’est une contre-anthropologie (du monde blanc) ? 2 - « Eclater de rire face aux blancs » : peut-on être à la fois ridicule et dangereux ? 30:28 : Pilima-Macron : comique de l’émancipation et tradition carnavalesque 36:25 : La métaphysique occidentale est-elle risible ou dangereuse ? 39:00 : L’ontologie est meurtre 3 - Pour une critique politique de l’ontologie naturaliste 46:38 : Le nihilisme du monde blanc : une métaphysique du vide ? 48:49 : si l’ontologie détruit, qu’est-ce qui justifie de continuer à parler d’ontologie pour la métaphysique indigène ? 50:43 : La bêtise de la domination 4- Sur la possibilité des alliances - perspect
Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.
12.11.2024 à 09:00
10 questions sur la victoire de Trump - Eugénie Mérieau | Michalis Lianos | Pablo Stefanoni
Trump incarne-t-il un élan fasciste de masse ou, paradoxalement, le triomphe d’un individualisme libertarien ?A-t-on affaire, avec lui, à un suprématisme ou bien plutôt un infantilisme politique au service d’une refondation mythique des USA ? L’antagonisme entre fasciste et “wokiste“ est-il le nœud qui divise l’Amérique ou bien la fiction qui recouvre une division plus profonde entre celles et ceux qui se sont insurgés suite à l’assassinat de George Floyd et la panique électorale des propriétaires ? Que peut encore le parti de la subversion, lorsque la droite s’est réapproprié les affects de la rébellion ? La démocratie en Amérique est-elle formellement soluble dans l’illibéralisme ? Sommes nous sur le point d’entrer dans le capital-cloud ou le techno-féodalisme ? Elon Musk relance-t-il le mythe colonial de la conquête de terres vierges dans l’espoir de soumettre une population extraterrestre et rejouer le pacte colonial où métropole démocratique et colonies dictatoriales fonctionnent de concert ? En décrétant la fin de l’Empire, Trump va-t-il ramener la violence coloniale à l’intérieur de ses frontières ? Le paradigme de la guerre civile est-il plus éclairant que celui de la fascisation ? L’humiliation est-elle la condition de possibilité du capitalisme ? L’effondrement de l’hypothèse libérale démocratique et de la mondialisation impériale appellent-ils à repenser la souveraineté ou à propager le communalisme ?
Nous vivons un interrègne dont la première des évidences est que les catégories politiques depuis lesquelles nous pensons achoppent. Parce que dans ce clair-obscur, il va bien falloir commencer à y voir quelque chose, nous recevons trois invités. Eugénie Mérieau, constitutionnaliste autrice de La dictature, une antithèse de la démocratie ? et Géopolitique de l’état d’exception, Michalis Lianos, sociologue spécialiste des dynamiques sociales et contestations contemporaines et Pablo Stefanoni, auteur de La rébellion est-elle passée à droite ? et spécialiste des hybridations capitalisto-fascisantes les plus étonnantes. Au vu de la confusion de nos propres intervieweurs, nous avons ajouté un chapitrage sous cette vidéo afin qu’il soit plus simple de naviguer à travers ces deux heures de discussion.
Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.
04.11.2024 à 20:00
Chlordécone : Défaire l’habiter colonial, s’aimer la terre - Malcom Ferdinand
Après quelques décennies de mensonges et de dissimulations, le scandale du Chlordécone est désormais connu. Pendant près de 30 ans aux Antilles, les sols ont été pollués, l’environnement contaminé et les corps intoxiqués afin de protéger et optimiser les profits générés par l’industrie bananière à destination de l’hexagone. Malcom Ferdinand, docteur en philosophie et chercheur au CNRS vient de publier S’aimer la terre, défaire l’habiter colonial (Seuil), une enquête majeure et magistrale qui condense 15 années de recherches, de rencontres et de réflexion.
Si ce livre est incontournable dans l’évolution de la pensée écologique et décoloniale, c’est d’abord par sa méthode : à partir de cette microscopique molécule, Ferdinand déplie et déploie toutes les dimensions de l’existence personnelle, collective, économique et politique qu’elle vient affecter ou révéler. Ainsi, s’ouvrent au lecteur les questions et enjeux les plus décisifs de notre temps : comment habitons-nous le monde ? Quelles forces et logiques s’activent à zombifier la terre ? Depuis quel rapport à la vie, à la science et à l’environnement pouvons nous envisager de démanteler les structures des maîtres qui nous asservissent ?
(C10Cl10O)56 ou la formule chimique qui vient nous rappeler l’impossibilité d’une humanité-astronaute flottant au-dessus de son propre désastre autant que la nécessité de trouver les manières de vivre à travers et contre la corruption, même lorsque celle-ci s’est immiscée jusque dans nos cellules.
Nous avons donc eu cette longue et foisonnante discussion avec Malcom Ferdinand.
Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.
04.11.2024 à 18:00
Actualité et histoire de la lutte Sarahoui - Mohamed Ould Sherif
Un président et sa cohorte de capitaines d’industrie, une délégation qui coûte chère, très chère, un humoriste médiocre et sa paire de jeans. Voilà à peu près tout ce qui a été retenu du voyage de Macron au Maroc. Mais derrière cette visite diplomatique éminemment stratégique, se cache le drame du peuple sahraoui, victime une fois encore du réalignement français sur les intérêts marocains. Au nom du développement économique et de l’investissement financier, c’est en réalité et sans surprise le triomphe de la prédation des entreprises du CAC40 sur un territoire pas encore assez exploité et géré à leur goût : le Sahara occidental. Pourtant, dans le désert et au sein des tribunaux internationaux, la subjectivité sahraouie persévère à faire entendre sa lutte et revendiquer ses droits, et ceci aussi bien grâce à sa diaspora solidaire dispersée de par le monde que grâce aux combattants du Front POLISARIO.
00:00 Introduction
01:02 Présentation de l’invité
01:29 Pourquoi l’anonymat?
02:03 Contexte historique et colonisation
08:11 Le soutien de l’Algérie et l’invasion marocaine
10:30 Le retrait militaire de la Mauritanie et l’intervention française
14:57 L’impossible référendum et l’impuissance de l’ONU
17:41 Le Mur de sable contre la guérilla, l’écologie et le nomadisme
26:09 Le nationalisme marocain au service de la monarchie
30:35 L’importance du droit international pour les militants sahraouis
35:39 La stratégie du long terme 38:59 Le grand remplacement démographique et l’exode
40:50 La voracité du secteur privé français
47:25 Les nouveaux intérêts français au Sahara
53:06 Les grandes entreprises, des acteurs coupables
55:53 Les positions ambigües d’une certaine gauche française
59:50 Qui est vraiment le Front POLISARIO?
Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.