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01.04.2025 à 18:00

Christine Angot passe une nuit au musée : “demande” ou “commande” ?

nfoiry
Christine Angot passe une nuit au musée : “demande” ou “commande” ? nfoiry mar 01/04/2025 - 18:00

« On croit ouvrir un livre divertissant sur un musée, on en ressort foudroyé par une question. Qu’est-ce qu’une demande ? se demande Christine Angot dans La Nuit sur commande. Deux heures de lecture, deux semaines à cogiter... Et si derrière chaque demande, même la plus innocente, se cachait une commande ?

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Pour écrire ce livre, Christine Angot a répondu à une demande. Celle d’une maison d’édition, Stock, qui lui a proposé, comme elle l’avait fait avec d’autres écrivains avant, de déambuler la nuit dans un musée de son choix et d’en relater l’expérience atypique. Seulement, l’autrice d’Une semaine de vacances et du Voyage dans l’Est, bien qu’ayant répondu favorablement à la demande, finit par se dérober. De la Bourse de commerce, la très chic fondation-rotonde qui abrite la collection d’art contemporain de l’homme d’affaires et mécène François-Henri Pinault, il est à peine question. Christine Angot préfère parler de ses fréquentations dans le milieu de l’art, soutenues quoique malaisantes, de sa fille Léonore qui l’accompagne, de Montpellier, d’écriture, du Bernin, de viol.

Les nuits d’Angot, apprend-on, sont trouées d’insomnies. Il y a, bien sûr, la difficulté à fermer l’œil après avoir vécu ce qu’elle a vécu : l’inceste. Mais son traumatisme ne la hante pas que de manière rétrospective. Il ressurgit à chaque demande formulée “dès la fin d’après-midi”, qui exigerait “une réaction rapide”. La romancière voit dans toute demande un peu pesante, y compris celles qui iraient dans son intérêt – comme le fait d’écrire un livre – “un ordre” auquel répondre sur-le-champ. “Comme à l’époque des demandes de mon père urgentes et sans appel”, précise-t-elle. Plongée dans une “panique d’animal chassé”, l’écrivaine tente de faire diversion en reportant la réponse. Parfois, la pression ressentie est trop forte et elle s’exécute à contrecœur, au prix d’une nouvelle nuit sans sommeil. 

“Je savais qu’il n’y avait pas d’autre solution que de se débarrasser de la demande”, écrit Angot à propos des actes sexuels que son père lui demandait d’effectuer, et qu’elle effectuait. Parce qu’il était une figure d’autorité, source de reconnaissance, de savoir et de prestige, parce qu’elle était seule, pétrie de honte, cet homme obtenait ce qu’il voulait par la simple intercession d’une demande. Pas de violence physique, pas de menace de mort, pas de chantage financier. Angot ne mobilise pas le mot de “consentement”, puisqu’elle ne consentait à rien, elle voulait juste que ça cesse. Ce qui l’intéresse plutôt dans La Nuit sur commande, c’est la tension entre ces mots : “La demande, la commande, l’autorité, la contrainte.”

Toute demande est-elle une commande ? Spontanément, j’aurais dit l’inverse. Le fait de demander une chose à quelqu’un laisse la porte ouverte à une alternative, un oui ou un non. Quand on me demande : “Peux-tu me passer le sel ?”, rien ne m’oblige à le faire. Pourtant, je constate qu’il m’arrive généralement de le passer. En réfléchissant au sujet, c’est-à-dire en radicalisant le trouble qu’il suscitait en moi, je me suis demandé si, au fond, les demandes n’étaient pas toutes juste là pour faire semblant de ne pas être des ordres. Un paravent de la contrainte. D’un coup, tout l’arsenal de la communication non violente, censé respecter quatre principes raisonnables aboutissant à une demande (“observation, sentiment, besoin, demande”), m’apparaissait comme une immense opération d’enfumage, l’exercice d’une violence déguisée. 

La confusion entre demande et commande n’est pas forcément problématique. Passer le sel à quelqu’un, même quand on n’en a pas envie, ne risque pas nous empêcher de dormir trente ans plus tard. S’adonner à un acte sexuel déplacé, si. Or répondre à une demande sexuelle peut aussi s’avérer excitant : “Est-ce que je peux te demander de... ?” Parfois, exprimer cette demande s’avère plus intéressant que le fait d’en recevoir la concrétisation charnelle. Encore faut-il que le cadre le permette. Alors, à quelles conditions une demande ne mue-t-elle pas en commande ? Toute la réflexion sur les violences sexuelles se résume peut-être à ce problème. Je n’ai évidemment pas la réponse. Toutefois, pour empêcher l’inconfort, sans doute faut-il d’abord examiner si l’autre est demandeur d’une demande extérieure. Si tel n’est pas le cas, alors la demande qui s’ensuit est, ni plus ni moins, un ordre. »

avril 2025
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01.04.2025 à 17:00

Des États-Unis à la France, qui veut la peau de la diversité en entreprise ?

nfoiry
Des États-Unis à la France, qui veut la peau de la diversité en entreprise ? nfoiry mar 01/04/2025 - 17:00

Vendredi dernier, l'ambassade américaine en France a sommé plusieurs entreprises hexagonales installées aux États-Unis d'abandonner leurs programmes anti-discrimination. Faut-il s'attendre à un retour de bâton réactionnaire en la matière ? Est-ce la fin des politiques de diversité et d'inclusion au travail ? 

Pour y voir plus clair, découvrez cette grande enquête de nos confrères de Philonomist, que nous vous proposons exceptionnellement en accès libre pour 24 heures.

avril 2025
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01.04.2025 à 10:44

Après le Groenland, la Corse ? La nouvelle folie de l’administration Trump

hschlegel
Après le Groenland, la Corse ? La nouvelle folie de l’administration Trump hschlegel mar 01/04/2025 - 10:44

Quelques jours après que l’ambassade américaine à Paris a intimé à des entreprises tricolores de s’engager par contrat à cesser leur politique de lutte contre les discriminations, l’administration Trump s’attaque de nouveau à la France, et d’une manière tout à fait inattendue.

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D’après l’agence de presse de la Maison-Blanche, l’équipe de Donald Trump serait en train de poser ses pions pour potentiellement annexer la Corse. Sur son réseau TRUTH Social, Trump publiait ce matin « EVERY FREE community, BIG or SMALL, has the RIGHT to be FREE » (« Toute communauté libre, quelle que soit sa taille, a le droit d’être libre »), faisant, semble-t-il, directement allusion à la Corse. Toujours selon nos confrères, cette annexion permettrait à l’île d’acquérir une « véritable autonomie », en en faisant un « gigantesque port franc et rendant la Corse l’île la plus riche de la Méditerranée ». Dans foulée, le président américain clarifiait ses intentions sur X.

 

Capture d’écran. Compte de Donald Trump sur la plateforme X

Sur X toujours, Elon Musk a immédiatement renchéri, évoquant lui l’actualité française et élargissant l’annexion au territoire entier : « When the radical left can’t win via democratic vote, they abuse the legal system to jail their opponents. America will take action soon with a unique proposition to French PEOPLE (not government) » (« Quand la gauche radicale n’arrive pas à triompher dans les urnes, elle se sert du système judiciaire pour emprisonner ses opposants. L’Amérique va bientôt intervenir, avec une proposition unique à l’endroit du peuple français – et non de son gouvernement »).


Capture d’écran : compte d’Elon Musk sur la plateforme X

Les origines : Peter Thiel invoque Jean-Jacques Rousseau

L’homme derrière ce nouvel affront serait Peter Thiel, que nous avions rencontré il y a 10 ans, passionné de l’Île de Beauté où il passe toutes ses vacances depuis le début des années 1990 et où il s’est marié, à Santa-Reparata-di-Balagna, en Haute-Corse, au début des années 2000. Le milliardaire de la Silicon Valley défendrait cette autonomie pour des raisons « philosophiques et historiques » : il aurait été particulièrement marqué par la lecture de Jean-Jacques Rousseau, qui vouait une admiration sans bornes au tempérament rebelle et indomptable des habitants de l’île. « La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté, mériterait bien que quelque homme sage lui apprît à la conserver », déclare le philosophe dans son Contrat social (1762). « J’ai quelque pressentiment qu’un jour cette île étonnera l’Europe. »

Rousseau alla jusqu’à produire un Projet de constitution pour la Corse (1768), dont Thiel aurait recommandé la lecture au vice-président des États-Unis, J. D. Vance. « Braves Corses, qui sait mieux que vous tout ce qu’on peut tirer de soi-même ? », y écrit le philosophe. « Sans amis, sans appuis, sans argent, sans armée, asservis à des maîtres terribles, seuls vous avez secoué leur joug. Vous les avez vus liguer contre vous, tour à tour, les plus redoutables potentats de l’Europe, inonder votre île d’armées étrangères ; vous avez tout surmonté. […] Il ne faut point conclure des autres nations à la vôtre. Les maximes tirées de votre propre expérience sont les meilleures sur lesquelles vous puissiez vous gouverner. »

Une autonomie insulaire qui, selon Thiel, ne peut être garantie que par une annexion par les États-Unis, seuls capables de respecter la liberté de ses citoyens. Il semblerait que les réflexions du milliardaire aient inspiré Vance. Quelques heures après les déclarations de Trump, le vice-président des États-Unis lançait, lors d’une visite d’usine à Atlanta, « Hillbilly Elegy is Corsicans Elegy! », passant du coq à l’âne à la fin d’un discours attendu sur la réindustrialisation de la région autour du Steel Act que l’administration Trump défend depuis le début du mandat. Pour l’heure, le Quai d’Orsay n’a pas réagi.

avril 2025
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01.04.2025 à 08:00

La comédienne Marlène Saldana en haut de l'affiche… et de notre “Questionnaire de Socrate”

nfoiry
La comédienne Marlène Saldana en haut de l'affiche… et de notre “Questionnaire de Socrate” nfoiry mar 01/04/2025 - 08:00

Marlène Saldana se démultiplie ! La comédienne incarne Jacques Demy en fourrure dans Les Idoles, de Christophe Honoré, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, jusqu’au 6 avril. Dans Showgirl (du 16 au 18 avril, au Théâtre du Point du jour, à Lyon), elle interprète une diva tragi-comique. Enfin, elle compte parmi les acteurs travestis en félins qui dansent, chantent et philosophent dans Les Chats (les 3 et 4 avril à la Maison de la Danse de Lyon, du 10 au 12 avril au MC93 de Bobigny). 

C'est toutes griffes dehors qu'elle répond au « Questionnaire de Socrate » dans notre nouveau numéro, à retrouver aussi chez votre marchand de journaux.

avril 2025
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31.03.2025 à 18:58

Marine dolorosa

hschlegel
Marine dolorosa hschlegel lun 31/03/2025 - 18:58

« On avait un peu oublié le Rassemblement national depuis l’été dernier. Et après le décès de son père, Marine Le Pen paraissait en retrait. Elle refait brusquement irruption dans nos esprits ce matin, à sa manière : explosive et incarnée. Car chez les Le Pen, la politique est toujours dramatique – à moins qu’elle ne soit tragique. C’est d’ailleurs ce qui fait son succès.

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J’ai regardé en direct à la télévision son départ précipité du tribunal, avant même que la juge ait fini d’énoncer le verdict. Lorsqu’elle a appris qu’elle était reconnue coupable, condamnée à la prison et déclarée inéligible – mais sans attendre de savoir pour combien de temps –, Marine Le Pen a claqué la porte. Légèrement voûtée, elle a quitté le bâtiment, lèvres serrées et regard fermé. À la sortie, elle a tourné la tête vers la droite, semblant chercher un secours qui n’est pas venu, avant de monter dans la voiture qui l’attendait. Les journalistes de la chaîne d’information se demandaient si son geste de ras-le-bol était une réaction impulsive ou recélait une signification politique, la mise en accusation d’une justice jugée politique. C’était les deux. Et ce genre de mélange définit depuis très longtemps l’identité de la cheffe de file du RN.

Marine Le Pen s’est toujours considérée comme une paria, voire une victime. Elle raconte que dans son adolescence, son sulfureux nom de famille l’isolait de ses camarades. De l’attentat à l’explosif qui a frappé l’appartement familial à la mort de son père en passant par le divorce de ses parents et son échec au débat présidentiel de 2017, elle n’a jamais caché ses failles et ses détresses. Femme divorcée ayant élevé seule ses enfants, contrainte de prendre les rênes du parti, elle ose affirmer, dans un documentaire diffusé tout récemment : “La politique est la raison de tous mes malheurs.”

On sait la fille de Jean-Marie Le Pen par moments fragile, capable de s’isoler dans la peine ou le désespoir. Mais ce qui est fascinant est la manière dont elle fait de ces faiblesses un outil politique efficace. Pour changer l’image de son parti, elle n’a pas seulement tenté de gommer son racisme structurant. Elle est parvenue à tisser un lien affectif avec son électorat. Sa vulnérabilité est censée humaniser l’image du chef de parti d’extrême droite pour la transformer en Mère sensible et protectrice. C’est pour cette raison qu’elle a investi avec succès le terrain de Mayotte. Depuis plus de dix ans, elle a ajouté à son programme d’exclusion des immigrés une autre tonalité, celle du “lien affectif et populaire” (discours de Brachay, 2016). Critiquant la froideur et l’indifférence des élites égoïstes qui sacrifient, selon elle, la France d’en bas, elle a su capter à son profit les affects de décence ordinaire, de solidarité et de sagesse spontanée qui sous-tendent une vraie vie “à la française”.

Après avoir été une enfant négligée par son père, une paria politique, une mère courage, la voilà donc sacrée Mater dolorosa, “Mère de douleur” victime de la malignité d’un système politique qui, à ses yeux, utiliserait le pouvoir judiciaire pour l’empêcher d’être élue à la fonction suprême. C’est pourquoi son brusque départ du tribunal est à la fois un acte spontané et politique. Marine Le Pen n’écrivait-elle pas, dès 2012, dans son livre Pour que vive la France : “La sincérité est pour moi, depuis toujours, non seulement un trait de caractère et une exigence morale, mais aussi une arme politique” ? Elle ne craint ni d’être sincère, ni d’être impulsive. Elle se fond en effet dans un idéal d’authenticité personnelle qui marque notre époque et que Claude Romano explore en philosophe dans son livre Être soi-même. Être “vrai” va plus loin que la simple sincérité, remarque Romano : “La sincérité consiste à dire ce qu’on pense, parfois même à faire ce qu’on dit ; l’authenticité à être ce qu’on est.” C’est le credo de Marine Le Pen.

C’est pourquoi elle évolue sur une corde raide entre ce qu’elle estime être sa responsabilité politique et la tentation de tout laisser tomber. C’est, en partie au moins, cette authenticité revendiquée qui lui vaut l’adhésion de plus de dix millions d’électeurs. Condamnée à la prison, devenue inéligible, elle va soulever, auprès de nombreux Français, le sentiment d’empathie qu’elle cultive si patiemment depuis des années. Ce qui lui arrive aujourd’hui est donc à la fois un coup dur et une opportunité. La marche du RN vers le pouvoir bénéficie d’un nouvel atout : celui d’une Marine dolorosa d’autant plus persécutée qu’elle est humaine, sincère et authentique. Au fond, je ne suis pas du tout certain que le RN, ni même Marine Le Pen, soient les perdants définitifs de cette affaire. »

mars 2025
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