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27.03.2026 à 13:20

Municipales : LFI a-t-elle réussi son pari ? – par Roger Martelli

Roger Martelli
Le score de La France insoumise a montré ses lignes de force… et marqué des limites. Quelle leçon tirera-t-elle des unes comme des autres ? D’ores et déjà, elle est dans les starting-blocks pour la présidentielle.
Texte intégral (1312 mots)

Le score de La France insoumise a montré ses lignes de force… et marqué des limites. Quelle leçon tirera-t-elle des unes comme des autres ? D’ores et déjà, elle est dans les starting-blocks pour la présidentielle.

Cette année, La France insoumise avait mis le paquet pour les élections municipales : 276 listes contre 75 en 2020, 19 députés candidats et tous les responsables nationaux sur le terrain. Les insoumis ont concentré leurs efforts là où ils pouvaient obtenir les meilleurs résultats. Ils ont ravi Saint-Denis aux socialistes dès le premier tour, en alliance avec les communistes. Au second tour, leurs listes en compétition dépassent les 50% dans quatre villes (Roubaix, La Courneuve, Creil et Vaulx-en-Velin). Dans quatre autres, elles sont entre 40 et 50%.


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Officiellement, LFI emporte sept municipalités. Même là où elle n’est pas élue, elle enregistre entre 20 et 40% des suffrages dans 14 villes et entre 10 et 20% dans 18 autres. En tout, 41 villes sur les 276 où LFI se présentait placent les insoumis au-dessus des 10%. 19 de ces villes sont en Île-de-France, dont 10 en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne. Ces bons résultats dans les banlieues se retrouvent aussi dans des villes-centres importantes (Toulouse, Limoges, Lille, Angoulême, Montpellier, Clermont-Ferrand, Rennes, Caen, Rouen, Nancy, Saint-Étienne).

Dans presque tous les cas, les scores les plus élevés de LFI se retrouvent dans des villes qui ont fait partie de l’espace historique du communisme et du socialisme français. Sur les 27 villes où les insoumis obtiennent plus de 15%, 10 sont dans les vieilles zones de force du PC (Saint-Denis, La Courneuve, Vaulx-en-Velin, Argenteuil, Vénissieux, Pantin, Orly, Bezons, Champs-sur-Marne, Nanterre) et 13 dans celles du PS (Limoges, Roubaix, Creil, Bondy, Villeurbanne, Saint-Fons, Lille, Angoulême, Montpellier, Tourcoing, Créteil, Villeneuve-d’Ascq, Clermont-Ferrand). Les bras-de-fer de LFI se font avec la gauche, pas avec la droite ni l’extrême droite.

Dans presque tous les cas, les scores les plus élevés de LFI se retrouvent dans des villes qui ont fait partie de l’espace historique du communisme et du socialisme français. Les bras-de-fer de LFI se font avec la gauche, pas avec la droite ni l’extrême droite.

Les insoumis visaient prioritairement la « nouvelle France », celle de la jeunesse éduquée, revendicatrice et de ressources modestes, et celle des populations discriminées des périphéries métropolitaines. Sur ce terrain, ils ont incontestablement marqué des points. Mais la « nouvelle France » n’est pas la France entière et la France n’est pas seulement celle de la gauche historique.

Dans de nombreuses banlieues fortement marquées par la gauche, les électeurs les plus modestes peuvent voter massivement pour LFI, quand ce vote leur apparaît à la fois comme une réponse à leurs exigences de reconnaissance et de dignité et comme un vote utile face à la droite et à l’extrême-droite. Mais ces mêmes électeurs votent moins LFI, quand d’autres votes apparaissent politiquement plus utiles contre une droite menaçante. De façon significative, dans les grandes métropoles, à part Toulouse et Limoges, les mêmes groupes défavorisés se sont plutôt tournés vers les autres composantes de la gauche. Les électeurs populaires ont voté LFI en banlieue parisienne et lyonnaise contre la droite ; mais, à Marseille, ils ont choisi plutôt Payan que Delogu contre le Rassemblement national.

Le vote des catégories des 10% les plus pauvres dans les grandes villes (en % des inscrits)
VilleLFIGauche hors-LFIRN
Toulouse1463
Limoges1378
Lille16184
Rennes10125
Paris10125
Grenoble10153
Villeurbanne10165
Brest6137
Montpellier5160
Lyon893
Strasbourg6154
Nantes5163
Bordeaux597
Saint-Etienne7128
Marseille81610
Tours5106
Aix-en-Provence7105
Nice7415
Angers4115
Dijon4206
Le Mans3238
Perpignan51221
Reims3510
Annecy000
Nîmes31411
Rouen2187
Toulon3420
Moyenne6,612,07,0

 Étude menée au niveau des bureaux de vote par Youssef Souidi, co-auteur avec Thomas Vonderscher de Nouvelle cartographie électorale de la France, Textuel, 2026

Les insoumis ont fait la preuve de leur efficacité dans des territoires à la fois très populaires et historiquement marqués par la gauche. Là où la gauche est forte, ils peuvent concurrencer le reste de la gauche et parfois la battre. La candidature insoumise peut augmenter fortement à Lille entre les deux tours, parce que le danger de droite est totalement écarté. LFI est moins performante quand la droite est menaçante. Elle recule ainsi au second tour à Paris quand il s’est agi d’écarter la liste Dati.

La polarisation extrême sur la « nouvelle France » et le choix du clivage accentué entre LFI et le reste de la gauche sont-ils pertinents pour une campagne présidentielle? on peut en douter. Mais l’inverse n’est pas moins discutable. On peut ne partager ni la stratégie politique de LFI, ni ses expressions les plus outrancières, et considérer que l’apport des insoumis est indispensable pour relancer la gauche et éviter le pire. Les bons résultats insoumis, dans des segments importants de la jeunesse et des populations « racisées », dit quelque chose que la gauche doit entendre. Ils sont le miroir inversé de ses propres carences.

La France insoumise a tort de penser qu’elle est, à elle seule, la « vraie » gauche, la gauche « populaire ». Mais on a tort de s’imaginer que l’on peut réussir sans elle. 

27.03.2026 à 13:00

🔴 TRIBUNE DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien
Primaire de la gauche : les appareils contre l’évidence Dans une tribune publiée dans Libération, un collectif de personnalités – parmi lesquelles Étienne Balibar, Thomas Piketty, Dominique Bourg, Roger Martelli ou encore Vanessa Springora – appelle à l’organisation d’une primaire pour éviter un nouveau naufrage face au RN. Le texte insiste sur le caractère existentiel…
Lire plus (195 mots)

Primaire de la gauche : les appareils contre l’évidence

Dans une tribune publiée dans Libération, un collectif de personnalités – parmi lesquelles Étienne Balibar, Thomas Piketty, Dominique Bourg, Roger Martelli ou encore Vanessa Springora – appelle à l’organisation d’une primaire pour éviter un nouveau naufrage face au RN. Le texte insiste sur le caractère existentiel de l’échéance de 2027, rappelant que l’extrême droite demeure une menace directe pour l’État de droit et les libertés publiques, et que les divisions électorales ont déjà coûté cher. S’appuyant sur l’expérience récente du NFP, les signataires défendent une unité programmatique minimale comme condition d’un débouché majoritaire, tout en pointant les résistances persistantes des partis. Une interpellation claire, qui place la responsabilité de l’échec ou du sursaut du côté des organisations politiques elles-mêmes. Le texte reste ouvert à signatures : https://tally.so/r/rjAgol.

27.03.2026 à 11:35

Municipales : le RN avance là où on le regarde moins — par Roger Martelli

Roger Martelli
Le Rassemblement national n’a conquis ni Marseille ni Toulon. Mais si les sommets de la pyramide urbaine se refusent encore à lui, à l’exception de Nice, les étages inférieurs sont souvent plus réceptifs. L’ascension du RN reste résistible. Encore faut-il bien ouvrir les yeux.
Texte intégral (816 mots)

Le Rassemblement national n’a conquis ni Marseille ni Toulon. Mais si les sommets de la pyramide urbaine se refusent encore à lui, à l’exception de Nice, les étages inférieurs sont souvent plus réceptifs. L’ascension du RN reste résistible. Encore faut-il bien ouvrir les yeux.

Comme LFI, l’extrême droite a mis des forces importantes dans la bataille municipale : 565 listes, 35 députés RN en lice, presque tous dans les zones de force du Nord, de l’Est et du littoral méditerranéen.

Le résultat s’est avéré probant. Au premier tour, les listes du RN et de ses alliés l’emportent dans 22 villes et sont au-dessus de 30% dans 154 communes regroupant près de 2,9 millions d’habitants. Au second tour, 275 listes portaient les couleurs de l’extrême droite : 17 obtiennent plus de 50% et 47 autres ont entre 30 et 40%. À l’arrivée, ce sont 63 communes qui tombent dans l’escarcelle du RN et de ses alliés, pour une population totale de 1,5 million d’habitants. Sans compter l’entrée en force du RN dans de nombreux conseils municipaux.

Sur ces 63 villes, 61 sont au-dessus de 3 500 habitants, 24 sont comprises entre 10 000 et 30 000 et 13 ont plus de 30 000 habitants. Leur répartition géographique, comme celle du vote, reflète l’état des forces mobilisées : la plupart des villes gagnées se trouvent dans les zones de force historiques du littoral méditerranéen, du nord et de l’est. Mais le RN commence à s’implanter en dehors de ces territoires propices, dans les régions du centre (Vierzon, Montargis, La Flèche), du sud-ouest (Castres, Montauban) et même de l’ouest (Harfleur).

La porosité entre la droite et l’extrême droite a été une donnée marquante du scrutin. Elle écarte peu à peu les préventions d’une partie de l’électorat de droite à l’égard de son extrême. Elle permet des transferts importants, dans les deux sens. L’électorat de droite le plus radicalisé peut considérer que le vote RN est finalement le mieux à même de satisfaire les demandes de protection, d’ordre et d’autorité. En sens inverse, l’électorat d’extrême droite peut aisément se reporter sur des listes de droite, idéologiquement de plus en plus proches, surtout s’il s’agit de chasser la gauche (Aubignan dans le Var, Liévin dans le Pas-de-Calais) ou de l’empêcher de gagner (Toulouse). En règle générale, c’est aussi bien la gauche que le centre (Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, Saint-Avold en Moselle) qui font les frais de l’inquiétante conjonction.

L’échec final à Marseille et à Toulon rappelle que la dédiabolisation du RN n’a pas totalement annihilé la répulsion qui touche toujours les héritiers de Jean-Marie Le Pen. Mais la globalité des deux tours montre que cette répulsion s’étiole, surtout chez les couches sociales conservatrices et fortunées qui constituent encore le socle de la droite et du centre.

Quant aux catégories populaires, si elles ont pu se porter sur la gauche dans des zones marquées par la tradition de gauche socialiste et communiste, elles ont aussi montré que le poids de la tradition n’était pas toujours à même d’empêcher le refuge dans l’abstention ou la tentation du vote de ressentiment en faveur du RN.

Le temps est désormais compté pour faire, des fragilités persistantes de l’extrême-droite, des leviers pour une contre-offensive. Il ne faudra plus alors compter sur un « front républicain » en recul depuis 2024, quand il avait encore limité la progression du RN. Mais le « front antifasciste » a montré lui aussi ses limites, dès le premier tour.

Il est plus que jamais nécessaire de se convaincre que la légitime référence morale à l’antifascisme ne suffit pas. Pas plus aujourd’hui qu’hier, tous les antifascismes ne se valent pas. Celui des communistes du temps de « classe contre classe » ne valait pas celui du Front populaire ; celui de « l’autodéfense » peut aujourd’hui comme hier conduire au résultat inverse de celui espéré.

Face au pire qui menace, il n’y a pas d’autre chemin que celui du rassemblement le plus large, donc sans exclusion, sans ostracisme à l’égard de quiconque. Et pour dynamiser ce rassemblement, il convient que s’impose un projet alternatif, recevable par le plus grand nombre, fondé sur des valeurs humanistes d’émancipation, de libre déploiement des capacités humaines, d’égalité, de solidarité. La République démocratique et sociale : quatre-vingt-dix ans après le triomphe du Front populaire, on en est toujours là.

26.03.2026 à 12:07

Communisme municipal : une résistance sous tension — par Roger Martelli

Roger Martelli
Le PCF conserve globalement ses positions municipales. Mais les pertes dans les villes populaires et industrielles, couplées aux percées du Rassemblement national, dessinent une géographie communiste en recomposition.
Texte intégral (790 mots)

Le PCF conserve globalement ses positions municipales. Mais les pertes dans les villes populaires et industrielles, couplées aux percées du Rassemblement national, dessinent une géographie communiste en recomposition.

Le PCF s’en tire plutôt bien. Les élections de 2024 lui annonçaient un avenir municipal bien sombre. Dans les villes qu’il gérait depuis 2020, La France insoumise accumulait les scores insolents en Île-de-France et le Rassemblement national partout ailleurs.


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En fait, le PC devrait garder à peu près le même nombre global de mairies qu’en 2020. Il en avait entre 600 et 650, dont plus de la moitié comptaient moins de 1000 habitants, avec la plupart du temps une seule liste. Qu’en est-il dans les tranches supérieures ? Le tableau ci-dessous donne une première estimation.

Répartition par taille de la population administrée
 20202026
Plus de 50 000 99
De 20 à 50 0001713
De 10 à 20 0002625
De 5 à 10 0005846
De 3500 à 10 0003930
Total plus de 500011092

Le sommet reste stable, la perte de La Courneuve et de Corbeil étant compensée par la reconquête de Nîmes et d’Aubagne. Les communistes pensaient certes pouvoir reprendre la tête du Havre, de Champigny, d’Arles ou de quelques autres encore. Mais la brillante réussite de Nîmes tempère les déceptions. C’est dans les tranches inférieures que les chiffres se contractent. Au total, le PCF perd 45 villes, dont 12 de plus de 10 000 habitants. Six d’entre elles passent à l’extrême droite : la principale est Vierzon dans le Cher, suivie de Lillers dans le Pas-de-Calais, Elne dans les Pyrénées-Orientales, Harfleur en Seine-Maritime, Billy-Montigny et Grenay dans le Pas-de-Calais.

Par fondation, la commune est un lieu où l’on a pris l’habitude d’articuler du national et du local. Cette élection a une fois de plus montré que le local n’enregistre pas mécaniquement les résultats nationaux.

Les pertes se concentrent dans les zones de force traditionnelles, celles des concentrations urbaines, autour des anciens fiefs de l’industrie et métallurgique et de la banlieue qui a été le territoire par excellence du communisme en général et du communisme municipal en particulier. Les pertes de Douchy-les-Mines, de Rive-de-Gier, de Villerupt ou d’Algrange illustrent le premier espace, celles de Vénissieux et de La Courneuve étant de belles incarnations du second.

Les zones les plus peuplées se contractent. La banlieue parisienne, la « banlieue rouge » par excellence, fond comme peau de chagrin. Les communes de l’ancienne Seine dirigées par des communistes étaient 63 en 1945, 54 en 1977, encore 21 en 2014 et 15 en 2026. Ils administraient 8,6 millions d’habitants en 1977 et aujourd’hui autour de 2 millions.

Cela reste un espace politique local non négligeable, espace populaire, englobant à la fois de la banlieue, des métropoles, des villes moyennes et petites, et du rural. À la fois des « tours et des bourgs » en quelque sorte… Le communisme en mairie, cela va encore de Nîmes (un peu plus de 150 000 habitants) à Buxeuil dans l’Indre, avec ses 21 habitants.

Par fondation, c’est un lieu où l’on a pris l’habitude d’articuler du national et du local. Cette élection a une fois de plus montré que le local n’enregistre pas mécaniquement les résultats nationaux. Mais, en sens inverse, ce n’est pas parce que le PCF résiste mieux localement qu’il peut envisager tranquillement de reproduire ses réussites majoritaires sur le plan national. Depuis les années 60, c’est au cœur de vastes unions que le communisme municipal a vécu ses plus beaux jours.

26.03.2026 à 12:06

🔴 IGNOMINIE DU JOUR

la Rédaction
« Hubs de retour » : l’Europe organise la déportation Au Parlement européen, la mécanique du durcissement migratoire se poursuit : les eurodéputés s’apprêtent à entériner aujourd’hui la création de «hubs de retour », des centres externalisés hors de l’Union où seront envoyées des personnes exilées en attente d’expulsion… elles peuvent alors y être détenues sans limites…
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« Hubs de retour » : l’Europe organise la déportation

Au Parlement européen, la mécanique du durcissement migratoire se poursuit : les eurodéputés s’apprêtent à entériner aujourd’hui la création de «hubs de retour », des centres externalisés hors de l’Union où seront envoyées des personnes exilées en attente d’expulsion… elles peuvent alors y être détenues sans limites de temps. Cette proposition portée par la droite (PPE) et l’extrême droite est une convergence de plus au Parlement européen.

25.03.2026 à 17:45

« Le macronisme se dissoudra dans la bonne vieille alternance gauche-droite car il y est miscible »

Pablo Pillaud-Vivien
Pour décrypter les résultats des municipales 2026 et se projeter dans la présidentielle 2027, John-Christopher Rolland, maître de conférences à l’université de Nanterre, est l’invité de #LaMidinale.
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Pour décrypter les résultats des municipales 2026 et se projeter dans la présidentielle 2027, John-Christopher Rolland, maître de conférences à l’université de Nanterre, est l’invité de #LaMidinale.

25.03.2026 à 14:36

Les leçons pour toute la gauche des municipales

Catherine Tricot
Les partis de gauche devraient déterminer leur stratégie présidentielle à l'aune des élections municipales. Il vaut mieux ne pas enjamber ces analyses fines.
Texte intégral (1082 mots)

Les partis de gauche devraient déterminer leur stratégie présidentielle à l’aune des élections municipales. Il vaut mieux ne pas enjamber ces analyses fines. 

Les résultats des élections municipales vont produire des réflexions et des effets dans l’ensemble des partis de gauche. La proximité de l’élection présidentielle oblige à des analyses fines, très souvent négligées une fois le scrutin terminé. Le parti socialiste s’est déchiré hier soir à ce sujet ; il n’y aura pas d’éclats visibles à LFI mais il est certain qu’autour de Jean-Luc Mélenchon les différents scrutins municipaux seront décortiqués pour penser la stratégie électorale à venir. 

Tout d’abord, si la gauche s’est une nouvelle fois légèrement affaiblie dans les sommets de la France urbaine (158 villes de plus de 20 000 habitants contre 171 en 2014), cela se produit qu’elle soit unie ou non. Emmanuel Grégoire et Benoît Payan n’ont pas eu besoin de s’allier avec LFI pour gagner à Paris et à Marseille. Mais Nantes et Grenoble n’auraient sans doute pas été sauvées sans la dynamique de l’union. En revanche, des villes ont été perdues par la gauche, à cause de sa division, comme à Champs-sur-Marne et au Kremlin-Bicêtre. Dans d’autres cas, la division a empêché la gauche d’emporter la mise, comme à Noisy-le-Grand ou à Montrouge.

On est assez loin des sondages qui affirment que seule la moitié des électeurs socialistes sont désormais favorables à des unions avec La France insoumise. Il semble que les enjeux locaux, que la personnalité du candidat insoumis, son ancrage local et le style de campagne aient érodé ces refus. Sur France Culture mardi matin, le directeur des études de l’Ifop, Jérôme Fourquet, avance les résultats de leur étude à Toulouse sur des bureaux tests. Dans cette ville, l’insoumis François Piquemal arrivait en tête au premier tour et rassemblait toute la gauche au second. Selon cette étude, 30% des électeurs de la liste socialiste – soit près de 12 000 électeurs – ne se seraient pas reportés. La moitié s’abstenant, l’autre votant pour le candidat de droite.

Finalement, alors que socialistes et insoumis ont été à couteaux tirés jusqu’au premier tour, on aurait pu s’attendre à des reports plus difficiles qu’ils ne l’ont été. Ils se sont faits globalement, parfois au-delà du potentiel de gauche exprimé au premier tour, comme à Bordeaux ou à Angers.

Il est vrai que cela a fortement dépendu des enjeux réels. Par exemple, LFI était présente au second tour dans une cinquantaine de cas, souvent contre des listes de gauche. Le plus souvent, les insoumis maintiennent leur niveau de premier tour et vont même au-delà comme à Lille (23,4% au premier tour, 33,7 au second) ou à Montpellier (25,1% au second contre 15,4 au premier). Par contre, quand l’enjeu était d’empêcher la conquête d’une ville par la droite, la liste insoumise recule. Le cas de Paris est significatif, Sophia Chikirou passant de 11,7% à 8% au second.

La France insoumise se présentait dans des villes où elle pouvait et voulait tester sa stratégie en direction des électeurs de la « Nouvelle France ». Pour la formation de Jean-Luc Mélenchon, il s’agit de mobiliser les habitants des quartiers populaires, souvent issus de l’immigration, afin de constituer un socle politique pour les premiers tours et un vivier qui permet des victoires au second. Ce défi a été partiellement réussi avec un regain de participation et de bons résultats pour les listes insoumises : à Montreuil, où le maire sortant, Patrice Bessac obtient 57,7% au premier tour, la liste insoumise atteint 22,6 %.

Sauf à Marseille où les résultats n’ont pas été au rendez-vous, malgré le fort engagement de la direction nationale. Dans les quartiers nord de Marseille, ces électeurs ont placé Payan largement en tête.

Particulièrement visés par la menace RN, les habitants des quartiers populaires de Marseille ont, semble-t-il, voté utile dès le premier tour. Cela nous rappelle que, deux ans après la victoire du « non » au référendum sur le traité pour une Constitution européenne, les électeurs des villes populaires s’étaient massivement mobilisés pour Ségolène Royal dans l’espoir de contrer Nicolas Sarkozy. Le combat contre le RN étant certainement une clé de la présidentielle en 2027, il y a fort à parier que la capacité à battre le RN au second tour sera un déterminant du vote, une clé du choix au premier tour, notamment dans les quartiers populaires.

Il est vrai que, si la gauche s’est largement rassemblée au second tour, elle ne l’a pas fait partout. On s’est ainsi polarisé, non sans raisons, sur les contre-performances de Toulouse ou de Limoges, où la liste conduite par un insoumis a dû s’incliner, contrairement aux attentes. Mais s’il est vrai que la plupart des listes d’union conduites par LFI ont été battues (9 sur 10), le PS n’a pas été épargné (5 défaites sur 7).

Dans le cas de la FI, la cause en incombe sans doute moins à des reports moins nombreux qu’à la surmobilisation que la tête de liste a provoquée du côté de la droite et de l’extrême droite. L’immense diabolisation de la France insoumise, jusque dans les rangs du PS, a donc bien produit des effets. Elle fait perdre quelques pourcentages aux listes de gauche et cause l’échec ici et là. Elle amoindrit les dynamiques. Même relatifs, les clivages qui s’installent entre électorats de gauche sont à comparer avec la porosité qui augmente entre le vote d’extrême droite et le vote de droite – dans les deux sens. La concurrence à gauche entre les « irréductibles » fut redoutable.

Les échos qui parviennent ce matin des débats au sein de la direction du parti socialiste sont très inquiétants. Si le PS pense gagner le peuple de gauche sur ce qui lui sert d’unique identifiant, la détestation de Jean-Luc Mélenchon, il pourrait retrouver les résultats passés réservés à la platitude de la vision prospective. Les gauches irréconciliables ne sont ni un projet, ni une solution. Et là, on ne joue plus. L’enjeu est immense.

25.03.2026 à 14:35

🔴 DÉPRIM’ DU JOUR

la Rédaction
La primaire de la gauche, morte-née ? Au PS comme à LFI, chacun se sert des élections municipales pour expliquer que l’union, c’est caca. Aussi a déclaré François Hollande : « Il ne faut pas perdre son temps dans je ne sais quelle alliance, dans je ne sais quelle primaire ». Un avis que dénonce la députée…
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La primaire de la gauche, morte-née ?

Au PS comme à LFI, chacun se sert des élections municipales pour expliquer que l’union, c’est caca. Aussi a déclaré François Hollande : « Il ne faut pas perdre son temps dans je ne sais quelle alliance, dans je ne sais quelle primaire ». Un avis que dénonce la députée Clémentine Autain, dans une tribune à Libération : « Aucun leader, aucun candidat, aucun parti de gauche […] ne remportera seul la présidentielle qui vient ». Elle enjoint la gauche à cesser de « bricoler l’union sur un coin de table » mais de se saisir de cet outil qu’est la primaire. Sinon, quelle autre perspective offerte que celle du peuple de gauche allant encore voter au second tour pour la tête la moins à droite de la droite et faire barrage – en espérant qu’il tienne bon une nouvelle fois. Car il n’est aucun monde où des personnalités de gauche comme Clémentine Autain se rangerait derrière une candidature socialiste en dehors du cadre de la primaire. Pour jouer, encore faut-il qu’il y ait match.

24.03.2026 à 11:48

Jospin, un mythe pour la gauche

Catherine Tricot
La disparition de l’ancien premier ministre ravive le souvenir idéalisé d’une gauche au pouvoir. Elle rappelle aussi le moment où le Parti socialiste a choisi de s’adapter au monde plutôt que de le changer.
Texte intégral (1099 mots)

La disparition de l’ancien premier ministre ravive le souvenir idéalisé d’une gauche au pouvoir. Elle rappelle aussi le moment où le Parti socialiste a choisi de s’adapter au monde plutôt que de le changer.

Lionel Jospin est mort et sa mémoire est saluée unanimement. Évidemment à gauche, par ceux qui l’ont connu, qui ont fait partie de son gouvernement. Pour Martine Aubry, « c’est une immense peine. J’avais pour lui une grande admiration pour l’homme d’État qu’il était, pour l’homme de gauche qui n’a jamais trahi ses valeurs, pour sa rigueur morale ». Sa mémoire est saluée par ses camarades de parti ou de la « gauche plurielle ». Ainsi Fabien Roussel écrit pour le PCF : « Avec les communistes, il aura porté de grandes réformes sociales. Même si des désaccords existaient, son engagement pour la gauche et la justice sociale restera. » Cet hommage s’étend jusqu’à Manuel Bompard, qui tweete : « Pour ma génération, c’est la dernière apparition d’un homme de gauche au pouvoir prenant des mesures radicales comme les 35 heures ».


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À l’heure de la mort, on se souvient du meilleur de celui qui part. Il est juste de rappeler la rigueur intellectuelle et morale de celui qui succéda à François Mitterrand à la tête du PS. Georges Marchais fit les frais de cette intelligence affûtée et Lionel Jospin défendit avec brio les positions socialistes quand la tension entre les deux grands partis de la gauche n’avait rien à envier à celle que nous connaissons aujourd’hui. Bien des années plus tard, il sut se saisir des rencontres initiées par Jean-Christophe Cambadélis et Gilbert Wasserman pour faire travailler ensemble les partis de la gauche. Dans la foulée des « Assises de la transformation sociale » de 1995, son gouvernement de gauche plurielle réunit socialistes, écologistes et communistes. Malgré la surprise de la dissolution de 1997, les discussions engagées depuis des mois, avec publications à l’appui, ont permis cette convergence. La gauche d’alors se souvenait des longues négociations sur le programme commun ; elle savait que les accords ne s’élaborent pas en quatre jours et quatre nuits. 

Au-delà de l’homme droit qu’il fut, quel bilan retirer de son action ? Comme le rappelait justement son successeur François Hollande : « Lionel Jospin, c’était une orientation, le réalisme de gauche : conjuguer les réalités économiques avec les avancées sociales ».

Lionel Jospin se disait favorable à l’économie de marché mais pas à une société de marché. Les limites étaient posées. Mais limites aussi dans l’audace et la rupture. Lionel Jospin et Martine Aubry ont attaché leur nom à la réforme des 35 heures mais l’ont assorti de premières règles de flexibilisation sur le temps de travail, compliquant la vie des salariés, notamment des femmes.

Sous sa conduite, la politique française ne s’est pas alignée sur la vague social-libérale de Tony Blair et Gerhard Schröder, premiers ministres au même moment. On n’a pas connu en France la ravageuse destruction des droits sociaux dont les Britanniques et les Allemands restent victimes aujourd’hui. Lionel Jospin se disait favorable à l’économie de marché mais pas à une société de marché. Les limites étaient posées. Dans tous les sens du terme. Il instaura la CMU, cette protection sociale ouverte à tous pour que l’argent ne trie pas face aux soins. Il comprit aussi que l’action publique devait agir en faveur de la place des femmes en politique et fit voter une loi pour la parité. Mais limites aussi dans l’audace et la rupture. Lionel Jospin et Martine Aubry ont attaché leur nom à la réforme des 35 heures mais l’ont assorti de premières règles de flexibilisation sur le temps de travail, compliquant la vie des salariés, notamment des femmes, et réduisant les revenus liés au paiement des heures sup’. Pour les travailleurs les moins protégés, les conditions de la mise en œuvre de cette réforme détériora très concrètement le rapport de forces avec l’employeur. Il fut le premier ministre d’une politique de compétitivité à base d’allègement des charges pour les entreprises. Son adhésion à l’économie de marché l’a amené à procéder à de massives privatisations dont celles d’Air France et de France Télécom. Des privatisations plus importantes que celles conduites par Édouard Balladur entre 1986 et 1988. Dès son arrivée au pouvoir, Lionel Jospin a aussi voulu établir un nouvel équilibre en faveur des forces de l’ordre. Les assises de Villepinte marquent une rupture dans l’approche socialiste des questions de sécurité. C’est dans la foulée de cette première inflexion sécuritaire et après les attentats du 11-Septembre qu’est adoptée, en novembre 2001, la loi sur la sécurité quotidienne (LSQ). Elle renforce les mesures de contrôle et de répression, en mêlant dangereusement la lutte contre le terrorisme, les trafics, les incivilités et les fraudes sur les moyens de paiement.

Lionel Jospin était un social-démocrate. Il ne fut en aucune façon un homme de la rupture avec le capitalisme. Il installa son parti sur des chemins dont le PS n’est jamais sorti, celui de l’adaptation aux règles du monde. L’oublier n’aide pas à comprendre son échec en 2002, éliminé au premier tour. Rendre hommage à un grand homme d’État ne justifie pas de réécrire l’histoire. La gauche ne se reconstruira pas sur des mythes, des amnésies et des fariboles. 

24.03.2026 à 11:41

🔴 CHIFFRES DU JOUR

Selim Ben Abdallah
Municipales : quand l’abstention parle pour les pauvres L’économiste Youssef Souidi a calculé, à l’issue du premier tour, les résultats électoraux dans les différents bureaux de vote en fonction de leur niveau de richesse. Sans surprise, les riches votent majoritairement à droite et les pauvres – quand ils votent – le font à gauche. La…
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Municipales : quand l’abstention parle pour les pauvres

L’économiste Youssef Souidi a calculé, à l’issue du premier tour, les résultats électoraux dans les différents bureaux de vote en fonction de leur niveau de richesse. Sans surprise, les riches votent majoritairement à droite et les pauvres – quand ils votent – le font à gauche. La courbe d’abstention suit, dans chaque ville étudiée et sans exception, une progression parfaitement régulière, plus le bureau de vote est précaire, moins il vote : 60 à 65% d’abstention dans les zones défavorisées. Et les écarts sont massifs avec les bureaux de vote les plus riches, qui n’atteignent qu’un taux d’abstention de 30 à 35%. Le scrutin ne reflète donc pas la société telle qu’elle est composée mais telle qu’elle se mobilise, deux réalités qui ne se ressemblent pas forcément.

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