12.05.2026 à 14:11
Mélenchon, et cætera
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SOMMAIRE
- Sans surprise, Mélenchon
- Primaire : une autre gauche est possible ?
- Ruffin doit être clair sur l’immigration
- Le PS se dote d’un projet
- Nous, l’impensé de la gauche
ANALYSE
- La radicalité plus forte à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche – par Roger Martelli
ENTRETIEN
- « C’est quand la dernière fois que les Écologistes ont fauché des OGM ? »
INTERNATIONAL
- Progressistes de tous les pays, (ré)unissez-vous ?
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12.05.2026 à 13:50
Il n’y aura qu’un seul candidat de droite et du centre à la présidentielle 2027
Texte intégral (669 mots)
Spoiler : il sera de droite.
À un an de la présidentielle, le paysage politique apparaît très encombré. À gauche comme à droite, les prétendants se multiplient. Chez les conservateurs et les macronistes recyclés, on aligne les noms comme des chevaux sur la ligne de départ : Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gérald Darmanin, David Lisnard et quelques autres. Vu de loin, cela ressemble à une primaire sauvage, guerre de lignes politiques ou d’égos, on ne sait pas. Mais à la fin, il n’y aura qu’un seul candidat de droite et du centre. Et il sera de droite.
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Oui, il y a des différences programmatiques, des nuances de ton, des stratégies de communication, des sensibilités plus ou moins affirmées sur les questions sociétales… et encore. Mais sur l’essentiel, le logiciel est commun : austérité budgétaire, obsession identitaire, répression sécuritaire, mépris du mouvement social et alignement sur les intérêts économiques dominants. Certains flirtent ouvertement avec l’extrême droite quand d’autres préfèrent zigzaguer dans l’obscurité pour faire croire qu’ils incarnent encore « le cercle de la raison ». Mais la frontière politique est devenue poreuse depuis longtemps.
D’ailleurs, la dynamique de convergence est déjà en marche. Gabriel Attal et Édouard Philippe discutent de la manière de se mettre d’accord. Quant à Bruno Retailleau et Édouard Philippe, ils viennent de la même famille politique : on oublie trop souvent que le macronisme a été une recomposition de la droite, pas une rupture.
La droite française, malgré ses divisions et ses querelles, possède une culture du pouvoir bien plus solide que celle de la gauche. Elle sait se ranger derrière celui qui paraît le plus capable de gagner.
Et surtout, la droite traditionnelle en a marre des échecs. Les Républicains ne veulent surtout pas revivre le traumatisme Pécresse qui, en 2022, avait fait moins de 5%, privant le parti du remboursement des frais de campagne et creusant un trou financier historique. Une humiliation qui continue de structurer leurs calculs. En 2027, pour la plupart de ses dirigeants, il n’est pas question de risquer une nouvelle débâcle. Et d’écoper, dans la foulée, d’un groupe de seulement 47 députés dont six apparentés…
Les sondages actuels doivent être lus avec prudence. Ils testent plusieurs candidatures de droite comme si elles avaient vocation à coexister jusqu’au bout. Mais cette hypothèse est probablement fausse. La droite française, malgré ses divisions et ses querelles, possède une culture du pouvoir bien plus solide que celle de la gauche. Elle sait se ranger derrière celui qui paraît le plus capable de gagner – c’est-à-dire, à ce stade, accéder au second tour. À gauche, au contraire, l’hypothèse d’une candidature commune semble chaque jour plus lointaine.
Le paradoxe est cruel : la droite, pourtant traversée de rivalités personnelles féroces et dotée d’un électorat divisé sur la question des alliances et aspiré par l’extrême droite, avance vers l’unité. La gauche, qui partage pourtant un électorat plus uni, semble incapable de construire une candidature commune. Et inutile de dire le désastre si Marine Le Pen se sort correctement de son procès.
12.05.2026 à 13:48
🔴 NOTE DU JOUR
Lire plus (194 mots)
Le centre gauche choisit ses électeurs
Dans une note interne pour le candidat à la présidentielle Raphaël Glucksmann, rendue publique par Politico, la stratégie électorale esquissée par son entourage assume un tri social explicite : concentrer les efforts sur les segments jugés accessibles et délaisser, pour un temps, les catégories populaires considérées comme « difficilement mobilisables ». Jeunes, précaires, habitants des banlieues ou bas revenus sont ainsi relégués hors du cœur de cible, au profit d’un électorat plus central. Difficile de ne pas voir resurgir le spectre de la note de Terra Nova en 2012, qui théorisait déjà l’abandon des classes populaires au bénéfice d’une coalition sociologique plus diplômée et urbaine. Plus d’une décennie plus tard, la même tentation gestionnaire semble à l’œuvre : non pas représenter un bloc social, mais optimiser un marché électoral… au risque d’approfondir encore la déconnexion entre représentation politique et réalités sociales.
12.05.2026 à 11:11
Le Front populaire n’est pas qu’un mythe — par Roger Martelli
Texte intégral (922 mots)
90 plus tard, le Front populaire résonne encore dans la mémoire française. Chacun à gauche se réclame du grand exemple, mais la plupart du temps pour valoriser le choix politique du moment. L’historien Roger Martelli rappelle les faits.
Il n’y a certes pas une vérité unique du Front populaire et chacun est libre de dire ce qu’il retient de l’événement. Est-il toutefois possible de retenir des points de repère partageables, à partir de ce que l’on sait aujourd’hui de l’événement lui-même ? Quelques suggestions en ce sens…
Le Front populaire n’est pas un moment particulier, condensé en une date, 12 février 1934, 14 juillet 1935 ou avril-mai 1936. C’est un phénomène à la fois national et international, qui s’étale entre le coup de force d’extrême droite du 6 février 1934 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Il est associé avant tout à trois partis politiques français : le Parti communiste (Maurice Thorez), le Parti socialiste SFIO (Léon Blum) et le Parti radical (Édouard Daladier). En fait, il a été scellé par le rapprochement d’une centaine d’organisations, syndicales, associatives et intellectuelles tout autant que partisanes. Dans le processus qui conduit à la victoire du Front populaire, la Ligue des droits de l’homme et les regroupements intellectuels (comme le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes) comptent au moins autant que les partis.
Alors que les partis de gauche se disputaient violemment, et le faisaient encore au lendemain de l’émeute antirépublicaine du 6 février 1934, c’est la base populaire du PC et du PS qui affirme l’exigence de l’unité, dans plus de 350 localités entre le 7 et le 12 février. Les directions politiques ont alors l’intelligence d’entendre cet appel, au lieu de se crisper sur leurs positions. Les communistes prennent conscience des risques de leur isolement, à Paris comme à Moscou. Ils se distancient de la ligne sectaire qui avait prévalu, notamment en Allemagne avant 1933. Les socialistes, qui essayaient de se situer entre le PC et les radicaux, sentent qu’ils peuvent prendre le pas sur le radicalisme jusqu’alors dominant à gauche. Quant aux radicaux, ils finissent par se convaincre qu’un tournant franchement à gauche est la condition pour ne pas se laisser distancer définitivement.
Pluraliste par fondation, le Front populaire est un mouvement « total », qui touche toutes les sphères de l’existence sociale, de l’économique jusqu’au symbolique. Il cristallise le passage du capitalisme vers une forme régulée mais non autoritaire, plus redistributrice et protectrice, un basculement jugé nécessaire par les élites dirigeantes pour éviter l’option fasciste-nazie ou la subversion bolchevique.
Le Front populaire, c’est donc à la fois un mouvement populaire massivement présent dans la rue, une initiative politique à gauche poussée jusque dans les urnes et l’effet d’un mouvement ouvrier en pleine expansion. Le Front populaire se forge dans la rue, triomphe électoralement dans des élections à participation massive (85% de votants) et impose enfin la reconnaissance du monde ouvrier à l’occasion de la plus grande grève de l’histoire française.
Nous ne sommes plus du tout dans la situation de 1934-1936. Que nous dit pourtant le Front populaire, par-delà les décennies qui nous sépare de son époque ? Il nous rappelle que la gauche perd de sa force propulsive, quand elle ne s’attache pas suffisamment à l’ensemble des maillons qui constituent la grande chaîne de l’émancipation humaine. Elle ne s’est pas alors souciée de savoir s’il fallait se préoccuper avant tout du quantitatif ou du qualitatif, de faire du social ou du « woke », de s’adresser aux tours plutôt qu’aux bourgs. Intuitivement, elle savait que, sans un grand récit de dignité, qui relie l’économique, le social, le démocratique et aujourd’hui l’écologique, il ne peut y avoir de mise en mouvement populaire et massive. En 1936, la gauche politique a su mobiliser ses forces vives, ouvriers et employés, sans laisser de côté la paysannerie et les classes moyennes. Enfin, elle a su porter ce que nous appelons aujourd’hui un désir de changement radical, mais sans oublier que tout changement, grand ou petit, ne s’impose que s’il est accepté par une majorité, à gauche et pas seulement à gauche.
Le Front populaire l’a emporté parce que, dès février 1934, le désir d’unité a pris la forme d’une aspiration de masse. En cela, il a su être un état d’esprit, avant d’être une alliance en bonne et due forme. Il en est sorti deux années propulsives où s’est noué un mariage de trois éléments décisifs : l’attachement aux valeurs fondatrices de la « Sociale », chère à la gauche et au mouvement ouvrier ; la conviction qu’il n’y a pas de mouvement antifasciste sans projet d’émancipation pour le soutenir (« le pain, la paix, la liberté ») ; enfin, la certitude qu’il ne peut y avoir de peuple rassemblé sans rassemblement de toutes les forces, partisanes et autres, qui se réclament de lui.
NB. Qui veut rafraîchir ses connaissances sur le Front populaire peut se reporter à l’excellente synthèse de Jean Vigreux, Découvrir le Front populaire, Éditions sociales, 2026.
11.05.2026 à 13:54
Dupond et Dupont en route vers le détroit d’Ormuz
Texte intégral (709 mots)
L’Angleterre et la France envoient des navires de guerre pour « sécuriser » la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Pathétique. Mais pas seulement.
Donc le premier ministre anglais, Keir Starmer, a décidé d’envoyer un destroyer pour « sécuriser » le passage dans le détroit d’Ormuz. Il emboite le pas à Emmanuel Macron, le président français qui avait déjà dépêché, dans les eaux du Golfe, le porte-avions Charles-de-Gaulle avec des avions rafales embarqués. Il paraît que ces déploiements sont « neutres » et ont juste vocation à assurer la circulation dans le détroit d’Ormuz quand la paix sera revenue. Mais de quoi parlent-ils !? On n’en est pas là du tout. Ces deux chefs d’État nous évoquent, au choix, des personnages de OSS 117 ou ceux d’un album de Tintin avec les Dupond et Dupont bras dessus, bras dessous, partis comme en 1956 ouvrir le canal de Suez. Se souviennent-ils qu’ils revinrent penauds ?
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Pardon pour cette image grotesque. En fait, le moment n’est pas seulement ridicule. Il est surtout inquiétant. La France et le Royaume-Uni disent ne pas soutenir cette guerre illégale, mais ne l’ont jamais condamnée. Qu’ont-ils fait de leur place éminente au sein des Nations unies pour que cela s’arrête ? Rien. Rien au jour le jour, rien ou si peu pour le Liban, pour Gaza et la Cisjordanie. Rien pour retenir Israël. Rien sur le fond pour que la région retrouve paix et justice.
Aujourd’hui, par leur décision, Keir Starmer et Emmanuel Macron apportent une caution politique à l’agression américaine. Donald Trump a tellement exigé davantage d’engagement des Européens : il obtient un premier résultat. En envoyant des bateaux de guerre, l’Anglais et le Français s’exposent à l’engrenage dans ce conflit chaque jour plus dangereux. Les Iraniens l’ont clairement fait savoir.
Donald Trump a tellement exigé davantage d’engagement des Européens : il obtient un premier résultat. En envoyant des bateaux de guerre, l’Anglais et le Français s’exposent à l’engrenage dans ce conflit chaque jour plus dangereux.
Benyamin Netanyahou a su convaincre Donald Trump que l’heure était venue d’attaquer l’Iran, de le déstabiliser aussi profondément que possible, comme tant d’autres États de la région. Les responsables de cette guerre sont parfaitement connus. C’est un déshonneur de ne pas les condamner et désormais de se mettre à leur remorque. Par inconstance et pusillanimité, la France et l’Angleterre ont délaissé des principes fondamentaux, toléré le génocide à Gaza, remisé le droit international et l’ONU. Tout cela a un prix : la guerre s’étend, elle détruit et tue dans le Golfe. Elle entraîne une inquiétude mondiale qui a pour nom « pétrole et inflation » mais aussi « pénurie d’engrais » et donc « péril de famine ». Il faut sortir de ce suivisme pitoyable qui porte main forte aux puissants.
Les trompettes du colonialisme résonnent de nouveau. Les Anglais comme les Français se font parfois d’étranges idées sur la grandeur de leur pays. Elle ne tient pas à ce passé-là qui ne fut pas glorieux. En revanche, que ces deux vieilles nations œuvrent à la paix, à la désescalade, au recul de la politique de la force serait une réponse utile pour la planète et une solide objection aux nationalistes racistes qui prospèrent de part et d’autre du Channel.
11.05.2026 à 13:38
🔴 DÉMISSION DU JOUR
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Vallaud ou l’aveu d’impuissance collective
Boris Vallaud a confirmé l’impasse dans laquelle s’est enfermé le PS. Le chef des députés socialistes propose une entente à l’amiable dans un périmètre de « gauche plurielle » allant de François Ruffin à Raphaël Glucksmann. Le problème, c’est que les socialistes et assimilés ne sont, au fond, d’accord sur rien : ni sur le périmètre, ni sur le candidat, ni sur le projet, ni sur la stratégie. Depuis l’échec du quinquennat Hollande, ils n’ont jamais réussi à reconstruire un projet politique cohérent capable de soutenir une candidature présidentielle. Du coup, ils pataugent dans la semoule, condamnés à faire d’erratiques propositions plutôt que de construire une politique lisible. En attendant, la campagne démarre sans eux.
09.05.2026 à 13:15
Mélenchon, seul à gauche ?
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Comme chaque semaine, le débrief politique par Catherine Tricot et Pablo Pillaud-Vivien !
09.05.2026 à 11:24
8 mai, ce que nous devrions commémorer
Texte intégral (716 mots)
Victoire contre le nazisme, découverte de l’Holocauste, renforcement du droit international… Le 8 mai est une date politique universelle dont le sens reste à défendre.
Cette victoire du 8 mai 1945 contre un régime d’extermination ne doit pas être oubliée quand l’imbécile antisémitisme ressurgit à la faveur d’une confusion affreuse entre l’oppression coloniale d’un État, l’État israélien, et un peuple, le peuple juif. La lutte des Palestiniens est politique : elle vise leur droit à un État sûr. Ce droit doit prévaloir. Ce combat ne peut être sali. L’antisémitisme ne devait pas revenir. Il doit repartir, se réenfouir dans les interdits les plus absolus.
Il faut aussi se souvenir que le nazisme défendait une « race supérieure », alors que l’eugénisme refait surface, par exemple aux États-Unis. La nomination au ministère de la santé de Kennedy Junior est cohérente avec le suprématisme, et son refus de la vaccination est lié à l’idéologie de « la race blanche menacée », qui devrait être fortifiée par l’élimination des faibles.
Cette victoire contre le nazisme résonne lorsque la menace nationaliste se fait pressante. L’installation de régimes militaristes dans les pays les plus puissants constitue un danger immense. Le Japon se réarme ; l’Inde et Israël possèdent la bombe atomique. La Russie se réfère à son passé impérial éternisé. Les États-Unis disposent désormais d’un « ministère de la Guerre » et concentrent la moitié des dépenses mondiales d’armement. Des pays faibles voient dans la détention de l’arme ultime un moyen d’assurer leur indépendance. Cela nous conduit au désastre. Sans un droit international qui s’impose, chacun ne croit qu’en sa propre force, et celle des faibles n’est pas moins dangereuse que celle des forts.
L’ONU, créée en 1945, est notre bien le plus précieux. Elle a beaucoup changé, doit encore se moderniser et en finir avec le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, qui la paralyse. Mais l’ONU porte la promesse d’une égalité entre les États, d’un progrès passant par le développement humain, et d’une place nouvelle pour les sociétés. Cet héritage radical est le fruit d’une longue histoire visant à domestiquer la guerre et la violence ; il ne peut être abandonné.
Il y a 81 ans s’ouvrait une nouvelle ère pour l’humanité. Elle était charpentée par l’idée que, si l’on veut la paix, il faut la préparer. C’est-à-dire, comme le dirait Bertrand Badie, non pas simplement maintenir l’ordre, mais réunir les conditions d’une vie digne. L’idée de paix s’est perdue avec la guerre froide, où les équilibres de la terreur ont assimilé la paix à la non-guerre. Après la défaite des pays socialistes, la toute-puissance américaine s’est imposée. Depuis quelques années, cet « équilibre instable » ne tient plus. Désormais, tout le monde prépare la guerre. Infamie : c’est la veille du 8 mai que l’Assemblée nationale a encore une fois augmenté de 36 milliards le budget de l’armée.
Si l’on veut la paix, il faut se battre pour la justice et la dignité.
Bon 8 mai à tous.
La rose et le réséda
Louis Aragon (extrait)
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
07.05.2026 à 14:20
Hantavirus : le prochain virus trouvera le même monde
Texte intégral (967 mots)
Le covid devait être un tournant historique. Six ans plus tard, hôpitaux fragilisés, prévention sacrifiée et coopération internationale affaiblie montrent qu’il n’aura été qu’une parenthèse. Une nouvelle pandémie viendra mais nous refusons toujours d’en tirer les conséquences politiques.
Il suffit d’un bateau, un paquebot de croisière parti d’Ushuaia. Quelques touristes fortunés. Un virus rare venu des marges du monde. Trois morts à ce stade. Et soudain reviennent des images que l’on croyait rangées dans les archives traumatiques des années covid : les malades isolés, les frontières qui hésitent, les autorités sanitaires qui rassurent tout en tâtonnant, les chaînes d’information qui spéculent sur une future pandémie mondiale. Cette fois, c’est un hantavirus. Peut-être rien. Peut-être un épisode circonscrit. L’OMS appelle au calme. Tant mieux… mais on a déjà vu ça. Le sujet n’est d’ailleurs pas là, il est plus simple et plus terrible : six ans après le covid, sommes-nous mieux préparés ? Et la réponse est probablement non.
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Pourtant, jamais les rapports, les commissions, les plans stratégiques et les tribunes savantes n’ont été aussi nombreux. Les institutions ont travaillé sur les vulnérabilités sanitaires révélées par la pandémie. Les publications scientifiques ont multiplié les appels à une approche « One Health », c’est-à-dire une compréhension globale liant santé humaine, santé animale et destruction des écosystèmes. Les économistes et les penseurs à l’instar d’Esther Duflo ont plaidé pour des systèmes de protection capables d’anticiper les chocs sanitaires et climatiques plutôt que de les subir dans la panique. Tout le monde semblait avoir compris :
- qu’une pandémie n’était pas un accident exceptionnel mais un produit de la mondialisation contemporaine ;
- qu’on ne pouvait pas continuer à détruire les habitats naturels, industrialiser l’élevage, artificialiser les sols et intensifier les échanges mondiaux sans multiplier les risques de zoonoses, c’est-à-dire les transmissions de maladies de l’animal à l’homme ;
- qu’il fallait des stocks stratégiques, des hôpitaux robustes, des capacités industrielles publiques, de la recherche fondamentale, des coopérations internationales, des services publics solides ;
- qu’il fallait surtout sortir d’une logique absurde où la santé est pensée comme un coût à réduire plutôt qu’un bien commun à protéger.
Mais qu’a-t-on réellement fait ?
En France, contrairement aux promesses de « monde d’après », rien n’a réellement changé depuis le covid. Le nombre de lits hospitaliers baisse continuellement depuis 2014. Même après la pandémie, même après les applaudissements aux fenêtres, les politiques de flux tendus demeurent la norme. On continue à gérer les crises – sanitaires comme les autres – comme on gère une entreprise de logistique : minimiser les dépenses immédiates et improviser lorsque survient la catastrophe. La pandémie a servi de parenthèse rhétorique, pas de rupture politique.
Le covid avait révélé quelque chose d’essentiel : nos sociétés sont aussi sophistiquées que fragiles. La mondialisation néolibérale produit de l’efficacité apparente mais de l’impuissance structurelle. La panique est mauvaise conseillère. Mais l’amnésie l’est davantage encore.
À l’échelle mondiale, les choses ont parfois empiré. Le nationalisme vaccinal pendant le covid aurait dû provoquer une refonte radicale de la gouvernance sanitaire internationale. Il a surtout consacré la loi du plus fort. Les brevets pharmaceutiques restent protégés avec férocité. Les pays pauvres demeurent dépendants des grandes puissances industrielles. Les investissements massifs promis pour prévenir les futures pandémies se heurtent partout au retour de l’austérité budgétaire. L’OMS est plus faible encore qu’il y a six ans.
Le covid avait pourtant révélé quelque chose d’essentiel : nos sociétés sont aussi sophistiquées que fragiles. La mondialisation néolibérale produit de l’efficacité apparente mais de l’impuissance structurelle. Alors, quand surgit aujourd’hui ce foyer inquiétant de hantavirus transmissible entre humains, les autorités répètent qu’il ne faut pas paniquer. Elles ont raison. La panique est mauvaise conseillère. Mais l’amnésie l’est davantage encore.
Le vrai scandale n’est pas qu’un nouveau virus apparaisse : les scientifiques nous disent depuis des années que cela arrivera régulièrement. Le vrai scandale est qu’après des millions de morts, des confinements mondiaux et une sidération historique, le logiciel politique dominant reste presque intact. Nous continuons à considérer la prévention comme une dépense inutile, les services publics comme des charges, la coopération internationale comme une naïveté et l’écologie comme une contrainte secondaire. Le covid devait être un tournant historique. Il risque de n’avoir été qu’une parenthèse… qui pourrait, qui va, un jour, se rouvrir.

