
12.05.2026 à 14:11
la Rédaction
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MENSUEL – mai 2026 – 4 € en version numérique
12.05.2026 à 13:50
Pablo Pillaud-Vivien
Spoiler : il sera de droite.
À un an de la présidentielle, le paysage politique apparaît très encombré. À gauche comme à droite, les prétendants se multiplient. Chez les conservateurs et les macronistes recyclés, on aligne les noms comme des chevaux sur la ligne de départ : Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gérald Darmanin, David Lisnard et quelques autres. Vu de loin, cela ressemble à une primaire sauvage, guerre de lignes politiques ou d’égos, on ne sait pas. Mais à la fin, il n’y aura qu’un seul candidat de droite et du centre. Et il sera de droite.
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Oui, il y a des différences programmatiques, des nuances de ton, des stratégies de communication, des sensibilités plus ou moins affirmées sur les questions sociétales… et encore. Mais sur l’essentiel, le logiciel est commun : austérité budgétaire, obsession identitaire, répression sécuritaire, mépris du mouvement social et alignement sur les intérêts économiques dominants. Certains flirtent ouvertement avec l’extrême droite quand d’autres préfèrent zigzaguer dans l’obscurité pour faire croire qu’ils incarnent encore « le cercle de la raison ». Mais la frontière politique est devenue poreuse depuis longtemps.
D’ailleurs, la dynamique de convergence est déjà en marche. Gabriel Attal et Édouard Philippe discutent de la manière de se mettre d’accord. Quant à Bruno Retailleau et Édouard Philippe, ils viennent de la même famille politique : on oublie trop souvent que le macronisme a été une recomposition de la droite, pas une rupture.
La droite française, malgré ses divisions et ses querelles, possède une culture du pouvoir bien plus solide que celle de la gauche. Elle sait se ranger derrière celui qui paraît le plus capable de gagner.
Et surtout, la droite traditionnelle en a marre des échecs. Les Républicains ne veulent surtout pas revivre le traumatisme Pécresse qui, en 2022, avait fait moins de 5%, privant le parti du remboursement des frais de campagne et creusant un trou financier historique. Une humiliation qui continue de structurer leurs calculs. En 2027, pour la plupart de ses dirigeants, il n’est pas question de risquer une nouvelle débâcle. Et d’écoper, dans la foulée, d’un groupe de seulement 47 députés dont six apparentés…
Les sondages actuels doivent être lus avec prudence. Ils testent plusieurs candidatures de droite comme si elles avaient vocation à coexister jusqu’au bout. Mais cette hypothèse est probablement fausse. La droite française, malgré ses divisions et ses querelles, possède une culture du pouvoir bien plus solide que celle de la gauche. Elle sait se ranger derrière celui qui paraît le plus capable de gagner – c’est-à-dire, à ce stade, accéder au second tour. À gauche, au contraire, l’hypothèse d’une candidature commune semble chaque jour plus lointaine.
Le paradoxe est cruel : la droite, pourtant traversée de rivalités personnelles féroces et dotée d’un électorat divisé sur la question des alliances et aspiré par l’extrême droite, avance vers l’unité. La gauche, qui partage pourtant un électorat plus uni, semble incapable de construire une candidature commune. Et inutile de dire le désastre si Marine Le Pen se sort correctement de son procès.
12.05.2026 à 13:48
Pablo Pillaud-Vivien
Dans une note interne pour le candidat à la présidentielle Raphaël Glucksmann, rendue publique par Politico, la stratégie électorale esquissée par son entourage assume un tri social explicite : concentrer les efforts sur les segments jugés accessibles et délaisser, pour un temps, les catégories populaires considérées comme « difficilement mobilisables ». Jeunes, précaires, habitants des banlieues ou bas revenus sont ainsi relégués hors du cœur de cible, au profit d’un électorat plus central. Difficile de ne pas voir resurgir le spectre de la note de Terra Nova en 2012, qui théorisait déjà l’abandon des classes populaires au bénéfice d’une coalition sociologique plus diplômée et urbaine. Plus d’une décennie plus tard, la même tentation gestionnaire semble à l’œuvre : non pas représenter un bloc social, mais optimiser un marché électoral… au risque d’approfondir encore la déconnexion entre représentation politique et réalités sociales.