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02.04.2025 à 12:21

LA LETTRE DU 2 AVRIL

la Rédaction
Un boulevard pour Bardella ?
Texte intégral (1825 mots)

Un boulevard pour Bardella ?

par Loïc Le Clerc

L’inéligibilité de Marine Le Pen serait une aubaine pour une candidature du jeune président du RN. Pas gagné d’avance !

Dans la bouche de Marine Le Pen, il y a un avant et un après condamnation à l’inéligibilité : « Jordan Bardella a la capacité d’être président de la République », sur BFM le 30 mars ; « Jordan Bardella est un atout formidable pour défendre le mouvement ; j’espère que nous n’aurons pas à utiliser cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire », sur TF1 le 31 mars.

Marine Le Pen a été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ferme aménageables sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate pour avoir joué un « rôle central » dans le système du parti qui lui a permis de détourner 4,6 millions de fonds publics européens. Une peine que ne reconnaît pas la triple candidate à la présidentielle.

Or, la résistance de Marine Le Pen pour conserver son statut de candidate naturelle du parti est une balle dans le pied du RN. Le temps va manquer – la présidentielle, c’est demain ! – et Marine Le Pen joue la montre, sonnée par la sentence des juges. En attendant, c’est Jordan Bardella qui est empêché.

Certes, les sondages, dès à présent, le place en tête des intentions de vote, à la même hauteur que Marine Le Pen. La base partisane du RN reste fidèle, pour le moment.

Mais le président du RN a-t-il le profil pour être autre chose qu’un atout de Marine Le Pen ? Son inexpérience, son jeune âge, sa proximité avec l’extrême droite « diabolisée »… ne joue pas en sa faveur. Il est le tenant de la droite conservatrice-libérale, la droite hors les murs, l’union des droites, bref, tout ce qui va à l’encontre des années de travail de Marine Le Pen et son populisme-national. Jordan élargissait le spectre de couleurs de Marine, mais Bardella vaut-il quelque chose sans Le Pen ?

Certes, sa côte de popularité est au plus haut. Il cultive son image auprès de la jeunesse, très présent sur les réseaux sociaux, il fait de la muscu, joue aux mêmes jeux vidéos que les jeunes et pourtant… Les 18-24 ans sont ceux qui ont la moins bonne opinion de lui, ceux qui souhaitent le moins sa candidature, ceux qui ont le moins voté Marine Le Pen en 2022 et les plus abstentionnistes. Paradoxalement, les 65 ans et plus sont la tranche d’âge qui a la meilleure opinion du garçon et votent tout aussi peu Le Pen que les plus jeunes…

en % (source : Ifop)abstention au 1er tour 2022vote Le Pen au 1er tour 2022souhait de candidature de Bardellabonne opinion de Bardella
18-24 ans41183035
25-34 ans22244436
35-49 ans27294541
50-64 ans22264637
65 ans et +22184250

Tout ceci va peser, semaine après semaine, dans la balance. N’oublions pas non plus que Jordan Bardella est visé par une plainte pour emploi fictif et escroquerie. Les chats de Marine ne font pas des chiens.

Pour l’heure, le bougre affiche sa « loyauté » à la patronne et la stratégie de contre-attaque médiatique pose des bases trumpistes : les juges confisquent la démocratie. Cet argumentaire vaudra-t-il dans la tête des électeurs marinistes ? Ou bien lâcheront-ils le RN d’un simple « Tous les mêmes, tous pourris » ?

Jordan Bardella va devoir ramer pour contrer les attaques incessantes dont son parti fera l’objet, si jamais son hypothétique campagne démarre un jour. D’ici là, il a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.

D’autant que la concurrence est là. Marine le Pen avait le poids politique pour l’écraser. Depuis sa condamnation, ils doivent y croire à nouveau, les Zemmour, Maréchal et Ciotti, mais aussi les Retailleau, Wauquiez ou Darmanin. La guerre de succession du lepenisme sera tout aussi rude en interne qu’en externe. Marine Le Pen sombre et laisse un trou noir dont la force gravitationnelle va chambouler la droite française. Jordan Bardella est en première ligne.

Loïc Le Clerc

CHIFFRE DU JOUR

639, c’est le nombre de peines d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcées en 2023

Marine Le Pen n’est pas seule : rien qu’en 2023, sur les 16 634 peines d’inéligibilité prononcées par la justice, 639 étaient assorties d’une exécution provisoire. Mais, évidemment, tout le monde s’en fout. Pas de cris d’orfraie pour dénoncer une mesure anti-démocratique pour ceux-là : la droite et l’extrême droite ne s’insurgent que lorsque ça les touche directement – ou plutôt lorsque cela touche les puissants comme Marine Le Pen. Mais c’est une peine banale. Sauf que ces gens-là refusent d’imaginer qu’ils puissent être traités à égalité avec les autres, ils tiennent à leur régime d’exception qu’en l’espèce serait conféré à l’édile du RN par le fait d’avoir été candidate à l’élection présidentielle. La peste soit des fats.

P.P.-V.

ON VOUS RECOMMANDE


L’article « Trump 2.0 : interdire de dire pour mieux empêcher de penser », sur The Conversation. Reprenant le travail du New York Times, on découvre la liste des mots « déconseillés » par l’administration Trump à l’attention des acteurs publics. Un classique des régimes autoritaires. Plus de 200 mots parmi lesquels « femme », « sexe », « justice sociale », « antiracisme »… Une attaque contre la langue dont les cibles idéologiques sont bien identifiés : la science, le savoir, les minorités. Une cancel culture que certains, en France, semblent regarder avec envie.

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01.04.2025 à 18:45

Condamnation de Marine Le Pen : « La justice ne doit pas céder à la caste des puissants »

Pablo Pillaud-Vivien
Raquel Garrido, ancienne députée et confondatrice de l’Après, est l’invitée de #LaMidinale.
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Raquel Garrido, ancienne députée et confondatrice de l’Après, est l’invitée de #LaMidinale.

01.04.2025 à 14:10

Conclave sur les retraites : fumée blanche… pour une grande arnaque ? (2ème partie)

Bernard Marx
Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.
Texte intégral (1256 mots)

Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.

Dans le conclave reformaté, la priorité donnée à l’équilibre financier des retraites et aux modalités de financement de la protection sociale va faciliter la propulsion de trois réformes régressives : la TVA sociale, la retraite par capitalisation – placées tout en haut de l’agenda du Medef – et la suppression de l’abattement fiscal de 10% sur les revenus de pensions qu’il soutient. Cela mérite quelques commentaires.

1. La suppression de l’abattement fiscal de 10% sur les revenus des retraités

Les retraités bénéficient depuis 1978 d’un abattement fiscal de 10% sur leur revenu de pensions. L’abattement est plafonné à 3600 euros mensuels par foyer. La proposition de suppression de l’abattement a été émise par Gilbert Cette, le nouveau président du Conseil d’orientation des retraites (COR). Le président du Medef, Patrick Martin, soutient. « La question se regarde », a dit la secrétaire générale de la CFDT.

Cette réforme rapporterait annuellement (à l’État et non aux régimes de retraites) 4 milliards d’euros.

Mis à part la CFDT, les syndicats (voir ici ou ) sont opposés à cette suppression. D’une part l’abattement n’est pas un privilège mais une compensation. D’autre part la mesure prendrait peu aux retraités les plus aisés (du fait du plafonnement). Elle pénaliserait les retraités aux revenus moyens mais aussi des dizaines de milliers d’autres aux revenus jusqu’ici insuffisants pour être imposables et qui le deviendraient. 

2. La TVA sociale

Il s’agirait, dit le Medef, de compenser une diminution des cotisations sur les salaires par une augmentation de la TVA, « sauf sur les produits de première nécessité ». Selon Patrick Martin, « cela rapporterait environ 10 milliards d’euros à l’État et aurait le mérite d’alléger le coût du travail et d’augmenter le salaire net de tous les salariés. En plus, la TVA s’applique aux importations, mais pas aux exportations. Ce qui favorise la compétitivité française ».

La proposition ne peut concerner que les cotisations sociales employeurs non contributives (famille, maladie) et pas les retraites. Comme l’explique l’économiste Henri Sterdyniak, « la TVA ne frappe pas l’investissement, donc le capital. C’est un impôt sur le travail. Le ripage Cotisation Sociale Employeur/TVA serait une dévaluation interne ; il provoquerait une hausse des prix. Soit les ménages subiraient une perte de pouvoir d’achat. Soit les salaires seraient indexés et les gains de compétitivité vite perdus. »

3. La retraite par capitalisation

C’est une réforme structurelle majeure que le Medef voulait déjà mettre sur les rails avec le conclave première version. A fortiori avec la version 2. En surfant sur « l’économie de guerre », le président du Medef avait averti début mars : « Notre thèse c’est qu’a minima, il faut préserver les 64 ans et que, sans jamais remettre en cause la retraite par répartition, il faut mettre en place en parallèle une retraite par capitalisation dans des conditions à convenir avec les syndicats ». D’Attal à Retailleau, en passant par Philippe, les appuis politiques dans le socle commun sont nombreux. Le maire du Havre projette même un référendum sur la question.

Déjà on sonde les Français. Et, oh surprise !, ils disent à une forte majorité qu’ils y sont favorables. Sauf que si on regarde de plus près, la question posée dit le mot mais n’explique pas la chose. Le sondage montre néanmoins l’inquiétude des actifs (dont les cotisations financent les retraites actuelles) sur le niveau de leur future retraite. Une inquiétude qui n’est pas infondée : dans le cadre des réformes actuelles, les projections du COR montrent une dégradation future du taux de remplacement des salaires par les pensions et du niveau de vie relatif des retraités. C’est sur ce terreau que fleurit la fausse promesse de la capitalisation.

Il existe un seul régime de retraite par capitalisation obligatoire et complémentaire du régime par répartition : celui des fonctionnaires. Et, comme le souligne la fédération CGT des travailleurs de l’État, il donne la preuve que la capitalisation ne marche pas. Les cotisations capitalisées produisent des pensions plus faibles qu’avec la répartition et le système n’est pas solidaire.

Autre exemple : l’Allemagne. « Pour limiter le poids des dépenses de retraite par répartition, a expliqué Arnaud Lechevalier, maître de conférence à Paris 1, l’Allemagne finance, depuis vingt ans, des dispositifs de capitalisation qui s’avèrent inégalitaires et inefficaces pour maintenir le niveau des pensions. »

En fait, pour abonder le régime par capitalisation, soit on prélève sur les cotisations du régime par répartition et on diminue les pensions par répartition, soit les cotisations s’ajoutent et, au total, elles seront plus élevées. Avec un accroissement des inégalités et une désolidarisation aggravée entre salariés.

Contrairement aux régimes par répartition qui définissent un niveau de pensions en fonction des cotisations, les régimes par capitalisation et les géants de la finance qui les gèrent ne s’engagent pas sur les pensions qui seront versées. Ils versent des pensions en fonction de la rentabilité du capital épargné par le retraité. Avec le risque permanent de la crise financière… Et avec, comme le rappelle l’économiste Jean-Marie Harribey, l’intéressement des salariés à la course aux profits dans le monde via la pression sur les salaires et la surexploitation de la planète.

01.04.2025 à 12:35

#Déclarama

la Rédaction
Texte intégral (3505 mots)

01.04.2025 à 11:32

La justice, la politique, l’oeuf et la poule

Roger Martelli
Marine Le Pen ne sera sans doute pas candidate à l’élection présidentielle. Elle ne le pourra pas parce la justice en a décidé ainsi, non par arbitraire, mais par stricte application de la loi.
Texte intégral (741 mots)

Marine Le Pen ne sera sans doute pas candidate à l’élection présidentielle. Elle ne le pourra pas parce la justice en a décidé ainsi, non par arbitraire, mais par stricte application de la loi.

Marine Le Pen n’a pas été destituée ce 31 mars 2025, puisqu’elle reste députée – contrairement à ce qui se dit parfois, tel Jean-Luc Mélenchon dans un tweet. Mais elle ne sera pas présente au scrutin jugé le plus décisif de la scène publique française, alors que tout tourne depuis quelques années autour de la possibilité de son accession à la plus haute fonction de l’État.


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Une loi n’est pas bonne par cela seul qu’elle est votée. Celle qui écarte la figure de proue du Rassemblement national est une adaptation de la loi européenne. On peut certes se demander s’il n’était pas risqué d’imposer de façon mécanique un principe d’inéligibilité immédiate qui contredit l’idée que, tant qu’un individu n’est pas définitivement jugé coupable, il est présumé innocent. Le Parlement français aurait pu, s’il l’avait voulu, s’écarter de la norme édictée à Bruxelles et à Strasbourg. Mais une large majorité a voté le texte et il a donc force de loi, valable pour tout individu quel qu’il soit.

Le RN s’est moqué ouvertement de la loi en s’appropriant des biens publics : il est donc normal que ses responsables soient sanctionnés, au nom de la loi, au nom du peuple français.

Il est étonnant d’entendre, de l’extrême droite de l’arc politique jusqu’à sa gauche, des propos expliquant que la décision des juges n’est pas démocratique. La production de la loi est certes une affaire de démocratie et il serait d’ailleurs bon qu’elle soit plus encore l’objet de délibération et d’appropriation citoyennes. Un juge peut se poser la question de savoir comment il met en œuvre la loi avec justice, mais il n’a pas, au moment où il siège, à juger du caractère démocratique ou non de la loi elle-même. Il ne juge pas au nom de la démocratie en général, mais au nom de la loi et donc au nom du peuple souverain qui a décidé de la loi, directement ou indirectement. Le RN s’est moqué ouvertement de la loi en s’appropriant des biens publics : il est donc normal que ses responsables soient sanctionnés, au nom de la loi, au nom du peuple français.

Ce n’est pas au juge de décider de la loi. En sens inverse, ni le gouvernement ni le législateur ni l’opinion publique n’ont à dicter au juge la manière de se prononcer. C’est le propre des régimes autoritaires d’user de l’argument que leur élection par le peuple les légitime à dire la loi. À ce titre, ils pourraient décider de qui respecte la loi et qui l’enfreint, qui il convient de punir et quand il ne le faut pas. C’est trop souvent au nom du peuple qu’ont pu être commises et légitimées les pires infamies.

La démocratie souffre de trois tentations dont on ferait mieux de se garder : penser que la souveraineté populaire est au-dessus du respect des droits universels et fondamentaux de la personne ; considérer que la justice est entièrement soumise à la volonté du peuple souverain ; estimer enfin que le recours permanent à la justice est une façon comme une autre de régler les différends politiques.

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