12.05.2026 à 13:48
🔴 NOTE DU JOUR
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Le centre gauche choisit ses électeurs
Dans une note interne pour le candidat à la présidentielle Raphaël Glucksmann, rendue publique par Politico, la stratégie électorale esquissée par son entourage assume un tri social explicite : concentrer les efforts sur les segments jugés accessibles et délaisser, pour un temps, les catégories populaires considérées comme « difficilement mobilisables ». Jeunes, précaires, habitants des banlieues ou bas revenus sont ainsi relégués hors du cœur de cible, au profit d’un électorat plus central. Difficile de ne pas voir ressurgir le spectre de la note de Terra Nova en 2012, qui théorisait déjà l’abandon des classes populaires au bénéfice d’une coalition sociologique plus diplômée et urbaine. Plus d’une décennie plus tard, la même tentation gestionnaire semble à l’œuvre : non pas représenter un bloc social, mais optimiser un marché électoral… au risque d’approfondir encore la déconnexion entre représentation politique et réalités sociales.
12.05.2026 à 11:11
Le Front populaire n’est pas qu’un mythe — par Roger Martelli
Texte intégral (922 mots)
90 plus tard, le Front populaire résonne encore dans la mémoire française. Chacun à gauche se réclame du grand exemple, mais la plupart du temps pour valoriser le choix politique du moment. L’historien Roger Martelli rappelle les faits.
Il n’y a certes pas une vérité unique du Front populaire et chacun est libre de dire ce qu’il retient de l’événement. Est-il toutefois possible de retenir des points de repère partageables, à partir de ce que l’on sait aujourd’hui de l’événement lui-même ? Quelques suggestions en ce sens…
Le Front populaire n’est pas un moment particulier, condensé en une date, 12 février 1934, 14 juillet 1935 ou avril-mai 1936. C’est un phénomène à la fois national et international, qui s’étale entre le coup de force d’extrême droite du 6 février 1934 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Il est associé avant tout à trois partis politiques français : le Parti communiste (Maurice Thorez), le Parti socialiste SFIO (Léon Blum) et le Parti radical (Édouard Daladier). En fait, il a été scellé par le rapprochement d’une centaine d’organisations, syndicales, associatives et intellectuelles tout autant que partisanes. Dans le processus qui conduit à la victoire du Front populaire, la Ligue des droits de l’homme et les regroupements intellectuels (comme le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes) comptent au moins autant que les partis.
Alors que les partis de gauche se disputaient violemment, et le faisaient encore au lendemain de l’émeute antirépublicaine du 6 février 1934, c’est la base populaire du PC et du PS qui affirme l’exigence de l’unité, dans plus de 350 localités entre le 7 et le 12 février. Les directions politiques ont alors l’intelligence d’entendre cet appel, au lieu de se crisper sur leurs positions. Les communistes prennent conscience des risques de leur isolement, à Paris comme à Moscou. Ils se distancient de la ligne sectaire qui avait prévalu, notamment en Allemagne avant 1933. Les socialistes, qui essayaient de se situer entre le PC et les radicaux, sentent qu’ils peuvent prendre le pas sur le radicalisme jusqu’alors dominant à gauche. Quant aux radicaux, ils finissent par se convaincre qu’un tournant franchement à gauche est la condition pour ne pas se laisser distancer définitivement.
Pluraliste par fondation, le Front populaire est un mouvement « total », qui touche toutes les sphères de l’existence sociale, de l’économique jusqu’au symbolique. Il cristallise le passage du capitalisme vers une forme régulée mais non autoritaire, plus redistributrice et protectrice, un basculement jugé nécessaire par les élites dirigeantes pour éviter l’option fasciste-nazie ou la subversion bolchevique.
Le Front populaire, c’est donc à la fois un mouvement populaire massivement présent dans la rue, une initiative politique à gauche poussée jusque dans les urnes et l’effet d’un mouvement ouvrier en pleine expansion. Le Front populaire se forge dans la rue, triomphe électoralement dans des élections à participation massive (85% de votants) et impose enfin la reconnaissance du monde ouvrier à l’occasion de la plus grande grève de l’histoire française.
Nous ne sommes plus du tout dans la situation de 1934-1936. Que nous dit pourtant le Front populaire, par-delà les décennies qui nous sépare de son époque ? Il nous rappelle que la gauche perd de sa force propulsive, quand elle ne s’attache pas suffisamment à l’ensemble des maillons qui constituent la grande chaîne de l’émancipation humaine. Elle ne s’est pas alors souciée de savoir s’il fallait se préoccuper avant tout du quantitatif ou du qualitatif, de faire du social ou du « woke », de s’adresser aux tours plutôt qu’aux bourgs. Intuitivement, elle savait que, sans un grand récit de dignité, qui relie l’économique, le social, le démocratique et aujourd’hui l’écologique, il ne peut y avoir de mise en mouvement populaire et massive. En 1936, la gauche politique a su mobiliser ses forces vives, ouvriers et employés, sans laisser de côté la paysannerie et les classes moyennes. Enfin, elle a su porter ce que nous appelons aujourd’hui un désir de changement radical, mais sans oublier que tout changement, grand ou petit, ne s’impose que s’il est accepté par une majorité, à gauche et pas seulement à gauche.
Le Front populaire l’a emporté parce que, dès février 1934, le désir d’unité a pris la forme d’une aspiration de masse. En cela, il a su être un état d’esprit, avant d’être une alliance en bonne et due forme. Il en est sorti deux années propulsives où s’est noué un mariage de trois éléments décisifs : l’attachement aux valeurs fondatrices de la « Sociale », chère à la gauche et au mouvement ouvrier ; la conviction qu’il n’y a pas de mouvement antifasciste sans projet d’émancipation pour le soutenir (« le pain, la paix, la liberté ») ; enfin, la certitude qu’il ne peut y avoir de peuple rassemblé sans rassemblement de toutes les forces, partisanes et autres, qui se réclament de lui.
NB. Qui veut rafraîchir ses connaissances sur le Front populaire peut se reporter à l’excellente synthèse de Jean Vigreux, Découvrir le Front populaire, Éditions sociales, 2026.
11.05.2026 à 13:54
Dupond et Dupont en route vers le détroit d’Ormuz
Texte intégral (709 mots)
L’Angleterre et la France envoient des navires de guerre pour « sécuriser » la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Pathétique. Mais pas seulement.
Donc le premier ministre anglais, Keir Starmer, a décidé d’envoyer un destroyer pour « sécuriser » le passage dans le détroit d’Ormuz. Il emboite le pas à Emmanuel Macron, le président français qui avait déjà dépêché, dans les eaux du Golfe, le porte-avions Charles-de-Gaulle avec des avions rafales embarqués. Il paraît que ces déploiements sont « neutres » et ont juste vocation à assurer la circulation dans le détroit d’Ormuz quand la paix sera revenue. Mais de quoi parlent-ils !? On n’en est pas là du tout. Ces deux chefs d’État nous évoquent, au choix, des personnages de OSS 117 ou ceux d’un album de Tintin avec les Dupond et Dupont bras dessus, bras dessous, partis comme en 1956 ouvrir le canal de Suez. Se souviennent-ils qu’ils revinrent penauds ?
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Pardon pour cette image grotesque. En fait, le moment n’est pas seulement ridicule. Il est surtout inquiétant. La France et le Royaume-Uni disent ne pas soutenir cette guerre illégale, mais ne l’ont jamais condamnée. Qu’ont-ils fait de leur place éminente au sein des Nations unies pour que cela s’arrête ? Rien. Rien au jour le jour, rien ou si peu pour le Liban, pour Gaza et la Cisjordanie. Rien pour retenir Israël. Rien sur le fond pour que la région retrouve paix et justice.
Aujourd’hui, par leur décision, Keir Starmer et Emmanuel Macron apportent une caution politique à l’agression américaine. Donald Trump a tellement exigé davantage d’engagement des Européens : il obtient un premier résultat. En envoyant des bateaux de guerre, l’Anglais et le Français s’exposent à l’engrenage dans ce conflit chaque jour plus dangereux. Les Iraniens l’ont clairement fait savoir.
Donald Trump a tellement exigé davantage d’engagement des Européens : il obtient un premier résultat. En envoyant des bateaux de guerre, l’Anglais et le Français s’exposent à l’engrenage dans ce conflit chaque jour plus dangereux.
Benyamin Netanyahou a su convaincre Donald Trump que l’heure était venue d’attaquer l’Iran, de le déstabiliser aussi profondément que possible, comme tant d’autres États de la région. Les responsables de cette guerre sont parfaitement connus. C’est un déshonneur de ne pas les condamner et désormais de se mettre à leur remorque. Par inconstance et pusillanimité, la France et l’Angleterre ont délaissé des principes fondamentaux, toléré le génocide à Gaza, remisé le droit international et l’ONU. Tout cela a un prix : la guerre s’étend, elle détruit et tue dans le Golfe. Elle entraîne une inquiétude mondiale qui a pour nom « pétrole et inflation » mais aussi « pénurie d’engrais » et donc « péril de famine ». Il faut sortir de ce suivisme pitoyable qui porte main forte aux puissants.
Les trompettes du colonialisme résonnent de nouveau. Les Anglais comme les Français se font parfois d’étranges idées sur la grandeur de leur pays. Elle ne tient pas à ce passé-là qui ne fut pas glorieux. En revanche, que ces deux vieilles nations œuvrent à la paix, à la désescalade, au recul de la politique de la force serait une réponse utile pour la planète et une solide objection aux nationalistes racistes qui prospèrent de part et d’autre du Channel.
