04.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – En 2025, les autorités libanaises ont fait de timides progrès dans la mise en œuvre des réformes promises par le nouveau président et le nouveau Premier ministre du pays, mais les violations des droits humains se sont poursuivies et les autorités n’ont toujours pas rendu justice aux victimes de l’explosion du port de Beyrouth en 2020 ni aux victimes de crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
Après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, les forces israéliennes ont tué plus de 330 personnes au Liban, dont au moins 127 civils, et au moins 64 000 personnes sont toujours déplacées selon les chiffres d’octobre 2025.
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
« Alors que la population libanaise continue de se heurter à de multiples obstacles pour accéder à la justice, exercer ses droits sociaux et économiques et jouir de la liberté d’expression, les autorités devraient agir pour concrétiser les réformes promises », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Si les autorités libanaises ont enfin entamé des discussions sur la responsabilité des forces israéliennes dans les violations du droit de la guerre, elles n’ont toujours pas pris de mesures concrètes pour demander des comptes à Israël. »
Malgré la reprise de l’enquête sur l’explosion du 4 août 2020 à Beyrouth, les autorités libanaises n’ont toujours pas rendu justice aux victimes ni à leurs familles.Les agences de sécurité et les procureurs libanais ont continué à harceler des activistes, des journalistes et des détracteurs du gouvernement en les convoquant pour les interroger au sujet de leur travail critique à son encontre.La Commission parlementaire libanaise chargée de l’administration et de la justice a entamé des discussions autour d’un nouveau projet de loi sur les médias, présenté à la Commission le 27 mai 2025. Bien que ce projet comprenne des mesures importantes visant à protéger la liberté d’expression, il continue de prévoir des sanctions pénales pour des actes liés à l’expression d’opinions.Le 9 octobre 2025, le gouvernement libanais a chargé le ministère de la Justice d’évaluer les mesures juridiques qui pourraient être prises suite aux attaques israéliennes contre des journalistes pendant la dernière guerre. Il n’a cependant toujours pas pris de mesures concrètes pour garantir la mise en œuvre d’une obligation de rendre des comptes.Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes au niveau national sur les violations du droit de la guerre. Le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la CPI, et déposer une déclaration acceptant la compétence de la Cour au moins depuis le 7 octobre 2023. Les autorités libanaises devraient cesser de convoquer les journalistes et les activistes à cause de leur travail critique à leur égard, et le Parlement devrait veiller à ce que les lois libanaises sur l’indépendance des médias et du pouvoir judiciaire respectent les normes internationales.
04.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Bruxelles, le 4 février 2026) – Pendant la quatrième année de sa guerre à grande échelle contre l’Ukraine, le Kremlin a encore intensifié la répression contre la société civile russe, en ciblant ses détracteurs tant à l’intérieur du pays qu’en exil, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026. Afin d’étouffer toute forme de dissidence, les autorités ont renforcé la censure et la surveillance, ont multiplié les accusations d’« atteinte à la sécurité de l’État » et ont simplifié les poursuites contre les opposants qualifiés d’« agents de l’étranger ».
« Les autorités russes ont intensifié la répression contre les activistes de la société civile et autres détracteurs. Elles ont également renforcé leur croisade pernicieuse en faveur des “valeurs traditionnelles”, qui vise les migrants, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, et porte atteinte aux droits reproductifs des femmes », a déclaré Benjamin Ward, Directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch.
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
La Russie a continué à attaquer les zones densément peuplées de l’Ukraine avec des armes explosives, faisant des morts et des blessés parmi les civils et endommageant des infrastructures vitales. Les frappes russes de drones à courte portée ont fait plus de victimes civiles en Ukraine que tout autre type d’arme. Les autorités russes ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en torturant et en maltraitant de manière systématique des milliers de prisonniers de guerre et de civils ukrainiens. Dans les zones occupées de l’Ukraine, les autorités russes ont continué à contraindre les habitants à adopter la citoyenneté russe et à faire leur service militaire, à saisir des biens privés et à imposer les programmes scolaires et la langue russes dans les écoles.Le nombre de prisonniers politiques est passé de 805 fin 2024 à 1 217 (dont 108 femmes) en 2025. Cette année, les tribunaux ont prononcé les premières condamnations pénales pour participation présumée au mouvement international LGBT, qualifié d’« organisation extrémiste ». Des procureurs ont aussi lancé de nouvelles accusations d’« extrémisme LGBT » contre plusieurs personnes, notamment contre des éditeurs de livres.Les autorités ont nettement intensifié les poursuites pénales pour non-respect présumé de la loi sur les « agents de l’étranger », avec 72 procédures pénales engagées au premier semestre 2025. Des procureurs ont aussi interdit 78 organisations jugées « indésirables », dont d’importantes organisations de défense des droits humains. En novembre, Human Rights Watch a été qualifiée d’« indésirable ». En mai, un tribunal de Moscou a condamné Grigory Melkonyants, un important activiste russe spécialisé dans la surveillance des élections, à cinq ans de prison pour sa participation présumée à une « organisation indésirable ».Les autorités ont poursuivi leurs attaques contre les droits des migrants. Les forces de l’ordre ont mené des raids au cours desquels elles ont maltraité des migrants. En 2025, une loi sur la surveillance d’un « registre des personnes contrôlées », ainsi qu’une « expérience » visant à surveiller les travailleurs migrants à Moscou et dans la région de Moscou, sont entrées en vigueur. En avril, l’interdiction d’inscrire des enfants étrangers dans les écoles publiques sans preuve de statut légal et de maîtrise de la langue russe est entrée en vigueur, créant ainsi un obstacle systémique et discriminatoire au droit des enfants à l’éducation. Quatre-vingt-sept pour cent des enfants migrants qui ont demandé une inscription se sont vu refuser l’accès à l’école.La Russie devrait libérer tous les prisonniers politiques et abroger toutes les lois incompatibles avec les droits humains fondamentaux, notamment celles qui censurent les déclarations critiques à l’égard de la guerre et celles qui visent les soi-disant « agents de l’étranger », les organisations « indésirables » et la « propagande homosexuelle ». La Russie devrait également abroger les lois discriminatoires à l’égard des migrants et de leurs enfants, a déclaré Human Rights Watch.
04.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Le gouvernement de transition syrien a pris en 2025 des premières mesures en faveur de la justice et de l’établissement des responsabilités pour les crimes et les abus commis par le gouvernement précédent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
Les autorités syriennes ont créé de nouvelles institutions gouvernementales visant à faire avancer la justice transitionnelle, et à rassembler des informations sur les milliers de personnes disparues en Syrie. Cependant, alors qu’elles ont promis d’établir les responsabilités des violences et des meurtres identitaires commis par les forces gouvernementales en mars et en juillet, elles ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables et des commandants.
« Les nouvelles autorités syriennes ont affirmé que les questions de justice et d’obligation de rendre des comptes figuraient parmi leurs priorités, mais ces efforts ne peuvent pas être sélectifs ou à sens unique », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Pour faire entrer la Syrie dans une nouvelle ère respectueuse des droits, les autorités syriennes devraient dresser un bilan complet des abus commis par tous les camps avant et après décembre 2024, en examinant non seulement les crimes individuels, mais aussi les responsabilités institutionnelles. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
En mars 2025, une nouvelle déclaration constitutionnelle a affirmé l’indépendance de la justice ; mais le gouvernement devrait désormais mettre en place les cadres judiciaire et institutionnel qui sont indispensables afin de poursuivre les crimes internationaux graves, ainsi que les abus commis dans le cadre de la responsabilité du commandement. Les autorités gouvernementales ont rencontré des groupes de la société civile pour évoquer l’établissement des responsabilités pénales et le gouvernement a intégré plusieurs experts judiciaires aux commissions mandatées à l’échelle nationale. Toutefois, il devrait préciser comment les victimes et les parties prenantes seront intégrées pour pouvoir déterminer ces processus de lutte contre l’impunité et y participer pleinement. Le déploiement de forces gouvernementales en 2025, en réponse aux attaques et à la violence armée dans les gouvernorats de Latakia, Tartous et Hama en mars, ainsi que dans le gouvernorat de Soueïda en juillet, a déclenché une vague de violences identitaires dans ces régions. Les autorités syriennes ont enquêté sur ces incidents de manière crédible, mais ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables militaires ou civils, ou sur la façon dont le gouvernement entend demander des comptes aux personnes ayant l’autorité du commandement. En 2025, les États-Unis et l’Union européenne ont mis fin aux sanctions qu’ils infligeaient de longue date à la Syrie, ce qui représente une mesure cruciale afin d’améliorer l’accès des Syriens à des droits socio-économiques fondamentaux et de reconstruire un pays dévasté par des années d’un conflit exténuant. Néanmoins, plus de 90 % des Syriens vivent en-dessous du seuil de pauvreté et plus de la moitié ont du mal à se nourrir correctement et nécessitent de l’aide.Les nouveaux dirigeants du pays devraient protéger les droits fondamentaux de tous les Syriens au sein de nouvelles législations et institutions nationales, veiller à ce que les normes relatives aux droits humains déterminent tous les efforts de justice, mais aussi ratifier et appliquer les instruments juridiques et traités internationaux relatifs aux droits humains.
Les autorités devraient adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, et signer une déclaration conférant à la CPI la compétence de juger les crimes commis en Syrie dans le passé. Les autorités devraient par ailleurs renforcer leur coopération avec les mécanismes internationaux d’établissement des responsabilités, notamment ceux des Nations Unies, et leur faciliter l’accès, mais aussi mettre en place des réformes du secteur de la sécurité. Elles devraient retirer de leurs forces de sécurité les personnes ayant commis des abus et établir des structures de commandement et codes de conduite clairs.
04.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Bruxelles, le 4 février 2026) – Le manque de priorité accordée aux droits humains par les institutions de l’Union européenne et ses États membres compromet l’état de droit, l’espace démocratique ainsi que la protection des droits, tant au niveau national qu’international, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
L’accent mis sur la dissuasion des migrations, conjugué à la normalisation des discours sexistes, xénophobes et antidémocratiques, à une application incohérente de l’état de droit, à la réduction de l’espace pour la société civile ainsi qu’aux accusations de deux poids, deux mesures en matière de politique étrangère, a sapé les valeurs fondamentales de l’Union.
« De la migration à l’état de droit en passant par la politique étrangère, l’UE néglige les droits humains et la justice, ce qui nuit à la démocratie et expose les citoyens à des abus », a déclaré Benjamin Ward, directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Face à un monde instable et aux menaces qui pèsent sur l’Europe, il est essentiel que l’UE défende sans relâche les valeurs fondamentales des droits humains. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
La Commission européenne a proposé un règlement sur les retours qui élargirait le recours à la détention des demandeurs d'asile et des migrants, supprimerait les garanties contre les expulsions dangereuses et ouvrirait la voie à la création de « hubs de retour » dans des pays hors de l'UE. Plusieurs États membres ont restreint ou suspendu l'accès aux procédures d'asile sans que les institutions de l'UE n'aient réagi concrètement, tandis que la Commission européenne s'efforçait de faciliter le rejet rapide des demandes d'asile par les États membres, sans véritable examen.Les États membres ont continué de revenir sur leurs engagements en matière d'état de droit. Malgré les violations répétées de l'état de droit commises par le gouvernement hongrois, le Conseil de l'UE n'a pas pris de mesures décisives pour que la Hongrie rende des comptes. En 2025, la Hongrie s’est retirée de la Cour pénale internationale (CPI) et a accueilli le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui fait l’objet d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Gaza, sans l'arrêter.L’influence des partis d’extrême droite et l’imitation de leurs politiques liberticides par des partis traditionnels ont alimenté la discrimination à l’encontre des communautés marginalisées, notamment les migrants, les musulmans et les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT). La Commission a adopté et s’est employée à renouveler les stratégies existantes visant à protéger les groupes victimes de discrimination, notamment les femmes, les personnes LGBT et les communautés racisées. Mais des propositions comme la Directive horizontale sur l'égalité de traitement, qui vise à combler d'importantes lacunes juridiques en matière de protection contre la discrimination fondée sur la religion, le handicap, l'âge et l'orientation sexuelle, restent au point mort.Malgré certains progrès en matière de protection des droits économiques, sociaux et culturels, leur mise en œuvre accuse un retard dans les États membres, laissant 93,3 millions de personnes (21 % de la population) exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2024. Le chômage a été un facteur déterminant.L’UE a adopté de nouvelles sanctions contre la Russie et des responsables russes pour violations des droits humains et crimes commis lors de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Les États membres ont réaffirmé leur engagement à obtenir que les auteurs de crimes de guerre commis en Ukraine rendent des comptes, mais contrairement aux années précédentes, le Conseil européen n’a pas exprimé son soutien à la procédure engagée par la CPI concernant l’Ukraine. La réponse aux atrocités commises par l’armée israélienne en Palestine est restée le sujet le plus clivant pour les gouvernements de l’UE, et leur réticence à agir face à ces atrocités s’est accrue après l’annonce du cessez-le-feu en octobre.L’UE a privilégié le dialogue sur la sécurité, le commerce et le contrôle des migrations avec les dirigeants répressifs de Turquie, de Tunisie, d’Égypte, des pays du Golfe, de Chine et d’Inde, au détriment du respect des droits humains dans ces pays.Outre un chapitre consacré à l’évolution de la situation à l’échelle de l’UE, le Rapport mondial 2026 comprend des chapitres individuels sur la France, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Pologne et l’Espagne.
« L’UE peut et doit être une force positive dans le monde et pour les citoyens de l’Union », a conclu Benjamin Ward. « Cela ne sera possible que si ses institutions et ses États membres prennent au sérieux leurs obligations conventionnelles de protection et de promotion des droits humains et les appliquent de manière cohérente. »
04.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Kiev, 4 février 2026) – Les civils en Ukraine ont subi de graves violations liées au conflit au cours de l'année écoulée. Un nombre plus élevé d’attaques russes ciblées et indiscriminées a entraîné une augmentation du nombre de morts, de blessés et de destructions parmi les civils, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans son Rapport mondial 2026.
Des millions d'Ukrainiens demeurent déplacés à l'intérieur et à l'extérieur du pays, et nombre d’entre eux peinent à accéder aux services essentiels ou à subvenir à leurs besoins. Les forces russes continuent de pratiquer la torture et les mauvais traitements de manière systématique contre les prisonniers de guerre et les civils ukrainiens, des exactions qui constituent des crimes de guerre et des crimes potentiels contre l'humanité. Dans les zones occupées, les autorités russes ont intensifié leurs efforts pour consolider leur contrôle et imposer les lois russes, en violation du droit international.
« 2025 a été l'année la plus meurtrière pour les civils en Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle de la Russie, tandis que les négociations pour la paix initiées par les États-Unis n'ont abouti à aucune avancée décisive », a déclaré Yulia Gorbunova, chercheuse senior sur l'Ukraine auprès de la division Europe et Asie Centrale à Human Rights Watch. « Toute voie diplomatique visant à mettre fin à la guerre en Ukraine doit être axée sur la justice et la protection des civils, et aucune amnistie ne devrait être accordée pour les crimes graves commis pendant cette guerre. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
Depuis l’invasion à grande échelle par la Russie en février 2022, la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine a recensé au moins 14 534 morts parmi les civils et plus de 38 000 blessés. Le nombre de victimes civiles a augmenté de 27 % au cours des dix premiers mois de 2025 par rapport à la même période en 2024. La plupart des décès ont eu lieu dans les régions de Kherson et de Donetsk, où des opérateurs de drones russes ont délibérément ciblé des civils à l’aide de drones à courte portée, commettant ainsi des crimes de guerre. Les forces russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. La Russie, qui n’est pas signataire de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, a largement utilisé des mines antipersonnel en Ukraine. L’Ukraine a également utilisé des mines antipersonnel, notamment celles reçues des États-Unis en 2024.La Russie détient des milliers de prisonniers de guerre ukrainiens et de civils détenus illégalement dans des conditions inhumaines, et les soumet systématiquement à des actes de torture ainsi qu’à des mauvais traitements.Dans les zones occupées, les autorités russes ont continué à contraindre les habitants à acquérir la citoyenneté russe en restreignant leur droit d'accès aux soins de santé, à l'éducation et à d'autres services. Les autorités d'occupation enrôlent illégalement des Ukrainiens dans l'armée russe, imposent les programmes scolaires russes, restreignent l'enseignement à distance ukrainien et soumettent les enfants à un endoctrinement. Elles ont également saisi illégalement des milliers de propriétés privées.Environ 3,7 millions d'Ukrainiens restent déplacés à l'intérieur du pays. 5,7 millions d'autres vivent à l'étranger en tant que réfugiés, principalement en Europe. Bien que l'UE ait prolongé la protection temporaire jusqu'en mars 2027, le soutien diminuera progressivement. Aux États-Unis, la suspension du programme « Uniting for Ukraine » a exposé un grand nombre d’Ukrainiens au risque de perdre leur statut légal.En janvier, l’Ukraine est devenue le 125ème État partie à la Cour pénale internationale, avec toutefois une clause limitant temporairement pour une période de sept ans la compétence de la CPI sur les crimes de guerre qui auraient été commis par des ressortissants ukrainiens. À novembre, le Registre des dommages du Conseil de l’Europe pour l’Ukraine avait reçu plus de 70 000 demandes d’indemnisation réparties en 14 catégories, néanmoins la source de financement de ces indemnisations reste indéterminée.Des scandales de corruption de haut niveau, des menaces contre des activistes anticorruption et des journalistes, ainsi que des conflits entre différentes agences des forces de l'ordre ont exacerbé l'instabilité intérieure. La tentative du gouvernement d'affaiblir l'indépendance de deux organismes anticorruption clés a suscité une vive indignation nationale et internationale, contraignant les autorités à abroger la législation problématique.« Les institutions démocratiques et l’état de droit en Ukraine doivent être préservés en temps de guerre comme en temps de paix », a conclu Yulia Gorbunova. « La protection du respect des procédures légales, du journalisme indépendant et de mécanismes anticorruption robustes est essentielle à la résilience du pays et à son intégration à l’UE. »
Human Rights Watch a déclaré que toute négociation de paix entre l’Ukraine et la Russie devrait donner la priorité à la justice et à la responsabilité.
En novembre, la Commission européenne a estimé que les réformes réalisées en Ukraine étaient les meilleurs progrès depuis trois ans et a recommandé de nouvelles mesures, même si les progrès sur l'adhésion à l'UE restaient au point mort en raison du blocage des négociations par la Hongrie.
03.02.2026 à 22:00
Human Rights Watch
Les Accords de Washington, signés en décembre 2025 entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous la médiation des États-Unis, promettaient de mettre fin au désastreux conflit armé dans l'est de la RD Congo par le biais du retrait de troupes, de l’application du cessez-le-feu et d’une coopération économique portant sur des minerais critiques.
Quelques mois plus tard, les accords n’ont donné lieu qu'à des promesses de papier, les combats se poursuivant et les civils en faisant les frais. Le soutien aux groupes armés violents se poursuit, tout comme l'impunité pour les crimes graves. La visite du président congolais Félix Tshisekedi à Washington le 4 février pour une réunion ministérielle sur les minerais critiques offre aux responsables américains l'occasion de faire pression pour une véritable mise en œuvre des accords.
Les accords sont au point mort en raison d'accusations mutuelles de violations. Le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, maintient son contrôle sur de vastes zones riches en minerais. Les combattants du M23 ont quitté la ville d'Uvira en janvier, mais aucun retrait significatif des forces rwandaises n'a eu lieu depuis lors, et les attaques contre les civils dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu se poursuivent.
Les pourparlers parallèles de Doha avec le M23, qui viennent de reprendre, progressent lentement. Selon les experts des Nations Unies, le M23 continue d'étendre son contrôle sur les mines produisant de l'or, de l'étain, du coltan et d'autres minerais dans le Nord et le Sud-Kivu, et de faire passer clandestinement des ressources au Rwanda pour les exporter. Le 28 janvier, un glissement de terrain à la mine de coltan de Rubaya, contrôlée par le M23 depuis 2024, a tué plus de 200 personnes, dont des femmes et des enfants, après que de fortes pluies aient provoqué l'effondrement de puits de mine artisanaux. De nombreuses victimes ont été ensevelies vivantes.
Les responsables américains et les partenaires régionaux qui rencontrent le président Tshisekedi devraient insister sur la nécessité de protéger les civils, d'assurer une surveillance indépendante du retrait des troupes et de garantir que toutes les parties belligérantes, y compris le M23 et les milices Wazalendo alliées au gouvernement congolais, soient tenues pour responsables des crimes graves qu'elles ont commis.
Sans faire pression sur la RD Congo et le Rwanda pour qu'ils luttent contre l'impunité en poursuivant les auteurs de meurtres illégaux, de déplacements forcés et de recrutements, il y a peu de chances que les accords de Washington réussissent là où d'autres ont échoué.
L'attention portée par le gouvernement américain au conflit dans l'est de la RD Congo donne un certain espoir à la région, mais la fin des exactions liées au conflit reste lointaine. Les États-Unis devraient maintenir leur engagement pour exiger la protection des civils et la justice. Les signatures seules ne mettent pas fin aux souffrances, seules les actions le peuvent.