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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

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26.02.2026 à 16:29

L'adieu au bateau de Johanne Fournier

Marc Simard

Je connais Johanne Fournier. Je ne l'ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j'ai voyagé près d'elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu'elle avait fugué en Gaspésie avec son p'tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L'état de nos routes, paru (…)

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26.02.2026 à 13:27

Fanon (2024) : entrevue avec le réalisateur Jean-Claude Barny

Archives Révolutionnaires

Archives Révolutionnaires a eu le privilège de s'entretenir avec Jean-Claude Barny, réalisateur du film Fanon. Originaire de la Guadeloupe, le réalisateur autodidacte s'est imposé dans le paysage du cinéma francophone avec des œuvres comme Putain de porte (1994) et Nèg maron (2005). Dans son troisième long métrage, Fanon (2025), il retrace le parcours de Frantz Fanon, écrivain et psychiatre martiniquais, figure des luttes anticoloniales et engagé pour l'indépendance de l'Algérie.

Le film Fanon est présentement en salle au Québec (février 2026).

AR : J'ai eu l'occasion de visionner votre tout dernier film, Fanon, et je suis très heureuse de pouvoir en discuter avec vous aujourd'hui. La lecture de Fanon m'avait interpellée et j'étais très curieuse de voir ce que vous alliez faire avec cette figure-là. Avec ce film, vous vouliez rendre Fanon accessible à tout le monde et je crois justement que vous y arrivez dès le début du film. On voit donc Fanon apparaître, mais en psychiatre. Ce que j'ai senti tout de suite, ce que j'ai vu tout de suite, c'est Fanon, l'humain, le profondément humain. Et je crois que c'est comme ça qu'il peut rejoindre tout le monde.

J-C B : C'est exactement ça. C'est que la clé pour ce film, c'était d'abord de passer par l'être humain, de le rendre complètement accessible. Je veux dire, on parle à un homme, pas à un surhomme, on parle à quelqu'un qui était certes brillant, quelqu'un qui avait, qui a eu une vie extraordinaire. Mais d'abord, c'est quelqu'un qui est très accessible de par ce qu'il était. Et je pense que c'est pour ça que le film a été pris de la hauteur du spectateur. Et on va parler de quelqu'un qui m'a fasciné et dont j'ai appris beaucoup.

AR : Je me suis demandé, avant de regarder le film, comment va-t-il mettre en images une structure dramatique des idées ? Parce que ce n'est pas quelque chose de facile. C'est la figure du psychiatre qui est la plus présente à travers le film. On voit un petit peu moins Fanon combattant du FLN. Mais vous avez fait l'exercice de vous replacer dans les conditions dans lesquelles il a développé ses idées. Et c'était en tant que psychiatre qu'il était proche des êtres humains, et qu'il se questionnait sur l'humain et sur la condition humaine.

J-C B : C'est exactement ça. Souvent, les réalisateurs disent, moi, j'ai fait un film, et ils essaient de se mettre à la place du personnage pour mieux comprendre ses émotions, ses sensations et conduire le film avec un peu de regard. Moi, je me suis mis à la place du patient de Fanon, pour bien comprendre ce que j'avais à dire sur lui. Fanon, je ne l'ai pas touché. Et c'est de cette place-là que j'ai écrit ce film. C'est pour ça que je pense que le film n'a pas déçu ceux qui aiment Fanon parce que je n'y ai pas touché. J'ai pas touché à ce que chacun d'entre nous aimons de Fanon. J'ai pas construit ce personnage. Je me suis juste mis, moi, à ma place de spectateur, pour comprendre de qui je parle.

AR : Le combat de Fanon est très clair à travers la figure du psychiatre. Il y a cette scène, au début, quand il arrive dans l'hôpital psychiatrique où il est affecté : voir les patients attachés dans la pénombre, enchaînés, c'est très marquant comme image. Puis en même temps, je l'ai reçue comme une métaphore de cette « mission » que Fanon s'est donné de transformer cette société, de libérer les gens littéralement de leurs chaînes, donc de participer à casser le colonialisme.

J-C B : Ah oui, c'est clair. C'est vrai que dans l'outil qu'est le cinéma, il faut absolument bien mettre le propos pour que tous ceux qui sont autour de nous voient que c'est de là où on part. On part, comme vous dites, d'un endroit où il y a l'enfermement, l'enchaînement. Et la mission, c'est d'éclater, de briser. Après, c'est comment on va y arriver, est-ce qu'on va y arriver ou pas ? Mais c'est comment on va y arriver. Et c'est ça le point de départ. On est tous d'accord pour dire d'où on part, mais on ne le veut pas. Alors comment on va faire en sorte que ça n'existe pas ? Nous tous, tous ceux qui sont dans la salle ?

AR : J'ai l'impression aussi que dans le film, où on voit très bien les ravages de la colonisation. Cette idée de Fanon que la colonisation déshumanise autant le colonisé que le colonisateur est représentée dans le personnage de Roland, ce sergent français qui apparaît comme l'agent de la répression au début. Puis, tout d'un coup, on se rend compte qu'il est rongé, qu'il est ravagé par les crimes qu'il a commis. Finalement, il n'en peut plus et se livre lui-même comme prisonnier aux autorités françaises. Est-ce que c'était votre intention, à travers ce personnage, de représenter cette idée ?

J-C B : Il le fallait, stratégiquement, pour bien comprendre les différents strates dans lesquelles on pouvait agir. Parce que si on avait fait un film sans montrer l'exemple très concret d'un personnage comme Roland, ça aurait été de la littérature, de la philosophie. Et là, en montrant concrètement la façon dont il arrive à désarmer l'idéologie de Roland du racisme systémique, on dit oui, c'est possible. Alors ce n'est pas qu'un fantasme idéal, c'est que c'est possible, un moment, tous ensemble, de comprendre que cette société, elle a vraiment un engagement très clair, c'est de discriminer pour hiérarchiser les gens socialement, économiquement, et que, en passant par une refonte totale de ces systèmes-là, on peut chacun d'entre nous revoir intimement les choses.

Le système ne nous fera jamais de cadeau. Pourtant, y a des pauvres qui votent pour les riches, pour des milliardaires. Ils disent : « on veut que les milliardaires payent moins », mais c'est parce qu'ils sont aliénés. On en parle pas, parce que c'est un mot qui est encore réservé, qui est kidnappé par les scientifiques, les universitaires. Mais il faut qu'il rentre dans le débat public, il faut qu'on arrive à le rentrer, comme le racisme. Comme la discrimination. Il faut que ce mot, « aliénant », devienne usuel. Qu'est-ce que c'est, un être aliéné ? C'est quelqu'un qui lutte contre sa propre communauté, en pensant qu'en allant servir celui qui le presse, il va être épargné.

AR : Est-ce que vous pourriez me parler d'autres personnages, d'autres motifs, d'autres situations que vous avez insérés dans le film pour faire passer certaines idées de Fanon ?

J-C B : On peut parler de Farida, c'est la même chose. L'inverse, c'est-à-dire, qu'on ne pouvait pas construire un personnage de Roland en disant : « eux là-bas là, ils sont aliénés, ils sont dans un racisme systémique », si on ne prend pas un contre-exemple comme Farida qui est aliéné de l'autre côté, du côté de l'oppressé. C'est-à-dire qu'il y a aussi cette lutte jusqu'au boutiste, des gens qui pensent que c'est en éliminant l'ennemi qu'ils vont survivre. Mais après cet ennemi-là, il y en a un autre qui va arriver, et ainsi de suite. Et c'est ce qu'on appelle les dictatures. Dès qu'on élimine notre opposant, on trouve un boulevard pour devenir le parti hégémonique.

Donc, du coup, c'est vraiment essayer de construire un film qui ne fait pas de quartier à un système, qui n'est pas que chez le colonisé et que chez le colon, c'est vraiment essayer de prendre Fanon en exemple en disant, voilà, il a établi une vraie cartographie scientifique de l'être humain. Non pas de la couleur de l'être humain, mais de l'être humain, pour essayer de dire : « OK, on ne peut faire sens que si, à un moment, on comprend qui nous sommes. Nous sommes pas des gens de couleur, de blanc, de noir, nous sommes d'abord des êtres humains. » Et là, on peut commencer le débat, on peut commencer à réfléchir en tant qu'être humain. Et si on se met sur un point d'équité, là, le travail de mémoire peut commencer, mais des deux côtés.

Je parle de Roland, mais je parle aussi de Ramdane : le personnage de Ramdane est construit comme ça aussi. C'est quelqu'un qui lutte pour cette liberté et pour la démocratie de son peuple, mais il est aussi un obstacle par rapport aux colonels. Et il est né par les colonels. Donc tous les personnages qui rentrent dans le film, ils ont des missions très précises pour aider le spectateur à bien comprendre que c'est archi complexe. C'est pas un film qui va régler. Mon film n'est pas là pour soigner le cancer. C'est juste un état des lieux de ce que j'ai appris de Fanon. Mais par contre, c'est clair qu'on a fait en sorte que tous les personnages, aussi subtils qu'ils soient, aussi inoffensifs qu'offensifs dans le film, aient une mission.

Il y a le sergent Roland, mais il y a aussi le capitaine Ferrer qui lui représente vraiment la tête de l'hydre et qui n'est là que pour donner les ordres et pour faire en sorte que rien ne puisse affaiblir le système, parce que c'est un système cannibale de la richesse des autres, des terres qu'il a envie de conquérir. Pour moi, c'est le premier film qui doit nous emmener sur une réflexion qui demain va arriver, c'est à qui appartient l'État dans lequel nous sommes. Nous, on est antillais, et avant qu'on soit amenés de la terre d'Afrique, il y avait des Arawaks chez nous, il y avait des Taïnos. Il y avait des Amérindiens aux États-Unis. Mais ils sont pas légitimes sur cette terre-là, donc, c'est pour moi le prochain débat qui va arriver.

AR : Donc finalement, les différents personnages du film incarnent différentes positions, si on peut dire, à l'intérieur d'un système : ils montrent, finalement, que c'est le système qui est en cause.

J-C B : Exactement. Ils doivent, à mon sens, nous permettre de ne pas avoir un seul point de vue. C'est pour ça que je pense que le film est intéressant, parce qu'il y a plusieurs prismes de lecture. Dès qu'on attrape un personnage, on se rend compte qu'il est en contradiction avec un autre personnage. Si on prend Roland, on voit Farida, qui est la personne oppressée, mais elle est aussi incarnée par une vengeance qui est terrible. Du coup, on arrive pas à savoir sur qui on peut se positionner pour être confortable dans le film et le seul personnage sur lequel on peut se replier, c'est Fanon. Et si vous tombez dans les pas de Fanon, il vous analyse, il vous psychanalyse, il ne vous lâche plus. Et là, vous êtes en train de comprendre qu'il est en train de travailler sur vous.

AR : Selon vous, qu'est-ce que Fanon a à nous apprendre aujourd'hui ?

J-C B : Fanon, comme d'autres, à un moment porté jusqu'à son âme la défense de l'être humain. Fanon a fait quelque chose que personne n'a fait avant lui, et je parle même de King, de tous ceux qui ont, à un moment, lutté contre les oppresseurs. Il est seul là où il est, il est dans la psychiatrie, il est dans le mental, il est dans le cérébral, il peut transformer notre cerveau et nous faire devenir autre chose. Vous prenez n'importe quel leader charismatique qui a eu un moment, une action forte pour sa communauté, pour son peuple. À un moment, il est renversé par quelqu'un d'autre qui veut sa place. Fanon, personne ne l'a renversé parce qu'il n'est pas dans la politique. Il est unique en son genre dans l'histoire humaine. Dès qu'on ouvre Fanon, à n'importe quelle génération, à n'importe quel âge, on a l'impression qu'on se redécouvre.

AR : On pourrait donc dire que ce qu'il a à nous apprendre aujourd'hui, c'est d'apprendre à nous regarder nous-mêmes en face et à travers la réflexion sur nous, de trouver les moyens de sortir de l'oppression.

J-C B : Alors, il y a de ça, mais je dois dire qu'il faut faire vite, parce qu'en face de nous, il y a ceux qui vont s'en emparer pour s'en servir comme un boomerang. C'est ça qui est le danger : il ne faut pas qu'on laisse la pensée de Fanon dans les mains de gens qui vont se dire « il vaut mieux qu'on s'en empare et qu'on détourne sa pensée, qu'on ne la laisse pas à des gens qui en ont réellement besoin ». C'est pour ça qu'il faut aller vite et c'est pour ça que le film a été utile. Parce que, aujourd'hui, maintenant, voilà, l'outil existe, donc, on ne pourra pas le falsifier. Mais il faut que ça reste quelque chose qui soit audible pour ceux qui en ont vraiment besoin.

AR : Je crois que votre film parvient à faire ça. On n'a pas un Fanon qui est aseptisé par le regard universitaire, auquel on enlève, finalement, toute la puissance de la critique et de la réflexion. Qu'est-ce que vous aimeriez que les gens qui vont regarder le film en retiennent ?

J-C B : C'est qu'ils remettent en question leurs a priori, c'est se remettre en question et dire, en fin de compte, qu'on ne sait pas tout et on n'est pas convaincu de tout, parce que c'est ça le problème avec le corps militant. C'est qu'ils sont convaincus d'être, eux, dans le bon droit de vouloir défendre l'opprimé. Mais vous défendez l'opprimé pour le remplacer par quelle structure ? Par quoi ? Et c'est ça. Et vraiment, en tant que Noir, souvent les gens me disent : « on va t'aider ». Mais je dis : « je peux m'aider tout seul, faut juste me donner les outils ».

AR : Si on considère l'expérience générale du spectateur, parfois, il y a des films un peu plus « intellectuels » dans lesquels il y a des longueurs, des creux, où il ne se passe rien. Mais dans votre film, non. Pas du tout. Il y a toujours quelque chose qui se passe. On a hâte de voir ce qui s'en vient, constamment, jusqu'à la fin. Vous nous gardez en haleine.

J-C B : Là, le film traverse plusieurs endroits avec des cultures différentes de cinéma : je parle du Brésil, de l'Afrique, des Antilles ou de l'Europe et puis je vois, en fin de compte, que les gens sortent toujours avec le même état d'esprit. Voilà, ce film ne bouge pas par rapport à qui le regarde, à l'endroit où il regarde. Donc peut-être qu'on a fait un film assez universel dans le bon sens du terme. On a un bel objet, on a un objet qui plaît aux gens qui aiment ce genre de projet.

AR : Il est universel parce qu'il est profondément humain.

J-C B : Ouais, absolument, c'est ça.

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26.02.2026 à 07:09

L'Hindutva : l'idéologie nationaliste hindoue au cœur du pouvoir indien

Hassan El-Khansa

Hassan El-Khansa, correspondant Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi, à la tête du Bharatiya Janata Party (BJP), a conduit l'Inde vers une montée sans précédent du nationalisme hindou, connu sous le nom du hindutva. Cette dynamique s'accompagne d'une intensification des tensions (…)

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