
23.02.2026 à 12:43
Pablo Pillaud-Vivien
Selon une enquête de L’Humanité, des échanges internes datant de l’automne 2025 révèlent une réalité beaucoup plus inquiétante que les opérations de communication soi-disant non violentes de Némésis. Dans une boucle Telegram, des responsables du collectif « fémonationaliste » discutent avec des cadres d’Audace Lyon de la manière la plus efficace de faire venir des militants antifascistes sur un campus lyonnais pour ensuite en découdre. Les militantes proposent de servir d' »appâts », d’organiser une action visible – comme une distribution de tracts – pour attirer les antifas. Les groupes de nervis se tiennent prêts à bastonner. Le tout filmé, pour bien montrer que ce sont les antifas qui ont frappé les premiers. Loin de toute image policée, le collectif assume ainsi une logique d’escalade où la mise en scène victimaire se révèle une fabrication de guet-apens.
21.02.2026 à 13:30
la Rédaction
Comme chaque semaine, le débrief politique de Catherine Tricot et Pablo Pillaud-Vivien !
20.02.2026 à 12:49
Loïc Le Clerc
Isoler La France insoumise, instaurer un cordon sanitaire… et désormais rendre inéligible ses candidats. Faute de battre politiquement le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, la Macronie trouve une solution radicale.
Le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque fait l’effet d’un accélérateur de particules. Chacun y voit une occasion en or pour en finir avec Jean-Luc Mélenchon et ses ouailles. À gauche, certains, comme François Hollande, incapables de prendre le leadership politique, jouent des coups de menton pour les isoler de manière autoritaire. L’ancien président assène : « Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliance entre les socialistes et La France insoumise. Je considère que la relation avec LFI est terminée. »
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À droite, on prône l’instauration d’un cordon sanitaire. Reléguant l’enjeu du RN – qui pourtant se précise –, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, issue des LR, en appelle directement aux électeurs : « On a, toutes et tous, une responsabilité lorsqu’on glisse un bulletin La France insoumise dans l’urne. J’en appelle aux Français, qui par le passé auraient déjà fait ce choix : plus jamais, plus jamais un député LFI au sein de l’Assemblée nationale. » La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet l’expose au Figaro : « Aujourd’hui, je dirais qu’il faut un ‘ni-ni’. Ni extrême gauche, car oui, bien sûr, La France insoumise est d’extrême gauche, ni extrême droite ». Même analyse côté Gérald Darmanin, le ministre de la justice qui, sur BFMTV le 19 février, demande que « pour l’avenir, que plus personne ne nous fasse le coup de ‘Votons LFI pour faire barrage à’ […] Les deux extrêmes se rejoignent. »
La charge est rude, mais insuffisante. Insuffisante pour disqualifier et exténuer LFI, pour écarter définitivement l’hypothèse d’un second tour en 2027 avec la présence de Jean-Luc Mélenchon. Alors, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu cherchent la parade. Et ils pourraient l’avoir trouver. Écoutons bien les mots du président de la République. Le 13 février, à l’Élysée, il déclare :« Pour l’avenir, je souhaite qu’une peine d’inéligibilité obligatoire soit instaurée pour les actes des propos antisémites, racistes et discriminatoires ». Le 15 février sur Radio J, il précise sa pensée : « Je constate que dans les positions qu’ils [les insoumis, ndlr] prennent, en particulier sur l’antisémitisme, ils contreviennent à des principes fondamentaux de la République ».
Antisémites donc ceux qui dénoncent le génocide des Palestiniens ; antisémites encore ceux qui prônent un État binational « du Jourdain à la mer ». Antisémite La France insoumise.
Comme disait de Gaulle, « le président de la république serait la tête pensante et le premier ministre la tête agissante du pouvoir ». Aussi, Sébastien Lecornu passe du cap présidentiel aux actes. Ce 19 février, lors du dîner du Crif, le premier ministre annonce que, « dès ce mois d’avril », sera présentée à l’Assemblée la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan qui tend a confondre antisionisme et antisémitisme, incluant toute contestation de l’État d’Israël.
Sébastien Lecornu expose : « Dire ‘De la mer au Jourdain’, c’est appeler à l’effacement d’Israël. C’est accepter l’idée que les Israéliens n’auraient plus leur place. L’antisionisme contemporain est devenu le masque du vieil antisémitisme. La République a toujours su adapter le droit pour combattre la haine […] Il faut aujourd’hui franchir une étape supplémentaire : appeler à la destruction de l’État d’Israël, c’est appeler à la mise en danger vitale d’un peuple et, en France, l’appel au meurtre est interdit, l’antisémitisme est puni. » Antisémites donc ceux qui dénoncent le génocide des Palestiniens, récusant ici la légitime défense d’Israël ; antisémites encore ceux qui prônent un État binational « du Jourdain à la mer ». Antisémite La France insoumise.
Le voilà, l’enchaînement très profondément attentatoire à un courant politique. Ce n’est pas la critique d’Israël qui est visée, c’est la disqualification suivie de l’interdiction de la gauche radicale en France.