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05.08.2026 à 11:55

Dark Taoism

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La dialectique peut-elle défaire des nœuds sans les toucher ?

- Été 2026 suite / , ,
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Contre tous les Mencius de l'Empire des Lumières sombres, contre la fascination si sérieuse pour le CEO-papisme et toutes sortes de chefferie, voici une fable facétieuse qui puise son inspiration dans la tradition du dark taoism (taoïsme noir). Une tradition inventée pour un mouvement plein d'avenir. La dialectique peut-elle défaire des nœuds sans les toucher ? Peut-être, peut-être, si on l'abandonne enfin en suivant la voie du dark taoism.

Dans le Pays de Song, vivait le disciple du grand dialecticien Ni Yue. Un jour, l'Empereur le fit chercher pour dénouer le nœud auquel il était emmêlé : comment gouverner sans gouverner ?

— Hélas, dit l'Empereur, j'ai lu tous les livres. Et je n'y ai rien trouvé. J'ai écouté tous les lettrés, aucun ne m'a aidé. On te dit digne de ton maître, le très-habile Ni Yue, capable de défaire tous les nœuds. Montre-moi comment dénouer celui-ci !

Le disciple de Ni Yue observa en silence le nœud. Il s'abstint d'y toucher et, sans même en faire le tour, sortit du Palais. Il erra loin. On ne le revit plus. L'Empereur, lui, resta interdit. Au matin, les courtisans le trouvèrent pendu, nu, le cou enserré par le nœud de ses habits de Souverain. Ainsi le royaume put rapprendre, petit à petit, l'art et la joie de ne pas être gouverné.

Atelier Oncléo

05.08.2026 à 11:20

Déambulation sur les pas de Rezvani

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« Le monde conspire contre l'amour. »

- Été 2026 suite / , , ,
Texte intégral (8164 mots)

La plupart d'entre nous connaissent au moins quelques airs composés par Serge Rezvani, de ceux que Jeanne Moreau ou Anna Karina chantaient chez Truffaut ou chez Godard. Peut-être sans savoir son nom ni son pseudonyme : Cyrus Bassiak. Soit son prénom initial et le mot russe pour dire « va-nu-pieds ».
Le propos est ici, à partir d'une approche biographique, faisant moins de cas de ses chansons ou de sa peinture (on ne peut tout aborder d'un coup !), d'explorer les livres, d'ouvrir des fenêtres sur certains d'entre eux, à travers des extraits où l'on découvrira un homme indépendant et sans retenue sur ses idées.

« Le monde conspire contre l'amour. » [1]

« Combien j'ai en moi de rires inemployés ! » [2]

Fils d'un acteur iranien, professeur-conteur [3], et aussi magicien, et d'une violoniste russe, juive, disciple de Gurdjieff, qui mourut bien trop tôt, alors que son fils avait tout juste dix ans, Serge Rezvani est né en Iran et n'avait qu'un an quand ses parents s'installèrent en France. Il parlera d'une mère qui prenait la vie au tragique et d'un père inconstant et volage qui semblait au contraire s'en amuser. Lui-même se disant « habité par la mort et par le rire » et redoutant « que l'un ou l'autre ne prenne le dessus » [4]. Sans grandes attaches, évoluant dans un milieu désordonné mais libre, il connaît très jeune la misère et la vie de bohème. Durant l'occupation, ce juif athée [5] est placé dans l'œil du cyclone, chez des Russes orthodoxes ouvertement antisémites, il échappe ainsi à la répression, en toute innocence, au cœur d'une ambiance le plus souvent favorable aux nazis. À peine âgé de quinze ans, las, il saute le mur de la pension et commence à fréquenter l'atelier de la Grande Chaumière où beaucoup d'artistes viennent vivre et travailler. Lui-même, fort créatif, dessine beaucoup et avec talent. Il rencontre en ce lieu « tout à la fois hors du monde et au centre du monde » [6] deux amis qui seront pour lui comme des frères : Jacques Lanzmann [7] et Pierre Dmitrienko [8]. Jacques Lanzmann, son frère Claude et sa sœur Évelyne vivent chez leur mère, Paulette, et son nouveau conjoint, le poète Monny de Boully, ancien surréaliste, proche du Grand Jeu [9], ami notamment de Max Jacob et de Henri Calet. Cet homme comptera plus pour lui que son propre père, écrira-t-il dans Le testament amoureux. Et c'est une seconde famille autrement protectrice que découvre ainsi Rezvani. Évelyne est amoureuse d'un très brillant condisciple normalien de Claude, un certain Gilles Deleuze, lequel se débrouille mal en amour et rompt avec la jeune femme. C'est le jeune Serge qui console la délaissée désemparée, la sort de son chagrin, au point que bientôt ils se marient. Mais Deleuze réapparaîtra un jour et les amours initiales reprendront, avant que de se dissoudre à nouveau. Si Claude Lanzmann en parle avec maints détails dans son livre de mémoires, Le lièvre de Patagonie, c'est aussi qu'Évelyne, devenue actrice, connaîtra une fin tragique. Dans ce même ouvrage Claude Lanzmann fait écho au procès qu'il intenta contre Rezvani après la sortie du Testament amoureux, fort mécontent du portrait que l'auteur a tracé de lui, le présentant notamment en juif fanatique [10]. Il gagna son procès, le livre fut expurgé de certains passages. Longtemps après, apprenant le décès de Jacques Lanzmann (en 2005), Serge Rezvani, peu doué pour la rancœur, écrira une lettre à Claude pour lui dire son attachement et sa tristesse de l'avoir blessé [11].

Au sortir de la guerre, manquant de papier, Rezvani récupère des caissettes à savon en bois, dessine et grave sur le fond des profils de femmes qu'il a l'occasion de montrer à Monny de Boully, lequel les propose au regard de quelques amis nommés Louis Aragon, Jean Cocteau, Paul Éluard. C'est avec Éluard que l'aventure se poursuivra, les deux deviennent amis, Éluard publie un livre à tirage limité comprenant un sien poème et quelques gravures du jeune homme de dix-sept ans.

« Jusqu'à elle, en toute femme je craignais de découvrir… et je finissais par découvrir toujours quelque chose qui aurait pu me rappeler ma mère malade. » [12]

Évelyne et Serge ont déjà entamé leur séparation quand Danièle Adenot paraît à l'horizon. « Voilà la femme qu'il t'aurait fallu » glisse Évelyne à son mari. « Oui », répond spontanément Serge [13]. Et c'est avec cette femme, effectivement qu'il va vivre cinquante années de pur amour. Danièle sera sa complice autant que sa muse, la Lula que nous connaissons par les nombreux livres où elle prédomine, qui semblent presque co-écrit par elle. Car elle aussi, elle peint, elle écrit, elle lit, elle s'exprime. S'ils ne se sont jamais rien promis, ainsi que le dit la chanson de Pierrot le fou : Jamais je ne t'ai dit que je t'aimerai toujours / Ô mon amour / Jamais tu ne m'as promis de m'adorer / Toute la vie… ils se sont aimés toujours. Pour commencer, ils quittent Paris : « nous nous sommes enfuis pour vivre ‘‘fémininement'' notre amour. » [14] expliquera-t-il plus tard.

C'est dans le Var que les amants trouvent refuge, ils s'installent à La Garde-Freinet, où ils louent un cabanon, finissent par acheter un mas en ruine, qui s'appelle La Béate, pour y vivre d'abord sur un mode des plus rustiques, sans électricité ni eau. Et chaque matin il faut chercher l'eau à la source. « Je vais chercher du bois, de l'eau, des châtaignes derrière la maison, tout a un sens, rien n'est abstrait. », écrit Rezvani à son ami René Ehni dans un passage de Mille aujourd'hui [15]. Sauf de brèves excursions à Paris, ils y passent des années entières très heureuses. Il faut dire que les visites ne manquent pas, jusqu'à des amis qui viennent habiter leur voisinage. Par la suite ils séjourneront régulièrement à Venise, dans une maison située en face de la Giudecca [16].

Depuis qu'un jour des années cinquante la chanteuse et amie Francesca Solleville lui a offert une guitare, Rezvani s'est mis à écrire des chansons à partir de quelques accords et de mots simples mais absolument vécus. Chansons qui le sortent du silence dans lequel la peinture l'enfermait peu à peu, et il peut dire ainsi son amour pour sa compagne, et chanter ses peurs et ses espoirs. Se faisant, Rezvani commence réellement à prendre la parole [17]. Et il se trouve que ces chansons plairont beaucoup à son amie Jeanne Moreau et à son compagnon Jean-Louis Richard qui les feront connaître à François Truffaut. Le tourbillon de la vie, le cinéaste a voulu en faire un tube et l'a mis dans son film Jules et Jim, où Rezvani apparaît et accompagne Jeanne Moreau à la guitare. Le pari de Truffaut est gagné, voici Serge et Lula garantis de la pauvreté pour un temps.

Rezvani vivait toujours de sa peinture, qui trouvait des acheteurs, mais sans pour autant bien supporter le marché de l'art ni ce monde obsédé par l'argent. Ses tableaux reflétaient une sorte d'envers de lui-même, il s'en explique dans Le portrait ovale [18] où il raconte son passage de la peinture à l'écriture, mutation qui se produit au milieu des années soixante.

« Je vivais l'acte de peindre comme un spasme douloureux que je comparerais aujourd'hui au silence immobile d'une mouche dont on aurait arraché ailes et pattes. Bâillonné, ne pouvant émettre d'autres signaux qu'excrémentiels, qu'on me comprenne, noyé dans ma sauce visqueuse je hurlais en dedans, pas du dedans, en dedans. Aujourd'hui c'est avec un certain dégoût que je revois ces traces. Mon atelier à l'époque où je peignais ces tableaux ressemblait à une morgue ou au frigo d'un boucher. Mais un frigo éteint, et où les viandes pourrissaient, un charnier verdâtre, rosâtre, bleuâtre, exsangue, pourri.

J'ai vu des gens entrer dans ce lieu mortel et ressortir aussitôt au bord du vomissement. Secrêtement, j'en étais assez content. » [19]

L'écriture va lui ouvrir l'espace dont il a besoin, la liberté d'expression à laquelle il aspirait, sans doute d'autant plus depuis la rencontre de Danièle, qui elle aussi s'exprime par la peinture et l'écriture, si bien que l'œuvre de Rezvani est à certains égards une œuvre « jumelle » [20]. Mais voici comment il raconte sa délivrance, toujours dans Le portrait ovale :

« Enfin je parlais. Enfin j'avais accès au mouvement, aux parfums, aux rires. Mes toiles me semblèrent tout à coup des sortes de momies poudreuses dont j'aurais été le gardien depuis trop longtemps. Je fermais mon atelier, me jurant de ne plus (jamais, me disais-je) y remettre les pieds. Fini ! Ah, j'avais trop souffert de mes images silencieuses ! Ici, sur le papier, de l'air frais circulait. » [21]

En 1967 est publié Les années-lumière, le premier livre de Rezvani, « roman-autobiographique » où il tente de retrouver et réinterroger son enfance et sa jeunesse, dès lors qu'elles lui paraissent situées à des… années-lumière. Jacqueline Piatier dans Le Monde en parle ainsi : « […] … la peur de la bombe atomique étreint le narrateur et rejoint le sentiment de panique que sa mémoire garde des bombardements de 1940 et 1944. Une continuelle tension entre la vie et la mort donne ainsi sa charge au livre qui oscille convulsivement entre les sanglots et le rire, et mêle l'horreur et la farce lubrique à la célébration de la joie de vivre et d'aimer. Une sauvagerie s'en dégage, une ivresse dionysiaque qui emporte dans son élan peurs, dégoûts, hantises et assure le triomphe d'une sexualité enfin comblée, corps et âme. Ces tribulations d'une enfance avide et sevrée de tendresse ne tournent jamais en récit apitoyé, encore moins désespéré. » [22]

Suivra Les années Lula, couvrant l'heureuse période d'épanouissement à deux, en osmose avec la nature. Ces deux livres et les suivants sont de libres et forts témoignages (Le testament amoureux) ou fantaisie (Mille aujourd'hui) sur une expérience de vie nourrie de joie de générosité. Ils portent indéniablement la marque d'une époque d'après-guerre délibérément chargée d'enthousiasme et d'audace enivrée. « … années soixante-dix où nos livres comptaient plus par la vitalité, l'énergie, l'élan, que par le fini. » [23]

Pour autant qu'ils soient centrés sur un cercle réduit de protagonistes, et dénués d'idéologies revendiquées, les écrits de Rezvani n'occultent en rien le monde tel qu'il va ni la politique proprement dite. En 1971, après un séjour en Iran, il publie dans Le Monde un papier féroce sur le régime du shah, dénonçant les agissements de la police politique, la savak, et les nombreux emprisonnements d'opposants. Ce qui lui vaudra d'être sur une liste noire des personnes à abattre dressée par cette même savak. En 1973, c'est dans La Gueule ouverte, le « journal qui annonce la fin du monde », qu'il propose un « éloge de la lenteur » toujours d'actualité, où il croque l'homme lent, le sensuel, l'artiste, le doux, qui sont les seuls à refuser la nature humaine naturellement violente, illustrée par la brute entreprenante et agressive qui l'emporte toujours. « Toute la technologie délirante dont nous sommes amoindris va dans le sens des pulsions naturelles qui poussent les êtres animés à se déplacer le plus vite possible pour avaler, détruire, coloniser. » [24] Déjà dans Mille aujourd'hui, il vilipendait « le goût de l'entreprise, qui caractérise les coboy's du Far West et des machines à sous, a gagné, gangrené les coins les plus reculés, lèpre qui ronge la foisonnante beauté des collines » [25].

Rezvani écrit également pour le théâtre, parfois sur des sujets nettement politiques. Toujours sur la situation iranienne, dans la foulée de ses articles, il écrit une satire féroce qui sera présentée au festival d'Avignon [26] et une chanson que chantera Francesca Solleville. Autre pièce politique, Capitaine Schelle, capitaine Eçço, qui s'attaque à la violence du capitalisme à travers les affaires du pétrole.

Quelques années plus tard, sous forme d'un journal embrassant les années 1982-1983, paraît Variations sur les jours et les nuits, une série de réflexions plus ou moins spontanées qui laisse apparaître un Rezvani tranchant et réflexif. À propos des faux carnets attribués à Hitler, fabriqués par un faussaire, mais authentifiés dans un premier temps par certains experts, dans lesquels on croyait déceler un dictateur presque mesuré et navré des excès de ses généraux [27], Rezvani note :

« Comme l'histoire des peuples n'est qu'un long tissu de falsifications, on peut être assuré qu'à plus ou moins longue échéance l'Allemagne trouvera le moyen de réintégrer Hitler dans son histoire. Mais pour combler ce trou, ne doit-elle pas commencer par le laver du crime de génocide ? Première tentative : les carnets du Führer. D'autres suivront. » [28]

Et ce passage sur Israël se lira avec d'autant plus d'intérêt aujourd'hui :

« Comment Israël, cet État si moderne, si bandé vers le but, réussira-t-il à garder vivants ses millions d'assassinés ? Chaque kilomètre avalé par son armée efface de la mémoire, chaque bataille gagnée, chaque action d'éclat épaissit la nuit dans laquelle s'enfonce le passé. Si le vieux peuple juif, entre tous, a su vivre dans un présent de plus de cinq mille ans, c'est bien parce que la mémoire était son territoire. De tous les peuples de la terre, parce que sans terre, il a su annuler l'espace et le temps. Aujourd'hui le peuple élu perd en ‘‘verticalité'' ce qu'il accapare ‘‘horizontalité''. » [29]

Comme pour bien des aspects de la crise terrible et multiple que plus personne ne peut décemment nier, la matière ne manque pas pour indiquer à quel point la lucidité n'a manqué qu'à ceux qui ne voulaient pas voir, car il suffit de lire les auteurs les moins idéologues pour trouver l'annonce de ce qui allait survenir.
Pas plus qu'il n'accepte de mettre les pieds en Iran, pas question de cautionner un tel régime, Rezvani ne consent, malgré les invitations, à se rendre en Israël. En 2004, dans un entretien accordé à Michel Doussot et Yves Couprie, il déclare : « je ne veux pas aller en Israël bien que je sois à moitié juif. Je suis invité à Tel-Aviv par des gens qui travaillent sur mes livres. Tant qu'il y aura le mur, tant qu'Israël sera ce qu'il est actuellement, je n'irai pas. Je ne peux pas cautionner des choses aussi insupportables. » [30]

Ce même entretien se conclut par une belle question, avec une réponse toute rezvanienne :

« Un jour, vous avez parlé de votre vie comme d'une utopie réalisée. Est-ce une forme d'engagement politique que d'avoir mené cette existence ?
— Ce n'est pas une action politique, car on ne peut pas décider d'être heureux. D'avoir rencontré ma femme a été très important pour moi. Nous avons vécu cinquante ans, non pas de bonheur, qui est un mot galvaudé, mais de félicité absolue, quotidienne. Nous avons eu beaucoup de chance de trouver un lieu de vie exceptionnel dans le midi : une belle maison dans un vallon, près d'une source… En fait, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le fait d'habiter cette maison, isolés, nous rendait très curieux et concernés par ce qui se passait dans le monde. Bizarrement, la solitude peut être une caisse de résonance. Nous étions à la fois à l'écart et au centre du monde. Nous avons été les hôtes de réfugiés iraniens, chiliens, etc. Nous nous sommes occupés de Régis Debray quand il était emprisonné en Bolivie… Dans cette maison, j'ai beaucoup voyagé, dans ma tête et dans mes écrits. Mais je n'ai jamais projeté ma vie. Je pense que lorsqu'on sait trop ce que l'on veut, ce n'est en général pas très bon. Il vaut mieux savoir ce que l'on ne veut pas. En refusant ce que nous ne voulions pas, nous avons obtenu ce que nous ne savions pas… Quant à l'utopie proprement dite, je regrette que les Soviétiques nous l'aient tuée. C'est le grand problème de notre époque. » [31]

Quant à cette utopie vécue, infinie lune de miel des deux amants heureux, elle sombra lentement avec la maladie d'Alzheimer dont Lula fut atteinte et dont la progression s'étala sur une dizaine d'années, laissant Serge dans un très triste et douloureux désarroi. Un très beau livre-témoignage, moitié journal, moitié analyse, qu'il écrit en parallèle de son désarroi, tâche de rapporter au plus près l'étrangeté qui s'est installée dans l'esprit de cette femme jusqu'alors si miraculeusement proche. Aveu de la frayeur qui survient en constatant une certaine raideur de la face et surtout de voir qu'elle « est devenue d'autant plus méconnaissable que tout d'elle est encore là mais sans elle ! » [32]. L'auteur du Testament amoureux essaie de décrire le phénomène d'éloignement spirituel dans lequel le couple se trouve précipité. C'est que Lula ne reconnaît plus son amant-complice, elle a l'impression de vivre avec un autre, un imposteur. Elle se souvient avoir vécu avec un homme merveilleux, elle l'évoque avec nostalgie sans saisir que cet homme est celui qui vit encore à ses côtés, mais surtout, « la voici réfugiée dans l'innocence des années enfantines où tout était douceur et protection… » [33]. A-t-elle un livre en cours de lecture, il constate qu'elle en est toujours à la même page, qu'elle fait semblant. Parfois elle évoque sa solitude et cette… saleté, qui n'est autre que sa maladie, qu'elle perçoit sans la connaître. Lui, il refuse de suivre les conseils des amis, les manuels qui expliquent comment mentir au malade, pour leur bien et pour le bien des accompagnants. Il refuse ne serait-ce que de prendre en main ces ouvrages « aussi odieux pour [lui] que le seraient des lettres de dénonciation anonymes » [34]. Il fait aménager une annexe à leur maison, afin qu'une personne aidante puisse y être logée. Mais le voici perdu, angoissé, ayant de nouveau peur de retrouver sa mère malade et mutilée, et lui découvrant ses plaies, alors que Lula était justement la femme qui l'avait guéri de cette phobie traumatique. Ainsi la femme qui était restée la plus mystérieuse, à toujours redécouvrir car la plus inconnaissable, tout en étant sa complice absolue, voici qu'elle s'engloutissait dans le plus vague d'elle-même, tandis que lui, désarçonné, demeurait témoin sur la rive. « Tu ne te rends pas compte de ce que je vis », lui dit-elle un jour [35].

« Plus de cinquante ans ont coulé sans heurts, sans ‘‘réveil'' jusqu'à ce que d'un coup tout s'arrête et que le temps devienne brusquement trop long pour elle qui maintenant ne fait plus rien à longueur de jour et s'ennuie. J'écris et elle s'ennuie. Et plus elle s'ennuie et tourne en rond, tentant de me cacher ses yeux presque constamment remplis de larmes, plus j'écris sur nous, sur elle, sur ce qui a lieu et a eu lieu, dans ces pages d'adieu définitif… » [36]

Lula meurt en 2005. Rezvani reste dans la vie, toujours retenu et impliqué dans le processus de création qu'elle appelle. Il se marie à nouveau et entreprend de nouveaux livres. Il écrit notamment un essai sur les vêtements et leur inutilité première : La femme dérobée. On y retrouve ses thèmes favoris, la robustesse de la faiblesse, la féminité…

« On sait qu'au sein de chaque espèce l'infantilisation ‒ donc la fragilisation ‒ est l'arme inhibitrice du faible. Chez le loup, par exemple, le dominé se couche immédiatement sur le dos, offrant sa gorge aux crocs du dominant ‒ ce qui paralyse chez lui toute pulsion violente. On le voit alors claquer des mâchoires au dessus du vaincu dans un simulacre d'égorgement puis reculer comme submergé de dégoût. Car on ne se tue pas entre loups. Il en est de même chez les singes qui nous sont si proches. Chez toutes les espèces une sorte de code inhibiteur, un verrou, semble jouer en faveur de la survie du faible ‒ c'est-à-dire de celui qui plus tard assurera l'avenir de l'espèce. » [37]

Et pour ce qui est du vêtement, qui n'existe en fait qu'en tant que cache-sexe et donc pour valoriser la sexualité, il lui paraît qu'il n'a pas été inventé pour se protéger, car les humains étaient d'abord des êtres velus, à sang chaud, mais bien pour fabriquer la nudité. Le vêtement, à la longue, a fait d'eux des singes glabres épris de confort, mais surtout leur a permis de jouer leur propre rôle. La nudité par soulignement, avec ses attraits spécifiques, avec l'apparence des genres, c'est ce à quoi on parvient avec l'habillage, développant la distinction des uns par rapport aux autres, l'identité. « Toute l'histoire des civilisations n'est que l'histoire des mœurs, et principalement de l'acceptation ou de la révolte du féminin face au masculin… ou le contraire ‒ ce qui revient au même. C'est dire que les empires se sont faits et défaits comme s'est fait et défait l'ourlet des robes… » [38]

L'espèce humaine se distinguerait, non par son chant, non par son agressivité, ni même par son humour, puisque certains animaux semblent l'exercer, mais bien par le vêtement. « N'est-ce pas à ça que le vêtement a servi ? À rien d'autre qu'à notre idée de l'humain. Nos vêtements sans nous ne sont rien… et nous sans nos vêtements pas beaucoup plus. » [39]

Ce livre pourrait être en quelque sorte l'aboutissement théorique de la pensée de Rezvani sur le féminin, avec en amont, par exemple, disons l'article de La gueule ouverte cité plus haut et en aval la pièce qu'il a écrite sur Artemisia Gentileschi [40], femme peintre de l'époque post-Caravage, violée par son précepteur, le peintre Agostino Tassi, qui sera condamné. Artemisia se vengera à sa façon en donnant le visage de Tassi à Holopherne dans son célèbre tableau Judith décapitant Holopherne. Si, pour Rezvani, les femmes et les hommes appartiennent clairement à deux civilisations différentes, le féminin devrait être l'apanage le mieux partagé…

Oubliés dans ce trop bref exposé, les romans, parmi lesquels, son maître-livre : La traversée des monts noirs. Un huis-clos de haute intensité où le lecteur silencieux comme le narrateur se découvre dans un train bloqué par la neige avec des savants ornithologues de diverses nationalités bavardant entre eux. Un conte à la manière orientale qui remue les thèmes chers à Rezvani, à la fois libre et exilé de cœur.

L'ouvrage le plus récent, publié cette année (2026), n'est pas un roman, mais une suite de fragments réflexifs, explicitement intitulée Méditations, on retrouve là encore les obsessions de notre auteur : le devenir humain, Israël, les animaux, la psychologie des tyrans, le rapport à notre corps, le féminin, etc. Voyons, par exemple, cette méditation, très caractéristique :

« Ce refus de silence, de réflexion, cette nécessité de combattre toujours pour donner la réponse, avant même que la question soit émise, l'Homme s'en est toujours enorgueilli comme de sa spécifité. Qu'aujourd'hui cette pulsion il la transcende dans des réalisations techniques de plus en plus complexes ne peut masquer la grossièreté de ce réflexe ancestral qui le fait agir en vainqueur-destructeur.

Que sa curiosité se soit affinée jusqu'à se prolonger dans ses instruments d'une miraculeuse sensibilité n'enlève rien à la brutalité simiesque de sa pulsion de domination, donc d'anéantissement du sensible.

Ce même mâle qui imposa à sa femelle l'ablation du clitoris travaille aujourd'hui dans nos instituts de recherche. Il rêve d'eugénisme et, sous prétexte de libérer la femme de sa ‘‘femellitude'', il la rend complice de ses travaux en vue de substituer ses machines au pouvoir d'engendrer de la Femme.

Et quand les plus intelligentes d'entre elles se rebellent en tentant, pour commencer, de féminiser le langage, elles ne font que révéler la faiblesse de leur lutte contre l'épaisseur des normes masculines dont le langage efficace s'est construit, puisqu'à l'origine l'Homme n'a eu besoin que de produire des onomatopées dans le but d'avertir, de faire peur et ordonner. » [41]

ou encore :

« Pas d'inquiétude, l'humanité arrivera fatalement au neutre ! L'encéphalogramme plat est annoncé par l'intelligence artificielle sans fantaisie qui vous déchargera de la vôtre.
Comme la science vous déchargera de votre féminitude !
Ça vient !
Ça y est.
C'est. » [42]

Il y a peu, Rezvani chantait encore sur scène, en compagnie de son amie, la comédienne Nathalie Akoun. Les projets ne manquent pas, en dépit de l'âge qui avance vers le siècle (il aura 100 ans en 2028). Il mentionne souvent sa curiosité insatiable, soulignant par ailleurs que « chaque avancée de notre irrépressible curiosité a réduit d'autant notre rapport quasi mystique aux valeurs dites ‘‘humaines'' » [43].

En attendant, au terme de ces quelques pages amicales, il n'est pas interdit de saluer l'amoureux de la vie avec juste quelques mots de lui, extraits de la chanson qu'on entendait dans Pierrot le fou :

« Nos sentiments nous ont liés bien malgré nous sans y penser
À tout jamais
Des sentiments plus forts et plus violents que tous les mots d'amour connus
Et inconnus
Des sentiments si fous et si violents, des sentiments auxquels avant nous n'aurions
Jamais cru… »

Jean-Claude Leroy


[1] Serge Rezvani, Le testament amoureux, Stock, 1981, p. 469.

[2] Serge Rezvani, Méditations, Les Belles Lettres, 2026, p. 154.

[3] Et auteur ! Dans Mille aujourd'hui (Stock, 1972), Serge Rezvani rapporte : « J'ai relu le livre de mon père sur le théâtre primitif iranien. » (p. 19 de l'édition Livre de Poche).

[4] Cf. Serge Rezvani, Le testament amoureux, op. cit., p. 11.

[5] « Né de l'islam, circoncis à la synagogue de Nice par la volonté d'une mère juive disciple de Gurdjieff, confié à des sœurs catholiques, puis à différentes sectes, ensuite caché en Suisse où je dus subir l'enseignement de l'école du dimanche protestante, puis enfin remis entre les mains d'un père magicien qui me jeta dans un internat orthodoxe russe, où ma jolie voix me permit en chantant dans le chœur de goûter les seules joies que la religion m'ait apportées, je peux dire qu'en moi rien ne remue à l'évocation du mot Dieu. » Le testament amoureux, p. 238.

[6] Ibid. p. 98.

[7] Jacques Lanzmann (1927-2006), sera célèbre comme écrivain et parolier (notamment des chansons de Jacques Dutronc), co-fondateur et rédacteur en chef du magazine Lui de 1963 à 1968.

[8] Pierre Dmitrienko (1925-1974), peintre et sculpteur.

[9] Le Grand Jeu, revue située en marge du surréalisme, fondée par René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vaillant, Pierre Minet, etc. Pour une approche documentée de Monny de Boully, on peut consulter Monny de Boully, Au-delà de la mémoire, Samuel Tastet éditeur, 1991.

[10] Le Monde 5 février 1982, Article de Josyane Savigneau. Et dans Le Testament amoureux, à propos de Claude Lanzmann, Rezvani écrit : « Son refus des Palestiniens répond je crois à un réflexe viscéral d'horreur et d'effroi envers les ‘‘perdants'', les sans-patrie, les dispersés, c'est le refus véhément de l'image du Juif tel que la diaspora l'avait modelé. »

[11] Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2007, p 173-174.

[12] Serge Rezvani, L'éclipse, Actes Sud/Babel, p. 120.

[13] Le testament amoureux, op. cit., p. 307.

[14] Serge Rezvani, Ultime amour, Les Belles Lettres, 2012, p. 19.

[15] Serge Rezvani, Mille aujourd'hui, Stock, 1972 (p. 16 de l'édition Livre de Poche).

[16] Cf. Entretien recueilli par Michel Doussot et Yves Couprie en 2004. https://blogpasblog.wordpress.com/2012/06/09/le-monde-selon-serge-rezvani/

[17] Cf. le texte d'introduction de Serge Rezvani
à Notre folle jeunesse (Deyrolle, 1994), cité sur la notice Wikipédia de Serge Rezvani.

[18] Serge Rezvani, Le portrait ovale, Gallimard, 1976.

[19] Ibid., p. 40-41.

[20] Lula voit parfois son amant comme un être double, elle écrit un jour dans son journal : « Il est tellement double que j'ai rêvé des deux, je suis avec lui et ensemble nous cherchons l'autre. » in Serge Rezvani, L'Éclipse, Actes Sud, 2003, p. 195.

[21] Le portrait ovale, op. cit., , p. 34.

[22] Le Monde, 25 octobre 1967.

[23] Variations sur les jours et les nuits, Le Seuil, 1985, p. 378.

[24] Serge Rezvani, Tu as le droit d'être un homme lent, La Gueule ouverte, juillet 1973.

[25] Mille aujourd'hui, op. cit., p. 373.

[26] Le camp du drap d'or, présenté au festival d'Avignon en 1971.

[28] Variations sur les jours et les nuits, op. cit., p. 245.

[29] Ibid., p. 343.

[30] Le monde selon Serge Rezvani, entretien avec Michel Doussot et Yves Couprie, 2012 : https://blogpasblog.wordpress.com/2012/06/09/le-monde-selon-serge-rezvani/

[31] Ibid., 2012.

[32] L'éclipse, Actes Sud Babel, 2007, p. 16.

[33] Ibid., p. 19.

[34] Ibid., p. 108.

[35] Ibid., p. 135.

[36] Ibid., p. 134-135.

[37] Serge Rezvani, La femme dérobée, Actes sud, 2005, p. 12-13.

[38] La femme dérobée, op. cit., p. 115.

[39] La femme dérobée, op. cit., p. 175.

[40] Moi, Artemisia !, Les Belles Lettres, 2023.

[41] Méditations, op. cit., p. 52.

[42] Ibid., p. 130-131.

[43] Ibid., p. 179.

05.08.2026 à 09:45

Nos corps liés

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« L'asymétrie inouïe, obscène, qui nous accorde le droit de circuler comme un privilège mérité dont sont privés tant d'autres »
Natacha Samuel

- Été 2026 suite / , , ,
Texte intégral (963 mots)

On est bouleversés à juste titre par les échos et images atroces qui nous arrivent ces derniers jours des comptoirs coloniaux au Maroc. On pleure la presque centaine de morts de tous âges, et on entend l'ampleur du long désespoir qu'elles racontent comme une tragédie. Mais on est là en territoire connu : longtemps qu'on s'émeut, périodiquement et par vagues, du durcissement des lois et pactes européens et nationaux, des naufrages en mer emportant des centaines, des corps retrouvés en montagne quand vient le dégel, des adolescents fauchés dans les tunnels frontaliers ou retrouvés gelés au cul des avions.

Et puis. On revient à nos existences, à nos vacances, à nos soucis. Aux baignades dans la mer et aux randonnées en montagne, aux frontières qu'on traverse comme on se mouche. Comme si nos corps étaient étanches. Incapables de se laisser transformer par ce qui a lieu pour d'autres, aux portes de chez soi. Incapables d'en faire un centre de gravité, une urgence absolue, un scandale que rien n'apaise. Nos vies ici, bien assises dans leur droit, ne sont pourtant pas coupées de celles qui en sont privées. L'asymétrie inouïe, obscène, qui nous accorde le droit de circuler et de migrer comme un privilège mérité dont sont privés tant d'autres : n'est pas qu'une circonstance malheureuse dont nous n'aurions qu'à nous indigner comme si nous n'étions pas partie prenante. C'est sur ces vies spoliées empêchées entravées que s'arrachent les nôtres. Où pensons nous puiser nos élans productifs maniaques, si ce n'est à la conscience enfouie qu'ils se nourrissent du sang, de la terre, du droit, de la destruction réelle ou symbolique d'autres ? La consistance anthropologique européenne reste coloniale et assassine, et ça nous va. Combien de personnes pour lutter aux côtés des exilés ? Combien pour ouvrir leur porte, désobéir ? Combien pour travailler à mettre en oeuvre le plus jamais ça nulle part à l'égard de qui que ce soit ? Petite fille d'un mort à Auschwitz et d'une survivante, c'est dans le sort fait à ceux qui font le dur choix de l'exil que je reconnais le plus intimement la mémoire que porte mon corps. Celle d'une coupure radicale entre les sorts, entre les corps, entre les histoires comme si elles n'étaient pas entremêlées depuis bien longtemps. D'un abandon de l'autre à toutes les tortures qui paveront sa route, et dont notre mauvaise conscience se console d'une déploration. On relègue le sentiment d'urgence politique d'un mot bien utile dans la boîte à outils de nos consciences européennes : il s'agirait de préoccupations humanitaires. Pas humaines non. Pas vitales. Pas essentielles. On ne mesure donc pas le racisme que sous tend tout ce fatras idéologique ? Il suffit de penser à l'accueil bras ouverts et compatissant des réfugiés ukrainiens en 2022. Il est temps d'engager une autre forme de responsabilité politique. De se laisser comprendre que les politiques migratoires européennes et nationales sont portées en notre nom et pour notre confort. Que des corps sont privés, torturés, enfermés, tués pour que les nôtres s'ébrouent aisément. Le mouvement social dit chaque fois : ne faisons pas du combat aux côtés des exilés un centre, c'est trop clivant. Les partis de gauche notabilisés, continuant sur la lancée complaisamment initiée par Jospin en 2002 : refusent idem d'en faire le centre parce-que-c'est-trop-clivant. Se laissant ainsi mollement (lâchement) prendre au piège de la droite (extrême), qui dicterait jusqu'aux termes de nos combats. Parmi ceux qui courent aujourd'hui à la présidence : personne pour réclamer la fermeture des CRA, le démantèlement des murs et clôtures ou la remise à plat du statut des frontières. Nous nous situons à un moment charnière, où il est question de se laisser basculer collectivement dans la haine et la destruction - ou de vouloir la vie. Et la vie ne se découpe pas, ce qui s'en prend à une vie s'en prend à la vie. La vie qu'on veut est bonne pour tous ensemble. Son horizon est terrien. Elle n'est pas dupe des frontières état-nationales. La terre elle-même nous fait la démonstration qu'on réclame : la vie bonne pour une poignée conduit à la prédation et à l'accumulation exponentielles jusqu'à l'auto-destruction apocalyptique. La prise de conscience est possible aujourd'hui comme jamais (et ce serait la chance de l'époque, qui provoquerait une réaction à mesure du possible), de toutes les alliances possibles avec d'autres existences et d'autres réalités. On peut s'organiser. En nombre. Offrir ce qu'on a à offrir en partage. De la place, de l'argent, du temps, une vie, des mots, des cris dans la rue. Travailler à l'égalité concrète au lien et au partage, comme on résiste. On ne peut plus faire avec nos petits arrangements. Le sort fait aux exilés doit devenir pour nous un centre. Depuis quelques mois le mot déportation est revenu prendre place tranquillement dans le vocabulaire européen. Ça doit nous faire muter, éperonner notre sens de l'horreur et du scandale, nous tenir lieu de miroir. A moins d'admettre qu'on tolère le racisme et l'inégalité, qu'on accepte de prendre part active au suprémacisme et à la domination, jusqu'à la mise à mort d'innocents sans nombre

Natacha Samuel

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