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17.03.2026 à 17:14

Quelques réflexions à la veille de l'ouverture d'un procès pour sabotages et incendies

dev

De la personnalité en milieu judiciaire

- 16 mars / , ,
Texte intégral (2313 mots)

Les éléments de réflexion qui suivent sont proposés en soutien aux deux inculpé.es dans l'affaire dite du 15-Juin. Arrêté.es le 15 juin 2021 en Limousin, à la suite d'une enquête menée avec les moyens de l'« antiterrorisme », les voilà désormais convoqué.es devant la justice les 19 et 20 mars à Limoges, pour répondre des accusations d'« association de malfaiteurs » et « dégradations de biens par moyens dangereux pour les personnes ». Les faits incriminés sont des sabotages par incendie (antennes-relais, véhicules Enedis), en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021.

« En terrain mortel, battez-vous. »
Sun Tzu

Mesure d'investigation, définie par leur Code de procédure pénale, l'« enquête de personnalité » désigne ce fétiche judiciaire tout investi du pouvoir magique d'établir les coordonnées sociale et psychologique d'une personne « mise en cause » – dont celles et ceux qui portent – et porteront encore – contre ce monde saturé d'ondes, de cages, de sang, une diversité salutaire de gestes – qu'ils soient d'appel, d'alerte ou bien d'attaque – et qui sont à ce titre en proie à toute la meute industrielle des instances et catégories de la répression pénale.

Dans le théâtre grec antique, la persona désigne le masque que porte le/la comédien.ne. Ce masque prédéfinit un rôle, auquel le public assigne par anticipation celui ou celle qui a pour fonction de l'incarner au sein d'une dramaturgie réglée d'avance.

De même, la Justice [sic] assujettit la persona au régime intentionnel de sa mascarade, laquelle prédétermine un ensemble de projets, de paroles et d'actions, attendus de la part de l'accusé.e comme de la part de ses interlocuteurs/trices en charge de lui administrer la questionpuisqu'il s'agit de faire parler ; puisque les « auditions » de garde-à-vue – comme les « audiences » du tribunal – ne procèdent que d'un seul et même interrogatoire continué, et ne prétendent situer ou non l'accusé.e sur l'échelle de sa dangerosité supposée qu'à l'aune d'une alternative tronquée par la présomption même de culpabilité qu'elle maquille.

Dès lors, la persona se voit placée en situation de répondre au préjugé d'une commande, le plus souvent d'inspiration mythologique. Chaque masque impose donc à qui s'en voit affublé d'autoréaliser le programme comportemental qui est le sien dans le cadre d'une intrigue déjà nouée. Rien d'étonnant à ce que tel dossier d'instruction ne perçoive dans les inculpé.es que « des personnages » prédisposés à « apparaître comme les meneurs » ; ou que la scène piégée de telle garde à vue appelle un devoir-être digne des courtisaneries de l'entretien d'embauche, lorsque le prévenu passe pour avoir validé les compétences de politesse et de correction, du point de vue de la police et de sa direction d'acteurs.

De fait, la notion de « personnalité » implique une opération progressive de réduction : celle du visage – cet infini – à l'un des masques disponibles dans la nomenclature judiciaire des « profils particuliers de personnes ». Dans une sorte de didascalie à la Molière, un PV de garde à vue à l'ère du Covid peut juger nécessaire de mentionner que l'accusé.e « trifouille son masque »… Ici, nul sens du comique. Le geste est au contraire appréhendé sous l'angle de la dis/simulation. Pour l'enquêteur, les plis grimaçants du masque équivalent les traits froissés du visage : brouillage illisible de la persona, contamination suspecte du rôle, soustraction coupable au pouvoir d'assignation du dramaturge en chef.

Finalement, le paradigme de la « personnalité » fonctionne comme une police de perception, comme le prisme essentiellement accusatoire d'un procès toujours-déjà en cours, puisqu'il a pour objet, argument et seule perspective l'intention que suppose le masque. Ainsi, l'« hypothèse » accusatoire d'une instruction peut s'autoriser – « au regard de leur personnalité » – de l'« engagement contestataire » de tel prévenu, de la « lutte contre les éoliennes » de telle autre, quand ce n'est pas d'une participation pure et simple à des « manifestations »…

À l'instar de l'idéologie selon Althusser, un dossier d'instruction représente le rapport imaginaire que Police et Justice entretiennent à l'égard de toute présence critique au réel. L'instruction (se) raconte en effet une ou plusieurs « personnalités » à partir des indices qui en assurent la distribution, et selon des dispositifs d'énonciation qui en ébauchent, composent, retouchent et définissent les traits, au travers de l'enquête, des écoutes, du voisinage, de la perquisition, des auditions, etc. Dans ce cadre, déconstruire l'acception judiciaire d'« environnement », dont le déterminisme vulgaire dessine une « personnalité » par amalgame, c'est porter au jour la trame unique d'une caricature à charge, en désarmer les dissonances autant que les absurdités.

Car enfin, à quoi travaillent l'instruction, les interrogatoires, les juges, sinon au design idéologique d'une forme de vie criminalisée. Que tel PV s'acharne sur le contexte supposément « radical » et « marginal » de l'accusé.e, affublé.e de surcroît d'un « mode de vie alternatif », et c'est tout un décor à charge que la narration policière du « dossier » impose à sa persona, ici réduite à quelque « lieu bien connu » (des balances de service ?), là déchue de sa dignité d'habiter pour être assignée au seul calcul conspiratif de « l'implantation »…

Souvent, ces divagations paranoïaques n'imaginent rien de moins qu'un agenda « occulte », dont découle un profilage qui n'a pour preuves qu'une sélection d'écoutes, vaguement recodées en « contacts », voire la rumeur publique, lorsque tels accusés auraient « fait parler d'eux »… Il en résulte une confusion grotesque, comme en atteste une débauche de qualifications hétéroclites, obsessionnelles et/ou contradictoires. D'emblée, tel camarade sera doté d'une « sensibilité écologique », telle autre sera littéralement animée d'une « vision de la société tournée vers l'écologie », quand « les milieux anarchistes » ne sont jamais bien loin pour les environnementalistes de la PJ ou de la SDAT.

Il n'est pas rare que le récit judiciaire cherche également à subsumer son indigence matérielle par le recours compulsif à l'« idéologie », abstraction suspecte s'il en est. Objet d'une « Appréciation sous l'angle de l'idéologie », une accusée se verra accoler le masque jugé horrifique d'une « idéologie radicale », tandis que l'état particulièrement sélectif et comme prémédité d'une bibliothèque, réalisé au cours de quelque perquisition, ne retiendra que des ouvrages « à l'idéologie contestataire »… Tel est l'enfer de la fable politique que se raconte ici ou là cette bibliophobie en gilet pare-balles et fusil d'assaut. Régulièrement mentionnés comme autant de pièces à conviction idéologiques, bon nombre d'ouvrages – du Comité Invisible à Andréas Malm en passant par tel carnet de chants révolutionnaires… – servent un effet de liste à charge qui associe des titres opportunément choisis pour leurs connotations a priori spectaculaires.

Sans autre référence que lui-même, le dossier joue de sa créature « idéologique » sur la scène minée d'une instruction marionnettiste dont plusieurs figures négatives fonctionnent comme autant de masques au sein d'une même gamme accusatoire.

Il y a souvent l'insupportable « refus » de l'accusé.e : celui de se soumettre aux « formalités anthropométriques » ou de collaborer au prélèvement ADN. On rapporte même qu'une « enquête sociale » au comble de la farce signale qu'un inculpé « rejette certains piliers de la société » tels que… « multinationales » et « grands groupes » ! Ailleurs, c'est l'« influence » – bien entendu nocive – que l'inculpé.e, mécaniquement érigé.e en éminence grise d'une « mouvance », exercerait « sur le secteur où il/elle demeure ».

Au fil de ses tableaux, la dramaturgie judiciaire dessine une carte mentale volontairement inquiétante de sa persona : « ne pas utiliser le téléphone » attesterait par exemple d'une préoccupation redoutable, celle de « ne pas laisser de traces », manifestation évidente d'un « culte du secret »… Pire, tel accusé préférerait « les rencontres physiques » à la transparence – pourtant si honnête – des ondes, dans le but fantasmé « d'assurer la clandestinité de ses échanges ». À l'heure du tracking généralisé, ne pas laisser de traces équivaudrait donc l'aveu, sinon le signal – évidemment suspect – d'une (mauvaise) intention, prélude à tous les crimes...

De même, au cours de telle audition, quelque « enquêteur » ne cessera d'accoler au visage de l'accusé.e le masque du « mensonge ». Dans ce cadre, il arrive que l'interrogatoire mobilise une grammaire plus agressive de l'interpellation, aux fins d'en personnaliser le régime émotionnel, de manière à déstabiliser le ou la coupable : « Pourquoi tu me mens ? »…

De toute évidence, le cœur a ses raisons que la police ignore. Et de fait, ni l'ordre ni la logique du discours de tel ou telle inculpé.e n'adhèrent à l'étalon normatif d'une « personnalité » prédéfinie par les canons de la rationalité judiciaire. Il arrive ainsi que ne pas reconnaître les faits, autrement dit ne pas se reconnaître dans le rôle arbitraire auquel assigne la distribution du « dossier », suscite chez quelque encagoulé de la SDAT certain jugement aussi réprobateur que familier, du type « à mon sens, tu te ridiculises ». Ce qui, de la part d'un.e gardé.e à vue, relève d'une cohérence à soi, n'évoque à ce genre d'esprit dérangé que la figure déraisonnable du bouffon comique – un transfert pour le moins révélateur… Qu'un accusé rappelle : « Je suis intègre avec moi-même » ; qu'une autre convienne avec raison de la complexité inhérente à toute forme d'interprétation lorsqu'il s'agit d'approcher les motivations sensibles de son geste : le récit policier reste imperturbablement sourd à toute voix contradictoire, dès lors qu'elle déroge au rôle-à-charge de la persona.

Intégrité ? Complexité ? Sensibilité ? Pour la police et la Justice, ce ne sont là que symptômes manifestes d'un « profil » psychopathologique… Telle instruction déplorera l'absence d' « explications rationnelles » ; telle autre le manque « de rationalité dans les réponses » ; une autre encore évoquera des « explications fantaisistes », diagnostiquant le « refus d'apporter un éclairage rationnel », etc. Aussi dépareillée soit-elle, cette camisole discursive à prétention clinique n'en accoutre pas moins l'inculpé.e d'une déraison coupable que le récit policier s'obstine à faire défiler comme son modèle au salon judiciaire du prêt-à-porter.

Plus radical encore, il n'est pas rare que l'instruction impose à tel.le camarade un parcours personnalisé que la plupart des auditions puis des audiences s'emploient à flécher dans le sens d'un double topos incriminant. Celui de la « destruction », en lieu et place de la noblesse éthique d'un sabotage ou de l'impératif catégorique d'un désarmement, substitue par exemple au terrain de l'écologie politique celui de la « criminalité ». Un chantage moral, en quelque sorte, auquel un accusé perspicace peut répliquer ainsi : le seul fait avéré de destruction dont les auteurs sont connus, c'est bien celui « de la planète, au profit des multinationales » - CQFD.

Le topos du « meurtre », ou d'un devenir meurtrier de l'inculpé.e, procède quant à lui d'une fiction prédictive, digne de la saga antiterroriste. Une militante affirme-t-elle avec force que « s'en prendre physiquement aux personnes, c'est l'horreur » ? Un autre soutient-il qu'« on ne sauve pas la planète avec des morts » ? Rien à faire : le masque adhère, il fait le coupable.

Dès lors, de la qualification paradigmatique et surplombante des faits découle un ensemble de « profils » associés que l'« information judiciaire » surjoue pour elle-même, jusque dans le huisclos scénarisé des gardes à vue. Et cela quoi qu'en dise l'accusé.e, sommé.e de se reconnaître dans le miroir tronqué d'une « personnalité » ainsi diabolisée. Faussement spéculaire, la structure de l'interrogatoire impose de parler de soi dans la langue incriminante de l'autre, de répondre de soi par le regard accusateur de l'autre.

En ce sens, les auditions de garde-à-vue sont la déclinaison condensée du récit que le « dossier » s'est employé par ailleurs à instruire, en vue de la représentation d'un régime spécifique de vérité : le sien… Dans ce cadre, biais cognitifs et sophismes tactiques ont pour effet redoutablement pervers d'accorder un air d'évidence à la culpabilité tendancielle d'une « personnalité ».

De ce drame obscur que la Justice (se) donne à entendre sur la scène ventriloque de ses tribunaux, toute stratégie immédiate de défense mise à part, et quel que soit son degré de connivence ou de rupture avec les juges, les lois, ou son niveau de croyance, réelle ou simulée, à l'égard du « Droit » : trouvons la porte dérobée, prenons la clé des champs...

17.03.2026 à 16:18

Sous le ciel étoilé, une nuit d'été

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Réflexions sur l'anarchie et la révolution
Maria Kagogianni
En librairie le 20 mars
[Éditions lundimatin]

- 16 mars / ,
Texte intégral (694 mots)

Un nouveau livre des éditions lundimatin paraît ce vendredi 20 mars : Sous le ciel étoilé, une nuit d'été - Réflexions sur l'anarchie et la révolution de Maria Kakogianni. En vente dans toutes les bonnes librairies ou directement sur notre « boutique » en ligne.

Dans ce court essai, à la fois érudit et accessible, la philosophe Maria Kakogianni propose de dépoussiérer l'idée que nous nous faisons de la révolution et de l'anarchie.

À partir d'un constat simple et terrible, nous n'apercevons presque plus étoiles, elle déduit une métaphore sur le monde, nous vivons dans une époque dés-astrée.

Les vingt-deux courtes parties qui composent l'ouvrage, sont autant de rayons qui partent dans toutes les directions. On y croise Catherine Malabou et Margaret Thatcher, Emmanuel Kant et Auguste Blanqui, Vincent Bolloré et le Comité Invisible. On y discute du fascisme ordinaire, de jouissances pirates, de Platon et même de Tai-chi.

Livre politique, de poésie, de philosophie, Sous le ciel étoilé une nuit d'été est surtout un livre des mélanges pour un espace révolutionnaire. En son centre, la nécessité d'inventer une anarchie positive et régulière, les pieds sur terre et la tête dans les astres.

La nuit, nous n'apercevons plus les étoiles.
Ce n'est pas une métaphore, plutôt un signe.
Celui de notre propre dés-astre.
Sous le ciel, tout est fatalité collective et liberté conditionnée.
La violence ordinaire et ses douleurs chroniques, l'humiliation.
Nos corps se retournent contre eux-mêmes.
Justice nulle part, maladies auto-immunes partout.
L'avenir a de la fièvre. Et pourtant.
Au sein de l'obscurité, la lumière tremble comme un éclat de rire.
La joie comme idée neuve.
L'anarchie comme expérience.
La révolution comme relance.
Au bord des mondes plutôt qu'à la fin du monde.
Nous est encore là.

Maria Kakogianni est philosophe et travailleuse du texte. Elle a publié de nombreux livres dont Entretien platonicien avec Alain Badiou (éd. Lignes), Le Printemps précaire des peuples (éd. Divergences), Surgeons et autres pousses (éd. Excès).

L'autrice présentera le livre le 2 avril à 19h30 au café-librairie Youpi ! à Avignon et le 16 avril à 20h à Manifesten à Marseille.

20 mars 2026
154p | 15 euros | 19782494355118
Diffusion Hobo | Distribution Makassar

Extraits

Vous pouvez télécharger cet extrait en format PDF en cliquant ici ou bien le consulter en ligne ci-dessous :

Sous le ciel étoilé, une nuit d'été - Maria Kakogianni [extraits] by lundimatin

17.03.2026 à 12:43

Coincé·es entre les bombes et le régime

dev

« En Iran les peuples veulent la chute du régime »

- 16 mars / , ,
Texte intégral (1389 mots)

Un texte brito-iranien depuis le pays rennais malgré les prises ténues sur la situation en Iran, pour aider à comprendre, et pour qu'ici s'affirme une solidarité avec celles et ceux qui subissent là-bas.

En Iran les peuples veulent la chute du régime. Cette aspiration est la plus centrale et la plus consensuelle dans le pays. En attestent les mouvements populaires de 2017 et 2019, le mouvement Femme vie liberté surgi en 2022 et le mouvement de masse du mois iranien de Dey (décembre à février 2025-2026). Lors de ces mouvements, le régime islamique n'a pas tenu parce que sa base sociale (qui est réelle) est majoritaire, mais parce que la répression a écrasé l'opposition dans le sang et (par la pendaison).
Clamer sa solidarité avec les Iraniennes c'est d'abord rappeler qu'en Iran, les peuples veulent la chute du régime. Et c'est à partir de cette affirmation que nous exprimons une opposition à l'agression militaire des États-Unis d'Amérique et du régime génocidaire israélien, avec toute la force qu'exige la situation.

Du 28 février au 16 mars 2026, l'alliance américano-israélienne a tué plus de 1330 civils iraniennes, dont au moins 206 enfants et elle a forcé plus de 3 millions d'iraniennes à se déplacer, jusqu'à ce qu'il devienne compliqué le faire parce que les dépôts d'essences ont été détruits. Dans les bombardements au moins neuf hôpitaux iraniens, comme l'hôpital Ghandi à Téhéran, ont été touchés.
Cette violence n'est pas sans nous en rappeler une autre alors que les 8 et 9 janvier 2026, le régime islamique tuait plusieurs dizaines de milliers d'iraniennes à l'arme de guerre. Dans les jours suivant ce massacre, le régime islamique arrêtait ou tuait à bout portant dans les hôpitaux les manifestants qu'il venait de blesser. Quelques mois plus tôt, entre juillet et octobre 2025, c'est-à-dire juste après la guerre des douze jours, le régime islamique expulsait 900.000 réfugiés afghans du pays.
À la suite du mouvement de Dey plusieurs dizaines de milliers d'arrêtés sont venues remplir les prisons déjà pleines à craquer, à tel point que le régime ne les nourrit pas tous. Aujourd'hui, les opposants libres reçoivent des messages qui les menacent sur leurs téléphones, au cas où il leur viendrait l'intention de manifester dans la rue entre deux bombardements. Les bassidji sillonnent les villes pour empêcher les rassemblements. Tandis que les bombes israéliennes ciblent les checkpoints que le régime installe partout, touchant les habitants attendant d'être fouillés.
Les banques sont bloquées, internet est bloqué, la totalité de la vie est suspendue à l'hypothèse qu'une bombe ou un missile tombe sur des proches ou sur soi-même, ou que des membres du régime viennent vous arrêter. Quitter les grandes villes c'est prendre le risque d'être bombardé, rester dans les grandes villes c'est prendre le risque d'être bombardé. Sortir de son appartement à Téhéran c'est respirer les hydrocarbures qui pleuvent sur la ville après les bombardements sur les raffineries.
Si la terreur est le quotidien des Iraniennes, c'est par l'alternance constante d'une menace à une autre : des bombes américano-israéliennes aux tirs et aux arrestations du régime.

Bien sûr, l'opposition iranienne est fragmentée. Les tendances les plus variées se disputent, parfois se battent, dans un rapport de force tendu qui est largement nourri par le sentiment d'urgence ressenti face à la violence du régime, et maintenant face aux bombes américaines et israéliennes. Après la mort du bourreau Ali Khamenei et les réjouissances qui l'ont suivi, et alors qu'internet est bloqué et que les manifestations sont impossibles, il est dur de dire le rapport des Iraniennes face aux bombardements des États-Unis et d'Israël. Mais il est certain que les partisans de Reza Pahlavi, fils du Chah déchu réclament ces bombes. Ils vivent majoritairement à l'extérieur du pays, loin des bombardements et des victimes civiles dont ils nient parfois l'existence même. Leur mauvaise foi poussent une partie d'entre eux à contester le meurtre de dizaines d'élèves tuées par les bombes américaines à Minab, ou à refuser d'admettre que les images des rues de Téhéran détruites sont réelles, et pas des opérations médiatiques du régime. Mais cette frange royaliste est loin, très loin, de représenter les Iraniennes.

La perspective d'un changement de régime est la seule qui permet à nombre d'Iraniennes de pouvoir imaginer un avenir, aussi incertain soit-il. Ce n'est pourtant pas avec les bombes américaines et israéliennes que leur vie peut s'améliorer. Aucune expression de l'extérieur du pays (de la diaspora ou d'un pays soi disant libérateur) ne peux offrir une réponse politique et sociale adéquate après deux guerres et un massacre de masse. Car l'expérience de la violence sépare les iraniens de l'intérieur du pays et ceux de la diaspora. Cela, les pahlavistes ne le comprennent pas, tandis que le régime génocidaire israélien et son allié américain ne s'en préoccupent pas.

On ne peut, par ailleurs, oublier les populations des pays voisins, touchées par la guerre. Les bombardements des différents bélligérants sont loin de n'atteindre que les militaires. Presque toutes les armées engagées se sont déjà rendues coupables de crimes de guerre dans la région. Les pratiques de nettoyage ethnique et génocidaires de l'armée israélienne en Palestine et au Liban faisant redouter l'extension sans limite du domaine de l'horreur. De plus, indépendamment des critiques qu'on peut légitimement formuler sur l'industrie pétrolière et sur les conditions de travail des travailleurs immigrés des pays du golfe Persique (qui sont les premières victimes des bombardements iraniens sur les voisins arabes), la destruction brutale des infra-structures économiques et les conséquences écologiques des bombardements mettent en péril la capacité à simplement pouvoir survivre dans certains endroits de la région.
Nous faisons le choix de ne pas nous appuyer sur des pouvoirs constitués pour construire la paix entre les peuples. Nous pensons que seul un internationalisme par le bas pourrait aujourd'hui freiner la dévastation guerrière du capitalisme contemporain. Une position qui implique d'être attentifs aux soulèvements et aspirations des révoltés de ce siècle. De là, il nous semble essentiel de faire nôtre la parole des Iraniennes ayant pris part aux derniers mouvements, pour éviter les écueils des instrumentalisations multiples.
Voir dans les opposants iraniens des « complices de l'agression » et dans les opposants occidentaux des « ennemis de l'intérieur » c'est accepter de se soumettre à l'ordre guerrier du monde. Nous ne pouvons nous y résoudre.

Depuis les centres du capitalisme néo-colonial de nombreuses formes de pressions politiques peuvent contraindre nos gouvernements et acteurs économiques à ne pas participer au jeu de massacre actuel. Le cynisme des dirigeants français laisse craindre que la seule focale économique conduise leur action. Un retour à la normale commerciale après une réouverture du détroit d'Ormuz — objectif affirmé du gouvernement Macron — n'a rien de satisfaisant. Que le commerce suive son cours pendant que les bombes pleuvent sur les peuples, voilà l'obscénité du capital.

De concert avec le mouvement iranien qui se réclame de Femme vie liberté et qui refuse autant le régime islamique que l'hypothèse royaliste, nous déclarons qu'il est urgent de mettre fin au désastre actuel. Avant toute chose, l'agression américaine et israélienne doit cesser immédiatement.

3 / 10

 

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