28.03.2025 à 12:00
Bruit blanc
Le nouveau Mouais (mars-avril 2025) est paru, avec un dossier consacré aux questions inter-générationnelle. Retrouvez l’édito de Lou Is On, adolescente d’aujourd’hui portant un regard vif et lucide sur notre époque : « Alors oui, dans ce monde où désormais tout va trop vite, peut-être avons-nous plus de mal à nous mélanger, nous, les différentes générations ». C’est fou de se dire que ceux que l’on caractérisent aujourd’hui de « jeunes ».. Read More
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Le nouveau Mouais (mars-avril 2025) est paru, avec un dossier consacré aux questions inter-générationnelle. Retrouvez l’édito de Lou Is On, adolescente d’aujourd’hui portant un regard vif et lucide sur notre époque : « Alors oui, dans ce monde où désormais tout va trop vite, peut-être avons-nous plus de mal à nous mélanger, nous, les différentes générations ».
C’est fou de se dire que ceux que l’on caractérisent aujourd’hui de « jeunes » et de « vieux », ne le resteront pas et ne l’ont pas toujours été.
Il y a vingt ans, les Millenials devaient penser que le monde leur appartenait, ils représentaient la jeunesse et tout ce qu’elle implique. Certains disaient même qu’ils ne dépasseraient surement pas les trente ans, et il était alors préférable, selon eux, de prendre la vie par les deux bouts. Aujourd’hui, les engrenages continuent de tourner, et le cercle se referme peu à peu. C’est ainsi que le monde fonctionne, chaque génération attend son moment, celui où profiter de la vie est écrit en majuscules.
Et puis une fois cette période achevée, on s’ efface peu à peu, on se construit une vie pour combler le silence. Ce bruit blanc qui arrivera un jour, celui que toute génération confondue redoute, sans exception. Car malgré les différences, les fractures qui nous séparent, nous sommes concernés par grand nombre de choses. En effet, avant d’être un enfant , un quarantenaire ou un retraité, nous sommes des humains. Un point commun non négligeable. Alors oui, dans ce monde où désormais tout va trop vite, où les identités se confondent au milieux des likes, des cliques, des hashtags, ce monde où trouver une place devient de plus en plus éprouvant, où les âmes vides d’inconnues ressassent sans cesse comment les autres doivent mener leur vie, où ton existence même doit constamment dépendre de l’approbation des autres…effectivement, peut-être avons-nous plus de mal à nous mélanger, nous, les différentes générations.
Il y a ceux qui plongent tête la première dans ce tourbillon étourdissant, ceux qui se battent pour sauver un possible futur désastreux, et quelques-uns, au milieu, qui essaient de survivre entre les « c’était mieux avant » et les « qu’est ce qu’il va se passer plus tard ?». Au plus on avance, au plus on construit, mais il ne faut pas oublier que ce qui a déjà été construit peut toujours s’effriter sous l’érosion et les intempéries. Au bout d’un moment, l’effet domino nous rattrape, et le retour en arrière n’est plus possible.
Alors à défaut de construire plus vite pour semer la tempête, mieux vaut s’arrêter pour réfléchir. Réfléchir aux conséquences de nos actes, mais aussi à ce qui nous rassemble. Les différences, les fossés, les ravins, nous avons les moyens de bâtir les ponts pour les franchir. Même au milieu des guerres sans fin que mène l’humanité depuis la nuit des temps, et de la crainte que l’histoire ne se répète.
Et tandis que le monde bourdonne, papillonne, vrombit tout autour, s’active sans se soucier de notre présence, nous seul avons le pouvoir de fermer les yeux pour se retrouver face à nous-même.
Et de réfléchir à cette peur que nous avons…du bruit blanc.
Par Lou is On
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18.03.2025 à 13:08
A Beyrouth, la solidarité du Club Soudanais face à la violence d’Israël
L’invasion israélienne du Liban, le 23 septembre 2024, a touché de plein fouet la communauté soudanaise (la guerre civile au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts et 10 millions de déplacés) de ce pays, la jetant sur les routes une deuxième fois. Le Club Soudanais de Beyrouth est devenu un refuge pour des dizaines de déplacés et leurs famille. Reportage, par notre reporter Pluto. © Pluto pour.. Read More
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Texte intégral (1116 mots)
L’invasion israélienne du Liban, le 23 septembre 2024, a touché de plein fouet la communauté soudanaise (la guerre civile au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts et 10 millions de déplacés) de ce pays, la jetant sur les routes une deuxième fois. Le Club Soudanais de Beyrouth est devenu un refuge pour des dizaines de déplacés et leurs famille. Reportage, par notre reporter Pluto.
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Créé en 1967, le Club Soudanais de Beyrouth est devenu le lieu de rencontre incontournable de la communauté soudanaise du Liban depuis des décennies. Depuis que le Soudan est déchiré dans une guerre civile d’une violence inouïe, des centaines voire des milliers de Soudanais ont trouvé refuge au Liban, notamment dans le dud du pays, y ayant obtenu le statut de réfugiés politiques auprès de l’ONU et survivant de menus travaux (construction, agriculture, etc.). L’invasion israélienne du Liban, le 23 septembre 2024, les a touchés de plein fouet, a fait plusieurs victimes dans la communauté et en a jeté de nombreux sur les routes, une deuxième fois, à la recherche d’un lieu sûr.
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Ce lieu est le Club Soudanais de Beyrouth, devenu un refuge, un hébergement d’urgence pour des dizaines de déplacés soudanais et leurs familles. L’immeuble situé dans le quartier de Hamra a aussi accueilli des familles libanaises, syriennes, palestiniennes de la Bekaa et du Sud-Liban fuyant les bombes israéliennes.
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En plus d’aider les déplacés de guerre, des activistes et bénévoles de la communauté soudanaise ont interpellé l’ONU en tant que réfugiés politiques, demandant sa protection, voire même leur relocalisation vers des pays sûrs – mais face au silence de l’institution, elle a dû tenir bon comme elle pouvait face aux bombes et à l’absence de moyens.
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Un réfugié soudanais, ayant fui la guerre au Soudan puis les bombardements israéliens au Liban-Sud, a trouvé refuge avec sa fille au Club Soudanais de Beyrouth. 10 novembre 2024
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Au Club soudanais de Beyrouth, des réfugiées et leurs enfants partagent un dîner traditionnel soudanais, que l’on se partage dans une grande assiette. 10 novembre 2024
Après le dîner, les réfugiés soudanais ayant trouvé refuge au Club soudanais de Beyrouth se passent des tasses de thé bien sucré. 10 novembre 2024
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11.03.2025 à 11:03
Le pire est avenir : penser le conflit intergénérationnel avec Maïa Mazaurette
Vous connaissez Maïa Mazaurette, autrice et chroniqueuse féministe abordant principalement la question de la sexualité. Mais elle s’intéresse également aux conflits générationnels, et à ces «créatures fantastiques» que sont les jeunes. Thème abordé au vitriol dans un roman de jeunesse : Rien ne nous survivra, SF où les moins de 25 ans… partent en guérilla meurtrière contre leurs aînés. Rencontre. J’ai initialement contacté Maïa dans le cadre de mon nouveau.. Read More
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Texte intégral (2811 mots)
Vous connaissez Maïa Mazaurette, autrice et chroniqueuse féministe abordant principalement la question de la sexualité. Mais elle s’intéresse également aux conflits générationnels, et à ces «créatures fantastiques» que sont les jeunes. Thème abordé au vitriol dans un roman de jeunesse : Rien ne nous survivra, SF où les moins de 25 ans… partent en guérilla meurtrière contre leurs aînés. Rencontre.
J’ai initialement contacté Maïa dans le cadre de mon nouveau projet de bouquin, qui causera de la représentation de la violence d’émancipation des classes opprimées dans la pop-culture. Alors, évidemment, quand j’ai vu passer ce synopsis : « Les jeunes ont rasé Paris, ont renversé les fondamentaux de notre société ; les jeunes ont osé briser le plus délicieux des tabous : tuer les vieux. Tous les vieux. A partir de vingt-cinq ans », j’ai sauté sur l’occasion pour questionner l’autrice sur la genèse de cette œuvre, où l’on suit le parcours meurtrier de deux snipers, Silence et l’Immortel, avec en fond ce questionnement moral -ou immoral- : « Au jeu de l’intolérance jeunes / vieux, qui a commencé ? »
Disant d’emblée que « l’éthique est un genre qui me passionne », Maïa me détaille le contexte de production du roman. « J’étais très jeune la première fois que j’ai écrit Rien ne me survivra. J‘avais 19 ans. Je l’ai republié et réécrit quand j’avais 25 ans. Puis je l’ai re-republié, donc je l’ai encore écrit une troisième fois. C’est le seul texte que j’ai réécrit plusieurs fois, donc le seul texte qui m’a accompagnée longtemps », sans, précise-t-elle, qu’elle en ait changé le fond. Et, ajoute-t-elle, « je reste, à 46 ans, 100% derrière ce que j’ai écrit à cette époque-là, et ça oriente plein des choix que je fais encore aujourd’hui. Ce prisme du conflit de, disons, « guerre des sexes », qui est celui que j’ai le plus l’occasion de travailler, n’a jamais chez moi écrasé l’autre grand conflit qui m’intéresse : le conflit intergénérationnel ».
Je reviens avec elle sur mon moment de lecture, dans les transports en commun de Montréal. Au bref instant de règne de la gérontocratie Barnier, comment il était cathartique de voir ces jeunes gens décimer leurs aînés, notamment lors d’une brutale et jouissive séquence de tir au vieux lapin dans les rangs d’une Assemblée Nationale en panique. Dans les ressentiments, les rancœurs et les raisons qui y poussent les jeunes à partir en guérilla contre les vieilles générations, beaucoup de choses font mouche. « Notre société n’a toujours pas réussi à vraiment appréhender la question de l’adolescence, du fait qu’on doit vivre, et c’est bien, avec des personnes dont le cerveau ne fonctionne pas complètement comme le nôtre. On ne sait pas quoi en faire. On ne sait ni utiliser le caractère brillant des moins de 25 ans, ni s’en protéger quand il faudra s’en protéger ». Dans notre société, les personnes en situation de pouvoir sont âgées, faisant peser leur domination sur leurs enfants et leurs petits-enfants, « je trouve étrange qu’on ne se questionne pas plus sur ce truc un peu nébuleux et mystérieux, au milieu de l’enfance et de l’âge adulte. Un moment où, comme les neurosciences l’ont pas mal creusé, ta puissance physique et ta capacité à appuyer sur des boutons -ceux d’un fusil, par exemple…- est optimale par rapport à celle d’un adulte et d’un enfant. Et, en même temps, la conformation de ton lobe préfrontal te rend moins capable de ressentir de l’empathie, donc plus capable de créer de la violence ». Elle évoque un livre sorti récemment, Les causes de la violence, de Jean-David Zetoun (éditions Denoël), où il est notamment expliqué que la forme la plus statistiquement prévalente de violence est celle-ci : un homme de 22 ans qui tue un autre jeune homme de 22 ans, de la même classe sociale. Zetoun « pointe la question de la jeunesse et de la violence, qui est peut-être la seule force que tu as pour t’imposer dans l’espace public à cet âge-là. Tu n’as pas la thune, pas les réseaux, éventuellement pas des formes de sagesse -ou de compromission- qui vont te permettre d’aller jusqu’à l’Assemblée nationale… Par contre, ce que tu as, c’est la puissance physique ».
Et, donc, qu’est-ce qui l’a poussée à vouloir décrire ce monde où, justement, par « hygiène », c’est ainsi qu’ils le disent, les jeunes, plutôt que de se taper entre eux, justement, décident de tuer les vieux purement et simplement ? « On a, me dit Maïa, des créatures fantastiques qui vivent à côté de nous, quasiment des demi-divinités. Je trouve que c’est un moment où tu sors quasiment de l’humanité. Mais bon, j’aime vraiment les jeunes (rires) ». Elle poursuit, à propos de son roman : « Utopie, dystopie ? Aux gens de décider, dans la forme que prend la Révolution. Mais j’estime qu’il y a là une description du réel. Je m’étais documentée, j’avais l’âge d’être concernée par ces problèmes. C’était ma réponse de jeune femme, tout simplement ». Dans quel sens ? « Je me sentais démunie. Révoltée, car j’étais ambitieuse, je voulais une place vite, mais j’avais l’impression qu’avant que ce soit mon tour de pouvoir profiter pleinement de la vie, j’aurais peut-être 50-60 ans, à être toujours dans l’urgence, l’urgence féministe notamment, en mode, si l’égalité salariale c’est dans 150 ans, moi je serai morte ! » Donc, « à un moment tu ne vois plus que la violence pour avancer. Sans négliger le fait que moi, petit chat qui ne peut pas écraser un moustique, j’adorais cette idée de pouvoir prendre des gros flingues et de se tirer dessus (rires) » -avec un côté Counter Strike notammé tiré de son expérience de gameuse.
Un texte précurseur sur le thème, aujourd’hui massivement abordé, notamment depuis que Chlöe Swarbrick, une parlementaire néo-zélandaise, a un atomisé d’un « OK Boomer » définitif un bonhomme qui voulait la couper tandis qu’elle évoquait la question du réchauffement climatique, des Baby boomers donc, cette caste de pollueurs aigris et âgés qui règnent sans partage sur ce monde et refusent tout changement. « Chaque fois qu’on élit une assemblée, bien sûr, je regarde la proportion de femmes, mais je regarde aussi l’âge des gens qui nous gouvernent. Plus on se renseigne, qui a l’argent ? Qui a le pouvoir ? Les gens âgés ». Et, ainsi, « mon utilisation de la violence dans le livre, c’est aussi pour acter une impuissance des jeunes, une impuissance politique, économique, une impossibilité à se faire entendre, qui est encore complètement présente aujourd’hui ».
Plus tard dans notre entretien, Maïa évoque sa lecture passionnée du livre de l’anarchiste et antispéciste Yves Bonnardel, La domination adulte. L’oppression des mineurs (éditions Le Hêtre Myriadis), « une vraie bombe, une manière de penser différemment ces sujets-là, avec un peu moins d’angélisme ». Elle critique « cette tendance, dès qu’on parle des mineurs, à dire, « ils sont innocents, il faut protéger leur innocence ». Moi, personnellement, je pense que j’ai été innocente cinq minutes et demie mais, y compris dans le rapport à la sexualité, je pense que déjà à 13 ans j‘avais conscience d’une forme de pouvoir ». Sachant qu’il y a évidemment, insiste-t-elle « une différence entre dire que l’adulte n’a pas à s’immiscer là-dedans, ce qui est absolument complètement le cas, et dire que les enfants sont innocents ». Ce qui, pour le coup, lui semble « être une une restriction totale, à nouveau, d’une force de la jeunesse, qui est sauvage, qui n’est pas maîtrisable. Et il faut donc des perspectives pour donner plus de place à cette énergie infantile, qui est parfois extrêmement violente ».

Quelles pistes de sortie de l’enfer adultiste ? « Faire, faire des choses. On sait que chez les gamins aujourd’hui, il y a une crise de la santé mentale terrible, et le Covid n’a pas aidé. Et on leur dit tout le temps « faites-vous confiance », comme s’il suffisait de décider. Mais moi, ce que je voudrais, c’est leur donner beaucoup plus de capacités d’action, leur donner des responsabilités, –et évidemment, leur donner le droit de vote beaucoup plus tôt, c’est une certitude ». Avant de tacler cette mode « de l’over-parenting, les parents hélicoptères (terme désignant les parents surprotecteurs, NDLR) qui commencent à foutre des GPS dans le sac de leurs gosses… Il y a une espèce d’annihilation d’une puissance de vie qui me paraît extrêmement néfaste. Il pouvoir mettre les gens dans la liberté ». Et de conclure, sur où elle en est maintenant qu’elle n’a plus 25 ans : « Comment étendre le champ du bonheur ? De la liberté de mouvement, de la paresse ? Ce sont des défis qui me passionnent. Et là, j’ai l’impression d’être exactement à l’endroit où je veux être, qui est d’envoyer bazarder le vieux monde ».
Par Mačko Dràgàn
Un article tiré du Mouais n° 55, à paraître très bientôt, et consacré à la question inter-générationnelle, pour recevoir votre revue papier directement dans votre boîte aux lettres et soutenir la presse libre, une seule solution, l’abonnement ! : https://mouais.org/abonnements2025/
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11.03.2025 à 10:49
PORTRAITS | Le carnaval indépendant de Nice dans l’oeil de Hugo Gueniffey
Sous la pluie (car la météo est de droite le sachiez-vous) mais toujours avec l’aplomb que permet le pantaï à celles et ceux qui s’y adonnent pleinement, le carnaval indépendant officiel de Nice, le seul vrai carnaval qui soit, s’est comme chaque année élancé depuis la place Saint-Roch jusqu’au Babazouk, rassemblant les âmes rieuses de Nice, de la Roya & encore au-delà · Retour en image de Hugo Gueniffey, photographe.
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Sous la pluie (car la météo est de droite le sachiez-vous) mais toujours avec l’aplomb que permet le pantaï à celles et ceux qui s’y adonnent pleinement, le carnaval indépendant officiel de Nice, le seul vrai carnaval qui soit, s’est comme chaque année élancé depuis la place Saint-Roch jusqu’au Babazouk, rassemblant les âmes rieuses de Nice, de la Roya & encore au-delà · Retour en image de Hugo Gueniffey, photographe.
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26.02.2025 à 10:33
Addictions : « Et maintenant ? Comment tenir ? Que faire pour rester abstinente ? »
« Je m’appelle M@my et je suis alcoolique, addicte, dépendante. Je me démène comme je peux pour rester clean, jour après jour, 24 heures à la fois ». La dépendance touche toutes les catégories socio-professionnelles. Tous les âges. Une fille, un frère. Des parents. Qu’est qu’on fait alors ? On s’énerve, on ferme les yeux, on coupe les liens, ou… on cherche une autre façon de faire. Témoignage. Je vous.. Read More
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Texte intégral (1890 mots)
« Je m’appelle M@my et je suis alcoolique, addicte, dépendante. Je me démène comme je peux pour rester clean, jour après jour, 24 heures à la fois ». La dépendance touche toutes les catégories socio-professionnelles. Tous les âges. Une fille, un frère. Des parents. Qu’est qu’on fait alors ? On s’énerve, on ferme les yeux, on coupe les liens, ou… on cherche une autre façon de faire. Témoignage.
Je vous propose ici de découvrir mon regard sur la dépendance, ce qui marche pour moi, ce qui je pense, pourrait marcher pour un plus grand nombre. Et en parler pour moi… ça marche.
Je m’appelle M@my et je suis alcoolique, addicte, dépendante. Je me démène comme je peux pour rester clean, jour après jour, 24 heures à la fois. Et comme la vie de manière générale, parfois, ça vrille.
PP.P pour Mouais, un dessin inspiré du travail de Brandon Campbell
Je suis née bourrée. Famille dysfonctionnelle mais vite prise en charge. J’ai eu autant de chance que je n’ai su créer ma propre malchance sur mon chemin. J’ai un bac +2, sans malheureusement avoir jamais trop bossée en cours. Si j’avais su. Je suis plus qu’adulte, presque un peu vieille, aux premiers jours de l’automne de ma vie j’espère. TDAH diagnostiqué récemment. Ça m’aurait peut-être aidé de le savoir plus tôt. Ah oui, je suis borderline… J’ai du mal à gérer mes émotions mais j’ai bien avancé là-dessus. Je présente bien. J’ai toujours su arrondir les angles. Je suis vivante alors que j’ai bu plus que de raison, que j’ai beaucoup fait la fête, que je me suis parfois persuadé que gagner un gros lot changerait toute ma vie, que j’ai énormément kiffé et usé de la poudre et des pétards. Mais maintenant, je ne peux plus me permettre d’avoir d’illusion à ces sujets.
En 2013, j’en ai marre d’en avoir marre, je ne parviens pas seule à arrêter de boire. Tous les jours je me dis « demain je ne boirai pas ». Et tous les matins avant d’aller bosser, il me faut un petit truc avec le café sinon je tremble. Le midi je déjeune dans une brasserie, comme toujours je suis bien vue alors le cocktail du patron est offert. Un quart de vin avec le plat du jour, et un digestif avec le café. Sur le chemin du retour du boulot je bois quelques demis, m’achète deux bouteilles de vins blancs, une bouteille de Téquila ou de Jack Daniels s’il n’y en a plus. Une fois chez moi, je grignote autour du vin, je fume mon pétard, je m’assomme avec un dernier verre d’alcool dur pour celui-ci. Je tombe et le matin je me relève. Et ça recommence. Je sais, c’est « dark ». Mais c’est mon chemin. Et malheureusement, il peut vite devenir celui de n’importe qui. A cette époque, je gagne très bien ma vie, ça ne se voit pas que je bois, parfois j’ai la mine fatiguée mais j’arrive toujours à me rebooster.
Bref je décide d’essayer des trucs, je me renseigne sur les addictions. En même temps je regarde des séries, surtout US à l’époque, et un des personnages un peu border que je kiff essaye d’arrêter en allant aux Narcotiques Anonymes (NA). Bon, je regarde sur internet et je trouve des réunions Alcooliques Anonymes (AA). Mouais, peut-être que… Fin septembre 2014, je pousse la porte de ma première réunion des AA, un lundi soir après le travail. Et vraiment, je suis certaine que si j’ai la chance d’être devant ce clavier aujourd’hui, et bien vivante, c’est grâce à ça. Parce que depuis malheureusement, j’ai connu plusieurs personnes qui n’ont pas réussies à se relever, qui ont sombré dans la rue, dans l’isolement, dans la dépression et pour certaines sont mêmes décédées. Rip : Gaby, Soizig, Pierre, Philippe.
Grâce à ce choix, cet acte de pré-survie, j’ai appris que je suis atteinte de la maladie de la dépendance. Je suis atteinte de la maladie de l’alcoolisme. Je ne suis pas responsable de ma maladie mais je suis responsable de mon rétablissement.
Les Alcooliques Anonymes sont une organisation d’entraide pour les personnes qui souhaitent arrêter de boire. Les réunions des AA sont largement disponibles avec environ 87 000 groupes AA dans le monde. AA est un programme de vie qui met l’accent sur l’abstinence d’alcool, la croissance personnelle et spirituelle et la confiance en une puissance supérieure. Tout repose sur un programme en douze étapes et un bon nombre d’outils comme la prière de la sérénité que l’on attribue à Marc Aurèle. On la fait lors de chaque réunion AA et NA en début et fin de séance. C’est une prière d’action et de lâcher prise.
« Mon Dieu, Donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer celle que je peux et la sagesse d’en connaître la différence. »
Il y a aussi le parrain ou la marraine. En anglais « sponsor ». C’est une personne de confiance, à qui tu confies tes difficultés. Tu peux par exemple lui faire des appels sandwich. Ma daronne fête son anniversaire, je ne me sens pas d’y aller, de me sentir jugé, d’entendre une phrase qui me fera péter un câble, qui m’amènera à exploser ce qui évidemment gâchera l’anniversaire. Je ne veux pas y aller et je dois lui dire. J’appelle mon sponsor avant d’appeler ma mère, on fait le point sur comment je vais présenter les choses, sur le fait que d’une manière générale c’est ok que je n’y aille pas, le jour suivant se lèvera quand même. J’appelle ma mère, on se frite un peu au téléphone, ça m’énerve. Elle a raison je gâche toujours tout. Purée je boirais bien un petit verre pour me calmer. J’appelle mon sponsor. Je verbalise l’échange avec ma mère. Et en fait elle a raison. C’est fait. Ça ne dépend plus de moi. Et ça aurait était pire si j’y étais allée. Ah… tiens mais dis donc, l’envie du verre a disparue.
Au moment où j’écris ces lignes, cela fait 92 jours que je n‘ai pas consommé. Ce n’est pas la première fois que j’arrête. Et maintenant ? Comment tenir ? Qu’est-ce que je dois faire pour rester abstinente ?
Il est évident que je dois rester en lien avec des personnes du programme qui se rétablissent et mon sponsor. Je dois fuir comme la peste mon autosuffisance, mes idées et lubies scabreuses. Il m’est nécessaire de mettre en pratique le programme, l’humilité, le service, la foi et plus que tout l’Action dans tous les domaines de ma vie. J’ai besoin de me souvenir tous les jours que je dois tout faire pour ne pas aller chercher la première goutte du premier verre, la première « taf » du premier joint, le premier grattage du premier jeu, la première ligne de la première poudre, la première conso quoi ! Je dois aller en réunion, mettre les principes au-dessus des personnalités car j’ai tendance à m’insatisfaire de l’autre et à me raconter des histoires de supposés ressentiments. Continuer à avoir de l’espoir, à méditer, à nourrir ma puissance supérieure car c’est un de mes meilleurs traitements, c’est mon meilleur cacheton.
Je dois me rappeler sans avoir tendance à en faire une sinécure, que je fais de mon mieux, que tant que je pose des actes pour me rétablir, je suis sur la bonne voie. Que l’alcool est une drogue et que pour me rétablir je dois m’abstenir de toute drogue.
Je pourrais dresser des listes de gratitude, ce qui est fortement recommandé en période de difficultés ou de début de clean, mais je pense déjà les faire en remerciant chaque jour l’univers pour ce que j’ai et là où je suis, où j’en suis.
Je dois, chaque jour, 24 heures par 24 heures, me souvenir que je suis dépendante et que je me rétablis en agissant. Je dois lâcher prise sur ce qui ne dépend pas de moi, accueillir les événements et ne pas y voir un succès ou une défaite personnelle. La vie est faite d’interactions, je peux juste faire que celles qui me concernent soient des plus justes, douces et bienveillantes.
Entretenir mon cadre de vie en y incorporant et en y nourrissant la meilleure version de moi. Celle dont je suis fière, celle qui résonne à mon enfant intérieur, qui peut s’avérer être une excellente challengeuse. Et cette version ne consomme pas.
Par M@my
Un article tiré de notre numéro #53, en accès libre, mais pour nous soutenir et nous recevoir directement dans votre boîtes aux lettres, abonnez-vous à la version papier ! https://mouais.org/abonnements2024/
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