03.04.2025 à 11:11
L’Amérique est notre ennemi, comment lui faire face ?
Texte intégral (953 mots)
Donald Trump a donc fait ce qu’il annonçait. Il a augmenté drastiquement les droits de douane. C’est une décision considérable qui va produire un chaos mondial. Que peut-on en dire ce jour ?
La décision américaine d’augmenter fortement et unilatéralement les droits de douane a de multiples ressorts. Parmi les premiers, il y a des objectifs politiques. Chaque jour nous le voyons, Trump veut instaurer une dictature, sous une forme ou sous une autre. Pour cela, il lui faut galvaniser ses troupes. Dans un style masculiniste, il montre à son électorat qu’il agit. Lui, il en a. Il avait promis de renverser la table ; c’est chose faite.
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La totalité des équilibres et des politiques d’après-guerre sont attaqués. Après la remise en cause du multilatéralisme et du droit, après les prétentions impériales (Canada, Groenland, Panama, Ukraine…), après l’affirmation d’une politique anti-climat et inégalitaire, il s’en prend frontalement au commerce mondial.
Majoritairement, l’électorat populaire américain ne voit plus ces décennies de mondialisation comme une chance. Le libre échange a permis une croissance économique dont ils ont peu profité, en même temps qu’il maltraitait toutes les sociétés. Les Américains, et pas seulement le président, jugent que cela a contribué à l’écroulement de la base productive et à la destruction des emplois : Trump leur a promis de rétablir l’industrie et ses emplois. De plus, il a annoncé la suppression de l’impôt sur le revenu et l’affaissement de l’État fédéral : la politique douanière doit y contribuer.
Si ce qui se passe est bien un processus de fascisation des États-Unis, il faut cesser de les considérer comme nos alliés et retrouver l’esprit de dignité et de résistance.
La seconde raison est d’ordre stratégique. Trump s’alarme de la perte de la prééminence américaine au bénéfice de la Chine – et il n’est ni seul ni isolé dans son pays. Pour rétablir cette prééminence, y compris vis-à-vis de ses alliés, il emploie la force et l’intimidation. Il multiplie les chocs et vise la sidération. Hier soir sur Fox News, le secrétaire d’État au trésor le disait clairement : « Ne répliquez pas. Détendez-vous, encaissez le coup et attendez de voir comment la situation évolue. Car si vous ripostez, il y aura une escalade. »
La décision de remonter les droits de douane, par son ampleur et sa soudaineté, va provoquer un chaos considérable. Elle engendrera de l’inflation, de la récession et des pertes d’emploi massives. Une guerre économique et sociale est en marche. Et au bout de ce chemin, il y a la guerre tout court.
Comment réagir ? Il est vain d’attendre une réponse à la hauteur de l’UE. Il n’y en aura pas parce que l’Europe n’a pas de politique commune au sens de visées communes ; il n’est plus temps de le regretter. Pas plus que sur les questions de défense, il n’y a d’accord sur les politiques économiques ou sur la position à tenir vis-à-vis des États-Unis. Dejà Giorgia Meloni, la première ministre d’extrême droite italienne, appelle à accepter la vassalisation et dit vouloir « parvenir à un accord avec les États-Unis, afin d’éviter une guerre commerciale qui affaiblirait inévitablement l’Occident au profit d’autres acteurs mondiaux ». Les Anglais sont eux aussi sur la recherche d’un deal qui les épargne. Tout ceci n’est qu’un début. Chacun va chercher à négocier pour se protéger au mieux.
Si ce qui se passe est bien un processus de fascisation des États-Unis, il faut cesser de les considérer comme nos alliés et retrouver l’esprit de dignité et de résistance.
La France doit parler net et chercher à construire un accord ferme et le plus large possible avec les autres pays européens, sans s’en remettre aux initiatives timorées de la Commission, elle-même soumise aux vents contradictoires. La réorientation des productions et des échanges en Europe – et au-delà, vers une diversité de pays – ne se fera pas en un jour : les moyens du pays doivent être mobilisés pour faire face au choc économique violent qui s’annonce et engager un processus de réindustrialisation, de relocalisation et de coopération. Il faut faire de la politique avec les peuples européens, partager l’analyse grave de ce qui se passe : fascisation, destruction des règles et du droit, nécessité de reconstruire un nouvel ordre mondial. Refuser la guerre, cela suppose de résister à celle que nous fait Trump.
03.04.2025 à 11:09
SONDAGES DU JOUR
Lire plus (256 mots)
Les Français ne veulent pas d’un régime d’exception pour leurs dirigeants
Deux sondages sont tombés au sujet de la condamnation de Marine Le Pen. Et l’opinion ne joue pas vraiment en sa faveur. Elabe d’abord, pour BFMTV le 31 mars : 57% des Français estiment que la décision de justice est normale au vu des faits reprochés. Cluster 17 ensuite, pour Le Point le 2 avril : 61% des Français approuvent la condamnation de Marine Le Pen. Que les candidats à l’élection suprême soient au-dessus des lois, les Français ne le veulent pas davantage. Même dans le camp du Rassemblement national, l’affaire commence à faire des vagues. Pour Elabe, alors que 68% des sondés estiment que la règle d’exécution provisoire en cas de condamnation pour détournement de fonds public est juste, ils pensent de même à hauteur de 32% chez les électeurs de Marine Le Pen 2022. Chez Cluster 17, la condamnation est « justifiée » pour 13% des électeurs d’extrême droite et ils sont tout de même 10% à trouver « normal que Marine Le Pen ait l’interdiction de se présenter à la prochaine élection présidentielle ». Marine Le Pen a déjà perdu.
03.04.2025 à 11:07
LA LETTRE DU 3 AVRIL
Texte intégral (1636 mots)
L’Amérique est notre ennemi, comment lui faire face ?
par Catherine Tricot
Donald Trump a donc fait ce qu’il annonçait. Il a augmenté drastiquement les droits de douane. C’est une décision considérable qui va produire un chaos mondial. Que peut-on en dire ce jour ?
La décision américaine d’augmenter fortement et unilatéralement les droits de douane a de multiples ressorts. Parmi les premiers, il y a des objectifs politiques. Chaque jour nous le voyons, Trump veut instaurer une dictature, sous une forme ou sous une autre. Pour cela, il lui faut galvaniser ses troupes. Dans un style masculiniste, il montre à son électorat qu’il agit. Lui, il en a. Il avait promis de renverser la table ; c’est chose faite.
La totalité des équilibres et des politiques d’après-guerre sont attaqués. Après la remise en cause du multilatéralisme et du droit, après les prétentions impériales (Canada, Groenland, Panama, Ukraine…), après l’affirmation d’une politique anti-climat et inégalitaire, il s’en prend frontalement au commerce mondial.
Majoritairement, l’électorat populaire américain ne voit plus ces décennies de mondialisation comme une chance. Le libre échange a permis une croissance économique dont ils ont peu profité, en même temps qu’il maltraitait toutes les sociétés. Les Américains, et pas seulement le président, jugent que cela a contribué à l’écroulement de la base productive et à la destruction des emplois : Trump leur a promis de rétablir l’industrie et ses emplois. De plus, il a annoncé la suppression de l’impôt sur le revenu et l’affaissement de l’État fédéral : la politique douanière doit y contribuer.
La seconde raison est d’ordre stratégique. Trump s’alarme de la perte de la prééminence américaine au bénéfice de la Chine – et il n’est ni seul ni isolé dans son pays. Pour rétablir cette prééminence, y compris vis-à-vis de ses alliés, il emploie la force et l’intimidation. Il multiplie les chocs et vise la sidération. Hier soir sur Fox News, le secrétaire d’État au trésor le disait clairement : « Ne répliquez pas. Détendez-vous, encaissez le coup et attendez de voir comment la situation évolue. Car si vous ripostez, il y aura une escalade. »
La décision de remonter les droits de douane, par son ampleur et sa soudaineté, va provoquer un chaos considérable. Elle engendrera de l’inflation, de la récession et des pertes d’emploi massives. Une guerre économique et sociale est en marche. Et au bout de ce chemin, il y a la guerre tout court.
Comment réagir ? Il est vain d’attendre une réponse à la hauteur de l’UE. Il n’y en aura pas parce que l’Europe n’a pas de politique commune au sens de visées communes ; il n’est plus temps de le regretter. Pas plus que sur les questions de défense, il n’y a d’accord sur les politiques économiques ou sur la position à tenir vis-à-vis des États-Unis. Dejà Giorgia Meloni, la première ministre d’extrême droite italienne, appelle à accepter la vassalisation et dit vouloir « parvenir à un accord avec les États-Unis, afin d’éviter une guerre commerciale qui affaiblirait inévitablement l’Occident au profit d’autres acteurs mondiaux ». Les Anglais sont eux aussi sur la recherche d’un deal qui les épargne. Tout ceci n’est qu’un début. Chacun va chercher à négocier pour se protéger au mieux.
Si ce qui se passe est bien un processus de fascisation des États-Unis, il faut cesser de les considérer comme nos alliés et retrouver l’esprit de dignité et de résistance.
La France doit parler net et chercher à construire un accord ferme et le plus large possible avec les autres pays européens, sans s’en remettre aux initiatives timorées de la Commission, elle-même soumise aux vents contradictoires. La réorientation des productions et des échanges en Europe – et au-delà, vers une diversité de pays – ne se fera pas en un jour : les moyens du pays doivent être mobilisés pour faire face au choc économique violent qui s’annonce et engager un processus de réindustrialisation, de relocalisation et de coopération. Il faut faire de la politique avec les peuples européens, partager l’analyse grave de ce qui se passe : fascisation, destruction des règles et du droit, nécessité de reconstruire un nouvel ordre mondial. Refuser la guerre, cela suppose de résister à celle que nous fait Trump.
SONDAGES DU JOUR
Les Français ne veulent pas d’un régime d’exception pour leurs dirigeants

image réalisée par Sébastien Bergerat avec l’IA Reve
Deux sondages sont tombés au sujet de la condamnation de Marine Le Pen. Et l’opinion ne joue pas vraiment en sa faveur. Elabe d’abord, pour BFMTV le 31 mars : 57% des Français estiment que la décision de justice est normale au vu des faits reprochés. Cluster 17 ensuite, pour Le Point le 2 avril : 61% des Français approuvent la condamnation de Marine Le Pen. Que les candidats à l’élection suprême soient au-dessus des lois, les Français ne le veulent pas davantage. Même dans le camp du Rassemblement national, l’affaire commence à faire des vagues. Pour Elabe, alors que 68% des sondés estiment que la règle d’exécution provisoire en cas de condamnation pour détournement de fonds public est juste, ils pensent de même à hauteur de 32% chez les électeurs de Marine Le Pen 2022. Chez Cluster 17, la condamnation est « justifiée » pour 13% des électeurs d’extrême droite et ils sont tout de même 10% à trouver « normal que Marine Le Pen ait l’interdiction de se présenter à la prochaine élection présidentielle ». Marine Le Pen a déjà perdu.
L.L.C.
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Conclave sur les retraites : fumée blanche… pour une grande arnaque ? (3ème partie)
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Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.
La période de la mondialisation version néolibérale est en passe de se clore. Donald Trump fait entrer le monde dans une nouvelle phase de type néo-impérialiste sous le règne de la loi du plus fort, de l’autoritarisme politique et d’une offensive culturelle réactionnaire1. Les pays européens et l’Union européenne sont particulièrement menacés. La résistance et l’alternative à cette nouvelle « grande transformation » du capitalisme ne sont pas encore déployées ou même élaborées, ni par les sociétés, ni par les politiques.
Faux dilemme
Face à la politique Trump et à la menace du néo-impérialisme russe, les dirigeants de l’Union européenne ont donné la priorité aux dépenses militaires et au réarmement européen.
En France, les pouvoirs économiques et politiques s’en servent comme levier pour l’austérité et contre les services publics, les retraites et les dépenses sociales. S’adressant aux Français le 5 mars, Emmanuel Macron a donné le tempo : « Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage. »
Ils voudraient affaiblir politiquement et socialement le combat qu’ils prétendent mener qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Car il n’y a pas besoin d’austérité et de retraite à 64 ans, ou plus, pour financer la croissance des dépenses militaires qu’ils projettent.
1. Il ne s’agit pas d’économie de guerre. Les dépenses militaires seront de 50,5 milliards d’euros en 2025. La loi de programmation militaire prévoyait 67 milliards en 2030. Il s’agirait d’aller à 100 milliards. Soit un effort supplémentaire de 1 point de PIB à cet horizon (+0,2 point de PIB maximum par an).
2. Comme le soulignent l’économiste Henri Sterdyniak ou son collègue Jean-Marie Harribey, si la hausse des dépenses militaires donne la priorité à la production nationale (ce qui n’est pas acquis), elle sera financée par cette croissance de la production. Celle-ci augmentera les rentrées fiscales et pour la protection sociale, retraites comprises.
3. Il y aura effectivement problème si la production de biens de consommations et de services n’augmente pas ou pas suffisamment. Ça fera de l’inflation. Ce n’est pas fatal. Contrairement à ce que dit Emmanuel Macron, on peut augmenter des impôts (mais pas n’importe lesquels) pour accroître la production et la qualité des services publics et sociaux et soutenir les transformations écologiques de la production et de la consommation.
Des avances de crédit supplémentaires seront aussi nécessaires pour financer les investissements dans le secteur de l’armement. Il faut porter cet enjeu au niveau européen comme cela a été fait pour le covid. Y compris la responsabilité de la Banque centrale européenne.
« Des chars ou des retraites. Le faux dilemme », titre à raison le numéro d’avril d’Alternatives économiques.
Vrais remèdes
Ce jeudi 3 avril, les syndicats CGT, UNSA, FSU et Solidaires appellent à une journée de mobilisation contre les politiques gouvernementales envers les fonctionnaires. Et la CGT appelle tous les salariés à rejoindre les fonctionnaires et les agents publics, y compris par la grève, dans les rassemblements et les manifestations pour exiger l’abrogation de la réforme des retraites et l’augmentation des salaires.
« De l’argent, il y en a », expose la CGT. Précisons : Michaël Zemmour a publié sur Bluesky le graphique ci-dessous.
Il est très parlant : en part du PIB, le niveau des dépenses publiques n’a pas explosé. Il est inférieur à la période 2014-2017. Par contre les « prélèvements » ont diminué de deux points de PIB. En clair. La politique Macron a accéléré la baisse des impôts sur les « entreprises », les profits et les dividendes. Politique inefficace s’il en est. Les milliardaires y ont beaucoup gagné. La production nationale beaucoup moins. Et le déficit s’est creusé. Il est donc plus que justifié d’opérer des hausses de prélèvements qui viseraient notamment les plus fortunés, les très gros héritages ou des aides publiques inefficaces (crédit d’impôt recherche par exemple). Les économistes Anne-Laure Delatte et Lucas Chancel ont évalué qu’une réforme fiscale ciblée d’une dizaine de mesures pourrait générer jusqu’à 50 milliards d’euros de recettes annuelles.
Mais on ne financera pas les retraites par un impôt sur les milliardaires. Ce sont les cotisations qui doivent assurer un financement durable du système du retour à 62 ans et des autres améliorations nécessaires. C’est aussi la seule façon de diminuer les inquiétudes des actifs actuels sur leur retraite future. La CGT met l’accent sur l’amélioration générale des salaires, l’égalité salariale hommes-femmes, l’assujettissement aux cotisations des primes d’intéressement et de participation ou une hausse de 1% des cotisations patronales.
Mais si tel avait été le cadre et les objectifs du conclave, même une augmentation des cotisations sociales des salariés aurait pu faire partie de la négociation. Fin 2024, Michaël Zemmour avait calculé que l’abrogation du passage à 64 ans « pourrait être financée par une hausse de cotisations de l’ordre de 0,15 point par an, à partager entre employeurs et salariés, pendant six ans ».
- Voir notamment l’analyse stimulante de Arnaud Orain et son livre Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ – XXIᵉ siècle), Flammarion, janvier 2025.
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